Incroyable mais vrai… J’ai réussi à patienter 7 jours après son achat (le temps de finir ma lecture en cours, heureusement fort addictive) avant de me plonger dans Revival, la seconde cuvée 2015 de Stephen King. Une volonté de fer qui ne cesse de m’étonner… d’autant que je n’ai pas été aidé par certains vils tentateurs ! N’est-ce pas Yvan ?
Jamie Morton n’est qu’un gamin de six ans quand il fait la connaissance du révérend Jacobs. Un drame les séparera, puis les chemins chaotiques du destin les fera se croiser à nouveau. Dès lors plus rien ne sera jamais comme avant pour Jamie Morton…
D’entrée de jeu le King annonce la couleur en dédiant son récit à Mary Shelley, Bram Stoker et H.P. Lovecraft… pour ne citer que les trois premiers noms d’une longue liste. Forcément il y a de quoi baver, bien davantage encore que ce brave Cujo au summum de ses crises enragées !
On découvre un récit à la première qui s’étale du début des années 60 à nos jours, un chassé croisé entre les chemins de Jamie Morton (le narrateur) et de Charles Jacobs au fil de leurs rencontres. A vrai dire au départ on se demande bien où l’auteur veut nous amener ; mais on se docilement laisse entraîner par les talents de conteur du King… et la promesse annoncée par une phrase de Jamie : « Quand je pense à Charles Jacobs – mon cinquième emploi, mon élément perturbateur, ma némésis –, je ne peux supporter de croire que sa présence dans ma vie ait eu quoi que ce soit à voir avec le destin. Cela voudrait dire que toutes ces choses terribles – ces horreurs – devaient arriver. »
Le moins que l’on puisse dire c’est que le King prend son temps dans son bouquin, si vous espérez de brusques poussées d’adrénaline alors passez votre chemin. Il faut quasiment attendre la seconde partie du bouquin pour voir un soupçon de fantastique pointer le bout de son nez. Et longtemps l’aspect fantastique du récit ne sera que la toile de fond.
Et pourtant à aucun moment je n’ai eu envie de refermer le bouquin pour passer à autre chose. D’une part parce que cette simple idée me semble totalement inconcevable pour l’inconditionnel du King que je suis. Mais aussi et surtout parce que l’auteur parvient à maintenir notre intérêt en éveil par quelques trouvailles bien senties. A ce titre le Terrible Sermon du Révérend Jacobs est un moment d’anthologie, pour l’indécrottable athée que je suis ce fut presque jouissif de découvrir ces phrases sorties de la bouche d’un cul-bénit en soutane ! Je n’en dirai pas plus sur le sujet afin de laisser intact le plaisir de la découverte.
Comme souvent avec le King on retrouve certaines références à ses romans précédents, ici c’est Joyland qui est mis en avant. Et ça tombe plutôt bien parce qu’on y retrouve la même ambiance et plus ou moins la même architecture dans le récit (bien que les deux intrigues soient radicalement différentes).
A ceux et celles (si si, il y en a… j’en connais même certains) qui ont refermé ce bouquin avant la fin, je ne peux que vous recommander de tenter l’expérience ultérieurement et de persévérer encore et encore (ce n’est pas non plus un calvaire) jusqu’au final grandiose (je m’attendais à un truc du genre mais j’ai quand même été bluffé).
Athée de mon état je suis convaincu qu’après ma mort il ne restera que mes cendres à foutre à la poubelle. La vie après la mort ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, pas plus que les notions de paradis et d’enfer. En tout cas l’après-mort que nous propose de découvrir le King dans son roman ne donne vraiment pas envie de faire le grand saut !
Parmi les auteurs cités dans sa dédicace le King mentionne Robert Bloch, dans le roman il est souvent fait état de Ludwig Prinn et de son grimoire De Vermiis Mysteriis, tous deux créés de toute pièce par Bloch (le grimoire est d’ailleurs aussi cité par Lovecraft et fait partie intégrante du Mythe de Cthulhu). Un bel hommage à ses aînés et muses.
Dédicace qui a aussi éveillé ma curiosité à propos du roman, Le Grand Dieu Pan, de Arthur Machen ; bouquin qui aurait hanté la vie de Stephen King. Il va falloir que je me penche sérieusement (et rapidement) sur la question…
Étiquette : Littérature américaine
[BOUQUINS] George, Elizabeth – Juste Une Mauvaise Action
Je poursuis mon Challenge retrouvailles au rythme de croisière que je me suis imposé, grosso modo je m’impose une alternance entre un bouquin du challenge et d’autres bouquins… avec toutefois une certaine souplesse. Direction l’Angleterre cette fois, pour y retrouver l’inspecteur Lynley et sa dix huitième enquête, Juste Une Mauvaise Action, toujours sous la plume d’Elizabeth George.
