[BOUQUINS] Shannon Kirk – Méthode 15-33

S. Kirk - Méthode 15-33Il est des bouquins pour lesquels j’ai un coup de foudre immédiat, une envie de les lire qui s’impose comme une évidence. Méthode 15-33 de Shannon Kirk appartient à cette catégorie, à peine le pitch parcouru que je me suis dit : « celui là il est pour moi ». Restait à savoir si la ramage serait à la hauteur du plumage…
Une jeune fille de 17 ans, enceinte de sept mois, est enlevée puis séquestrée par des hommes qui veulent lui prendre son bébé. Les ravisseurs ignorent que leur victime n’a aucunement l’intention de se laisser faire ; elle va traiter son enlèvement comme un problème scientifique et tout mettre en oeuvre pour les sauver, elle et son bébé…
Une énième histoire de kidnapping, c’est du lu et relu me direz vous, même du point de vue de la victime. Et bien non ! Shannon Kirk nous prouve avec brio que l’on peut encore faire du neuf avec du vieux, que les règles du genre peuvent être étirées, triturées et restructurées pour nous offrir une intrigue 100% originale.
Certes l’intrigue est narrée à la première personne, du point de vue de la victime. Sauf que ladite victime n’est pas une gamine terrorisée et soumise, mais une véritable surdouée dotée d’un brillant esprit scientifique et analytique. Et surtout capable de fermer les portes à toutes ses émotions afin de traiter sa situation avec juste ce qu’il faut de détachement pour préparer un plan implacable.
J’ai adoré ce manque total d’empathie du personnage principal ; la froideur de ses analyses et de ses réactions sont un véritable un régal à lire. Je brûlais d’impatience de découvrir le traitement (la fameuse méthode 15-33) qu’elle réservait à ses ravisseurs.
Cerise sur le gâteau, l’auteure nous offre un second axe narratif. Toujours écrit à la première personne mais cette fois à travers le personnage de Roger Liu, un agent du FBI qui enquête sur la disparition d’une adolescente avec sa partenaire, Lola. Un duo d’enquêteurs hors norme qui mérite aussi le détour.
Pour son premier roman, l’auteure propose une intrigue hautement addictive qui ne manquera pas de jouer avec vos nerfs (forcément les choses ne se passeront pas exactement comme prévu… sinon ça ne serait pas marrant). Un récit totalement maîtrisé, de la première à la dernière ligne. Je m’attendais à du lourd, j’ai eu du très lourd. Sans la moindre hésitation je lui attribue un coup de coeur.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Claire Favan – Serre-Moi Fort

C. Favan - Serre-moi fortJe poursuis mon petit bonhomme de chemin en compagnie de la Bête Noire, l’occasion pour moi de découvrir l’univers littéraire de Claire Favan, son dernier roman, Serre-Moi Fort est en effet le cinquième titre de la collection.
Août 1994. Nick Hoffman, un adolescent discret, est livré à lui même, complètement délaissé par ses parents depuis que sa soeur a mystérieusement disparu. Mai 2014. Un charnier a été découvert dans une grotte en Alabama, le lieutenant Adam Gibson est chargé de l’enquête…
Quel lien entre ces deux intrigues me direz-vous ? Et bien ne comptez pas sur moi pour répondre à cette question. Ce que je peux vous dire par contre c’est que le bouquin se divise en trois parties. La première partie se déroule donc en 1994, du point de vue de Nick Hoffman. La seconde partie nous plonge en 2014, du point de vue d’Adam Gibson. Et la troisième partie alors ? Elle se déroule en 2015 et fait le lien entre les deux précédentes.
Claire Favan nous offre un thriller qui vous prend aux tripes dès les premières pages, elle ne ménagera ni vos nerfs, ni votre palpitant au fil des chapitres. Une écriture sans concession mise au service d’une intrigue implacable, insoutenable parfois, mais c’est pour la bonne cause. Noir c’est noir… Il n’y a plus d’espoir !
Si le roman ne vous laisse guère le temps de souffler tant il est hautement addictif, l’auteure laisse aussi la part belle à la psychologie de ses personnages. La dernière partie est à ce titre un duel psychologique d’une rare intensité. Là encore cet aspect du récit est totalement maîtrisé.
Avec ce titre La Bête Noire renoue avec le thriller très haut de gamme, j’ai retrouvé les mêmes sensations malsaines que lorsque je lisais Tu Tueras Le Père de Sandrone Dazieri. Même punition : un doublé coup de coeur, coup de poing !
Vous l’aurez sans doute deviné au vu de mon enthousiasme, ce bouquin m’a aussi donné envie de prolonger ma découverte de l’univers littéraire de Claire Favan, si tous ces bouquins sont bons ça promet de longues heures de lecture… et de stress !

