[BOUQUINS] Barry Lancet – Japantown

B. Lancet - JapantownJe reste dans l’exotisme mais nettement plus contemporain avec Japantown de Barry Lancet, un thriller publié chez Bragelonne qui se déroule entre San Francisco et Tokyo.
Jim Brodie, antiquaire et détective privé, est appelé sur un scène de crime; Sur place, cinq morts, trois adultes et deux enfants, massacré à l’arme automatique. Pas de témoin, pas d’indice, hormis un kanji qui renvoie Brodie cinq ans en arrière. Le même kanji avait été trouvé sur les lieux de l’incendie dans lequel sa femme a péri ; à l’époque la police avait conclu à un accident. Ce mystérieux kanji pourrait bien relancer l’affaire, au moins pour Brodie…
Barry Lancet signe là son premier roman et introduit le personnage de Jim Brodie, qui sera aussi le héros de son second roman Tokyo Kill. Comme son personnage, l’auteur a vécu au Japon et a épousé une japonaise qui n’a, heureusement, pas connu le même sort que la femme de Jim Brodie. De fait il a eu le temps de s’imprégner de la culture et de l’Histoire du pays du soleil levant, ce que l’on ressent pleinement à la lecture de ce roman.
Toutefois ne vous attendez à une promenade zen dans les rues de San Francisco et de Tokyo ; attachez votre ceinture ça va secouer ! Dès les premières pages l’auteur affiche la couleur, il vous plonge au coeur de l’action et ça va aller crescendo sans une minute de répit. Une intrigue menée à toute berzingue et truffée de rebondissements, rien à redire Barry Lancet maîtrise les bases qui permettent de concocter un thriller haut de gamme.
Outre l’intrigue ce bouquin repose aussi sur les épaules de Jim Brodie. Curieux mélange d’antiquaire spécialisé dans l’art asiatique et de détective privé, occasionnellement appelé comme consultant pour le SFPD. Il élève seul sa fille de six ans, sa seule famille. Un type posé à qui il vaut mieux ne pas chercher de noises, le bonhomme étant adepte des arts martiaux (karaté, judo et taekwondo… avec un soupçon de combat de rue) et excellent tireur. Présenté comme ça on serait tenté de supposer que nous sommes en présence d’un énième détective indestructible dont raffole la littérature policière américaine ; que nenni ! Brodie est bien plus complexe et surtout profondément humain.
D’autre part Brodie n’est pas du genre à foncer tête baissée seule contre tous, il a bien conscience d’être encore novice en matière d’enquêtes sur le terrain. A San Franciso il peut compter sur le soutien du SFPD, et notamment celui du lieutenant Renna qui, au fil du temps, est devenu un véritable ami. A Tokyo, c’est toute l’équipe de Brodie Security qui assurera ses arrières ; d’autant qu’il fait équipe avec Noda, détective en chef de l’agence tokyoïte.
L’enquête va pousser Brodie à se frotter à Soga, une organisation criminelle de grande envergure qui forme et utilise des la crème de la crème des tueurs, pour le compte de richissimes clients ou pour protéger son anonymat. Organisation heureusement fictive…
Un thriller parfaitement maîtrisé, passionnant et hautement addictif. Il ne fait aucun doute que je lirai Tokyo Kill prochainement et que j’aurai plaisir à retrouver Jim Brodie.

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[BOUQUINS] David Lagercrantz – Millénium 4 – Ce Qui Ne Me Tue Pas

