[BOUQUINS] Hugh Howey – Silo : Origines

H. Howey - Silo : OriginesJe poursuis mon Challenge retrouvailles en naviguant entre les genres, place donc à de la SF post-apocalyptique avec Silo : Origines, second volet de la trilogie de Hugh Howey même si, chronologiquement parlant, il se situe avant les événements décrits dans Silo.
2049. Dans quelques années le monde que nous connaissons n’existera plus, anéanti par la folie des hommes, par la soif de pouvoir de certains et par le fanatisme d’autres. Les survivants sont condamnés à une vie souterraine, à oublier et à ne jamais transmettre l’Histoire telle qu’elle s’est réellement passée…
Hugh Howey décompose son roman en trois parties qui vont du projet Silo aux événements décrits dans le bouquin précédent.
Dans L’Héritage, en 2049 le député Donald Keene rejoint le sénateur Thurman et son équipe sur un projet industriel novateur. Parallèlement on suit le réveil de Troy en 2110, il doit assurer la relève pour le commandement du Silo 1.
Dans L’Ordre, Donald Keene est réveillé en 2212 afin de rejoindre un petit groupe mené par Thurman afin de faire face, depuis le Silo 1, à une rébellion grandissante au sein du Silo 18. On alterne entre le Silo 1 via Donald et le Silo 18 via Mission, un jeune porteur qui a rejoint la rébellion.
Dans Le Pacte, Donald Keene est réveillé en 2345, on lui apprend alors qu’une habitante du Silo 18 vient de s’évanouir en pleine nature. Tout le monde, dans le Silo 1, est convaincu qu’il est Thurman. Parallèlement, on assiste, par le biais de Jimmy, un adolescent mis à l’abri par son père, à la chute du Silo 17, survenue en 2312.
Avec cette troisième histoire la boucle est bouclée, le lien est fait avec Silo, qui plus est ça nous permet aussi de mettre une date sur l’intrigue qui jusqu’alors se situait dans « un futur indéterminé ».
Si le précédent opus connaissait quelques baisses de régime, je peux affirmer qu’il n’en ai rien ici, aucun temps mort, le rythme va crescendo au fur et à mesure que l’intrigue s’étoffe. Pour tout vous dire ce bouquin se lit comme un thriller.
Dans ce second opus Hugh Howey ne se contente pas de nous révéler les origines du projet Silo, on découvre aussi le fonctionnement hiérarchique à deux vitesses (avec d’un côté les élites autoproclamées du Silo 1 et de l’autre les habitants des autres silos), mais aussi le futur prévu pour les silos et leurs résidents… Captivant mais glaçant !
Du coup je pense que je ne tarderai pas trop avant de me lancer dans l’ultime opus de la trilogie, Générations, il promet d’être encore plus intense à en croire la fin de ce tome.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Edgar Cantero – Le Monde Caché D’Axton House

