[BOUQUINS] Josh Malerman – Inspection

AU MENU DU JOUR

J. Malerman - Inspection
Titre : Inspection
Auteur : Josh Malerman
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2020
Origine : Etats-Unis (2019)
464 pages

De quoi ça cause ?

Une tour se dresse au cœur des forêts du Michigan. Là-bas, vingt-quatre garçons sont formés à donner le meilleur d’eux même sous le strict contrôle de la Parentalité (les enseignants et le personnel de l’institution) et dans le respect (et la crainte) de leur guide et mentor P.É.R.E.

J est l’un de ces jeunes élèves éduqués dans l’ignorance totale de l’existence du sexe opposé. Malgré les risques que cela lui fait courir, J s’interroge et remet en doute ce qu’il tenait jusqu’alors pour acquit.

Il ignore encore que, à quelques kilomètres de là, se dresse une autre tour, réservée aux filles et soumise aux mêmes règles…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais été totalement conquis par Bird Box, le premier roman de Josh Malerman.

Changement de registre pour ce nouveau roman, mais je n’en reste pas moins curieux de le découvrir…

Ma Chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avoue très honnêtement que je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en ouvrant Inspection, suite à la lecture de Bird Box et au vu de la couv’ je penchais vers un récit axé sur le fantastique… Que nenni mon brave ! Fourvoyé je me suis ! L’intrigue proposée est contemporaine et bien ancrée dans la réalité (le concept, aussi abject soit-il, est loin d’être impossible à mettre en œuvre).

Force est pourtant de reconnaître que l’intrigue n’accroche pas tout de suite le lecteur. Cette dépersonnalisation de l’individu (les enfants sont identifiés par une unique lettre de l’alphabet) et le contexte unisexe (voir asexué) nécessitent un temps d’adaptation. Pas facile non plus de ressentir de l’empathie pour l’un ou l’autre des personnages quand tous sont formatés selon un mode de pensée et de vie unique.

Josh Malerman prend le temps de poser son contexte et d’en exposer le fonctionnement au lecteur, une initiative louable qui s’avérera payante sur le long terme mais qui ralentit considérablement l’immersion au cœur de l’intrigue.

Je vous encourage toutefois à persévérer et à ne pas diagonaliser toute cette phase de mise en place de l’intrigue. Les choses vont se décanter au fur et à mesure des questionnements de J (et des remises en question de Warren Bratt, écrivain – écrivaillon serait un terme plus adéquat – au service de la Parentalité). Ça démarre en douceur mais l’on devine qu’une fois lancée plus rien ne pourra arrêter la machine…

C’est encore plus vrai quand on découvre l’existence d’une version 100% féminine de cette même institution. Mais cette fois l’auteur peut entrer dans le vif du sujet sans tergiverser ; le fonctionnement de l’institution et son crédo étant exactement les mêmes que chez les garçons.

Du coup l’intrigue vécue par K et ses sœurs est plus immersive, le rythme et l’intensité du récit s’en ressentent… pour le plus grand bonheur du lecteur. Josh Malerman évite ainsi l’écueil de la redondance entre les parcours de J et de K.

La suite est purement et simplement captivante, totalement addictive. Vous aurez bien du mal à décrocher avant le clap de fin.

Pour ma part la réaction des Garçons Alphabet et des Filles Lettres n’est en rien incohérente ou invraisemblable. C’est la conséquence logique d’une prise de conscience qu’ils ont été manipulés pendant des années, qu’on leur a menti sur toute la ligne. Inévitablement la soupape de sécurité finit par péter…

Finalement Inspection est un roman plutôt bien construit qui demandera au lecteur un peu de persévérance avant d’entrer dans le vif du sujet, mais cet effort sera largement récompensé par la suite.

Si Inspection est le second roman traduit en français de Josh Malerman, c’est en fait le sixième titre publié par l’auteur (source : site officiel). Pour ma part j’attends avec impatience la sortie française du suivant, Malorie, qui est la suite de Bird Box.

MON VERDICT

Itinéraire d’une lecture – presque – impossible

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vais me permettre une petite digression concernant l’arrivée de ce titre dans mon Stock à Lire Numérique.

J’ai d’abord sollicité le bouquin via Net Galley mais la curiosité a rapidement pris le pas sur la patience et je l’ai donc acheté sur chapitre.com. Je reçois un fichier ACSM (berk… mais faut faire avec ce foutu format propriétaire) que je charge via ADE qui me le convertit en EPUB. Jusque-là tout va bien.

Ayant un autre bouquin en cours de lecture (et quasiment terminé), je referme ADE. Le lendemain je rouvre le truc et là, enfer et damnation, horreur, malheur (Oui, je suis Belzébuth  – horreur – / Je suis un bouc, je suis en rut – horreur, malheur – / Oui, oui, oui, je vis dans l’ordure – horreur –  / Je pue la sueur et la luxure / Je fume, je bois, j’ai tous les vices) ADE me dit que le fichier est corrompu (une histoire de droits non valides).

Je contacte chapitre.com pour leur faire part de mon désarroi. Dans les 48 heures ils m’envoient un nouveau lien et je répète l’opération. Fermeture ADE. Ouverture ADE. Fichier corrompu !

Horreur ! Malheur ! Putain de bordel de merde, ça commence à sérieusement me faire chier ! (ça c’est pas dans la chanson du Grand Orchestre du Splendid, c’est juste une « petite » poussée de tension personnelle). Avant que je ne pétasse un plomb et ne jetasse mon ordi par la fenêtre dans un geste aussi rageur qu’insensé, je décide de passer à autre chose (apérooo !).

Le lendemain, ne sachant toujours pas comment gérer le truc (je ne pouvais décemment pas m’adresser de nouveau à chapitre.com), j’ai l’heureuse surprise de découvrir que Calmann-Lévy a répondu favorablement à ma demande de sollicitation via Net Galley ! Je récupère le titre via ADE en croisant les fesses et en serrant les doigts. Fermeture. Ouverture. Eureka ! Il est toujours là et parfaitement lisible (et il y est encore à ce jour).

