Comme annoncé je retrouve donc avec plaisir Henri Loevenbruck pour découvrir son thriller Le Syndrome Copernic. Un titre à lire dans le cadre d’un Book Club même si je suis légèrement en retard sur ce coup.
Vigo Ravel est schizophrène et amnésique. Du moins c’est ce qu’il pensait jusqu’à ce que les voix dans la tête ne lui sauvent la vie en le poussant à quitter une tour du quartier de la Défense juste avant qu’elle ne soit détruite par un attentat terroriste. Dès lors Vigo se met à douter, d’autant que les événements étranges se multiplient autour de lui… à moins que tout cela n’existe que dans sa tête.
Le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteur nous propose un thriller hors normes, certes il respecte les règles du genre mais il n’hésite pas à les modeler afin qu’elles collent à son intrigue. Intrigue que l’on vit à la première personne à travers le regard et les perceptions de Vigo Ravel… le moins que l’on puisse dire c’est que le voyage ne sera pas du tout repos ! Parfois les pensées de Vigo tendent à partir en vrille, non seulement il a fumé la moquette mais il a aussi bouffé le seau de colle qui va avec… Et pourtant difficile pour autant d’affirmer que Vigo clapote du couvercle.
Henri Loevenbruck nous plonge en totale immersion dans son personnage. Une fois de plus son talent de conteur fait le reste, au fil des pages on devient Vigo, on pense comme Vigo : « Je doutais tellement de moi, et autrui me faisait si peur !« . Le doute. Tel est le maître mot qui pourrait définir les perceptions de Vigo, il doute de lui, il doute des autres, il doute de la réalités de certaines situations, de certains faits… Bref sa vie est un sempiternel questionnement.
Heureusement il ne sera pas tout seul dans sa quête de la vérité (à moins qu’il ne s’agisse, une fois de plus, d’un délire schizo-paranoïde). Je n’en dirai pas plus quant aux alliés qui croiseront son chemin, autant laisser intacte la surprise et la découverte.
L’intrigue compte un soupçon de fantastique (et encore, difficile d’en être absolument sûr) mais reste résolument orientée thriller, le prologue nous met d’office l’eau à la bouche… et on n’en finit plus de baver (la fusillade dans les sous-sols est stressante à souhait). Comme Vigo nous ne manquerons pas de nous poser des questions au fil des 88 chapitres (un chiffre qui ne doit rien au hasard).
Vous l’aurez sans doute compris l’auteur ne mise pas tout sur l’action et le rythme, la psychologie des personnages est primordiale… Avec un héros schizo (ou pas) ça semble inévitable. Et sur ce terrain aussi il maîtrise totalement son sujet.
Pour faire simple j’ai de nouveau été bluffé par le talent de conteur de Henri Loevenbruck même si le bouquin ne m’a pas pris aux tripes comme Nous Rêvions Juste De Liberté. Je le place tout de même dans le haut de gamme de la catégorie thriller.
Mon idée première était de laisser Henri Loevenbruck en stand-by en attendant la seconde saison de Sérum, annoncée pour le début 2016, mais le hasard a voulu que je tombe sur la quatrième de couv’ de son premier thriller, Le Testament Des Siècles, qui figure aussi dans mon Stock à Lire Numérique. Le personnage principal est Damien Louvel que l’on croise dans Le Syndrome Copernic, comme il y est vaguement fait mention d’un passé trouble et douloureux, il n’en fallait pas moins pour titiller ma curiosité ; il est donc plus que probable que je retrouve Henri Loevenbruck plus tôt que prévu…
Étiquette : Littérature française
[BOUQUINS] Henri Loevenbruck – Nous Rêvions Juste De Liberté
A force de lire ou entendre des critiques toutes plus enthousiastes les unes que les autres sur ce bouquin j’ai donc décidé de changer mon programme de lectures pour le propulser en pole position de mon Stock à Lire Numérique. A mon tour de vous livrer mes impressions sur le roman Nous Rêvions Juste De Liberté, dernier titre en date de Henri Loevenbruck.
Quand Hugo, un adolescent difficile, se retrouve scolarisé au collége privé catholique de Providence il ose à peine imaginer le calvaire que ça va être pour lui de se retrouver au milieu de ces gosses de riches pourris gâtés. Et pourtant c’est là qu’il va croiser les chemins de Freddy, Oscar et Alex, des ado comme lui, des mauvais garçons déracinés, commencera alors une longue et indéfectible amitié…
Henri Loevenbruck fait partie de ses auteurs qui forcent l’admiration, le gars parvient à donner corps et vie à ses récits, quel que soit le genre abordé (fantasy, thriller, roman historique…). Je n’ai aucune hésitation à affirmer que ce mec à une plume en or. Et ce n’est pas ce roman qui me fera mentir, au contraire il ne fait que renforcer mon admiration pour ce formidable talent de conteur.
