AU MENU DU JOUR
Titre : Ses Ailes De Géant
Auteur : Nathalie Carnesse-Million
Éditeur : 50/50
Parution : 2026
Origine : France
306 pages
De quoi ça cause ?
Nino revient là où tout a commencé. Dans une maison figée par l’abandon, il retrouve les traces d’une enfance brisée : un père englouti par l’alcool, et un frère devenu étranger.
Gabriel, lui, s’est construit dans le silence et la discipline, avec pour seule obsession l’idée de fuir à son tour.
Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?
Parce que l’auteure m’a gentiment demandé si j’accepterai de lire son roman.
S’agissant de quelqu’un que je connais de longue date via la blogosphère et dont j’apprécie particulièrement la prose, je me voyais mal refuser sa proposition.
Ma Chronique
Il est des lectures et des chroniques qui ont une saveur particulière, et celle-ci en fait incontestablement partie. On ne va pas se mentir : si j’avais croisé ce roman chez mon libraire sans en connaître l’auteur(e), je serais certainement passé à côté sans même y jeter un œil (même si je trouve la couv’ très chouette).
Alors pourquoi cette chronique ? Je connais Nathalie de longue date via la blogosphère et Babelio, même si elle se faisait plus discrète depuis quelque temps. Et pour cause : écrire un roman demande un investissement personnel évident. J’ai toujours apprécié le ton et la qualité de ses chroniques, et les quelques nouvelles qu’elle a écrites, que j’ai lues, ont fini de me convaincre que sa prose méritait qu’on s’y attarde.
J’ai bien conscience que se faire connaître en tant que nouvelle plume peut s’avérer un véritable parcours du combattant. Si je peux y apporter ma maigre contribution, je le fais avec plaisir. C’est sur la plateforme monbestseller.com (voir la page de son roman) que Nathalie a décidé de publier. Comme elle me l’a confié en plaisantant, c’est ainsi que Mélissa Da Costa a été repérée. Je lui souhaite de tout cœur de connaître la même réussite.
Venons-en au cœur du sujet : qu’ai-je pensé de Ses Ailes De Géant ? Amie ou pas, je me suis fait la promesse de rédiger chacune de mes chroniques avec le cœur et les tripes (accessoirement, un PC, ça aide). C’est donc sans aucune complaisance que je vous livre mon ressenti.
Dès les premières pages, j’ai été sous le charme de sa prose. Les années n’ont rien enlevé à sa qualité, on se demanderait même si elle ne s’est pas sublimée avec l’âge. Fluide, imagée, jamais démonstrative, elle installe une atmosphère et tient le lecteur sans jamais le lâcher. J’ai aussi été immédiatement emporté par les personnages et par l’intrigue : une histoire de famille et d’amour sur fond noir, en route vers une (im)possible (?) rédemption.
J’ai tout de suite éprouvé une forte empathie pour Nino, un jeune homme qui a fui une ambiance familiale toxique. La mère a quitté le navire sans un mot d’explication, le père s’est enfoncé encore plus profondément dans l’alcool. Les deux enfants, Nino l’aîné et Gabriel son cadet, ont été livrés à eux-mêmes pour s’en sortir. Nino a préféré la rue plutôt que de se laisser empoisonner, et c’est sans la moindre hésitation qu’il a laissé le frangin derrière lui.
On pourrait lui reprocher son égoïsme, mais on sent que cette échappatoire était la clé de sa survie. Depuis, il accepte son sort sans se plaindre, essayant autant que possible de garder la tête haute et surtout de ne pas succomber aux chants des sirènes de la rue. Nathalie évite l’écueil du misérabilisme : son regard sur Nino reste digne et profondément humain, ce qui rend le personnage d’autant plus attachant.
La vie aurait pu s’écouler ainsi pendant de longues années, mais une rencontre va tout changer. Angèle est bénévole à la Croix-Rouge, et c’est lors d’une maraude qu’elle croise le chemin de Nino. Même si tout semble les opposer, le coup de foudre est instantané. Cette rencontre, que rien ne laissait prévoir, vient ouvrir une brèche dans le quotidien de Nino.
Elle et les hasards de la vie vont le pousser à renouer avec Gabriel. Malgré les silences, les non-dits et les blessures secrètes, le lien fraternel va s’avérer plus fort… Peut-être jusqu’à rendre l’impossible imaginable et reconstruire un semblant de normalité. Ces retrouvailles sont l’un des moments les plus touchants du roman : tout y passe par ce qui n’est pas dit, et l’on sent le poids de toutes ces années perdues.
Mais ne comptez pas sur Nathalie pour transformer son récit en un torrent de guimauve suintante. Sa plume a toujours trempé dans le noir, et le naturel revient rapidement au triple galop pour bouleverser un équilibre encore fragile. L’écrou pourri qui fait dérailler une mécanique pourtant bien enclenchée s’appelle Victor. Avec lui arrivent les mauvais choix, l’enlisement, et une tension qui grimpe crescendo jusqu’à un final explosif.
Nathalie prend un malin plaisir à malmener ses personnages et, accessoirement, ses lecteurs. On aurait presque eu envie de croire que le ciel était toujours bleu chez les Bisounours. Que nenni : l’orage se profile, et l’ouragan pourrait bien tout emporter sur son passage (merci Stéph de M. pour cette contribution à l’insu de ton plein gré).
Côté narration, Nathalie opte pour un roman choral, qui donne tour à tour la parole aux différents acteurs de l’intrigue. Les chapitres consacrés à Gabriel sont écrits à la première personne, les autres à la troisième. Ce choix donne à Gabriel une voix à part, plus intime, et nous place au plus près de ses doutes et de ses fêlures.
Il m’a fallu moins de deux jours pour dévorer ce roman. Par les temps qui courent, c’est plutôt rare chez moi, car j’ai plutôt tendance à faire durer mes lectures au-delà du raisonnable. Ici, impossible : l’envie de savoir comment tout cela allait se terminer a pris le dessus sur ma lenteur habituelle.
Pour l’anecdote, le titre du roman fait référence au poème de Baudelaire, L’Albatros, publié dans Les Fleurs Du Mal (1857). Là encore, le hasard n’y est pour rien : ce poème sert de fil rouge tout au long du récit. L’image de l’oiseau majestueux, entravé et maladroit une fois posé au sol, résonne avec ces personnages cabossés, pour qui s’élever semble si difficile.
Merci, Nathalie, pour cette découverte. Elle me sort de ma zone de confort habituelle (je revendique un certain éclectisme en matière de littérature, mais force est de reconnaître que le polar, sous toutes ses formes, survole les autres genres). Pourtant, c’est une lecture qui m’a embarqué de la première à la dernière page.
Pour la qualité du roman et pour encourager Nathalie à poursuivre dans la voie littéraire, je vais même bonifier mon verdict d’un coup de cœur amplement mérité.
MON VERDICT


