D. LMagercrantz - Millénium 4Et hop encore un invité surprise au menu de mon Challenge retrouvailles, ou plutôt devrai-je dire deux invités puisqu’il s’agit de renouer avec Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, sous la plume de David Lagercranz, qui signe ce Millénium 4 : Ce Qui Ne Me Tue Pas.
Plus le temps passe et plus Mikael Blomkvist se remet en question et notamment sa participation à la revue Millénium. D’autant qu’un grand groupe media a investi dans le journal et compte lui appliquer une politique qui dénaturerait l’esprit même de Millénium…
Avant de démarrer cette chronique il me semble capital de préciser que cette intrigue n’est pas celle du manuscrit du tome 4 prévu par Stieg Larsson, ledit manuscrit est la propriété de sa veuve et le contenu est connu d’elle seule. David Lagercranz reprend donc les personnages créés par Stieg Larsson et les confronte à une intrigue imaginée par lui… Un pari foutrement osé !
Je ne m’étalerai pas sur la stupide question polémique « Faut-il lire ou ne pas lire Millénium 4 ?« , chacun fait en son âme et conscience mais ne pas le lire uniquement pour répondre à une consigne de boycott n’est, à mon avis, pas une preuve d’intelligence supérieure (ça c’est la version politiquement correcte, je vous laisse deviner le fond de ma pensée).
Visuellement la couv’ reste bien dans l’esprit de la trilogie de Stieg Larsson, le titre par contre est nettement plus quelconque que les précédents ; mais bon ce sont là des points de détail. Il est maintenant temps d’entrer dans le vif du sujet.
La première surprise vient du style de David Lagercrantz, au plutôt devrai-je dire de l’absence de style, il s’intéresse au fond de son intrigue plus qu’à la forme. Du coup son écrit a quelque chose d’impersonnel alors que chez Stieg Larsson on sentait une écriture qui venait du coeur et des tripes (ce qui n’empêchait pas certaines lourdeurs stylistiques). On s’y fait mais la transition est surprenante !
Un récit moins engagé aussi, il faut dire que parfois la pensée hautement socialisante de Stieg Larsson avait parfois tendance à la stigmatisation abusive. David Lagercrantz concentre son récit sur ses personnages, son intrigue et les thèmes abordés, sans chercher à faire le procès des supposés travers la société suédoise (il y en a certainement qui sont bien réels).
Là encore dans le traitement des différents thèmes abordés (intelligence artificielle, autisme, respect de la vie privée sur internet, espionnage industriel…) on sent que l’auteur a fait un gros travail de recherche, par contre il aurait pu se montrer plus concis dans la restitution et l’intégration des éléments techniques dans son intrigue. En clair le déballage technique est parfois assommant (trop de didactique tue l’intérêt) !
Au niveau des bonnes surprises on trouve le duo constitué par Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, l’auteur est resté plus ou moins fidèle à l’esprit que leur avait insufflé Stieg Larsson. A ce titre on s’inscrit, fort heureusement, clairement dans la continuité avec cependant quelques évolutions (sans doute peuvent elles se justifier par les années qui ont passées). Nul doute que ça a dû demander à David Lagercrantz un sacré boulot pour s’approprier les personnages sans les dénaturer.
On trouve aussi d’autres personnages déjà croisés dans la trilogie de Stieg Larsson, je citerai notamment Erika Berger, la rédactrice en chef de Millénium et amante de coeur de Mikael, Jan Bublanski et sa collègue Sonja Modig, mais aussi Zalachenko, absent mais pourtant omniprésent.
Bien entendu vous croiserez aussi bon nombre de nouveaux personnages dont le plus marquant restera certainement August, un petit garçon autiste savant qui développera une relation particulière avec Lisbeth. Sans oublier le méchant de service, le mystérieux (?) Thanos dont je ne dirai rien afin de laisser la surprise (relative) faire son effet.
L’intrigue est intéressante et bien menée mais n’apporte rien de franchement nouveau au genre, à croire que l’auteur a voulu jouer la sécurité en restant dans les jalons posés par son prédécesseur. Classique certes, mais ça n’empêche pas quelques belles trouvailles çà et là. Dommage quand on sait que l’une des grandes forces de la trilogie de Stieg Larsson est son côté novateur.
L’intrigue est abordée sous plusieurs points de vue (pas uniquement Mikael et Lisbeth) ce qui en soi est plutôt une bonne chose. Par contre le rythme imposé peut surprendre, ici tout se joue en quelques jours (dans les précédents opus les enquêtes s’étalaient sur plusieurs mois). Le point positif évident est que la lecture n’en est que plus prenante. En contrepartie, si on ne maîtrise pas parfaitement les règles de l’art (et c’est le cas de David Lagercrantz qui signe là son premier roman), certains raccourcis ne sont guère crédibles et certains aspects de l’intrigue sont rapidement prévisibles (surtout quand on a lu la trilogie de Stieg Larsson).
Pour ma part j’ai trouvé que l’ensemble tenait bien la route malgré les bémols exprimés plus haut, si le bouquin n’avait pas été estampillé Millénium je lui aurai sans hésitation un point plus. Aussi agréable soit il à lire on ne retrouve pas la griffe (ou peut être devrai-je dire l’âme) de la trilogie de Stieg Larsson.
Un nouveau départ pour Millénium ? La fin laisse peu de place au doute quant à l’éventualité d’une (?) suite : « Rien n’était fini. Lisbeth avait juste blessé le gibier. Ce n’était pas suffisant, loin de là« . De même qu’il ne fait aucun doute que ce quatrième tome bénéficiera largement des attentes et de la curiosité du public (sans parler du tapage médiatique autour de sa sortie) mais les éventuelles suites n’auront pas cette même opportunité marketing. Pas sûr que le public suive si l’auteur (en espérant que les suites ne passent pas de mains en mains) n’insuffle pas une étincelle de vie à son écriture.
Je terminerai en invitant les sceptiques (allez Nath, un p’tit pas vers ce tome 4…) à se forger leur propre opinion en lisant le bouquin. C’est bien plus constructif que de se borner à lire les avis des uns et des autres, positifs ou négatifs, critiques professionnels ou simples lecteurs. Comme dirait l’autre (Dirty Harry en l’occurrence) : « les avis c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un« . Tant qu’à me fier à un trou de balle j’aime autant que ce soit le mien.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Henri Loevenbruck – Le Syndrome Copernic

