[BOUQUINS] Chuck Palahniuk – Fight Club

C. Palahniuk - Fight ClubJ’avoue avoir été plutôt surpris de découvrir Fight Club de Chuck Palahniuk classé dans une collection SF, j’ai vu le film de David Fincher (excellent film soit dit en passant) et j’en retiens d’avantage un thriller qu’un film de science-fiction. Ma curiosité me donne une raison de plus d’inscrire ce bouquin comme invité surprise de mon challenge 100% SF.
Le narrateur, jeune cadre dans l’industrie automobile, passe des journées ordinaires et des nuits d’insomnie. Jusqu’au jour où il rencontre Tyler Durden et décident ensemble, après avoir fait plus ample connaissance, de créer le Fight Club, un club de combats clandestins. Le succès est immédiat comme exutoire à la monotonie du quotidien. Mais qui est vraiment Tyler Durden ? Quels sont ses véritables intentions ?
On peut en effet imaginer, dès les premières pages, que nous sommes bien dans un futur indéterminé (certains passages le laisse supposer), et donc que l’étiquette SF, tendance uchronie, n’est pas complètement usurpée, mais le roman pourrait tout aussi bien se dérouler de nos jours.
Le style de l’auteur est très décousu, il faut quelques chapitres pour s’y accoutumer et apprécier ; surtout au niveau des dialogues qui ne sont pas forcément signalés ni par un tiret, ni par des guillemets, du coup on se demande si le narrateur s’exprime effectivement ou non.
Concernant l’intrigue à proprement parler, les choses prennent leur temps pour se mettre en place, mais ça vaut tout de même le coup de s’accrocher. Malheureusement ayant vu le film (de David Fincher avec Brad Pitt et Edward Norton) avant de lire le roman l’on connait la réponse à la véritable question : qui est Tyler Durden (même sans ça je pense que je l’aurai fortement soupçonné) ? Explosera ou pas ? Tirera ou pas ? Ce sont des questions annexes (aucun spoiler là-dedans, le roman commence par la presque fin avant de partir en flashback).
Concernant les personnages on suit bien entendu l’évolution du narrateur (il n’est jamais nommé), personnalité effacée et peu charismatique qui s’affirme au contact de Tyler Durden qu’il considère comme son mentor (presque gourou). Le plus énigmatique étant bien entendu Tyler Durden, charismatique, provocateur, anarchiste et surtout manipulateur ; révolutionnaire du dimanche ou terroriste potentiel ?
Je sais que beaucoup considèrent ce roman comme étant culte mais pour ma part je serai nettement plus modéré dans mon jugement : agréable mais non exempt de défauts et qui plus est pas forcément facile à aborder. D’aucuns y voient une vive critique contre la société de consommation, si cet aspect est indéniable je dirai que ce n’est pas ce qui en ressort de prime abord ; l’on vit les choses à travers les yeux du narrateur, un personnage fasciné par Tyler Durden au point d’être incapable de penser par lui même… Pas vraiment ce que je qualifierai de critique objective.
Une fois encore ces quelques lignes n’engagent que moi, peut être que si je n’avais pas vu le film j’aurai eu un jugement moins sévère… Qui plus est, une fois n’est pas coutume, j’ai préféré le film au roman. Certes il se dégage du bouquin quelque chose de plus dérangeant, il plus violent aussi mais globalement j’ai trouvé le film plus rythmé et plus fluide.
Je ne vais pas dire que je me suis emmerdé étant donné que j’ai dévoré le bouquin (moins de 300 pages, OK c’est pas un exploit) en deux jours ; j’ai même beaucoup apprécié la fin, à partir du moment où le narrateur découvre la vérité sur Tyler Durden.

[BOUQUINS] Daniel Keyes – Algernon, Charlie Et Moi

C’est la première fois que je consacre deux posts à un même bouquin, ou presque, ayant reçu la version enrichie Des Fleurs Pour Algernon de Daniel Keyes, je n’ai pu résister à l’envie de me plonger dans la lecture des « bonus », à savoir l’essai Algernon, Charlie & Moi et la nouvelle originale. A livre exceptionnel, chronique exceptionnelle, logique non ? Et puis il peut presque faire office d’invité surprise dans mon challenge 100% SF.
Pour info la couverture qui illustre ce post est celle d’une précédente édition regroupant l’essai et la nouvelle proposée par J’Ai Lu.

