[BOUQUINS] Frank Bill – Mordre La Poussière

Miles Knox est un vétéran du Vietnam qui redoute de perdre son emploi – et avec lui, le lien ténu qui le rattache à une vie stable – pour une bagarre avec un collègue ouvrier. Les traumatismes de la guerre et ses efforts pour contrôler les accès de rage dus à son addiction aux stéroïdes compliquent aussi sa relation avec sa copine, Shelby, une strip-teaseuse au cœur d’or. Du moins est-elle plus douce et généreuse que son frère Wylie, en cavale après son implication dans la mort de deux dealers d’oxycodone. Lorsque Wylie kidnappe Shelby et va se terrer dans le havre de campagne de Miles, la situation menace de déborder l’ancien combattant.

Parce que l’écriture de Frank Bill est d’une redoutable efficacité quand il s’agit de décrire la noirceur de l’âme humaine ou de dénoncer les dérives des États-Unis.

Ça faisait un moment que je guettais la sortie de ce bouquin, publié en 2017, il nous aura fallu attendre presque dix ans pour enfin le découvrir en version française !

Frank Bill m’avait fait forte impression et bien remué les tripes avec son recueil Chiennes De Vie (2013) puis son roman Donnybrook (2014). Il s’est ensuite offert un break bien mérité avant de publier The Savage en 2017… Roman qui ne sera traduit et publié en français qu’en 2026 sous le titre Mordre La Poussière. J’ai du mal à m’expliquer la timidité des maisons d’édition françaises sur ce coup : ce livre est une bombe à retardement littéraire.

Âmes sensibles s’abstenir ! Une fois de plus, Frank Bill nous propose une plongée sans concession dans la noirceur de l’âme humaine. Son écriture au scalpel pointe du doigt les dérives, les compromissions et la corruption qui gangrènent l’Amérique de l’intérieur. Une fois de plus, il vous prend aux tripes pour mieux les vriller sans ménagement. Certains passages – notamment les souvenirs du Vietnam de Miles – sont particulièrement éprouvants. L’auteur ne cherche jamais à magnifier la guerre façon Rambo et consorts ; c’est avec un réalisme saisissant qu’il décrit les ravages du syndrome de stress post-traumatique chez ceux qui en sont revenus.

Même si le roman n’est pas exclusivement centré sur la guerre du Vietnam, le conflit occupe une place prépondérante dans le déroulement de l’intrigue et dans la personnalité de plusieurs personnages. Écrire sur cette guerre était également, pour Frank Bill, une manière de rendre hommage à son père, vétéran du Vietnam.

Le récit s’articule autour de Miles Knox, un vétéran qui approche de la soixantaine. Rongé par un syndrome de stress post-traumatique particulièrement sévère, il est hanté par des souvenirs de guerre qui tournent parfois à l’hallucination. Pour tenter de faire taire ses démons, il s’impose des séances de musculation intensives. Et pour que son corps supporte le rythme infernal qu’il lui inflige, il se gave de stéroïdes. Le mélange entre passé traumatique, produits dopants et alcool n’a évidemment rien d’une solution miracle. Pourtant, Miles n’est pas une pourriture. Malgré ses failles et ses excès, il demeure solidement ancré dans un code d’honneur fondé sur le respect et la loyauté. Malheureusement pour lui, le monde qui l’entoure n’obéit plus à aucun de ces principes.

Sa principale bouée de sauvetage s’appelle Shelby, une strip-teaseuse beaucoup plus jeune que lui, qui représente ce qui se rapproche le plus d’une compagne, même si leur relation est loin d’être un long fleuve tranquille. Shelby pourrait incarner une forme de douceur dans une intrigue qui baigne constamment dans la fange et la violence. Mais entre un frère toxicomane incontrôlable et un père vétéran qui a complètement sombré, elle aussi finira par atteindre son point de rupture.

Le troisième personnage majeur du roman est Nathaniel, un ancien policier désabusé par la corruption ambiante et l’impuissance du système judiciaire. C’est d’ailleurs ce qui le pousse à traquer Wylie, le frère de Shelby, qu’il soupçonne d’avoir assassiné son propre frère et sa belle-sœur, deux trafiquants notoires d’oxycodone. Dans le même temps, il doit assumer son rôle d’oncle et devenir une figure paternelle de substitution pour Shadrack, leur fils, miraculeusement rescapé du massacre.

Tous vont se retrouver embarqués dans une chasse à l’homme où la folie côtoie la violence la plus brutale. La triste réalité balaie impitoyablement les derniers vestiges du rêve américain. Frank Bill préfère plonger ses personnages – et ses lecteurs – dans un cauchemar poisseux, désespéré et profondément glauque.

Je le répète : Mordre La Poussière n’est pas une lecture à mettre entre toutes les mains. C’est un roman brut de décoffrage, souvent éprouvant, parfois dérangeant, mais également un excellent roman noir porté par la prose magistrale de Frank Bill. Une œuvre qui frappe fort, sans jamais chercher à ménager son lecteur.

L’attente aura été longue, mais elle se trouve récompensée bien au-delà des espérances des amateurs du genre.

[BOUQUINS] James Robert Baker – Diables Blancs

Après avoir signé un best-seller avec un retentissant true crime, Tom Dunbar a disparu des radars. Son ambitieux second livre a fait un flop. Alors que les droits d’auteur commencent à se tarir, le restaurant imaginé par sa femme, la sublime et vénéneuse Beth, les précipite dans un gouffre financier. Ils vont tout perdre, jusqu’à leur maison avec vue sur l’océan, dans l’un des coins privilégiés de Los Angeles.

