[BOUQUINS] Alastair Reynolds – Vengeresse

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A. Reynolds - Vengeresse

Titre : Vengeresse
Auteur : Alastair Reynolds
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2018
Origine : Angleterre (2016)
408 pages

De quoi ça cause ?

Adrana et Arafura Ness, deux soeurs, intègrent, contre l’avis de leur père, l’équipage du Monetta, un voilier solaire commandé par le capitaine Rackamore. Leur tâche : apprendre à parler aux os et permettre ainsi au capitaine de diriger son vaisseau sur les écrins les plus rentables et assurer la sécurité de l’expédition.

Mais les écrins et leurs richesses attisent aussi la convoitise des pirates qui préfèrent attaquer un équipage sur le retour et les dépouiller sans avoir à s’exposer aux dangers des écrins. Pour les bâtiments de la Congrégation, il n’y de pires perspectives que de croiser la route du Voilier-Noir et de son impitoyable capitaine, la redoutable et redoutée Bosa Sennen…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un bail que je n’ai pas plongé le nez dans un roman de science-fiction. Il s’avère que j’ai flashé sur la couv’ de celui-ci.

D’autre part le mélange de science-fiction et de flibusterie sur fond d’un space opera avait de quoi titiller ma curiosité.

Ma chronique

Alastair Reynolds est réputé pour appartenir à l’école hard SF (à partir des connaissances scientifiques actuelles on extrapole leur possible évolution future permettant ainsi de définir un éventuel futur plausible), avec Vengeresse il change de registre pour un space opera nettement plus abordable pour le grand public. Un pari gagnant puisque le roman a été récompensé en 2017 du Locus Award du meilleur roman young adult (même si ni l’auteur ni l’éditeur n’ont classé le roman dans cette catégorie).

De fait l’auteur nous plonge dans un futur lointain (très, très lointain), au cœur d’un univers qui a ses propres règles de fonctionnement, sans vraiment s’appesantir sur la question ; le lecteur est mis devant le fait accompli (c’est comme ça, point barre), du coup il faut un petit moment pour vraiment entrer au cœur du récit. Soyez assurés qu’une fois vos repères trouvés (et ça vient assez vite finalement), la magie opère et l’on se laisse guider par l’imagination d’Alastair Reynolds.

Plutôt que de prendre le risque de vous gâcher l’effet de surprise et le plaisir de la découverte (bon OK, aussi un peu parce que je suis en mode grosse feignasse aujourd’hui), je ne m’épancherai pas sur les fondamentaux de cet univers. Disons simplement que la Congrégation est le résultat de treize Occupations successives (ou vagues extra-terrestres, plus ou moins hostiles) et que chacune a laissé des traces technologiques de son passage.

C’est le premier roman que je lis de cet auteur et ne revendiquant aucune affection particulière pour la hard SF je me suis lancé sans le moindre a priori. Le mélange des genres entre SF et flibusterie avait titillé ma curiosité, force est de constater que le charme a opéré chez moi ; cette chasse au trésor version futuriste et interplanétaire m’a emballé (même si j’aurai apprécié que certains éléments de l’intrigue soient un peu plus développés).

Le récit est écrit à la première personne, c’est Arafura ‘Ara’ Ness qui nous fait vivre l’intrigue de son point de vue. Un choix qui contribue à dynamiser le récit même si cela se fait au détriment des personnages qui manquent parfois de profondeur. On assiste certes à l’évolution d’Ara au fil de son aventure, mais les autres sont un peu laissés pour compte. Peut-être un choix délibéré de l’auteur compte tenu du jeune âge de sa narratrice (au début du roman elle n’est pas encore majeure).

J’espérais beaucoup du personnage de Bosa Sennen et sur ce point la sauce a eu du mal à prendre. Certes elle ne manque de cruauté, mais c’est limite surjoué et cliché (la truffe qui parle d’elle à la troisième personne, elle se prend pour Jules César l’autre). Qui plus est on devine rapidement qui elle est (ou a été) avant de devenir Bosa Sennen.

Un roman de SF clairement orienté grand public qui aurait gagné à être un peu plus étoffé. À ce titre je peux comprendre qu’il ait pu surprendre, voire décevoir, les puristes, notamment les fans d’Alastair Reynolds. D’un autre côté c’est peut-être aussi l’occasion d’attirer un public moins élitiste (n’y voyez là aucune consonance péjorative) vers la SF.

D’ores et déjà une suite est annoncée pour début 2019 (en VO), espérons que Bragelonne nous proposera une traduction française rapidement (Vengeresse est paru en 2016, il a fallu attendre 2018 pour le découvrir en VF). Pas de cliffhanger haletant à la fin de ce roman, la première phase de l’histoire est bouclée, la suite devrait donc donner à l’intrigue une tout autre dimension tout en restant dans la continuité de l’intrigue.

Ce premier tome est une sympathique introduction à un univers potentiellement prometteur, au vu des questions restées sans réponse en refermant le bouquin, gageons que la suite ne pourra qu’être plus consistante. Est-ce qu’un second tome suffira à boucler la boucle ou va-t-on s’orienter vers une trilogie (et plus si affinités) ? À l’heure qu’il est je pense que seul Alastair Reynolds est en mesure de répondre à cette question…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Graeme Macrae Burnet – La Disparition D’Adèle Bedeau

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G. Macrae Burnet - La Disparition D'Adèle Bedeau

Titre : La Disparition D’Adèle Bedeau
Auteur : Graeme Macrae Burnet
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Écosse (2013)
288 pages

De quoi ça cause ?

Quand Adèle Bedeau, la jeune et jolie serveuse du restaurant de la Cloche, disparaît, l’inspecteur Gorski, chargé de l’enquête, s’intéresse de près aux habitués de l’établissement. Et tout particulièrement à Manfred Baumann, un jeune homme timide et réservé, voire taciturne.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

A la base parce que c’est Sonatine, donc une valeur sûre. Un titre sollicité et obtenu via Net Galley en avant-première (parution le 30 août 2018).

Ma chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley d’avoir donné une suite favorable à ma sollicitation et me permettre ainsi de découvrir ce titre en avant-première.

A en croire la préface de l’auteur, le roman La Disparition D’Adèle Bedeau, écrit par un modeste auteur français, Raymond Brunet et édité par Gaspard-Moreau, est paru en 1982. Puis ça a été un film réalisé par Claude Chabrol en 1989. En 2013, l’auteur écossais, Graeme Macrae Burnet, sort une traduction anglaise du roman sous le titre The Disappearance Of Adèle Bedeau. Et donc en 2018 Sonatine nous propose de découvrir ce titre (re)traduit par Julie Sibony.

