[BOUQUINS] Dan Simmons – L’Echiquier Du Mal

D. Simmons - L'Echiquier Du MalCa fait un bail que je ne suis pas revenu faire un tour du côté de mon challenge SF (manque de temps et trop de livres qui me font de l’oeil), il est temps de pallier cette lacune avec L’Echiquier Du Mal de Dan Simmons. Roman que beaucoup considèrent comme étant son chef d’oeuvre.
Face à une série de meurtres inexpliqués à Charleston la police piétine. Aucun lien entre les victimes et une suspecte, Mélanie Fuller, semble s’être volatilisée dans la nature. Pour le shérif Rob Gentry c’est l’impasse. Jusqu’à ce qu’il rencontre Natalie Preston, la fille d’une victime, et Saul Laski, un psychiatre rescapé des Camps de la Mort, qui va leur faire des révélations étonnantes. Tous trois vont lancer à la poursuite de ces mystérieux « vampires psychiques », mais ils ne sont pas les seuls à rechercher Mélanie Fuller…
J’avais les trois livres qui composent L’Echiquier Du Mal depuis déjà quelques temps dans mon Stock à Lire Numérique, une fois de plus c’est France Loisirs qui aura déclenché l’étincelle qui m’a poussé à m’y plonger enfin en proposant une intégrale en un seul volume (1300 pages, papier fin et petite police de caractère… joli pavé).
Alors science fiction ou fantastique ? Pour ma part j’opterai plutôt pour la seconde option car Dan Simmons revisite un thème cher au fantastique : le vampire. Mais ne chipotons pas pour une simple question de genre, ce bouquin mérite bien mieux que de se retrouver le cul entre deux chaises genres (en fait on pourrait aussi ajouter un soupçon de thriller, une pointe horrifique avec un puissant arrière goût de roman noir).
L’auteur prend son temps pour poser son intrigue (quasiment tout le livre I), par moment il faut s’accrocher pour savoir où il veut en venir mais croyez moi ça en vaut largement la peine. Quand la machine se met en branle ça décoiffe, si le rythme n’est pas toujours haletant il distille une telle tension que l’on ne ressent aucun ennui. Au contraire, ces alternances dans le rythme deviennent rapidement un point fort.
J’ai mentionné plus haut que Dan Simmons revisitait le thème du vampire, n’allez pas croire qu’il est l’inventeur du vampire à la guimauve, ses « vampires psychiques » sont largement aussi malfaisants que Dracula et consorts. Ils prennent le contrôle de leurs victimes, leur faisant faire leur quatre volontés, s’en servant parfois comme arme contre leurs adversaires, et les abandonnent comme un vieux slip kangourou, le plus souvent en ayant pris soin d’orchestrer leur mort. Le point commun entre ces individus doués du Talent (le nom donné à leur don) : ils appartiennent tous à l’élite, de part leur fortune ou leur position dans la société (parfois même les deux) et semblent n’avoir aucun sens moral.
Je ne perdrais pas mon temps à vanter le style de Dan Simmons, enfoncer les portes ouvertes n’est pas vraiment ma tasse de thé… Je n’ai pas le recul nécessaire pour dire s’il s’agit ou non du chef d’oeuvre de l’auteur mais il est évident que c’est un bouquin qui flirte allègrement avec l’excellence (une intrigue originale, riche et totalement maîtrisée, des personnages soigneusement travaillés).
Entre autres récompenses littéraires L’Echiquier Du Mal compte à son actif le prix Bram Stoker du meilleur roman (1989) et le prix Locus du meilleur roman d’horreur (1990).
Si vous vous inquiétez de savoir si un bouquin écrit en 1989 n’a pas pris un coup de vieux avec les années, je vous rassure de suite, hormis quelques antiquités technologiques du XXème siècle (machine à écrire, téléphone à cadran, appareil photo argentique…) l’intrigue n’a pas besoin d’un lifting pour rester percutante.
Petit bémol qui n’a rien à voir avec l’auteur et son intrigue, la version France Loisirs que j’ai lue comporte un paquet de lacunes au niveau relecture et correction. Erreurs que je n’ai pas retrouvées dans la version numérique (TAZ).

