[BOUQUINS] Jeff Abbott – Downfall

J. Abbott - DownfallLa première escale de mon challenge retrouvailles se fera en compagnie de Jeff Abbott et son roman Downfall, troisième intrigue mettant en scène Sam Capra.
Quand une jeune femme débarque dans le bar de Sam Capra à San Francisco, poursuivie par deux hommes, il ne peut que s’interposer. Sam tue un des poursuivants et met le second en fuite, entre temps la supposée victime s’est éclipsée. Sam l’ignore encore mais il vient de mettre le doigt sur une menace de grande ampleur et de se faire des ennemis prêts à tout pour protéger leurs secrets…
[ALERTE SPOILER… A ne pas lire si vous n’avez pas lu Adrénaline et Last Minute] Depuis qu’il a retrouvé son fils, Sam Capra n’aspire qu’à mener une vie normale et tranquille à ses côtés. Même s’il a bien conscience de rester redevable à la Table Ronde sans qui ces retrouvailles n’auraient pas été possibles. En l’occurrence ce n’est pas son mystérieux employeur qui va le pousser à renouer avec le danger. [FIN D’ALERTE SPOILER]
Pourquoi changer une mécanique bien rodée ? L’auteur nous propose une intrigue bien ficelée (même si pas toujours totalement crédible), rythmée et riche en surprises et rebondissements. En proposant un nouvel ennemi à Sam il permet de renouveler le contexte (même si les Neuf Soleils ne sont jamais très loin) évitant ainsi toute impression de déjà-vu… D’autant que Bélias et son réseau vont constituer un challenge digne des compétences de notre ex-agent de la CIA.
Au niveau des personnages on retrouve bien entendu Mila, chargée par la Table Ronde de superviser Sam. Toujours adepte des entrées fracassantes même si elle est un peu plus en retrait dans ce roman. On rencontre brièvement Jimmy, son époux qui est aussi un cadre de la Table Ronde. Autre personnage phare de Table Ronde dans ce roman, Felix, le gérant du bar de San Francisco (mais je vous laisse découvrir tout ça par vous même).
Au niveau du style narratif on retrouve un récit à la première personne quand l’intrigue est vécue par Sam, et à la troisième personne le reste du temps.
On peut supposer (espérer) que l’auteur n’en a pas encore fini avec Sam Capra… pour notre plus grand plaisir. Supposition confirmée par l’existence d’un quatrième titre, Inside Man, publié en VO en juillet 2014. Y’a plus qu’à attendre sa sortie chez J’ai Lu (en espérant un travail de relecture après traduction plus abouti que sur Downfall, il restait quelques fautes grosses comme une maison).