Quelle histoire ! Et quel parcours hors du commun… Stooop ! On arrête de s’extasier et de superlater (qui a dit que ce mot n’existait pas ?), tout ça, c’est du vent, du bidon, du concentré de portnawak. C’était un peu gros comme une maison cette histoire et pourtant je suis moi aussi tombé dans le panneau avant d’appeler mon ami Google à la rescousse et de découvrir le poteau rose (oui je sais, on dit pot aux roses, mais j’avais envie de changer un peu). Et pourtant l’auteur (le vrai, Graeme Macrae Burnet) nous donne un indice relatif à sa supercherie à la fin de sa préface…

Bien malin le lecteur, ou la lectrice, qui pourra avec certitude situer ce récit dans le temps. Pour ma part je dirai que l’intrigue ne se déroule pas de nos jours (il manque notamment trop de technologies modernes qui font aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien), je serai tenté de la situer entre la fin des années 70 et le début des années 80 (ce qui collerait plutôt bien avec la vraie fausse histoire du roman). Une impression renforcée par le charme suranné qui se dégage de l’écriture de Graeme Macrae Burnet.

Bienvenu à Saint-Louis, petite ville (bien réelle) du Haut-Rhin (Alsace), frontalière de la Suisse et de l’Allemagne. Un petit bled provincial où il n’arrive jamais rien, alors pensez bien qu’une serveuse qui disparaît du jour au lendemain ça défraye la chronique et ça fait jaser la populace… Forcément dans ces petits bourgs très (trop ?) tranquilles tout se sait, à défaut de savoir, laissons la rumeur faire son office.

Si la pseudo genèse du bouquin est pour le moins atypique, le roman en lui-même l’est tout autant. Pas tout à fait un roman noir, pas tout à fait un roman policier et un peu des deux en même temps. À la fois thriller psychologique et chronique provinciale socio-psychologique.

Une histoire qui ne prête pourtant pas à sourire, mais traitée avec un certain humour (noir) et beaucoup de savoir-faire. Mais ce bouquin est aussi et surtout la rencontre entre deux personnages qui semblent avoir bien du mal à trouver leur place dans la société, mais se fondent parfaitement dans le décor et l’intrigue imaginés par l’auteur.

Manfred Baumann est un jeune cadre d’un naturel très réservé, il vit sa vie dans son coin avec des principes et des rituels immuables. Sa timidité maladive le pousse à prendre ses distances avec les autres aux yeux de qui il passe au mieux pour un asocial, au pire pour un type imbu de lui même. Du coup quand la police s’intéresse d’un peu trop près à lui suite à la disparition d’Adèle, il devient d’une paranoïa quasi maladive.

Georges Gorski est inspecteur à Saint-Louis hanté par une affaire de meurtre survenue vingt ans plus tôt ; une enquête considérée pourtant comme résolue, mais le policier est convaincu que le véritable assassin est passé entre les mailles de la justice. Quelque part pour lui la disparition d’Adèle est l’occasion de s’absoudre de cette « erreur ».

Graeme Macrae Burnet signe là un premier roman (même s’il a été publié en France après son second roman) comparable à nul autre, un bouquin qui bénéficie d’un cachet unique, baigné d’une ambiance à la fois kitsch et sombre. Une lecture qui ne devrait laisser personne indifférent.

Pour la petite histoire, le personnage de Georges Gorski sera de retour dans le prochain roman de l’auteur (non encore disponible en français).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Rebecca Fleet – L’Echange

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R. FLeet - L'Echange

Titre : L’Echange
Auteur : Rebecca Fleet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2018
Origine : Angleterre
336 pages

De quoi ça cause ?

Caroline et Francis s’offrent une semaine de vacances via un site d’échange de maison. Une semaine pour se retrouver après que le couple ait traversé des moments difficiles.

À peine entrée dans leur maison de vacances, Caroline ressent une impression de malaise qu’elle ne peut s’expliquer ; elle comprend peu à peu que de petits détails semés çà et là dans cette maison la renvoient au souvenir de la période la plus sombre de leur vie de couple, à ce moment d’égarement qu’elle voudrait oublier faute de pouvoir l’effacer de sa vie.

Et pendant ce temps-là, leur hôte prend ses aises chez Caroline et Francis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire et que je ne désespère pas de remonter, lentement mais surement, mon retard leur catalogue… Vu le rythme de croissance de mon Stock à Lire Numérique, c’est loin d’être gagné !

Un roman que j’avais sollicité via NetGalley début juin, demande restée lettre morte auprès des éditions Robert Laffont (pas de refus, à ce jour ma demande est toujours en instance). Du coup j’ai décidé de me fier à l’adage « on est jamais mieux servi que par soi-même » pour me faire une opinion sur ce bouquin.

Ma chronique

Pour son premier roman, Rebecca Fleet se frotte au thriller psychologique ; un genre qui a le vent en poupe depuis quelques années et est décliné sous toutes les formes possibles et imaginable. Sans révolutionner le genre, la jeune britannique parvient à tirer son épingle du jeu, non seulement L’Echange s’avérera rapidement très addictif, mais surtout le roman vous réservera un retournement de situation des plus inattendus.

L’intrigue se construit autour d’une succession répétée d’un triplet de chapitres, il y a les Ailleurs vous feront vivre l’intrigue présente (2015) vue par les yeux de Caroline, suivront les Ici qui vous renverront en 2013, le plus souvent via Caroline, mais parfois par l’intermédiaire de Francis et enfin des chapitres sans nom qui vous placeront dans la peau de l’hôte qui prend possession de la résidence de Caroline et Francis.

2013. Francis n’est plus que l’ombre de lui-même, accro aux médocs il ne s’intéresse à rien ni personne. Caroline est à bout à force de prendre sur elle, tant et si bien qu’elle voit en Carl, un collègue du bureau, une échappatoire au naufrage de sa vie privée. De fil en aiguille leur complicité se transforme en amitié combinée à un jeu de séduction qui repousse toujours plus loin les limites.

Ah que voilà un triangle amoureux on ne peut plus classique… trop classique même, me direz-vous ! C’est aussi ce que je me suis dit pendant longtemps, sans pour autant que cela ne vienne contrarier mon envie d’en savoir toujours plus sur le déroulé de l’intrigue, jusqu’à ce qu’une phrase de l’auteure vienne balayer toutes nos certitudes et recadre complètement l’intrigue. Dès lors plus moyen de lâcher le bouquin tant on veut comprendre les enjeux de cette nouvelle mise en perspective !