MON VERDICT
jd5Coup double

[BOUQUINS] Poppy Z. Brite – Le Corps Exquis

pzblceIl est des titres que j’ai envie de découvrir sans réelle conviction, juste histoire de vérifier s’ils sont à la hauteur de leur réputation sulfureuse. Le Corps Exquis de Poppy Z. Brite appartenait à cette catégorie, désormais je peux partager mes impressions de lecture.
Andrew Compton est britannique, tueur en série, homo et nécrophile. Jay Byrne est américain, tueur en série, homo et nécrophage. Leur rencontre, dans les bas fonds de la Nouvelle-Orléans, va être aussi passionnée que sanguinolante…
Qu’est ce qu’il y a dans ce pitch susceptible de me faire vibrer ? A part le fait qu’il s’agisse d’une histoire de tueurs en série, rien. Rien de rien ! J’assume totalement mon hétérosexualité donc une histoire d’amour entre deux mecs pervers (et Dieu sait qu’ils ne manquent pas de perversité), au mieux je passe mon tour, au pire ça me laisse de marbre. Baiser ou bouffer les morts ? Merci mais je crois que je vais passer mon tour. Courage mon gars, faut pas mourir idiot !
C’est donc pas franchement convaincu que je me suis lancé… et c’est toujours aussi peu convaincu que j’ai refermé ce bouquin (sans toutefois avoir renoncé en cours de route).
Malsain ce bouquin ? Même pas. Juste ultra gore et trash, souvent plus qu’il n’eut été nécessaire, à se demander si l’auteur(e) ne se complaît pas dans la surenchère. Il faut plus que ça pour me choquer mais le trop plein de descriptions finit par se faire au détriment du rythme et de l’intrigue.
Intrigue ? Hmouais faut le dire vite… Pour qu’il y ait intrigue il faudrait un minimum de suspense, en l’occurrence on flirte avec un taux zéro niveau adrénaline. A part peut être sur la fin, et encore ça manque tellement de crédibilité que ça en devient pathétique.
Bon alors quid des personnages ? Andrew et Jay sont de purs produits psychotiques qui accumulent les clichés du genre, résultat des courses on atteint là encore un taux zéro, mais niveau crédibilité cette fois. Et les autres ? D’un côté on a Luke, homo baroudeur séropositif qui vomit son hétérophobie sur une radio pirate. De l’autre Tran, un jeune viet homo, ex-amant de Luke, rejeté par sa famille qui vivote tant bien que mal… Tout un programme ! Ah oui, au cas où vous ne le sauriez pas, la Nouvelle-Orléans semble peuplée à 99% par des homos. Hé hé, que voilà une info qui ne figure pas dans le guide du routard !
Est-il nécessaire de vous dire que le côté romantique / érotique / pornographique (rayez les mentions inutiles) ne m’a aucunement convaincu ? Là encore encéphalogramme (et accessoirement bandogramme) plat… Je suis (sans surprise) définitivement hermétique au gay porn.
Ajoutez à tout ça un style très quelconque, vous aurez alors un bilan exhaustif de mon ressenti. Une lecture sans grand intérêt, parfois même chiante… S’il évite le zéro pointé c’est uniquement par sa noirceur et son amoralité, mais ce n’est pas suffisant pour lui accorder la moyenne.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Jussi Adler-Olsen – Promesse