La situation est critique : hors de question pour Tom de renoncer à l’écriture et, pour Beth, de s’exiler dans un quartier de seconde zone. Heureusement, elle a un plan : soutirer de l’argent à son père, Bud Sturges, auteur à succès. Mais quand le richissime écrivain refuse, une idée sombre et dérangeante commence à s’insinuer dans les esprits survoltés de Beth et Tom…

En toute honnêteté le choix de ce roman est le fruit du hasard. Je suis tombé dessus en visitant le site de l’éditeur, Monsieur Toussaint Louverture, la couv’ a immédiatement attiré mon regard, le pitch est venu confirmer mon engouement et enfin, cette histoire d’écrivain maudit – l’auteur, pas son personnage – a fini le job.

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer cette chronique par quelques mots sur l’auteur. Puisqu’il s’agit du premier roman de Robert James Baker traduit en français, je doute que beaucoup connaissent son parcours.

Né en 1946 en Californie, Baker est très tôt attiré par les milieux marginaux, avec tout ce que cela implique : consommation excessive de drogues, alcoolisme chronique et autodestruction assumée. Même après son coming out, il continuera à évoluer dans cette spirale addictive qui marquera autant sa vie que son œuvre.

Dès ses premiers romans, publiés entre 1985 et 1988, il attaque frontalement le conservatisme, l’hypocrisie morale et le puritanisme de la société américaine. Une démarche volontairement provocatrice qui lui vaudra rapidement une réputation sulfureuse. C’est toutefois son quatrième roman, Tim and Pete (1993), considéré par certains critiques comme un véritable appel à la haine, qui entraînera sa mise au ban du monde de l’édition. Quant à White Devils (1994) — publié aujourd’hui en français sous le titre Diables Blancs — il ne trouvera finalement refuge que sur le site internet personnel de l’auteur.

Malgré cette ostracisation, Baker continuera à écrire sans jamais faire la moindre concession. Mais l’isolement et le rejet du milieu littéraire finiront par avoir raison de lui : le 5 novembre 1997, il se suicide dans le garage de sa maison de Pacific Palisades. Ses autres romans seront publiés à titre posthume.

Aujourd’hui, Robert James Baker est considéré comme une figure majeure de la contre-culture américaine, et plus particulièrement de ce courant littéraire que l’on qualifie de transgressive fiction.

Je trouve d’ailleurs que le choix des éditions Monsieur Toussaint Louverture de faire découvrir l’auteur au public francophone avec Diables Blancs est particulièrement judicieux. À mes yeux, c’est probablement son roman le moins « américano-américain », et donc le plus accessible pour un lectorat francophone peu familier avec les codes culturels US omniprésents dans ses autres textes.

Le roman prend la forme d’un témoignage — voire d’une confession — enregistré sur sept cassettes audio par Tom Dunbar à destination d’un voisin et ami qui n’est autre que Robert James Baker lui-même. Le récit adopte volontairement une structure chaotique afin de renforcer cette impression de parole brute, enregistrée « à chaud ». Tom s’exprime comme il le ferait face à un interlocuteur réel : il digresse, revient en arrière, précise certains éléments du contexte, se contredit parfois. Ce procédé donne au texte une spontanéité dérangeante et renforce considérablement l’immersion.

Inutile d’être un génie pour comprendre dès les premières pages que le lecteur va être témoin de faits particulièrement sordides — et le moins que l’on puisse dire, c’est que Baker dépasse rapidement toutes les attentes en matière de malaise. Ce qui frappe surtout, c’est la froideur clinique du récit. La narration est totalement dénuée d’empathie ou de regrets, ce qui rend l’ensemble profondément glaçant.

Il faut dire que les deux personnages centraux, Tom Dunbar et son épouse Beth, n’ont absolument rien pour susciter la sympathie. Blasés, narcissiques, méprisants, profondément égoïstes… ils incarnent une bourgeoisie intellectuelle décadente et toxique. Quant à Beth, ses graves troubles psychologiques, qu’elle tente de contrôler à coups de médicaments et de substances diverses, accentuent encore le sentiment de malaise permanent qui traverse le roman. Clairement pas le genre de couple avec qui l’on rêve de partager un repas ou d’aller boire un verre.

Le texte déborde également de références littéraires, musicales et cinématographiques. Il n’est heureusement pas nécessaire de toutes les saisir pour apprécier le roman, mais elles participent pleinement à la personnalité de Tom Dunbar, qui s’en sert souvent comme prétexte pour afficher sa prétendue supériorité intellectuelle et son mépris des autres.

Avec Diables Blancs, Robert James Baker livre un roman aussi fascinant que dérangeant. Une œuvre volontairement provocatrice, parfois profondément inconfortable, mais portée par une écriture d’une intelligence redoutable. L’auteur n’hésite jamais à utiliser un humour extrêmement noir pour renforcer la violence de son propos et pousser le lecteur dans ses retranchements.

Un immense merci aux éditions Monsieur Toussaint Louverture d’avoir eu l’audace de proposer au public francophone un texte aussi singulier. Diables Blancs n’est clairement pas un roman destiné à tout le monde, mais pour les amateurs de littérature transgressive et corrosive, c’est une découverte incontournable qui laisse durablement une sensation amère une fois la dernière page tournée.

Pour information l’éditeur proposera en 2028, une version française du roman Boy Wonder, publié en 1988, une satire acérée de la star factory made in Hollywood.

