[BOUQUINS] Jérôme Kob – Le Pensionnat

AVERTISSEMENT
X-rated

J. Kob - Le PensionnatJe commence mon escapade érotique en douceur avec Le Pensionnat de Jérôme Kob.
Camille, 13 ans, est curieuse de tout ce qui a trait à la sexualité et au plaisir. Afin d’éviter un scandale l’adolescente est envoyée dans un strict pensionnat catholique pour la prochaine rentrée. Contre toute attente les dortoirs et couloirs de ce sinistre pensionnat réserveront bien des surprises à Camille…
Quand je dis que je commence en douceur il s’agit davantage du nombre de pages (moins de 150) que du contenu à proprement parler. Même si la frontière entre érotisme et pornographie est mince (et surtout vachement subjective), j’aurai toutefois tendance à classer ce roman dans la première catégorie.
Certes le contenu est relativement brut de décoffrage (d’un autre côté ce n’est pas Martine en Pension que vous avez entre les mains) mais sans vulgarité, ni descriptions trop anatomiques. Rien à voir avec Frotti-Frotta (chroniqué ici) d’Esparbec qui est plus ou moins construit sur la même idée de base et qui se revendique pornographique. Il n’y a pas photo c’est le jour et la nuit !
Globalement j’ai trouvé que Jérôme Kob restituait à merveille les pensées et les émotions d’une ado de 14 ans (le récit est écrit à la première personne) au fur et à mesure qu’elle découvre les joies et les jeux du sexe. Candide au départ, elle se dévergonde peu à peu jusqu’à prendre les choses en mains (sans mauvais jeux de mots… sinon j’aurai dis en bouche).
Pour être tout à fait franc j’ai même trouvé que cette candeur assumée apportait parfois quelques touches de bonne humeur bienvenues. A titre d’exemple je vous invite à vous reporter à l’extrait à la fin de ce post pour une turlutte d’anthologie apppréciée diversement (chapitre 2).
Certes on pourrait regretter l’absence d’un réel scénario (les onze chapitres décrivent chacun une étape dans le parcours sexuel de Camille), mais la longueur du bouquin joue plutôt en sa faveur sur ce point ; l’auteur évite la redondance et le lecteur n’a pas le temps de se lasser au fil des pages.
Une agréable surprise et une lecture plutôt rafraîchissante… A réserver à un public averti cela va de soi.

MON VERDICT
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Extrait du chapitre 2

Malgré ses efforts pour me détacher de lui, je refusais de lâcher ma prise. Ma propre jouissance m’avait rendue folle de désirs. Je pressais entre mes lèvres la verge ramollie sans me soucier de ses protestations geignardes. Je l’aspirais, je la tétais, je l’absorbais jusqu’aux couilles, bien décidée à en exprimer tout le jus.
(…)
En reposant ma joue sur les poils de son pubis, je constatai que sa queue, d’un rouge intense, ressemblait plus à un morceau de viande fraîchement découpé qu’à une verge conquérante. Le bel appendice en érection s’étalait comme un bout de chiffon déchiqueté et sanguinolent.
(…)
l ne le prit pas ainsi. Sans doute redoutait-il la reprise de ma succion. Réunissant ses dernières forces dans un bond prodigieux, il parvint à s’extraire de la ruelle en poussant un geignement lamentable. Il s’assit sur le lit, protégea son bas-ventre de ses deux mains, dans la position grotesque des footballeurs au moment où l’adversaire bénéficie d’un coup franc dans les abords immédiats de la surface de réparation. Alors seulement, il glapit d’une voix courroucée :
– Mais tu es complètement barge !
– C’était si merveilleux…
– Une cinglée et une nympho !
– Je suis si heureuse…
– Et dangereuse en plus !
– Tu m’as fait jouir à en mourir…
– Tu m’as écorché vif !
– Ô mon amour, c’était le paradis…
– Je suis blessé, estropié, bousillé !
– J’ai perdu la tête…
– Tu es une folle !
– Je t’aime.
Nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. Tandis que j’essayais d’exprimer à Arnaud toute la félicité que je lui devais, il remâchait la torture que je lui avais infligée.