eclmcdahCa faisait un moment que je ne vous avait pas fait une chronique d’un titre de Super 8, et pourtant je les achète systématiquement dès leur sortie (à ce jour c’est la première fois que je suis totalement accro à un éditeur). Parmi les titres en attente de lecture celui d’Edgar Cantero, Le Monde Caché D’Axton House, est de loin celui qui qui titillait le plus ma curiosité…
Suite au suicide d’un lointain cousin germain, A. hérite de son manoir en Virginie. Sans la moindre hésitation A. s’envole pour les USA en compagnie de son amie Niamh. Rapidement ils vont se rendre compte que la maison cache bien des secrets qu’ils comptent bien découvrir vaille que vaille…
Jamais un bouquin n’aura autant mérité le qualificatif d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) que celui-ci, je vous promets une expérience de lecture unique et quasiment interactive. N’espérez pas une trame narrative rigoureuse, l’auteur nous propose un bric-à-brac d’extraits de journaux intimes et de bouquins, des comptes rendus d’enregistrements audio et video et autres joyeusetés incongrues (dont un relevé téléphonique et le certificat d’adoption d’un chien pour n’en citer que deux).
De prime abord c’est un tantinet déconcertant, mais si d’apparence l’assemblage semble n’avoir ni queue ni tête, il va rapidement s’avérer que chaque élément est sciemment disposé là où il doit se trouver pour créer un tout cohérent et totalement addictif. On se prend vite au jeu et l’on cherche en même temps que les personnages à résoudre les énigmes qui leur permettront d’avancer (je me suis éclaté à jouer les apprentis cryptographes mais je ne suis indécrottablement nul dans cette discipline).
Au niveau de ses personnages principaux, A. et Niamh, l’auteur ne perd pas son temps à leur donner une quelconque profondeur ; elle viendra naturellement, au fur et à mesure à travers leurs écrits et leurs échanges (on sourit avec eux, on enquête avec eux et parfois même on flippe avec eux). Quant aux autres personnages on les découvre tels que A. les perçoit. Là encore, placé dans le contexte, ce côté minimaliste ne choque pas et s’intègre parfaitement à l’ensemble.
La couv’ fait très cartoon dans son visuel, un choix plutôt judicieux puisque je suis persuadé que Tex Avery aurait été sous le charme d’un tel scénario. A vrai dire si je devais imaginer une transposition sur grand écran je trouve que l’animation rendrait plus justice au roman qu’un vrai film… mais bon adapter ça au cinéma en respectant son esprit me semble surtout totalement impossible !
Vous l’aurez compris j’ai été totalement conquis par cette expérience de lecture unique en son genre. Je tire mon chapeau à Edgar Cantero qui a dû bien s’éclater à créer un roman d’une incontestable originalité mais aussi sacrément se creuser les méninges pour s’assurer que le lecteur le suivra jusqu’au bout de cette improbable quête. Pour un premier roman, le jeune auteur américain (mais d’origine espagnole) place la barre très haut, espérons qu’il saura encore nous surprendre avec ses prochains romans…
C’est à regrets que je referme ce bouquin, il reste quelques questions sans réponses concernant Axton House mais quoi de plus normal, si le manoir ne conservait pas quelques secrets il perdrait une partie de son charme. Si vous vous lancez dans l’expérience Axton House attendez vous a bien des surprises, de la première à la dernière page !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Daniel Friedman – Ne Deviens Jamais Pauvre !

D. firedman - Ne deviens jamais pauvreDirection la maison de retraite pour la prochaine étape de mon Challenge retrouvailles puisque j’ai opté pour Ne Deviens Jamais Pauvre de Daniel Friedman, second opus consacré à Buck Schatz… Un inspecteur Harry retraité et décrépi ! Mais qui, à défaut d’avoir toute sa tête, ne manque pas de verve. Buck Schatz, 88 ans, se remet péniblement de ses blessures dans une maison de retraite médicalisée. Il va se retrouver, bien malgré lui, au coeur de l’action quand Elie, un braqueur dont il a croisé le chemin cinquante ans plus tôt, vient lui demander son aide… On retrouve un Buck Schatz fortement diminué, il a besoin d’un déambulateur pour se déplacer et a parfois des pertes de mémoire. Pas franchement l’idée que l’on se fait d’un héros de roman policier… Un état des lieux affligeant qui n’a rien pour améliorer son doux caractère de perpétuel râleur asocial. Un dernier détail concernant l’ami Buck, il est juif. On s’en fout me direz-vous ; et bien non car c’est un détail qui a toute son importance pour comprendre la partie du récit qui se déroule en 1965. Ah oui j’ai oublié de vous signaler qu’au fil des chapitres on voyage entre l’année 1965, celle de la première rencontre en Buck et Elie et 2009, l’instant présent de l’intrigue. Cinquante ont passé mais Buck à la rancune tenace quand il s’agit d’Elie : « Je vois trois trucs qui clochent dans ton raisonnement. Primo, j’ai 88 ans. Deuxio, je suis pratiquement grabataire. Et tertio, je ne t’aime pas. » Revenons au judaïsme de nos deux gugusses (Elie aussi est juif). Comme je l’ai signalé une partie de l’intrigue se déroule en 1965, cela fait à peine un an que la discrimination raciale contre les Noirs a été interdite. La pilule a encore du mal à passer chez certains. Cerise sur le gâteau l’intrigue se déroule à Memphis, Tennessee. Un état du Sud des Etats Unis où tout ce qui n’est pas WASP (White – Anglo-Saxon – Protestant) est suspect… Si le roman est porté par Buck et son fichu caractère il n’en est pas moins bâti autour d’une intrigue qui tient la route. La guerre des papys va faire rage ! Pour notre plus grand plaisir.
Ecrit à la première personne, on suit l’intrigue par les yeux (et les pensées) de Buck, le style est décapant mais efficace. Lire le précédent opus, Ne Deviens Jamais Vieux, ne s’impose pas mais ça permet de comprendre dans quelles circonstances Buck s’est retrouvé là où il est. Et puis ce serait dommage de s’en priver, c’est un très bon roman, à l’image de ce second volet (la surprise en plus).
Par certains aspects le personnage de Buck me fait penser à Dave Gurney de John Verdon, on pourrait sans mal imaginer que dans quelques années, Dave sera à l’image de Buck. Tous deux ont un besoin maladif et égoïste de se confronter au danger pour se sentir vivant (et les deux portent difficilement le deuil d’un fils perdu et peuvent compter sur le soutien de leur tendre moitié). Deux personnages que j’aurai plaisir à retrouver aussi longtemps que les auteurs voudront bien nous faire partager leurs aventures.