H. Loevenbruck - Le syndrome CopernicComme annoncé je retrouve donc avec plaisir Henri Loevenbruck pour découvrir son thriller Le Syndrome Copernic. Un titre à lire dans le cadre d’un Book Club même si je suis légèrement en retard sur ce coup.
Vigo Ravel est schizophrène et amnésique. Du moins c’est ce qu’il pensait jusqu’à ce que les voix dans la tête ne lui sauvent la vie en le poussant à quitter une tour du quartier de la Défense juste avant qu’elle ne soit détruite par un attentat terroriste. Dès lors Vigo se met à douter, d’autant que les événements étranges se multiplient autour de lui… à moins que tout cela n’existe que dans sa tête.
Le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteur nous propose un thriller hors normes, certes il respecte les règles du genre mais il n’hésite pas à les modeler afin qu’elles collent à son intrigue. Intrigue que l’on vit à la première personne à travers le regard et les perceptions de Vigo Ravel… le moins que l’on puisse dire c’est que le voyage ne sera pas du tout repos ! Parfois les pensées de Vigo tendent à partir en vrille, non seulement il a fumé la moquette mais il a aussi bouffé le seau de colle qui va avec… Et pourtant difficile pour autant d’affirmer que Vigo clapote du couvercle.
Henri Loevenbruck nous plonge en totale immersion dans son personnage. Une fois de plus son talent de conteur fait le reste, au fil des pages on devient Vigo, on pense comme Vigo : « Je doutais tellement de moi, et autrui me faisait si peur !« . Le doute. Tel est le maître mot qui pourrait définir les perceptions de Vigo, il doute de lui, il doute des autres, il doute de la réalités de certaines situations, de certains faits… Bref sa vie est un sempiternel questionnement.
Heureusement il ne sera pas tout seul dans sa quête de la vérité (à moins qu’il ne s’agisse, une fois de plus, d’un délire schizo-paranoïde). Je n’en dirai pas plus quant aux alliés qui croiseront son chemin, autant laisser intacte la surprise et la découverte.
L’intrigue compte un soupçon de fantastique (et encore, difficile d’en être absolument sûr) mais reste résolument orientée thriller, le prologue nous met d’office l’eau à la bouche… et on n’en finit plus de baver (la fusillade dans les sous-sols est stressante à souhait). Comme Vigo nous ne manquerons pas de nous poser des questions au fil des 88 chapitres (un chiffre qui ne doit rien au hasard).
Vous l’aurez sans doute compris l’auteur ne mise pas tout sur l’action et le rythme, la psychologie des personnages est primordiale… Avec un héros schizo (ou pas) ça semble inévitable. Et sur ce terrain aussi il maîtrise totalement son sujet.
Pour faire simple j’ai de nouveau été bluffé par le talent de conteur de Henri Loevenbruck même si le bouquin ne m’a pas pris aux tripes comme Nous Rêvions Juste De Liberté. Je le place tout de même dans le haut de gamme de la catégorie thriller.
Mon idée première était de laisser Henri Loevenbruck en stand-by en attendant la seconde saison de Sérum, annoncée pour le début 2016, mais le hasard a voulu que je tombe sur la quatrième de couv’ de son premier thriller, Le Testament Des Siècles, qui figure aussi dans mon Stock à Lire Numérique. Le personnage principal est Damien Louvel que l’on croise dans Le Syndrome Copernic, comme il y est vaguement fait mention d’un passé trouble et douloureux, il n’en fallait pas moins pour titiller ma curiosité ; il est donc plus que probable que je retrouve Henri Loevenbruck plus tôt que prévu…