[BOUQUINS] Sophie Hénaff – Rester Groupés

S. Hénaff - Rester groupésUne nouvelle rubrique placée sous le signe des retrouvailles puisqu’il s’agit de Rester Groupés, second roman de Sophie Hénaff. Et seconde enquête de sa très atypique Brigade Capestan.
Capestan et son équipe sont appelés sur une scène crime par le divisionnaire Buron. La victime : Serge Rufus, un cador de l’antigang et accessoirement père de l’ex-mari de Capestan. Sur place la BRI et la Crim’ prennent déjà leurs marques, la collaboration entre les trois équipes s’annonce compliqué ; mais il faut plus que ça pour décourager la Brigade Capestan…
On retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de Poulets Grillés, le premier roman de Sophie Hénaff. A commencer bien entendu par la fameuse brigade qui est sensée regrouper des flics tout juste bons pour une mise au placard. Leurs méthodes sont certes atypiques, voire excentriques, mais ensemble ils progressent sans qu’aucun obstacle ne leur paraisse infranchissable. Sauf que cette fois Anne Capestan va se retrouver impliquée personnellement, l’enquête exige en effet qu’elle reprenne contact avec son ex-mari. L’occasion de découvrir une nouvelle facette du personnage, une dimension plus sentimentale qui ne la rend que plus attachante.
Dans sa grande magnanimité, le divisionnaire Buron leur a même affecté un nouveau collègue, Henri Saint-Lô, tout juste sorti d’HP et toujours persuadé d’être un mousquetaire au service du roi. En plus de Pilote, le petit roquet d’Eva Rosière, la brigade animale se voit aussi renforcée d’un nouveau membre, Ratafia, un rat-policier dressé par Merlot.
Vous l’aurez compris Sophie Hénaff joue toujours à fond la carte de l’humour et de la dérision pour faire évoluer la brigade de flic la plus atypique de France… et plus si affinités ! Mais ce second degré parfaitement assumé ne se fait pas au détriment de l’intrigue, l’auteure nous prouve, une fois de plus, qu’elle maîtrise toutes les ficelles du genre.
Certes pas aussi éprouvant qu’un roman d’Olivier Norek ou de Maxime Chattam, Rester Groupés est un polar qui brille surtout par son ton décalé et pétillant ; l’enquête à proprement parler nous réserve bien quelques surprises mais ne vous attendez pas à avoir les nerfs en pelote… ici ce sont les zygomatiques qui sont sollicités.
J’aurai tendance à dire que Sophie Hénaff a inventé le polar feel good, une bouffée d’air frais bienvenue et appréciable entre deux thrillers purs et durs, sans couper totalement le cordon avec le milieu policier… Au vu de l’épilogue il ne fait aucun doute que la Brigade Capestan est appelée à revenir, je serai moi aussi fidèle au poste.

MON VERDICT
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Explication sur ma note de 4/5.
Si je lui ai accordé un 4 et non un 5, comme pour Poulets Grillés, c’est uniquement parce que l’effet de surprise lié à la découverte de la Brigade Capestan n’est plus au rendez-vous.
Il n’en reste pas moins que j’ai beaucoup aimé ce second roman, je pense que ma chronique est là pour vous le prouver.

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – Quand La Neige Danse

S. Delzongle - Quand la neige danseSonja Delzongle m’avait forte impression avec Dust et son escapade kényane pour le moins originale, il me tardait de la retrouver afin de voir si mon enthousiasme resterait le même. C’est désormais chose faite après avoir lu Quand La Neige Danse, son dernier roman avec, cerise sur le gâteau, le retour de Hanah Baxter, sa très atypique profileuse.
Crystal Lake, en un mois quatre enfants ont déjà mystérieusement disparu et l’enquête n’avance pas. Un matin les parents recoivent un colis anonyme contenant chacun une poupée de porcelaine, copie conforme de leur fille. Joe Lasko, le père d’une fillette disparue, est contacté par Eva Sportis, la jeune femme du pays, devenue détective, souhaite aider à faire avancer l’enquête. Face au manque total d’indices, la jeune détective va faire appelle à son ancienne mentor, Hanah Baxter…
Le moins que l’on puisse c’est que pour son nouveau roman, Sonja Delzongle change totalement de registre. A la poussière et aux fortes chaleurs du Kenya, succèdent la neige et le soufle glacial de l’hiver de l’Illinois. Rassurez vous, il faut plus que quelques flocons pour figer la plume de l’auteure !
Plus encore que dans Dust, le climat et les conditions météo jouent un rôle primordial dans le déroulé de l’intrigue ; Sonja Delzongle réussit quasiment à faire de l’hiver un personnage à part entière de ce roman.
Au niveau des personnages (les vrais humains cette fois), l’auteure laisse aux habitants de Crystal Lake (Joe Lasko, Eva Sportis, les policiers chargés de l’affaire, les autres intervenants) le devant de la scène, Hanah Baxter reste en retrait sans jamais tirer la couverture à elle, mais sans jamais s’éclipser totalement non plus. De fait l’intrigue obéit à une dynamique propre à Crystal Lake, adaptée à la fois au contexte et à ses acteurs.
Une intrigue menée d’une main de maître avec un rythme qui monte crescendo et des révélations qui s’enchaînent. Le palpitant s’affole, les nerfs remontent à fleur de peau et les neurones carburent à tout va. Une fois que Sonja Delzongle vous aura ferré (et ça arrivera très vite), vous ne pourrez plus échapper à ses lignes, écrites sans concession certes, mais sans surenchère non plus.
Au final non seulement mon enthousiasme pour l’univers littéraire de l’auteure s’est confirmé, mais il est même monté de plusieurs crans. J’ai hâte de retrouver Hanah Baxter, car il ne fait aucun doute qu’elle est appelée à revenir sur le devant de la scène… du crime !
De fait je ne peux que renouveler mon doublé : coup de coeur, coup de poing ! Merci madame Delzongle.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Hervé Commère – Ce Qu’Il Nous Faut C’est Un Mort

