[BOUQUINS] Madeleine Roux – Un Blog Trop Mortel

M. Roux - Un Blog Trop MortelHistoire de commencer en douceur et pour ménager ma grande sensibilité, j’ai opté pour un premier titre zombie pioché dans la littérature jeunesse (mais pas trop), avec Un Blog Trop Mortel de Madeleine Roux.
Septembre 2009. Des hordes de zombies attaquent les humains, les tuant ou pire, les transformant. Allison, une étudiante, se réfugie avec cinq autres rescapés dans la réserve de la boutique où elle travaillait. Elle se lance alors dans l’écriture d’un blog, ce qui était à la base un appel au secours va peu à peu devenir le récit du quotidien des rescapés pour leur survie…
Commençons par la genèse du bouquin, au départ Madeleine Roux, s’est lancée dans une blog-fiction (Allison Hewitt Is Trapped), les premiers chapitres (et certains commentaires de visiteurs qui ont joué le jeu) correspondent mot pour mot au blog originel. La popularité et le style de l’auteure a fini par attirer l’attention d’un éditeur qui a suggéré à Madeleine Roux d’en faire un roman, roman finalement publié en 2011. Un peu frustrant pour les visiteurs du blog qui devront se payer le bouquin pour connaître la fin (et découvrir des posts inédits), mais on ne peut pas blâmer l’auteure d’avoir accepté la proposition…
Le bouquin se présente en effet comme un blog, chaque chapitre correspond à un post d’Allison avec les commentaires des visiteurs. La sauce prend tout de suite, on croirait vraiment lire le blog d’une étudiante en fac, bien écrit mais sans fioritures inutiles qui viendraient alourdir le style (et de fait nuire à la crédibilité du blog).
Au final c’est plutôt une agréable surprise, peut être pas un must du genre mais ça se lit tout seul, c’est suffisamment prenant pour nous donner envie d’aller toujours plus loin dans la lecture du blog. Dommage que le bouquin soit desservi par un titre français vraiment naze (en VO il porte le même nom que le blog) et une couv’ pas franchement alléchante. Le contenu n’est pas franchement jeunesse, je dirai plutôt ado (à partir de 13/14 ans). Certaines scènes sont bien gore (normal on est en pays zombie), l’ambiance oppressante et angoissante et bien rendue. Quelques touches de légèreté bienvenues avec l’humour d’Allison, parfois même dans les pires situations.
Premier roman de Madeleine Roux qui en a depuis publié deux autres, le dernier, Asylum, ayant fait un joli carton, espérons que l’éditeur (Fleuve Noir, qui inaugure sa collection Territoires avec ce titre) nous les fasse découvrir prochainement. Pour un coup d’essai on peut dire que c’est bigrement bien ficelé.