[BOUQUINS] John Verdon – Il Faut Tuer Peter Pan

J. Verdon - Il faut tuer Peter PanJe l’espérais sans trop y croire, John Verdon l’a fait : Dave Gurney est de retour et il ne compte toujours pas vivre comme un paisible retraité rural. Il Faut Tuer Peter Pan, ainsi se nomme le quatrième opus des enquêtes de Gurney.
Dave Gurney est appelé à la rescousse par son ami, John Hardwick, ex-flic passé dans le privé. Hardwick est un avocat ont pour objectif de faire réviser le procès de Kay Spalter, emprisonnée pour le meurtre de son mari. Dans sa quête de la vérité Dave Gurney va rapidement se rendre compte que l’enquête a été bâclée, voire menée exclusivement à charge contre la suspecte. Mais plus son enquête avance, plus Gurney va se trouver face à de nouvelles questions…
C’est donc avec un réel plaisir que j’ai retrouvé les personnages de John Verdon. En effet Dave Gurney n’est pas le seul à revenir sur les devants de la scène, on retrouve bien entendu sa tendre moitié, Madeleine et leur relation fusionnelle même si parfois il y a quelques frictions. On peut la comprendre c’te brave Maddie, son époux semble prendre un malin plaisir à aller aux devants des emmerdes et à se mettre en danger (le thème est d’ailleurs largement abordé dans ce roman).
Puis il y a Kyle, le fils de Dave, qui tient de nouveau un rôle actif dans ce roman. Sans oublier l’inénarrable Hardwick avec sa grande gueule et son cynisme à toute épreuve. Mais le gros dur a su être apprivoisé par une nouvelle venue, Esti Moreno, une enquêtrice du NYPD tombée sous le charme rustique de Hardwick.
Au fil des pages vous croiserez de nombreux nouveaux personnages, notamment la famille Spalter dont aucun membre ne semble tourner totalement rond. Entre l’épouse accusée de meurtre qui fait montre d’une froideur à filer une pneumonie à un pingouin ; la fille, Alyssa, une camée totalement délurée qui ferait rougir la plus nymphomane des nymphos et enfin Jonah, le frère de la victime, un illuminé touché par la grâce (à moins que ça ne soit par le Dieu dollar).
Mais Gurney croisera aussi la route d’un flic ripoux et alcoolo, d’un mafieux grec et du plus redoutable et insaisissable des tueurs en série… Que du beau monde !
Du beau monde au service d’une intrigue en béton armé parfaitement maîtrisée par son auteur. Vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux en essayant de comprendre le fin mot de l’histoire ; l’auteur prend un malin plaisir à brouiller les pistes et à mettre ses enquêteurs face à des situations qui dépassent l’entendement. Complexe mais à aucun moment brouillon, au contraire c’est du mitonné aux petits oignons. L’auteur sait où il veut y aller et quand on le découvre on ne peut que se mettre une violente tape sur le front en s’écriant : « Bon sang mais c’est bien sûr ! » (à éviter en public).
Le titre peut surprendre mais quand vous découvrirez le fameux Peter Pan vous ne pourrez qu’acquiescer, le titre original, Peter Pan Must Die, est d’ailleurs de la même veine.
Bref je me suis régalé à la lecture de ce quatrième roman de John Verdon, une fois de plus le gars m’a bluffé et surpris. Et j’en redemande ! En espérant retrouver bientôt Gurney et sa fine équipe, il ne faudrait pas qu’il prenne goût à la retraite. En attendant j’ai décidé que j’allais rester dans le registre des retrouvailles littéraires…

[BOUQUINS] Stephen King – Mr Mercedes

S. King - Mr MercedesJe n’ai pas vraiment de planning établi pour extraire le prochain élu qui sortira de mon Stock à Lire Numérique, de vagues idées tout au plus… Par contre j’ai une certitude absolue, certains auteurs sont prioritaires dès qu’ils débarquent. C’est bien entendu le cas de Stephen King, pas moyen de décaler la lecture de Mr Mercedes, son dernier opus.
Avril 2009. Une Mercedes SL500 fonce dans une foule de demandeurs d’emplois, faisant un véritable carnage. Le chauffeur ne sera jamais identifié. Un an plus tard, Bill Hodges, l’inspecteur en charge de l’affaire, désormais retraité, reçoit une lettre du tueur. L’occasion pour l’ex-flic de reprendre la traque… Mais qui est le chat, et qui est la souris ?
Stephen King délaisse le fantastique pour nous plonger, une fois n’est pas coutume, dans un thriller pur et dur. Inutile de préciser que le King réussit à ferrer ses lecteurs dès les premières pages et les entraîne dans une course poursuite sous haute tension ; ça commence en douceur (exception faite de la scène d’ouverture qui saura vous glacer le sang) mais ça va crescendo. Petite mise en garde à l’attention des futurs lecteurs : vous avez intérêt à avoir le coeur bien accroché et les nerfs solides !
Dire que l’intrigue est totalement maîtrisée serait un doux euphémisme (on est avec le King, non mais allô quoi !) donc je ne m’étalerai pas d’avantage… A force de chroniquer des romans de Stephen King ça devient difficile d’innover dans les éloges !
Comme souvent (pour ne pas dire toujours) l’auteur porte une attention toute particulière à ses personnages. Dans le coin droit nous avons Bill Hodges, flic à la retraite qui s’emmerde en broyant du noir devant la TV ; pour lui la traque va être comme un second souffle, et de fait il va s’y impliquer à fond. Dans le coin gauche se trouve Barry Hartsfield, un psychotique psychopathe qui va se retrouver pris à son propre jeu. Tour à tour ils seront soit le prédateur, soit la proie. Bien que le récit soit entièrement rédigé à la troisième personne, l’auteur nous fait vivre l’intrigue par le biais de ses deux acteurs principaux.
Les autres personnages ne sont pas pour autant laissés pour compte, tous bénéficient des mêmes attention. Je pense notamment à Jerome, Janey et Holly (par ordre d’apparition).
Peut être pas le meilleur Stephen King mais ça reste du très haut de gamme ! Bonne nouvelle pour les fans, c’est le premier opus d’une trilogie… Et, cerise sur le gâteau, Mr Mercedes va bientôt être décliné en mini-série TV.