H. Commère - Ce qu'il nous faut c'est un mortJe continue tant bien que mal d’endiguer le flot des sorties littéraires de ces derniers mois, mais difficile de résister face à un tel tsunami de titres, tous plus tentants les uns que les autres. Pire encore, comment choisir l’heureux élu qui quittera mon Stock Numérique à Lire ? Plutôt que chercher à bâtir un algorithme complexe on va faire comme d’hab, y aller au feeling. Et c’est ainsi que Ce Qu’Il Nous Faut C’est Un Mort de Hervé Commère a pu éviter la noyade dans les tréfonds des livres oubliés…
12 juillet 1998. La France est championne du monde (youpi) et la fête bat son plein dans tout le pays. Cette soirée là le destin de plusieurs personnes va basculer et se trouver lié. Toutes se retrouveront à Vrainville, un petit village normand, dix-huit ans plus tard. La crise menace les Ateliers Cybelle qui font vivre le village, leur fermeture serait catastrophique pour Vrainville…
Avec son précédent roman, Imagine Le Reste, Hervé Commère m’avait fait forte impression pour de multiples raisons, la principale étant la qualité de son écriture. C’est un régal pour les yeux et l’esprit de lire une plume aussi talentueuse.
Oubliez toute idée de comparer ce roman avec le précédent, ça reviendrait à comparer une clé à molette avec un scalpel (une appendicite opérée à la clé à la molette ça ne doit pas être beau à voir). Si Imagine Le Reste était déjà inclassable, celui-ci l’est encore davantage ; c’est définitivement un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié).
Un roman noir paradoxalement porteur d’un message d’espoir même quand la situation semble désespérée, un roman social qui jette un oeil sans concession sur une génération désabusée de n’avoir connu que la Crise, sur d’autres prêts à tout pour leur profit personnel, quitte à écraser et couler les autres. Si seulement ce contexte relevait de la fiction… C’est malheureusement le triste reflet de notre société actuelle. Un roman engagé certes mais porteur d’aucun message politique. Quoi qu’il en soit c’est un roman qui vous prend tout de suite au coeur et aux tripes et ne vous lâchera plus.
Si j’ai parlé plus haut de l’écriture de Hervé Commère ce n’est pas totalement anodin. Dans ce roman sa plume et son style semblent sublimés, une écriture pleine d’humanité qui va droit au coeur des lecteurs. On a souvent l’impression d’être autour d’une table avec l’auteur qui nous raconterait une histoire en s’adressant à nous directement… rien qu’à nous, en tête à tête. J’ai lu de nombreux auteurs ayant un incroyable talent narratif mais Hervé Commère à ce petit truc en plus qui fait la différence. même sans le connaître, même sans l’écouter, on a l’impression d’écouter un pote.
Les personnages principaux (ceux de 1998 que l’on retrouve en 2016) sont nombreux mais à aucun moment on ne s’y perd, on commence par faire leur connaissance dans leur contexte personnel, puis peu à peu les destins se croisent avec plus ou moins d’affinités. Des relations se tissent, d’autres s’éffilochent inéxorablement. Vous en aimerez certains, vous en détesterez certainement d’autres ; une chose est sûre vous apprendrez à les connaître… pour le meilleur et pour le pire !
Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, l’auteur les travaille avec le même soin et ne les cantonne pas à jouer les seconds couteaux ; souvent l’intrigue avancera (parfois de façon inattendue) sous leur impulsion (volontaire ou non).
Si vous vous demandez ce que signifie le titre, soyez patient, là encore rien n’est laissé au hasard. Vous aurez votre réponse en temps et en heure.
C’est peut être la première fois que j’ai entre les mains un roman aussi « vivant », au sens propre du terme. Ca peut paraître complètement con comme ressenti mais pendant quelques jours j’ai eu l’impression de vivre à Vrainville, de partager les craintes des villageois et de me battre avec eux.
Merci Monsieur Commère, merci pour cette lecture qui restera longtemps présente dans mon coeur. Et vivement le prochain (non mais, faut pas non plus se reposer sur ses lauriers) !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Karine Giebel – De Force