[BOUQUINS] Anonyme (Bourbon Kid) – Noir Comme L’Enfer

Dans la petite ville de Désespoir, trois jeunes femmes ont été kidnappées. La police arrête un suspect. Surprise : son ADN correspond en tout point à celui de Jack l’Éventreur. Avant d’être interrogé, l’homme disparaît mystérieusement. Une seule personne semble en mesure de le retrouver : le Bourbon Kid, le tueur le plus impitoyable que la terre ait jamais porté.

Pendant ce temps, une femme-robot ressemblant trait pour trait à Jasmine, l’ex-prostituée tueuse de démons, commet des vols à main armée dans toute la région. Appelés à la rescousse, les Dead Hunters, vénérable confrérie de chasseurs sanguinaires, entrent dans la danse.

Toutes les pistes les conduisent bientôt vers le mystérieux strip-club d’une ville nommée Ténèbres, où plane l’ombre d’un revenant inattendu : Adolf Hitler himself !

Bourbon Kid, what else ?

D’autant que la quatrième de couv’ nous promet une intrigue encore plus barrée qu’à l’accoutumée.

Ami(e)s lecteurs et lectrices, préparez-vous : ce roman va vous révéler des vérités qu’aucun manuel d’Histoire n’osera jamais raconter. Et pour cause — même les historiens les plus chevronnés ignorent ces révélations explosives ! Imaginez un peu : vous allez enfin découvrir qui se cache derrière le cold case le plus célèbre du monde… Oui, Jack l’Éventreur en personne ! Et si cela ne suffisait pas à piquer votre curiosité, sachez que vous apprendrez aussi toute la vérité sur le suicide d’Hitler, et sur celui d’Eva Braun. Rien que ça.

Vous l’aurez compris : pour ce nouvel opus, notre mystérieux auteur Anonyme, alias le Bourbon Kid, place la barre très haut dans le grand art du portnawak assumé. Et c’est tant mieux, car c’est exactement ce que l’on vient chercher en ouvrant un roman de cette saga : du chaos jubilatoire, de l’action débridée et une bonne dose d’humour noir. Le côté complètement barré est non seulement assumé, mais fièrement revendiqué.

Quel plaisir de retrouver le Bourbon Kid, l’équipe des Dead Hunters au grand complet, Sanchez et Flake en tête, sans oublier Jacko, le gardien du Purgatoire et de l’Enfer, dont le rôle continue de s’étoffer au fil des tomes. L’auteur joue à fond la carte du fan service sans jamais tomber dans la redite : on retrouve le même cocktail explosif d’action (énormément d’action — et non, jamais trop !) et d’humour, qu’il s’agisse de dialogues lunaires ou de situations totalement improbables.

Dans le précédent roman, Kill the Rich, le thème du voyage dans le temps faisait déjà une apparition remarquée. Ici, il devient le cœur même de l’intrigue, avec un choix audacieux : renvoyer les personnages à la Fête de la Lune de Santa Mondega, six ans plus tôt. Autrement dit, pile au moment où tout a commencé, dans Le Livre sans Nom. Un retour aux sources malin et réjouissant, qui permet de revisiter les événements fondateurs avec un nouveau regard.

On constate aussi une évolution du Bourbon Kid : s’il reste fidèle à sa devise — « on tire d’abord, on discute après ! » — il semble s’être quelque peu assagi… ou du moins, plus réfléchi (tout est relatif).

Et puis vient la fin. Ce fameux mot, FIN (peut-être), qui clôt la plupart des romans du cycle et nous laisse toujours avec la même question : vraiment la fin ? À en juger par les dernières pages et la place grandissante du voyage temporel, on peut parier sans trop se tromper qu’Anonyme nous réserve encore quelques surprises infernales.

Bref, Noir Comme L’Enfer est un pur concentré de ce que la saga Bourbon Kid fait de mieux : du fun, du sang, et une bonne dose de déraison. Un défouloir littéraire aussi absurde qu’irrésistible, à consommer sans modération.

[BOUQUINS] Didier Fossey – Érèbe

Paris 2017. Depuis plusieurs semaines, des jeunes femmes travaillant dans des cabarets et bars de nuit de la capitale disparaissent mystérieusement.

Eneko Etxeparre, commandant de police à la BRP, s’intéresse à ces disparitions dans le cadre d’une enquête conjointe avec la brigade criminelle de Versailles.

Leurs investigations vont les mener très loin dans les ténèbres de la nuit parisienne, là où tout devient permis.

Didier Fossey oblige. Un auteur qui ne m’a jamais déçu, surtout quand il met en scène Boris Le Guenn et son groupe.

Quand un ancien se plonge dans le côté obscur des nuits parisiennes, ça promet de décoiffer !

On va commencer par un petit bémol de pure forme, la quatrième de couv’ est beaucoup trop « bavarde », c’est pourquoi j’ai pris le parti d’opérer des coupes franches dans sa retranscription.

Dans un premier temps on suit une équipe de la BRP Paris menée par le commandant Eneko Etxeparre. Un flic qui se consacre pleinement à son métier depuis la mort brutale de sa femme et de sa fille lors des attentats de novembre 2015.

Etxeparre et son groupe son spécialisés dans le monde de la nuit, ils s’assurent que les cabarets, discothèques et bars de la capitale ne se laissent pas aller à des dérives illégales.

C’est au cours d’une de ses « visites » que le gérant d’un cabaret l’informe de la disparition d’une de ses barmaids. Etxeparre va mettre son groupe sur le coup en off, afin de voir si ça débouche sur du concret.

Et du concret notre ami Etxeparre va en recevoir bien au-delà de ses attentes. Pour arrêter un tueur d’une perversité hors norme, la BRP va devoir s’associer à la BAC Paris et à la Crim’ Versailles.