Azhar, le voisin et ami de Barbara Havers est dévasté, sa compagne s’est fait la malle avec leur fille. Le pire étant que la police ne peut intervenir, Azhar n’a en effet aucun droit sur la gamine. Cinq mois plus tard la compagne de Azhar est de retour à Londres, leur fille a disparu alors qu’ils s’étaient installés en Toscane. L’affaire parvient « malencontreusement » aux oreilles de la presse, Scotland Yard n’a d’autre choix que de dépêcher l’inspecteur Lynley sur place pour une enquête conjointe avec son homologue italien…
C’est ma troisième rencontre avec l’inspecteur Lynley et je dois reconnaître que les précédentes m’avaient fait forte impression. Oubliez les thrillers dopés à l’adrénaline, ici on est dans le polar dans la plus pure tradition british (même si l’auteure est américaine), il faudra se montrer patient avant que les différentes pièces du puzzle ne s’assemblent.
Pour être tout à fait franc j’ai été quelque peu déconcerté par le début, pas d’enquête policière, juste les états d’âmes de Barbara Havers et de Azhar. OK, ça s’engage plutôt mal… 700 pages à ce rythme ça va être foutrement long à lire ! Mais c’était sans compter sur le génie d’Elizabeth George, d’un coup sa mécanique machiavélique se met en branle. Enfin une vraie enquête démarre ! Quand son dénouement semble approcher on s’aperçoit que l’on en est à peine à la moitié du bouquin… L’auteure nous réserve encore bien des surprises et prend un malin plaisir à nous égarer sur de fausses pistes. Et Dieu sait que les questions et remises en question ne manqueront pas au fil des pages !
Dans cette nouvelle affaire le sergent Barbara Havers est largement mise à contribution car elle se sent personnellement impliquée. Le hic c’est qu’elle a la finesse et la délicatesse d’un troupeau d’éléphants enragés lâché dans une plantation de baobabs ! En l’occurrence elle multiplie les erreurs, les mauvais choix, et les négligences au point que même Lynley ne sait plus s’il pourra couvrir ses conneries : « Je viens d’avoir avec elle une conversation qui m’a perturbé. Pourtant depuis que je la connais, j’en ai eu, des occasions d’être perturbé par elle, vous ne pouvez pas savoir. Mais là, c’est trop pour moi. » Ou encore : « Elle était intelligente, certes, mais la moitié du temps ne se servait pas de son cerveau. Et quand elle s’en servait, c’était souvent pour faire n’importe quoi. Comme maintenant. » On en arrive presque à attendre avec impatience le retour de manivelle tant elle semble se montrer stupide et bornée (bin oui, mon empathie est plus limitée que celle de Lynley). Mais même notre flegmatique inspecteur (et de fait nous aussi) doit bien avouer Barbara Havers a d’indéniables qualités : « Et pourtant… Quand elle était sur une enquête, elle s’y plongeait tout entière et donnait le meilleur d’elle-même. Elle n’avait jamais peur de tenir tête à quelqu’un dont elle ne partageait pas l’opinion. Elle ne faisait jamais passer ses chances de promotion avant la résolution d’une affaire. Et quand elle tenait ce qu’elle pensait être une piste, on ne pouvait pas plus la lui faire lâcher qu’à un pitbull un morceau de steak. Son esprit frondeur et sa faculté à ne se laisser démonter par personne, si haut placé que soit ce personne… En un mot, Barbara était hors normes, et c’était exactement le genre d’officier dont on avait besoin dans une équipe. » Retour de boomerang en pleine gueule ou pas ? Sur ce coup je resterai muet comme une carpe catatonique.
D’un autre côté il faut bien reconnaître que tout joue contre le principal suspect, d’autant que lui aussi n’a pas brillé par son intelligence dans certains de ses choix. Si j’étais dans un jury je le condamnerai sans la moindre hésitation, il a le profil idéal pour avoir commis ce dont on l’accuse. Mais dans un roman d’Elizabeth George je me dis qu’il y a forcément anguille sous roche, sous sa plume les évidences sont généralement trompeuses. Mais bon si ce n’est lui alors qui ? Pourquoi ? Et surtout comment ? Ne comptez pas sur votre vieille carpe catatonique pour lever le voile sur ces questions.
Vous l’aurez compris, une fois de plus l’auteure nous a mitonné un polar so british totalement maîtrisé, il va sans dire que j’aurai plaisir à retrouver l’inspecteur Lynley pour sa prochaine enquête.