À ce jour je ne sais toujours pas ce qui a pu merder. Depuis j’ai acheté d’autres bouquins qui ont été convertis sans problème avec la même version d’ADE (une version portable autorisée sans ID).

[BOUQUINS] Marc Levy – C’Est Arrivé La Nuit

AU MENU DU JOUR

M. Levy - C'est arrivé la nuit

Titre : C’Est Arrivé La Nuit
Série : Groupe 9 – Livre 1
Auteur : Marc Levy

Éditeur : Robert Laffont
Parution : France
Origine : 2020
409 pages

De quoi ça cause ?

Les 9 forment un groupe de hackers qui s’évertue à dénoncer les petites et grosses magouilles des puissants, quel que soit leur rang et leur statut, qui échappent à la justice traditionnelle.

Même s’ils ne se connaissent pas physiquement, un lien très fort uni le groupe, et surtout tous œuvrent dans l’espoir de rendre le monde de demain meilleur…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

D’abord parce que c’est Marc Levy et que je suis un inconditionnel de la première heure (il n’y a que Les Enfants De La Liberté que je n’ai pas lu – et ne lirai pas – parce que le côté biographique du bouquin ne m’intéresse pas).

Après avoir vu une interview de l’auteur à propos de ce nouveau roman, j’avoue que j’étais franchement curieux de le (re)découvrir dans un genre qui lui est complétement étranger… avec en prime, un projet qui s’articule autour de plusieurs romans.

Ma Chronique

Avec ce nouveau roman marc Levy s’attaque à un double challenge, d’abord s’essayer à un genre complètement nouveau pour lui, ensuite tenir sur la durée puisqu’il a d’ores et déjà annoncé que Groupe 9 serait une saga (9 tomes ? 3 sont déjà programmés en tout cas).

Si on m’avait dit qu’un jour Marc Levy se lancerait dans l’écriture d’un techno-thriller je reconnais volontiers que j’aurai regardé mon interlocuteur avec beaucoup de scepticisme… peut-être même en serai-je venu à douter de sa santé mentale ! Et pourtant avec C’Est Arrivé La Nuit, premier opus de la série 9, c’est désormais chose faite. Et c’est même plutôt foutrement bien fait !

Relativisons cet élan euphorique. C’est foutrement bien fait pour un premier essai. Et c’est surtout vachement audacieux de s’aventurer dans un genre dont les auteurs français semblent peu friands. Il n’en reste pas moins que l’on est encore bien loin de l’intensité d’un Tom Clancy !

Il faut dire que feu Tom Clancy est considéré par beaucoup comme un des pères fondateurs du genre avec Octobre Rouge – et par la suite l’intégralité du Ryanverse – et reste, aujourd’hui encore, l’un des maîtres incontestés du techno-thriller.

Le vaste monde des hackers se divise en trois catégories. Le côté obscur est occupé par les Black Hat qui recherchent le profit personnel (financier ou autre). À l’opposé on trouve les White Hat qui mettent leur expertise au profit de la sécurité informatique. Entre les deux on trouve les Grey Hat, si leurs actions sont illégales, elles servent une cause juste (à leurs yeux en tout cas). Le Groupe 9, imaginé par Marc Levy s’inscrit dans cette troisième catégorie (à l’instar des désormais célèbres Anonymous ou autres lanceurs d’alertes).

Dans une récente interview à propos de la sortie du bouquin, Marc Levy a indiqué que les scandales que le Groupe 9 dénoncent sont authentiques, il a « juste » changé les noms pour éviter les poursuites.

J’avais en effet entendu parler de l’affaire des prix de l’insuline aux États-Unis, si vous connaissez, même vaguement, les principaux labos de l’industrie pharmaceutiques vous n’aurez mal à identifier celui qui se cache derrière Talovi. Google fera le reste… et vous pourrez effectivement constater que tout est atrocement vrai.

D’autres affaires m’ont vaguement évoqué quelque chose mais j’avoue ne pas avoir poussé la curiosité plus loin. Dans le même ordre d’idée vous croiserez certains personnages que vous n’aurez aucun mal à identifier (mais qui est donc Jarvis Borson ? Un indice : il est britannique. Un autre : il est premier ministre. Un dernier : il n’est pas beau, il est blond et je ne pense pas qu’il sente le sable chaud). Enfin le réseau social FriendsNet (et ses dérives) n’est pas sans rappeler un certain cul caprin.

Autant dire qu’avec une toile de fond pareille Marc Levy a de quoi s’en donner à cœur joie, et il ne s’en prive pas ! Il nous concocte une intrigue parfaitement maîtrisée et documentée dont on aura bien du mal à décrocher.

Une intrigue qui vous fera voyager, le Groupe 9 étant international et ses membres n’hésitant pas à se déplacer pour les besoins de leur « mission ». Par ordre d’apparition nous irons à Oslo, Paris, Madrid, Tel-Aviv, Istanbul, Rome et Kiev.

Une intrigue servie par des personnages tout aussi bien travaillés. À commencer par les membres du Groupe 9, chacun devant donner le change dans la vie de tous les jours avant de s’installer derrière leur écran et se transformer en Robin des Bois virtuels. Comme tout un chacun, ils doivent composer avec leur propre vécu, leurs forces et leurs faiblesses ; leur complémentarité est la raison d’être du groupe mais aussi leur plus grande force.

Franchement pour une première incursion dans un genre qui ne laisse pas facilement dompter Mar Levy tire plutôt bien son épingle du jeu. J’attends avec impatience le second tome, Le Crépuscule Des Fauves, annoncé pour le premier trimestre 2021.