Cette fois l’auteur se met dans la peau de Hugo pour nous conter son parcours, avec ses mots à lui ; rassurez-vous même si c’est plus parlé que littéraire ce n’est pas non plus du charabia à la sauce djeun’s qui veut se la jouer racaille. On a vraiment l’impression d’être en face du narrateur, de l’écouter sans oser l’interrompre. Bravo et merci Monsieur Loevenbruck !
Merci pour ce road trip exceptionnel en compagnie de Hugo et ses potes. Un long périple à moto à travers les USA, avec des rencontres (bonnes et mauvaises) et des choix (bons et mauvais) mais surtout riche en émotions en tout genre.
Merci pour cette ode à l’amitié et à la liberté. Merci aussi pour cette belle réflexion sur la Liberté ; qu’est-ce être libre ? Faire tout et n’importe quoi au mépris de tout et de tous ? Pour moi on est davantage dans le registre de l’anarchie là, le concept est sympa aussi mais il a ses limites. Croquer la vie à pleines dents en essayant de faire le moins de tort possible aux autres ? Ca me semble pas mal comme définition, on a jamais dit que c’était facile d’être libre…
Il est temps pour moi de répondre à la question que tout le monde (personne serait sans doute plus réaliste) se pose : est-ce que j’ai versé une larmiche en lisant ce bouquin ? J’aurai pu répondre non car j’ai tenu bon mais l’épilogue m’a achevé !
Les motos et les bikers te laissent de marbre ? Tu kiffes pas les bandes de jeunes ? Moi non plus, mais ça ne m’a nullement empêché d’adorer ce bouquin. Si je n’avais pas déjà publié mon Top 10 il y a fort parier qu’il en aurait fait partie.
Pour la petite histoire ces fameux 1% existent bel et bien et désignent en effet ces gangs de motards considérés comme des organisations criminelles ; les plus célèbres représentants sont les éternels rivaux Hells Angels et Bandidos. Pas vraiment des enfants de choeur !
Le hasard a voulu que je prévoyais de lire Le Syndrome Copernic du même auteur dans le cadre d’un book club, c’est partie remise ; ce ne sera pas ma prochaine lecture mais la suivante.
Morceaux choisis… Et c’est pas évident de choisir tant il y a de belles réflexions dans ce roman.
Plus le temps passe, plus j’ai l’impression de voir nos libertés s’abîmer, comme un buisson auquel on fait rien que de couper les branches, « pour son bien ». J’ai le sentiment que, chaque jour, une nouvelle loi sort du chapeau d’un magicien drôlement sadique pour réglementer encore un peu plus nos toutes petites vies et mettre des sens interdits partout sur nos chemins.
On peut être libres à plusieurs, j’ai dit. Moi, j’ai connu des solitudes qui ressemblaient vachement à des prisons.
(…) je pensais que la vie serait plus jamais la même, que je laisserais plus jamais passer une seule minute sans déguster la liberté, que plus jamais je laisserais rien ni personne m’emmerder, que plus jamais je ferais partie des 99 % de moutons.
La liberté, il y en a partout. Il faut juste avoir le courage de la prendre.
Dans la vie, je crois qu’il vaut mieux montrer ses vrais défauts que ses fausses qualités. Vaut mieux surprendre que décevoir.
Un jour, comme ça, pour me moquer un peu, j’ai dit à la Fouine qu’il avait quand même vachement changé d’avis sur la cocaïne et tous ses beaux discours, avec le temps, et alors il m’a répondu que c’était drôlement plus intelligent d’en vendre que d’en prendre, ce qui n’était pas loin d’être vrai.
Merci aussi à ces anciens « amis » devenus de bons gros patrons bien tristes, qui m’ont appris la saveur amère de la désillusion et de la trahison.
MON VERDICT


[BOUQUINS] Azel Bury – La Femme Qui Tua Stephen King
Comment voulez-vous que je résiste à un titre pareil ? La Femme Qui Tua Stephen King, avec un titre pareil et le label humour noir, la route du premier roman d’Azel Bury ne pouvait que croiser la mienne. D’ores et déjà je peux prédire que la rencontre sera treop courte (un peu plus de 100 pages).