MON VERDICT jd4

[BOUQUINS] Jeff Abbott – Downfall

J. Abbott - DownfallLa première escale de mon challenge retrouvailles se fera en compagnie de Jeff Abbott et son roman Downfall, troisième intrigue mettant en scène Sam Capra.
Quand une jeune femme débarque dans le bar de Sam Capra à San Francisco, poursuivie par deux hommes, il ne peut que s’interposer. Sam tue un des poursuivants et met le second en fuite, entre temps la supposée victime s’est éclipsée. Sam l’ignore encore mais il vient de mettre le doigt sur une menace de grande ampleur et de se faire des ennemis prêts à tout pour protéger leurs secrets…
[ALERTE SPOILER… A ne pas lire si vous n’avez pas lu Adrénaline et Last Minute] Depuis qu’il a retrouvé son fils, Sam Capra n’aspire qu’à mener une vie normale et tranquille à ses côtés. Même s’il a bien conscience de rester redevable à la Table Ronde sans qui ces retrouvailles n’auraient pas été possibles. En l’occurrence ce n’est pas son mystérieux employeur qui va le pousser à renouer avec le danger. [FIN D’ALERTE SPOILER]
Pourquoi changer une mécanique bien rodée ? L’auteur nous propose une intrigue bien ficelée (même si pas toujours totalement crédible), rythmée et riche en surprises et rebondissements. En proposant un nouvel ennemi à Sam il permet de renouveler le contexte (même si les Neuf Soleils ne sont jamais très loin) évitant ainsi toute impression de déjà-vu… D’autant que Bélias et son réseau vont constituer un challenge digne des compétences de notre ex-agent de la CIA.
Au niveau des personnages on retrouve bien entendu Mila, chargée par la Table Ronde de superviser Sam. Toujours adepte des entrées fracassantes même si elle est un peu plus en retrait dans ce roman. On rencontre brièvement Jimmy, son époux qui est aussi un cadre de la Table Ronde. Autre personnage phare de Table Ronde dans ce roman, Felix, le gérant du bar de San Francisco (mais je vous laisse découvrir tout ça par vous même).
Au niveau du style narratif on retrouve un récit à la première personne quand l’intrigue est vécue par Sam, et à la troisième personne le reste du temps.
On peut supposer (espérer) que l’auteur n’en a pas encore fini avec Sam Capra… pour notre plus grand plaisir. Supposition confirmée par l’existence d’un quatrième titre, Inside Man, publié en VO en juillet 2014. Y’a plus qu’à attendre sa sortie chez J’ai Lu (en espérant un travail de relecture après traduction plus abouti que sur Downfall, il restait quelques fautes grosses comme une maison).