La force d’un thriller psychologique repose sur la profondeur de ses personnages, une faille à ce niveau et la pièce montée attendue se transforme en une vulgaire pâtisserie industrielle à deux balles… Rebecca Fleet évite avec brio cet écueil. Et pourtant il serait facile de faire de Caroline une blanche colombe et de Francis la vilaine corneille galeuse (me demandez pas si une corneille peut choper la gale, je n’en ai pas la moindre idée). Sans aller jusqu’à victimiser Francis (faut pas pousser non plus), vous aurez parfois envie de coller des claques à Caroline, voire mettre de lui foutre un grand coup de boule histoire de la recadrer (et je ne parle pas des coups de boules que Carl finira par lui mettre… finesse quand tu nous tiens !).

Pour un premier roman, l’auteure frappe fort et bien et une fois de plus La Bête Noire nous permet de découvrir une pépite.

Le seul truc dommage avec ce bouquin c’est qu’on aurait envie de s’épancher sur le sujet (les thématiques ne manquent pas), mais on se contraint à la modération pour éviter d’en dire trop. Et ce n’est pas une excuse pour la légèreté de cette chronique, je ne vous permets pas ! Non, mais.

MON VERDICT

[BOUQUINS] François-Xavier Dillard – Réveille-Toi !

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F.X. Dillard - Réveille-Toi !
Titre : Réveille-Toi !
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Belfond
Parution : 2018
Origine : France
368 pages

De quoi ça cause ?

Compte tenu de la complexité de l’intrigue, je préfère vous donner la quatrième de couv’ plutôt que de me risquer à une présentation personnalisée :

« Basile Caplain est un greffé du coeur qui vit reclus, sans travail ni perspective. Sa seule obsession : dormir le moins possible, car ses nuits sont peuplées de cauchemars. Son unique ami, Ali, le gérant d’une station-service, est passionné par les faits divers. Un soir, ce dernier lui parle du meurtre barbare d’une jeune femme. Or, ce crime atroce, c’est exactement le rêve que Basile a fait deux jours plus tôt…

Paul est un paraplégique de dix-huit ans, génie de l’informatique, qui développe pour la police scientifique un programme baptisé Nostradamus – un algorithme révolutionnaire devant permettre de réaliser des portraits-robots hyperréalistes des criminels présumés.

Alors que des meurtres sauvages sont perpétrés à Paris, la police judiciaire met sur le coup son meilleur atout : le Dr Nicolas Flair, psychiatre mentaliste, qui a déjà résolu de nombreuses affaires.

Lorsque les chemins de ces trois protagonistes se croiseront, l’Inconscient, la Science et la Psychiatrie vont devoir collaborer pour essayer d’arrêter le pire des monstres… »

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Cela faisait déjà quelque temps que je me promettais de découvrir l’univers littéraire de François-Xavier Dillard. Ses romans étant indépendants et ne faisant appel à aucun personnage récurrent, pourquoi ne pas commencer par son petit dernier ?

Cerise sur le gâteau, je trouve la couv’ très bien foutue.

Ma chronique

En refermant ce bouquin je me suis maudis d’avoir autant attendu avant de me résoudre à découvrir l’univers littéraire de François-Xavier Dillard ; le gars envoie du lourd et il le fait bien. On est clairement dans le thriller haut de gamme (malgré quelques imperfections vite oubliées).

Si la quatrième de couverture est particulièrement prometteuse (juste ce qu’il faut pour attiser la curiosité du lecteur), elle ne fait pourtant qu’effleurer la densité de l’intrigue et la variété de ses acteurs. Il faut certes un peu de temps pour bien situer le rôle de chacun des personnages et leurs relations (bon j’vous rassure, ce n’est pas non plus Le Trône De Fer), mais une fois que vous l’aurez assimilé la suite de la lecture sera d’une grande fluidité. Il faut dire que l’auteur sait y faire pour rendre son intrigue particulièrement addictive.

N’allez surtout pas imaginer que Réveille-Toi ! n’est qu’une énième histoire de serial-killer, non seulement l’intrigue se démarque clairement de la « concurrence », mais elle est surtout multidirectionnelle (on comprend rapidement que deux aspects de l’histoire ne sont pas l’oeuvre d’une seule et même personne) et multidimensionnelle.

S’il est vrai que la police bénéficie aujourd’hui d’outils (et d’algorithmes) particulièrement évolués pour lier différentes scènes de crimes et éventuellement les rattacher à un criminel ; on est toutefois bien loin de la puissance de traitement du logiciel Nostradamus mis à l’épreuve dans ce roman. Un outil qui a de quoi faire baver d’envie bien des enquêteurs !

Nostradamus n’est pas le seul élément fantastique/anticipation de l’intrigue, mais ils s’intègrent parfaitement au récit, tant et si bien que l’on les accepte comme des acquits.

François-Xavier Dillard apporte beaucoup de soin à ses personnages, outre le trio (déjà atypique) cité en quatrième de couverture, il y a bien d’autres acteurs majeurs dans cette intrigue ; je citerai en vrac : Clara, membre de la police scientifique qui travaille avec Paul, Dubois et Michaud, les flics de terrain, Axelle, une victime séquestrée par un pervers et pourquoi pas Ram, le chien de Paul (désolé, j’adore les bassets hound)…

C’est volontairement que je ne m’attarderai pas sur l’intrigue à proprement parler, plutôt que de prendre le risque d’en dire trop par excès d’enthousiasme, je préfère laisser entier le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs. Je me permets toutefois de vous rappeler qu’il s’agit d’un thriller, ne vous étonnez donc pas si certaines scènes sont violentes et / ou gore ; sachez simplement que François-Xavier Dillard ne fait pas dans la surenchère gratuite, la violence est mise au service de son intrigue.

J’ai signalé au début de cette chronique que le roman n’était pas exempt de défauts, même si globalement ils ne gâchent pas le plaisir de la lecture. J’ai en effet trouvé certains aspects de l’intrigue prévisibles(notamment l’identité du tueur en série qui s’est imposée comme une évidence), par la suite, par effet boule de neige, on découvre (ou à tout le moins on suppose) d’autres éléments avant qu’ils ne nous soient révélés.

Il n’en reste pas moins que j’ai passé un excellent moment en compagnie de ce bouquin, une découverte qui me donne envie d’aller plus loin dans l’univers de François-Xavier Dillard.

MON VERDICT

La minute du râleur maniaco-obsessionnel…

Certains chapitres renvoient à des flashbacks, l’apparence de la première page est alors du genre : le n° de chapitre, la date de l’action et enfin le texte. Je suppose en tout cas que c’est comme ça qu’ils se présentent dans la version papier du roman.