[BOUQUINS] Dan Smith – Le Village

D. Smith - Le VillageDifficile de ne pas succomber à l’appel des nouveautés quand il s’agit de piocher notre prochaine lecture, du coup les titres les plus anciens s’enfoncent encore un peu d’avantage dans les méandres de la PàL, jusqu’à disparaître dans les limbes de l’oubli. Heureusement de temps en temps une lecture commune permet à ces bouquins, injustement oubliés, de refaire surface. C’est ainsi que Le Village de Dan Smith a pu retrouver le chemin vers la lumière et arriver entre mes mains.
Hiver 1930. Vyriv, Ukraine. Lors d’une sortie chasse, Luka, un vétéran de la guerre civile russe, et ses deux fils tombent sur un homme à l’agonie, dans le chariot de l’homme deux enfants, morts, assassinés. Luka décide de venir en aide à l’homme, mais l’arrivée de cet étranger et des deux enfants morts dans le village ne va pas être sans conséquence au sein d’une communauté déjà menacée par l’arrivée imminente de l’Armée Rouge…
Avant de rentrer dans le coeur du sujet il me semble important de bien situer le contexte historique. Staline est aux commandes de la Russie, il impose sa vision d’un communisme déshumanisé, multipliant les chasses à l’homme pour X raison (opposants politiques, poètes, curés, intellectuels, propriétaires terriens… tout file dans le même goulag) et sa politique de collectivisation à tout bout de champs. Ceux qui vivent, ou plutôt survivent, dans les zones encore épargnées par sa tyrannie dévastatrice, savent que chaque jour les rapproche de l’inéluctable purge menée par ses troupes. Bref le climat idéal pour que la paranoïa règne sans partage.Et dire que aujourd’hui certains ukrainiens sont nostalgiques de la Russie, il doit vraiment leur manquer des neurones, à moins qu’ils n’aient abusé de vodka frelatée… C’est un peu comme si des polonais se mettaient à regretter l’Allemagne nazie.
Ensuite le décor joue aussi un rôle primordiale, l’hiver au fin fond de l’Ukraine c’est limite décor post apocalyptique tellement la nature est hostile. Bin oui n’allez pas croire que tout le bouquin se passe dans le village, assis au coin du feu… que nenni, direction la steppe enneigée pour une chasse à l’homme pour le moins éprouvante et riche en rebondissements..
Du coup forcément dans un contexte et un environnement pareil il n’y a pas d’autres choix que de s’endurcir pour survivre, Luka l’explique d’ailleurs fort justement à l’un de ses fils : « Les faibles femmes, chez nous, ça n’existe pas. Quant aux hommes d’ici, ils sont capables de transformer leur cœur en pierre. » Et en effet les personnages qui peuplent ce récit ne sont pas des pieds tendres, Luka n’échappe pas à la règle, il peut parfois se montrer dur même s’il essaye de rester humain et juste, en prise permanente avec son passé de soldat et les souvenirs qui le hantent.
Au cours de la traque chacun devient tour à tour chasseur et proie, mûs par une même détermination, survivre… et éliminer l’autre. Chaque fois qu’une embellie semble vouloir se pointer, c’est un autre cauchemar qui commence pour Luka.
Le choix d’un récit à la première personne nous plonge encore plus intensément au coeur de l’intrigue. Il faut dire que l’auteur n’y va pas de mains mortes quand il s’agit de jouer avec nos nerfs et nos émotions. Il m’a fallu un peu de temps pour entrer pleinement dans l’intrigue (on va dire les cinq premiers chapitres, sur les trente six que compte le bouquin) mais une fois ferré je n’ai lâché temporairement le bouquin qu’à regrets, n’ayant qu’un hâte : y retourner au plus vite.
Le Village (titre original The Child Thief) est le premier roman de Dan Smith traduit en français, un subtil mélange entre thriller, roman noir et roman historique hautement addictif. J’espère que ses autres titres seront bientôt disponibles en français, inutile de préciser qu’après un tel coup de coeur ma curiosité en alerte rouge…