Place au résultat de mon traditionnel classico littéraire. Après deux années consécutives remportées par Guillaume Musso, la cuvée 2020 nous a proposé de découvrir deux grands crus aux indéniables qualités, mais il faut trancher. Pour la prise de risque et l’appréciation globale du roman, j’attribue le titre à Marc Levy.

MON VERDICT

Aparté technique

Même si la mise en page de la version commerciale de la version numérique du présent roman n’a rien de rédhibitoire, j’y ai apporté quelques retouches personnelles.

Déjà je trouve inutile de réserver une page entière à un n° de chapitre avant de changer de page pour passer au contenu dudit chapitre. Groupir !

Dans le même ordre d’idée je ne vois pas l’intérêt d’un saut de page au sein d’un même chapitre pour passer d’un lieu à l’autre. Groupir !

J’ajouterai à cela quelques aménagements mineurs pour convenance personnelle.

Palmarès du classico Marc Levy vs Guillaume Musso

2020 : Marc Levy (C’Est Arrivé La Nuit)
2019 : Guillaume Musso (La Vie Secrète Des Écrivains)
2018 : Guillaume Musso (La Jeune Fille Et La Nuit)
2017 : Marc Levy (La Dernière Des Stanfield)
2016 : Marc Levy (L’Horizon A L’Envers)
2015 : Guillaume Musso (L’Instant Présent)
2014 : Guillaume Musso (Central Park)
2013 : Guillaume Musso (Demain)
2012 : Marc Levy (Si C’Était A Refaire)

Avantage Guillaume Musso.

[BOUQUINS] JP Delaney – La Femme Parfaite

AU MENU DU JOUR

JP Delaney - La femme parfaite

Titre : La Femme Parfaite
Auteur : JP Delaney
Éditeur : Fayard
Parution : 2020
Origine : États-Unis
464 pages

De quoi ça cause ?

Lorsque Abbie se réveille dans une chambre hôpital, Tim Scott, un des acteurs majeurs de l’Intelligence Artificielle, lui apprend qu’elle n’est pas la « vraie » Abbie mais un robot créé à l’image de la jeune femme disparue cinq ans plus tôt. Une IA ultra perfectionnée, dotée de capacités d’apprentissage et d’empathie.

À en croire Tim, son époux, ils formaient un couple idéal et elle était une épouse et une mère parfaite. Et pourtant, plus Abbie se renseigne sur sa relation avec Tim et sur « sa » disparition, plus elle s’interroge et doute…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé les deux précédents romans de JP Delaney, La Fille D’Avant et Mensonge.

Contrairement à son précédent roman, Mensonge, qui divisait clairement les lecteurs, les réactions allant de « j’ai adoré » à « j’ai détesté » ; celui-ci suscite des réactions globalement positives sur Babelio.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard / Mazarine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Tout laisse à penser que JP Delaney est particulièrement friand de nouvelles technologies, après la maison hyper connectée de La Fille D’Avant c’est cette fois une IA empathique qui est au cœur du présent roman. Une IA qui, à ce jour, reste du domaine de la fiction mais pour combien de temps encore ? Quand on voit la vitesse à laquelle évoluent les recherches autour de la question on peut légitimement supposer que la réalité va bientôt rattraper la fiction.

Si l’essentiel du bouquin est consacré à l’intrigue présente, construite autour du « personnage » d’Abbie version IA, quelques chapitres (bénéficiant d’une numérotation distincte) retracent le parcours d’Abbie (version humaine) depuis son arrivée dans les locaux de Scott Robotics (la société fondée par Tim) jusqu’à sa disparition.

Mais c’est surtout dans sa narration que le roman se distingue. Jusqu’à ce que l’auteur ne lève le voile sur le sujet, on ne sait pas avec certitude qui est le narrateur ou la narratrice. L’emploi de la seconde personne du singulier sème en effet le doute. S’agit-il d’Abbie qui, par sa nature non-humaine, porte un regard distant sur elle-même ou il y aurait-il une autre explication à ce choix ?

Si la forme est maîtrisée, le fond l’est tout autant. Les personnages sont particulièrement bien travaillés. On ressent rapidement une réelle empathie pour cette IA qui cherche à comprendre ce qui est arrivé à son homologue humaine ; paradoxalement c’est sans doute le personnage qui dégage le plus d’humanité dans ce roman.

Il faut dire que le personnage de Tim Scott apparaît d’entrée de jeu comme imbuvable, certes c’est un génie dans son domaine (l’Intelligence Artificielle) mais humainement parlant c’est une merde finie ! Un égo démesuré combiné à un manque total d’empathie… Au fil des pages mon aversion pour le bonhomme ne s’est jamais démentie.

Le troisième personnage central de ce roman est Danny, le fils de Tim et Abbie. Souffrant du syndrome de Heller, une forme aussi sévère que rare d’autisme apparaissant entre 2 et 3 ans chez l’enfant et se caractérisant par une brusque détérioration du langage et du comportement. La situation de Danny va rapidement s’imposer comme l’un des éléments phares dans le déroulé de l’intrigue.

Un thème qui tient particulièrement à cœur à JP Delaney, étant lui-même parent d’un enfant autiste. De fait le roman est très bien renseigné sur cette forme méconnue d’autisme et les façons de gérer la situation. Le message passe sans jamais prendre le dessus sur l’intrigue elle-même.

La nature même d’Abbie 2.0 pose inévitablement des questions d’éthique, là encore l’auteur aborde le sujet avec beaucoup de savoir-faire. Ce sont en effet des questions que les développeurs (et même, le cas échéant, le législateur) devront se poser si un jour des formes aussi avancées d’IA devaient voir le jour.

D’autres thèmes sont abordés au fil des pages, mais je vous laisse le plaisir de les découvrir par vous-même…

Avec La Femme Parfaite, JP Delaney signe son roman le plus abouti. Une lecture à la fois addictive, divertissante et intelligente ; le piège se referme dès les premières pages sur le lecteur, pour ne se rouvrir qu’une fois le bouquin terminé !