J. Adler-Olsen - PromesseDirection le Danemark pour ma chronique littéraire du jour, un terrain qui ne m’est pas totalement inconnu puisqu’il s’agit de se replonger au coeur du Département V pour leur sixième affaire, baptisée Promesse, avec bien entendu toujours Jussi Adler-Olsen aux commandes.
1997. Une jeune femme est retrouvée morte sur l’île de Bornholm, la police, après enquête, conclut à un accident de la route. Christian Habersaat, le policier municipal qui a découvert le corps, n’y croit pas ; il va se consacrer corps et âme à découvrir la vérité. 2014. Juste avant de se suicider Habersaat prend contact avec le Département V. Carl Morck et son équipe vont reprendre l’affaire à zéro…
C’est bien entendu avec plaisir que j’ai retrouvé Carl, Assad et Rose même si ce nouvel opus ne nous en apprend pas beaucoup plus sur leurs personnalités et leur parcours ; de même nous n’avancerons pas des masses dans l’affaire du pistolet à clous (les habitués comprendront).
Même si l’intrigue est bien menée et nous réserve quelques surprises je la situerai un tantinet en deçà des précédentes. Un indice majeur est livré prématurément, même s’il ne nous permet pas de tout comprendre en un claquement de droit, ça nous gâche un peu les révélations finales.
Même si j’ai commencé par deux bémols n’allez pas croire que je quitte ce roman avec une mauvaise impression. Ca reste un thriller de haut niveau parfaitement maîtrisé, qui plus est la griffe JAO nous garantit une grande fluidité de lecture. C’est juste le rythme qui est un peu plus lent que précédemment (jusqu’aux derniers chapitres le Département V n’est jamais menacé directement au fil de ses investigations).
Cette fois l’auteur confronte le Département V au vaste monde des médecines alternatives et autres disciplines plus ou moins ésotériques… Je n’en dirai pas davantage afin de ne pas risquer de dévoiler des éléments de l’enquête (mais si ceux-ci s’imposent et s’emboîtent assez logiquement et rapidement).
Même si j’ai trouvé cette sixième affaire un peu moins palpitante que les précédentes, je serai au rendez-vous pour le septième opus.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] RJ Ellory – Les Assassins

RJ Ellory - Les assassinsJ’ai pris un certain retard dans mes lectures de RJ Ellory (ses trois derniers titres parus chez Sonatine prennent la poussière dans mon Stock à Lire Numérique), il était donc grand temps d’y remédier. Pour y remédier j’ai décidé de commencer par la fin avec Les Assassins, son dernier opus en date (en français, en VO il est sorti en 2009, avant Les Anges De New York).
Alors que l’inspecteur Ray Irving, enquête sur le meurtre sordide d’une adolescente, il apprend par John Costello, enquêteur pour le New York City Herald, que « son » crime, ainsi que deux autres, sont d’exactes reconstitutions de crimes perpétrés par d’illustres tueurs par le passé. Les deux hommes vont devoir unir leurs efforts et leurs connaissances pour stopper le(s) coupable(s) de ces mortelles mises en scène…
RJ Ellory a le don d’explorer les différentes facettes du thriller tout en renouvelant les règles du genre. Aucun de ses romans ne ressemblent aux précédents, et chacun se distingue des autres références du genre. Et c’est exactement ce qu’il fait de nouveau avec Les Assassins, le mythe (et la triste réalité) des serial killers est revisité façon copycat… mais un copycat à inspirations multiples !
Avant d’aller plus loin commençons par un constat qui fait froid dans le dos : « La vérité, c’est qu’il y a quelque chose comme dix-huit mille meurtres commis chaque année aux États-Unis. Ce qui nous fait mille cinq cents par mois, soit environ quatre cents par semaine, cinquante-sept par jour, un toutes les vingt-cinq minutes et demie. Et seuls deux cents par an sont l’œuvre de tueurs en série…« .
Pour mener à bien son intrigue, sur fond de faits réels, l’auteur a dû se livrer à un gros travail de documentation afin de faire cadrer les dates et les modes opératoires des différents tueurs en série qu’il mentionne. Prendre de véritables tueurs en série comme toile de fond donne une autre dimension à l’intrigue ; comme pour nous rappeler que souvent, la réalité dépasse la fiction dans l’horreur.
L’auteur met en scène trois personnages principaux pour nous guider dans son récit. D’abord on trouve l’inspecteur Ray Irving, flic solitaire, bourru et un tantinet asocial qui se voue corps et âme à son boulot. La touche féminine est apportée par Karen Langley, une journaliste au caractère bien trempé qui n’a pas la langue dans sa poche. Enfin on trouve John Costello, victime d’un tueur en série dans son adolescence, il est incollable sur le sujet. De loin l’un des personnages les plus complexes que j’aie croisé dans les romans de RJ Ellory, mais travaillé tout en finesse !
Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés en plan, tous bénéficient du même traitement visant à leur donner une véritable personnalité. J’aurai toutefois aimé en apprendre davantage sur le Commémorateur mais l’auteur semble avoir pris le parti du constat glaçant que ces gens-là existent et qu’il n’y a rien à expliquer…
L’intrigue est (sans surprise) rondement menée, outre la question de savoir qui est le tueur (ou qui sont les tueurs, allez savoir) on se demande quel sera son prochain crime et de qui il s’inspirera. Autant vous dire que les nerfs seront mis à rude épreuve… mais qu’est-ce que c’est bon !
Un style direct parfaitement adapté au thriller, des chapitres courts et parfois percutants ; tout est fait pour nous garantir une totale immersion dans l’intrigue et nous rendre accro ! Pari réussi Monsieur Ellory, malgré une fin en partie prévisible (tout petit bémol).

