[BOUQUINS] Josh Malerman – Bird Box

J. Malerman - Bird BoxIl est rare que j’achète un bouquin uniquement au vu des critiques quasi unanimes qu’il reçoit des lecteurs, et pourtant force est de reconnaître qu’en m’offrant Bird Box de Josh Malerman, je ne savais pas vraiment dans quoi je mettais les pieds (responsable initiale du craquage : Cajou).
Malorie élève seule ses deux jeunes enfants dans un monde hostile, ils ne sortent que quand c’est absolument nécessaire, et dans ces cas là ils doivent impérativement se couvrir les yeux d’un bandeau opaque. C’est dans ces conditions extrêmes que Malorie décide de prendre la fuite avec ses enfants…
L’auteur réussit dès les premières pages à imposer une ambiance pour le moins angoissante en n’identifiant pas clairement ce qui menace les survivants. Histoire de rendre les choses encore plus impersonnelles les enfants sont baptisés simplement Garçon et Fille. De fait on ressent le même trouble qu’en lisant La Route de Cormac McCarthy (on retrouve aussi comme point commun entre les deux romans la fuite vers un hypothétique avenir meilleur) ; vous avouerez que pour un premier roman c’est plutôt pas mal comme comparaison.
Les chapitres alternent entre les événements présents (quatre ans après le début de l’épidémie) et le parcours de Malorie, de l’apparition des premiers cas à la naissance des enfants alors que le « Problème » (un doux euphémisme pour désigner un truc qui a décimé la quasi totalité de l’humanité) est à son apogée.
La partie « actuelle » baigne dans une angoisse omniprésente, invisible mais palpable. Les flashbacks quant à eux vous font vivre la montée en puissance de cette angoisse.
L’auteur fait preuve d’une remarquable maîtrise quand il s’agit de jouer avec nos nerfs. Sa grande force, à travers ce roman, est de tout miser sur la suggestion, comme les personnages vous évoluerez dans l’intrigue en aveugle (c’est à peine si vous n’en viendrez pas à guetter le moindre bruit suspect). Un défi relevé haut la main, le sentiment de malaise ne vous quittera pas au fil des pages, au contraire il ne fera que s’insinuer en vous, encore et encore. Et c’est là le second tour de force de l’auteur, à aucun moment le soufflé ne retombe, une fois qu’il nous a ferré il ne nous lâche plus. Une fois que vous aurez ouvert ce livre vous serez condamné à ne plus le lâcher avant sa conclusion.
L’essentiel de l’intrigue repose sur Malorie, une mère courage prête à tout pour offrir un ailleurs meilleur à ses enfants. Par moments elle peut sembler dure, voire insensible, mais on se rend rapidement compte que c’est pour eux, pour leur survie, qu’elle se comporte ainsi. Puis il y a les enfants bien sûr, à quatre ans ils n’ont jamais rien connu d’autre que ce monde dans lequel ils ne peuvent compter que sur leur ouïe pour survivre.
Toute la partie concernant la traversée de la rivière nous propose un huis-clos à ciel ouvert particulièrement oppressant. ; ça peut sembler paradoxal mais pas tant que ça si l’on considère que les personnages sont enfermés dans les ténèbres.
Si je devais classer ce bouquin dans un genre prédéfini j’opterai pour la science-fiction du fait de l’aspect post-apocalyptique, mais il pourrait tout aussi bien trouver sa place au rayon des thrillers psychologiques (nul doute qu’il vous foutra les nerfs en pelote). A vrai dire le choix SF m’arrange pour l’inscrire comme invité surprise de mon challenge 100% science-fiction.
Si Josh Malerman n’exclut pas de proposer une suite à Bird Box, il reconnait aussi avoir d’autres projets en tête. Je suppose que tout se jouera selon son inspiration (et éventuellement la pression de son éditeur). Pour ma part j’estime qu’une suite ne s’impose pas, si toutefois elle devait voir le jour alors soyez assuré que je me jetterai dessus avec avidité. A vrai dire je compte bien surveiller les prochains bouquins de l’auteur, qu’ils soient ou non liés à Bird Box.
Si vous pensez avoir déjà tout vu / tout lu en matière de post-apocalyptique, je vous invite à vous plonger dans ce roman, il devrait fortement ébranler vos certitudes et surtout vous procurer une sensation de lecture assez unique en son genre.
Les studios Universal ont d’ores et déjà acheté les droits pour une adaptation au ciné, en l’état actuel des choses on sait juste que le scénario a été confié à Eric Heisserer (scénariste des remakes de Freddy et The Thing ou encore, dans un registre plus inspiré, du film Hours dont il est aussi réalisateur). J’espère retrouver dans le film, s’il voit le jour, la même tension psychologique plutôt que des effets visuels à gogo…