[BOUQUINS] Stephen King – Docteur Sleep

S. King - Docteur SleepEst-il besoin de signaler que je trépignais d’impatience à l’idée de me plonger dans le dernier Stephen King, Docteur Sleep, depuis le temps qu’il me faisait de l’oeil du haut de mon Stock à Lire Numérique il fallait bien que je finisse par craquer ! Qui plus est, histoire d’attiser encore plus ma curiosité, le bouquin est présenté comme la suite de Shining.
Danny Torrance, devenu adulte, chasse ses vieux démons avec un autre démon qui a pourtant contribué au naufrage son père : l’alcool. De petits boulots en petits boulots, de cuites en cuites, il débarque un jour à Frazier, un trou perdu du New Hampshire, bien décidé à essayer de se poser. Une douzaine d’années plus tard, débarrassé de son vice et maître de son Don, Dan rencontre Abra, une fillette de 12 ans elle aussi dotée de pouvoirs mystérieux mais traquée par le Noeud Vrai, des immortels qui veulent absorber son énergie jusqu’à la tuer…
Ma première réaction, à l’annonce de la sortie du bouquin et avant même sa parution en VF, aura été un peu désabusée. J’me suis dis qui si même Stephen King tombait dans la « facilité » de la suite (même 36 ans après Shining) alors on est bien mal barré, mais d’un autre côté, le King étant le King, il saurait certainement nous surprendre. Et puis merde c’est le King, je ne peux décemment pas passer à côté d’un de ses bouquins !
Après de longs (10% du bouquin) mais utiles préliminaires (c’est le traducteur qui appelle ça comme ça, pas moi bande de pervers(es)) qui retracent le parcours chaotique de Danny depuis les événements de l’Overlook (lire Shining n’est pas impératif mais il serait dommage, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, de passer à côté d’un grand cru de Stephen King) on entre de plain pied dans une intrigue divisée en quatre parties (la chose fait quand même 600 pages).
Inutile de vous préciser que c’est superbement écrit et que les personnages sont travaillés en profondeur, merde on parle du King pas de BHL ! Bref ça se lit tout seul alors penchons nous plutôt sur l’intrigue à proprement parler.
Dans les premiers chapitres l’on suit donc l’évolution de Danny Torrance au fil des ans, avec ses hauts et ses bas. Ensuite en parallèle on assiste à celle de la naissance à ses douze ans, et quelques chapitres consacrés au Noeud Vrai (de vraies têtes de noeuds c’est indiscutable). Ce n’est que plus tard que ces trois destinées vont se croiser et s’affronter  : Dan et Abra d’un côté, le Noeud Vrai de l’autre. Je sais que (exceptionnellement) mon pitch avance loin dans l’histoire mais c’est aussi le cas de la quatrième de couv’ et honnêtement je ne vois pas comment faire autrement sans laisser de côté toute la partie concernant Abra. Le décor et les personnages sont ainsi plantés.
L’intrigue est d’une incroyable diversité, avant que Dan et Abra n’unissent leurs efforts contre les têtes de noeuds (des méchants que vous adorerez détester, Rose, leur chef, plus que tout autre), on assiste au combat de Dan contre l’alcoolisme (avec l’aide des AA), puis à ses efforts pour dompter le Don et le mettre au service des autres (d’où le titre du roman). Sans doute moins stressante que Shining je peux vous assurer que cette nouvelle histoire du King vous prendra rapidement aux tripes, une fois happé pour le bouquin vous ne pourrez plus le lâcher.
Comme souvent Stephen King réussit quelque chose qui ne ressemble à aucun autre de ses romans, pour un résultat qui frôle atteint l’excellence (c’est simple pour moi c’est un sans faute), une fois de plus il est au sommet de son art. J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Dan Torrance (surtout sa version apaisée) et j’ai adoré le personnage d’Abra qui combine à merveille la fragilité de son âge et la force de son Don.
Deux versions, l’epub commercial d’origine et une version corrigée par un amateur passionné qui a annoté les principales modifs qu’il a effectué. Le résultat est assez impressionnant, il faut croire que Albin Michel (qui publie aussi les VF de Tom Clancy) paie ses traducteurs au lance-pierre ou les recrute en Ouzbékistan.