K. Giebel - De ForceJe n’ai pas eu à me forcer pour me lancer dans le dernier roman en date de Karine Giebel, De Force. Par contre le lâcher avant d’avoir le fin mot de l’histoire relève du tour de force.
Alors qu’elle promène son chien, Maud Reynier est agressée par un inconnu. Elle est secourue par Luc Garnier, un garde du corps qui passait dans le coin. Rapidement l’agresseur revient à la charge, devant la menace qui pèse sur sa fille, Armand Reynier, chirurgien de renom, embauche Luc afin de la protéger…
Comme ça, de prime abord, vous seriez tenter de lâcher, sur un ton blasé : « Hmouais bof, rien de neuf sous le soleil ! » Et bien sachez que vous vous fourrez bien profond le doigt dans l’oeil (ou ailleurs… chacun fait ce qu’il veut avec ses doigts après tout) ; Karine Giebel arrive à faire du neuf avec du vieux, à nous surprendre encore et encore sur une base d’apparence éculée.
Pour détourner le slogan publicitaire d’une grande chaîne de supermarchés je dirai qu’il se passe toujours quelque chose chez les Reynier ! Le père, la fille, la belle-mère, la gouvernante, le jardinier… et même le garde du corps ont tous des casseroles collées aux basques, des secrets et tourments plus ou moins lourds à porter. Ami lecteur, si tu entres dans ce bouquin tu en perdras ton lapin (je ne pratique toujours pas le latin… mais bon, je n’ai pas de lapin non plus, à part peut être dans le frigo) plus d’une fois. Tu n’as pas fini de t’arracher les cheveux pour démêler cet écheveau.
Ajoutez à cela un agresseur qui semble toujours avoir un coup d’avance sur sa victime. En parlant de victime, qui est la cible au juste, Maud ou Armand ? Et qui est le mystérieux complice qui lui permet justement de conserver cette avance ? Tant qu’on est dans le questionnement, qui est mort dans le prologue ? Vous l’aurez compris vous n’en finirez pas de vous poser des questions.
Et surtout ne comptez pas sur l’auteure pour vous aider à y voir plus clair. Au contraire, cette petite perverse prend un malin plaisir à brouiller les pistes. Bref si vous entrez dans ce bouquin, vous serez pris dans les mailles d’un filet dont vous ne pourrez sortir avant d’avoir lu la dernière page. Si Karine Giebel est perverse, elle n’est pas pour autant sadique, toutes les réponses arriveront en temps et en heure. Bon sang mais c’est bien sûr !
Un peu plus de 500 pages (dans sa version papier) qui se lisent avec une remarquable fluidité, rythmé, intelligemment construit, vous aurez les nerfs à vif et les neurones en ébullition, mais qu’est-ce que c’est bon ! Quitte à me répéter Karine Giebel réussira, une fois de plus, à surprendre… même ses lecteurs les plus blasés.
Pas franchement un huis-clos mais il en ressort une impression toute aussi oppressante. De nouveau Karine Giebel mise beaucoup sur la psychologie de ses personnages, et une fois de plus la recette fonctionne à la perfection.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Olivier Norek – Surtensions

O. Norek - SurtensionsDepuis que j’ai acheté Surtensions, le dernier roman d’Olivier Norek et troisième enquête littéraire du Groupe Coste, j’ai le palpitant qui s’affole ; rarement j’aurai autant brûlé d’impatience et d’excitation dans l’attente de lire un bouquin, je crois que même Stephen King (excusez du peu Monsieur Norek) ne m’a jamais fait un tel effet.
Tandis que le Groupe Coste enquête sur un enlèvement avec demande de rançon ; un groupe de braqueurs met tout en oeuvre pour faire sortir, légalement, l’un des leurs, incarcéré au centre pénitentiaire de Marveil. Les deux affaires vont se télescoper et ne laisseront personne indemne…
Dès le prologue Olivier Norek nous colle une pression monstre :
La psy faisait nerveusement tournoyer son stylo entre ses doigts. Il était évident que l’homme en face d’elle l’intimidait.
– Vous savez au moins pourquoi vous êtes là ?
– Parce que j’ai tué deux personnes. Vous craignez que ça devienne une habitude ?
– Vous n’en avez tué qu’une. En légitime défense qui plus est. Pour le second cas…
Sec et impatient, l’homme ne la laissa pas terminer.
– Un membre de mon équipe est mort. C’est ma responsabilité. Ça revient au même.
Ceux qui connaissent la série auront compris sans l’ombre d’un doute que c’est Victor Coste qui s’adresse à un psy… les autres le découvriront quelques lignes plus tard. Donc à peine la première page lue on sait que Victor Coste va dézinguer un méchant mais aussi et surtout que le Groupe Coste va payer le prix fort dans cette enquête.
Et les choses se confirment au fur et à mesure que l’intrigue se déroule, le Groupe Coste va être malmené de toutes parts, l’équipe va devoir rester plus soudée que jamais pour traverser la tempête qui s’abat sur le SDPJ 93. Mais malheureusement ils ne pourront empêcher l’inévitable, et nous on reste sur le cul, une larmiche à l’oeil et le palpitant au bord de l’explosion !
On retrouve une intrigue ancrée dans la dure réalité du 9-3 et dans la dure réalité de la vie de flic dans ce merdier qui n’attend qu’une étincelle pour s’embraser. Plus encore que dans les deux précédents opus l’aspect humain est mis en avant. Et pas seulement au sein du Groupe Coste.
Ici pas de flics sauce série TV, pas de flics infaillibles, pas de solutions miracles, pas de réponse à tout… les enquêtes ne se résolvent pas qu’à grand renfort de fusillades, des flics profondément humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs doutes aussi… et leurs erreurs parfois.
La grande force d’Olivier Norek est de ne pas sombrer dans la facilité manichéenne, en face du Groupe Coste il n’y a pas que des méchants tout en noirceur, perversité et autres défauts rédhibitoires ; eux aussi sont empreints d’humanité. Parfois même les pires fils de pute ne se trouvent pas toujours là où on pense les trouver.
Au fil des pages Olivier Norek en profite pour pointer du doigts les travers de la société française. Qu’il s’agisse d’un système carcéral qui apporte plus de problèmes que de solutions : « Un centre pénitentiaire n’est efficace que s’il reconstitue une société carcérale juste, avait-il dit. Sans prédateurs, sans proies, dans une parfaite équité, sans privilèges ni passe-droits, sans nécessité de violence, sans jalousie de ce que l’autre pourrait avoir de plus ou de mieux. La force devenant inutile, il ne reste plus qu’à vivre ensemble, en bonne société. Malheureusement, il n’existe pas d’endroit plus dangereux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressortir équilibré ou cadré, les détenus en sortent plus violents, désabusés, perdus et agressifs, sans aucun projet de réinsertion. Plus venimeux en sorte. La prison comme une école du crime. » Ou des vicissitudes du système judiciaire : « Si un avocat découvre une preuve qui accuse son client, il n’a aucune obligation de la fournir aux policiers. Pour toute autre personne, ce serait de la complicité, mais pour eux, c’est le fameux droit à la défense. » Mais il faut faire avec les défauts et les failles du système, accepter que parfois une affaire considérée comme résolue ne le soit pas les conditions les plus justes pour les victimes… pour la Justice, en tant qu’entité et non en tant que système perverti.
De nouveau Olivier Norek nous file un magistral uppercut en pleine poire, on reste KO debout mais on en redemande, encore et encore. Inutile de préciser que dans ces conditions j’attends avec impatience son prochain roman ; les paris sont ouverts : retour du Groupe Coste ou nouveau départ ? Dans les deux cas je suis preneur, même si j’espère bien retrouver Victor Coste et son équipe de choc.