Quant à moi, il me tarde de découvrir le quatrième roman signé JP Delaney dont le pitch est des plus alléchant ! Qui sait, peut-être que pour patienter un peu je me lancerai dans la découverte de thrillers signés sous un autre nom de plume (Jonathan Holt ou Tony Strong). Les titres publiés sous sa véritable identité (Anthony Capella) ne m’inspirent pas outre mesure… en plus de ne pas être disponibles dans la langue de Molière.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Une Chance Sur Un Milliard

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G. Legardinier - Une chance sur un milliard
Titre : Une Chance Sur Un Milliard
Auteur : Gilles Legardinier
Éditeur : Flammarion
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Hormis une récente rupture dont il peine à se remettre, Adrien est un trentenaire épanoui qui a toute la vie devant lui. Jusqu’au jour où son médecin et ami, Darshan, lui annonce qu’il souffre d’une pathologie cardiaque aussi rare qu’irréversible…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Gilles Legardinier, un auteur qui a un véritable don pour transformer en or tout ce qu’il touche.

Avec ce nouveau roman, il revient à un genre dans lequel il excelle, la littérature feel good. Gilles est un véritable virtuose quand il s’agit faire jaillir des émotions de sa partition.

Ma Chronique

Avec ce roman Gilles Legardinier signe son douzième titre « adulte » et célèbre ses dix ans de carrière littéraire (même si je devine que ce terme lui ferait horreur). Une carrière commencée chez Fleuve Éditions sous le signe du thriller (avec L’Exil Des Anges et Nous Étions Les Hommes) avant d’enchaîner avec cinq titres résolument feel good (et leurs incontournables couv’ félines).

Puis Gilles change de crèmerie pour gagner en liberté, chez Flammarion il revient au thriller en alternance avec des titres feel good. Quel que soit le domaine qu’il décide d’explorer, il ne se contente pas d’exploiter des recettes déjà éprouvées, chaque titre apporte une réelle touche d’originalité par rapport aux précédents.

Une Chance Sur Un Milliard ne déroge pas à la règle, même avec un postulat de départ qui ne semble pas vraiment adapté à un traitement léger – et encore moins comique – Gilles Legardinier réussit à faire sourire (et même rire) ses lecteurs, sans jamais tourner son thème en ridicule.

Son secret ? Une plume et un style profondément (viscéralement oserai-je même dire) empreints d’humanité. Ca peut sembler bizarre à dire mais on une réelle sensation de proximité entre l’auteur et ses personnages, et par extension entre ses personnages et nous. En l’occurrence n’importe quel quidam peut s’identifier à Adrien ou à une personne de son entourage ; pas forcément par leur personnalité, mais parce que l’on pourrait très bien, un jour ou l’autre, se retrouver confronté à une situation identique (quand ça n’a pas déjà été le cas).

Il faut bien avouer que la bande de potes qui entoure Adrien est tellement hétéroclite qu’il est aisé de s’identifier à l’un(e) ou l’autre. Une bande de potes unie par une complicité indéfectible qui résiste aussi bien au temps et qu’à la distance.

L’entourage d’Adrien ne se limite pas à ses ami(e)s, il est aussi présent pour sa famille, surtout son grand-père, Papilau, qui, malgré son âge et quelques fuites au niveau de sa mémoire, demeure d’une grande sagesse et peu même parfois se montrer particulièrement alerte.

Mais Adrien doit aussi composer avec son milieu professionnel, un domaine dans lequel, malgré son évidente réussite, il s’est laissé dépasser par certains aspects. Une bonne occasion pour lui de reprendre les choses en mains et de remettre les pendules à l’heure.

Si Gilles Legardinier sait incontestablement y faire pour faire sourire (et même rire) ses lecteurs, il ne se cantonne pas au rôle de clown de service. Avec ce roman il prouve une fois de plus, et peut-être même encore plus que dans ses précédents titres, qu’il est à même de faire naître tout un panel d’émotions à travers ses mots. Des mots toujours simples, sans figure de style alambiquée, mais qui vont droit au cœur, à l’âme et à l’esprit. Des mots qui, au fil des situations, vous feront passer du rire aux larmes (oui j’avoue, j’ai versé quelques larmiches çà et là).

Comme il a coutume de le faire, Gilles Legardinier termine son roman par un aparté avec ses lecteurs (le fameux « Et pour finir… »). L’occasion de nous questionner sur ce que nous aurions fait des dessins retrouvés (exhumés serait un terme plus approprié) par Adrien à sa place. Personnellement, si je devais me retrouver confronté à la même situation qu’Adrien, la véritable question serait de savoir avec qui j’aimerai renouer pour solde de tout compte et surtout pour partir l’esprit léger et libéré.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Igor Bergler – La Bible Perdue

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I. Bergler - La Bible Perdue

Titre : La Bible Perdue
Auteur : Igor Bergler
Éditeur : Fleuve
Parution : 2020
Origine : Roumanie (2015)
592 pages

De quoi ça cause ?

Interrompu par la police roumaine en pleine conférence, le professeur Charles Baker croit d’abord à une méprise. Que peut-il avoir à faire avec les vicissitudes de cette petite ville au fin fond de la Transylvanie ? Pourtant, lorsqu’il parvient sur la scène de crime devant trois cadavres auxquels il manque les yeux, les oreilles et la langue, la mise en garde est claire : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.

Accompagné de Christa, enquêtrice d’Interpol, Charles poursuit ses recherches sur les traces du mystérieux sabre de Vlad l’Empaleur, et de la première Bible de Gutenberg, supposée renfermer un message secret auquel le destin de l’humanité serait lié…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un thriller ésotérique.