[BOUQUINS] Tom Clancy – Cybermenace

Tom Clancy - CybermenaceEncore une sortie que je guettais avec avidité, non seulement parce que je suis un inconditionnel de la saga Jack Ryan mais aussi du fait du décès récent de son auteur, Tom Clancy. Retour au Campus et à la Maison Blanche avec Cybermenace.
Réélu à la Maison Blanche, Jack Ryan va devoir faire face aux ambitions territoriales de la Chine. L’ennemi mise non seulement sur une intervention militaire sur le terrain mais aussi et surtout sur des attaques informatiques visant à paralyser les USA. Rien ne semble pouvoir échapper à la vigilance des hackers chinois mobilisés pour « défendre » leur pays, même le Campus, organisation ultra secrète, est pris dans leur ligne de mire…
Tom Clancy nous avait habitué à des pavés mais cette fois il s’est montré plus raisonnable en proposant un titre un peu moins épais que ses prédécesseurs (720 pages tout de même) et décliné en un seul volume (contre 2 volumes pour Ligne De Mire qui comptait à peine 70 pages de plus). Mais gageons que ce n’est pas la taille quantité qui compte mais bel et bien la qualité… Je vous rassure tout de suite la qualité est bel et bien au rendez-vous avec une intrigue toujours aussi efficacement menée et richement documentée. Croyez moi Tom Clancy réussira, une fois de plus, à vous surprendre mais aussi à mettre votre palpitant à rude épreuve.
Je ne sais pas si tout ce qui concerne les capacités de cyberguerre de la Chine est véridique mais si tel est le cas ça fait vraiment froid dans le dos, une organisation comme le Vaisseau Fantôme devrait être la cible prioritaire de tous les services secrets du monde si elle existait véritablement. Le pire c’est que, connaissant le degré de précision de Tom Clancy, si ce n’est pas tout à fait exact ça doit quand même vachement se rapprocher de la réalité… C’est d’autant plus inquiétant que les autres nations semblent avoir plusieurs trains de retard en matière de sécurité informatique et de hacking offensif.
Avant-dernier périple de la saga, le dernier, Command Authority sort aux States début décembre, avec un peu de chance on devrait l’avoir en français courant d’année prochaine. La véritable question qui me turlupine est de savoir comment cela va se terminer ; généralement les titres de la saga clôturent l’intrigue en cours, de quoi se montrer plutôt confiant…
Et puisque j’ai abordé la question de la traduction (notez l’effet de transition, du grand art), sur les trois derniers opus de la saga j’ai relevé quelques bourdes du traducteur qui ne sont pas vraiment anodines (en plus de coquilles diverses et variées) :
Mort Ou Vif : Jack Jr appelle son cousin, Dominic Caruso, Brian qui est le prénom de son jumeau, cela survient à un moment de l’intrigue ou la confusion est totalement impossible.
Ligne De Mire : l’hélicoptère russe Kamov-50 surnommé Black Shark devient un Black Hawk, surnom du Sikorsky UH-60 qui est un hélicoptère de combat américain.
Cybermenace : encore quelques cafouillages dans les noms (Jack Jr devient John, Wei devient Wu) et les marques (la Sienna de chez Toyota devient une Ford).
Du coup quand je repère une bourde je me fie à une VO récupérée sur le Net pour vérifier, sans surprise ce n’est pas au niveau de Tom Clancy que ça coince…

[BOUQUINS] Anonyme – Psycho Killer

Anonyme - Psycho KillerJ’avais prévu de chroniquer mes prochaines lecture par ordre d’arrivée dans mon Stock à Lire Numérique mais un trublion, survenu plus tôt que prévu, a remis en question mon choix. J’ai en effet été totalement incapable de résister à Psycho Killer, le dernier bébé de l’Anonyme à qui l’on doit la tétralogie du Bourbon Kid.
B Movie Hell était une bourgade paisible jusqu’à ce qu’un type portant un masque en forme de crâne surmonté d’une crête rouge ne débarque et ne commence son carnage à grands coups de couperet. L’ex agent spécial Jack Munson reprend du service afin de mettre fin au carnage orchestré par celui que l’on surnomme l’Iroquois. Mais les apparences sont parfois trompeuses, l’ennemi n’est pas forcément là où on l’attend…
Ceux qui ont lu Le Livre Sans Nom n’auront pas manqué de noter certaines similitudes, rassurez vous les quelques ressemblances s’arrêtent là, Psycho Killer bénéficie d’une intrigue qui lui est propre et l’ambiance à B Movie Hell est très différente de celle de Santa Mondega. Premier point, et non des moindres, aucun signe de fantastique dans ce roman, on est dans le thriller pur et dur. Même si l’intrigue est contemporaine il flotte sur l’ensemble un petit air de western spaghetti.
Globalement le bouquin est moins déjanté que la saga du Bourbon Kid, mais je vous garanti que l’on ne s’ennuie pas un instant au fil des pages (le week end m’aura suffi pour dévorer le bouquin). L’intrigue nous réserve son lot de personnages hauts en couleurs, une histoire menée tambour battant avec de nombreux rebondissements. Un thriller original, très rock n roll, truffé de clins d’oeil cinématographiques divers et variés (de Halloween à Dirty Dancing). Notre Anonyme préféré réinvente le roman noir avec un résultat aussi efficace que jubilatoire, et on en redemande (je retrouverai avec plaisir certains personnages mais je ne sais pas si cela est d’actualité dans l’esprit de l’auteur).
J’aurai pu m’épancher plus longuement sur certains personnages (en commençant par l’Iroquois, mais Jack Munson mérite aussi le détour, ainsi que Silvio Mellencamp), ou sur certains aspects de l’intrigue mais je préfère vous laisser découvrir tout ça par vous même et vous faire votre propre opinion de la chose. Vous l’aurez compris, pour ma part j’ai adoré !