[BOUQUINS] John Verdon – Il Faut Tuer Peter Pan

J. Verdon - Il faut tuer Peter PanJe l’espérais sans trop y croire, John Verdon l’a fait : Dave Gurney est de retour et il ne compte toujours pas vivre comme un paisible retraité rural. Il Faut Tuer Peter Pan, ainsi se nomme le quatrième opus des enquêtes de Gurney.
Dave Gurney est appelé à la rescousse par son ami, John Hardwick, ex-flic passé dans le privé. Hardwick est un avocat ont pour objectif de faire réviser le procès de Kay Spalter, emprisonnée pour le meurtre de son mari. Dans sa quête de la vérité Dave Gurney va rapidement se rendre compte que l’enquête a été bâclée, voire menée exclusivement à charge contre la suspecte. Mais plus son enquête avance, plus Gurney va se trouver face à de nouvelles questions…
C’est donc avec un réel plaisir que j’ai retrouvé les personnages de John Verdon. En effet Dave Gurney n’est pas le seul à revenir sur les devants de la scène, on retrouve bien entendu sa tendre moitié, Madeleine et leur relation fusionnelle même si parfois il y a quelques frictions. On peut la comprendre c’te brave Maddie, son époux semble prendre un malin plaisir à aller aux devants des emmerdes et à se mettre en danger (le thème est d’ailleurs largement abordé dans ce roman).
Puis il y a Kyle, le fils de Dave, qui tient de nouveau un rôle actif dans ce roman. Sans oublier l’inénarrable Hardwick avec sa grande gueule et son cynisme à toute épreuve. Mais le gros dur a su être apprivoisé par une nouvelle venue, Esti Moreno, une enquêtrice du NYPD tombée sous le charme rustique de Hardwick.
Au fil des pages vous croiserez de nombreux nouveaux personnages, notamment la famille Spalter dont aucun membre ne semble tourner totalement rond. Entre l’épouse accusée de meurtre qui fait montre d’une froideur à filer une pneumonie à un pingouin ; la fille, Alyssa, une camée totalement délurée qui ferait rougir la plus nymphomane des nymphos et enfin Jonah, le frère de la victime, un illuminé touché par la grâce (à moins que ça ne soit par le Dieu dollar).
Mais Gurney croisera aussi la route d’un flic ripoux et alcoolo, d’un mafieux grec et du plus redoutable et insaisissable des tueurs en série… Que du beau monde !
Du beau monde au service d’une intrigue en béton armé parfaitement maîtrisée par son auteur. Vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux en essayant de comprendre le fin mot de l’histoire ; l’auteur prend un malin plaisir à brouiller les pistes et à mettre ses enquêteurs face à des situations qui dépassent l’entendement. Complexe mais à aucun moment brouillon, au contraire c’est du mitonné aux petits oignons. L’auteur sait où il veut y aller et quand on le découvre on ne peut que se mettre une violente tape sur le front en s’écriant : « Bon sang mais c’est bien sûr ! » (à éviter en public).
Le titre peut surprendre mais quand vous découvrirez le fameux Peter Pan vous ne pourrez qu’acquiescer, le titre original, Peter Pan Must Die, est d’ailleurs de la même veine.
Bref je me suis régalé à la lecture de ce quatrième roman de John Verdon, une fois de plus le gars m’a bluffé et surpris. Et j’en redemande ! En espérant retrouver bientôt Gurney et sa fine équipe, il ne faudrait pas qu’il prenne goût à la retraite. En attendant j’ai décidé que j’allais rester dans le registre des retrouvailles littéraires…