D. Keyes - Algernon, Charlie Et MoiAlgernon, Charlie Et Moi
Dans cet essai autobiographique l’auteur revient sur son parcours personnel et professionnel (de la marine marchande à l’enseignement universitaire en passant par divers boulots) mais surtout sur tout le processus qui a conduit à la nouvelle, puis au roman, qui lui vaudront une reconnaissance internationale. S’il a écrit cet essai plus de quarante ans après la sortie du roman c’est dire si le personnage de Charlie Gordon l’a marqué.
Le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne s’est pas fait en un jour, il y a d’abord eu un nom qui a retenu son attention (Algernon), puis une idée (qu’est-ce que ça ferait de devenir plus intelligent ?) qu’il a fallu étoffer (notamment avec l’idée de la régression) et mettre en forme et enfin le nom de son personnage principal (Charlie Gordon) ; une fois que tout s’est mis en place (ça a quand même pris pas loin d’une quinzaine d’années), Daniel Keyes a dû lutter becs et ongles contre les éditeurs qui demandaient des coupes franches ou, pire encore, un happy end.
Une fois la nouvelle parue et saluée unanimement, l’auteur a rapidement eu envie d’en faire un roman, certains passages ont été retouchés, d’autres ajoutés, mais tout à été fait (même si ça peut paraître bizarre de à imaginer) dans « l’intérêt de Charlie Gordon » ; m’est d’avis que rarement un auteur s’est autant identifié à son personnage pour créer l’univers qui l’entoure. Après de nouvelles prises de bec avec les éditeurs, le roman voit le jour et est salué presque unanimement (une seule critique négative).
L’auteur mentionne diverses adaptation Des Fleurs Pour Algernon : un téléfilm (1967, avec Cliff Robertson dans le rôle de Charlie) suivi d’un film (Charly, 1968 avec de nouveau Cliff Robertson, oscarisé pour son interprétation) et même une comédie musicale. En 2000 l’auteur donnera son accord pour un nouveau téléfilm, le rôle de Charlie sera tenu par Matthew Modine. Depuis il y en eu d’autres (plus ou moins réussies il semblerait) : un téléfilm franco-suisse (2006, avec Julien Boisselier) et une pièce de théâtre (2012, avec Grégory Gadebois). En 2009/2010 il était même question d’une nouvelle adaptation menée par Will Smith (comme producteur et acteur) et Gabriele Muccino (à la réalisation) ; mais depuis je ne saurai vous dire si l’idée poursuit son chemin ou a été abandonnée.
Le fait que Daniel Keyes ait ressenti le besoin d’écrire cet essai 40 ans après la parution de la nouvelle en dit long sur la place qu’occupent Charlie Gordon et Algernon dans sa vie.

Des Fleurs Pour Algernon (nouvelle)
La lecture de la nouvelle après avoir lu le roman n’apporte strictement rien, sinon de se rendre compte des changements et évolutions apportées par le roman, par définition ce dernier est beaucoup plus riche. Toutefois j’ai apprécié de découvrir le texte original, en quelques pages il distille une charge émotionnelle impressionnante.

Cette lecture n’a fait que confirmer mon engouement pour ce roman exceptionnel, je pense prochainement me pencher sur deux autres titres de l’auteur consacrés à Billy Milligan, un criminel des années 70 qui présente la particularité d’abriter plusieurs personnalités (pas moins de 24) dans un même corps.