Irma, une quadra française fauchée, rêve de devenir écrivain mais pas de bol à chaque fois qu’elle a une brillante idée il s’avère que ça a déjà été fait par Stephen King. Pas de doute, le King de Bangor doit payer, d’une manière ou d’une autre…
Si vous vous attendez à un plaidoyer contre Stephen King ce livre n’est pas pour vous ; c’est au contraire un hommage, aussi brillant qu’original, au King. Un hommage qui mixe effectivement humour noir (et parfois gore) et thriller, sur fond d’une histoire totalement improbable (pour ne pas dire du grand portnawak) mais jouissive.
Pour attirer l’attention de Stephen King, et éventuellement obtenir un dédomagement, Irma imagine des nouvelles mettant en scène son idôle dans des situations pour le moins inhabituelles. Ca peut paraître n’avoir ni queue ni tête, mais il existe bel et bien une continuité dans le récit. Sans doute pas parfait mais foutrement bien foutu quand même !
Pour un premier roman Azel Bury ose l’originalité, une chose est sûre ça me donne envie d’aller plus avant dans la découverte de l’univers littéraire de l’auteure. Certes il faut être fan du King pour apprécier pleinement ce bouquin, heureusement ce n’est pas une espèce en voie de disparition (n’en déplaise à Bangor’s Blog… faut lire le bouquin pour comprendre).
Tracy me demanda ce que j’aimais chez King. Je lui expliquais qu’il m’apportait non pas la vie, mais une espèce de pouvoir surnaturel, celui d’avoir des émotions réelles en lisant des situations fictives. Elle avait dû mal à capter comment on pouvait à ce point se plonger dans un livre, de King ou de quiconque. Pour elle, la vie n’avait aucun concurrent sérieux pour ce qui était de ressentir les choses.
— Tu comprends, il suffit de regarder autour de soi, de lire le journal, de regarder la télé, ou simplement de se souvenir du passé pour ressentir des choses vraies. La vie, les sentiments, c’est ça, c’est pas les histoires débiles d’un écrivain psychopathe !
— Mais non, mais pour quelqu’un comme moi qui n’a rien vécu d’exceptionnel, ça représente beaucoup, une source de réflexion, un concentré d’émotions pures ! Je commence un livre en me régalant d’avance de tout ce que je vais lire. Parce que je sais d’avance ce que je vais trouver chez King.
— Quelles émotions ? La peur ? La frayeur ? On a vraiment besoin de ça pour se sentir vivant ?
— De ça et du reste, évidemment ! N’oublions pas l’humour. Mais tu as raison, lire ce genre de livre, ce n’est rien d’autre que faire un tour de grand huit, se sentir mourir pendant quinze mètres de chute à pic, et remonter en rigolant. Des sensations presque physiques. C’est devenu une drogue. Je ne peux pas me passer de ce genre d’histoires.
J’ai reçu ce bouquin par mail de façon tout à fait anonyme, l’envoyeur précisait simplement qu’en tant que fan de Stephen King je devrais prendre mon pied en lisant ces quelques pages. Comme vous pouvez le constater il ne s’est pas trompé !
Par contre le fichier reçu était catastrophique au niveau mise en page et codage, n’ayant pas l’original à portée de main j’ai recodé tant bien que mal, en espérant ne pas avoir sabordé le travail de l’auteure. L’ensemble me parait cohérent même si vraisemblablement, il manque certaines dates dans le Bangor’s Blog.
S’agissant d’une auteure auto-éditée et surtout n’ayant aucune garantie que le fichier qui m’a été envoyé soit la version commerciale finale (même si le bouquin date de 2008), je ne tiendrai pas compte de cet aspect purement technique dans mon, appréciation.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Sophie Hénaff – Poulets Grillés
Au menu du jour une chronique coup de foudre (ce qui n’implique pas obligatoirement un coup de coeur), la couv’ du bouquin m’a de suite tapé dans l’oeil, le titre m’a fait sourire et le pitch a achevé le travail. Il est temps pour moi de vous livrer mes impressions sur Poulets Grillés, premier roman de Sophie Hénaff.
Six mois après sa mise à pied, la commissaire Anne Capestan est réintégrée au 36, mieux on lui confie une brigade à gérer. Forcément ça sent le coup foireux, en effet ladite brigade est composée de tous les « rebuts » de la Crim’, des indésirables que l’on veut isoler dans un placard. Mais Capestan est bien décidée à relever le défi et à prouver à sa hiérarchie que sa brigade ne va pas se la couler douce. Reste à motiver ses troupes…
L’auteure nous offre un polar plein de bonne humeur servi par une écriture fraîche et pétillante, un style auquel j’ai tout de suite adhéré. Si Sophie Hénaff mise beaucoup sur l’humour et ses personnages elle n’en néglige pas pour autant l’aspect polar ; son intrigue tient parfaitement la route et ne manque pas de surprises. Sans révolutionner le roman policier, l’auteure fait preuve d’une belle maîtrise des règles du genre.