[BOUQUINS] Rob Sheffield – Bande Originale

R. Sheffield - Bande OriginaleEt hop encore un changement de registre dans un genre plutôt inhabituel pour moi puisqu’il s’agit de l’autobiographie (même si en l’occurrence c’est plus une tranche de vie). Je me suis donc plongé dans Bande Originale de Rob Sheffield.
1989, Rob Sheffield, un étudiant aussi timide que réservé, rencontre Renée Crist, une fan de punk-rock exubérante. Contre toute attente c’est le coup de foudre, un amour renforcé par leur passion commune pour la musique, qui débouche sur un mariage en 1991. Rien de tel pour partager les souvenirs de Rob que de le faire en musique puisque c’est elle qui a rythmé leur (trop brève) vie de couple et la carrière de Rob Sheffield.
Pour tout vous dire en prenant ce bouquin je ne savais pas trop à quoi m’attendre, OK c’est estampillé Sonatine mais on est bien loin de leur répertoire thriller. Soyons fou, osons tout ! Rock n Roll puisque c’est justement la musique qui est mise à l’honneur.
A travers la musique Rob évoque non seulement ses cinq années de bonheur avec Renée , mais aussi des souvenirs plus éloignés et d’autres après le décès de Renée (en 1997, suite à une embolie pulmonaire). Trois période (on pourrait même dire quatre : Avant Renée – Renée et Rob – Le deuil – Nouveau départ) liées par un fil rouge : la musique. Car ce bouquin est avant tout une ode à la musique. D’ailleurs chaque chapitre commence par une playlist, nul doute que vous retrouverez certains titres qui vous ont fait (et vous font sans doute encore) vibrer (à moins d’avoir de sacrées lacunes musicales).
Drôle d’idée de lire une tranche de vie d’un gars dont je n’avais jamais entendu parler, et donc forcément son idylle brisée avec Renée m’était tout aussi inconnue. J’aurai pu battre en retraite dès les premiers chapitres mais c’est exactement l’inverse qui s’est produit, je me suis laissé happé par les mots et bercé par la musique.
Le style de l’auteur respire le naturel, c’est comme s’il écrivait simplement ce que lui dicte son coeur sans fioritures inutiles et du coup forcément on ne partage que plus intensément ses émotions, toutes ses émotions. Et puis il faut tout de même un certain talent pour faire d’une communion un moment excitant ; oui, oui je parle bien de la communion catholique. Cherchez pas il faut le lire pour comprendre.
Comme vous l’aurez sans doute compris (dans le cas contraire il est temps de vous poser des questions sur vous même) la musique est omniprésente dans ce bouquin. Le rock (et tous ses dérivés, « classique », hard, indépendant, underground…) se taille la part du lion mais l’on se laissera flotter aussi sur des rythmes funk, pop, RnB, country et autres ; des années 60 aux années 90 les titres se mêlent sans se soucier d’une quelconque chronologie. Juste au feeling.
Le cinéma est lui aussi souvent (mais dans une moindre mesure) mis à l’honneur au fil des pages. Comme pour la musique il ne s’agit pas forcément d’oeuvres considérées comme majeures par de prétendus experts (souvent auto-proclamés) mais juste de films, d’albums ou de morceaux qui ont su titiller une corde sensible chez Rob. Cette remarque étant juste une occasion de plus de coller un coup de pied au cul aux intégristes culturels de tout poil (mais non ce n’est pas mesquin, par contre c’est gratuit).
Outre la musique et le cinéma ce bouquin est à la fois une splendide déclaration d’amour posthume et un lourd et difficile travail de deuil. Jamais l’auteur ne s’apitoye sur son sort, évidemment qu’il déprime après la mort de Renée, il essaye juste de nous faire partager le sentiment de vide qui l’a alors envahi.
Une fois encore je ne regrette pas d’avoir foncé les yeux fermés dans l’inconnu et une fois encore Sonatine a réussi à me surprendre et à me faire vibrer. Certes pas un chef d’oeuvre mais un agréable moment de lecture. J’en suis le premier surpris.
Qui est Rob Sheffield au fait ? En plus d’être un auteur (trois titres à son actif, dont un cri d’amour à sa femme, ayant la musique comme dénominateur commun), il est aussi un journaliste qui collabore à divers magazines dédiés à la musique, dont le fameux Rolling Stone. Bande Originale est son premier livre, sorti en VO en 2007 (je vous épargnerai le titre original à rallonge). Pour la petite histoire Rob Sheffield s’est remarié en 2006, son épouse, Ally Pollak, une astrophysicienne passionnée de musique. On la croise à la fin du bouquin, elle contribuera largement à la remise sur les rails de Rob, qui ne manque pas de la citer dans ses remerciements.