MON VERDICT
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Aparté n° 1
Cerise sur le gâteau, dans ses remerciements l’auteur cite de nombreux blogs, ça m’a fait plaisir de me trouver ainsi nommé mais aussi d’y retrouver certains blog-potes et groupes FB que je fréquente.

Aparté n°2
Comme dans tout bon roman policier il faut bien un mystère à résoudre. J’invite tous les lecteurs de l’édition numérique (je ne sais pas de quoi il retourne avec l’édition papier) à se pencher sur l’énigme du chapitre 72. Si vous regardez bien la mise en page on passe du chapitre 71 au chapitre 73, et pourtant il ne semble manquer aucun morceau…

[BOUQUINS] Guillaume Musso – La Fille De Brooklyn

G. Musso - La Fille de BrooklynFidèle à mes habitudes il n’était pas question pour moi de rater mon rendez-vous annuel avec Guillaume Musso ; surtout en sachant que Marc Levy avait placé la barre très haut pour ce classico littéraire version 2016. C’est donc plutôt enthousiaste que je me suis lancé dans la lecture de La Fille De Brooklyn, le résultat fut-il à la hauteur de mes espérances ?
A quelques jours de leur mariage, alors que Raphaël tanne sa fiancée, Anna, à propos de l’absence totale de secrets dans leur couple, elle finit par lui montrer une photo de trois corps calcinés en avouant froidement : « C’est moi qui ai fait ça ». Surpris et choqué par ce qu’il vient d’apprendre, Raphaël quitte la maison ; quand il revient plus tard, décidé à donne une chance à Anna de s’expliquer, la jeune femme a disparu. Avec son ami, Marc, un ex-flic, Raphaël va essayer de découvrir le passé d’Anna afin de la retrouver tout en protégeant son secret…
Je ne vous ferai pas languir plus longtemps avant de répondre à la question posée en intro de cette chronique. Pari réussi pour Guillaume Musso, qui nous offre une intrigue menée de bain de maître et pleine de rebondissements (quand y’en a plus, y’en a encore comme dirait la pub pour Paic). Sans surprise l’auteur sait y faire pour que l’on reste accroché à son récit, plus on avance dans le scénario, plus la lecture se fait fébrile.
Une enquête qui mènera nos enquêteurs en herbe, Raphaël et Marc, de la France aux Etats Unis. Un voyage dans le passé d’Anna pour essayer de comprendre le présent. Deux personnages aux caractères (et aux méthodes) opposés mais qui se complètent efficacement. Et bien sûr en toile de fond on n’en finit pas de se poser des questions sur le passé d’Anna. Alors Anna, ange ou démon ? Ne comptez pas sur moi pour répondre à cette question.
La sauce prend, le roman est efficace et hautement addictif, mais il manque un je-ne-sais-quoi qui ne provoque pas le feu d’artifices attendu, peut être un final US un peu rapide à mon goût. Une faiblesse partiellement rachetée par l’ultime chapitre.
De fait le classico Levy vs Musso version 2016, donne l’avantage à Marc Levy. Ces trois dernières années j’avais donné la balle de matcch à Guillaume Musso, voilà qui devrait rétablir l’équilibre. Quoi qu’il en soit je serai présent pour le classico 2017 !