Pourquoi, dans la version numérique, la diviser en deux pages ? La première contenant uniquement le n° du chapitre, la suivante la date de l’action et le texte. Il est parfaitement possible (et facile), en alternant les classes, de tout faire tenir sur une seule page ; la preuve en image :

Ca m’a pris moins de 10 minutes et je suis loin d’être un professionnel du numérique !

[BOUQUINS] Romain Puértolas – Les Nouvelles Aventures Du Fakir Au Pays D’IKEA

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R. Puértolas - Les Nouvelles Aventures Du Fakir...

Titre : Les Nouvelles Aventures Du Fakir au Pays D’Ikea
Auteur : Romain Puértolas
Éditeur : Le Dilettante
Parution : 2018
Origine : France
283 pages

De quoi ça cause ?

Aja, le modeste fakir devenu riche grâce au récit de son périple hors norme, jouit pleinement des joies que lui offre sa fortune et de sa vie en couple. Jusqu’au jour où il réalise qu’il a perdu son âme d’aventurier, vendue au nom de sa petite vie pépère.

Pour y remédier, il décide de se rendre en Suède afin de rencontrer Monsieur IKEA et lui demander de lui fabriquer un lit à clou, modèle KISIFROTSIPIK, dont la fabrication a été arrêtée, le produit ayant été dangereux pour le consommateur (la bonne blague !).

En route vers un nouveau périple riche en rebondissements…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Après la lecture (aussi éprouvante que réjouissante) de Maudite !, j’avais besoin d’une bouffée d’oxygène avant d’enchaîner sur un nouveau thriller. Le roman de Romain Puértolas, et ses retrouvailles inattendues avec un fakir que j’avais beaucoup aimé m’a semblé parfaitement indiqué pour décompresser.

La couv’ façon « pull moche de Noël » a fini de me convaincre que c’était exactement ce qu’il me fallait…

Ma chronique

Je ne pensais pas que j’aurais l’occasion de croiser à nouveau le chemin de ce brave Ajatashatru Lavash Patel (Aja pour les intimes… et pour faire simple), fakir de son état qui nous a régalé d’un extraordinaire voyage dans une armoire IKEA. Quelle bonne surprise de le retrouver pour un nouveau périple que l’on peut supposer aussi extraordinaire et divertissant que le précédent.

Si vous n’avez pas aimé le précédent voyage du fakir, je doute fort que celui-ci trouve grâce à vos yeux. A contrario, si, comme moi, vous avez apprécié cette première escapade loufoque (voire burlesque), vous devriez vous régaler en lisant ce second opus. On y retrouve en effet tous les ingrédients qui ont fait le succès du premier.

Le récit multiplie les situations hautement improbables, mais ô combien divertissantes, les jeux de mots parfois foireux, mais toujours poilants et les références pour le moins décalées (qui eut cru que Céline Dion ou Alain Souchon seraient un jour qualifiés de « grands philosophes » ?)… un vrai plaisir pour les zygomatiques ! De même vous y retrouverez certains personnages déjà croisés dans le précédent roman, mais aussi une belle brochette de nouveaux venus qui ne dénotent pas dans le paysage du fakir.

Certes l’effet de surprise est moindre, mais je peux vous assurer toutefois que ce nouveau voyage ne manquera pas de vous étonner. C’est notamment l’occasion de découvrir le dur apprentissage du fakirat (cherchez pas, ça n’existe pas) que le jeune Aja a dû subir sous la tutelle d’un maître dont les méthodes et les agissements sont pour le moins douteux (pour rester poli… et surtout ne pas trop en révéler sur l’histoire).

Sous couvert d’humour Romain Puértolas en profite aussi pour égratigner, sans méchanceté, mais sans condescendance non plus, certains travers de notre société (sans parler des dérives de certains individus). Il le fait subtilement, sans chercher à créer la polémique ; parfois pointer du doigt un détail qui dérange vaut tous les longs discours de politique politicienne. Plutôt que de perdre du temps à maugréer après le bavard qui s’écoute parler, on réfléchit plus sereinement à certaines questions.

Comme à l’accoutumée l’auteur se prête à un humour tout en finesse, pas forcément toujours raffiné, mais jamais vulgaire, et surtout sans langue de bois.

J’ai apprécié ce second voyage en compagnie de ce fakir qui ne manquera jamais de nous surprendre, tout comme j’ai aimé cette plume qui sait nous divertir avec brio et intelligence, mais aussi avec beaucoup d’humanité.

Je terminerai cette chronique en vous laissant méditer sur l’incompréhension d’Aja quand il découvre que IKEA ne fabrique plus son fameux lit de fakir, le produit ayant été jugé dangereux pour le consommateur :

« Le KISIFRØTSIPIK en petit pin suédois, avec des clous en acier inoxydable, hauteur réglable, en trois coloris avait disparu du catalogue de la célèbre marque de meubles en kit scandinave pour la simple et bonne raison qu’il blessait les gens ! C’était aussi stupide que si Smith & Wesson adressait aujourd’hui un communiqué à tous ses clients pour qu’ils rendent leurs armes au prétexte qu’elles pouvaient tuer. »

Ah oui j’oubliais (mode Columbo), ne comptez pas trop sur ce bouquin pour parfaire votre connaissance ou découvrir les cultures hindoues et/ou suédoises ; vous seriez à même de commettre de gros impairs lors d’un prochain voyage dans ces lointaines contrées…

MON VERDICT

La minute du râleur maniaco-obsessionnel…

J’ai trouvé bizarre (pour ne pas dire plus) le découpage du livre numérique, les différentes parties d’un même chapitre faisant l’objet de pages distinctes (chaque partie correspondant à un fichier html constituant l’epub) plutôt que de se suivre, séparées soit par un saut de ligne, soit par un séparateur quelconque.

Je ne sais pas s’il en est de même avec la version papier (j’en doute fort), le fait est que j’ai fini par retravailler la structure du bouquin en séparant les parties d’un même chapitre par une étoile (*) afin de limiter ces sauts de page intempestifs.

Maniaquerie quand tu nous tiens…

[BOUQUINS] Denis Zott – Maudite !

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D. Zott - Maudite !

Titre : Maudite !
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2018
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Marseille, le soir du classico OM-PSG. Un incendie ravage un appartement au dixième étage d’un immeuble qui fait face au Vélodrome. Quand les pompiers arrivent, ils sauvent des flammes une gamine, Luce, 16 ans, enceinte jusqu’aux yeux et pissant le sang.