Comme je l’ai dit plus haut le bouquin repose aussi et surtout sur sa galerie de flics atypiques à commencer par Anne Capestan, flic efficace un tantinet sanguine et retorse à toute forme d’autorité. C’est d’ailleurs son tempérament impulsif qui lui a valu une mise à pied et sa promotion/placard.
Quant au reste de l’équipe je vous laisse le plaisir de la découvrir par vous même, en guise de mise en bouche voilà comment Buron, le divisionnaire, la présente à Capestan :
« — Très bien, Capestan, je vous résume la chose : on nettoie la police pour faire briller les statistiques. Les alcoolos, les brutes, les dépressifs, les flemmards et j’en passe, tout ce qui encombre nos services mais qu’on ne peut pas virer, on le rassemble dans une brigade et on l’oublie dans un coin. Sous votre commandement. En septembre. »
Et plus loin, toujours lors de l’échange entre Buron et Capestan :
« — Agent Santi, en congé maladie depuis quatre ans, capitaine Merlot, alcoolique…
— Alcoolique ? Il va y avoir du monde dans cette brigade…
Buron referma le dossier et le lui tendit.
— Je vous le laisse, vous l’étudierez tranquillement.
Elle le soupesa, il valait bien son Bottin de Paris.
— On est combien ? C’est la moitié de la police, votre « nettoyage » ? »
Les missions de la brigade : enquêter sur les affaires non résolues qui polluent les statistiques des autres brigades. Sauf que non seulement Capestan va devoir faire avec les présumés « tocards » de la Crim’ mais en plus il faudra composer avec un manque totale de moyens et de pouvoirs… On est bien loin de Cold Case ou du Département V :
« Ça, on est moins dans Cold Case que dans Case Cons, renchérit Merlot. »
Bref au final le coup de foudre s’est bien transformé en coup de coeur, coup de coeur accordé avec l’indulgence due à un premier roman. J’espère vivement que nous retrouverons Capestan et sa brigade pour de nouvelles aventures.
MON VERDICT


[BOUQUINS] Romain Puértolas – La Petite Fille Qui Avait Avalé Une nuage Gros Comme La Tour Eiffel
Je poursuis mon programme (si on peut appeler ça comme ça étant donné que je n’ai pas vraiment de liste définie à l’avance, ni d’ordre établi) de lecture en alternant entre mon Challenge retrouvailles et le reste de mon Stock à Lire Numérique ; mon objectif premier étant de varier les plaisirs (et donc les genres) autant que faire se peut. Au menu du jour La Petite Fille Qui Avait Avalé Un Nuage Gros Comme La Tour Eiffel de Romain Puértolas.
Providence Dupois a enfin reçu les papiers d’adoption pour Zahera, une petite marocaine hospitalisée depuis toujours pour une mucoviscidose. La nouvelle mère n’a qu’une hâte, s’envoler pour le Maroc afin de rapatrier sa fille. Seulement voilà un volcan islandais a décidé au même moment de cracher un nuage de cendres qui interdit de vol tous les appareils. Rien n’empêchera Providence de rejoindre Zahera, quitte à se rendre là-bas en volant de ses propres « ailes »…
L’écriture de Romain Puértolas produit un effet magique sur les lecteurs (en tout cas sur moi) ; aussi improbables que soient ses récits, on se laisse bercer par la magie des mots, les talents de conteurs, l’authenticité et la sensibilité (à ne pas confondre avec la mièvrerie) de l’auteur. Ce sont des lectures qui font du bien au moral et vous donne le pep’s pour la journée.
Si vous avez été hermétique au voyage du fakir alors passez votre chemin, c’est un modèle de sérieux et de rigueur à côté du périple aérien de Providence ! Pour ma part j’ai lu ce livre comme un conte, ou plutôt une fable. Vous savez ce qu’on dit, il y a une part de vérité derrière chaque légende… la question est de savoir si la vérité est plus belle ou plus sombre que la légende.
Je n’ai donc pas été totalement surpris par le retournement final, même si je ne m’attendais pas forcément à ça. D’un autre côté l’auteur prévient ses lecteurs dès l’exergue en citant Boris Vian : « Cette histoire est entièrement vraie puisque je l’ai inventée d’un bout à l’autre. » (L’Ecume des Jours).
Providence croisera des personnages hauts en couleurs (et parfois même des grands de ce monde) lors de son périple. Un périple plein de charme et d’émotions. L’auteur aborde des thèmes graves (dont la maladie, et plus particulièrement la maladie chez l’enfant) avec légèreté sans jamais tourner le sujet en dérision. A ce titre j’ai aussi craqué pour Zahera, une gamine de sept ans pleine de vie, d’espoirs et d’ambitions malgré la maladie qui lui ronge inexorablement les poumons.