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Karin Slaughter – Séduction

K. Slaughter - SéductionEt hop encore un invité surprise au programme de mon Challenge retrouvailles, ou plutôt devrai-je dire UNE invitée surprise puisqu’il s’agit de Karin Slaughter et son roman Séduction, la troisième enquête conjointe menée par Will Trent et Sara Linton.
Quand Faith arrive, en retard, chez sa mère, à qui elle avait confié sa fille, la maison ressemble à une zone de guerre, Faith échappe à une embuscade en éliminant les deux agresseurs. Si Emma, sa fille, est à l’abri du danger, Evelyn, sa mère, est introuvable. Faith est suspendue le temps de l’enquête, elle pourra heureusement compter sur Will Trent et Sara Linton ; mais difficile pour elle de rester dans l’ombre alors que la vie de sa mère est en danger…
Le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai jamais été déçu en lisant les romans de Karin Slaughter et notamment la série Will Trent (même si ce n’est que le troisième que je lis), mais force est de constater que cette fois l’auteure impose à son intrigue un rythme de dingue. L’adrénaline monte en flèche dès les premières pages pour ne retomber qu’à la fermeture du bouquin. Ses personnages vont vivre trois jours particulièrement intenses.
Transition qui m’amène tout naturellement à évoquer les personnages en question. Jusqu’à maintenant Faith semblait taillée dans le marbre, inébranlable. Face à la situation qu’elle doit affronter on la découvre plus humaine, fragile et désemparée. Du coup je la considère avec davantage de bienveillance que dans les précédents romans.
Faith étant plus ou moins condamnée à l’immobilisme c’est donc à Will et Sara de prendre les rênes et de s’impliquer corps et âme dans un enquête particulièrement embrouillée. L’occasion d’étoffer leurs relations et leur complicité. Mais avec Will rien n’est simple…
Le personnage qui aura été le plus souvent sujet à questionnement reste incontestablement Amanda, la responsable du GBI. On la sent personnellement impliquée dans l’affaire mais plus d’une fois son comportement peut sembler ambigu. On en arrive à se demander à quel jeu elle joue… voire même dans quel camps elle se situe.
Comme dans Genesis et Broken, Karin Slaughter n’y va pas de main morte quand il s’agit de scènes violentes, ici on ne meurt pas tranquillement dans son sommeil ! Si l’intrigue se déroule sur un axe unique elle n’en est pas moins soignée, bien malin si vous découvrez le fin mot de l’histoire avant qu’il ne vous soit révélé.
J’avoue par contre avoir un peu de mal à comprendre le choix de la couverture et du titre français, rien ne saurait être plus éloigné du contenu du roman ; il eut été franchement plus judicieux de conserver le titre original : Fallen. L’intrigue évoque nettement plus la déchéance ou la chute que la séduction. Mais bon il faudra plus que ça pour gâcher mon plaisir !

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Shane Kuhn – Tenue Décontractée Exigée

S. Kuhn - Tenue décontractée exigéeJe reste dans le format court pour offrir un nouvel invité surprise à mon Challenge retrouvailles, avec Tenue Décontractée Exigée de Shane Kuhn. L’occasion de retrouver John Lago, stagiaire/tueur à gages, dans sa toute première mission.
A 17 ans, John Lago, employé de RH Inc. formé à tuer de toutes les façons possibles et imaginables, se voit confier son premier contrat. Sa cible : Izzy Katz, un producteur de Hollywood qui a escroqué les mauvaises personnes. Sa mission : entrer comme stagiaire au studio de Katz, gagner sa confiance et le neutraliser…
Si vous avez lu (et accessoirement aimé) Guide De Survie En Milieu Hostile (publié par Sonatine et devenu Un Stagiaire Presque Parfait à l’occasion de sa parution en poche chez 10/18), vous ne serez pas dépaysé. On retrouve un récit à la première personne teinté de cynisme et d’humour noir, avec toujours autant de référence cinématographique (il faut dire que le cadre s’y prête plutôt bien).
Bien que courte l’intrigue est menée à un train d’enfer, l’exécution de la cible ne sera pas aussi expéditive que prévue, pour notre plus grand bonheur…
Une fort sympathique mise en bouche qui nous permettra de patienter jusqu’à la sortie du prochain roman de Shane Kuhn (Hostile Takeover vient de sortir aux USA, aucune date annoncée pour une sortie française). Sortie que j’attends avec d’autant plus d’impatience étant donné que l’on retrouvera John Lago, cette fois pour la suite de ses aventures.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Marc Raabe – Incision