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Broken

K. Slaughter - BrokenA défaut d’avoir trouvé le temps de me plonger dans les « anciens » titres de Karin Slaughter je poursuis mon exploration de son univers avec son nouveau roman, Broken, qui réunit, pour la seconde fois, les personnages de Sara Linton et Will Trent.
Sara Linton revient à Grant County pour passer thanksgiving en famille mais elle est rapidement contactée par le chef de la police qui l’informe qu’un prisonnier, inculpé pour le meurtre d’une adolescente, veut lui parler. Quand elle arrive au commissariat, l’homme, un ancien patient de Sara, attardé léger, s’est suicidé. Il a eu le temps d’écrire « Pas moi » avec son sang sur le mur de sa cellule. En lisant le compte rendu d’interrogatoire Sara est convaincue que la police a bâclé son enquête, elle fait alors appel à Will Trent du GBI…
Heureusement pour les gens qui, comme moi, n’ont pas encore lu la série Grant County, les faits relatifs à la mort de Jeffrey Tolliver (le mari de Sara) sont repris ici. On se doute bien que le retour de Sara ne va pas se faire sans heurts, surtout quand elle va découvrir que Lena Adams, qu’elle considère comme en partie responsable de la mort de son mari, est à l’origine de cette enquête bouclée à la va-vite. De même on peut supposer que la police locale, qui ne semble pas franchement du genre irréprochable, ne va pas apprécier qu’un agent fédéral vienne piétiner leur plates bandes… Pour nous lecteur le climat s’annonce propice à un thriller tendu à souhait. Et en effet on est servi en matière de tension, trois jours durant Sara et Will vont tout mettre en oeuvre pour faire éclater la vérité au grand jour, loin de les décourager l’hostilité de la police locale ne fera que les motiver d’avantage.
Au niveau des personnages on voit évoluer la relation entre Sara et Will, vers d’avantage de complicité (et peut être d’avantage). Par contre Sara manque totalement d’objectivité quand il est question de Lena Adams, ça frôle la mauvaise foi par moments. Les deux autres personnages impliqués sont justement Lena Adams et Frank Wallace, le chef de la police, difficile d’éprouver la moindre sympathie envers ces deux oiseaux.
L’intrigue est double et complémentaire, d’une part découvrir la vérité sur les circonstances de l’arrestation et de la mort de Tommy Braham, d’autre part démasquer le tueur. A ce titre attendez vous à quelques surprises de taille mais je ne vous en dirai pas plus par crainte de dévoiler des indices. Pas forcément un thriller 100% adrénaline mais suffisamment addictif pour que l’on ait aucune envie de le lâcher avant de connaître la vérité.
Je ne désespère pas d’inclure au programme de mes prochaines lectures les précédents titres de l’auteure, le truc c’est d’envisager une échéance raisonnable. Pour être totalement honnête il est plus que probable que je lise les suivants (il y a encore trois titres après Broken, non encore traduits en français) avant de revenir à Grant County…