Luce est agrippée à un sac rouge auquel elle semble tenir autant qu’à la prunelle de ses yeux. Dans le sac, la came de son mec, Tony, un supporter de l’OM de la pire engeance, interdit de stade, qui vient de la tabasser pour un penalty raté. Au passage c’est elle qui a foutu le feu à l’appart.

La came disparue va attiser bien des convoitises et foutre le feu à la cité phocéenne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà un moment qu’il titille ma curiosité, pourquoi ? Au départ c’est la couv’ qui avait attiré mon attention ; ensuite l’auteur, Denis Zott, est très actif sur FB, surtout quand il s’agit d’assurer la promotion de son bouquin. Faut croire qu’il est plutôt convaincant !

Ma chronique

Après un mois de Coupe du Monde et sans avoir regardé un seul match ni une seule émission consacrée à la chose, je frôlais l’overdose footbalistique. Ras le foot ! Rien à foot ! Respiiire, zeeen, voilà c’est fini.

Apaisé, je me saisis de Maudite !, le roman de Denis Zott, rien de tel qu’un bon thriller pour se changer les idées. Aaargh… Rhâââ !!! (cri d’effroi mêlé d’un long râle apoplectique). Le bouquin en question s’ouvre sur un match de foot, et un match de l’OM en plus… Nooon !!! Il a fallu que je prenne sur moi pour ne pas renvoyer cette lecture aux calendes grecques (et accessoirement sauter à pieds joints sur la liseuse). Et grand bien m’en a pris, car ce fut un moment hautement jouissif.

Vous êtes-vous déjà posé cette question : est-il possible d’adorer un bouquin tout en détestant quasiment tous ses personnages ? Vous avez 4 heures… Pour ma part c’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de Maudite !. Un sacré concentré de têtes à claques (et plus si affinités).

Commençons par Luce puisqu’elle est le personnage central de l’histoire. Compliquée la fille… Parfois on se prend d’empathie pour elle et quelques pages plus tard elle fait une connerie énooorme qui nous donne envie de la baffer.

Au moins avec son mec, Tony, c’est plus facile : un connard fini ! C’est simple le gars n’a rien qui plaide en sa faveur ; je n’avais qu’une envie : le voir crever… et de préférence de mort lente et douloureuse. Mais c’est qu’il est coriace ce sale cafard. Ai-je obtenu satisfaction ? Vous le saurez en lisant le bouquin, pas de raison qu’il n’y ait que moi à m’arracher les cheveux et me ronger les sangs dans l’attente de l’éventuel instant T.

Et puis il y a Canari, un flic de la BAC, tellement ripoux, amoral et pervers qu’il en deviendrait presque sympathique… presque ! Ça reste une sacrée enflure.

J’arrête là, mais vous croiserez plein d’autres personnages tout aussi sympathiques. Pour tout vous dire le seul que j’ai vraiment apprécié est Costa. Et pourtant ce n’est pas vraiment un ange (même si Luce l’appelle « mon ange »), un caïd du milieu, assassin et trafiquant de drogue… le gendre idéal ! Bon allez on va aussi donner un bon point à Yasmina, l’infirmière qui s’occupera de Luce, même si elle ne brille pas franchement par son intelligence.

Âmes sensibles s’abstenir… Ça défouraille grave et ça envoie du lourd de la première à la dernière page. Pas le temps de souffler, le rythme imposé est digne d’une Kalachnikov entre les mains d’un Spetsnaz. C’est violent, c’est glauque, mais surtout c’est écrit dans un style très visuel. On en prend plein les mirettes et même plein la gueule. À ce niveau ce n’est pas une claque ni un coup de poing, même pas un uppercut, plutôt une rafale d’uppercuts qui nous arrive dans la tronche.

Difficile de lâcher ce bouquin une fois qu’il vous a pris dans ses mailles, et ça va très vite ! À peine les premières pages tournées que l’on est déjà accro.

Je ne connais pas Marseille, mais je peux vous assurer que même si la ville est mise en avant dans ce bouquin, ce n’est pas franchement la version Guide du Routard qui est de mise. Même le 9-3 ressemble à un petit coin de paradis à côté de la cité phocéenne de Denis Zott (j’ai bien conscience que le trait est volontairement forcé, c’est aussi ce qui fait le charme du roman). Suivez le guide… mais préparez à un parcours du combattant plutôt qu’à un parcours de santé.

En conclusion j’ai adoré, non seulement je ne peux pas faire autrement que de lui attribuer la note maximale, mais impossible de ne pas lui accorder un coup double (coup de coeur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Samuel Sutra – La Femme A La Mort

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S. Sutra - La Femme A La Mort

Titre : La Femme A La Mort
Auteur : Samuel Sutra
Éditeur : Sirius, réédition Flamant Noir
Parution : 2012, réédité en 2018
Origine : France
198 pages

De quoi ça cause ?

2012. La Rochelle. Par une nuit pluvieuse, un coup de feu retentit dans une chambre d’hôtel. À son arrivée la police trouve le corps d’une jeune femme russe dans une chambre fermée, aucun doute possible, ils sont face à un suicide.
Sauf que la thèse officielle dérange le commissaire Verdier sans toutefois être en mesure de la dénoncer. À quelques mois de sa retraite, il voudrait être sûr de n’avoir rien négligé avant son départ. C’est pour cela qu’il fait appel à Stan, un ex-flic devenu « consultant », mais aussi et surtout un ami de longue date en qui il a toute confiance.

Il faut dire que, sous la pression de l’ambassade de Russie, l’expertise médico-légale a été des plus expéditive et le corps immédiatement rapatrié à Moscou.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ce sont Flamant Noir et Samuel Sutra, un éditeur et un auteur que j’apprécie grandement.

Le fait qu’il s’agisse d’une réédition ne me dérange pas, au contraire c’est toujours sympa de découvrir les débuts littéraires d’un auteur. En l’occurrence La Femme A La Mort est son second roman, mais sa première incursion dans le polar « sérieux » (il avait déjà signé, un an plus tôt, le premier volet de sa série Tonton, des polars beaucoup plus légers, voire franchement décalés).

Ma chronique

Je remercie les éditions Flamant Noir (et tout particulièrement Nathalie) et Net Galley d’avoir accepté de me faire parvenir ce roman en vue d’une chronique sur ce modeste blog.