[BOUQUINS] Dan Simmons – Collines Noires

D. Simmons - Collines NoiresVoilà un titre qui doit sa promotion au sein de mon Stock à Lire Numérique grâce à un Book Club. Même si je reconnais volontiers que Collines Noires, de Dan Simmons, m’intriguait je comptais le lire quand j’aurai un creux dans mon programme. Le hasard en ayant décidé autrement, place à ma chronique.
Lors de la bataille de Little Big Horn (1876), le jeune Paha Sapa (Collines Noires), un indien lakota, entre en contact avec le général Custer agonisant. L’esprit du général pénétré celui du jeune indien qui va devoir apprendre à cohabiter avec cet hôte indésirable. Désormais d’un simple toucher, Paha Sapa peut connaître le passé et l’avenir de chacun. 1936, Paha Sapa travaille comme dynamiteur sur le site du mont Rushmore qui va bientôt abriter les bustes géants des Pères Fondateurs (Lincoln, Washington, Jefferson et, plus tard, Roosevelt). Le viel indien rêve de faire sauter ce symbole de la suprématie de l’homme blanc qui souille un territoire sacré pour les Lakotas…
Oui je sais que ça fait un peu long comme présentation, mais j’ai fait cours par rapport à la quatrième de couv’. Pas simple de résumer en trois lignes un roman aussi dense. Et encore vous n’avez rien vu !
Je n’oserai pas prétendre connaître l’oeuvre de Dan Simmons (je n’ai lu que L’Echiquier Du Mal et Flashback à ce jour) mais il ne me semble pas exagéré d’affirmer qu’elle s’inscrit clairement dans le genre SFFF. Dans Collines Noires le fantastique n’occupe qu’une place infime, l’auteur nous livre une fresque historique s’étalant essentiellement de 1876 à 1936. Un roman qui a dû lui demander un travail de titan en matière de recherche et de documentation (voir la liste impressionnante d’ouvrages cités dans les remerciements) sur cette période et sur les us et coutumes des indiens Lakotas. A ce titre ce bouquin est une mine d’informations pour le profane ou le simple curieux. La fiction côtoie l’Histoire (et de fait certains personnages historiques) pendant une période cruciale de la construction des Etats-Unis et de l’anéantissement d’une culture.
Si vous espérez un page-turner passez votre chemin. Collines Noires demande un certain investissement personnel en terme de temps, prenez votre temps pour l’apprécier et le digérer, lentement mais surement. Si vous cherchez à le lire à toute berzingue vous finirez par ne plus rien y comprendre et renoncerez au bout de quelques chapitres. D’autant que la chose fait quand même 544 pages et est divisée en chapitres longs ; pas de quoi inciter à une lecture expresse, heureusement que c’est bien écrit. On progresse lentement mais on prend un réel plaisir à découvrir l’intrigue concoctée par Dan Simmons.
Les chapitres (25) alternent entre le passé de Paha Sapa (un parcours mouvementé ponctué par quelques rencontres avec ceux qui ont écrit une page de l’Histoire) et son présent (en 1936). L’ordre chronologique n’est pas toujours de rigueur mais ça ne nuit en rien au roman, l’auteur sait y faire pour que l’on ne se sente jamais largué. Les chapitres 5, 10, 15 et 20 sont en fait des lettres fictives écrites par George Armstrong Custer et adressées à son épouse Libbie (Elizabeth Bacon).
L’histoire (et l’Histoire) est captivante même si parfois on a un peu l’impression d’être devant un reportage de Discovery Channel sur les indiens d’Amérique. Plus d’un mois pour lire un bouquin ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé (surtout pour un titre qui m’a vraiment plu) ; mon emploi du temps professionnel dopé aux hormones ne justifie pas à lui seul ce délai comme expliqué plus haut.
Je vous invite à survoler l’épilogue qui n’apporte aucun plus au reste du roman, au contraire il est parfois trop didactique ; laissez plutôt oeuvrer votre imaginaire. Si vous voulez vous plonger dans une roman qui vous invite à l’évasion, dans l’espace et le temps, alors Collines Noires et fait pour vous… mais prenez le temps de le déguster. Heureusement, Dan Simmons est un formidable conteur.
L’auteur a fait le choix de conserver certains termes en langue lakota et propose un glossaire en fin de roman afin de retrouver la correspondance en français. Au début c’est un peu délicat mais on s’y fait vite, d’autant que, pour ne pas casser le rythme, Dan Simmons propose parfois la traduction immédiatement après le terme d’origine. Bien entendu la traductrice a respecté ce choix. Par contre là où le bât blesse au niveau de la traduction, c’est quand la traductrice françise les noms anglais des personnes et des lieux… parfois ça pique les yeux. Ainsi les chefs Sioux, Sitting Bull et Crazy Horse, deviennent Bison-Assis et Cheval-Fou, les sites des batailles de Greasy Grass, les Herbes Grasses et Little BigHorn le Grand Mouflon (erreur flagrante de traduction, il eut fallu indiquer Petit « Little » Mouflon « Bighorn »)… La palme d’or revient à un chaman qui se retrouve affublé du doux sobriquet de Long-Etron, on est passé à deux doigts de Grosse-Merde (coup de bol ça semble être un personnage fictif). Il eut vraiment été plus judicieux de garder les noms anglais pour tous les noms propres.