[BOUQUINS] Stephen King – Mr Mercedes

S. King - Mr MercedesJe n’ai pas vraiment de planning établi pour extraire le prochain élu qui sortira de mon Stock à Lire Numérique, de vagues idées tout au plus… Par contre j’ai une certitude absolue, certains auteurs sont prioritaires dès qu’ils débarquent. C’est bien entendu le cas de Stephen King, pas moyen de décaler la lecture de Mr Mercedes, son dernier opus.
Avril 2009. Une Mercedes SL500 fonce dans une foule de demandeurs d’emplois, faisant un véritable carnage. Le chauffeur ne sera jamais identifié. Un an plus tard, Bill Hodges, l’inspecteur en charge de l’affaire, désormais retraité, reçoit une lettre du tueur. L’occasion pour l’ex-flic de reprendre la traque… Mais qui est le chat, et qui est la souris ?
Stephen King délaisse le fantastique pour nous plonger, une fois n’est pas coutume, dans un thriller pur et dur. Inutile de préciser que le King réussit à ferrer ses lecteurs dès les premières pages et les entraîne dans une course poursuite sous haute tension ; ça commence en douceur (exception faite de la scène d’ouverture qui saura vous glacer le sang) mais ça va crescendo. Petite mise en garde à l’attention des futurs lecteurs : vous avez intérêt à avoir le coeur bien accroché et les nerfs solides !
Dire que l’intrigue est totalement maîtrisée serait un doux euphémisme (on est avec le King, non mais allô quoi !) donc je ne m’étalerai pas d’avantage… A force de chroniquer des romans de Stephen King ça devient difficile d’innover dans les éloges !
Comme souvent (pour ne pas dire toujours) l’auteur porte une attention toute particulière à ses personnages. Dans le coin droit nous avons Bill Hodges, flic à la retraite qui s’emmerde en broyant du noir devant la TV ; pour lui la traque va être comme un second souffle, et de fait il va s’y impliquer à fond. Dans le coin gauche se trouve Barry Hartsfield, un psychotique psychopathe qui va se retrouver pris à son propre jeu. Tour à tour ils seront soit le prédateur, soit la proie. Bien que le récit soit entièrement rédigé à la troisième personne, l’auteur nous fait vivre l’intrigue par le biais de ses deux acteurs principaux.
Les autres personnages ne sont pas pour autant laissés pour compte, tous bénéficient des mêmes attention. Je pense notamment à Jerome, Janey et Holly (par ordre d’apparition).
Peut être pas le meilleur Stephen King mais ça reste du très haut de gamme ! Bonne nouvelle pour les fans, c’est le premier opus d’une trilogie… Et, cerise sur le gâteau, Mr Mercedes va bientôt être décliné en mini-série TV.