Par curiosité aussi, je crois pouvoir affirmer sans me tromper que c’est la première fois que je lis un auteur roumain.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation concernant ce roman.

Pour qu’un thriller ésotérique fasse mouche, il faut que l’auteur maîtrise le juste dosage entre les éléments réels (ou à tout le moins crédibles) et la fiction. En l’occurrence je serai assez tenté de dire que c’est là que le bât blesse avec le présent roman.

Imaginez une intrigue qui intègre, pêle-mêle, Dracula, Jack l’Éventreur, la Bible de Gutenberg, une ribambelle de références historiques et une conspiration de niveau international qui implique quasiment tous les puissants de ce monde… Comme la fosse, ça vous laisse sceptique ? Et vous avez bien raison de douter que la solidité de l’édifice !

Déjà le côté fourre-tout de l’intrigue ne joue pas en sa faveur, Igor Bergler, qui semble être un écrivain très populaire en Roumanie, devrait pourtant savoir que parfois le mieux est l’ennemi du bien.

Ensuite il faut bien admettre que cette histoire de conspiration, diligentée par un institut secret dirigé par un Conseil encore plus secret, n’est jamais parvenue à me convaincre de son existence potentielle… même en faisant de gros efforts d’abnégation, c’était juste too much.

L’auteur pêche aussi par une nette tendance à  la digression quand il émaille son récit de références historiques. Trop de détails tue le détail ! Au bout d’un moment on perd le fil et on a envie de lire en diagonale la suite de l’exposé.

J’ai commencé par exposer quelques points négatifs, mais tout n’est pas à jeter dans ce bouquin. Même si on ne croit pas un instant à ce vaste complot, le bouquin reste globalement agréable à lire (en diagonalisant les looongs exposés historiques). On se prend malgré tout au jeu et l’on a vraiment envie de connaître le fin mot de l’histoire.

Force est aussi de reconnaître que le duo composé par Richard et Christa fonctionne plutôt bien, de même certains personnages secondaires sont vraiment bien exploités (je pense notamment au commissaire Ledvina). Malheureusement le grand méchant de service, Werner, cumule les clichés qui font de lui l’archétype du bad boy.

Les derniers chapitres finissent de dynamiter un édifice déjà bancal, l’intervention du fantastique porte lourdement préjudice à l’intrigue, d’autant que là encore c’est surjoué ; Igor Bergler multiplie les effets de manche qui tombent à plat. Jusqu’à l’épilogue qui, contrairement au reste du récit, manque cruellement d’explications.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Didier Van Cauwelaert – L’Inconnue Du 17 Mars

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D. Van Cauwelart - l'inconnue du 17 mars
Titre : L’Inconnue Du 17 Mars
Auteur : Didier Van Cauwelaert
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2020
Origine : France
176 pages

De quoi ça cause ?

Le 17 mars 2020, par la grâce d’un virus, un sans-abri se retrouve confiné avec une créature de rêve. Est-ce la femme qui jadis enflamma son adolescence, une mythomane, une perverse manipulatrice, ou une ultime chance de survie ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch colle bien à l’actualité du moment, alors que le monde peine à se défaire de cette saloperie de Covid-19.

Ma Chronique

De Didier Van Cauwelaert je n’ai lu que Jules et sa suite (Le Retour De Jules), je n’aurai donc pas la prétention de connaître l’auteur qui a déjà signé plus d’une trentaine de romans (auxquels on peut ajouter notamment six pièces de théâtre et huit essais) ; il n’en reste pas moins que je trouve sa plume très agréable à lire.

Ajoutez à cela une intrigue qui se déroule alors que les français doivent composer avec un confinement imposé par le gouvernement afin de freiner la propagation de l’épidémie de Covid-19.

Ce bouquin tient davantage du conte ou de la fable philosophique que du roman à proprement parler, de fait la longueur du récit est parfaitement adaptée au format choisi. Davantage de pages auraient fini par rendre l’ensemble indigeste ; en effet le premier jugement de Lucas sur sa partenaire de confinement peut parfaitement s’appliquer au roman dans son ensemble :

Tout son discours est à dormir debout, certes, mais il se greffe sur une situation planétaire tellement surréaliste qu’il en devient, sinon crédible, du moins conforme à la folie ambiante.

Dans le même état d’esprit si je reconnais ne pas forcément être en total désaccord avec l’avis d’Audrey / Pléiade concernant certains aspects du complotisme, il ne faut pas non plus que ça serve de prétexte à un grand déballage de portnawak :

C’est très commode, le complotisme. C’est une vaste décharge à ciel ouvert, où il est difficile de pratiquer le tri sélectif. L’hystérie des extrémistes et les élucubrations paranos y neutralisent par contagion les alertes dérangeantes, les vérités illicites, les arguments trop convaincants pour être réfutés autrement que par l’opprobre et l’amalgame.

En l’occurrence Didier Van Cauwelaert ne nous épargne aucun poncif du genre quand il s’agit d’alimenter son fourre-tout complotiste, tout y passe, de la nocivité d’un déploiement massif de la 5G jusqu’au futur vaccin « pucé » (et obligatoire cela va de soi) afin d’assurer la traçabilité des futurs inoculés… Il y a un gouffre entre gober toutes les couleuvres que nos têtes pensantes voudraient nous faire avaler et la paranoïa complotiste ; une fois encore c’est le nombre de pages plutôt réduit qui sauve (in extremis) le bouquin du naufrage.

Je ne vous dirai pas que « l’explication rationnelle » de l’expérience vécue par Lucas m’a pris de court, elle s’imposait comme l’unique porte de sortie possible. J’avoue toutefois avoir apprécié le petit clin d’œil final qui ne ferme pas toutes les portes à une approche moins cartésienne des choses.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – La Peine Du Bourreau

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E. Tharreau - La peine du bourreau

Titre : La Peine Du Bourreau
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle-même.