MON VERDICT
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Autre bémol mineur, adressé cette fois aux numérisateurs des éditions Sonatine (même si je suppose que ça ne leur fera ni chaud, ni froid… en admettant même que ça leur arrive aux oreilles), la présence d’une table des matières complète apporte une réelle valeur ajoutée à la qualité d’un epub. Surtout pour ceux (dont je suis) qui lisent un même livre sur plusieurs supports (PC et liseuse en l’occurrence).

J’ai aussi dans mon Stock à Lire Numérique, de nombreux titres de Stéphane Bourgoin, ce roman m’a donné envie de les découvrir enfin, et tant qu’à faire autant commencer par son ouvrage de référence, Serial Killers, un joli pavé de plus de 1100 pages dans son édition définitive (2014).

[BOUQUINS] Anonyme – Sanchez : Un Conte De Noël

Anonyme - Sanchez : Un Conte De NoëlLa période s’y prêtant j’ai décidé de me lancer dans la lecture d’un conte de Noël… j’en vois déjà qui se demandent si je n’ai pas pris un coup sur la tête ou si je ne viens pas d’apprendre qu’il ne me reste que quelques jours à vivre. Non, non, rassurez-vous (ou pas) je suis en pleine possession de mes moyens. Dans le titre du post deux mots devraient retenir votre attention, l’auteur, Anonyme (le créateur du Bourbon Kid) et le nom du personnage central, Sanchez (le barman du Tapioca, le bar pourri de Santa Mondega). Vous prenez tout ça, vous mélangez copieusement et vous obtenez Sanchez : Un Conte De Noël… à ne pas mettre entre toutes les mains !
Quelques jours avant Noël, Sanchez reçoit la visite de la Dame Mystique. Celle-ci lui annonce qu’il rencontrera les 3 Anges de Noël, s’il ne suit pas leurs conseils et ne change se décide pas à changer alors il perdra tout. Première mission : se rendre à la soirée de Noël organisée par la société où travaille Flake, sa petite amie. Sauf que la soirée prendra un tour pour le moins inattendu…
En guise de dédicace l’auteur, toujours aussi Anonyme, annonce d’emblée la couleur : « Ce coup-ci, c’est vraiment pour se marrer. » ! Déjà en temps normal (en admettant que les aventures du Bourbon Kid et consorts aient quoi que ce soit qui puisse s’apparenter à un semblant de normalité) on est copieusement servi niveau humour, j’ai hâte de voir ce que ça peut donner !
Si je vous dis des otages dans une tour appartenant à un puissant homme d’affaire nippon, face aux méchants terroristes un homme seul ; ça vous parle ? Piège de Cristal, le film de John McTiernan avec Bruce Willis dans le rôle du gentil. Bon OK ça date de 1988 mais ça reste un putain de bon film d’action ! Remplacez John McLane (Bruce Willis) par Sanchez et vous aurez une meilleure idée du pitch.
Bon OK entre McLane et Sanchez il y a un gouffre… Notre barman préféré n’a pas vraiment l’étoffe d’un héros, il brille plutôt par sa lâcheté et sa crétinerie. Heureusement il ne sera pas si seul que ça et pourra même compter sur l’appui musclé d’alliés qui ne lui sont pas inconnus (de nous non plus d’ailleurs).
Un format court (à peine plus de 100 pages) qui se lit d’une traite. On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de la saga du Bourbon Kid. Une intrigue aussi rythmée que déjantée, une belle brochette de personnages qui ne manquent pas de pep’s et bien entendu une bonne dose d’humour… pas toujours très raffiné mais qu’est que c’est bon !
Chronologiquement ce conte de Noël se situe juste avant Le Pape, Le Kid Et L’Iroquois, non seulement il est fait état de la prochaine mission du Bourbon Kid et de ses acolytes mais, qui plus est, l’intro est offerte en bonus à la fin du bouquin. En VO il est sorti en décembre 2014, quelques jours avant Le Pape…