Il est parfois délicat de découvrir les premiers romans d’un auteur alors que l’on connaît déjà ses titres les plus récents ; comparer l’ancien et le nouveau serait faire abstraction des bénéfices tirés de l’expérience. À ce titre Samuel Sutra m’a bluffé, si on ne m’avait pas dit que ce roman était une réédition je ne m’en serai pas aperçu ; on retrouve la même aisance et la même fluidité aussi bien dans le style que dans le déroulé de l’intrigue. Une maîtrise qui ne s’est jamais démentie par la suite, et je lui souhaite que cela dure jusqu’à ce qu’il décide de ranger définitivement sa plume (on n’est pas pressé, prends ton temps).

C’est le troisième roman que je lis de cet auteur, non seulement il peut se targuer joli sans faute, mais en plus il se renouvelle à chaque fois. Tout en restant dans le polar, plus ou moins noir, ses thématiques ne sont jamais les mêmes, ses personnages sont loin des archétypes du genre et ses intrigues totalement maîtrisées.

Présentement Samuel Sutra nous place face à un grand classique de la littérature policière : le mystère de la chambre close. Une énigme, dont les origines restent incertaines, mais qui doit beaucoup à G.K. Chesterton et qui a inspiré de nombreux grands noms de la littérature policière (en vrac et de façon non exhaustive je peux citer : Arthur Conan Doyle, Agatha Christie, Ellery Queen, Gaston Leroux, John Dickson Carr…). La concurrence est rude !

Force est de reconnaître que Samuel Sutra a rondement mené son affaire de chambre close. Bien malin le lecteur (ou la lectrice, ne soyons pas sexiste) qui découvrira la clé de l’énigme avant qu’elle ne nous soit révélée. Pour ma part je n’ai rien vu venir, comme Stan j’ai découvert les détails troublants mettant à mal la thèse du suicide au fil de l’enquête. Même si après coup on a a envie de s’écrier « Bon sang, mais c’est bien sûr !« .

J’ai beaucoup aimé le personnage de Stan, un enquêteur qui n’hésite pas à franchir la ligne blanche pour faire valoir la vérité ; il faut dire qu’il peut compter sur l’aide de ses nombreuses relations (dont certaines pas franchement du genre fréquentable) et sur sa pugnacité face à l’adversité.

Un roman court qui va à l’essentiel sans pour autant être superficiel. Difficile de le lâcher une fois que vous l’aurez commencé. Les éléments s’enchaînent et s’imbriquent sans accroc ni fausse note, nous proposant un lever de voile progressif et impeccable.

Même quand Flamant Noir nous dégote des vieilleries oubliées de tous (à prendre sans la moindre méchanceté), il réussit à nous surprendre et nous épater.

Pour compléter ma plongée dans l’univers de Samuel Sutra, il ne me reste plus qu’à découvrir la série des Tonton ; je compte bien m’y mettre un jour… encore faudrait-il que mon Stock à Lire Numérique me laisse le temps de souffler !

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Kirk – L’Honneur Du Samouraï

AU MENU DU JOUR

D. Kirk - L'Honneur du Samouraï

Titre : L’Honneur Du Samouraï
Série : Musashi Miyamoto – Tome 2
Auteur : David Kirk
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : Angleterre (2015)
528 pages

De quoi ça cause ?

Après la bataille de Sekigahara, et une fois sa vengeance accomplie, Musashi a décidé qu’il ne prêterait plus jamais allégeance un seigneur. Ne se reconnaissant plus dans le code d’honneur des samouraïs, il ne suivra désormais qu’une voie, la sienne.

À Kyoto, les samouraïs de l’école Yoshioka, n’ont pas oublié l’affront de Musashi sur le champ de bataille. Bien décidés à laver l’insulte, ils missionnent l’un des leurs, le Seigneur Akiyama, afin qu’il élimine Musashi.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite du Samouraï et qu’il me tardait de découvrir ce qu’il allait advenir de Musashi à l’issue de la bataille de Sekigahara.

Ma chronique

Dans ce second opus du cycle qu’il consacre à Musashi Miyamoto, David Kirk nous propose de suivre son héros depuis la fin de la bataille de Sekigahara (il a alors 17 ans) jusqu’à son séjour à Kyoto et les multiples duels qui l’opposeront aux samouraïs Yoshioka (21 ans).

Si Musashi a accompli sa vengeance, il n’en est pas pour autant apaisé. Têtu comme une mule, impulsif, voire sanguin, il ne peut s’empêcher de haranguer et de provoquer ceux qui ne partagent pas sa vision des choses (les samouraïs fidèles à la Voie). Une véritable tête à claques, plus d’une fois son comportement de gamin capricieux m’a hérissé le poil (même si je partage son avis sur l’aberration qu’est la Voie du Samouraï et ses traditions d’un autre temps) !

C’est encore Ameku, une aveugle qui partagera un bout de chemin avec lui, qui définit le mieux le caractère du bonhomme et n’hésite pas à le lui dire en face :

« Vous maudissez toujours les autres. Le monde. La Voie. Mais vous-même, non, jamais. Des mots, des mots, et encore des mots. Et qu’est-ce qui se cache sous les mots ? De la colère. Ils ont tort, je veux bien. Mais vous aussi, vous avez tort. Absolument. »

Musashi ayant été dans le camp des vaincus, il aurait dû, selon les préceptes de la Voie, se donner la mort en suivant le rituel du Seppuku. En refusant de se soumettre à ce qu’il estime être une aberration, il devient un paria aux yeux des vainqueurs, un fugitif, un furoncle à éradiquer pour soigner la splendeur des vainqueurs… Eh oui, ça ne rigolait pas à l’époque !

La situation étant ce qu’elle est, en plus du « contrat » que les Yoshioka ont mis sur la tête de Musashi, ce second opus fait la part belle à l’action. C’est violent, sanglant (forcément ,un combat au sabre ça coupe… surtout quand ledit sabre est parfaitement aiguisé), les membres et les têtes volent, les tripes prennent l’air, mais c’est écrit sans chercher à se vautrer dans la violence gratuite ou la surenchère gore. L’auteur nous fait simplement prendre conscience de la réalité implacable d’un duel au sabre.

Le roman ne se contente pas d’enchaîner les scènes de combat, il s’attarde aussi sur la psychologie des personnages, les liens qui les unissent et leur rapport à leur fonction/contexte. Il n’y a pas que Musashi qui semble avoir du mal à trouver sa place et sa raison d’être.

Akiyama, le samouraï envoyé à la poursuite de Musashi par les Yoshiokas, se questionne sur sa position au sein de l’école, lui l’enfant bâtard, accepté, mais jamais véritablement intégré, relégué aux taches secondaires malgré une dévotion sans faille.