L’absurdité des situations n’empêche nullement l’auteur de jouer la carte d’un humour tout en finesse et celle d’une sincérité qu redonnerait presque fois en l’être humain…
Un regret ? Oui, celui d’avoir refermé trop tôt ce bouquin qui fait chaud au coeur et à l’âme. Lu en une journée. Je terminerai cette chronique en trois mots Monsieur Puértolas : Vivement le prochain !
MON VERDICT

[BOUQUINS] Serge Brussolo – Le Suaire Ecarlate
Pour cette nouvelle étape de mon Challenge retrouvailles je continue à naviguer entre les genres, cette fois la fiction cotoie l’Histoire en compagnie de Serge Brussolo et Le Suaire Ecarlate, deuxième opus du Cycle de Wallah.
A la mort de la sorcière à l’origine du sort, le don de Wallah disparaît. Libérée de ses obligations d’assassin et protectrice du Baron de Ponserrat, elle rejoint le forain Bézélios. Eternel « honnête truand », Bézélios s’est mis dans l’idée de monter une arnaque religieuse. Un pari qui pourrait se révéler fatal s’il venait aux oreilles de l’inquisiteur Jome le Noir, l’homme d’église a en effet déclaré une guerre impitoyable aux trafiquants de fausses reliques…
Je ne suis pas particulièrement fan des romans historiques, ni même de la période du Moyen Age (une espérance vie qui ne dépasse guère les 30 ans et une Eglise toute puissante… pour moi ça ressemble plus à l’enfer qu’au paradis !) mais il est des auteurs, comme Jean Teulé ou Serge Brussolo, qui, par leur formidable talent de conteur, m’embarquent totalement dans leur récit, quel que soit le contexte.
Au fil des pages la fiction côtoie l’Histoire, on sent que l’auteur s’est bien documenté sur le Moyen-Âge, sans être trop didactique et sans lourdeur, il nous plonge au coeur de son intrigue, parsemant son récit de faits authentiques sur les us et coutumes de l’époque (une époque où l’ignorance populaire faisait les choux gras de l’Eglise).
Dans la première partie du récit Wallah donne un peu l’impression de subir les événements plutôt que d’en être l’actrice ; ça peut surprendre mais ça correspond plutôt bien à son état d’esprit du moment, elle est un peu larguée maintenant qu’elle se retrouve livrée à elle même. Mais elle se reprendra vite quand la troupe se retrouvera embarquées au coeur d’intrigues et complots visant à trouver un héritier légitime au trône de France (on est en pleine guerre de Cent Ans, la situation était pour le moins trouble).
Une intrigue menée sans temps mort, pleine de surprises et de belles trouvailles. Wallah y croisera, comme précédemment, des personnages hauts en couleur ; certains plutôt burlesques, d’autres au contraire qui font froid dans le dos. J’avoue avoir eu un faible pour Masaki, un samouraï maître des poisons plein de sagesse et de bon sens (une bouffée d’oxygène face à l’obscurantisme ambiant). Il pourrait sembler un tantinet déplacé dans le contexte mais grâce au talent de l’auteur sa présence s’intègre parfaitement à l’intrigue.
J’ai passé un trés agréable moment en compagnie de ce bouquin, je ne sais pas si l’auteur compte faire vivre d’autres aventures à Wallah, si tel était le cas je les suivrai avec plaisir. Quoi qu’il en soit ça ne fait que conforter mon envie de découvrir davantage l’univers littéraire de Serge Brussolo, d’autant que l’auteur est des plus prolifiques.
Pour l’indécrottable athée que je suis, les quelques piques que Serge Brussolo adresse à l’Eglise sont plutôt jouissives, il le fait tantôt avec humour, tantôt de façon plus acerbe, selon le personnage qui s’exprime. Je vous livre trois exemples parmi tant d’autres :
« Les paroles de la Bible lui traversent l’esprit : Mangez, ceci est mon corps, buvez, ceci est mon sang. Elle s’est toujours étonnée de ce que les chrétiens ne s’offusquent jamais du caractère cannibale de ce commandement, eux qui n’hésitent nullement à accuser les autres religions de « pratiques abominables ». » (Wallah)
« Il y a beau temps qu’il a compris que les hommes d’Église ont besoin du Diable pour exister. Sans lui, ils ne sont rien. La menace diabolique autorise la prolifération des bûchers. C’est utile quand on veut se débarrasser de ses ennemis politiques… et confisquer leurs biens ! » (Arno)
« Vous n’avez guère l’esprit scientifique, vous, les Occidentaux. La religion tient lieu d’explication commode à tout ce que vous refusez d’étudier. » (Masaki)
MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Minier – Une Putain D’Histoire
Et oui comme vous pouvez le constater j’ai choisi de rester en compagnie de Bernard Minier pour ma prochaine chronique, mais exit Servaz et la France, direction les USA pour un rendez-vous avec un ado qui va vous raconter Une Putain D’Histoire. Difficile de résister à un titre pareil !