Parce que c’est Estelle Tharreau et que j’avais adoré son précédent roman, Mon Ombre Assassine.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 1er octobre).

Comme de nombreux lecteurs, j’ai l’habitude de lire des romans d’auteurs français dont l’action se situe aux États-Unis (c’est sans doute encore plus vrai pour les lecteurs de thrillers) et cela ne me dérange pas outre mesure. Je pense toutefois pouvoir affirmer que jamais je n’ai autant eu l’impression de lire un roman 100% américain qu’en lisant le dernier bébé d’Estelle Tharreau.

L’auteure se penche sur le fonctionnement du système judiciaire américain, et plus particulièrement celui du Texas, un des états qui met le plus de zèle à appliquer la peine de mort. Dans son avertissement, en préambule à l’intrigue proprement dite, Estelle Tharreau précise que si les criminels mentionnés dans son roman sont fictifs, elle s’est attachée à rester fidèle au fonctionnement de la machine judiciaire. Et ça sent de la première à la dernière page de son bouquin, le réalisme est glaçant.

En donnant voix à des personnages 100% made in Texas, c’est le Vieux Sud qui s’exprime… avec ses opinions souvent tranchées et sans appel qui ne manqueront de hérisser le poil des lecteurs. Un choix totalement assumé qui vient renforcer l’immersion dans son intrigue et son impressionnant réalisme (non, je ne radote pas… j’insiste uniquement parce qu’il le vaut bien).

Un roman qui s’inscrit dans l’actualité du moment alors que le mouvement Black Lives Matter tient encore le haut de l’affiche (un mouvement parfaitement légitime mais trop souvent galvaudé par certaines prises de position en France) et que de plus en plus de français se disent favorables à un rétablissement de la peine de mort. Difficile de faire plus actuel, n’est-il point ?

Au fil des chapitres le lecteur alternera entre deux arcs narratifs, le récit du bourreau et les souvenirs du condamné à mort.

Le bourreau (ou exécuteur de peine dans sa dénomination officielle plus édulcorée) c’est McCoy, 42 ans de service dans le couloirs de la mort et de nombreuses exécutions à son actif. À la demande du gouverneur il va raconter son parcours à travers les rencontres (et souvent les exécutions) les plus marquantes qui ont jalonné sa carrière. Mais pas que… au fil des ans il finira par ne plus du tout avoir foi dans le système judiciaire qu’il est sensé servir.

Le condamné à mort a renoncé à son patronyme pour se faire appeler Ed 0452 (son numéro d’écrou), en silence il se souvient de son parcours hors du commun ; ou comment un jeune homme encore plein d’illusions devient employé du bureau du shérif avant de se transformer en tueur en série et finalement se retrouver dans le couloir de la mort.

Ce bouquin m’a quasiment pris aux tripes d’emblée pour ne plus me lâcher jusqu’au clap de fin, difficile, pour ne pas dire impossible, de rester de marbre face à un récit d’une telle intensité. Après chacun voit midi à sa porte quant à ses prises de positions sur la question de la peine de mort ; ce roman a au moins le mérite de remettre les choses en perspective et de faire réfléchir le lecteur (à défaut de le faire changer d’avis).

Je mentirai si je disais que la fin m’a pris de court, je la voyais se profiler comme une évidence. Il n’en reste pas moins qu’elle est particulièrement bien trouvée et vient renforcer un récit déjà intense et émotionnellement chargé.

Une totale réussite à laquelle je ne peux décemment pas accorder autre chose que la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

La mort, on s’habitue à la voir, mais pour la souffrance, c’est plus long. Je ne sais même pas si c’est possible.

Tuer pour sauver la vie d’innocents pouvait être une façon d’aimer et de protéger.

Ce qui est juste et la justice sont deux choses très différentes.

« Vous avez déjà vu le certificat de décès d’un condamné à mort, Gouverneur ? »
Imperceptiblement, Thompson fit non de la tête.
« Dans la case “cause de la mort”, l’administration inscrit “HOMICIDE”. »

Et pour finir sur un ton un peu plus décalé mais totalement raccord avec le thème du bouquin, je cède la place au regretté Franquin avec une planche extraite de ses Idées Noires :

Idées Noires 1/2
Idées Noires 2/2

[BOUQUINS] Cyril Massarotto – Les Dédicaces

AU MENU DU JOUR

C. Massarotto - Les Dédicaces
Titre : Les Dédicaces
Auteur : Cyril Massarotto
Éditeur : Flammarion
Parution : 2020
Origine : France
263 pages

De quoi ça cause ?

Claire collectionne les livres dédicacés, que le signataire soit l’auteur ou un anonyme, elle recherche avant tout les dédicaces qui racontent une histoire (réelle ou imaginée).

Quand elle tombe sur un roman de Frédéric Hermelage, elle est surprise par l’audace (voire l’outrecuidance) de la dédicace que l’auteur adresse à une certaine Salomé. En lisant le roman elle découvre une écriture à l’opposé de la dédicace, tout en finesse et subtilité.

Claire va lors tout mettre en œuvre afin de rencontrer « incognito » Frédéric Hermelage afin d’essayer de mieux cerner le personnage.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai beaucoup aimé Dieu Est Un Pote A Moi et sa « suite », Le Petit Mensonge De Dieu, de Cyril Massarotto. D’autres romans de l’auteur sont depuis venus grossir les rangs de mon Stock A Lire Numérique sans toutefois s’extraire du lot. Il était donc temps pour moi de le découvrir dans un autre registre…

Ma Chronique

Si, comme moi, l’intégrisme culturel vous fout la gerbe, si les auteurs, critiques et lecteurs qui tirent à boulets rouges sur la littérature populaire (et ses auteurs) vous donnent des envies de meurtres, pris au premier degré ce roman ne manquera pas de vous piquer les yeux et de vous brûler les mains !