[BOUQUINS] George R.R. Martin – L’Œuf De Dragon

GRR Martin - L'Oeuf De DragonUn peu de fantasy histoire de varier les plaisirs, et retour à Westeros afin de patienter en attendant le cinquième opus de l’intégrale du Trône De Fer ; je pourrais lire les tomes 13 à 15 de la saga vu qu’ils squattent mon Stock à Lire Numérique mais ayant les quatre premiers volumes de l’intégrale en version papier je compte bien continuer sur ma lancée. Je me suis donc plongé dans L’Oeuf De Dragon, la troisième aventure de Dunk et l’Oeuf, avec, bien entendu, George R.R. Martin aux commandes.
En route pour Winterfell, le chevalier errant, Dunk, et son écuyer, l’Oeuf, apprennent qu’un tournoi est organisé à Murs-Blancs à l’occasion des noces de Lord Beurpuits. Dunk y voit un bon moyen de renflouer leurs caisses, il est loin de se douter que, sous couvert des noces, se fomentent un complot de grande envergure…
Comme les deux précédentes nouvelles celle-ci s’inscrit d’avantage dans le registre des récits de chevalerie que de la fantasy pure et dure ; n’espérez pas croiser de magie ou de créatures fantastiques.
Il n’est sans doute pas indispensable d’avoir lu les Préludes Au Trône De Fer avant de se lancer dans L’Oeuf De Dragon mais ça apporte tout de même une certaine valeur ajoutée (pour ma part je me suis rafraîchit la mémoire sur le site de La Garde De Nuit).
On retrouve avec plaisir les personnages de Dunk et l’Oeuf, son royal écuyer, quelques mois après leur départ de Froides-Douves. De (très) nombreux personnages secondaires les accompagneront au long de leur séjour à Murs-Blancs ; au départ on a un peu de mal à recadrer les différents intervenants mais peu à peu on finit par s’y faire.
Pour faire simple on peut considérer que le récit se divise en trois parties. On commence par une mise en bouche avec l’arrivée à la Noce et le festin qui va de pair. Ensuite on suit le déroulement du tournoi dont le vainqueur se verra remettre un oeuf de dragon. Enfin c’est au cours du tournoi que l’on découvre le véritable enjeu de ces Noces.
Les adeptes du Trône De Fer ne seront pas dépaysés (même is la présente intrigue est beaucoup moins dense comme vous pouvez le supposer), on retrouve le jeu des alliances et contre-alliances cher à George R.R. Martin. De l’action, de la diplomatie et une once de trahison, le trio de choc peut frapper de nouveau. Même le temps d’une nouvelle de moins de 200 pages l’auteur nous offre une intrigue pleine de surprise et d’une incroyable richesse.
Un bémol ? Oui, le prix. Presque 16 € pour la version papier et 12 € en numérique ça fait quand même cher au kilo. Surtout pour une nouvelle publiée en 2010 en VO.
Dunk et l’Oeuf sont appelés à revenir au moins le temps de deux nouvelles supplémentaires qui les mèneront à Winterfell, au service des Stark contre l’invasion Greyjoy. Mais pour le moment c’est tout ce que je peux vous dire étant donné qu’elles n’existent qu’en l’état de projet. Seule certitude (et encore) ces deux nouvelles devraient être publiées avant la sortie du sixième opus de la saga (lequel sixième opus commence sérieusement à se faire désirer).