Cerise sur le gâteau pour les fidèles lecteurs de Didier Fossey. V’là t’y pas que le commandant Boris Le Guenn et son groupe vont faire figure de guest stars. Je vous rassure tout de suite, pas question pour eux de faire de la figuration, ils vont s’impliquer pleinement dans cette enquête conjointe.

Pour info le titre du roman, Érèbe, est le pseudo utilisé par le grand méchant de l’histoire pour partager son « art » sur le Dark Net. Dans la mythologie grecque Érèbe désigne à la fois une divinité infernale née du chaos et la zone la plus obscure des Enfers.

Autant vous prévenir, les sévices qu’Érèbe inflige à ses victimes sont d’une violence inouïe, âmes sensibles s’abstenir !

Fidèle à son habitude Didier Fossey accorde un soin tout particulier à ses personnages. Pour chacun il développe un vécu et une personnalité unique. Forcément ce côté humain force l’empathie – ou l’antipathie selon l’effet recherché – du lecteur. J’ai tout particulièrement apprécié le binôme formé par Eneko Etxeparre et sa seconde de groupe Isabelle Danglard ; leurs personnalités opposées insufflent une réelle dynamique au récit.

On retrouve la même maîtrise dans le déroulé de son intrigue, imposant un rythme qui va crescendo – la dernière partie du récit mettra vos nerfs et votre palpitant à rude épreuve.  Une intrigue richement documentée du fait de l’expérience policière de l’auteur et des renforts pour le familiariser avec le monde de la nuit en région parisienne.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas dévoré un bouquin quasiment d’une traite (certes il n’est pas très épais, mais quand même). En refermant le bouquin je ne vous cacherai pas que j’espère bien retrouver Etxeparre et son équipe, nul doute que le monde de la nuit est un terrain de jeu prospère.

[BOUQUINS] Franck Chanloup – La Reine Des Apaches

La vie de Mathilde Latrouvé débute par treize ans d’indifférence et de froideur. De l’orphelinat, dont elle finit par s’enfuir, elle ne garde que son surnom : la Rouquine. Dure à cuire et remarquablement intelligente, la gamine devient bientôt la meneuse d’une bande d’apaches : les Loups de la Butte.

Ces voyous parisiens vivent d’arnaques et de vols, mais ils ont du panache, des idées, et surtout, ils sont solidaires à la vie à la mort. Alors quand Mathilde subit la sauvagerie de Valentin, chef d’un gang de proxénètes, on peut être sûr que la vengeance des Loups sera aussi impitoyable que violente. Quitte à plonger Paris dans le chaos.

Parce que je connais et suis Franck, via Facebook et la blogosphère, depuis de longues années.

Parce que son précédent roman, Les Enchaînés, m’avait fait forte impression.

Je remercie Franck Chanloup et les éditions Au Vent des Îles pour l’envoi de ce roman en service presse. Désolé pour ce retour tardif mais l’actualité calédonienne, doublé du rush des fêtes de fin d’année, ont retardé la publication de cette chronique.

Quand Franck m’a annoncé la sortie prochaine de son second roman, je m’attendais à retrouver Victor et ses amis pour la suite des Enchaînés. Je mentirai en disant que je n’ai pas ressenti une petite – et très brève – pointe de déception en découvrant qu’il changeait totalement d’univers à l’occasion de ce nouvel opus. Pas question pour autant de renoncer à suivre Franck dans cette nouvelle aventure littéraire.

Si j’ai mentionné la brièveté de cette insidieuse pointe de déception, c’est parce qu’elle s’est envolée dès la lecture des premières pages du roman. En effet, afin de coller à ses personnages et à son intrigue Franck adopte l’argot de Paname pour donner vie à son roman. C’est un véritable bonheur pour les amoureux de la langue française, et force est de reconnaitre que ça a plus de gueule que le babillage djeun’s d’aujourd’hui.

Si la forme est bel et bien au rendez-vous, le fond n’est pas en reste. Nul doute que vous ne resterez pas indifférent face à ce groupe d’apaches que sont les Loups de la Butte, certes ce sont des voyous – et pas des tendres – mais ils s’efforcent de rester fidèle à leur ligne de conduite – hors des clous, mais avec des limites – et de garder un certain panache. Ce qui va devenir de plus en plus évident au fur et à mesure que vous croiserez leurs rivaux.

Franck accorde beaucoup de soins à ses personnages, chaque Loup aura ainsi sa propre personnalité et son propre parcours de vie. A commencer bien entendu par leur chef de file, Mathilde. J’avoue avoir eu un faible pour Gros-Louis et Matthias, le petit nouveau de la bande.

L’intrigue aussi est à la hauteur de nos attentes, un long prologue vous invite à suivre les débuts de Mathilde, puis vous découvrirez le quotidien des Loups, entre affrontements entre gangs, cambriolages et autres roublardises. Franck met l’accent sur la cohésion du groupe et l’esprit de solidarité qui prime entre eux.

La vie d’une bande d’apaches n’est pas un long fleuve tranquille, surtout quand leurs rivaux s’associent pour leur faire payer au prix fort leurs précédentes victoires. C’est là que l’intrigue va devenir plus noire, voire prendre parfois une tournure franchement dramatique.

Vous l’aurez compris, la lecture de ce roman vous fera passer par un large panel d’émotions, du rire aux larmes selon la formule consacrée.

Je ne peux conclure cette chronique sans saluer le formidable travail de documentation de Franck, nul effort à fournir pour faire un bond dans le passé et découvrir la ville de Paris au début du XXe siècle. Immersion réussie sans la moindre fausse note.