À travers les jugements sans appels émis par Claire (lectrice), Frédéric (auteur) et Marc (éditeur), les auteurs populaires tels Guillaume Musso, Marc Lévy, Amélie Nothomb ou encore Anna Gavalda (pour ne citer qu’eux) se font dézinguer sans qu’ils aient l’ombre d’une chance de se défendre. Et je ne vous parle même pas de tout le mal qu’ils pensent de la littérature feel-good (à leurs yeux littérature et feel-good sont deux notions impossibles à associer, c’est tout juste si ces bouquins méritent un méprisant feel-good books pour les qualifier).

Et pourtant je me suis régalé en parcourant ces quelques pages ! Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il m’apparaît impossible de ne pas prendre de tels propos au second degré, deux raisons à cela :

1 – il faudrait vraiment être un connard prétentieux pour défendre noir sur blanc cette position, et je ne pense pas que Cyril Massoratto entre dans cette catégorie (les mêmes mots écrits par une tête à tarte comme BHL ne m’auraient certainement pas fait sourire) ;

2 – sans vouloir le vexer, Cyril Massoratto ne peut décemment pas affirmer être le fils spirituel de Céline, Sartre, Camus, Balzac ou Zola. Pour autant que je sache son œuvre s’inscrit davantage dans la littérature populaire que dans la « grande littérature » (les guillemets viennent juste souligner le dégoût que m’inspire ce terme).

Vous l’aurez compris, Les Dédicaces est un roman qui place la littérature au premier plan. Qu’il s’agisse du livre en tant qu’objet (le numérique n’a pas sa place dans le cœur de Claire), du rapport entre le lecteur et le livre, du lecteur et de l’auteur et inversement, de l’auteur et de ses lecteurs…

Au fil des pages il sera aussi question de la relation homme-femme dans le couple, là encore Claire n’est pas vraiment le parfait exemple de la nana épanouie… même si, au vu de son ex, le contraire eut été étonnant ! Une relation qui doit se construire autour d’un juste équilibre entre l’idéal fantasmé et le réel.

N’en déplaise à Cyril Massarotto, son roman est un bouquin qui fait du bien à lire, qui vous donne le sourire et la pêche pour la journée (vous noterez que je ne l’ai pas qualifié de feel-good). Le style épuré et direct de l’auteur (ainsi que l’épaisseur du bouquin) permet de le lire quasiment d’une traite.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Renée Knight – La Confidente

AU MENU DU JOUR

R. Knight - La Confidente
Titre : La Confidente
Auteur : Renée Knight
Éditeur : Fleuve
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2019)
400 pages

De quoi ça cause ?

Christine Butcher est embauchée comme secrétaire particulière par Mina Appleton, future dirigeante d’une grande chaîne de supermarchés.

Christine va se donner à fond pour son travail, faisant preuve d’une conscience professionnelle sans faille et même au-delà. Elle est prête à tous les sacrifices pour satisfaire les exigences de sa patronne.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À défaut de briller par son originalité, l’idée de départ m’a inspiré.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Après Révélée, que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire, La Confidente est le second roman de l’auteure britannique Renée Knight. Optant pour un récit à la première personne, elle donne voix à Christine Butcher afin que celle-ci nous raconte son parcours auprès de Mina Appleton.

On comprend vite que Christine se sent victime d’une injustice et que cela l’a profondément ébranlée. D’ailleurs l’auteure sait y faire pour entretenir le doute quant à l’endroit où se trouve Christine tandis qu’elle s’adresse au lecteur. Est-elle dans une maison de repos ou dans une structure encore plus strictement encadrée ? Ou simplement ailleurs ? Ne comptez pas sur moi pour lever le voile sur cette question.

L’histoire commence quand Mina Appleton, la fille de Lord Appleton et future directrice des supermarchés Appleton, propose à Christine un poste de secrétaire particulière. En apparence c’est là une opportunité professionnelle impossible à refuser… mais Christine est loin de se douter que la médaille a un revers… et quel revers !

Consciencieuse et professionnelle, Christine va se donner à fond pour donner pleine et entière satisfaction à son exigeante patronne. Quitte à parfois faire abstraction de ses principes par quelques « menues » (et plus si affinités) compromissions. La première étant de pousser Lord Appleton vers un départ anticipé dans des conditions qui sont loin de faire honneur à sa brillante carrière. Mais après tout c’était pour la bonne cause… c’est en tout cas ainsi que Christine se convaincra d’avoir toujours fait les bons choix.

L’investissement personnel et professionnel de Christine auprès de Mina va rapidement dépasser les limites du raisonnable, mais quel qu’en soit le prix à payer, Christine semble complètement aveugle et sourde aux conséquences. Elle est sous totale emprise de sa patronne et Mina Appleton ne se prive d’user et d’abuser de cette relation dominante / dominée. Mais elle le fait avec autant de cynisme que de doigté, poussant la flatterie jusqu’à la flagornerie… et même au-delà !

Si dans les premiers chapitres j’ai éprouvé une réelle empathie pour Christine, force est d’avouer qu’au bout d’un moment j’ai eu envie de lui gueuler de se sortir les doigts du cul et de regarder la vérité en face, puis carrément de la baffer. À se voiler la face comme elle le fait on flirte franchement avec le syndrome de Stockholm ! Et là pour moi on entre dans la catégorie des « cas désespérés », inutile de s’attarder sur leur situation puisqu’ils semblent aimer en prendre plein la tronche.

Ce détachement vis-à-vis de Christine ne m’a toutefois pas empêché de poursuivre ma lecture avec le même intérêt. En effet je voulais savoir jusqu’où les choses pourraient aller et si éventuellement il y aurait une prise de conscience à un moment ou à un autre. Alors sursaut ou soumission absolue jusqu’au bout du bout ? Là encore ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus.