[BOUQUINS] Shannon Burke – 911

Mais… Mais… Mais… Qu’est-ce qu’il fout là lui ? Il débarque en pleine Coupe du Monde et s’impose d’entrée de jeu ! De quel droit crévindiou ?
S. Burke - 911C’est pas ma faute c’est encore Sonatine qui m’a pris en traitre. J’errais tranquillement dans mon club de lecture quand soudain je le vis, j’en avais entendu parler et je l’attendais avec impatience. Je n’ai pu, ni voulu, le repousser quand il s’est jeté dans mes bras. Lui ? Mais non je n’ai pas viré ma cuti, bougre d’âne ! Je parle de 911, le roman de Shannon Burke.
Tandis qu’il prépare son concours d’entrée en médecine, Ollie Cross, se fait embaucher comme ambulancier urgentiste à la station 18, au coeur de Harlem. Il va découvrir un monde dont il était loin d’imaginer la rudesse et la noirceur…
911 (nine one one), tout le monde connaît ce numéro que ce soit par le biais de la littérature ou du cinéma. Le numéro unique des urgences aux USA. A ne pas confondre avec le tristement célèbre 9/11 (nine eleven) qui fait référence aux attentats du 11 septembre 2001.
Shannon Burke a été ambulancier à Harlem pendant cinq ans, ce bouquin, croisement de témoignage et de fiction, il le qualifie de catharsis. Une façon comme une autre de se purifier de toute la merde qu’il a vu et enduré durant ces cinq années au 911. Une purge, un exutoire, presque un exorcisme…
Quant à nous, lecteurs innocents et incrédules, on découvre avec Cross la face cachée du 911 et le moins que l’on puisse dire c’est que tout n’est pas rose. Outre les interventions parfois sordides (l’auteur va crescendo dans le glauque), les ambulanciers eux mêmes ne sont pas dépeints comme une sympathique confrérie (ils n’hésitent pas à se tirer dans les pattes, surtout dans les pattes des nouveaux). L’apparente froideur et le cynisme des plus aguerris ne sont parfois (et oui, pas toujours) que des facades (ou des blindages) pour se protéger du quotidien. Sauf que parfois la façade se fissure puis rompt…
Les personnages, essentiellement l’équipe d’ambulanciers, sont finement travaillés, chacun bénéficiant d’une personnalité qui lui est propre. Les vieux de la vieille sont figés dans leurs certitudes et attitudes ; seul Ollie Cross peut encore évoluer (reste à savoir quel exemple il suivra). Les principaux équipiers qu’il croisera sont Rutkovsky, distant mais paternaliste à sa façon avec Ollie, Lafontaine, le cynique désabusé, et Verdis, éternel optimiste un brin idéaliste. D’autres ambulanciers de l’équipe croiseront son chemin, ainsi que des policiers (le flic Pastori est de loin le plus vérolé du bouquin).
De par sa construction le bouquin peut surprendre, aucun chapitrage, juste une succession de situations et d’interventions, mais c’est loin de n’avoir ni queue ni tête. D’une part l’ordre chronologique est respecté, d’autre part cela permet de suivre l’évolution du personnage d’Ollie Cross au contact de ses équipiers et des victimes. Histoire de nous plonger en totale immersion l’auteur prend le parti de nous proposer un récit écrit à la première personne.
Bref du brut de décoffrage, livré sans chichis ni blablas, du noir et encore du noir, teinté de rouge sang, entre violence et désespoir, avec quelques lueurs d’espoir autour de l’esprit d’équipe (fragile) qui anime cette station réputée pour être la plus dure de Manhattan. On peut supposer que l’auteur a volontairement fait dans la surenchère, non dans la description des interventions qu’il expose mais en éliminant celles plus bénignes qui doivent quand même bien exister, même au coeur de Harlem.
Encore une lecture coup de poing qui vous prendra aux tripes et les vrillera jusqu’au point de rupture. C’est dur, c’est cash, parfois dérangeant, souvent troublant… Mais on en redemande. Le genre de bouquin sur lequel on voudrait écrire encore et encore mais où l’on doit réprimer ses ardeurs afin de laisser intact le plaisir de la découverte. Que vous adhériez ou non je suis convaincu que ce bouquin ne vous laissera pas indifférent. Encore une perle rare offerte par Sonatine.