Même si la présente intrigue se déroule bien loin de la Nouvelle-Calédonie, Franck s’autorise un clin d’œil au Caillou dans son roman.

On a raté le coche pour partager une mousse en terrasse, maintenant que tu vogues sous d’autres cieux et une nouvelle aventure professionnelle, on aura du mal à rattraper le coup. Il n’en reste pas moins que je répondrais présent sans la moindre hésitation à l’occasion de la sortie de ton prochain roman.

[BOUQUINS] Bernard Petit – Le Nerf De La Guerre

Le Patron, un homme respecté au Maroc, a monté son business sur le commerce du cannabis. En lien avec les producteurs locaux, il achemine la marchandise vers l’Europe. Mais aujourd’hui plus qu’hier, il faut savoir être inventif pour passer sous les radars de la police. Et pour ça, il peut compter sur Youssef, son bras droit et fils spirituel, celui à qui il destine son empire. Un homme discret, mesuré, à qui l’argent ne fait pas tourner la tête. Tout le contraire de Junior.

Celui-ci a rejoint le réseau pour gérer, depuis Paris, les flux d’argent générés par le trafic. Le problème, c’est que Junior appartient à cette génération qui ne respecte pas les règles établies. Fougueux, impatient, il déborde d’idées et d’ambition. Quitte à mettre en péril le fragile équilibre de toute cette organisation. Pourtant, dans leur monde, les conflits sont toujours mortels…

Parce que le précédent (et premier) roman de Bernard Petit, La Traque, m’avait fait forte impression. On y retrouve la touche unique des polars écrits par des anciens de la maison.

Je remercie les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Après un premier roman des plus aboutis et d’un réalisme bluffant, nous étions nombreux à attendre Bernard Petit au tournant du second roman. Force est de reconnaître que l’auteur relève haut la main le défi !

Jamais un roman ne m’a plongé au cœur du trafic de drogue avec autant de réalisme. Sous la plume hyper documentée de l’auteur, on découvre les méandres du trafic via ses différents acteurs. Un univers impitoyable où le moindre écart peut s’avérer mortel.

Pour tisser son intrigue Bernard Petit oppose deux visions du trafic de stupéfiant. Avec le sage Youssef d’un côté, qui préfère miser sur un réseau discret qui respecte les règles que le milieu a plus ou moins édictées au fil du temps. De l’autre se trouve le jeune et impétueux Junior, qui veut voir toujours plus grand et aller toujours plus loin, quitte à bafouer certaines de ces règles qu’il estime dépassées.

Tous les aspects du trafic sont abordés sans tabou dans ce roman. De l’acheminement à la revente en passant par le stockage et les divers montages financiers – de plus rudimentaire au plus élaboré – permettant à l’argent de passer sous les radars des autorités.

Bien entendu ces divers aspects plus ou moins techniques vont permettre au roman de se démarquer mais ce n’est pas non plus l’assurance d’avoir un bon thriller entre les mains. L’auteur nous concocte une intrigue largement à la hauteur de son important travail documentaire. Une intrigue qui m’a tenu en haleine quasiment de la première à la dernière page.

Une intrigue dans laquelle la police ne va intervenir que tardivement, mais le moins que l’on puisse dire c’est que leur apparition sera des plus remarquée. Les différents services impliqués vont unir leurs efforts pour mettre en place un plan particulièrement audacieux dans l’espoir de faire dérailler la mécanique parfaitement huilée qui leur fait face.

Les personnages sont particulièrement soignés, pas question de tomber dans le piège du manichéisme à deux balles où tout doit être noir ou blanc. Ici tout est nuancé, ainsi certains « méchants » vous apparaîtront comme plutôt sympathiques alors que d’autres demeureront de véritables pourritures sans foi ni loi.

Assez peu d’intervenants du côté des forces de l’ordre mais l’auteur en profite pour pointer du doigt des conditions de travail difficilement conciliables avec une vie sociale ou familiale. Un métier qui doit aussi composer avec un manque d’effectif et de moyens auquel viendront s’ajouter de nombreuses tracasseries administratives. Un métier qui va exiger beaucoup de ceux qui s’y engagent mais ne leur rendra pas grand-chose, surtout pas la reconnaissance.

Bernard Petit opte pour une approche très visuelle, sans fioriture. Il faut que ça claque comme un coup de feu et que ça fasse mouche instantanément. Un choix qui s’avérera payant, tant on aura du mal à lâcher le bouquin une fois qu’il nous aura ferré.

Pour l’anecdote, l’image de la couv’ renvoie à l’un des personnages du roman… et pas des moindres !

Avec ce roman l’auteur signe un sans faute captivant et fascinant de bout en bout. Je frétille déjà d’impatience dans l’attente du prochain roman de Bernard Petit.

[BOUQUINS] J0 Nesbo – Éclipse Totale

À Oslo, deux jeunes femmes sont retrouvées, l’une sans cerveau, l’autre décapitée.

Soupçonné, l’exécrable Markus Røed, magnat de l’immobilier, charge son avocat d’engager un détective, le meilleur, pour le disculper.

Hole, exclu de la police, serait l’homme de la situation s’il n’était en train de se soûler méthodiquement dans un bar de Los Angeles en compagnie de Lucille, actrice vieillissante qui doit 960 000 dollars à des recouvreurs de dette mexicains.

Pour sauver son amie, Harry accepte l’offre de Røed. À ce tarif. Il a dix jours devant lui pour rentrer affronter ses démons, trouver le coupable et envoyer l’argent.