[BOUQUINS] Bill Loehfelm – Face Au Mal

B. Loehfelm - Face Au MalMa PàL papier diminue aussi vite que mon Stock à Lire Numérique augmente, ça me donne l’occasion d’aller piocher dans les achats France Loisirs laissés (à tort ou à raison ?) en stand-by. C’est donc au tour de Face Au Mal de Bill Loehfelm de passer sur le grill.
Maureen, serveuse dans un club de Staten Island, surprend à la fin de son service son patron et Frank Sebastian, un politicien qui a le vent en poupe, dans une situation plus que compromettante. Le lendemain elle apprend que son boss est mort dans des circonstances louches. Quand des gros bras de Sebastian débarquent chez elle, elle réalise alors qu’elle est la prochaine sur la liste. Sur qui peut elle vraiment compter face à un ennemi aussi puissant que Sebastian ?
Encore une avant-première France Loisirs, mais depuis le temps qu’il prend la poussière dans ma PàL je suppose que le bouquin est dispo en librairie depuis un moment. Quoi qu’il en soit autant jouer cartes sur table d’entrée de jeu : ce bouquin n’a rien d’exceptionnel, si vous le ratez vous ne perdrez pas grand chose…
L’intrigue me semblait prometteuse, quoique relativement classique, mais son traitement manque cruellement de profondeur et de surprises. L’auteur arrive à nous donner l’envie de connaître le fin mot de l’histoire mais sans plus.
Les personnages sont creux et ridiculement manichéens (à peut être celui de l’inspecteur Waters, le seul qui ait un semblant de consistance). Sebastian est l’archétype du méchant pas beau de série B, sadique, pervers, sûr de lui, ambitieux… au point d’en devenir stupide. Le pire dans l’affaire reste le personnage de Maureen, alors qu’elle aurait mérité le plus d’attention de la part de l’auteur (après tout c’est son perso principal), tout en elle sonne creux, on frôle le trou noir. Difficile d’avoir une quelconque empathie pour une palourde échouée sur le sable chaud à marée basse…
C’est le troisième roman de Bill Loehfelm et le premier traduit en français, on ne peut pas vraiment dire que la mise en bouche soit une réussite. Pas certain d’avoir envie d’aller en avant dans l’univers littéraire de l’auteur. On ne peut pas viser juste à tous les coups… Heureusement les top sont plus fréquents que les flop !

[BOUQUINS] Peter Stenson – Déchirés

P. Stenson - DéchirésC’est en parcourant le catalogue des éditions Super 8 que j’ai découvert ce roman et presque instantanément craqué pour ce titre. Qui plus est il fait un parfait invité surprise pour mon challenge zombies. Plein de bonnes raisons qui font que Déchirés de Peter Stenson s’est retrouvé propulsé au sommet de mon Stock à Lire Numérique.
Chase et son pote, Sténo, sont tous les deux des junkies accros à la méth. Après une semaine à planer dans les brumes de cristal, ils réalisent que quelque chose ne tourne pas rond… Et pour cause, ils se retrouvent au coeur d’un chaos apocalyptique où les zombies jouent les invités surprises. Des invités affamés de chair fraîche…
La quatrième de couv’ présente le bouquin comme un mix entre les séries Breaking Bad (entendu parler mais jamais vu) et Walking Dead (complètement fan). Une chose est certaine ce roman propose une approche totalement originale (et délirante) de l’Apocalypse Z.
L’auteur nous plonge dans le grand bassin dès les premières page avec une gosse zombifiée qui attaque et bouffe un rottweiler (à ne pas confondre avec le Trierweiler). Amis des bêtes rassurez vous, quelques pages plus tard ce sont des chats qui bectent joyeusement leur maîtresse morte. Un partout, balle au centre.
N’allez pas pour autant vous imaginer que ce bouquin est une grossière parodie de la littérature zombie (un genre qui a le vent en poupe depuis quelques années). Certes l’humour (souvent noir) est bel et bien présent (voire omniprésent) mais les fondamentaux du genre sont respectés. Un mix osé entre humour et horreur sans jamais virer à la farce, le rire et le gore font bon ménage au fil des pages. Un choix original parfaitement maîtrisé par l’auteur, pour notre plus grand plaisir.
La première originalité du bouquin tient de ses deux héros, une paire de bras cassés camés jusqu’aux yeux. Qui plus est les survivants qu’ils croisent ont eux aussi un gros faible pour la méth : la conclusion s’impose d’elle même pour Chase : « Tous ceux qui sont encore en vie sont accros à la méthamphétamine« . Rassurés par cette conclusion (à moins que ce ne soit l’essence même de la pensée junkie), en plus de leur survie nos deux comparses vont devoir assurer leur ravitaillement en méth.
Les zombies version Peter Stenson ne sont guère différents de ceux que l’on peut croiser ailleurs (ciné, tv ou bouquins), si ce n’est qu’au lieu des grognements habituels ils ont opté pour le ricannement. Leur petit nom ? Les Morbacs, pour Morts-back.
Ecrit à la première personne l’auteur nous fait partager les événements vus par Chase, un style très imagé (par exemple « Des morceaux de chair se détachent de son visage comme de fines tranches de kebab« , ou encore « Ça sent comme un cunni pendant les règles« …) et des pensées pas toujours des plus lucides.
Toujours au niveau du style et de l’écriture les dialogues ne sont pas marqués par des guillemets ou des tirets ; ça surprend un peu au début mais finalement ça contribue à rendre le récit plus vivant, comme si Chase te le racontais de vive voix.
L’auteur nous offre une véritable cocotte-minute, ça commence doucement puis la pression monte progressivement jusqu’à un final qui nous explose littéralement à la gueule (oui je sais que ce n’est pas censé être le cas des cocottes-minute, on va dire qu’elle avait un défaut de fabrication).
Un bouquin qui se hisse tout de suite sur les plus hautes marches de la littérature zombie, non seulement il devrait séduire les adeptes du genre mais aussi attirer un public plus large (et pourquoi pas convertir de nouveaux adeptes). Un genre encore réservé à un public limité, méconnu et souvent méprisé (surtout par ceux qui ne le connaissent pas) ; je suis loin de prétendre être un expert en la matière mais depuis le début de mon challenge zombies j’ai découvert des bouquins bien plus profonds qu’il n’y paraissent et offrant tous une approche différente.
Deuxième titre que je lis des éditions Super 8 et deuxième coup de coeur, il m’en reste deux en stock (sur cinq sortis à ce jour, c’est un score honorable). Sans parler des prochains titres annoncés qui promettent d’être tout aussi savoureux… Bon, sur ce, j’y retourne !