[BOUQUINS] Dan Wells – Nobody

D. Wells - NobodyEt une trilogie de plus bouclée avec ce troisième et dernier volet de la chasse aux démons façon John Cleaver, je me suis en effet rué sur Nobody de Dan Wells dès que je l’ai aperçu. Le tome précédent, Mr Monster, se terminait sur un cliffhanger prometteur j’avais donc hâte de découvrir la suite…
John W. Cleaver, plus que jamais convaincu d’être un potentiel tueur en série, se prépare à la confrontation avec Nobody, la démone qu’il a provoqué. Quand l’Homme de Main, un tueur en série, commence à sévir à Clayton le jeune chasseur de démon pense qu’il doit s’agir de Nobody ; reste à savoir qui trouvera l’autre en premier et pour John à éviter, autant que faire se peut, que les victimes ne se multiplient…
L’auteur continue de jouer habilement avec le mélange des genres : fantastique, thriller et humour (noir mais pas que). Le décor étant déjà planté on entre directement dans le vif du sujet, avec une chasse au démon pleine de surprises, de fausses pistes, et de rebondissements. Mais surtout on découvre un John Cleaver qui essaye de se sociabiliser aux côtés de Marci bien qu’il soit toujours incapable de mettre des mots sur ses sentiments pour elle. Un John tiraillé justement entre Marci et Brooke. Cette nouvelle dimension, plus empathique, du personnage, apporte un souffle de nouveauté à l’ensemble.
Plus encore que dans les deux précédents romans John se trouve personnellement impliqué dans son face à face démoniaque, à ce titre les derniers chapitres sont de loin les plus intense de la trilogie, John se trouve face à un dilemme auquel personne n’aimerait être confronté. Et nous heureux lecteurs restons suspendus au page, blindés d’adrénaline ! Alors happy end or not ? Puis quoi encore ! Si vous voulez le savoir il va falloir que vous lisiez le bouquin, et tant qu’à faire profitez-en pour lire la trilogie complète. Tout ce que je peux vous dire c’est que cette fin, heureuse ou non, est grandiose, un bouquet final totalement réussi.
Cet ultime opus est de loin le plus sombre des trois, mais aussi le plus intense au niveau de la charge émotionnelle (bin oui j’ai été à deux doigts de verser une petite larmiche). Franchement je ne peux que vous recommander cette trilogie aussi originale que riche. Les personnages, les situations, les dialogues, tout est parfaitement maîtrisé ; mine de rien l’auteur a dû sacrément se documenter sur les serial killers, ses réflexions sur le sujet ne semblent pas dénuées de bon sens.
Et maintenant Monsieur Wells ? Les deux premiers volumes d’une nouvelle trilogie ainsi qu’un roman « one-shot » sont d’ores et déjà sortis aux Etats-Unis, il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour qu’un éditeur se rue dessus et nous les propose bientôt en français (la trilogie en question, Partials, semble jouer à fond la carte du fantastique post-apocalyptique donc je ne suis pas certain que les Editions Sonatine soient intéressées).

[BOUQUINS] Richard Matheson – Je Suis Une Légende

R. Matheson - Je Suis Une LégendeInvité surprise (et surtout un oubli) de mon challenge 100% SF, considéré par beaucoup comme un classique du genre et lecture hommage (l’auteur étant décédé, à l’âge de 87 ans, le 23 juin 2013), rien que ça ! Tout ça pour vous dire que je me suis enfin (le bouquin date tout de même de 1954) lancé dans la lecture de Je Suis Une Légende de Richard Matheson.
1976, Robert Neville est le dernier humain sur Terre suite à une pandémie mondiale, ceux qui n’ont pas été tués par le virus sont devenus des vampires. Le jour Robert Neville organise sa survie (entretien et protection de sa maison, récupération des denrées et matériels dont il a besoin), la nuit il se terre chez lui en se protégeant tant bien que mal des vampires qui le harcélent. Parmi euix son ancien voisin et ami, Ben Cortman.
Ma première surprise est venue de la taille du bouquin (à peine 200 pages), allez savoir pourquoi je l’imaginais plus épais. Il semblerait que Richard Matheson ait été le premier à imaginer une métamorphose vampirique provoquée par une bactérie ou un virus (idée reprise par Guillermo Del Toro et Justin Cronin, entre autres) ; par contre les moyens de combattre ces sales bestioles restent bien ancrées dans le folklore vampire (soleil, ail, crucifix et pieu en bois). Il faut attendre les dernières pages du roman pour en apprendre d’avantage sur ces vampires.
On partage donc le quotidien, les pensées et les souvenirs de Robert Neville, ainsi que sa quête pour comprendre rationnellement les vampires, non pour faire copain-copain avec les suceurs de sang mais pour pouvoir les éliminer le plus efficacement possible. C’est bien écrit, pas forcément palpitant d’action mais jamais ennuyeux, du coup le bouquin se lit d’une traite.
Encore un récit totalement intemporel, il suffit de déplacer cette uchronie de quelques années pour se prendre à imaginer que c’est ce qui nous attend dans quelques années. Si certains appareils utilisés par l’auteur paraissent aujourd’hui totalement dépassés on peut les remplacer par des ustensiles plus contemporain (un lecteur CD ou un lecteur MP3 remplace ainsi le vieux tourne-disque de Neville). Je crois que c’est là l’une des marques de fabrique d’un bon roman de SF, et sans doute même d’un bon roman tout court : une histoire qui ne prend pas une ride au fil du temps.
Cette histoire a  fait l’objet de trois versions pour le cinéma, Robert Neville ayant été interprété successivement par Vincent Price (1964), Charlton Heston (1971) et Will Smith (2007), toutefois il s’agit d’adaptations très libres ; je n’ai vu que les deux dernières mais il est clair qu’elles dénaturent l’original, le roman est en effet nettement plus sombre et pessimiste quant à la survie de l’humanité ; en reprenant les théories darwiniennes on peut résumer la chose ainsi : les plus forts s’adaptent, les autres meurent… Et en l’occurence les plus forts ne sont pas forcément les humains, qui plus est quand il ne reste qu’un seul et unique représentant de l’espèce.
Je vais certainement me pencher sur les autres titres de Richard Matheson, il n’est jamais trop tard pour élargir ses horizons…