Une fois n’est pas coutume je vous balance la quatrième de couv’ en guise de pitch… parce qu’elle est juste excellente. « Au commencement est la peur. La peur de se noyer. La peur des autres, ceux qui me détestent, ceux qui veulent ma peau. Autant vous le dire tout de suite : ce n’est pas une histoire banale. Ça non. C’est une putain d’histoire. Ouais, une putain d’histoire… »
Vous l’aurez compris exit (temporairement je suppose) la France et Servaz, direction les Etats-Unis et une île fictive en compagnie d’une bande d’ados sur qui le sort s’acharne… Faut dire aussi qu’ils font ce qu’il faut pour aller au devant des emmerdes.
Pour une putain d’histoire, c’est une putain d’histoire et une histoire sans l’ombre d’un putain de défaut ! La quatrième de couv’ est un parfait appât pour attirer les curieux, dès les premières pages Bernard Minier vous ferre, distillant les informations au compte gouttes histoire d’assurer son emprise sur le lecteur. Ce roman c’est aussi un putain de diesel, il démarre lentement mais quand il se met en branle plus rien ne l’arrête. On se laisse entraîner avec Henry dans un tourbillon d’événements, incapable de lâcher prise avant d’avoir le fin mot de l’histoire. Mais avant d’en arriver là vous emprunterez bien des chemins détournés et des fausses pistes. Une seule certitude toutefois : la fin vous laissera sur le cul !
Au niveau des personnages je n’ai eu que peu d’empathie pour Henri, mais ça ne m’a pas empêché de vivre à fond son aventure. Certes son contexte familial (il est élevé par deux lesbiennes) sort de l’ordinaire mais à part ça j’aurai tendance à dire que c’est un ado ordinaire du XXIème siècle.
Le plus difficile à cerner reste Grant Augustine, longtemps je me suis demandé quelles étaient ses véritables intentions… Il faut dire que l’auteur fait ce qu’il faut pour entretenir l’incertitude à son sujet, mais bon déjà la base, un politicien ambitieux, ne joue pas en sa faveur.
Le bouquin alterne entre le récit à la première personne, l’intrigue racontée par Henri et les autres points de vue, rédigés à la troisième personne. Comme à son habitude Bernard Minier ne s’encombre pas de fioritures de style, ce qui ne l’empêche pas de recourir à un vocabulaire riche mais sans lourdeur.
En toile de fond l’auteur s’interroge sur les conséquence du tout numérique et les portes ouvertes qu’offre internet et les réseaux sociaux à une surveillance électronique renforcée. De plus en plus la notion de vie privée n’est qu’illusion… Je ne sais pas si les possibilités de surveillance sont aussi étendues que celles déployées par WatchCorp dans le bouquin mais ça fait froid dans le dos (même si je ne suis pas du genre à étaler mon quotidien sur la fesse du bouc).
« La révolution numérique était en train de bâtir brique par brique le rêve millénaire de toutes les dictatures – des citoyens sans vie privée, qui renonçaient d’eux-mêmes à leur liberté… »
Un putain de coup de coeur !
MON VERDICT


[BOUQUINS] Bernard Minier – Le Cercle
Retour en France pour la prochaine étape de mon Challenge retrouvailles, j’ai en effet décidé de me plonger dans Le Cercle de Bernard Minier, seconde enquête du commandant Martin Servaz.
Martin Servaz est appelée par une amie qu’il n’a pas revu depuis plus de vingt ans, elle l’implore de l’aider à prouver que son fils, Hugo, n’est pas l’assassin de sa professeur et probable amante, même si tout semble l’accuser…
C’est avec un réel plaisir que j ‘ai retrouvé Martin Servaz et son équipe, Vincent Espérandieu et Samira Cheung ; un trio pour le moins atypique. Servaz c’est un peu la rencontre entre Sherlock Holmes et l’Inspecteur La Bavure. Un flic brillant et intelligent mais aussi redoutablement maladroit, très mauvais tireur et en proie à un vertige maladif. C’est ce côté profondément humain qui fait que l’on ne peut que s’attacher au personnage et vivre pleinement son enquête.
