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Titre : Point De Fuite
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2025
Origine : France
256 pages
De quoi ça cause ?
Alors qu’une tempête se déchaîne, un criminel tente d’échapper à la police et à son complice. Une réceptionniste dépose une étrange valise dans une chambre d’hôtel où un petit garçon est enfermé. Une femme guette l’arrivée du père de son enfant, et un steward désespéré attend d’embarquer pour un vol ultime.
Tous approchent du point de non-retour qui fera basculer leur existence.
Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?
Estelle Tharreau fait partie des auteurs historiques des éditions Taurnada, elle a largement prouvé qu’elle maîtrisait les codes de la littérature policière. Le duo fait partie de mes incontournables depuis déjà quelques temps.
Ma Chronique
Point De Fuite est le neuvième roman d’Estelle Tharreau que je découvre. À chaque lecture, ou presque, je ressors bluffé par la qualité de ses intrigues policières. L’auteure maîtrise parfaitement les codes du thriller et n’hésite jamais à les bousculer, voire à les détourner lorsque cela sert son histoire. Une audace qui fait aujourd’hui partie de sa signature.
Pour ce nouveau roman, Estelle Tharreau choisit un décor aussi original qu’efficace : un immense aéroport international dont le nom ne sera jamais révélé. Les patronymes des personnages laissent supposer une localisation occidentale, probablement européenne, mais rien ne vient jamais le confirmer. Ce choix d’anonymat confère au récit une portée presque universelle : cet aéroport pourrait être n’importe lequel de ces gigantesques hubs où transitent quotidiennement des dizaines de milliers de voyageurs.
Le décor est exploité avec une remarquable intelligence. Derrière les halls d’embarquement se cache un véritable labyrinthe composé de couloirs de service, de locaux techniques, d’hôtels, de salles d’attente et de zones interdites au public. Au sommet de cet ensemble trône la tour de contrôle, véritable centre névralgique de cette cité miniature qui ne dort jamais. Un univers où se croisent passagers, personnels navigants, agents de sécurité, techniciens, employés de maintenance et tous ceux qui œuvrent dans l’ombre au bon fonctionnement de cette gigantesque mécanique.
Puis survient l’élément déclencheur. Une violente tempête de neige paralyse totalement l’aéroport, coupant ses occupants du reste du monde. Les avions restent cloués au sol, les sorties deviennent impossibles et chacun se retrouve prisonnier de ce huis clos imposé par les éléments. Les choses sérieuses peuvent alors commencer.
L’intrigue se concentre sur une poignée de personnages soigneusement choisis, au premier rang desquels Victor, un criminel notoire en cavale après l’échec sanglant de son dernier coup. Traqué à la fois par les forces de l’ordre et par un ancien complice bien décidé à se venger, il entraîne le lecteur dans une chasse à l’homme où chaque minute compte, la météo venant sans cesse compliquer la situation.
Dans un premier temps, il est pourtant difficile de comprendre la place qu’occupent les autres protagonistes. Comme souvent chez Estelle Tharreau, rien n’est laissé au hasard. Avec une maîtrise remarquable de la construction narrative, elle orchestre les trajectoires de chacun avec la précision d’un chef d’orchestre. Peu à peu, les liens invisibles qui unissent ces personnages apparaissent, révélant un tableau d’ensemble bien plus complexe qu’il n’y paraissait.
Seul Gauthier Pendanx, steward profondément meurtri par la vie, semble évoluer en marge de cette mécanique parfaitement huilée. Son histoire paraît d’abord indépendante de l’intrigue principale. Pourtant, sa présence n’a rien de gratuite : elle apporte une dimension profondément humaine au récit et incarne une solitude ainsi qu’un désespoir qui contrastent avec l’agitation permanente de l’aéroport.
L’aéroport lui-même devient un personnage à part entière. Son architecture, ses espaces clos, ses itinéraires cachés influencent constamment les déplacements des protagonistes et participent pleinement à la tension. Quant à la tempête, elle dépasse largement le simple rôle de toile de fond : elle agit comme une force supérieure qui maintient chacun captif, suspendant le temps jusqu’à ce qu’elle décide enfin de relâcher son emprise.
Estelle Tharreau signe ici un thriller psychologique prenant, construit comme un huis clos particulièrement oppressant. Sa plume, toujours aussi directe et sans fioritures, privilégie des chapitres courts qui impriment un rythme soutenu à la lecture. L’auteure s’amuse également avec la temporalité, tordant parfois l’arc chronologique ou multipliant les écrans de fumée afin de retarder les révélations.
Certes, quelques situations paraîtront sans doute un peu invraisemblables aux lecteurs les plus exigeants. Mais elles ne nuisent jamais réellement au plaisir de lecture tant elles s’intègrent à une intrigue solidement construite et remarquablement maîtrisée.
Avec Point De Fuite, Estelle Tharreau livre un thriller noir, tendu et efficace, mais aussi un roman profondément humain où les blessures, les regrets et les choix des personnages comptent autant que le suspense. Une nouvelle démonstration de son savoir-faire qui confirme, une fois encore, qu’elle compte parmi les auteures françaises les plus talentueuses du thriller psychologique.
MON VERDICT


