Pour que la sauce prenne dans ce genre de récit axé avant tout sur les relations entre les différents personnages, l’auteur(e) se doit de maîtriser la dimension psychologique de son intrigue. Rien à redire sur ce point, Renée Knight mène sa barque sans faillir et sans perdre son cap de vue (même si pour nous, il n’est pas toujours évident à discerner).

Si le présent roman a pour toile de fond l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution, il doit pouvoir se transposer dans n’importe quel autre milieu. Ce genre de relation dominant-dominé dans le cadre professionnel existe malheureusement dans tous les secteurs, mais aussi quelle que soit la taille de l’entreprise… On peut toutefois supposer (et espérer) qu’ici Renée Knight pousse la situation à son paroxysme afin de servir son intrigue.

Même si la situation décrite n’est pas l’apanage de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution, le bouquin pointe du doigt certaines politiques / pratiques commerciales qui prennent à la gorge les petits agriculteurs alors qu’ils peinent déjà à garder la tête hors de l’eau.

Finalement ce fut un agréable moment de lecture en compagnie d’un thriller psychologique plutôt bien ficelé.

MON VERDICT

Fabien Nury & Brüno – L’Homme Qui Tua Chris Kyle

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Nury & Brüno - L'homme qui tua Chris Kyle

Titre : L’Homme Qui Tua Chris Kyle
Scénario : Fabien Nury
Dessin : Brüno
Éditeur : Dargaud
Parution : 2020
Origine : France
164 pages

De quoi ça cause ?

Le 2 février 2013, Chris Kyle, ancien Navy SEAL et sniper hors pair qui s’est brillamment illustré en Irak est lâchement abattu par Eddie Ray Routh, un ancien marine souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Dargaud et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

N’étant ni américain, ni américanophile (sans pour autant être américanophobe) je n’avais jamais entendu parler de Chris Kyle avant de voir le film American Sniper, réalisé par Clint Eastwood ; film basé sur l’autobiographie homonyme du fameux Chris Kyle.

Je ne vous cacherai que j’ai beaucoup aimé ce film, et que c’est lui qui m’a donné envie de creuser davantage autour du personnage de Chris Kyle, notamment concernant son exceptionnel parcours militaire et sa fin aussi tragique qu’injuste.

Bien qu’étant un inconditionnel de Clint Eastwood, en tant qu’acteur aussi bien qu’en tant que réalisateur, je me méfie de ses prises de position parfois très très conservatrices sur certains sujets. Je souhaitais donc corroborer ma propre vision avec une autre approche du personnage de Chris Kyle, une approche plus détachée, sans obscurantisme militant mais sans toutefois que cela devienne un réquisitoire à charge.

Autant je suis totalement inapte à une vie militaire (j’ai quand même été réformé P4), autant je ne suis absolument pas antimilitariste ; j’ai même un profond respect pour les militaires, quel que soit leur corps d’armée, et plus encore quand ils ont été sur le terrain.

Mais assez parlé de moi, revenons à nos moutons et à ce roman graphique.

Les auteurs commencent tout naturellement par nous brosser un rapide portrait de Chris Kyle en allant au-delà de ses « exploits » en tant que soldat. Sa difficulté à retrouver une vie normale après ses campagnes en Irak, son engagement auprès des vétérans souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique, son investissement dans une société de protection… Mais aussi sa part d’ombre, dont un tempérament plutôt bagarreur et un certain côté affabulateur (certains faits mentionnés dans son autobiographie sont invérifiables, d’autres sont carrément contestés par ceux qui y ont prétendument pris part).

On sent dans la démarche des auteurs qu’il n’y a aucune volonté de ternir l’image du héros 100% made in USA ; au contraire, ses défauts tendraient à le rendre plus abordable et plus humain. Après tout même un héros est fait de chair et de sang, même un héros a le droit d’avoir ses faiblesses… et dans la vraie vie aucun héros n’est invulnérable.

C’est ensuite au tour de Eddie Ray Routh de passer sur le grill. S’il est lui aussi un vétéran, son parcours n’a rien de commun avec celui de Chris Kyle. Quasiment aucune expérience de terrain, sinon une mission humanitaire à Haïti. À son retour, il vit aux crochets de ses parents, passe son temps à picoler et/ou à fumer de l’herbe tout en entretenant une relation houleuse avec sa petite amie.

Du coup forcément quand tu mets d’un côté de la balance un héros de guerre et de l’autre un loser puissance 10, et que le second tue le premier, il n’est pas difficile de deviner de quel côté penchera l’opinion publique et que, même au niveau judiciaire, le sort d’Eddie Ray Routh était scellé avant même l’ouverture du procès.

Au-delà du drame et du procès, les auteurs s’attardent aussi sur les « à-côtés » de l’affaire. Notamment sur l’implication de Taya Kyle, la veuve de Chris, et j’avoue que c’est le personnage qui m’est apparu le plus ambigu dans cette histoire. J’aimerai penser qu’elle n’agit que pour sauvegarder et honorer la mémoire de son époux mais je ne peux m’empêcher d’y voir une course au profit quelque peu dérangeante.

Chapeau bas à Fabien Nury pour l’énorme travail de documentation qu’il a dû fournir afin de nous restituer un regard aussi objectif que possible sur les différents aspects de ce drame et en le replaçant dans son contexte sociétal et politique.

Le trait du Brüno est en totale adéquation avec le thème développé. Brut et anguleux, il laisse planer sur l’ensemble une ambiance façon western spaghetti qui fonctionne impeccablement.

Si vous avez vu American Sniper, je ne peux que vous recommander de lire ce roman graphique qui vous propose d’aborder l’histoire via une approche différente et surtout de découvrir les suites du crime (le film s’arrête avant le procès d’Eddie Ray Routh).

Évidemment, je le recommande aussi aux lecteurs n’ayant pas vu le film de Clint Eastwood, je suppose que ceux-ci aborderont l’affaire avec un esprit plus neutre.

MON VERDICT