Orcus Morrigan – Manhattan Carnage

O. Morrigan - Manhattan CarnageJ’ai terminé 2014 avec les vampires façon David S. Khara, je commence 2015 en restant en compagnie de morts-vivants, mais cette fois en version viande avariée. Place en effet aux zombies à la sauce Orcus Morrigan avec Manhattan Carnage.
Orcus Morrigan compte parmi les nombreuses victimes des attentats du 11 septembre 2001. Sauf qu’il reprend connaissance une semaine plus tard face au Diable qui lui propose de travailler pour lui au sein de son armée de zombies ; Orcus accepte le deal. Il enchaîne donc les missions pour son sinistre employeur mais rapidement les choses vont se corser…
Comme vous pouvez le constater je reste aussi dans l’Amérique post 11 septembre, sauf que présentement l’auteur se contrefout de l’authenticité, on flirte même avec l’uchronie. Mais attention ce n’est pas une critique négative, au contraire on se régale avec une intrigue complètement déjantée qui nous fera croiser quelques grands noms de l’époque (et même d’avant puisque l’on croisera notamment François Villon et Leonard de Vinci, en version zombie).
De même l’auteur se joue des règles inhérentes à la littérature zombie, il les fracasse même en les démontant avec une logique implacable. La série The Walking Dead est d’ailleurs souvent citée en exemple, ce qui en soi est déjà anachronique, l’action est sensée se dérouler en 2002 alors que la série n’a vu le jour qu’un 2010 (même les comics ne sont apparus qu’en 2003).
D’Orcus Morrigan, l’auteur, je ne peux rien vous dire. Si ce n’est que nul éditeur n’a osé publié son roman outre-Atlantique… Il faut dire que le sieur Morrigan fait dans le politiquement incorrect, cash et trash (à ne pas mettre entre toutes les mains). Tout ce qu’il faut pour choquer le puritanisme hypocrite et bien pensant yankee.
Par contre je vous invite vivement à découvrir les aventures d’Orcus Morrigan, le zombie. Aventures narrées par lui même vu qu’une majeure partie du bouquin est écrite à la première personne. Le langage de notre ami en voie de décomposition est plutôt fleuri et il ne manque ni d’humour (noir de préférence), ni de cynisme.
Un grand merci à l’Atelier Mosésu (éditeur) et à Maxime Gillio (traducteur) de nous offrir ce petit bijou, jouissif à souhait tant il sent le soufre. J’ai hâte de retrouver Orcus Morrigan pour ses prochaines missions, et oui Manhattan Carnage est le premier opus d’une série qui nous réserve encore bien des surprises (le premier chapitre du second volume est offert en bonus à la fin du bouquin).
Un bémol ? Non aucun à part peut être quelques défauts mineurs sur la version numérique (des sauts de lignes mal placés exclusivement). Ah si, c’est trop court (à peine 222 pages), mais qu’est ce que c’est bon (ça compense) !
Petit plus non négligeable pour le lecteur numérique, l’éditeur joue clairement le jeu du numérique, le bouquin en version papier est vendu à moins de 10 € alors que l’ebook est à moins de 5 €. A croire qu’il n’y a que les éditeurs modestes qui ne prennent pas le lecteur pour une vache à lait…

[BOUQUINS] George RR Martin – Skin Trade

GRR Martin - Skin TradeComme je l’avais indiqué dans ma chronique du Volcryn, j’ai l’intention de poursuivre ma découverte de l’oeuvre de George RR Martin en dehors du Trône De Fer. Après la science-fiction, place au fantastique avec Skin Trade.
Randi Wade, détective privée, est contactée par un ami afin d’enquêter sur le meurtre sauvage d’une jeune femme qu’il connaissait. Au fil de son enquête Randi va découvrir que les circonstances de la mort ne sont pas sans rapport avec le meurtre de son propre père vingt ans plus tôt…
Publié en 1989 et gagnant du World Fantasy Award du meilleur roman court la même année, il faudra pourtant attendre 2012 pour que le roman soit enfin traduit en français par ActuSF et réédité par J’Ai Lu en 2014.
Avec ce court roman George RR Martin s’essaye au thriller fantastique, et le résultat est plus que convaincant même si j’aurai apprécié quelques pages de plus afin de nous éclairer sur certains points de l’intrigue.
L’auteur s’attaque à un thème considéré comme un classique du genre puisque la lycanthropie est à l’honneur (on le devine avant qu’il ne soit fait directement mention dans le roman… la couv’ aide un peu). GRR Martin réussit à revisiter le mythe du loup-garou tout en lui restant fidèle.
En l’espace de quelques pages (154 pour être précis) les personnages sont soignés, notamment Randi et son ami, Willie. De même l’intrigue est rondement menée, pas le temps d’une enquête poussée, on va à l’essentiel. Au final la sauce prend plutôt bien, mais on sent un potentiel inexploité malgré tout.
Quelques pages de plus sur l’historique du loup-garou et sa montée en puissance en ville auraient été bienvenues, mais ma plus grande frustration vient plutôt de l’absence totale d’explications concernant l’Ecorcheur. Cerise sur le gâteau, une fin plus aboutie n’aurait pas été un luxe.
Je ne sais pas encore quel sera le prochain titre de l’auteur qui passera au grill mais soyez assuré que je ne suis pas encore décidé à lâcher le morceau. Je n’en ai pas fini avec vous Monsieur Martin (sans parler du Trône de Fer).