[BOUQUINS] Ron Carlson – Le Signal

R. Carlson - Le SignalChangement de registre pour cette nouvelle chronique littéraire, l’heureux élu est en effet Le Signal de Ron Carlson ; choisi par curiosité afin découvrir un autre éditeur publié par Gallmeister (éditeur de David Vann).
Bien que séparés Mack et Vonnie décident de partager leur ultime randonnée dans les montagnes du Wyoming, ce rituel qui a ponctué leur dix années de vie commune est pour eux une façon comme une autre de se quitter en bons termes. Mais pour Mack cette balade est aussi l’occasion de remonter la pente et de sauver le ranch où il a grandi et rencontré Vonnie, pour se faire il doit récupérer une balise GPS égarée lors d’un survol de la région…
Pour la petite histoire l’éditeur souhaite faire connaître le nature writing en France, un genre très populaire aux USA qui met l’accent sur les relations, pas toujours idéales, entre l’homme et la nature. Si vous avez lu Sukkwan Island ou Désolations vous aurez deviné que, chez David Vann, la nature est avant tout hostile pour quiconque s’y aventurerait sans préparation. Dans Le Signal Ron Carlson mais plutôt l’accent sur la beauté de la nature « sauvage ».
SI vous vous attendez à un thriller palpitant vous allez tomber de haut, il ne se passe pas grand chose, même le fameux signal n’est exploité que dans la dernière partie du bouquin. On suit simplement la randonnée de six jours de Mack et Vonnie avec quelques retours en arrière sur leur rencontre, leur vie commune et les raisons de leur séparation. Sur ce dernier point Mack a 100% des torts mais son errance est somme toute assez classique, les emmerdes s’accumulent jusqu’au moment où on pète une durite et où l’on fait la (ou les) connerie(s) de trop. Le truc qui peut arriver à tout le monde.
Pour être tout à fait clair les trois premiers jours et le début du quatrième sont une balade bucolique au coeur de paysages magnifiques. Au cours du quatrième jour les promeneurs font une mauvaise rencontre, le cinquième jour le signal apparait enfin, et le sixième jour est nettement plus mouvementé. Le bouquin est court (200 et quelques pages), bien écrit, il se lit d’une traite en quelques heures. Dommage que la fin, et l’intervention de Kent, soit un peu brouillonne (on ne pige pas vraiment le pourquoi du comment de sa réaction).
Sur le bandeau une critique du NY Times annonce « Un roman au suspense à couper le souffle » c’est à se demander si celui (ou celle) qui a écrit ce truc a lu le bouquin, ou alors il (ou elle) s’est gouré d’article. La critique du Washington Post (qui figure aussi sur le bandeau), « Le Signal vous emportera comme une avalanche« , est nettement plus appropriée, même si le rythme imposé par l’auteur est lent on se laisse toutefois entraîner par le récit.
Paru en 2009 Le Signal est le premier roman de Ron Carlson a être publié en français (en 2011), depuis Gallmeister à assuré la diffusion de son roman précédent Cinq Ciels (paru en 2007).