Goémon, capitaine de la garde et ambassadeur du Seigneur Togukawa à Kyoto, n’est guère mieux loti. Les habitants, traditionnellement attachés aux Yoshioka, ne voient en lui qu’un émissaire d’Edo et lui même a bien du mal à se sentir chez lui dans cette cité qui le méprise.

Cette opposition Togukawa / Yoshioka donne au si une dimension « politique » à l’intrigue, les magouilles et les complots font partie intégrante du quotidien de Kyoto. Chacun cherchant à manœuvrer ses pions au mieux afin d’affaiblir l’autre.

De nouveau j’ai été en totale immersion au sein du Japon médiéval (et ce n’est pas de tout repos, vous l’aurez compris), une lecture tout simplement captivante, sans aucun temps mort. Je n’étais pas sûr que, passée la curiosité initiale, le parcours de Musashi continuerait de me passionner ; force est de reconnaître que je me suis trompé. Je suis de plus en plus accro !

Il est assez paradoxal de découvrir (pour ma part en tout cas) que celui qui est considéré comme l’un des plus grands maîtres escrimeurs (voire tout simplement le plus grand samouraï) de tous les temps a bâti sa renommée en tant que samouraï sans maître, un ronin, un « titre » loin d’être honorable (presque une insulte) aux yeux des « vrais » samouraïs et de leurs maîtres.

L’auteur avoue sans complexe avoir pris certaines libertés avec la réalité historique (tout en respectant les grandes lignes), d’une part pour combler les nombreux blancs laissés par l’histoire connue de Musashi, d’autre part afin de donner plus de vie et plus de rythme à son intrigue. Un choix qui ne me dérange nullement pour ma part tant que la qualité du récit est au rendez-vous, en l’occurrence elle l’est au-delà de toutes mes espérances.

Après plus de cinq ans passés à travailler sur le cas Musashi, David Kirk a décidé de s’accorder une pause et de passer à autre chose avant de reprendre sa saga. Sachant que ce second tome est paru, dans sa version originale, en 2015 et que le troisième n’a pas encore été publié (même si, de l’aveu même de l’auteur, son écriture est déjà bien avancée), espérons que ladite pause touche à sa fin…

Allez savoir pourquoi je m’étais imaginé que la saga consacrée à Musashi Miyamoto serait une trilogie, j’ai découvert, en parcourant les différentes interviews de David Kirk, qu’elle serait, a priori, constituée de cinq tomes. Ma trilogie se transforme en pentalogie… il est plus que temps que l’auteur mette fin à sa pause et remette le pied à l’étrier (en l’occurrence se serait plutôt les doigts au clavier). J’aimerai connaître la fin de l’histoire avant de sucer les pissenlits par la racine !

À la décharge de l’auteur, chacun de ses tomes (au vu des deux premiers en tout cas) bénéficie d’une fin qui ne laissera aucun sentiment de frustration au lecteur ; on suit Musashi au cours d’une période précise de son histoire, puis d’une autre… Autant à la fin du Samouraï l’on pouvait avoir une vague idée ce que nous réserverait la suite (la confrontation avec les Yoshioka), autant, en refermant L’Honneur Du Samouraï, nous n’avons pas l’ombre d’un indice sur la suite du périple de Musashi. Une bonne raison de plus d’avoir hâte de découvrir la suite…

MON VERDICT

[BOUQUINS] C.J. Cooke – Si Tu T’En Vas

AU MENU DU JOUR

C.J. Cooke - Si tu t'en vas

Titre : Si Tu T’En Vas
Auteur : C.J. Cooke
Editeur : Milady
Parution : 2018
Origine : Irlande (2017)
430 pages

De quoi ça cause ?

Une jeune femme échoue sur une île déserte au large de la Crète, totalement amnésique. Elle est recueillie par quatre écrivains qui se sont exilés sur l’île le temps d’une retraite littéraire.

Dans la banlieue de Londres, Lochlan Shelley apprend que sa femme, Eloïse, a disparu, laissant derrière elle leurs deux enfants en bas âge. Fuite volontaire ou enlèvement ? Pour quelles raisons ? C’est ce que vont devoir découvrir les proches d’Eloïse et la police…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je suis tombé sur ce bouquin un peu par hasard, en parcourant le catalogue Net Galley. Le pitch a fait tilt dans mon esprit, je l’ai sollicité et ma demande a été acceptée par l’éditeur Milady (Bragelonne).

Ma chronique

Je remercie Net Galley et les éditions Milady (Bragelonne) d’avoir donné une suite favorable à ma demande relative au roman de C.J. Cooke.

J’associais, à tort (mea culpa), les éditions Milady à la bit-lit et donc je ne prêtais guère attention à leur catalogue. Bon OK, Milady fait autre chose que de la bit-lit, mais de là à imaginer qu’ils puissent proposer des thrillers (psychologiques qui plus est), il y a un pas… je laissais plutôt ça à sa grande sœur, Bragelonne. Et je me trompais encore (mea culpa, bis repetita) ! La preuve en est avec Si Tu T’En Vas, premier thriller de l ‘auteure C.J. Cooke.

L’amnésie est un thème récurrent dans le monde de la littérature policière (et par extension du thriller), mais c’est aussi un thème qui permet des traitements divers et variés. C’est pourquoi je me suis laissé tenter par ce roman dont l’intrigue pouvait paraître relativement classique. Et j’ai eu raison, d’entrée de jeu l’auteure prouve qu’il encore possible de faire du neuf avec du vieux !

On comprend tout de suite (et pour les plus durs du neurone, dès les premiers chapitres) que la mystérieuse naufragée n’est autre que Eloïse Shelley, toute la question est de comprendre le pourquoi du comment elle passe de mère au foyer dans une banlieue cossue de Londres, à naufragée amnésique sur une île crétoise…

Pour nous y aider, les chapitres jouent l’alternance des points de vue. Avec d’un côté Eloïse dans sa version naufragée amnésique, qui lutte pour retrouver son identité et ses souvenirs, entourée par un quatuor d’écrivains qui, tour à tour, soufflent le chaud et le froid autour de leur invitée. Et de l’autre Lochlan, son mari, qui doit non seulement gérer ses enfants qui réclament leur mère, mais aussi essayer de comprendre ce qui s’est passé.

L’aspect psychologique, essentiel dans le traitement d’une telle intrigue est parfaitement maîtrisé par l’auteure, que ce soit dans le combat d’Eloïse contre son amnésie ou dans l’esprit de Lochlan qui semble découvrir progressivement des réalités ignorées concernant sa femme. Deux parcours qui mettront les nerfs du couple (et des lecteurs par la même occasion) à rude épreuve.