[BOUQUINS] Paolo Bacigalupi – La Fille Automate

P. Bacigalupi - La Fille AutomateC’est d’abord la couverture qui m’a attiré (en l’occurence la couv’ originale francisée par Les Hérétiques, ô combien plus réussie que la couv’ française officielle), la quatrième de couv’ étant plutôt sympa, il n’en fallait pas moins pour que La Fille Automate de Paolo Bacigalupi finisse dans mon Stock à Lire ;  quelques critiques enthousiastes (dont celle de Gruz) et un challenge 100% SF remettront le titre à l’ordre du jour.
Quatrième de couv’ : « Dans un futur proche où le tarissement des énergies fossiles a radicalement modifié la géopolitique mondiale, la maîtrise de la bio-ingénierie est devenue le nerf d’une guerre industrielle sans merci. Anderson Lake travaille à Bangkok pour le compte d’un géant américain de l’agroalimentaire. Il arpente les marchés à la recherche de souches locales au coeur de bien des enjeux. Son chemin croise celui d’Emiko, la fille automate, une créature étrange et belle, créée de toutes pièces pour satisfaire les caprices décadents des puissants qui la possèdent, mais désormais sans plus d’attaches. »
Si j’ai opté pour la solution de facilité en proposant un copier-coller ce n’est pas par fainéantise mais plutôt parce que ce bouquin est d’une incroyable richesse de part les multiples thèmes qu’il aborde (politique, écologie, génétique, religion, corruption, tolérance…). Par contre pour entrer dans l’univers de l’auteur il falloir vous accrocher, les premiers chapitres pourront rebuter les moins tenaces mais, même si je reconnais que la prise en main est laborieuse au début, je vous invite à persévérer, le récit devient rapidement addictif et vous ne devriez pas le regretter.
La première surprise vient justement de l’univers du roman, une vision plutôt sombre de notre devenir, une Terre ravagée par les catastrophes naturelles, les épidémies et les guerres, le terrain est dorénavant franchement hostile ; on se retrouve au coeur d’un décor à la fois futuriste et passéiste (certaines technologies appartiennent clairement au futur alors que d’autres, de notre présent, semblent avoir disparues). D’autre part c’est plutôt original de choisir pour cadre la Thaïlande, devenue un avant poste de la biogénétique, seule chance de survie de l’humanité, mais instable sur le plan politique ; exotique certes mais en contrepartie ça complique un peu la donne pour retenir les noms propres ainsi que certains termes locaux.
La densité du bouquin tient autant dans le nombre de ses personnages que dans les différentes intrigues qui semblent, de prime abord, sans rapport les unes avec les autres mais finissent par se lier en un tout particulièrement soigné (même si certains personnages subissent l’intrigue plus qu’ils n’y prennent part activement). Si l’intrigue peine un peu à se mettre en branle je peux vous garantir que par la suite on a l’impression d’être au coeur d’un thriller tant le rythme est soutenu et les rebondissements ne manquent pas (jusqu’au dernier chapitre vous serez surpris).
Contrairement à ce que pourrait laisser supposer son nom l’auteur est américain, La Fille Automate est son premier roman, publié en 2009 aux USA (2012 en France) il a été récompensé des prix les plus prestigieux Nebula (meilleur roman en 2009), Hugo (meilleur roman en 2010) et Locus (meilleur premier roman en 2010) pour ne citer qu’eux ; pas mal pour un coup d’essai. Depuis l’auteur a publié deux autres titres, encore inédits en français, mais je suis curieux de les découvrir tant celui-ci m’aura mis l’eau à la bouche…