L’auteure porte un regard plutôt critique sur le système judiciaire italien, je ne sais pas si tout est rigoureusement exact (je suppose que oui), mais si je devais séjourner en Italie (ce qui me semble fort peu probable) j’éviterai consciencieusement d’attirer l’attention des flics sur moi.
Petit bémol sur la forme plus que sur le fond. Je sais bien qu’une partie de l’action se déroule en Toscane, mais étail-il vraiment nécessaire de multiplier les phrases en italien ? La simple mention que le dialogue se déroulait en italien eut été suffisant. Si demain Lynley est envoyé au Japon ou à Moscou nous aurons le droit à des phrases entières écrites en barreaux de chaises (kanji, hiraganas et katakanas) ou en cyrillique ??? Certes ça donne une touche d’exotisme mais personnellement je considère cela comme étant plus pénible qu’autre chose.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Barry Lancet – Japantown
Je reste dans l’exotisme mais nettement plus contemporain avec Japantown de Barry Lancet, un thriller publié chez Bragelonne qui se déroule entre San Francisco et Tokyo.
Jim Brodie, antiquaire et détective privé, est appelé sur un scène de crime; Sur place, cinq morts, trois adultes et deux enfants, massacré à l’arme automatique. Pas de témoin, pas d’indice, hormis un kanji qui renvoie Brodie cinq ans en arrière. Le même kanji avait été trouvé sur les lieux de l’incendie dans lequel sa femme a péri ; à l’époque la police avait conclu à un accident. Ce mystérieux kanji pourrait bien relancer l’affaire, au moins pour Brodie…
Barry Lancet signe là son premier roman et introduit le personnage de Jim Brodie, qui sera aussi le héros de son second roman Tokyo Kill. Comme son personnage, l’auteur a vécu au Japon et a épousé une japonaise qui n’a, heureusement, pas connu le même sort que la femme de Jim Brodie. De fait il a eu le temps de s’imprégner de la culture et de l’Histoire du pays du soleil levant, ce que l’on ressent pleinement à la lecture de ce roman.
Toutefois ne vous attendez à une promenade zen dans les rues de San Francisco et de Tokyo ; attachez votre ceinture ça va secouer ! Dès les premières pages l’auteur affiche la couleur, il vous plonge au coeur de l’action et ça va aller crescendo sans une minute de répit. Une intrigue menée à toute berzingue et truffée de rebondissements, rien à redire Barry Lancet maîtrise les bases qui permettent de concocter un thriller haut de gamme.
Outre l’intrigue ce bouquin repose aussi sur les épaules de Jim Brodie. Curieux mélange d’antiquaire spécialisé dans l’art asiatique et de détective privé, occasionnellement appelé comme consultant pour le SFPD. Il élève seul sa fille de six ans, sa seule famille. Un type posé à qui il vaut mieux ne pas chercher de noises, le bonhomme étant adepte des arts martiaux (karaté, judo et taekwondo… avec un soupçon de combat de rue) et excellent tireur. Présenté comme ça on serait tenté de supposer que nous sommes en présence d’un énième détective indestructible dont raffole la littérature policière américaine ; que nenni ! Brodie est bien plus complexe et surtout profondément humain.
D’autre part Brodie n’est pas du genre à foncer tête baissée seule contre tous, il a bien conscience d’être encore novice en matière d’enquêtes sur le terrain. A San Franciso il peut compter sur le soutien du SFPD, et notamment celui du lieutenant Renna qui, au fil du temps, est devenu un véritable ami. A Tokyo, c’est toute l’équipe de Brodie Security qui assurera ses arrières ; d’autant qu’il fait équipe avec Noda, détective en chef de l’agence tokyoïte.
L’enquête va pousser Brodie à se frotter à Soga, une organisation criminelle de grande envergure qui forme et utilise des la crème de la crème des tueurs, pour le compte de richissimes clients ou pour protéger son anonymat. Organisation heureusement fictive…
Un thriller parfaitement maîtrisé, passionnant et hautement addictif. Il ne fait aucun doute que je lirai Tokyo Kill prochainement et que j’aurai plaisir à retrouver Jim Brodie.
MON VERDICT

[BOUQUINS] George R.R. Martin – Le Trône De Fer : Intégrale 5
J’avais misé sur un Challenge retrouvailles 100% numérique mais finalement il faudra compter avec un hôte papier : Le Trône De Fer : Intégrale 5 de George R.R. Martin. A vrai dire j’ai lu ce bouquin en alternance entre la version papier (80%) et la version numérique (20%) ; ce n’est donc qu’une entorse partielle à mon projet initial.