[BOUQUINS] Joe Hill – Cornes

J. Hill - CornesDans la famille King, je voudrai le fils, Joe. Je m’étais promis de me pencher de plus près sur l’univers littéraire de Joe Hill (fils de Stephen King donc), place donc à ma chronique de Cornes, son second roman.
Un lendemain de cuite, Ignatius Perrish (Ig ou Iggy pour les intimes) se réveille avec une paire de cornes sur le crâne. Bizarrement ces excroissances ne semblent choquer personne. Ig ne tarde pas à découvrir que d’un simple toucher il apprend les secrets les plus inavouables de son interlocuteur qui lui confie alors ses pensées les plus sombres. C’est pour lui une occasion unique de chercher à découvrir l’identité de celui qui a violé et sauvagement assassiné sa petite amie, un an plus tôt…
Au fil de son périple Ig ne tardera pas à découvrir que toute vérité n’est pas frocément bonne à entendre, il subira quelques cruelles désillusions de la part de gens sur qui il pensait pouvoir compter. Il faut dire que Ig a été soupçonné pendant un temps d’être l’assassin de Merrin, sa petite amie, bien que blanchi, faute de preuves, sans jamais avoir été totalement innocenté.
Une fois le décor posé, l’auteur alterne entre flash-back (où l’on découvre comment Ig a rencontré Lee, qui deviendra son meilleur ami, et Merrin ; et comment leur trio a évolué jusqu’au meurtre de Merrin) et l’intrigue présente (où Ig met son nouveau pouvoir à profit pour découvrir la vérité sur ledit meurtre). Un choix narratif plutôt bien assumé, les alternances font en sorte de ne pas trop casser le rythme de l’intrigue.
Au niveau des personnages, outre le trio constitué par Ig, Merrin et Lee, il faudra aussi compter sur Terry, le frère ainé de Ig. Des personnages bien construits mais l’auteur parvient aussi à donner une véritable profondeur aux personnages plus secondaires. Pas de superflu, chacun a un rôle bien précis à tenir.
Quid de l’intrigue ? L’identité de l’assassin de Merrin est dévoilée rapidement (vers la moitié du bouquin) mais on a de sérieux soupçons bien avant que Ig ne comprenne (il faut bien reconnaître que Ig n’est pas franchement une lumière). Malgré tout l’auteur maintient notre attention en constant éveil, connaître le meurtrier est une chose, l’éliminer ou le pousser à se dévoiler en est une autre.
Une intrigue originale qui joue aussi avec les genres, on début Joe Hill semble privilégier la carte de l’humour (avec les premières confidences que reçoit Ig), puis au fil des souvenirs, la nostalgie prend possession des lieux avant que la noirceur ne vienne s’imposer en maître des lieux. On pourra peut être regretter quelques digressions et longueurs qui n’apportent pas grand chose à l’intrigue mais globalement ça passe plutôt bien.
Joe Hill a décidé d’écrire sous un pseudo afin que ses romans ne soient pas comparés à ceux de son illustre paternel ; c’est vrai que l’on imagine bien cette histoire écrite par Stephen King. Mais laissons à Joe Hill ce qui est à Joe Hill, d’autant qu’il s’en sort plutôt bien, sans être parfait le résultat est plus qu’honorable.
Pour l’anecdote l’adaptation cinéma du roman devrait sortir dans les prochaines semaines, sous le titre Horns, avec Alexandre Aja (le plus américains des réalisateurs français) aux manettes et Daniel Radcliffe (si, si, celui de Harry Potter) dans le rôle d’Ig Perrish.