[BOUQUINS] Harlan Coben – Six Ans Déjà

H. Coben - Six Ans DéjàJ’étais resté sur une impression mitigée après la lecture de Ne T’Eloigne Pas de Harlan Coben, pour quelqu’un considéré comme l’un des grands noms du polar c’est pas franchement top comme première opinion. Du coup je n’ai pas hésité à me jeter sur son dernier roman, Six Ans Déjà, proposé, une fois de plus, en avant première par France Loisirs.
Il y a six ans Jake a assisté au mariage de Natalie, la femme de sa vie… avec un autre homme ! Quand il tombe sur l’avis de décès du mari il décide de se rendre à l’enterrement afin de lui présenter ses condoléances. Non seulement Natalie n’est pas aux funérailles mais le défunt était marié à une autre femme depuis plus de dix ans. Alors qu’il se lance à la recherche de Natalie, Jake va aller de surprise en surprise…
Je suis mal placé pour dire si ce bouquin se situe plutôt dans la borne haute des titres de Harlan Coben mais une chose est sure, il est nettement plus addictif que Ne T’Eloigne Pas. On est directement happé par l’intrigue et du coup on ne lâche le bouquin qu’à regret, avec une seule hâte, s’y replonger le plus rapidement possible. Franchement si j’avais commencé ce bouquin un jour où je ne bossais pas je crois bien que je l’aurai lu d’une traite.
Le récit, écrit à la première personne, nous fait vivre l’intrigue à travers le personnage de Jake et son enquête limite obsessionnelle pour retrouver la femme qu’il aime. Son parcours ne va pas être de tout repos et lui réservera bien des surprises (pas toujours agréables soit dit en passant… sinon ça serait pas marrant). L’auteur ne s’attarde pas éternellement sur les personnages, juste ce qu’il faut pour leur donner suffisamment de profondeur et de présence, du coup ça tend à renforcer l’impression d’urgence de cette course contre la montre ; on va à l’essentiel à un rythme imposé, pas question de flâner. Quant à l’intrigue pour ma part je n’ai rien vu venir, ce qui est d’autant plus jouissif, c’est tordu à souhait sans être tiré par les cheveux ou inutilement complexe à suivre.
Inutile de préciser que l’écriture et le style sont parfaitement maîtrisés, le gars n’en est pas vraiment à son coup d’essai (c’est là son vingt-quatrième roman). Cette fois c’est une certitude je vais continuer à explorer l’univers littéraire de Harlan Coben, je ne sais pas encore si je vais poursuivre dans les romans isolés ou attaquer sa série Bolitar mais attendez vous à le retrouver tôt ou tard dans le coin.
Je ne dois pas être le seul à avoir apprécié puisque d’ores et déjà un projet d’adaptation au cinéma est en cours, pour le moment la seule chose qui soit à peu prés certaine est que Hugh Jackman interprétera le rôle de Jake. A ma connaissance, après Ne Le Dis A Personne c’est seulement le second roman de l’auteur à être porté à l’écran.