Sur le Mur Jon Snow doit composer avec les armées de Stannis et les prisonniers sauvageons. Devant la menace de l’arrivée des Autres et d’une possible nouvelle attaque sauvageonne, le commandant de la Garde de Nuit va tout faire pour grossir les rangs de ses troupes et fortifier leurs positions. Tyrion, en fuite, navigue vers les Cités Libres où il espère rencontrer Daenerys Targaryen. Mais à Meereen la situation est compliquée pour Daenerys, elle doit faire face à de nombreux ennemis, à l’intérieur de la ville, comme à l’extérieur…
Ce cinquième opus de l’intégrale regroupe les volumes 13 à 15 de la série, soit, Le Bûcher D’un Roi, Les Dragons De Meereen et Une Danse Avec Les Dragons. Il ne s’inscrit pas complètement comme une suite directe du volume précédent ; la majeure partie du récit se déroule en parallèle des événements décrits dans l’Intégrale 4, se concentrant sur Le Mur et les Cités Libres (les grands absents du précédent opus). Il faut attendre les derniers chapitres pour connaître la suite directe de l’intrigue.
Ce cinquième volume se caractérise aussi par un changement de traducteur, Patrick Marcel succède ainsi à Jean Sola. Le style de Patrick Marcel serait plus proche de l’original… p’t’êt’ bin qu’oui, p’t’êt’ bin qu’non, une chose est certaine je préfère la traduction de Jean Sola, mais je pense que c’est surtout une question d’habitude.
Même si la majeure partie de bouquin se concentre uniquement sur le Mur et Meereen cela n’empêche pas l’auteur de nous proposer une intrigue toujours aussi dense et riche en rebondissements (et complots divers et variés). Par contre nous ne croisons que peu de nouveaux visages, du moins pas parmi les personnages jouant un rôle décisif dans le déroulement de l’intrigue.
Par contre au niveau des disparitions attendez vous à un choc au moins aussi violent que le fut la mort de Ned Stark à la fin du premier opus. Un personnage majeur de la saga va connaître une fin brutale (Il ne sentit jamais le quatrième poignard. Rien que le froid…) dans les derniers chapitres du bouquin. Je n’en dirai pas plus mais ça a déjà fait un tel buzz sur le Net (même Barrack Obama s’en est indigné) que peu de monde doit encore ignorer l’identité du mort.
C’est toujours aussi jouissif (et parfois rageant) à lire même si le dénouement semble encore lointain. On avance (lentement) souvent mais parfois on recule… Bref on n’en finit pas de se poser des questions, mais ça n’a rien de frustrant, loin s’en faut.
La frustration viendrait plutôt de l’attente pour connaître la suite ; d’autant plus que globalement, à la fin de ce volume, de nombreux personnages se retrouvent soit en fâcheuse posture, soit à un tournant décisif de leur parcours. Le sixième opus devrait sortir courant 2016 aux Etats-Unis, on peut espérer les trois volumes en français entre 2017 et 2018, quant à l’intégrale J’ai Lu faudrait plutôt compter sur l’horizon 2020. Quant à l’ultime (je l’espère vivement) opus on peut se livrer au même type de calcul en misant sur une sortie américaine entre 2021 et 2022…
Mais je crois que le plus frustrant reste de savoir que la série TV prendra naturellement de l’avance sur les romans. Le tournage de la saison 6 devrait débuter prochainement, à raison d’une saison annuelle pour un total de 9 saisons, le clap de fin devrait être pour 2018 avec une diffusion en France en 2019. Il est vrai que la série prend quelques libertés avec les romans, mais étant donné que GRR Martin a déjà indiqué aux showrunners les grandes lignes du scénario, il ne devrait pas y avoir de différences majeures quant à l’évolution de l’intrigue.
Je m’étais engagé à lire ce cinquième opus avant de visionner la cinquième saison de la série (qui repose bien au chaud sur mon disque dur depuis déjà un moment), je vais donc pouvoir m’y mettre très prochainement. Par contre pour les saisons suivantes je doute fort de prendre le même engagement…
MON VERDICT

[BOUQUINS] Brandon Sanderson – Elantris
Comme vous le savez peut être il m’arrive de participer à des Book Club (ou lectures communes en français), à vrai dire j’anime même la rubrique sur un forum dédié aux livres et à la littérature ; chaque mois on vote pour un genre puis pour un titre parmi ceux proposés par les participants. Bref, tout ça pour vous dire que l’heureux élu du mois d’août fut le roman Elantris de Robert Sanderson.