M. Raabe - IncisionOn ne peut pas vraiment dire que les écrivains allemands se bousculent dans mon Stock à Lire Numérique, du coup quand je suis tombé sur Incision de Marc Raabe ça a tout de suite titillé ma curiosité. Ajoutez à cela une couv’ très visuelle et un pitch plutôt alléchant, voilà qui me donne suffisamment de bonnes raisons pour me laisser tenter.
La vie de Gabriel bascule quand sa compagne Liz Anders, une journaliste free lance de renom, l’appelle à la rescousse. Sur place Liz est introuvable, par contre la police est là pour un meurtre dont Gabriel devient le principal suspect. Pour lui, et pour Liz, le cauchemar ne fait que commencer…
Pour un premier roman l’auteur manie plutôt habilement les règles du genre. Près un prologue qui nous met l’eau à la bouche sans toutefois en dire trop, on plonge au coeur de l’intrigue, vingt neuf ans plus tard. Marc Raabe nous ferre en quelques pages, impossible ensuite de lâcher le bouquin avant de connaître le pourquoi du comment ; bien malin celui qui démêlera l’écheveau avant que l’auteur ne nous livre les réponses tant attendues.
Certaines situations peuvent parfois manquer de crédibilité mais finalement ces menus défauts se font vite oublier tant le rythme de l’intrigue nous tient en haleine. On se doute bien que la clé de l’énigme se trouve dans les événements mentionnés dans le prologue, mais il faudra faire preuve de patience avant de voir les pièces du puzzle s’assembler.
Les personnages sont bien travaillés, je pense notamment à Gabriel qui, de prime abord, n’a pas toutes les cartes en main pour s’attirer la sympathie du lecteur mais on ne peut qu’adhérer à son combat pour découvrir la vérité et sauver celle qu’il aime. Le contraste entre les deux frères est saisissant, le jour et la nuit !
Un thriller efficace qui mettra vos nerfs à rude épreuve, une intrigue dure où l’action brute cohabite avec des aspects plus psychologiques, une atmosphère parfois glauque mais au final l’ensemble est moins trash que ce qu’aurait pu faire par exemple Maxime Chattam avec les mêmes ingrédients.
Des chapitres relativement courts et un style très direct permettent de se plonger au coeur de l’intrigue et surtout de maintenir, jusqu’au clap de fin, un rythme endiablé. Bref une belle découverte et une bonne surprise.