[BOUQUINS] Dan Smith – Le Village

D. Smith - Le VillageDifficile de ne pas succomber à l’appel des nouveautés quand il s’agit de piocher notre prochaine lecture, du coup les titres les plus anciens s’enfoncent encore un peu d’avantage dans les méandres de la PàL, jusqu’à disparaître dans les limbes de l’oubli. Heureusement de temps en temps une lecture commune permet à ces bouquins, injustement oubliés, de refaire surface. C’est ainsi que Le Village de Dan Smith a pu retrouver le chemin vers la lumière et arriver entre mes mains.
Hiver 1930. Vyriv, Ukraine. Lors d’une sortie chasse, Luka, un vétéran de la guerre civile russe, et ses deux fils tombent sur un homme à l’agonie, dans le chariot de l’homme deux enfants, morts, assassinés. Luka décide de venir en aide à l’homme, mais l’arrivée de cet étranger et des deux enfants morts dans le village ne va pas être sans conséquence au sein d’une communauté déjà menacée par l’arrivée imminente de l’Armée Rouge…
Avant de rentrer dans le coeur du sujet il me semble important de bien situer le contexte historique. Staline est aux commandes de la Russie, il impose sa vision d’un communisme déshumanisé, multipliant les chasses à l’homme pour X raison (opposants politiques, poètes, curés, intellectuels, propriétaires terriens… tout file dans le même goulag) et sa politique de collectivisation à tout bout de champs. Ceux qui vivent, ou plutôt survivent, dans les zones encore épargnées par sa tyrannie dévastatrice, savent que chaque jour les rapproche de l’inéluctable purge menée par ses troupes. Bref le climat idéal pour que la paranoïa règne sans partage.Et dire que aujourd’hui certains ukrainiens sont nostalgiques de la Russie, il doit vraiment leur manquer des neurones, à moins qu’ils n’aient abusé de vodka frelatée… C’est un peu comme si des polonais se mettaient à regretter l’Allemagne nazie.
Ensuite le décor joue aussi un rôle primordiale, l’hiver au fin fond de l’Ukraine c’est limite décor post apocalyptique tellement la nature est hostile. Bin oui n’allez pas croire que tout le bouquin se passe dans le village, assis au coin du feu… que nenni, direction la steppe enneigée pour une chasse à l’homme pour le moins éprouvante et riche en rebondissements..
Du coup forcément dans un contexte et un environnement pareil il n’y a pas d’autres choix que de s’endurcir pour survivre, Luka l’explique d’ailleurs fort justement à l’un de ses fils : « Les faibles femmes, chez nous, ça n’existe pas. Quant aux hommes d’ici, ils sont capables de transformer leur cœur en pierre. » Et en effet les personnages qui peuplent ce récit ne sont pas des pieds tendres, Luka n’échappe pas à la règle, il peut parfois se montrer dur même s’il essaye de rester humain et juste, en prise permanente avec son passé de soldat et les souvenirs qui le hantent.
Au cours de la traque chacun devient tour à tour chasseur et proie, mûs par une même détermination, survivre… et éliminer l’autre. Chaque fois qu’une embellie semble vouloir se pointer, c’est un autre cauchemar qui commence pour Luka.
Le choix d’un récit à la première personne nous plonge encore plus intensément au coeur de l’intrigue. Il faut dire que l’auteur n’y va pas de mains mortes quand il s’agit de jouer avec nos nerfs et nos émotions. Il m’a fallu un peu de temps pour entrer pleinement dans l’intrigue (on va dire les cinq premiers chapitres, sur les trente six que compte le bouquin) mais une fois ferré je n’ai lâché temporairement le bouquin qu’à regrets, n’ayant qu’un hâte : y retourner au plus vite.
Le Village (titre original The Child Thief) est le premier roman de Dan Smith traduit en français, un subtil mélange entre thriller, roman noir et roman historique hautement addictif. J’espère que ses autres titres seront bientôt disponibles en français, inutile de préciser qu’après un tel coup de coeur ma curiosité en alerte rouge…

Orcus Morrigan – Manhattan Carnage

O. Morrigan - Manhattan CarnageJ’ai terminé 2014 avec les vampires façon David S. Khara, je commence 2015 en restant en compagnie de morts-vivants, mais cette fois en version viande avariée. Place en effet aux zombies à la sauce Orcus Morrigan avec Manhattan Carnage.
Orcus Morrigan compte parmi les nombreuses victimes des attentats du 11 septembre 2001. Sauf qu’il reprend connaissance une semaine plus tard face au Diable qui lui propose de travailler pour lui au sein de son armée de zombies ; Orcus accepte le deal. Il enchaîne donc les missions pour son sinistre employeur mais rapidement les choses vont se corser…
Comme vous pouvez le constater je reste aussi dans l’Amérique post 11 septembre, sauf que présentement l’auteur se contrefout de l’authenticité, on flirte même avec l’uchronie. Mais attention ce n’est pas une critique négative, au contraire on se régale avec une intrigue complètement déjantée qui nous fera croiser quelques grands noms de l’époque (et même d’avant puisque l’on croisera notamment François Villon et Leonard de Vinci, en version zombie).
De même l’auteur se joue des règles inhérentes à la littérature zombie, il les fracasse même en les démontant avec une logique implacable. La série The Walking Dead est d’ailleurs souvent citée en exemple, ce qui en soi est déjà anachronique, l’action est sensée se dérouler en 2002 alors que la série n’a vu le jour qu’un 2010 (même les comics ne sont apparus qu’en 2003).
D’Orcus Morrigan, l’auteur, je ne peux rien vous dire. Si ce n’est que nul éditeur n’a osé publié son roman outre-Atlantique… Il faut dire que le sieur Morrigan fait dans le politiquement incorrect, cash et trash (à ne pas mettre entre toutes les mains). Tout ce qu’il faut pour choquer le puritanisme hypocrite et bien pensant yankee.
Par contre je vous invite vivement à découvrir les aventures d’Orcus Morrigan, le zombie. Aventures narrées par lui même vu qu’une majeure partie du bouquin est écrite à la première personne. Le langage de notre ami en voie de décomposition est plutôt fleuri et il ne manque ni d’humour (noir de préférence), ni de cynisme.
Un grand merci à l’Atelier Mosésu (éditeur) et à Maxime Gillio (traducteur) de nous offrir ce petit bijou, jouissif à souhait tant il sent le soufre. J’ai hâte de retrouver Orcus Morrigan pour ses prochaines missions, et oui Manhattan Carnage est le premier opus d’une série qui nous réserve encore bien des surprises (le premier chapitre du second volume est offert en bonus à la fin du bouquin).
Un bémol ? Non aucun à part peut être quelques défauts mineurs sur la version numérique (des sauts de lignes mal placés exclusivement). Ah si, c’est trop court (à peine 222 pages), mais qu’est ce que c’est bon (ça compense) !
Petit plus non négligeable pour le lecteur numérique, l’éditeur joue clairement le jeu du numérique, le bouquin en version papier est vendu à moins de 10 € alors que l’ebook est à moins de 5 €. A croire qu’il n’y a que les éditeurs modestes qui ne prennent pas le lecteur pour une vache à lait…