Harry Hole, what else ? Un rendez-vous nordique incontournable, reste à savoir si cette treizième enquête sera placée sous le signe de la chance ou pas…

Dès l’ouverture du bouquin, on retrouve Harry Hole dans un bar de Los Angeles, en mode Leaving Las Vegas (le film de Mike Figgis, adapté du roman de John O’Brien). Même si Hole n’est pas vraiment l’archétype du bon samaritain, c’est pourtant en se mêlant   – activement – d’une affaire qui ne le regarde pas qu’il va devoir revoir ses plans et rentrer en Norvège… pour notre plus grand plaisir (on va pas se mentir) !

N’ayant aucun mandat officiel, Hole va s’entourer d’amis de confiance pour l’aider à avancer dans une affaire qui s’annonce bien plus complexe que prévu. Il va ainsi faire équipe avec Stale Aune, ancien psychologue et consultant pour la police, actuellement hospitalisé (c’est d’ailleurs sa chambre d’hôpital qui servira de QG à l’équipe), Oyesten Eikeland, ami d’enfance et chauffeur de taxi qui traîne dans des combines pas toujours très légales et Truls Bernsten, policier soupçonné de corruption et de détournement de preuves… une fine équipe, n’est-il pas ?

Même si Harry Hole n’œuvre pas en tant que policier sur cette affaire de double meurtre, pas question pour lui de piétiner les plates-bandes de ses anciens collègues. Il envisage plutôt une collaboration gagnant-gagnant. C’est ainsi qu’il pourra compter sur l’aide de Katrine Bratt, responsable du groupe d’enquête, et de la légiste Alexandra Sturdza.

C’est avec un réel plaisir que j’ai retrouvé tous ces personnages déjà croisés dans les précédentes enquêtes de Harry Hole. Même si ce brave Harry est loin d’être un aussi exemple de sobriété, au fil des chapitres il tente, avec plus ou moins de succès, de combattre ses démons intérieurs et résister à l’appel du Jim Beam. On va aussi découvrir Harry endossant le costume de « oncle Hallik » quand il s’occupera de Gert, le fils de Katrine.

Il faut dire que tout ce petit monde ne sera pas de trop pour contrecarrer les plans d’un tueur dont le mode opératoire dépasse l’entendement. À éviter pendant les repas… sinon je ne réponds de rien quant au risque de retour à l’envoyeur.

Les habitués le savent, Jo Nesbo est un pervers qui n’hésite pas à malmener ses personnages et à jouer avec les nerfs de ses lecteurs. Une fois de plus il prendra un malin plaisir à orienter le lecteur vers des suspects potentiels, sans jamais qu’il ne nous soit possible de trancher sur la culpabilité de l’un ou de l’autre…

Son psychopathe du moment prend aussi un certain plaisir à lancer les enquêteurs sur de fausses pistes. Il saura faire montre d’un redoutable sens de l’adaptation quand son plan ne prendra pas la direction souhaitée, en deux temps et trois mouvements (accessoirement une victime de plus) il retournera la situation en sa faveur.

Impossible de faire l’impasse sur le personnage de Markus Roed, l’employeur de Hole. Ce type apparaît dès le départ comme détestable au plus haut point, et plus on découvrira sa face cachée, plus il deviendra franchement exécrable.

Un retour gagnant sous le feu des projecteurs pour Harry Hole, mais gageons qu’il n’aura guère le temps de savourer cette victoire au goût amer. La fin du roman laisse en effet entendre qu’il va rapidement se retrouver face à un nouveau défi.

Au cas où certains en douteraient encore, Jo Nesbo confirme sa place au top du top dans le vaste monde du polar nordique, et même du polar tout simplement. Je pense pouvoir affirmer sans me tromper que de tous les personnages récurrents de romans policiers, Harry Hole est celui qui a ma préférence.

[BOUQUINS] Robert McCammon – Swan Song – La Glace Et Le Feu

Sept années ont passé, l’holocauste nucléaire a obscurci le ciel d’un voile de poussière et recouvert la terre d’un linceul de neige grise, cédant la place à un hiver sans fin dont les mâchoires gelées se referment lentement, mais inexorablement sur la planète entière.

Et dans ce monde d’après, les hommes continuent à s’entredéchirer, pour les ressources, pour le pouvoir, par pure folie.

Néanmoins l’espoir subsiste, infime, précieux, dans des amitiés improbables nées d’une lutte commune pour la survie, dans l’éclat fascinant d’un anneau de verre aux couleurs étincelantes et qui semble révéler à ceux qui le touchent un monde idyllique. Dans les mains d’une jeune fille capable de faire renaître ce qui semblait définitivement mort.

Dans ce monde à l’agonie, le moment est venu de savoir si un nouveau printemps est possible.

Parce que c’est la suite de Swan Song, une suite qui nous fait faire un bon dans le temps de sept années après les événements décrits dans le premier opus du diptyque.

Sept années se sont écoulées depuis que le monde a été dévasté par le feu atomique, sept années d’un hiver nucléaire qui a rendu la nature hostile et où survivre est un combat au quotidien pour les quelques rescapés de la folie des hommes.

On retrouve Josh et Swan, tous deux lourdement marqués par les radiations, qui sillonnent le pays, de colonie en colonie, en compagnie de Rusty, du chien Killer et du cheval Mulet.

Sister et Paul suivent tant bien que mal les images que l’anneau de cristal transmet à Sister. Elle est désormais convaincue qu’elle doit retrouver Swan, mais pas facile de suivre une piste aussi diffuse.