MON VERDICT
jd4

[BOUQUINS] Bernard Minier – Une Putain D’Histoire

B. Minier - Une putain d'histoireEt oui comme vous pouvez le constater j’ai choisi de rester en compagnie de Bernard Minier pour ma prochaine chronique, mais exit Servaz et la France, direction les USA pour un rendez-vous avec un ado qui va vous raconter Une Putain D’Histoire. Difficile de résister à un titre pareil !
Une fois n’est pas coutume je vous balance la quatrième de couv’ en guise de pitch… parce qu’elle est juste excellente. « Au commencement est la peur. La peur de se noyer. La peur des autres, ceux qui me détestent, ceux qui veulent ma peau. Autant vous le dire tout de suite : ce n’est pas une histoire banale. Ça non. C’est une putain d’histoire. Ouais, une putain d’histoire… »
Vous l’aurez compris exit (temporairement je suppose) la France et Servaz, direction les Etats-Unis et une île fictive en compagnie d’une bande d’ados sur qui le sort s’acharne… Faut dire aussi qu’ils font ce qu’il faut pour aller au devant des emmerdes.
Pour une putain d’histoire, c’est une putain d’histoire et une histoire sans l’ombre d’un putain de défaut ! La quatrième de couv’ est un parfait appât pour attirer les curieux, dès les premières pages Bernard Minier vous ferre, distillant les informations au compte gouttes histoire d’assurer son emprise sur le lecteur. Ce roman c’est aussi un putain de diesel, il démarre lentement mais quand il se met en branle plus rien ne l’arrête. On se laisse entraîner avec Henry dans un tourbillon d’événements, incapable de lâcher prise avant d’avoir le fin mot de l’histoire. Mais avant d’en arriver là vous emprunterez bien des chemins détournés et des fausses pistes. Une seule certitude toutefois : la fin vous laissera sur le cul !
Au niveau des personnages je n’ai eu que peu d’empathie pour Henri, mais ça ne m’a pas empêché de vivre à fond son aventure. Certes son contexte familial (il est élevé par deux lesbiennes) sort de l’ordinaire mais à part ça j’aurai tendance à dire que c’est un ado ordinaire du XXIème siècle.
Le plus difficile à cerner reste Grant Augustine, longtemps je me suis demandé quelles étaient ses véritables intentions… Il faut dire que l’auteur fait ce qu’il faut pour entretenir l’incertitude à son sujet, mais bon déjà la base, un politicien ambitieux, ne joue pas en sa faveur.
Le bouquin alterne entre le récit à la première personne, l’intrigue racontée par Henri et les autres points de vue, rédigés à la troisième personne. Comme à son habitude Bernard Minier ne s’encombre pas de fioritures de style, ce qui ne l’empêche pas de recourir à un vocabulaire riche mais sans lourdeur.
En toile de fond l’auteur s’interroge sur les conséquence du tout numérique et les portes ouvertes qu’offre internet et les réseaux sociaux à une surveillance électronique renforcée. De plus en plus la notion de vie privée n’est qu’illusion… Je ne sais pas si les possibilités de surveillance sont aussi étendues que celles déployées par WatchCorp dans le bouquin mais ça fait froid dans le dos (même si je ne suis pas du genre à étaler mon quotidien sur la fesse du bouc).
« La révolution numérique était en train de bâtir brique par brique le rêve millénaire de toutes les dictatures – des citoyens sans vie privée, qui renonçaient d’eux-mêmes à leur liberté… »
Un putain de coup de coeur !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] M.J. Arlidge – Am Stram Gram

M.J. Arlidge - Am stram gramEncore un titre découvert grâce à Internet, le pitch étant particulièrement alléchant je me suis rué sur Am Stram Gram de M.J. Arlidge.
Amy Sanderson, une jeune fille hirsute et apeurée s’accuse du meurtre de son petit ami. Helen Grace, commandant de la Crim’ de Southampton, prend l’enquête en main. L’histoire d’Amy est invraisemblable mais tout semble indiquer que c’est la terrible réalité. Les deux jeunes ont été enlevés et séquestrés, pour gagner la liberté il fallait que l’un des deux tue l’autre. Une nouvelle double disparition est signalée ; la course contre la montre est engagée pour Helen et son équipe…
Autant vous le dire de suite ce bouquin c’est vraiment de la balle, le page-turner par excellence et un excellent thriller. Son intrigue aussi machiavélique que perverse, bourrée de rebondissements et menée à un train d’enfer mettra vos nerfs à rude épreuve.
Les personnages ont été mitonnés aux petits oignons. A commencer par Helen Grace, une vraie dure à cuire qui se donne à fond dans son boulot. Au niveau des relations humaines, elle se contente du minimum vital, même avec son équipe. Au fil des pages on se demande ce qu’elle cherche à expier ou oublier ; la réponse viendra en temps et en heure.
Les lieutenants Charlie Brooks et Mark Fuller sont les deux piliers de l’équipe de Grace. Charlie, flic discrète et efficace dont la perpétuelle bonne humeur est communicative, incontestablement l’atout charme du trio mais son coeur est déjà pris. Mark quant à lui peine à se remettre d’une rupture douloureuse, bon flic quand il reste sobre. Des personnalités qui se complètent à merveille.
Sans oublier la tueuse, et oui c’est une femme qui est aux commandes de ce plan morbide. Bien entendu la question principale est de découvrir son identité ; sur ce point j’ai été un peu plus rapide que Helen, certains indices m’avaient laissé imaginer cette possibilité mais sans aucune certitude. L’autre inconnue de l’équation étant bien entendu le mobile, une fois la tueuse identifiée et aidé par ses « confidences » il coule de source (ce qui ne signifie nullement qu’il est justifié).
Sans oublier les victimes, face à un pareil choix on peut se donner qui est le plus à plaindre, le mort ou le survivant ? Survivre avec un mort sur la conscience ne doit pas être une sinécure.
Des chapitres courts et un style sans fioritures font que vous ne pourrez plus lâcher ce bouquin une fois que vous l’aurez commencé. Hameçonné et ferré dès les premières pages je l’ai lu quasiment d’une traite.
Pour un premier roman l’auteur place la barre très haut, j’espère que les suivants sont à la hauteur de cette mise en bouche. Ah oui, cerise sur le gâteau (et quelle cerise !), en Angleterre l’auteur a déjà publié trois autres titres qui s’articulent autour d’Helen Grace. J’ai hâte de les découvrir en français !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Daniel Friedman – Ne Deviens Jamais Pauvre !