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Matthew Mather – Extinction

M. Mather - ExtinctionUne lecture inspirée, une fois de plus, par Yvan même si, je dois bien l’avouer, j’aurai certainement craqué en croisant ce bouquin… mais ce n’est pas une raison ! Serai-je aussi enthousiaste que lui à la lecture d’Extinction de Matthew Mather ?
Alors que les relations sino-américaines sont de plus en plus tendues la ville de New-York est frappée par une forte tempête de neige. Au même moment un virus neutralise totalement internet, quelques jours plus tard l’électricité lâche. Les habitants d’un immeuble organisent tant bien que mal leur survie au milieu du chaos ambiant…
Extinction est à la littérature post-apocalyptique ce que Canada Dry est à la bière… Ca y ressemble à s’y méprendre mais ce n’en est pas ! Et pour cause, point d’apocalypse au sens propre du terme. Il suffit d’une vague de froid conjuguée à l’effondrement d’internet et la société contemporaine, hyper connectée, vacille… avant de céder place au chaos, au fur et à mesure que les conditions de (sur)vie se dégradent. Point de post-apocalyptique puisque, si apocalypse il devait y avoir, on la vit en direct.
A la lecture du pitch j’aurai été tenté de classer ce bouquin en SF mais que nenni, il s’agit bel et bien d’un thriller. Un thriller d’une redoutable efficacité qui fait froid dans le dos, simplement parce qu’à bien y réfléchir la situation décrite n’est pas totalement improbable… au contraire ! Dans ses remerciements l’auteur fait d’ailleurs état d’un « scénario réaliste d’un cyberévénement à grande échelle« .
La grande force de Matthew Mather est de privilégier l’humain plutôt que le sensationnalisme. Pour se faire il nous livre un récit écrit à la première personne, on vit les événements à travers les yeux de Michael qui va s’efforcer de protéger sa femme enceinte et son jeune fils tout en maintenant un semblant de cohésion au sein du groupe de survivants.
En tant qu’êtres humains ordinaire Mike et consorts doivent affronter les maux ordinaires d’un quotidien qui s’enfonce chaque jour dans le pire, tels que la faim, le froid, la peur ou encore le manque total d’hygiène (et son lot de petits et gros désagréments). Mais ils vont aussi devoir face à bien d’autres menaces, la pire étant sans doute leurs semblables. L’homme est un loup pour l’homme à ce qu’on dit, c’est encore plus vrai quand il est confronté à une situation qui le dépasse, certains oublient les élans de solidarité pour ne penser qu’à sauver leur peau… quel que soit le prix à payer !
Si l’auteur joue en priorité la carte de l’humain il n’en néglige pas moins le rythme de son intrigue. Ecrit à la manière d’un journal, au jour le jour, on suit nos survivants confrontés à de nouvelles pénuries, tensions et autres imprévus qui viendront leur pourrir la vie… et éventuellement ébrécher la cohésion du groupe. A ce titre le roman se lit comme un thriller, on est littéralement happé par l’intrigue.
Vous verrez que même confrontés au pire des chaos et avec les moyens du bord, les survivants arrivent à se débrouiller… ce n’est certes pas la vie de château, on est même loin du minimum vital mais ils ne baissent pas les bras. Un pas en avant, l’un après l’autre, ils refusent de se laisser abattre. Pas toujours évident tant l’auteur semble prendre un malin plaisir à ne rien leur épargner niveau coups durs et mauvaises surprises.
Au fil des pages on voit que Matthew Mather, spécialiste en cybersécurité, connaît son sujet sur le bout des doigts. Sous couvert de fiction il améne le lecteur à se poser de vraies questions sur des sujets de fonds. Dans le monde d’aujourd’hui, tout connecté, un effondrement durable d’internet pourrait avoir des conséquences dramatiques. Pas uniquement au niveau individuel, mais bel et bien au niveau national, voire international.
Allons nous assister à l’extinction du genre humain ? Ne comptez pas sur moi pour répondre à la question. Lisez plutôt ce roman pour avoir la réponse, je suis convaincu que vous aussi vous serez conquis. Bin oui je partage le même enthousiasme que Yvan sur ce titre. Une belle découverte.