A la traditionnelle question de savoir s’il est impératif d’avoir lu Glacé avant de se lancer dans ce second roman, je répondrai par le tout aussi traditionnel « ça n’ s’impose pas mais c’est préférable ».
Si vous connaissez déjà Servaz et son univers sans doute vous demandez-vous si Irène Ziegler interviendra dans cette intrigue ; je ne répondrai pas à cette interrogation afin de laisser intact le plaisir de la découverte. De même l’on peut légitimement se demander si Martin Servaz va de nouveau croiser le chemin de Julian Hirtmann, là encore je serai muet comme une tombe de carpe.
Dans cette affaire la fille de Martin, Margot, tient une place nettement plus importante et joue même un rôle actif dans le déroulement de l’intrigue. De l’autre côté de la barrière on ne retrouve pas de personnalité aussi forte que Julian Hirtmann, même Paul Lacaze fait figure de poids plume.
L’intrigue est toujours aussi bien soignée, l’accent est mis sur la psychologie autant que sur l’action, des rebondissements mais moins de véritables surprises que dans le premier opus ; ce qui n’empêche nullement ce roman de mettre la barre très haut. D’autant que cette fois l’enquête prendra rapidement une tournure très personnelle pour Martin Servaz.
Pour la petite histoire l’intrigue se déroule en juin 2010, alors que tous les regards sont tournés vers l’Afrique du Sud et la Coupe du Monde de foot ; compétition au cours de laquelle s’est ridiculisée à tous points de vue. En fait ce n’est pas seulement anecdotique, le contexte a son importance, je vous laisse découvrir le pourquoi du comment de la chose.
De nouveau Bernard Minier utilise son intrigue pour tirer à boulets rouges sur certains dysfonctionnements de la société française…
J’aurai plaisir à me plonger dans N’éteins pas la lumière, la troisième intrigue mettant en scène Martin Servaz… mais pas tout de suite, mon programme à venir est déjà bien chargé.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – Dust
Au menu du jour, un bouquin tombé entre mes mains un peu par hasard, ou plutôt du fait de nombreuses critiques enthousiastes lues çà et là sur le net. Il n’en fallait pas plus pour me motiver à découvrir Dust de Sonja Delzongle.
Hanah Baxter est une brillante profileuse installée à son compte. Elle est contactée par Collins, le chef de la police criminelle kényane ; les enquêteurs sont sur les dents face à un tueur en série qui sévit depuis plus de deux ans. Il signe ses crimes d’une croix tracée au sol avec le sang de ses victimes. Rapidement Hanah va se rendre compte que l’affaire est bien complexe qu’elle n’y parait…
Embarquement immédiat pour le Kenya. Dépaysement garanti ! On sent que l’auteure maîtrise son sujet, qu’il s’agisse de la culture kényane (ou plutôt devrai-je dire des cultures kényanes), des paysages, des croyances et traditions, les descriptions sont d’un réalisme saisissant. On découvre un pays déchiré entre modernisme et tradition, où la sorcellerie est plus qu’un simple mythe et où la sécurité n’est souvent qu’illusoire.
« Hanah sentait son pouls battre au galop. À côté de l’univers que lui décrivait Swili, les rues de New York et même le Bronx lui paraissaient être le monde des Bisounours. »
De prime abord le pitch peut sembler classique : une profileuse qui court après un tueur en série ; rien de neuf sous le soleil. Mais rapidement on réalise que l’on tient entre les mains un thriller dense, complexe et surtout captivant. A l’enquête initiale viennent se greffer une seconde, puis une troisième et enfin une quatrième enquête ; on se doute bien qu’il existe un lien entre elles mais l’auteure sait brouiller les pistes pour nous tenir en haleine.
Au centre de l’intrigue un problème, ou peut être devrai-je dire un fléau, méconnu en Occident et plus ou moins volontairement ignoré en Afrique : la chasse aux Albinos. Des croyances primales mais encore tenaces aujourd’hui prêtent aux membres et organes des Albinos de puissants pouvoirs magiques, du coup les sorciers sont particulièrement friands de cette matière première pour réaliser leurs foutus grigris et potions. La demande ne s’arrête pas aux portes de l’Afrique, difficile de quantifier un pareil trafic humain mais il est de dimension internationale (sans surprise l’Asie fait partie des gros clients de ces trafiquants). Aussi incroyable que cela puisse paraître, surtout en plein XXIème siècle, cela existe bel et bien ; une recherche sur Google suffira à le confirmer.
Sonja Delzongle ne soigne pas que son intrigue, ses personnages sont particulièrement bien travaillés et ont parfois une personnalité complexe. A commencer par Hanah Baxter que l’on ne peut pas vraiment qualifier de professionnelle de la relation humaine, mais elle n’en reste pas moins attachante dans son obstination à découvrir la vérité.