[BOUQUINS] Daniel Keyes – Des Fleurs Pour Algernon

D. Keyes - Des Fleurs Pour AlgernonIl aura fallu que je me fixe un challenge 100% SF pour me décider enfin à découvrir Des Fleurs Pour Algernon de Daniel Keyes, un incontournable du genre il semblerait ; depuis le temps que j’en entends parler et avec toutes les louanges lues ou entendues il fallait bien que je me fasse ma propre opinion de la chose.
Charlie Gordon, un jeune adulte attardé mental, subit une intervention chirurgicale qui triple son QI. Il est le premier patient humain à bénéficier de cette prouesse médicale testée auparavant sur la souris de laboratoire Algernon. L’opération est un succès, mais si Charlie a désormais le QI d’un génie il a le vécu et le ressenti d’un attardé mental ; l’intelligence dont il avait tant espéré peut s’avérer une arme à double tranchant…
L’auteur a d’abord publié son récit sous forme de nouvelle (en 1960) et récompensée par le prix Hugo avant de l’enrichir pour en faire un roman qui sera publié en 1966 et obtiendra le prix Nebula. Si je mentionne ces dates c’est pour vous dire que même après quasiment un demi-siècle le bouquin n’a pas pris une ride, le style est intemporel, je suis convaincu que même dans 50 ans les lecteurs auront le même ressenti. Le bouquin se présente comme le journal intime de Charlie, commencé quelques jours avant l’opération et poursuivi aussi longtemps qu’il a pu le compléter. A travers les comptes rendus que Charlie rédige on suit son évolution, si les premiers passages sont écrits quasiment en phonétique, l’orthographe se corrige et s’enrichit peu à peu, idem pour le contenu de ses rapports.
Rapidement on oublie le côté SF pour privilégier le côté humain et en la matière on peut dire que le livre frappe fort et réussit admirablement à nous faire partager les émotions de Charlie, on a vraiment l’impression d’être lui et de voir le monde par ses yeux. En plus de sa soif d’apprendre il renoue avec des souvenirs d’une enfance qu’il avait oublié, une période difficile et traumatisante. L’innocence envolée il voit aussi les gens sous leur véritable jour et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a toujours été mal entouré. Mais heureusement tout n’est pas sombre pour le jeune homme, il va aussi faire l’apprentissage de l’amour (et là encore rien n’est simple pour Charlie).
Attention risque de spoilers dans ce qui va suivre, mais chroniquer ce bouquin sans parler des différentes phases que va traverser Charlie ne présenterait aucun intérêt, je ne dirai rien de la fin et je peux d’ores et déjà vous assurer que ces quelques lignes ne vous gâcheront pas la lecture du roman (la preuve j’ai adoré alors que j’en connaissais la trame de A à Z).
Ce bouquin propose, à sa façon, une réflexion sur la tolérance, cette fois la différence est l’intelligence ; si vous en manquez cruellement vous deviendrez immanquablement le souffre-douleur d’une bande d’abrutis, si vous en avez trop on se méfiera de vous. Et le comble c’est que, dans un premier temps, Charlie commettra la même erreur face à ses pairs. Alors finalement est-ce que l’intelligence fait le bonheur ? Charlie va découvrir (et nous faire découvrir) que ce n’est pas forcément une évidence, attardé ou génial il sera toujours aussi seul. Et pourtant face au processus de régression, annoncé par le déclin d’Algernon il va tout mettre en oeuvre pour lutter contre l’inexorable. Et à ce moment là le bouquin devient encore plus poignant.
Franchement ce roman m’a laissé sur le cul, rarement il m’a été donné de lire un bouquin possédant une telle charge émotionnelle. A noter que les éditions J’ai Lu proposent une version enrichie par l’essai Algernon, Charlie Et Moi et par la nouvelle originale ; présentement j’ai lu le roman au format numérique mais je me suis d’ores et déjà précipité à la librairie pour commander cette version enrichie (c’est sa couverture qui illustre ce post), nul doute que c’est un bouquin que je relirai à l’occasion. C’est vraiment une expérience de lecture unique et touchante, je pourrai en parler pendant des pages et des pages mais au lieu de ça, et avant que vous n’abandonniez lâchement cette chronique, je me contenterai de vous le recommander chaudement même si vous n’êtes pas attiré par la SF.