Sarène, princesse du Téod, arrive dans la cité de Kaë afin d’y épouser Raoden, prince d’Arélon. Sauf qu’à son arrivée on lui annonce que le prince vient de mourir suite à une maladie fulgurante. Sarène refuse de croire en la version officielle et décide de mener sa propre enquête. Et si la réponse se trouvait à Elantris, jadis cité mystique, aujourd’hui maudite…
Avant de commencer ma chronique à proprement parler je vais essayer de poser le contexte ne quelques lignes. Les provinces d’Opélon tombent une à une sous le joug du fanatisme religieux et de la tyrannie impériale de Fjorden ; seule Arélon résiste encore à l’invasion. D’où l’idée de ce mariage princier qui forgerait par la même occase une alliance avec la province du Téod, capitale de Sycla… Comme vous pouvez fort justement le supposer complots politiques et religieux seront de la partie !
Plutôt que de nous assommer de notions géopolitiques et religieuses propres à l’univers qu’il a créé, Brandon Sanderson prend son temps pour les exposer tout en les intégrant directement à son intrigue. De fait je reconnais volontiers que le début du roman est lent mais il n’est en rien indigeste ; ce qui est plutôt un point positif.
Considérez ce bouquin comme un moteur turbo diesel. Dans la première partie il lui faut un temps de chauffe avant de monter en régime progressivement. La seconde partie se déroule à plein régime. Quant à la troisième, le turbo s’enclenche…
L’intrigue se construit du point de trois personnages qui alternent au fil des chapitres :
– Le prince héritier Raoden, frappé par la malédiction du Shaod et contraint à l’exil éternel au coeur d’Elantris. Prisonnier de son état mais bien décidé à ne pas baisser les bras, ni à se résigner à son sort.
– La princesse Sarène qui reste liée à Arélon malgré le « décès » de son époux. Déterminée à protéger Arélon des menaces (externes et internes) qui planent sur la province.
– Le grand prêtre Hrathen, un fjordell arrivé à Kaë le même jour que Sarène. Sa mission est de convertir Arélon à la foi déréthie par tous les moyens.
Je profite de l’occasion pour signaler que les personnages sont traités avec une réelle profondeur, chacun ayant sa propre personnalité et ses propres objectifs (avérés ou secrets). Il en va de même avec les nombreux personnages secondaires. De fait le monde d’Elantris semble prendre vie sous nos yeux pendant la lecture du roman… et je vous garanti que cette escapade ne sera pas de tout repos !
L’intrigue en elle même est suffisamment riche en surprises pour tenir le lecteur en haleine (et même jouer avec ses nerfs dans les dernières pages), certes pas aussi complexe que certaines dans sagas mais il me semble logique de ne pas pouvoir faire, en un seul volume, autant que des séries de dix tomes, voire plus (en inconditionnel du Trône de Fer je sais de quoi je parle) ! Cerise sur le gâteau, l’auteur se permet quelques touches d’humour bienvenues.
Pas de créatures imaginaires, toutes les races présentes semblent humanoïdes et n’avoir comme signe distinctifs que ceux propre à l’humain (couleur de la peau, langue…). La magie est bien présente quant à elle, d’accord elle n’est pas au top de sa forme mais qui sait, peut être n’est-ce que temporaire.
L’auteur a visiblement pris le parti de proposer un roman fantasy destiné davantage aux profanes qu’aux adeptes chevronnés du genre. Son écriture répond à la même exigence, il va droit au but sans s’appesantir sur de trop longues descriptions aussi bien des personnages que des lieux. Toutefois ne vous fiez pas aux apparences, le récit est peut être moins manichéen qu’il ne le laisse paraître de prime abord.
Pour un premier roman je trouve qu’il s’en sort plus qu’honorablement. D’autant qu’il sort des sentiers battus en proposant un univers totalement original (mention spéciale aux aons) alors qu’il aurait pu se contenter de s’inspirer des classiques de l’heroic fantasy sauce Tolkien ou AD&D. Une bonne introduction à la fantasy pour les curieux.
Depuis des années Brandon Sanderson répète qu’il n’exclut pas d’écrire une suite à Elantris, avant de reconnaître sur la lancée qu’il n’en a, à ce jour, pas encore couché la moindre ligne… Pour souligner mon propos j’ajouterai que le roman fête, cette année, ses dix ans (en VO, la VF est sortie en 2009 chez Orbit, puis en poche en 2011). Et pourtant il est vrai qu’il y aurait matière pour une suite…
MON VERDICT

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Séduction
Et hop encore un invité surprise au programme de mon Challenge retrouvailles, ou plutôt devrai-je dire UNE invitée surprise puisqu’il s’agit de Karin Slaughter et son roman Séduction, la troisième enquête conjointe menée par Will Trent et Sara Linton.