[BOUQUINS] Chuck Palahniuk – Fight Club

C. Palahniuk - Fight ClubJ’avoue avoir été plutôt surpris de découvrir Fight Club de Chuck Palahniuk classé dans une collection SF, j’ai vu le film de David Fincher (excellent film soit dit en passant) et j’en retiens d’avantage un thriller qu’un film de science-fiction. Ma curiosité me donne une raison de plus d’inscrire ce bouquin comme invité surprise de mon challenge 100% SF.
Le narrateur, jeune cadre dans l’industrie automobile, passe des journées ordinaires et des nuits d’insomnie. Jusqu’au jour où il rencontre Tyler Durden et décident ensemble, après avoir fait plus ample connaissance, de créer le Fight Club, un club de combats clandestins. Le succès est immédiat comme exutoire à la monotonie du quotidien. Mais qui est vraiment Tyler Durden ? Quels sont ses véritables intentions ?
On peut en effet imaginer, dès les premières pages, que nous sommes bien dans un futur indéterminé (certains passages le laisse supposer), et donc que l’étiquette SF, tendance uchronie, n’est pas complètement usurpée, mais le roman pourrait tout aussi bien se dérouler de nos jours.
Le style de l’auteur est très décousu, il faut quelques chapitres pour s’y accoutumer et apprécier ; surtout au niveau des dialogues qui ne sont pas forcément signalés ni par un tiret, ni par des guillemets, du coup on se demande si le narrateur s’exprime effectivement ou non.
Concernant l’intrigue à proprement parler, les choses prennent leur temps pour se mettre en place, mais ça vaut tout de même le coup de s’accrocher. Malheureusement ayant vu le film (de David Fincher avec Brad Pitt et Edward Norton) avant de lire le roman l’on connait la réponse à la véritable question : qui est Tyler Durden (même sans ça je pense que je l’aurai fortement soupçonné) ? Explosera ou pas ? Tirera ou pas ? Ce sont des questions annexes (aucun spoiler là-dedans, le roman commence par la presque fin avant de partir en flashback).
Concernant les personnages on suit bien entendu l’évolution du narrateur (il n’est jamais nommé), personnalité effacée et peu charismatique qui s’affirme au contact de Tyler Durden qu’il considère comme son mentor (presque gourou). Le plus énigmatique étant bien entendu Tyler Durden, charismatique, provocateur, anarchiste et surtout manipulateur ; révolutionnaire du dimanche ou terroriste potentiel ?
Je sais que beaucoup considèrent ce roman comme étant culte mais pour ma part je serai nettement plus modéré dans mon jugement : agréable mais non exempt de défauts et qui plus est pas forcément facile à aborder. D’aucuns y voient une vive critique contre la société de consommation, si cet aspect est indéniable je dirai que ce n’est pas ce qui en ressort de prime abord ; l’on vit les choses à travers les yeux du narrateur, un personnage fasciné par Tyler Durden au point d’être incapable de penser par lui même… Pas vraiment ce que je qualifierai de critique objective.
Une fois encore ces quelques lignes n’engagent que moi, peut être que si je n’avais pas vu le film j’aurai eu un jugement moins sévère… Qui plus est, une fois n’est pas coutume, j’ai préféré le film au roman. Certes il se dégage du bouquin quelque chose de plus dérangeant, il plus violent aussi mais globalement j’ai trouvé le film plus rythmé et plus fluide.
Je ne vais pas dire que je me suis emmerdé étant donné que j’ai dévoré le bouquin (moins de 300 pages, OK c’est pas un exploit) en deux jours ; j’ai même beaucoup apprécié la fin, à partir du moment où le narrateur découvre la vérité sur Tyler Durden.

[BOUQUINS] Daniel Keyes – Algernon, Charlie Et Moi

C’est la première fois que je consacre deux posts à un même bouquin, ou presque, ayant reçu la version enrichie Des Fleurs Pour Algernon de Daniel Keyes, je n’ai pu résister à l’envie de me plonger dans la lecture des « bonus », à savoir l’essai Algernon, Charlie & Moi et la nouvelle originale. A livre exceptionnel, chronique exceptionnelle, logique non ? Et puis il peut presque faire office d’invité surprise dans mon challenge 100% SF.
Pour info la couverture qui illustre ce post est celle d’une précédente édition regroupant l’essai et la nouvelle proposée par J’Ai Lu.