Le colonel Macklin et Roland n’ont de cesse de grossir les rangs et les stocks de leur Armée de l’Excellence ; tant pis si pour y parvenir ils doivent piller les colonies qu’ils croisent et tuer tout individu susceptible de représenter une menace.

De son côté l’homme à l’œil écarlate, ainsi que le surnomme Swan, continue de traquer inlassablement Sister et son anneau, plus déterminé que jamais à détruire cette chose qu’il ne connaît pas et qui lui fait redouter le pire.

Le pire, pour celui qui pourrait bien être le Diable en personne, est que l’espoir refasse surface des profondeurs. Cet anneau et Swan pourraient bien être les vecteurs de cet espoir…

Ce second opus est encore plus glauque que le précédent, il faut dire qu’à la survie à proprement parler va s’ajouter un combat entre le Bien et le Mal qui va, plus que jamais, prendre des dimensions mystiques, voire bibliques.

À l’instar du Fléau de Stephen King (publié une première fois en 1977 et réédité en 1990 dans une édition intégrale et révisée), Robert McCammon opte pour un manichéisme assumé, pour ne pas dire revendiqué.

Un second opus qui vous réservera encore bien des surprises (bonnes ou mauvaises) avec son lot de morts violentes. Mais qui vous permettra aussi de faire de belles rencontres avec de nouveaux personnages, notamment Robin et Glory.

Mais le maître-mot de ce second opus reste l’espoir malgré la noirceur et la violence quasi omniprésentes. Un espoir qui se conjugue au féminin et qui pourrait bien donner une seconde chance à l’Humanité… Reste à savoir si elle saura la saisir.

Les chapitres courts et l’écriture directe de Robert McCammon permettent de maintenir le rythme et l’intensité, surtout au cœur des phases d’action (et elles sont nombreuses).

D’ores et déjà je peux affirmer que Swan Song restera l’une des plus belles découvertes littéraires de cette année 2023, une œuvre majeure dans le registre post-apocalyptique.

Je serai tenté d’interpréter le titre de deux manières, la plus évidente étant l’odyssée de Swan (la chanson de Swan), la seconde étant le chant du cygne de l’humanité avant son extinction… ou sa renaissance. Mais ça n’engage que moi.

[BOUQUINS] Robert McCammon – Swan Song – le Feu Et La Glace

Missiles et fusées se croisent dans le ciel et font s’abattre sur la terre des tornades de feu. Un vent terrible se lève, les poussières radioactives voilent le soleil, la vie telle qu’on la connaît va s’achever.

Dans une plaine déserte du Kansas brûlée par le feu nucléaire, Josh, une force de la nature, se voit confier une mission par un vieillard mourant : ­protéger une enfant.

Dans les décombres d’un New York annihilé par les bombes, une sans-abri à moitié folle découvre un étrange anneau de verre.

Dans les ruines souterraines d’un camp survivaliste des montagnes de l’Idaho, un adolescent apprend à tuer…

Je connaissais Swan Song de nom et de réputation, il faut dire que pour beaucoup il se classe parmi le must-have du roman post-apocalyptique. Top dans lequel on retrouve quelques titres incontournables tels que Le Fléau de Stephen King, La Route de Cormac McCarthy, Je Suis Une Légende de Richard Matheson, World War Z de Max Brooks ou encore La Planète Des Singes de Pierre Boulle.

Un grand merci à Monsieur Toussaint Louverture qui nous permet enfin, 36 ans après sa publication, de découvrir ce titre dans sa version française.

Publié outre Atlantique en 1987, Swan Song est considéré comme l’une des œuvres majeures de Robert McCammon et même comme un des meilleurs romans post-apocalyptiques. Le public francophone aura dû s’armer de patience pour pouvoir, 36 ans plus tard, découvrir l’œuvre dans sa version française.

Un grand merci aux éditions Monsieur Toussaint Louverture qui nous propose une version française déclinée en deux tomes, chacun bénéficiant d’une couverture magnifique (félicitations à l’illustrateur, Bernard Khattou).

Un petit mot sur l’époque de publication du roman, en 1987. Sur le plan des relations internationales la Guerre Froide oppose encore les blocs Ouest (avec les États-Unis en tête de file) et Est (mené par l’URSS), bien que lointaine la menace nucléaire reste une réalité.

D’un point de vue technologique, nous étions bien loin du monde 2.0 que nous connaissons quasiment tous aujourd’hui… mais cela n’est pas un problème puisque le feu nucléaire sonnera le glas de toute technologie.

Après une première partie qui pose le décor et les personnages principaux, une guerre nucléaire totale ravage la planète (Qui a tiré le premier ? On ne le saura jamais… pour ce que ça change). Après avoir assisté à la destruction des États-Unis, Robert McCammon nous plonge au cœur de l’hiver nucléaire qui suivra.

Au niveau des personnages, on découvre – par ordre d’entrée en scène –, Sister Creep une SDF un peu fêlée qui prêche (dans le vide) dans les rues de Manhattan ; Josh Hutchins, un catcheur d’une taille impressionnante qui fait route vers le Kansas pour un prochain combat ; Darleen Prescott et sa fille Swan qui font aussi route vers le Kansas en espérant des lendemains meilleurs et enfin les époux Croninger et leur fils Roland qui s’offrent un séjour survivaliste dans un bunker sous les montagnes de l’Idaho.