Quand Faith arrive, en retard, chez sa mère, à qui elle avait confié sa fille, la maison ressemble à une zone de guerre, Faith échappe à une embuscade en éliminant les deux agresseurs. Si Emma, sa fille, est à l’abri du danger, Evelyn, sa mère, est introuvable. Faith est suspendue le temps de l’enquête, elle pourra heureusement compter sur Will Trent et Sara Linton ; mais difficile pour elle de rester dans l’ombre alors que la vie de sa mère est en danger…
Le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai jamais été déçu en lisant les romans de Karin Slaughter et notamment la série Will Trent (même si ce n’est que le troisième que je lis), mais force est de constater que cette fois l’auteure impose à son intrigue un rythme de dingue. L’adrénaline monte en flèche dès les premières pages pour ne retomber qu’à la fermeture du bouquin. Ses personnages vont vivre trois jours particulièrement intenses.
Transition qui m’amène tout naturellement à évoquer les personnages en question. Jusqu’à maintenant Faith semblait taillée dans le marbre, inébranlable. Face à la situation qu’elle doit affronter on la découvre plus humaine, fragile et désemparée. Du coup je la considère avec davantage de bienveillance que dans les précédents romans.
Faith étant plus ou moins condamnée à l’immobilisme c’est donc à Will et Sara de prendre les rênes et de s’impliquer corps et âme dans un enquête particulièrement embrouillée. L’occasion d’étoffer leurs relations et leur complicité. Mais avec Will rien n’est simple…
Le personnage qui aura été le plus souvent sujet à questionnement reste incontestablement Amanda, la responsable du GBI. On la sent personnellement impliquée dans l’affaire mais plus d’une fois son comportement peut sembler ambigu. On en arrive à se demander à quel jeu elle joue… voire même dans quel camps elle se situe.
Comme dans Genesis et Broken, Karin Slaughter n’y va pas de main morte quand il s’agit de scènes violentes, ici on ne meurt pas tranquillement dans son sommeil ! Si l’intrigue se déroule sur un axe unique elle n’en est pas moins soignée, bien malin si vous découvrez le fin mot de l’histoire avant qu’il ne vous soit révélé.
J’avoue par contre avoir un peu de mal à comprendre le choix de la couverture et du titre français, rien ne saurait être plus éloigné du contenu du roman ; il eut été franchement plus judicieux de conserver le titre original : Fallen. L’intrigue évoque nettement plus la déchéance ou la chute que la séduction. Mais bon il faudra plus que ça pour gâcher mon plaisir !
MON VERDICT

[BOUQUINS] Shane Kuhn – Tenue Décontractée Exigée
Je reste dans le format court pour offrir un nouvel invité surprise à mon Challenge retrouvailles, avec Tenue Décontractée Exigée de Shane Kuhn. L’occasion de retrouver John Lago, stagiaire/tueur à gages, dans sa toute première mission.
A 17 ans, John Lago, employé de RH Inc. formé à tuer de toutes les façons possibles et imaginables, se voit confier son premier contrat. Sa cible : Izzy Katz, un producteur de Hollywood qui a escroqué les mauvaises personnes. Sa mission : entrer comme stagiaire au studio de Katz, gagner sa confiance et le neutraliser…
Si vous avez lu (et accessoirement aimé) Guide De Survie En Milieu Hostile (publié par Sonatine et devenu Un Stagiaire Presque Parfait à l’occasion de sa parution en poche chez 10/18), vous ne serez pas dépaysé. On retrouve un récit à la première personne teinté de cynisme et d’humour noir, avec toujours autant de référence cinématographique (il faut dire que le cadre s’y prête plutôt bien).
Bien que courte l’intrigue est menée à un train d’enfer, l’exécution de la cible ne sera pas aussi expéditive que prévue, pour notre plus grand bonheur…
Une fort sympathique mise en bouche qui nous permettra de patienter jusqu’à la sortie du prochain roman de Shane Kuhn (Hostile Takeover vient de sortir aux USA, aucune date annoncée pour une sortie française). Sortie que j’attends avec d’autant plus d’impatience étant donné que l’on retrouvera John Lago, cette fois pour la suite de ses aventures.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Hugh Howey – Silo : Origines
Je poursuis mon Challenge retrouvailles en naviguant entre les genres, place donc à de la SF post-apocalyptique avec Silo : Origines, second volet de la trilogie de Hugh Howey même si, chronologiquement parlant, il se situe avant les événements décrits dans Silo.