[BOUQUINS] JC Hutchins & Jordan Weisman – Chambre 507

Hutchins & Weisman - Chambre 507Il aura suffi de quelques critiques plutôt enthousiastes pour que je chamboule mon programme de lecture (OK j’avoue que ledit programme repose sur des bases mouvantes, pour ne pas dire franchement instables), poussant ainsi en avant un petit nouveau de mon Stock à Lire Numérique : Chambre 507, un thriller écrit à quatre mains par JC Hutchins et Jordan Weisman.
Zach Taylor est art-thérapeute à Brinkvale, un sinistre institut psychiatrique qui héberge les pires psychopathes. Il se voit confier l’expertise psychiatrique de Martin Grace, accusé de douze meurtres et aveugle depuis deux ans (ce qui coïncide avec la fin des crimes). L’accusation repose exclusivement sur le fait qu’il avait prévenu les victimes avant leur mort sans lésiner sur les détails. Alors, innocent clairvoyant ou coupable machiavélique ?
Brinkvale, Long Island (NY) ? Un petit coin de paradis : « L’ins­ti­tut psy­chia­trique Brinkvale n’avait pas été bâti au-des­sus de la car­rière, mais de­dans. Neuf étages de folie furieuse, à hur­ler, à s’en faire bouillir la cer­velle, em­pi­lés dans la roche sur soixante mètres de hauteur. »
Ses résidents ? Que du beau monde : « Mais en 1875, le trou en ques­tion re­tint l’in­té­rêt d’alié­nistes dé­bor­dés qui cher­chaient un lieu tran­quille, caché aux re­gards du pu­blic, où abriter la po­pu­la­tion crois­sante des fous cri­mi­nels qui sé­vis­saient en ville. Des pa­tients soit trop at­teints pour la pri­son, soit trop dan­ge­reux pour les mo­destes asiles mu­ni­ci­paux. Car en fin de compte, même les can­ni­bales, les vio­leurs en série, les né­cro­philes, les bu­veurs de sang, les schi­zoïdes ul­tra­vio­lents et les gou­rous cha­ris­ma­tiques doivent bien dor­mir quelque part. »
Bon maintenant que le décor est posé on va pouvoir entrer dans le vif du sujet. Attachez vos ceintures, le voyage ne sera pas de tout repos !
Au chapitre des personnages je commencerai par Martin Grace, de loin le plus énigmatique et le plus complexe. Un bloc de marbre. Un iceberg. Avant de le rencontrer on découvre son parcours, et déjà les premières questions affluent. Le premier contact entre Zach et Martin nous plonge tout de suite dans le grand bain. Un bain glacé. Dans des eaux noires. Entouré d’un air vicié. Ce fut bref mais intense ; comme Zach on en ressort « sonné, désarçonné« . Et ça ne fait que commencer…
Passons à Zach Taylor maintenant. Après une jeunesse tumultueuse et rebelle (les relations avec son paternel sont toujours tendues), il semble enfin avoir trouvé sa place. Inutile de vous préciser que pour lui sa rencontre avec Martin Grace va marquer le début d’une descente en enfer, une plongée en apnée dans l’antre de la folie et de la phobie. Une plongée dans les sombres secrets de Martin Grace mais aussi dans ceux de sa propre famille. Heureusement pour éviter de sombrer il pourra compter sur le soutien de son frère, Lucas (un extravagant, adepte du parkour, qui a plus d’un tour dans son sac) et sa nana, Rachael (une geek pour qui l’informatique n’a bien entendu aucun secret). Un trio auquel on ne peut qu’accrocher, ils sont autant complices que complémentaires ; mais surtout ils apportent un peu de lumière dans les ténèbres et un peu de légéreté (avec quelques touches d’humour qui font mouche) dans ce magma oppressant.
Ecrit à la première personne, les auteurs nous proposent de vivre leur intrigue par le biais de Zach ; le résultat est pour le moins percutant. On partage ses questionnements, ses remises en question et ses peurs tandis qu’il creuse le passé de Grace et celui de sa famille. Les auteurs prennent un malin plaisir à brouiller les pistes et à jouer crescendo avec nos nerfs (âmes sensibles s’abstenir).
Il faut dire que l’intrigue est franchement tarabiscotée et menée de main de maître, une fois accroché (et ça va très vite), on ne lâche le bouquin qu’à regrets, espérant pouvoir le reprendre au plus vite. Un thriller foutrement efficace qui vous poussera souvent à vous demander si on est encore dans le rationnel ou si on a basculé dans la quatrième dimension (afin de laisser intact le suspense je ne répondrai pas à cette question).
Certes la fin ne répond sans doute pas à toutes les questions, je soupçonne qu’il s’agisse là d’un geste délibéré des auteurs (plutôt qu’un manque d’inspiration) afin de laisser une porte ouverte à une interprétation personnelle ; c’est une option qui ne m’a pas frustré outre mesure.
A noter que les droits d’adaptation au cinéma ont été achetés par Gore Verbinski (en tant que producteur), espérons qu’il saura s’entourer d’une équipe qui restituera toute la noirceur et la rudesse du roman ; pour rappel Verbinski est surtout connu pour être à l’origine de la saga Pirates des Caraïbes et de Lone Ranger pour Disney, inutile de préciser qu’on ne joue pas vraiment dans la même catégorie avec Chambre 507.
M’est d’avis que cette toute jeune maison d’édition (née en avril 2014 avec Fabrice Colin comme directeur éditorial), Super 8, n’a pas fini de nous surprendre. En tout cas perso je zieute déjà avidement vers plusieurs autres titres de son catalogue. Il y a fort à parier que le petit nouveau ne tardera pas à jouer dans la cour des grands grâce à une ligne éditoriale des plus prometteuses : « inoculer à la littérature mainstream la dose de surnaturel (fantastique, horreur, anticipation, galère post-apocalyptique, etc.) que cette dernière réclame sans le savoir.« 