[BOUQUINS] Josh Malerman – Bird Box

J. Malerman - Bird BoxIl est rare que j’achète un bouquin uniquement au vu des critiques quasi unanimes qu’il reçoit des lecteurs, et pourtant force est de reconnaître qu’en m’offrant Bird Box de Josh Malerman, je ne savais pas vraiment dans quoi je mettais les pieds (responsable initiale du craquage : Cajou).
Malorie élève seule ses deux jeunes enfants dans un monde hostile, ils ne sortent que quand c’est absolument nécessaire, et dans ces cas là ils doivent impérativement se couvrir les yeux d’un bandeau opaque. C’est dans ces conditions extrêmes que Malorie décide de prendre la fuite avec ses enfants…
L’auteur réussit dès les premières pages à imposer une ambiance pour le moins angoissante en n’identifiant pas clairement ce qui menace les survivants. Histoire de rendre les choses encore plus impersonnelles les enfants sont baptisés simplement Garçon et Fille. De fait on ressent le même trouble qu’en lisant La Route de Cormac McCarthy (on retrouve aussi comme point commun entre les deux romans la fuite vers un hypothétique avenir meilleur) ; vous avouerez que pour un premier roman c’est plutôt pas mal comme comparaison.
Les chapitres alternent entre les événements présents (quatre ans après le début de l’épidémie) et le parcours de Malorie, de l’apparition des premiers cas à la naissance des enfants alors que le « Problème » (un doux euphémisme pour désigner un truc qui a décimé la quasi totalité de l’humanité) est à son apogée.
La partie « actuelle » baigne dans une angoisse omniprésente, invisible mais palpable. Les flashbacks quant à eux vous font vivre la montée en puissance de cette angoisse.
L’auteur fait preuve d’une remarquable maîtrise quand il s’agit de jouer avec nos nerfs. Sa grande force, à travers ce roman, est de tout miser sur la suggestion, comme les personnages vous évoluerez dans l’intrigue en aveugle (c’est à peine si vous n’en viendrez pas à guetter le moindre bruit suspect). Un défi relevé haut la main, le sentiment de malaise ne vous quittera pas au fil des pages, au contraire il ne fera que s’insinuer en vous, encore et encore. Et c’est là le second tour de force de l’auteur, à aucun moment le soufflé ne retombe, une fois qu’il nous a ferré il ne nous lâche plus. Une fois que vous aurez ouvert ce livre vous serez condamné à ne plus le lâcher avant sa conclusion.
L’essentiel de l’intrigue repose sur Malorie, une mère courage prête à tout pour offrir un ailleurs meilleur à ses enfants. Par moments elle peut sembler dure, voire insensible, mais on se rend rapidement compte que c’est pour eux, pour leur survie, qu’elle se comporte ainsi. Puis il y a les enfants bien sûr, à quatre ans ils n’ont jamais rien connu d’autre que ce monde dans lequel ils ne peuvent compter que sur leur ouïe pour survivre.
Toute la partie concernant la traversée de la rivière nous propose un huis-clos à ciel ouvert particulièrement oppressant. ; ça peut sembler paradoxal mais pas tant que ça si l’on considère que les personnages sont enfermés dans les ténèbres.
Si je devais classer ce bouquin dans un genre prédéfini j’opterai pour la science-fiction du fait de l’aspect post-apocalyptique, mais il pourrait tout aussi bien trouver sa place au rayon des thrillers psychologiques (nul doute qu’il vous foutra les nerfs en pelote). A vrai dire le choix SF m’arrange pour l’inscrire comme invité surprise de mon challenge 100% science-fiction.
Si Josh Malerman n’exclut pas de proposer une suite à Bird Box, il reconnait aussi avoir d’autres projets en tête. Je suppose que tout se jouera selon son inspiration (et éventuellement la pression de son éditeur). Pour ma part j’estime qu’une suite ne s’impose pas, si toutefois elle devait voir le jour alors soyez assuré que je me jetterai dessus avec avidité. A vrai dire je compte bien surveiller les prochains bouquins de l’auteur, qu’ils soient ou non liés à Bird Box.
Si vous pensez avoir déjà tout vu / tout lu en matière de post-apocalyptique, je vous invite à vous plonger dans ce roman, il devrait fortement ébranler vos certitudes et surtout vous procurer une sensation de lecture assez unique en son genre.
Les studios Universal ont d’ores et déjà acheté les droits pour une adaptation au ciné, en l’état actuel des choses on sait juste que le scénario a été confié à Eric Heisserer (scénariste des remakes de Freddy et The Thing ou encore, dans un registre plus inspiré, du film Hours dont il est aussi réalisateur). J’espère retrouver dans le film, s’il voit le jour, la même tension psychologique plutôt que des effets visuels à gogo…