D. Keyes - Algernon, Charlie Et MoiAlgernon, Charlie Et Moi
Dans cet essai autobiographique l’auteur revient sur son parcours personnel et professionnel (de la marine marchande à l’enseignement universitaire en passant par divers boulots) mais surtout sur tout le processus qui a conduit à la nouvelle, puis au roman, qui lui vaudront une reconnaissance internationale. S’il a écrit cet essai plus de quarante ans après la sortie du roman c’est dire si le personnage de Charlie Gordon l’a marqué.
Le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne s’est pas fait en un jour, il y a d’abord eu un nom qui a retenu son attention (Algernon), puis une idée (qu’est-ce que ça ferait de devenir plus intelligent ?) qu’il a fallu étoffer (notamment avec l’idée de la régression) et mettre en forme et enfin le nom de son personnage principal (Charlie Gordon) ; une fois que tout s’est mis en place (ça a quand même pris pas loin d’une quinzaine d’années), Daniel Keyes a dû lutter becs et ongles contre les éditeurs qui demandaient des coupes franches ou, pire encore, un happy end.
Une fois la nouvelle parue et saluée unanimement, l’auteur a rapidement eu envie d’en faire un roman, certains passages ont été retouchés, d’autres ajoutés, mais tout à été fait (même si ça peut paraître bizarre de à imaginer) dans « l’intérêt de Charlie Gordon » ; m’est d’avis que rarement un auteur s’est autant identifié à son personnage pour créer l’univers qui l’entoure. Après de nouvelles prises de bec avec les éditeurs, le roman voit le jour et est salué presque unanimement (une seule critique négative).
L’auteur mentionne diverses adaptation Des Fleurs Pour Algernon : un téléfilm (1967, avec Cliff Robertson dans le rôle de Charlie) suivi d’un film (Charly, 1968 avec de nouveau Cliff Robertson, oscarisé pour son interprétation) et même une comédie musicale. En 2000 l’auteur donnera son accord pour un nouveau téléfilm, le rôle de Charlie sera tenu par Matthew Modine. Depuis il y en eu d’autres (plus ou moins réussies il semblerait) : un téléfilm franco-suisse (2006, avec Julien Boisselier) et une pièce de théâtre (2012, avec Grégory Gadebois). En 2009/2010 il était même question d’une nouvelle adaptation menée par Will Smith (comme producteur et acteur) et Gabriele Muccino (à la réalisation) ; mais depuis je ne saurai vous dire si l’idée poursuit son chemin ou a été abandonnée.
Le fait que Daniel Keyes ait ressenti le besoin d’écrire cet essai 40 ans après la parution de la nouvelle en dit long sur la place qu’occupent Charlie Gordon et Algernon dans sa vie.

Des Fleurs Pour Algernon (nouvelle)
La lecture de la nouvelle après avoir lu le roman n’apporte strictement rien, sinon de se rendre compte des changements et évolutions apportées par le roman, par définition ce dernier est beaucoup plus riche. Toutefois j’ai apprécié de découvrir le texte original, en quelques pages il distille une charge émotionnelle impressionnante.

Cette lecture n’a fait que confirmer mon engouement pour ce roman exceptionnel, je pense prochainement me pencher sur deux autres titres de l’auteur consacrés à Billy Milligan, un criminel des années 70 qui présente la particularité d’abriter plusieurs personnalités (pas moins de 24) dans un même corps.

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Broken

K. Slaughter - BrokenA défaut d’avoir trouvé le temps de me plonger dans les « anciens » titres de Karin Slaughter je poursuis mon exploration de son univers avec son nouveau roman, Broken, qui réunit, pour la seconde fois, les personnages de Sara Linton et Will Trent.
Sara Linton revient à Grant County pour passer thanksgiving en famille mais elle est rapidement contactée par le chef de la police qui l’informe qu’un prisonnier, inculpé pour le meurtre d’une adolescente, veut lui parler. Quand elle arrive au commissariat, l’homme, un ancien patient de Sara, attardé léger, s’est suicidé. Il a eu le temps d’écrire « Pas moi » avec son sang sur le mur de sa cellule. En lisant le compte rendu d’interrogatoire Sara est convaincue que la police a bâclé son enquête, elle fait alors appel à Will Trent du GBI…
Heureusement pour les gens qui, comme moi, n’ont pas encore lu la série Grant County, les faits relatifs à la mort de Jeffrey Tolliver (le mari de Sara) sont repris ici. On se doute bien que le retour de Sara ne va pas se faire sans heurts, surtout quand elle va découvrir que Lena Adams, qu’elle considère comme en partie responsable de la mort de son mari, est à l’origine de cette enquête bouclée à la va-vite. De même on peut supposer que la police locale, qui ne semble pas franchement du genre irréprochable, ne va pas apprécier qu’un agent fédéral vienne piétiner leur plates bandes… Pour nous lecteur le climat s’annonce propice à un thriller tendu à souhait. Et en effet on est servi en matière de tension, trois jours durant Sara et Will vont tout mettre en oeuvre pour faire éclater la vérité au grand jour, loin de les décourager l’hostilité de la police locale ne fera que les motiver d’avantage.
Au niveau des personnages on voit évoluer la relation entre Sara et Will, vers d’avantage de complicité (et peut être d’avantage). Par contre Sara manque totalement d’objectivité quand il est question de Lena Adams, ça frôle la mauvaise foi par moments. Les deux autres personnages impliqués sont justement Lena Adams et Frank Wallace, le chef de la police, difficile d’éprouver la moindre sympathie envers ces deux oiseaux.
L’intrigue est double et complémentaire, d’une part découvrir la vérité sur les circonstances de l’arrestation et de la mort de Tommy Braham, d’autre part démasquer le tueur. A ce titre attendez vous à quelques surprises de taille mais je ne vous en dirai pas plus par crainte de dévoiler des indices. Pas forcément un thriller 100% adrénaline mais suffisamment addictif pour que l’on ait aucune envie de le lâcher avant de connaître la vérité.
Je ne désespère pas d’inclure au programme de mes prochaines lectures les précédents titres de l’auteure, le truc c’est d’envisager une échéance raisonnable. Pour être totalement honnête il est plus que probable que je lise les suivants (il y a encore trois titres après Broken, non encore traduits en français) avant de revenir à Grant County…