2049. Dans quelques années le monde que nous connaissons n’existera plus, anéanti par la folie des hommes, par la soif de pouvoir de certains et par le fanatisme d’autres. Les survivants sont condamnés à une vie souterraine, à oublier et à ne jamais transmettre l’Histoire telle qu’elle s’est réellement passée…
Hugh Howey décompose son roman en trois parties qui vont du projet Silo aux événements décrits dans le bouquin précédent.
Dans L’Héritage, en 2049 le député Donald Keene rejoint le sénateur Thurman et son équipe sur un projet industriel novateur. Parallèlement on suit le réveil de Troy en 2110, il doit assurer la relève pour le commandement du Silo 1.
Dans L’Ordre, Donald Keene est réveillé en 2212 afin de rejoindre un petit groupe mené par Thurman afin de faire face, depuis le Silo 1, à une rébellion grandissante au sein du Silo 18. On alterne entre le Silo 1 via Donald et le Silo 18 via Mission, un jeune porteur qui a rejoint la rébellion.
Dans Le Pacte, Donald Keene est réveillé en 2345, on lui apprend alors qu’une habitante du Silo 18 vient de s’évanouir en pleine nature. Tout le monde, dans le Silo 1, est convaincu qu’il est Thurman. Parallèlement, on assiste, par le biais de Jimmy, un adolescent mis à l’abri par son père, à la chute du Silo 17, survenue en 2312.
Avec cette troisième histoire la boucle est bouclée, le lien est fait avec Silo, qui plus est ça nous permet aussi de mettre une date sur l’intrigue qui jusqu’alors se situait dans « un futur indéterminé ».
Si le précédent opus connaissait quelques baisses de régime, je peux affirmer qu’il n’en ai rien ici, aucun temps mort, le rythme va crescendo au fur et à mesure que l’intrigue s’étoffe. Pour tout vous dire ce bouquin se lit comme un thriller.
Dans ce second opus Hugh Howey ne se contente pas de nous révéler les origines du projet Silo, on découvre aussi le fonctionnement hiérarchique à deux vitesses (avec d’un côté les élites autoproclamées du Silo 1 et de l’autre les habitants des autres silos), mais aussi le futur prévu pour les silos et leurs résidents… Captivant mais glaçant !
Du coup je pense que je ne tarderai pas trop avant de me lancer dans l’ultime opus de la trilogie, Générations, il promet d’être encore plus intense à en croire la fin de ce tome.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Edgar Cantero – Le Monde Caché D’Axton House
Ca faisait un moment que je ne vous avait pas fait une chronique d’un titre de Super 8, et pourtant je les achète systématiquement dès leur sortie (à ce jour c’est la première fois que je suis totalement accro à un éditeur). Parmi les titres en attente de lecture celui d’Edgar Cantero, Le Monde Caché D’Axton House, est de loin celui qui qui titillait le plus ma curiosité…
Suite au suicide d’un lointain cousin germain, A. hérite de son manoir en Virginie. Sans la moindre hésitation A. s’envole pour les USA en compagnie de son amie Niamh. Rapidement ils vont se rendre compte que la maison cache bien des secrets qu’ils comptent bien découvrir vaille que vaille…
Jamais un bouquin n’aura autant mérité le qualificatif d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) que celui-ci, je vous promets une expérience de lecture unique et quasiment interactive. N’espérez pas une trame narrative rigoureuse, l’auteur nous propose un bric-à-brac d’extraits de journaux intimes et de bouquins, des comptes rendus d’enregistrements audio et video et autres joyeusetés incongrues (dont un relevé téléphonique et le certificat d’adoption d’un chien pour n’en citer que deux).
De prime abord c’est un tantinet déconcertant, mais si d’apparence l’assemblage semble n’avoir ni queue ni tête, il va rapidement s’avérer que chaque élément est sciemment disposé là où il doit se trouver pour créer un tout cohérent et totalement addictif. On se prend vite au jeu et l’on cherche en même temps que les personnages à résoudre les énigmes qui leur permettront d’avancer (je me suis éclaté à jouer les apprentis cryptographes mais je ne suis indécrottablement nul dans cette discipline).
Au niveau de ses personnages principaux, A. et Niamh, l’auteur ne perd pas son temps à leur donner une quelconque profondeur ; elle viendra naturellement, au fur et à mesure à travers leurs écrits et leurs échanges (on sourit avec eux, on enquête avec eux et parfois même on flippe avec eux). Quant aux autres personnages on les découvre tels que A. les perçoit. Là encore, placé dans le contexte, ce côté minimaliste ne choque pas et s’intègre parfaitement à l’ensemble.