D. firedman - Ne deviens jamais pauvreDirection la maison de retraite pour la prochaine étape de mon Challenge retrouvailles puisque j’ai opté pour Ne Deviens Jamais Pauvre de Daniel Friedman, second opus consacré à Buck Schatz… Un inspecteur Harry retraité et décrépi ! Mais qui, à défaut d’avoir toute sa tête, ne manque pas de verve. Buck Schatz, 88 ans, se remet péniblement de ses blessures dans une maison de retraite médicalisée. Il va se retrouver, bien malgré lui, au coeur de l’action quand Elie, un braqueur dont il a croisé le chemin cinquante ans plus tôt, vient lui demander son aide… On retrouve un Buck Schatz fortement diminué, il a besoin d’un déambulateur pour se déplacer et a parfois des pertes de mémoire. Pas franchement l’idée que l’on se fait d’un héros de roman policier… Un état des lieux affligeant qui n’a rien pour améliorer son doux caractère de perpétuel râleur asocial. Un dernier détail concernant l’ami Buck, il est juif. On s’en fout me direz-vous ; et bien non car c’est un détail qui a toute son importance pour comprendre la partie du récit qui se déroule en 1965. Ah oui j’ai oublié de vous signaler qu’au fil des chapitres on voyage entre l’année 1965, celle de la première rencontre en Buck et Elie et 2009, l’instant présent de l’intrigue. Cinquante ont passé mais Buck à la rancune tenace quand il s’agit d’Elie : « Je vois trois trucs qui clochent dans ton raisonnement. Primo, j’ai 88 ans. Deuxio, je suis pratiquement grabataire. Et tertio, je ne t’aime pas. » Revenons au judaïsme de nos deux gugusses (Elie aussi est juif). Comme je l’ai signalé une partie de l’intrigue se déroule en 1965, cela fait à peine un an que la discrimination raciale contre les Noirs a été interdite. La pilule a encore du mal à passer chez certains. Cerise sur le gâteau l’intrigue se déroule à Memphis, Tennessee. Un état du Sud des Etats Unis où tout ce qui n’est pas WASP (White – Anglo-Saxon – Protestant) est suspect… Si le roman est porté par Buck et son fichu caractère il n’en est pas moins bâti autour d’une intrigue qui tient la route. La guerre des papys va faire rage ! Pour notre plus grand plaisir.
Ecrit à la première personne, on suit l’intrigue par les yeux (et les pensées) de Buck, le style est décapant mais efficace. Lire le précédent opus, Ne Deviens Jamais Vieux, ne s’impose pas mais ça permet de comprendre dans quelles circonstances Buck s’est retrouvé là où il est. Et puis ce serait dommage de s’en priver, c’est un très bon roman, à l’image de ce second volet (la surprise en plus).
Par certains aspects le personnage de Buck me fait penser à Dave Gurney de John Verdon, on pourrait sans mal imaginer que dans quelques années, Dave sera à l’image de Buck. Tous deux ont un besoin maladif et égoïste de se confronter au danger pour se sentir vivant (et les deux portent difficilement le deuil d’un fils perdu et peuvent compter sur le soutien de leur tendre moitié). Deux personnages que j’aurai plaisir à retrouver aussi longtemps que les auteurs voudront bien nous faire partager leurs aventures.