[BOUQUINS] Dan Wells – Nobody

D. Wells - NobodyEt une trilogie de plus bouclée avec ce troisième et dernier volet de la chasse aux démons façon John Cleaver, je me suis en effet rué sur Nobody de Dan Wells dès que je l’ai aperçu. Le tome précédent, Mr Monster, se terminait sur un cliffhanger prometteur j’avais donc hâte de découvrir la suite…
John W. Cleaver, plus que jamais convaincu d’être un potentiel tueur en série, se prépare à la confrontation avec Nobody, la démone qu’il a provoqué. Quand l’Homme de Main, un tueur en série, commence à sévir à Clayton le jeune chasseur de démon pense qu’il doit s’agir de Nobody ; reste à savoir qui trouvera l’autre en premier et pour John à éviter, autant que faire se peut, que les victimes ne se multiplient…
L’auteur continue de jouer habilement avec le mélange des genres : fantastique, thriller et humour (noir mais pas que). Le décor étant déjà planté on entre directement dans le vif du sujet, avec une chasse au démon pleine de surprises, de fausses pistes, et de rebondissements. Mais surtout on découvre un John Cleaver qui essaye de se sociabiliser aux côtés de Marci bien qu’il soit toujours incapable de mettre des mots sur ses sentiments pour elle. Un John tiraillé justement entre Marci et Brooke. Cette nouvelle dimension, plus empathique, du personnage, apporte un souffle de nouveauté à l’ensemble.
Plus encore que dans les deux précédents romans John se trouve personnellement impliqué dans son face à face démoniaque, à ce titre les derniers chapitres sont de loin les plus intense de la trilogie, John se trouve face à un dilemme auquel personne n’aimerait être confronté. Et nous heureux lecteurs restons suspendus au page, blindés d’adrénaline ! Alors happy end or not ? Puis quoi encore ! Si vous voulez le savoir il va falloir que vous lisiez le bouquin, et tant qu’à faire profitez-en pour lire la trilogie complète. Tout ce que je peux vous dire c’est que cette fin, heureuse ou non, est grandiose, un bouquet final totalement réussi.
Cet ultime opus est de loin le plus sombre des trois, mais aussi le plus intense au niveau de la charge émotionnelle (bin oui j’ai été à deux doigts de verser une petite larmiche). Franchement je ne peux que vous recommander cette trilogie aussi originale que riche. Les personnages, les situations, les dialogues, tout est parfaitement maîtrisé ; mine de rien l’auteur a dû sacrément se documenter sur les serial killers, ses réflexions sur le sujet ne semblent pas dénuées de bon sens.
Et maintenant Monsieur Wells ? Les deux premiers volumes d’une nouvelle trilogie ainsi qu’un roman « one-shot » sont d’ores et déjà sortis aux Etats-Unis, il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour qu’un éditeur se rue dessus et nous les propose bientôt en français (la trilogie en question, Partials, semble jouer à fond la carte du fantastique post-apocalyptique donc je ne suis pas certain que les Editions Sonatine soient intéressées).