MON VERDICT
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Et dire que tout démarre par une dispute plutôt classique :
– Je suis sérieux, Anna : je ne veux pas vivre dans le mensonge.
– Ça tombe bien : moi non plus. Mais ne pas vivre dans le mensonge ne signifie pas n’avoir aucun secret.
– Donc tu l’admets : tu as des secrets !
– Mais tout le monde a des secrets, Raphaël ! Et c’est très bien comme ça. Nos secrets nous définissent. Ils déterminent une partie de notre identité, de notre histoire, de notre mystère.
Sans vouloir faire dans la philosophie à deux balles, pour ma part je partage l’avis d’Anna, il est de secrets qui doivent le rester, ils font partie de nous et n’appartiennent qu’à nous, inutile de remuer la merde du passé. Vivons plutôt l’instant présent pour nous construire des lendemains qui chantent…

Pour la petite histoire la partie qui se déroule aux USA a lieu en pleine course à la Maison Blanche, avec notamment les primaires des républicains. Dans le roman les américains sont des gens sensés : Donald Trump n’est pas le grand favori !

[BOUQUINS] Caryl Férey – Condor

C. Férey - CondorDécidément ce mois de mars est riche en sorties littéraires, difficile de suivre de rythme et, à défaut, de choisir quel titre privilégier par rapport aux autres. J’ai opté pour une excursion exotique en compagnie de Caryl Férey et son dernier roman, Condor. Nul doute que cette escapade chilienne ne sera pas de tout repos…
Des enfants meurent dans l’indifférence générale à La Victoria, faubourg très pauvre de la banlieue de Santiago. Gabriela Wenchwn, une jeune Mapuche, vidéaste amateure, contacte Esteban Roz-Tagle, avocat spécialisé dans les causes désespérées, afin qu’il vienne en aide aux familles endeuillées. Au cours de leur enquête ils vont rapidement s’apercevoir que leurs recherches et questions dérangent en haut lieu…
Quatre ans après Mapuche, Caryl Férey reste en Amérique du Sud, mais direction le Chili pour sa nouvelle intrigue. Un pays encore lourdement marqué par les années Pinochet, une dictature hyper répressive qui s’est faite au détriment du peuple chilien mais avec la bénédiction (voire la collaboration) des Etats Unis et de l’Europe. Un régime totalitaire en grande partie amnistié dans un simulacre de pardon national… Un terrain propice pour l’auteur qui ne manquera pas de rappeler les grandes lignes (et certains détails oubliés) de l’histoire contemporaine du Chili.
Difficile de trouver un duo plus atypique que celui formé par Gabriela et Esteban. Une jeune Mapuche qui a décidé de couper les liens avec ses racines pour tenter sa chance en ville et se retrouve dans l’un des faubourgs les plus miséreux de Santiago. Un avocat issu d’une richissime famille, révolté contre son milieu et ses origines dont l’aisance lui parait injustement acquise. Deux personnages aux personnalités bien marquées et une rencontre qui ne manquera pas de faire des étincelles.
Les autres personnages ne sont pas pour autant négligés, tous sont travaillés en profondeur. Il faut dire que le contexte permet à l’auteur de puiser dans des origines diverses et variées parmi les plus contrastées, notamment entre anciens opposants/victimes du régime Pinochet et anciens chefs de file/tortionnaires de la dictature.
Fidèle à son habitude l’auteur propose une intrigue richement documentée, intense et pleine de rebondissements. Une intrigue qui carbure à l’adrénaline et ne vous laissera pas un moment de répit. Une fois que vous aurez plongé le nez dans le bouquin, vous ne le lâcherez qu’à regrets.
La plume de Caryl Férey fait mouche sans jamais faillir, acérée, avec une pointe de vitriol en option, elle n’hésite pas à taper là où ça fait mal, sans concession, aucune. Une plume engagée certes, mais pour la bonne cause, ou plutôt contre la mauvaise cause, voire la pire des causes.
El Condor pasa… et ne devrait laisser personne indifférent. L’intrigue vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher jusqu’au clap de fin, et quelle fin ! Redoutablement efficace, on en redemande, encore et encore ; même (surtout) si ce n’est pas de tout repos nerveusement parlant.

MON VERDICT
jd5Coup double

Morceaux choisis

Extermination d’opposants politiques sans jugements ni procès : le concept avait été mis au point par les militaires français en Algérie avant que Washington ne généralise la méthode en Amérique du Sud. Avec l’aide d’agents de la CIA, Pinochet et ses généraux avaient, sous le nom de Plan Condor, étendu l’opération criminelle et secrète non seulement au Chili mais dans les dictatures voisines – Uruguay, Brésil, Argentine, Paraguay, Bolivie –, puis ils avaient poursuivi la traque dans le monde entier.
Soixante mille morts : une hécatombe intercontinentale, silencieuse. On retrouvait des opposants réfugiés en Europe empoisonnés, suicidés, accidentés de la route ou froidement abattus lors d’attentats jamais revendiqués ou alors par des organisations fantoches.