Le personnage le plus trouble, et ce dès sa première apparition, reste incontestablement Darko Unger. Quel est son véritable rôle dans cette affaire ? De prime abord il apparaît nettement pas tout à fait blanc, ni tout à fait noir (sans jeu de mot douteux, s’agissant d’un Albinos), reste à deviner si le gris tire plus vers le clair ou le foncé…
Au niveau des flics kényans avec qui Hanah va devoir bosser, j’ai eu un faible pour Kate Hidden, la touche féminine de l’équipe et nouvelle recrue de la crim’. Mais j’ai aussi adoré détesté Mendoza, la parfaite tête à claques !
Pour faire simple ce bouquin est une totale réussite à tout point de vue, pas une baffe, ni un uppercut mais un méga coup de genou dans les couilles. Ce bouquin vous prendra aux tripes, les vrillera en tout sens avant de vous lâcher hagard ; mais entre temps vous serez passé par toute la gamme des émotions en compagnie de Baxter. Enooorme coup de coeur !
« Incompréhension, mutisme, révolte, autant de sentiments qui frappaient, pêle-mêle, comme de la grenaille, tous ces hommes, alors qu’ils venaient de lever le voile sur la folie humaine à son paroxysme. »
Dust est le quatrième roman de Sonja Delzongle, toutefois je ne pense pas parvenir à mettre la main sur les précédents qui ont été édités avec parcimonie, mais je compte bien surveiller les prochains afin de ne pas les rater.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Sire Cédric – Le Premier Sang
Retour en France pour la prochaine escale de mon Challenge retrouvailles puisque j’ai opté pour Le Premier Sang de Sire Cédric. L’occasion de retrouver le duo atypique et tourmenté formé par Alexandre Vauvert et Eva Svärta.
A Paris, alors que le commandant Svärta et un collègue sont en planque à proximité du domicile d’Ismaël Costantin, un caïd de la Cité ayant fait main basse sur le marché de la drogue, le domicile de ce dernier est la proie des flammes. Dans le même temps à Toulouse, le commandant Vauvert enquête sur la disparition d’un homme d’affaire. Ils l’ignorent encore mais leurs deux enquêtes sont étroitement liées…
C’est le second roman, après De Fièvre Et De Sang, à mettre en scène le tandem Alexandre Vauvert / Eva Svärta (même si dans le présent roman c’est surtout Eva qui est mise en avant), la lecture du premier opus ne s’impose pas mais permet de mieux comprendre le lien entre Eva et Alexandre. Cerise sur le gâteau c’est un très bon bouquin, dommage de se priver de ce plaisir.
Avec ses deux flics Sire Cédric nous plonge en immersion dans le thriller gothico-fantastique ; un univers où le réel côtoie le surnaturel pour nous proposer des intigues aux ambiances uniques (esprits cartésiens stricts passez votre chemin, il faut un minimum d’ouverture d’esprit ou d’imagination pour apprécier pleinement la chose).
Si dans un premier temps les deux flics mènent leur enquête chacun de son côté on se doute bien que tôt ou tard les affaires vont se télescoper et que ce sera l’occasion de retrouvailles (tardives) entre Alexandre et Eva. Deux flics tourmentés comme je l’ai dit plus haut, des personnalités sombres et complexes qui tour à tour se complètent ou se rejettent, en perpétuelle lutte avec leurs démons intérieurs.
L’intrigue est ponctuée de flash-back permettant de suivre le parcours d’Ismaël Costantin (trafiquant de drogue notoire qui régnait en maître absolu sur une cité de la banlieue parisienne) et de Madeleine Reich (brillante femme d’affaire au passé mystérieux). Une intrigue au rythme et au suspense parfaitement maîtrisés, l’auteur nous mène là où il veut à son rythme (un rythme de plus en plus infernal soit dit en passant). Laissez vous guider par le maître des lieux, le voyage n’en sera que plus agréable (mais pas de tout repos). Tout ce que je peux vous dire c’est que Alexandre et Eva vont devoir se frotter à de la magie, pas de magie blanche, ni de magie noire mais de magie rouge, la magie du sang et de la mort (pour la petite histoire le descriptif de cette magie et le son fameux Voile m’a fortement fait penser au jeu Dragon Age Origins).
Le prochain opus, La Mort En Tête, m’attend bien sagement dans mon Stock à Lire Numérique, à moi de faire en sorte de l’en extraire avant qu’il ne retombe dans l’oubli… Mais avec les multiples aléas de la PàL il ne faut jurer de rien !