Ici l’amnésie n’est qu’un symptôme d’un trouble beaucoup plus sévère, mais je ne peux guère m’étendre sur la question au risque d’en dire trop. Disons que certains chapitres nous plongent dans l’enfance difficile (le mot est volontairement faible afin de rester aussi vague que possible) d’Eloïse et nous aident à comprendre certaines vérités (et par la même occasion, certaines ficelles du roman).

Les personnages sont eux aussi abordés avec beaucoup de soin et d’attention. C.J. Cooke ne se contente pas de brosser un portrait détaillé d’Eloïse et Lochlan, elle accorde le même traitement aux personnages secondaires (le quatuor d’écrivains, Gerda et Magnus, ses grands-parents, et même les enfants Max et Cressida, tous bénéficient d’une personnalité affirmée et raccord avec l’image que l’on se fait d’eux).

L’intrigue se dévoile progressivement, on en devine (plus par présomption que certitude) certains aspects, mais elle nous réserve bien des surprises et des montées d’adrénaline. Une fois que vous aurez mordu à l’appât, vous aurez bien du mal à lâcher ce bouquin…

Un bouquin qui aborde des thèmes graves et amène le lecteur à se poser des questions, voire à remettre en question certaines idées reçues. Addictif et intelligemment construit, pour un premier essai on peut dire qu’il est brillamment transformé.

Non seulement Milady fait dans le thriller, mais en plus ils font dans la qualité… désormais je serai plus vigilant quant à leurs sorties.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alexandra Coin & Erik Kwapinski – La Voie Du Talion

AU MENU DU JOUR

A. Coin & E. Kwapinski - La voie du talion
Titre : La Voie Du Talion
Auteur : Alexandra Coin & Erik Kwapinski
Éditeur : Aconitum / Autoédition en 2018
Parution : 2016
Origine : France
195 pages

De quoi ça cause ?

Fabrice, ancien légionnaire revenu d’Afghanistan avec un sévère stress post-traumatique, s’est coupé du monde en se retirant dans un chalet perdu au fin fond des Alpes. Un soir d’hiver, alors qu’une tempête s’annonce, il porte secours à Zoé, une jeune femme qui s’est foulé la cheville et a perdu son chemin.

Bloqués par la tempête, ils vont devoir cohabiter. Pas facile pour Fabrice qui n’est pas vraiment un adepte du contact humain et, qui plus est, est rongé d’inquiétude par la soudaine disparition de Céline, son épouse…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais été bluffé par Entraves, le précédent roman d’Alexandra Coin.

Curieux de découvrir ce roman écrit à quatre mains (Erik Kwapinski, le coauteur, est aussi le compagnon d’Alexandra dans la vie), et première incursion dans le monde du thriller, un genre cher à mon coeur de rocker lecteur.

Ma chronique

Tout d’abord je tiens à remercier Alexandra et Erik qui m’ont gentiment proposé de découvrir leur bébé : La Voie Du Talion. Une offre que je ne pouvais refuser, j’espère me montrer digne de leur confiance.

Court (moins de 200 pages), mais intense, voilà qui qualifierait parfaitement ce roman avec lequel les auteurs font une entrée réussie dans le monde du thriller, et plus spécifiquement du thriller psychologique.

Au début j’ai eu un peu de mal à voir où les auteurs voulaient nous emmener, de même les allers-retours chronologiques m’ont un peu déconcerté, mais j’ai fait mienne la devise de la ville de Paris : « Fluctuat nec mergitur » (Il tangue, mais ne sombre pas) ; j’ai tenu bon la barre et j’ai gardé le cap. Et j’ai eu sacrément raison ! Faute de quoi je serai passé à côté d’une belle découverte.

Force est de reconnaître que les auteurs maîtrisent leur sujet. La description du SSPT (syndrome de stress post-traumatique) de Fabrice et ses conséquences (sur lui-même, mais aussi sur son entourage) sont d’un réalisme aussi bluffant que glaçant. Comme quoi, même une force de la nature surentraînée, ne fait pas le poids quand il y a un faux-contact là-haut…

Déjà avec Entraves j’avais un peu tiqué sur les possibilités de manipulations mentales par le biais de l’hypnose, comme il en est de nouveau question ici (un problème avec les psychiatres Alexandra ?), j’ai creusé la question. Si effectivement, de l’avis d’hypnothérapeutes connus et reconnus, cela semble impossible (ou du moins difficilement réalisable) sur un sujet psychiquement stable, il en va tout autrement quand le sujet présente déjà une réelle fragilité psychique (c’était déjà le cas d’Emma dans Entraves, victime d’un mari pervers narcissique ; Fabrice, avec son lourd SSPT associé à une consommation abusive d’alcool, offre lui aussi un terrain propice à d’éventuels manipulateurs).

Fabrice, un légionnaire qui a été quasiment sur tous les fronts, mais qui s’effondre littéralement suite à un drame personnel survenu en Afghanistan ; un drame dont il se sent responsable. De retour à la vie civile (apte ont décrété les psys de l’armée), il n’est plus que l’ombre de lui-même, incapable de mener une vie « normale », son exil montagnard est pour lui la seule issue possible. Jusqu’à ce qu’un nouveau drame ne vienne tout foutre en l’air…

Il serait facile de blâmer Céline, son épouse, qui ne reconnaît plus son homme et surtout est incapable de comprendre ce qu’il traverse. Se sentant délaissée, elle se laisse facilement griser par la compagnie de Cassandre, sa nouvelle amie qui l’incite à repousser toujours plus loin ses limites.

Ah Cassandre, l’archétype de la femme fatale, mais au-delà des apparences on devine tout de suite une personne nocive capable de corrompre tous ceux qui auront le malheur de s’acoquiner avec elle. Et on est encore loin d’avoir tout vu quant à ses capacités à nuire !

Et puis il y a Zoé, jeune psychiatre qui débarque, pas vraiment par hasard, dans la vie de Fabrice alors qu’il est au plus bas.

Enfin, et non des moindres, nous avons Taisho, ancien légionnaire reconverti dans la sécurité. Adepte du zen, il est la force tranquille, un puits de sagesse qui peut se montrer implacable au moment de frapper son adversaire.

Un roman lu d’une traite, il faut dire que dès que l’intrigue se met en branle il devient impossible de le lâcher.

Pour une première incursion dans le monde du thriller c’est une totale réussite. J’aurai plaisir à retrouver certains des personnages croisés ici (non, je ne vous dirai pas lesquels) dans leur nouveau roman Kiaï.

MON VERDICT