MON VERDICT
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Morceaux choisis

Personne n’est préparé à cette situation parce que tout le monde part du principe qu’il y aura toujours quelqu’un pour résoudre le problème.

La peur, ce n’est pas la bonne réponse. Quand on a peur de tout, on a également peur d’agir et, du coup, on renonce à notre liberté.

Le problème vient de ce que nous utilisons la même technologie à la fois pour les réseaux sociaux et pour contrôler les centrales nucléaires. Alors qu’il s’agit de besoins opérationnels complètement différents. On doit faire le maximum pour sécuriser le Net, mais sans déléguer cette entière responsabilité à un pouvoir central (…). Il faut trouver le juste équilibre, et s’efforcer de compliquer la tâche de tous ceux qui seraient tentés, à l’avenir, de piétiner nos droits individuels dans l’univers virtuel.

La violence dont nous avions été témoins n’aurait pas dû me surprendre. L’homme, par nature, est violent. Nous sommes même les premiers de tous les prédateurs qui peuplent la planète. Tous autant que nous sommes, ne devons-nous pas la vie au fait que nos ancêtres ont tué et mangé d’autres animaux, évincé des espèces concurrentes pour assurer leur survie ?

Si la technologie ne pouvait pas régresser, les hommes, eux, en étaient tout à fait capables. Lorsque le monde vacillait, nous pouvions même régresser avec une facilité et une rapidité étonnantes.

Dans le monde d’aujourd’hui, où tout était interconnecté, il suffisait d’abattre quelques piliers porteurs, et c’était tout l’édifice qui menaçait de s’écrouler. Le bon fonctionnement des villes reposant sur ces systèmes intriqués, au moindre pépin, il y avait des morts.

 

 

[BOUQUINS] Alexis Aubenque – Tout Le Monde Te Haïra

A. Aubenque - Tout le monde te haïraJe poursuis mon incursion dans la collection La Bête Noire de Robert Laffont, avec le troisième et dernier titre du catalogue 2015, Tout Le Monde Te Haïra d’Alexis Aubenque. Ca tombe plutôt bien vu qu’il fait partie des auteurs que j’avais envie de découvrir…
White Forest, une bourgade sans histoire paumée au fin fond de l’Alaska. Le lieutenant Tracy Bradshaw est appelée sur une scène de crime particulièrement barbare. De son côté, Nimrod Russell, un ex flic devenu détective, enquête sur la disparition présumée d’une jeune femme. Rapidement les deux enquêteurs vont s’apercevoir que leurs enquêtes pourraient bien être liées…
Dépaysement assuré (surtout pour moi qui vit à Nouméa et que nous entrons donc dans la saison chaude) avec ce thriller qui prend pour cadre l’Alaska en plein hiver. Des paysages magnifiques à perte de vue… STOOOP ! Je ne suis pas en train de rédiger une chronique pour le Guide du Routard, n’empêche que le cadre a son importance.
Revenons à nos moutons… ou plutôt à nos ours polaires. D’entrée de jeu j’ai été séduit par les personnages principaux, Tracy et Nimrod. Elle, lieutenant de police qui essaye de combiner au mieux sa vie de famille et sa carrière. Lui, ex flic contraint à démissionner suite à une affaire pas très claire, reconverti en tant que détective. Avant ils étaient partenaires, aujourd’hui ils ont su préserver une solide relation de confiance et d’amitié. Un duo d’enquêteur appelé à devenir récurrent, le temps d’une trilogie (et plus si affinités ?), j’aurai plaisir à les retrouver.
Les autres personnages ne sont pas laissés en plan. Tous sont traités avec profondeur, peu à peu l’on découvre leurs motivations… et parfois même leurs sombres secrets.
L’intrigue est menée d’une main de maître, le rythme monte crescendo et bien des rebondissements ne manqueront pas de vous surprendre. Elle est servie par des chapitres courts et percutants doublés d’une écriture sans fioriture histoire d’être plongé directement au coeur de l’action. Une intrigue à trois voies, les enquêtes de Tracy et de Nimrod, le naufrage et le destin des orphelins russes… Comme vous pouvez vous en douter ces trois voies finiront par ne former qu’une piste unique.
Un petit bémol sur la fin, amenée de façon un peu trop abrupte à mon goût et surtout qui manque de conviction (et donc de crédibilité). Ca me fait penser à un roman de JC Grangé, que je ne citerai pas histoire de ne pas spoiler inutilement, dans lequel on retrouve le même genre de structure improbable (surtout que JCG nous place la chose sur le sol français).
Un thriller prenant et addictif, peut être un tantinet en deçà des deux autres titres de la collection (il faut dire que Sandrone Dazieri et Ingrid Desjours avaient placé la barre haut), mais qui reste dans le haut du panier.
Quelques questions restent en suspens concernant certains aspects des personnages (surtout concernant Nimrod), là est tout l’intérêt des personnages récurrents, le voile se lève au fil des romans. Je répondrai présent sans la moindre hésitation l’année prochaine pour le second opus.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Ingrid Desjours – Les Fauves