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Pas De Pitié Pour Martin

K. Slaughter - Pas De Pitié Pour MartinJe n’ai pu résister à la tentation de voir ce que Karin Slaughter pouvait faire quand elle s’éloigne de son genre de prédilection (le thriller) et de ses personnages habituels (Sarah Linton et Will Trent) ; c’est donc un mélange d’avidité et de curiosité que je me suis plongé dans Pas De Pitié Pour Martin.
Martin Reed, 36 ans, est un individu lambda, invisible, quand il n’est pas la cible des railleries de ses collègues ou de sa mère acariâtre chez qui il vit encore. Tout change le jour où il se retrouve suspecté du meurtre d’une de ses collègues. Tout le monde semble convaincu de sa culpabilité sauf la détective An Albada en charge du dossier…
Vu comme ça on pourrait penser que Karin Slaughter reste dans le polar/thriller mais que nenni, Pas de Pitié Pour Martin est au thriller ce que le Canada Dry est à l’alcool. Ca y ressemble fort mais ça n’en est pas ! L’auteure joue à fond la carte de l’humour, un humour qui se consomme noir et fait un bien fou aux zygomatiques (la scène de l’interrogatoire est à pleurer de rire au vu des prouesses de l’avocat commis d’office).
Tandis que Karin Slaughter prend un malin plaisir à jouer avec les règles d’un genre qu’elle maîtrise sur le bout des doigts, elle en profite aussi pour rendre hommage à d’autres grands nom de la littérature policière. Même avec un humour omniprésent l’auteure nous propose une intrigue qui tient plutôt bien la route, notamment grâce à une galerie de personnages hors normes, pour ne pas dire pathétiques (Martin en tête, un loser puissance 10 mais aussi un personnage terriblement attachant).
N’espérez pas un suspense à couper au couteau, vos nerfs ne devraient pas être mis à trop rude épreuve, comme je l’ai déjà indiqué (ça doit être l’âge, je radote) ce sont vos zygomatiques qui intéressent Karin Slaughter. N’attendez pas non plus LE livre de l’année (il date de 2009), prenez le simplement pour ce qu’il est : une pause détente sans prise de tête avec quelques sourires (les éclats de rire en public j’évite… surtout à la bibliothèque) à la clé.
Le roman est court et se lit d’une traite, sans se presser afin de prendre le temps d’en savourer toutes les subtilités (on se surprend à espérer quelques pages de plus au moment de le refermer). En lisant les répliques cinglantes de la mère de Martin je visionnais parfaitement dans le rôle le personnage de Berta (Conchata Ferrell) dans la série Mon Oncle Charlie, Alan (Jon Cryer) ferait un bon Martin avec quelques kilos en plus.

[BOUQUINS] Elspeth Cooper – Les Chants De La Terre (La Chasse Sauvage 1)

E. Cooper - Les Chants De La TerreCela fait un moment que je n’ai pas tâté un peu de fantasy, rien de tel qu’un Book Club pour y remédier puisque l’heureux élu du mois d’août a été Les Chants de La Terre, premier opus de la tétralogie La Chasse Sauvage d’Elspeth Cooper.
Gair est condamné à mort pour sorcellerie mais sa peine est commué, il sera marqué au fer et banni de la Ville Sainte. Il pourra compter sur l’aide d’Alderan, un mystérieux vieillard qui semble en savoir bien plus qu’il ne veut le dire. Ensemble ils rejoindront l’Ordre du Voile où Alderan et ses pairs apprendront à Gair à maîtriser ses talents magiques…
De prime abord ce bouquin avait tout pour me tenter, un éditeur qui fait référence dans le genre (Bragelonne), une couv’ sublime et un pitch alléchant ; alors comment se fait-ce que je sois passé à côté ? Hmmm sans doute parce que les libraires de la place sont plutôt frileux en matière de fantasy, ils ne misent que sur les valeurs n’ayant plus rien à prouver (Le Trône de Fer ou L’Epée de Vérité par exemple). Reste à savoir maintenant si le contenu va tenir toutes ses promesses.
D’ores et déjà il faut savoir que le propre de la fantasy est de proposer une intrigue qui se déroule univers imaginaire, ce qui implique de poser les bases de ce monde (pas seulement sa géographie mais aussi son organisation politique et religieuse et les différents peuples qui y vivent). Ca peut être fastidieux (pour ne pas dire franchement chiant) à moins que les infos ne soient disposées çà et là dans le récit, avec une parcimonie étudiée. C’est le cas présentement, on découvre cet univers régi par ses propres lois au fil des pages et de l’intrigue, ça passe comme une lettre à la poste.
On découvre donc un monde où l’Eglise impose sa loi ce qui implique bien entendu une bonne dose d’obscurantisme et d’hypocrisie (ce n’est pas forcément de la fiction d’accorder religion avec obscurantisme et hypocrisie), de fait la magie n’est pas vraiment vue d’un bon oeil par ces grenouilles de bénitier. Mais bon comme on est dans le domaine de la fantasy il faut bien qu’il y ait magie et sortilèges.
Tout est à l’image de l’univers imaginé par Elspeth Cooper, l’auteure joue la carte de la simplicité (vous n’aurez pas une ribambelle de personnages à mémoriser, ni alliances entre races et/ou factions). Une simplicité qui n’a rien de superficiel, servie par une intrigue qui, à défaut d’être totalement originale, tient bien la route avec son lot de surprises et d’émotions, mais aussi et surtout par une écriture enchanteresse (un grand merci à Caroline Nicolas, pour la qualité de sa traduction).
Peut être que l’adepte forcené de fantasy restera quelque peu sur sa faim (on est loin de la complexité et de la richesse du Trône de Fer par exemple), nul doute que le profane et le fan moins exigeant y trouvera son bonheur. Personnellement ça a été mon cas (alors que je me revendique fan absolu de la saga de George R.R. Martin) ; ce premier tome pose les bases d’une intrigue qui ne peut que se développer par la suite (on devine qu’il reste beaucoup à découvrir avec notamment le Royaume Caché), une très bonne mise en bouche qui donne envie de poursuivre l’aventure en compagnie de Gair.
Si vous vous demandez d’où vient le titre sachez que les Chants de la Terre désigne la source de la magie (une musique et des couleurs que l’utilisateur tisse selon ses besoins), quant à la Chasse Sauvage il vous faudra attendre la dernière partie du bouquin pour savoir ce à quoi elle se rapporte.
Un bémol ? Une fin peut être un peu trop abrupte mais je vous laisse vous faire votre propre opinion de la chose. Globalement une totale réussite, je sais que je me répète mais pourquoi devrai-je me montrer avare en compliments ?
A ce jour seul les deux premiers volumes de la série sont disponibles chez Bragelonne (et accessoirement dans mon Stock à Lire Numérique), le troisième devrait faire son apparition dans les prochains mois. Concernant le quatrième et dernier, il faudra se montrer patient, celui-ci n’étant pas encore publié en anglais. C’est là que le bât blesse avec les sagas de fantasy, à un moment ou à un autre on se retrouve confronté à la frustration de l’attente… Mais bon ça reste raisonnable d’espérer une sortie courant 2015/2016, à titre de comparaison et avec une bonne dose d’optimisme, on peut envisager le livre 6 du Trône de Fer sur la même période et il faudra encore prendre son mal en patience avant d’ouvrir le septième et dernier (?) volume.