Au final nous serons amenés à suivre Josh et Swan qui après une rencontre fortuite ont miraculeusement survécu à l’holocauste, Sister Creep qui s’est liée d’amitié avec un autre survivant de Manhattan, Artie, et Roland Croninger qui échappera à l’enfer du bunker dévasté en compagnie du colonel Macklin, un vétéran du Vietnam (1987, rappelez-vous…) considéré comme un héros de guerre.

Nous suivrons ces personnages au fil de leurs errances dans un monde dévasté qui leur est désormais inconnu, leur caractère et leur personnalité se forgeront au fil des épreuves et des rencontres – parfois bonnes, souvent mauvaises. Chez certains cette nouvelle donne fera ressortir ce qu’ils ont de meilleur, chez d’autres ce sera au contraire l’occasion de laisser s’exprimer leurs instincts les plus primaires.

C’est justement par cette opposition quasi manichéenne entre le bien et le mal que le roman m’a parfois fait penser au Fléau de Stephen King (que je considère comme une œuvre culte du genre), mais attention malgré cette similitude dans le traitement des personnages, les deux romans sont radicalement différents.

Robert McCammon a un incroyable talent de conteur pour nous plonger au cœur de ce monde ravagé, et pour nous faire vivre les événements en nous mettant dans la peau de ses personnages. Un récit façon point of view avant l’heure…

J’ai été tellement emballé par cette lecture que je comptais enchaîner directement avec le tome 2, finalement, comme cette suite se déroule 7 ans après les événements que l’on vient de découvrir, je vais m’autoriser un court break avant de revenir à la charge.

On fustige souvent les éditeurs français qui découpent en plusieurs tomes un récit publié initialement en un seul volume – et je suis souvent de ceux que cette manœuvre bassement commerciale fait rager –, mais en l’occurrence le découpage du récit permet une édition en deux tomes sans que cela ne pénalise pas outre mesure le lecteur (qui devra tout de même payer deux bouquins pour connaître la fin de l’histoire).

Swan Song a remporté la première édition (1987) du prix Bram-Stoker du meilleur roman (à égalité avec Misery de Stephen King) . Prix décerné par les auteurs de la Horror Writers Association qui récompense les œuvres de dark fantasy ou d’horreur dans différentes catégories (meilleur roman, meilleur premier roman, meilleur recueil de nouvelles…).

Pour l’anecdote les lecteurs francophones de Robert McCammon ne sont pas les mieux lotis. Les éditions Bragelonne ont publié en 2008 les deux premiers titres de la série Le Chant De l’Oiseau De Nuit avec Matthew Corbett comme héros récurrent et depuis silence radio… À ce jour la série compte neuf tomes en VO.

De nombreux autres titres restent inédits en langue française.

[BOUQUINS] Anonyme – Kill The Rich !

Alors que les chefs d’état et les puissants de ce monde se font décimer, les Dead Hunters sont sur tous les fronts. Séparés sur plusieurs missions, ils vont se retrouver pris pour cible par des adversaires divers et variés.

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est une nouvelle aventure du Bourbon Kid et des Dead Hunters… même si j’avais refermé le précédent opus, Santa Mondega, avec un ressenti mitigé.

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée… et l’occasion de découvrir ce roman en avant-première.

Après la lecture de Santa Mondega je me suis dit qu’il était peut-être temps pour le Bourbon Kid et les Dead Hunters de raccrocher les armes et de profiter d’une retraite amplement méritée. Une façon polie de dire que l’idée, originale et audacieuse au départ, commençait à s’user même si l’intrigue conservait son côté déjanté.

Ce cher Anonyme – toujours aussi anonyme qu’au premier jour – a su, dès les premiers chapitres balayés mes doutes. Il faut dire que ça commence très fort et que rapidement il nous inflige un premier choc totalement inattendu. Genre de truc qui te laisse la gueule ouverte à te dire : « Oh non ! Il n’a pas pu faire un truc pareil… pas lui /elle, il/ elle ne peut pas mourir comme ça ! » Hé bin si ! Et ce n’est que le début…

L’auteur opte pour un arc narratif totalement inédit. C’est en effet au Purgatoire que vont se retrouver les Dead Hunter et se raconter alternativement leurs missions respectives. Le fil rouge se mettra alors progressivement en place.

Il faut dire qu’entre des agents du gouvernement déterminés à en finir avec eux, des bikers susceptibles, des vampires invisibles et des atlantes pédophiles, nos chasseurs de primes préférés n’auront pas vraiment le temps de chômer et devront affronter bien des épreuves qui ne les laisseront pas indemnes.

Si vous pensiez tout connaître des Dead Hunters, je peux vous assurer que l’auteur saura vous surprendre en révélant des facettes inédites de ses personnages, à commencer par le Bourbon Kid. Même le lecteur le plus avisé se laissera surprendre.

Si l’intrigue reste globalement toujours aussi déjantée, elle gagne aussi en profondeur par rapport aux autres romans de la saga. Certains revirements de situation ne manqueront de vous surprendre. Anonyme semble prendre un malin plaisir à jouer avec les nerfs des lecteurs tandis qu’il malmène les Dead Hunters.

Cerise sur le gâteau, on retrouve, le temps d’un chapitre, un des personnages emblématiques de la saga. Un personnage qui avait tiré sa révérence depuis déjà quelques temps.

Pour l’anecdote le roman se termine par le désormais traditionnel FIN (peut-être…). Un indice d’un futur retour du Bourbon Kid ou une fausse piste ? Tout est possible, pour rappel Santa Mondega s’achevait sur un simple FIN, laissant songer que la saga était bel et bien terminée.

Qui vivra verra, en attendant je vous confirme qu’avec Kill The Rich ! les Dead Hunters signent un retour gagnant.