I. Desjours - Les FauvesCa faisait un moment que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire d’Ingrid Desjours, du coup je me suis offert son dernier roman, Les Fauves. Un choix essentiellement motivé par le fait que c’est ce titre qui a inauguré la collection La Bête Noire de Robert Laffont ; collection dont est issu Tu Tueras Le Père qui aura été un formidable coup de coeur.
Haiko dirige une ONG dont le but est d’empêcher l’engagement des jeunes français(es) dans le djihad de l’Etat Islamiste. Quand une fatwa sans équivoque possible est publié à son encontre via Internet, Lars, un ancien militaire, est recruté pour assurer sa protection…
Un thème on ne peut plus d’actualité comme vous pouvez le constater, à tel point que j’ai suspendu ma lecture pendant 48 heures histoire de prendre du recul par rapport aux attentats aussi barbares que sanglants qui ont visé Paris dans la nuit du 13 novembre.
Comme j’en étais à plus des deux tiers du bouquin et que l’intrigue est addictive à souhait il n’était pas question d’y renoncer complètement. J’ai donc terminé tranquillement, à tête reposée et loin de toute source d’informations, ce roman.
Un sujet brûlant traité avec une grande intelligence et sans le moindre obscurantisme, étayé çà et là par des coupures de presse authentiques. La connerie n’est pas une question de couleur de peau ou de religion, l’amalgame serait trop facile (aujourd’hui plus que jamais).
La phrase de Dimitri (le frère insouciant de Haiko) résume assez bien la situation et s’applique aux radicaux des deux côtés de la barrière religieuse : « J‘ai été stupide de ne pas prendre les choses au sérieux mais, voyez-vous, je ne suis pas croyant. Alors j’ai le plus grand mal à me représenter qu’on puisse être en guerre pour des questions de religion, à notre époque. Pour moi ça relève de la barbarie, du Moyen Âge ! »
Les Fauves ce sont deux personnages au caractère bien trempé mais plus fragiles que les apparences ne le laisseraient supposer. Lars, vétéran d’Afghanistan, a été psychologiquement détruit suite à sa détention par les talibans. On devine assez vite la nature du traumatisme mais les faits seront encore plus abjects que tout ce l’on pouvait supposer. Pour ne pas craquer il carbure aux amphéts et à l’adrénaline.
Haiko, journaliste engagée dans ce qui semble être un combat des plus honorables, mais qui semble aussi cacher certaines vérités dérangeantes. Dépassée par les événements et les menaces qui affluent elle accepte à contrecoeur une protection rapprochée. Deux personnages que l’auteure parvient à rendre presque vivants alternant entre leurs forces et leurs faiblesses.
Les Fauves affiche d’emblée la couleur, l’auteure joue à fond la carte du thriller psychologique et sait à merveille jouer avec nos certitudes (et accessoirement nos nerfs). Il faut dire que quand elle n’écrit pas, elle exerce comme psycho-criminologue, autant dire qu’elle connaît son sujet. Et ça se sent, pour notre plus grand plaisir. Au fil des chapitres on n’en finit pas de se poser des questions pour démêler le vrai du faux et essayer de comprendre qui manipule qui. On se triture les neurones avec délectation !
Les Fauves confirme que la collection La Bête Noire mise sur des thrillers haut de gamme ; pour le moment je ne peux que m’incliner devant un bilan zéro défaut ! Je verrai très prochainement si le dernier roman d’Alexis Aubenque (encore un auteur que je souhaite découvrir), troisième titre de la collection, transformera leur catalogue 2015 en un tiercé gagnant.
Pour une découverte de l’univers d’Ingrid Desjours j’ai été totalement bluffé ; il est plus que certains que je prolongerai l’expérience en remontant sa bibliographie à contre courant chronologique (du plus récent au plus ancien).