[BOUQUINS] George RR Martin – Skin Trade

GRR Martin - Skin TradeComme je l’avais indiqué dans ma chronique du Volcryn, j’ai l’intention de poursuivre ma découverte de l’oeuvre de George RR Martin en dehors du Trône De Fer. Après la science-fiction, place au fantastique avec Skin Trade.
Randi Wade, détective privée, est contactée par un ami afin d’enquêter sur le meurtre sauvage d’une jeune femme qu’il connaissait. Au fil de son enquête Randi va découvrir que les circonstances de la mort ne sont pas sans rapport avec le meurtre de son propre père vingt ans plus tôt…
Publié en 1989 et gagnant du World Fantasy Award du meilleur roman court la même année, il faudra pourtant attendre 2012 pour que le roman soit enfin traduit en français par ActuSF et réédité par J’Ai Lu en 2014.
Avec ce court roman George RR Martin s’essaye au thriller fantastique, et le résultat est plus que convaincant même si j’aurai apprécié quelques pages de plus afin de nous éclairer sur certains points de l’intrigue.
L’auteur s’attaque à un thème considéré comme un classique du genre puisque la lycanthropie est à l’honneur (on le devine avant qu’il ne soit fait directement mention dans le roman… la couv’ aide un peu). GRR Martin réussit à revisiter le mythe du loup-garou tout en lui restant fidèle.
En l’espace de quelques pages (154 pour être précis) les personnages sont soignés, notamment Randi et son ami, Willie. De même l’intrigue est rondement menée, pas le temps d’une enquête poussée, on va à l’essentiel. Au final la sauce prend plutôt bien, mais on sent un potentiel inexploité malgré tout.
Quelques pages de plus sur l’historique du loup-garou et sa montée en puissance en ville auraient été bienvenues, mais ma plus grande frustration vient plutôt de l’absence totale d’explications concernant l’Ecorcheur. Cerise sur le gâteau, une fin plus aboutie n’aurait pas été un luxe.
Je ne sais pas encore quel sera le prochain titre de l’auteur qui passera au grill mais soyez assuré que je ne suis pas encore décidé à lâcher le morceau. Je n’en ai pas fini avec vous Monsieur Martin (sans parler du Trône de Fer).