La couv’ fait très cartoon dans son visuel, un choix plutôt judicieux puisque je suis persuadé que Tex Avery aurait été sous le charme d’un tel scénario. A vrai dire si je devais imaginer une transposition sur grand écran je trouve que l’animation rendrait plus justice au roman qu’un vrai film… mais bon adapter ça au cinéma en respectant son esprit me semble surtout totalement impossible !
Vous l’aurez compris j’ai été totalement conquis par cette expérience de lecture unique en son genre. Je tire mon chapeau à Edgar Cantero qui a dû bien s’éclater à créer un roman d’une incontestable originalité mais aussi sacrément se creuser les méninges pour s’assurer que le lecteur le suivra jusqu’au bout de cette improbable quête. Pour un premier roman, le jeune auteur américain (mais d’origine espagnole) place la barre très haut, espérons qu’il saura encore nous surprendre avec ses prochains romans…
C’est à regrets que je referme ce bouquin, il reste quelques questions sans réponses concernant Axton House mais quoi de plus normal, si le manoir ne conservait pas quelques secrets il perdrait une partie de son charme. Si vous vous lancez dans l’expérience Axton House attendez vous a bien des surprises, de la première à la dernière page !
MON VERDICT


[BOUQUINS] Daniel Friedman – Ne Deviens Jamais Pauvre !
Direction la maison de retraite pour la prochaine étape de mon Challenge retrouvailles puisque j’ai opté pour Ne Deviens Jamais Pauvre de Daniel Friedman, second opus consacré à Buck Schatz… Un inspecteur Harry retraité et décrépi ! Mais qui, à défaut d’avoir toute sa tête, ne manque pas de verve. Buck Schatz, 88 ans, se remet péniblement de ses blessures dans une maison de retraite médicalisée. Il va se retrouver, bien malgré lui, au coeur de l’action quand Elie, un braqueur dont il a croisé le chemin cinquante ans plus tôt, vient lui demander son aide… On retrouve un Buck Schatz fortement diminué, il a besoin d’un déambulateur pour se déplacer et a parfois des pertes de mémoire. Pas franchement l’idée que l’on se fait d’un héros de roman policier… Un état des lieux affligeant qui n’a rien pour améliorer son doux caractère de perpétuel râleur asocial. Un dernier détail concernant l’ami Buck, il est juif. On s’en fout me direz-vous ; et bien non car c’est un détail qui a toute son importance pour comprendre la partie du récit qui se déroule en 1965. Ah oui j’ai oublié de vous signaler qu’au fil des chapitres on voyage entre l’année 1965, celle de la première rencontre en Buck et Elie et 2009, l’instant présent de l’intrigue. Cinquante ont passé mais Buck à la rancune tenace quand il s’agit d’Elie : « Je vois trois trucs qui clochent dans ton raisonnement. Primo, j’ai 88 ans. Deuxio, je suis pratiquement grabataire. Et tertio, je ne t’aime pas. » Revenons au judaïsme de nos deux gugusses (Elie aussi est juif). Comme je l’ai signalé une partie de l’intrigue se déroule en 1965, cela fait à peine un an que la discrimination raciale contre les Noirs a été interdite. La pilule a encore du mal à passer chez certains. Cerise sur le gâteau l’intrigue se déroule à Memphis, Tennessee. Un état du Sud des Etats Unis où tout ce qui n’est pas WASP (White – Anglo-Saxon – Protestant) est suspect… Si le roman est porté par Buck et son fichu caractère il n’en est pas moins bâti autour d’une intrigue qui tient la route. La guerre des papys va faire rage ! Pour notre plus grand plaisir.
Ecrit à la première personne, on suit l’intrigue par les yeux (et les pensées) de Buck, le style est décapant mais efficace. Lire le précédent opus, Ne Deviens Jamais Vieux, ne s’impose pas mais ça permet de comprendre dans quelles circonstances Buck s’est retrouvé là où il est. Et puis ce serait dommage de s’en priver, c’est un très bon roman, à l’image de ce second volet (la surprise en plus).
Par certains aspects le personnage de Buck me fait penser à Dave Gurney de John Verdon, on pourrait sans mal imaginer que dans quelques années, Dave sera à l’image de Buck. Tous deux ont un besoin maladif et égoïste de se confronter au danger pour se sentir vivant (et les deux portent difficilement le deuil d’un fils perdu et peuvent compter sur le soutien de leur tendre moitié). Deux personnages que j’aurai plaisir à retrouver aussi longtemps que les auteurs voudront bien nous faire partager leurs aventures.