[BOUQUINS] Hugh Howey – Silo

H. Howey - SiloRetour à mon challenge SF avec un invité surprise, du pur jus SF cette fois, promis juré. Un titre à côté duquel je serai certainement passé sans un regard si je n’avais pas été intrigué par la quantité de critiques élogieuses qui foisonnent sur le Net. Place donc à ma chronique de Silo de Hugh Howey, premier volume d’une trilogie annoncée.
Dans un futur apocalyptique indéterminé les rescapés vivent dans d’immenses bunkers souterrains. Les seules images qu’ils reçoivent de l’extérieur sont celles, inhospitalières et floues, transmises par d’anciennes caméras de surveillance. Cependant certains doutent de la réalité de ces images, pour eux, comme pour les dissidents, une seule alternative : la sortie. Un aller simple vers la mort ou vers l’inconnu ?
La genése du bouquin mérite que l’on s’y attarde un moment avant d’entrer dans le vif du sujet. En 2011, Hugh Howey met en ligne une nouvelle qui pose les bases de ce qui deviendra Silo, le roman. L’accueil est enthousiaste, les internautes réclament une suite à l’auteur. Bon prince celui-ci s’exécute et se lance dans l’écriture de quatre nouveaux épisodes. Les cinq épisodes sont compilés dans un roman, divisé en cinq parties, qui deviendra rapidement un best seller international. Best-seller qui aujourd’hui se décline aussi sous la forme d’un Comics et dont les droits d’adaptation pour le cinéma seraient en cours de discussion.
Vous l’aurez compris on est clairement dans la dystopie post-apocalyptique, un semblant de société formatée régie par une autorité toute puissante (un maire et un shérif… à moins que le vrai pouvoir ne soit ailleurs) qui impose sa vision des choses. Toute remise en cause du système vaudra au coupable l’exclusion du silo, synonyme de mort. Un schéma classique du genre me direz-vous. Certes (même les survivants « souterrains » ne sont pas vraiment un scoop) mais l’auteur réussit à faire du neuf avec du vieux, on trouve une réelle originalité dans ce récit (tant dans sa construction que dans son intrigue).
En fait on est à mi-chemin entre le roman et le recueil de nouvelles, chaque partie suit un ordre chronologique ayant pour fil rouge le fameux silo et certains personnages sont récurrents d’un texte à l’autre (atttention à ne pas trop vous attacher, l’auteur souffre du syndrome de GRR Martin), les deux premiers épisodes peuvent sembler indépendants mais restent solidement ancrés à l’ensemble. Au final on est bel et bien en présence d’un roman, un peu à l’image d’un roman-feuilleton.
Le premier épisode place la barre très haut en répondant du même coup à la question concernant la survie à l’extérieur. Le second est certes moins rythmé du point de vue action mais il pose les bases de l’organisation et du fonctionnement du silo. Les trois suivants repassent à la vitesse supérieure et proposent une histoire continue, ça file même crescendo au fil des pages. La tension est palpable et les rebondissements sont légion.
Le silo ? Un énorme cylindre de 144 étages reliés par un escalier métallique en colimaçon. Trois parties (bas, milieu et haut) qui représentent trois niveaux de hiérarchie, du plus anodin au plus puissant. Bien que l’on soit résolument dans un monde futuriste ne vous attendez à découvrir un foisonnement de haute technologie révolutionnaire, pour tout dire c’est presque le contraire, hormis la conception même du silo la technologie semble avoir fait un bond en arrière de plusieurs années.
Les personnages s’étoffent au fil des épisodes, j’ai eu coup de coeur pour Juliette mais j’ai pris tout autant de plaisir à détester Bernard, tout comme j’ai souvent maudit la passivité de Lukas. La preuve que l’auteur parvient à vous prendre dans les mailles de son filet. Il réussit à nous offrir un bouquin de SF qui a la même intensité qu’un thriller et la même noirceur qu’un roman noir ; un régal !
La question du pourquoi et du comment du silo est à peine abordée, comme souvent dans la dystopie, les informations sont délivrées au compte goutte et ne suffisent pas à répondre à toutes les questions que l’on serait amené à se poser. Mais rassurez-vous, le second opus de la trilogie, Origines, déjà disponible (et dans mon Stock à Lire Numérique), est une préquelle qui devrait combler les vides.
En commençant ce premier opus (après avoir longuement hésité entre l’ordre chronologique et l’ordre de parution), je me suis demandé si j’aurai envie d’enchaîner directement sur le suivant (ou le précédent selon l’option choisie plus haut). Peut être pas tout de suite histoire de continuer à varier les plaisirs mais très rapidement, je peux vous le garantir au vu du plaisir que j’ai eu à parcourir ce premier volume.
Je connaissais l’éditeur Actes Sud essentiellement par le biais de sa collection Actes Noirs, dédiée au polar et au thriller et comprenant de nombreux auteurs nordiques dans son catalogue ; avec la collection Exofictions, dont Silo est le titre inaugural, l’éditeur ouvre brillamment et intelligemment ses portes à la SF.
Je ne sais pas si une curiosité typographique que j’ai relevé est propre à la version numérique ou si elle existe aussi dans le livre papier, parfois le tiret semi-cadratin (–) est utilisé en lieu et place des points de suspension (…) ; ça surprend un peu mais rien de rédhibitoire.