[BOUQUINS] Dan Simmons – Collines Noires

D. Simmons - Collines NoiresVoilà un titre qui doit sa promotion au sein de mon Stock à Lire Numérique grâce à un Book Club. Même si je reconnais volontiers que Collines Noires, de Dan Simmons, m’intriguait je comptais le lire quand j’aurai un creux dans mon programme. Le hasard en ayant décidé autrement, place à ma chronique.
Lors de la bataille de Little Big Horn (1876), le jeune Paha Sapa (Collines Noires), un indien lakota, entre en contact avec le général Custer agonisant. L’esprit du général pénétré celui du jeune indien qui va devoir apprendre à cohabiter avec cet hôte indésirable. Désormais d’un simple toucher, Paha Sapa peut connaître le passé et l’avenir de chacun. 1936, Paha Sapa travaille comme dynamiteur sur le site du mont Rushmore qui va bientôt abriter les bustes géants des Pères Fondateurs (Lincoln, Washington, Jefferson et, plus tard, Roosevelt). Le viel indien rêve de faire sauter ce symbole de la suprématie de l’homme blanc qui souille un territoire sacré pour les Lakotas…
Oui je sais que ça fait un peu long comme présentation, mais j’ai fait cours par rapport à la quatrième de couv’. Pas simple de résumer en trois lignes un roman aussi dense. Et encore vous n’avez rien vu !
Je n’oserai pas prétendre connaître l’oeuvre de Dan Simmons (je n’ai lu que L’Echiquier Du Mal et Flashback à ce jour) mais il ne me semble pas exagéré d’affirmer qu’elle s’inscrit clairement dans le genre SFFF. Dans Collines Noires le fantastique n’occupe qu’une place infime, l’auteur nous livre une fresque historique s’étalant essentiellement de 1876 à 1936. Un roman qui a dû lui demander un travail de titan en matière de recherche et de documentation (voir la liste impressionnante d’ouvrages cités dans les remerciements) sur cette période et sur les us et coutumes des indiens Lakotas. A ce titre ce bouquin est une mine d’informations pour le profane ou le simple curieux. La fiction côtoie l’Histoire (et de fait certains personnages historiques) pendant une période cruciale de la construction des Etats-Unis et de l’anéantissement d’une culture.
Si vous espérez un page-turner passez votre chemin. Collines Noires demande un certain investissement personnel en terme de temps, prenez votre temps pour l’apprécier et le digérer, lentement mais surement. Si vous cherchez à le lire à toute berzingue vous finirez par ne plus rien y comprendre et renoncerez au bout de quelques chapitres. D’autant que la chose fait quand même 544 pages et est divisée en chapitres longs ; pas de quoi inciter à une lecture expresse, heureusement que c’est bien écrit. On progresse lentement mais on prend un réel plaisir à découvrir l’intrigue concoctée par Dan Simmons.
Les chapitres (25) alternent entre le passé de Paha Sapa (un parcours mouvementé ponctué par quelques rencontres avec ceux qui ont écrit une page de l’Histoire) et son présent (en 1936). L’ordre chronologique n’est pas toujours de rigueur mais ça ne nuit en rien au roman, l’auteur sait y faire pour que l’on ne se sente jamais largué. Les chapitres 5, 10, 15 et 20 sont en fait des lettres fictives écrites par George Armstrong Custer et adressées à son épouse Libbie (Elizabeth Bacon).
L’histoire (et l’Histoire) est captivante même si parfois on a un peu l’impression d’être devant un reportage de Discovery Channel sur les indiens d’Amérique. Plus d’un mois pour lire un bouquin ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé (surtout pour un titre qui m’a vraiment plu) ; mon emploi du temps professionnel dopé aux hormones ne justifie pas à lui seul ce délai comme expliqué plus haut.
Je vous invite à survoler l’épilogue qui n’apporte aucun plus au reste du roman, au contraire il est parfois trop didactique ; laissez plutôt oeuvrer votre imaginaire. Si vous voulez vous plonger dans une roman qui vous invite à l’évasion, dans l’espace et le temps, alors Collines Noires et fait pour vous… mais prenez le temps de le déguster. Heureusement, Dan Simmons est un formidable conteur.
L’auteur a fait le choix de conserver certains termes en langue lakota et propose un glossaire en fin de roman afin de retrouver la correspondance en français. Au début c’est un peu délicat mais on s’y fait vite, d’autant que, pour ne pas casser le rythme, Dan Simmons propose parfois la traduction immédiatement après le terme d’origine. Bien entendu la traductrice a respecté ce choix. Par contre là où le bât blesse au niveau de la traduction, c’est quand la traductrice françise les noms anglais des personnes et des lieux… parfois ça pique les yeux. Ainsi les chefs Sioux, Sitting Bull et Crazy Horse, deviennent Bison-Assis et Cheval-Fou, les sites des batailles de Greasy Grass, les Herbes Grasses et Little BigHorn le Grand Mouflon (erreur flagrante de traduction, il eut fallu indiquer Petit « Little » Mouflon « Bighorn »)… La palme d’or revient à un chaman qui se retrouve affublé du doux sobriquet de Long-Etron, on est passé à deux doigts de Grosse-Merde (coup de bol ça semble être un personnage fictif). Il eut vraiment été plus judicieux de garder les noms anglais pour tous les noms propres.