Les militaires ayant piétiné cent fois le droit international, Pinochet avait modifié la Constitution pour graver dans le marbre les rouages du système économique et politique (une Constitution en l’état immodifiable) et s’octroyer une amnistie en se réservant un poste à vie au Sénat, où les lois se faisaient. La mort du vieux Général au début des années 2000 n’y changea rien. Manque de courage civil, complicité passive, on parlait bien de mémoire mais tout participait à tordre les faits, à commencer par les manuels scolaires où le coup d’État contre Allende était dans le meilleur des cas traité en quelques pages, voire pas du tout…

La probité du vieux Général ? Possédant une simple voiture le jour du coup d’État, il avait vécu dans un bunker doré, détournant des millions de dollars sans jamais répondre d’aucun de ses crimes, du sang jusque sur les dents.

Les lits électrifiés où on attachait les gens comme elle, les électrodes dans le vagin et le rectum qui les convulsaient de douleur, leurs hurlements de terreur sous les yeux de leurs frères ou maris qu’on forçait à regarder, les baignoires où on les étouffait, les viols, les viols collectifs, les viols par des bergers allemands, ceux qu’on jetait des hélicoptères attachés à des rails de chemin de fer pour éviter qu’ils ne remontent à la surface, le cadavre d’un enfant retrouvé trente ans plus tard avec douze balles dans le corps, les sévices qu’il fallait « interpréter dans le contexte », tous ces mensonges avalés maelstrom, tourbillon, pourriture, Allende autopsiant les enfants le cœur brisé, le même acculé au suicide dans la Moneda en flammes, Víctor Jara supplicié, quarante ans et autant d’impacts de balles dans la peau, un massacre riant pour des bourreaux qui savaient à peine lire, Catalina la petite pute rouge qui avant de devenir une rose en avait pris pour son grade : les larmes qui avaient coulé ce jour-là à la Villa Grimaldi coulaient toujours.

[BOUQUINS] Jac Barron – Addictions

J. Barron - AddictionsAh bin voilà un titre qui aura su faire attendre, désirer même. Annoncé depuis 2013 la sortie d’Addictions de Jac Barron a été maintes fois repoussée, on en arrivait presque à se demander si on ne courrait pas après une chimère. Heureusement la persévérance de Jac Barron a fini par payer, le roman a enfin pu voir le jour chez NumerikLivres et nous avons enfin pu satisfaire notre curiosité mise à rude épreuve.
Paris. Les cadavres se multiplient, chaque fois le meurtre semble repousser encore plus loin les limites de l’ignominie. Le préfet de police confie l’enquête aux commissaires Dylan Loiseau et Salim Alaoui, jusqu’alors cantonnés aux cold cases. Un unique point commun semble relier les différentes scènes de crimes : la présence d’un ou plusieurs frelons près des corps…
Sans entrer dans les détails (que je ne connais d’ailleurs pas forcément) je voudrai tout de même signaler que le parcours que Jac Barron a dû affronter pour nous faire partager son travail tient davantage du parcours du combattant que de la promenade de santé. Heureusement sa collaboration avec NumerikLivres semble lui ouvrir un horizon nettement plus dégagé.
Un parcours chaotique qui fait que l’auteur n’a sans doute pas encore acquis toute la notoriété qu’il mérite. Nul doute que Addictions devrait lui ouvrir une voie royale en ce sens. Tendance qui devrait se confirmer avec la prochaine réédition des deux premiers opus de la Trilogie des Pulsions, et la joie de découvrir prochainement sa conclusion (avec Impulsions, l’ultime volet). Pour ma part j’ai été totalement accro dès la lecture de Cicatrices, même si l’aspect fantastique apparu dans Plasma m’a un peu dérouté, pas que je sois fermé au mélange des genres (loin s’en faut) mais plutôt du fait de l’impression de rupture des genres entre le premier et le second opus de la trilogie… Mais revenons à nos moutons et plus exactement à Addictions.
Les lecteurs de ses précédents romans ne seront pas surpris de retrouver la griffe Jac Barron dans la trame narrative et le style. L’auteur qualifie ses romans de thrillers psychiques, un terme parfaitement adapté au contenu. Chaque chapitre nous fait vivre l’intrigue via le regard, le vécu et le ressenti d’un des protagonistes. Au fil des chapitres on alterne entre les points de vue, du coup on vit une intrigue à plusieurs dimensions et surtout en totale immersion dans l’esprit des personnages. On est à la limite du viol psychique tant on se sent proche des personnages.
Niveau style Jac Barron nous offre du brut de décoffrage, pas de fioritures inutiles, c’est le rythme qui prime. Parfois cru mais jamais gratuitement vulgaire. Il faut dire que l’intrigue ne ressemble pas vraiment à un épisode des Bisounours ou de Oui-Oui. Là encore on est dans le brut de décoffrage, cash et trash (âmes sensibles s’abstenir) mais au service d’un scénario qui tient globalement bien la route.
Au niveau de la galerie de portraits vous allez être gâté. Chaque personnage dispose de sa propre personnalité, traitée en profondeur sans une once de manichéisme. Vous n’avez pas fini de vous poser des questions sur tel ou tel personnage, avant de revenir sur vos certitudes, puis de douter à nouveau. Une chose est sûre, Jac Barron ne ménage pas ses personnages et s’ils doivent passer de vie à trépas ils ne le feront pas tranquillement pendant leur sommeil.
Questionnements, certitudes et doutes qui vous accompagneront aussi tout au long de l’intrigue. Et s’il y a bien un point sur laquelle je n’ai aucun doute, c’est que Jac Barron saura vous surprendre plus d’une fois. Là encore il faut vous attendre à du lourd, dans tous les sens du terme, au propre comme au figuré.
Bref Addictions mérite largement son titre, il aura été pour moi hautement addictif. Toutefois le roman rate d’un chouïa le 5/5 et le coup de coeur. J’ai en effet trouvé la partie dans laquelle Dylan et son équipe sont dans la péniche un tantinet too much dans la surenchère. Ce petit bémol n’aura pas suffit à gâcher mon plaisir, j’ai me suis vraiment éclaté avec Addictions, j’aime que l’on joue avec mes nerfs et que l’on mette mon palpitant à rude épreuve.
Avec cette chronique je n’espère pas convaincre les lecteurs qui connaissent et apprécient déjà Jac Barron, ceux là ne pourront qu’être de nouveau sous le charme. J’espère surtout avoir réussi à donner envie à ceux et celles qui ne connaissent pas encore l’auteur de se plonger dans ce bouquin. Si vous aimez les thrillers, foncez ! Vous ne le regretterez pas. Ce mec est complètement ouf mais qu’est-ce que c’est bon !!!
Je me fais peut être des illusions mais la fin laisse envisager une possible rencontre entre les personnages des Pulsions et ceux d’Addictions ; mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus !

MON VERDICT
jd4dCoup de poing

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Trois Jours Et Une Vie

P. Lemaitre - Trois jours et une vieAprès le magistral (et fort justement goncourisé) Au Revoir Là-Haut, les lecteurs attendaient de pieds fermes Pierre Lemaitre. D’autant qu’avec ce roman l’auteur a prouvé qu’il pouvait faire autre chose que du thriller pur et dur, et le faire foutrement bien qui plus est. C’est donc confiant que j’ai ouvert Trois Jours Et Une Vie, son dernier opus.
Décembre 1999. La commune de Beauval est en émoi suite à la disparition de Rémi Desmedt, un petit garçon de six ans. Pour Antoine, douze ans, ce drame prend une tournure bien plus personnelle, il est en effet le seul à savoir que Rémi n’a pas seulement disparu, et pour cause…
Visuellement déjà le bouquin en jette, la couv’ est superbe avec son paysage forestier. Passons maintenant à la prise en main (façon de parler, ayant lu le bouquin en numérique), c’est léger, trés léger. A peine 240 pages ! Dites Monsieur Lemaitre, nous faire attendre 3 ans pour ça, c’est limite, non ?
Permettez-moi de répondre à la place de l’auteur. Que nenni les amis ! C’est léger mais ça envoie du lourd ! Ces 240 pages sont d’une rare intensité. Bien qu’écrit à la troisième personne, l’auteur nous fait vivre les événements via le personnage d’Antoine. Un adolescent effacé qui, dans un moment d’égarement, va commettre l’irréparable. Un drame qui ne cessera jamais de le hanter, un peur qui ne le quittera jamais. Une fois de plus le formidable talent de conteur de Pierre Lemaitre déploie toute son efficacité, on vit le récit en totale immersion. Les tripes vrillées et les nerfs en pelote… comme Antoine.
L’essentiel de l’intrigue se déroule en 1999, l’occasion pour l’auteur de mettre en avant des personnages d’adolescents, un groupes d’amis plus ou moins proches, tous concernés par la disparition de Rémi. Les adultes, bien que présents et jouant un rôle important, sont comme relégués en arrière plan. Pour que la sauce prenne il fallait donner une véritable profondeur à ces ados, Pierre Lemaitre le fait avec brio.
La seconde partie du récit nous expédie en 2011. On y retrouve nos adolescents devenus adultes, chacun ayant suivi sa propre voie. Des retrouvailles au cours d’une soirée, un écart de conduite lourd de conséquences. Décidément le sort s’acharne sur Antoine (qui ne se pose jamais en victime soit dit en passant).
La troisième et dernière partie, un unique chapitre, nous conduit en 2015. Une conclusion qui vous réserve une ultime surprise de taille.
Alors trop court ce roman ? Force est de constater que non. Tout a été dit et bien dit. Chapeau bas Monsieur Lemaitre, une fois de plus vous réussissez à nous surprendre, une fois de plus nous avons été sous le charme de votre plume.
Les maniaques du classement se demandent peut être à quel genre rattacher ce roman. Je vous souhaite bien du courage ! On est dans la littérature générale avec quelques touches bien noires et l’ensemble se lit comme un thriller.

MON VERDICT
jd4Coup de poing