MON VERDICT jd4

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – Dust

S. Delzongle - DustAu menu du jour, un bouquin tombé entre mes mains un peu par hasard, ou plutôt du fait de nombreuses critiques enthousiastes lues çà et là sur le net. Il n’en fallait pas plus pour me motiver à découvrir Dust de Sonja Delzongle.
Hanah Baxter est une brillante profileuse installée à son compte. Elle est contactée par Collins, le chef de la police criminelle kényane ; les enquêteurs sont sur les dents face à un tueur en série qui sévit depuis plus de deux ans. Il signe ses crimes d’une croix tracée au sol avec le sang de ses victimes. Rapidement Hanah va se rendre compte que l’affaire est bien complexe qu’elle n’y parait…
Embarquement immédiat pour le Kenya. Dépaysement garanti ! On sent que l’auteure maîtrise son sujet, qu’il s’agisse de la culture kényane (ou plutôt devrai-je dire des cultures kényanes), des paysages, des croyances et traditions, les descriptions sont d’un réalisme saisissant. On découvre un pays déchiré entre modernisme et tradition, où la sorcellerie est plus qu’un simple mythe et où la sécurité n’est souvent qu’illusoire.
« Hanah sentait son pouls battre au galop. À côté de l’univers que lui décrivait Swili, les rues de New York et même le Bronx lui paraissaient être le monde des Bisounours. »
De prime abord le pitch peut sembler classique : une profileuse qui court après un tueur en série ; rien de neuf sous le soleil. Mais rapidement on réalise que l’on tient entre les mains un thriller dense, complexe et surtout captivant. A l’enquête initiale viennent se greffer une seconde, puis une troisième et enfin une quatrième enquête ; on se doute bien qu’il existe un lien entre elles mais l’auteure sait brouiller les pistes pour nous tenir en haleine.
Au centre de l’intrigue un problème, ou peut être devrai-je dire un fléau, méconnu en Occident et plus ou moins volontairement ignoré en Afrique : la chasse aux Albinos. Des croyances primales mais encore tenaces aujourd’hui prêtent aux membres et organes des Albinos de puissants pouvoirs magiques, du coup les sorciers sont particulièrement friands de cette matière première pour réaliser leurs foutus grigris et potions. La demande ne s’arrête pas aux portes de l’Afrique, difficile de quantifier un pareil trafic humain mais il est de dimension internationale (sans surprise l’Asie fait partie des gros clients de ces trafiquants). Aussi incroyable que cela puisse paraître, surtout en plein XXIème siècle, cela existe bel et bien ; une recherche sur Google suffira à le confirmer.
Sonja Delzongle ne soigne pas que son intrigue, ses personnages sont particulièrement bien travaillés et ont parfois une personnalité complexe. A commencer par Hanah Baxter que l’on ne peut pas vraiment qualifier de professionnelle de la relation humaine, mais elle n’en reste pas moins attachante dans son obstination à découvrir la vérité.
Le personnage le plus trouble, et ce dès sa première apparition, reste incontestablement Darko Unger. Quel est son véritable rôle dans cette affaire ? De prime abord il apparaît nettement pas tout à fait blanc, ni tout à fait noir (sans jeu de mot douteux, s’agissant d’un Albinos), reste à deviner si le gris tire plus vers le clair ou le foncé…
Au niveau des flics kényans avec qui Hanah va devoir bosser, j’ai eu un faible pour Kate Hidden, la touche féminine de l’équipe et nouvelle recrue de la crim’. Mais j’ai aussi adoré détesté Mendoza, la parfaite tête à claques !
Pour faire simple ce bouquin est une totale réussite à tout point de vue, pas une baffe, ni un uppercut mais un méga coup de genou dans les couilles. Ce bouquin vous prendra aux tripes, les vrillera en tout sens avant de vous lâcher hagard ; mais entre temps vous serez passé par toute la gamme des émotions en compagnie de Baxter. Enooorme coup de coeur !
« Incompréhension, mutisme, révolte, autant de sentiments qui frappaient, pêle-mêle, comme de la grenaille, tous ces hommes, alors qu’ils venaient de lever le voile sur la folie humaine à son paroxysme. »
Dust est le quatrième roman de Sonja Delzongle, toutefois je ne pense pas parvenir à mettre la main sur les précédents qui ont été édités avec parcimonie, mais je compte bien surveiller les prochains afin de ne pas les rater.

MON VERDICT
jd5Coup double