[BOUQUINS] Beatrice Sparks – L’Herbe Bleue

B. Sparks - L'Herbe BleueComme d’hab j’aime me laisser promener au gré de mes humeurs et envies, d’un registre à l’autre, dans le choix de mes lectures. Aujourd’hui au programme un bouquin dont je n’avais jamais entendu parler avant de m’extasier devant La Faux Soyeuse d’Eric Maravélias. Certains comms, çà et là, faisaient référence à L’Herbe Bleue de Beatrice Sparks ; curieux que je suis il a fallu que j’aille jeter un oeil sur la chose.
Une ado de quinze ans tient son journal intime. Un déménagement, nouvelle maison, nouvelle école. Difficile de se faire de nouveaux amis. Mal dans sa peau. Un soir elle prend du LSD à l’insu de son plein gré. Le trip lui plaît. Pourquoi pas un joint ? Juste pour essayer. De fil en aiguille elle s’enfonce encore et encore…
D’abord publié anonymement en 1971, sous la forme d’un journal intime d’une ado qui sombre dans l’univers de la drogue, ce n’est que des années plus tard que Beatrice Sparks, une psychologue américaine, reconnaîtra en être l’auteur et l’avoir écrit en mixant plusieurs récits de ses patients. Elle publiera plusieurs autres journaux intimes abordant des sujets sensibles concernant les jeunes.
Une chose est certaine c’est vraiment écrit dans un style proche de l’adolescence (d’une ado qui sait écrire pas d’un pantin lobotomisé au langage SMS ou au wesh-à-gogo… Ah oui ça n’existait pas, normal) On partage les petits tracas propres à cet âge, du moins dans la première partie du journal. La gamine est parfois soûlante à se la jouer en martyre persécutée, pôv’ piti Caliméro ! Heu non… en fait en fait on a plutôt envie de la choper par le colback et de lui suggérer de se sortir les doigts du cul. Flashback : souviens toi de ta propre adolescence, ce n’est pas pour rien que l’on appelle ça l’âge bête ; toi aussi tu as dû être une tête à claques, même pour ceux qui t’aimaient, parfois (que celui ou celle qui a dit souvent se dénonce !). Zeeen !
Puis la came entre en jeu, sournoise, insidieuse, vénéneuse. Un trip au LSD qui lui fait côtoyer les étoiles, les tranquillisants le soir, les stimulants la journée, le speed… Entre juste pour essayer et trop tard j’suis accro, il n’y a qu’un pas, un tout petit pas que l’on franchit sans s’en apercevoir (« Tous les gosses stupides qui se figurent qu’ils peuvent simplement s’amuser à y goûter n’existent en réalité que d’une prise à une autre. Quand on a commencé, il n’y a plus de vie possible sans drogue, mais c’est une existence dégueulasse d’es­clave« ). Quant à nous, lecteurs, nous ne pouvons que suivre la descente aux enfers de cette gamine. On en arrive à espèrer, sans trop y croire, qu’elle verra enfin le bout du tunnel et se tira sans bobo de cet enfer (à ce titre j’aura apprécié une fin plus étoffée mais était-ce vraiment nécessaire ?).
L’auteure a pris le parti du journal intime pour pouvoir livrer un témoignage aussi proche que possible de la réalité, sans jugement, sans critique et sans solution miracle. Rien que les faits, bruts de décoffrage, avec des mots simples mais percutants. Entre moments de lucidité, de défonce et de manque. L’objectif avoué est simple : faire renoncer celui ou celle qui veut juste essayer. Et pour ceux qui ont déjà un pied dans la merde ? Soit c’est déjà trop tard, soit il faudra des méthodes plus radicales pour les sortir de là.
Pas aussi explosif que La Faux Soyeuse mais le public visé n’est pas le même, et de fait, le langage utilisé non plus. Une texte court (lu en une journée) et intemporel, à défaut d’avoir un but éducatif il peut se targuer d’être un bon outil de prévention, du coup ce bouquin qui devrait être obligatoire dans tout cursus scolaire (bin merde alors, c’est moi qui vient d’écrire ça ? Oui. Et je persiste et signe), presque un bouquin d’utilité publique. Et La Faux Soyeuse quelques années plus tard (on va dire Beatrice Sparks au collège et Eric Maravèlias au lycée), en guise de piqûre de rappel ! Si avec ça ton gosse à encore envie d’essayer, juste pour voir, alors noir c’est noir…

PS : pour la première fois je me suis autocensuré. A l’origine la dernière phrase de cette chronique était : Si avec ça ton gosse à encore envie d’essayer, juste pour voir, alors il ne reste que l’euthanasie comme option !