[BOUQUINS] Josh Malerman – Bird Box

J. Malerman - Bird BoxIl est rare que j’achète un bouquin uniquement au vu des critiques quasi unanimes qu’il reçoit des lecteurs, et pourtant force est de reconnaître qu’en m’offrant Bird Box de Josh Malerman, je ne savais pas vraiment dans quoi je mettais les pieds (responsable initiale du craquage : Cajou).
Malorie élève seule ses deux jeunes enfants dans un monde hostile, ils ne sortent que quand c’est absolument nécessaire, et dans ces cas là ils doivent impérativement se couvrir les yeux d’un bandeau opaque. C’est dans ces conditions extrêmes que Malorie décide de prendre la fuite avec ses enfants…
L’auteur réussit dès les premières pages à imposer une ambiance pour le moins angoissante en n’identifiant pas clairement ce qui menace les survivants. Histoire de rendre les choses encore plus impersonnelles les enfants sont baptisés simplement Garçon et Fille. De fait on ressent le même trouble qu’en lisant La Route de Cormac McCarthy (on retrouve aussi comme point commun entre les deux romans la fuite vers un hypothétique avenir meilleur) ; vous avouerez que pour un premier roman c’est plutôt pas mal comme comparaison.
Les chapitres alternent entre les événements présents (quatre ans après le début de l’épidémie) et le parcours de Malorie, de l’apparition des premiers cas à la naissance des enfants alors que le « Problème » (un doux euphémisme pour désigner un truc qui a décimé la quasi totalité de l’humanité) est à son apogée.
La partie « actuelle » baigne dans une angoisse omniprésente, invisible mais palpable. Les flashbacks quant à eux vous font vivre la montée en puissance de cette angoisse.
L’auteur fait preuve d’une remarquable maîtrise quand il s’agit de jouer avec nos nerfs. Sa grande force, à travers ce roman, est de tout miser sur la suggestion, comme les personnages vous évoluerez dans l’intrigue en aveugle (c’est à peine si vous n’en viendrez pas à guetter le moindre bruit suspect). Un défi relevé haut la main, le sentiment de malaise ne vous quittera pas au fil des pages, au contraire il ne fera que s’insinuer en vous, encore et encore. Et c’est là le second tour de force de l’auteur, à aucun moment le soufflé ne retombe, une fois qu’il nous a ferré il ne nous lâche plus. Une fois que vous aurez ouvert ce livre vous serez condamné à ne plus le lâcher avant sa conclusion.
L’essentiel de l’intrigue repose sur Malorie, une mère courage prête à tout pour offrir un ailleurs meilleur à ses enfants. Par moments elle peut sembler dure, voire insensible, mais on se rend rapidement compte que c’est pour eux, pour leur survie, qu’elle se comporte ainsi. Puis il y a les enfants bien sûr, à quatre ans ils n’ont jamais rien connu d’autre que ce monde dans lequel ils ne peuvent compter que sur leur ouïe pour survivre.
Toute la partie concernant la traversée de la rivière nous propose un huis-clos à ciel ouvert particulièrement oppressant. ; ça peut sembler paradoxal mais pas tant que ça si l’on considère que les personnages sont enfermés dans les ténèbres.
Si je devais classer ce bouquin dans un genre prédéfini j’opterai pour la science-fiction du fait de l’aspect post-apocalyptique, mais il pourrait tout aussi bien trouver sa place au rayon des thrillers psychologiques (nul doute qu’il vous foutra les nerfs en pelote). A vrai dire le choix SF m’arrange pour l’inscrire comme invité surprise de mon challenge 100% science-fiction.
Si Josh Malerman n’exclut pas de proposer une suite à Bird Box, il reconnait aussi avoir d’autres projets en tête. Je suppose que tout se jouera selon son inspiration (et éventuellement la pression de son éditeur). Pour ma part j’estime qu’une suite ne s’impose pas, si toutefois elle devait voir le jour alors soyez assuré que je me jetterai dessus avec avidité. A vrai dire je compte bien surveiller les prochains bouquins de l’auteur, qu’ils soient ou non liés à Bird Box.
Si vous pensez avoir déjà tout vu / tout lu en matière de post-apocalyptique, je vous invite à vous plonger dans ce roman, il devrait fortement ébranler vos certitudes et surtout vous procurer une sensation de lecture assez unique en son genre.
Les studios Universal ont d’ores et déjà acheté les droits pour une adaptation au ciné, en l’état actuel des choses on sait juste que le scénario a été confié à Eric Heisserer (scénariste des remakes de Freddy et The Thing ou encore, dans un registre plus inspiré, du film Hours dont il est aussi réalisateur). J’espère retrouver dans le film, s’il voit le jour, la même tension psychologique plutôt que des effets visuels à gogo…