[BOUQUINS] Bill Loehfelm – Face Au Mal

B. Loehfelm - Face Au MalMa PàL papier diminue aussi vite que mon Stock à Lire Numérique augmente, ça me donne l’occasion d’aller piocher dans les achats France Loisirs laissés (à tort ou à raison ?) en stand-by. C’est donc au tour de Face Au Mal de Bill Loehfelm de passer sur le grill.
Maureen, serveuse dans un club de Staten Island, surprend à la fin de son service son patron et Frank Sebastian, un politicien qui a le vent en poupe, dans une situation plus que compromettante. Le lendemain elle apprend que son boss est mort dans des circonstances louches. Quand des gros bras de Sebastian débarquent chez elle, elle réalise alors qu’elle est la prochaine sur la liste. Sur qui peut elle vraiment compter face à un ennemi aussi puissant que Sebastian ?
Encore une avant-première France Loisirs, mais depuis le temps qu’il prend la poussière dans ma PàL je suppose que le bouquin est dispo en librairie depuis un moment. Quoi qu’il en soit autant jouer cartes sur table d’entrée de jeu : ce bouquin n’a rien d’exceptionnel, si vous le ratez vous ne perdrez pas grand chose…
L’intrigue me semblait prometteuse, quoique relativement classique, mais son traitement manque cruellement de profondeur et de surprises. L’auteur arrive à nous donner l’envie de connaître le fin mot de l’histoire mais sans plus.
Les personnages sont creux et ridiculement manichéens (à peut être celui de l’inspecteur Waters, le seul qui ait un semblant de consistance). Sebastian est l’archétype du méchant pas beau de série B, sadique, pervers, sûr de lui, ambitieux… au point d’en devenir stupide. Le pire dans l’affaire reste le personnage de Maureen, alors qu’elle aurait mérité le plus d’attention de la part de l’auteur (après tout c’est son perso principal), tout en elle sonne creux, on frôle le trou noir. Difficile d’avoir une quelconque empathie pour une palourde échouée sur le sable chaud à marée basse…
C’est le troisième roman de Bill Loehfelm et le premier traduit en français, on ne peut pas vraiment dire que la mise en bouche soit une réussite. Pas certain d’avoir envie d’aller en avant dans l’univers littéraire de l’auteur. On ne peut pas viser juste à tous les coups… Heureusement les top sont plus fréquents que les flop !