MON VERDICT
jd4dCoup de poing

[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras Le Père

S. Dazieri - Tu Tueras Le PèreUne lecture inspirée par la blogosphère, à force de lire des éloges sur Tu Tueras Le Père de Sandrone Dazieri, il fallait bien que je me forge ma propre opinion.
Une femme décapitée, un petit garçon porté disparu ; pour la police il ne fait aucun doute que le coupable est le père, d’autant que des preuves l’accablent. Le commissaire Rovere demande toutefois à son bras droit, Colomba Caselli, de mener sa propre enquête parallèle bien qu’elle soit encore, officiellement, en disponibilité. Pour la seconder, Rovere l’oriente vers Dante Torre, un enquêteur privé qui fut séquestré pendant des années durant son enfance. Rapidement Dante est convaincu que l’enfant est victime du Père, l’homme qui l’a privé de son enfance. Reste à convaincre Colomba et à trouver des preuves…
Adepte de thrillers depuis de nombreuses années j’ai tendance à me la jouer blasé en matière de tueurs en série. Je ne prétendrais certes pas avoir tout lu sur le sujet, ce serait horriblement prétentieux et complètement faux ; disons plutôt que la plupart des intrigues obéissent plus au moins aux mêmes règles fondatrices et suivent un même fil rouge. La plupart oui, mais pas toutes ! Certains romans créent la surprise en revisitant totalement le genre, Tu Tueras Le Père est de ceux là ! Il fait table rase de toutes les ficelles connues pour imposer sa propre structure et son propre rythme.
Déjà l’auteur nous propose un duo d’enquêteurs pour le moins atypique. Dans le coin droit, Colomba Caselli. Commissaire à la brigade mobile (l’équivalent italien de la brigade criminelle en France), en disponibilité suite à ce qu’elle appelle le « Grand Désastre », un drame personnel qui ne l’a pas laissée indemne. Une enquêtrice brillante en proie au doute quant à son avenir professionnel… et personnel.
Dans le coin gauche, Dante Torre. Il a passé onze ans séquestré par Le Père. Aujourd’hui totalement inadapté socialement parlant et bourré de phobies. Doté d’une logique implacable, doublée d’un redoutable sens de l’observation et d’un incroyable don de déduction. Il reste persuadé que Le Père est encore en vie contrairement aux conclusions de l’enquête de police.
Au centre, face aux enquêteurs livrés à eux mêmes, Le Père. Au fil de l’intrigue on se demande s’il s’agit d’un individu unique, d’une organisation criminelle ou tout simplement le fruit de l’imagination de Dante. Par bien des aspects il me fait penser au personnage de Keyser Söze dans le film Usual Suspects.
L’intrigue est d’une efficacité sans faille, elle se densifie et se complexifie au fil des chapitres sans jamais être embrouillée. Les pistes, fausses et bonnes, se multiplient et jouent avec les nerfs du lecteur. Sandrone Dazieri, non content de jouer avec nos nerfs, nous vrille en plus les tripes.
Un roman coup de coeur, c’est certain. Coup de poing, incontestablement. Une véritable révélation littéraire de cette année 2015.

MON VERDICT
jd5Coup double