[BOUQUINS] George R.R. Martin – Le Volcryn

GRR Martin - Le VolcrynSi j’ai inscrit Le Volcryn au programme de mon challenge 100% SF ce n’est pas forcément dans l’espoir de découvrir un roman exceptionnel (même s’il a remporté le prix Locus du meilleur roman court en 1981) mais plutôt pour découvrir George R. R. Martin dans un autre style que la fantasy (au cas où vous ayez quitté la planète Terre ces dernières années il est l’auteur du Trône De Fer).
Un équipage de neuf experts triés sur le volet décolle d’Avalon à bord du vaisseau Armageddon, commandé par Royd Eris, leur mission est d’entrer en contact avec les volcryns, une race extra-terrestre supposée beaucoup plus évoluée que les humains qui se déplace aux confins de l’espace connu dans de gigantesques vaisseaux-cités. Au fil du voyage, le confinement aidant, des tensions et autres frustrations apparaissent ; quand le télépathe du groupe fait état d’une menace intérieure l’ambiance devient encore plus tendue…
Quand le premier tome du Trône De Fer est paru, en 1996, George R. R. Martin avait 48 ans, on peut donc légitimement supposer qu’il ait eu une vie littéraire avant et c’est effectivement le cas puisque son premier roman (hors nouvelles), L’Agonie De La Lumière, a été publié en 1977, si l’on prend en compte les nouvelles les débuts littéraires de l’auteur datent de 1971. Le Volcryn est son second roman (même si j’avoue avoir un peu de mal à m’y retrouver entre les nouvelles, les nouvelles longues, les romans courts et les romans).
La chose se présente donc au format roman court (160 pages), réédité en 2010 par Actusf, histoire de surfer sur le succès du Trône De Fer. Au-delà de l’aspect purement marketing (il est vendu moins de 10 €) c’est une bonne chose car ce roman est bien plus riche que ne pourrait le laisser penser son épaisseur. Le voyage spatial est prétexte pour l’auteur de nous offrir un huis-clos plus que convaincant, comme il se doit l’ambiance à bord du vaisseau devient de plus en plus étouffante au fur et à mesure que les personnages s’interrogent, de fait les tensions, les soupçons et les non-dits se multiplient ; il faut dire que le fait que le commandant du vaisseau ne se présente à eux que sous forme d’un hologramme n’aide pas à établir une relation de confiance. Dans un premier temps on se demande si la menace est réelle ou non, puis qui se cache derrière tout ça ; bien entendu je ne répondrai à aucune de ces questions !
Pour un roman aussi court la psychologie des personnages est plutôt approfondie, parmi l’équipage deux leaders s’imposent, Karoly D’Branin et Melantha Jhirl, ils sont sans doute un peu moins « bras cassés » que les autres ; mais c’est surtout le commandant de bord qui retient toute notre attention, lui aussi est-il bien réel ? Joue-t-il franc jeu avec l’équipage ? Qui est-il exactement ? Les questions le concernant ne manquent pas et les réponses ne manqueront pas de vous surprendre. Et ces fameux volcryns qui sont ils donc ? Vous aurez la réponse en lisant ce court mais très bon roman.
Le bouquin se lit d’une traite, une fois pris dans sa spirale infernale vous ne pourrez plus le lâcher (d’autant que le rythme monte crescendo) ; je me suis lancé de cette lecture sans grande conviction et j’en ressors agréablement surpris et même franchement comblé ; du coup ça m’a donné envie de découvrir les deux autres titres de George R. R. Martin que l’éditeur propose dans son catalogue (il s’agit de Skin Trade, un polar teinté fantastique, et de Dragons De Glace, un recueil de nouvelles).