[BOUQUINS] Peter Stenson – Déchirés

P. Stenson - DéchirésC’est en parcourant le catalogue des éditions Super 8 que j’ai découvert ce roman et presque instantanément craqué pour ce titre. Qui plus est il fait un parfait invité surprise pour mon challenge zombies. Plein de bonnes raisons qui font que Déchirés de Peter Stenson s’est retrouvé propulsé au sommet de mon Stock à Lire Numérique.
Chase et son pote, Sténo, sont tous les deux des junkies accros à la méth. Après une semaine à planer dans les brumes de cristal, ils réalisent que quelque chose ne tourne pas rond… Et pour cause, ils se retrouvent au coeur d’un chaos apocalyptique où les zombies jouent les invités surprises. Des invités affamés de chair fraîche…
La quatrième de couv’ présente le bouquin comme un mix entre les séries Breaking Bad (entendu parler mais jamais vu) et Walking Dead (complètement fan). Une chose est certaine ce roman propose une approche totalement originale (et délirante) de l’Apocalypse Z.
L’auteur nous plonge dans le grand bassin dès les premières page avec une gosse zombifiée qui attaque et bouffe un rottweiler (à ne pas confondre avec le Trierweiler). Amis des bêtes rassurez vous, quelques pages plus tard ce sont des chats qui bectent joyeusement leur maîtresse morte. Un partout, balle au centre.
N’allez pas pour autant vous imaginer que ce bouquin est une grossière parodie de la littérature zombie (un genre qui a le vent en poupe depuis quelques années). Certes l’humour (souvent noir) est bel et bien présent (voire omniprésent) mais les fondamentaux du genre sont respectés. Un mix osé entre humour et horreur sans jamais virer à la farce, le rire et le gore font bon ménage au fil des pages. Un choix original parfaitement maîtrisé par l’auteur, pour notre plus grand plaisir.
La première originalité du bouquin tient de ses deux héros, une paire de bras cassés camés jusqu’aux yeux. Qui plus est les survivants qu’ils croisent ont eux aussi un gros faible pour la méth : la conclusion s’impose d’elle même pour Chase : « Tous ceux qui sont encore en vie sont accros à la méthamphétamine« . Rassurés par cette conclusion (à moins que ce ne soit l’essence même de la pensée junkie), en plus de leur survie nos deux comparses vont devoir assurer leur ravitaillement en méth.
Les zombies version Peter Stenson ne sont guère différents de ceux que l’on peut croiser ailleurs (ciné, tv ou bouquins), si ce n’est qu’au lieu des grognements habituels ils ont opté pour le ricannement. Leur petit nom ? Les Morbacs, pour Morts-back.
Ecrit à la première personne l’auteur nous fait partager les événements vus par Chase, un style très imagé (par exemple « Des morceaux de chair se détachent de son visage comme de fines tranches de kebab« , ou encore « Ça sent comme un cunni pendant les règles« …) et des pensées pas toujours des plus lucides.
Toujours au niveau du style et de l’écriture les dialogues ne sont pas marqués par des guillemets ou des tirets ; ça surprend un peu au début mais finalement ça contribue à rendre le récit plus vivant, comme si Chase te le racontais de vive voix.
L’auteur nous offre une véritable cocotte-minute, ça commence doucement puis la pression monte progressivement jusqu’à un final qui nous explose littéralement à la gueule (oui je sais que ce n’est pas censé être le cas des cocottes-minute, on va dire qu’elle avait un défaut de fabrication).
Un bouquin qui se hisse tout de suite sur les plus hautes marches de la littérature zombie, non seulement il devrait séduire les adeptes du genre mais aussi attirer un public plus large (et pourquoi pas convertir de nouveaux adeptes). Un genre encore réservé à un public limité, méconnu et souvent méprisé (surtout par ceux qui ne le connaissent pas) ; je suis loin de prétendre être un expert en la matière mais depuis le début de mon challenge zombies j’ai découvert des bouquins bien plus profonds qu’il n’y paraissent et offrant tous une approche différente.
Deuxième titre que je lis des éditions Super 8 et deuxième coup de coeur, il m’en reste deux en stock (sur cinq sortis à ce jour, c’est un score honorable). Sans parler des prochains titres annoncés qui promettent d’être tout aussi savoureux… Bon, sur ce, j’y retourne !