[BOUQUINS] Frank Bill – Donnybrook

F. Bill - DonnybrookeMême sans ce challenge Coupe du Monde des Livres je comptais bien lire, dans des délais relativement brefs, ce Donnybrook de Frank Bill ; disons que le délai s’est raccourci de quelques jours, voire quelques semaines…
Le Donnybrook c’est le must du combat clandestin, deux fournées 20 combattants, trois jours de castagne. Le dernier debout empoche le pactole de 100 000 dollars. Pour Earl Marine c’est une occasion unique à saisir s’il veut refaire surface et s’offrir un nouveau départ avec sa femme et ses gosses…
Si vous avez lu Chiennes De Vies vous ne serez pas totalement dépaysé, en quelque sorte le roman fait suite à la nouvelle L’Amour Brut, certains des personnages que vous croiserez sur ce Donnybrook ne vous seront pas inconnus. Mais bon cela est plus anecdotique qu’autre chose, le roman peut parfaitement être lu indépendamment de la nouvelle.
Vous l’aurez compris, une fois de plus Frank Bill ne vous invite pas au Pays des Bisounours, retour dans son Indiana du Sud et ses rednecks, retour au pays où la meth est reine ! Et sans surprise vous croiserez, au fil des pages, bon nombre de paumés à la dérive…
Dans mon pitch je ne vous parle que d’Earl, peut être parce que c’est le personnage le plus « noble » de ce Donnybrook ; OK ce n’est pas non plus un saint, pour trouver le fric nécessaire à son inscription au tournoi il n’hésitera à employer des moyens plutôt musclés. Pour couronner quelques mauvaises rencontres viendront compromettre sa participation au tournoi…
Deux autres personnages se partagent la vedette. Angus, une légende du Donnybrook qui s’est reconverti dans le trafic de meth suite à un accident ; et sa frangine, Liz, une junkie un tantinet nympho qui a eu la mauvaise idée de vouloir le doubler.
Tandis que Earl essaye tant bien que mal de se la jouer discret, le frère et la soeur foutent un joyeux bordel tout le long de leur course poursuite. Forcément on se doute que tout ce beau monde va finir par se croiser et que le résultat sera plutôt explosif.
L’auteur nous dresse un portrait au vitriol de ses personnages, sa plume n’a rien perdu de son efficacité en passant de la nouvelle au roman. Et une fois de plus j’ai été sous le charme de cette noirceur qu’il dépeint si bien.
Il en va de même avec son intrigue aux rebondissements multiples, l’auteur ne vous laisse pas une minute pour reprendre votre souffle. N’espérez pas une promenade de santé : ça arnaque, ça cogne, ça flingue, sans foi, ni morale ; seule la survie importe ! Et oui c’est glauque, mais qu’est-ce que c’est bon !!! Le bouquin est relativement court (240 pages) mais ô combien percutant, intense et jouissif.
Honnêtement je pense que même si je n’avais jamais entendu parler de Chiennes De Vies, ce bouquin m’aurait fait de l’oeil (au beurre noir) et un joli sourire (aux lèvres explosées), la couv’ aurait immanquablement éveillé ma curiosité et le pitch aurait fait le reste. Avec Chiennes De Vies l’auteur marquait un essai qui ne demandait qu’à être transformé, avec Donnybrook non seulement il transforme l’essai mais en marque un second transformé d’emblée… Même les All Black au mieux de leur forme ne sauraient faire mieux !
Un individu qui sait apprécier un Turkey 101 (comprendre Wild Turkey 101 proof, un bourbon du Kentucky qui affiche fièrement 50.5% d’alcool) avec une bière (de la Bud en l’occurrence) en écoutant Lynyrd Skynyrd (Call Me The Breeze) ne peut qu’avoir un bon fond… Bin non pas chez Frank Bill ! Irrécupérable la chose en question…
L’éloignement a du bon, au niveau des drogues on est relativement à l’abri, à part l’herbe qui pousse et circule sans vraiment prendre la peine de se cacher. Un peu d’ecstasy occasionnellement et de la coke dans les hautes sphères ; mais ça reste très confiné. Franchement quand j’ai lu le procédé de fabrication de la meth je me suis dis qu’il fallait vraiment être tombé très bas pour se réfugier dans une pareille merde.

[BOUQUINS] Christopher Smith – On Ne Meurt Que Deux Fois

C. Smith - On Ne MEurt Que Deux FoisCa faisait un moment que les bouquins de Christopher Smith titillaient ma curiosité, il faut dire que le gars est qualifié de « génie culturel » par… Stephen King ! Adjugé vendu ! Je prends une grande inspiration et je me lance dans On Ne Meurt Que Deux Fois.
Une soirée entre copines tourne au cauchemar pour Patty Jennings et Cheryl Dunning. Patty est victime d’un odieux chantage qui pourrait détruire sa vie. Cheryl est au milieu des bois avec deux dégénérés à ses trousses. Mais Cheryl connait ces bois et leurs dangers, ils pourraient être des alliés précieux contre ses poursuivants…
Un court bouquin (l’équivalent de 150 ou 200 pages en version brochée) assez classique au final mais tout de même vachement bien maîtrisé. Je m’attendais à plus trash mais l’auteur réussit quand même à maintenir une tension constante de la première à la dernière page.
Des personnages, nous ne savons que le strict nécessaire et c’est suffisant, à aucun moment on se retrouve face à un vide que l’on aimerait combler. L’auteur parvient à nous tenir en haleine tout en nous offrant quelques flashbacks permettant de revivre l’essentiel des parcours de ses « acteurs ».
On se retrouve avec un quatuor dans les rôles principaux, avec d’un côté Cheryl et Patty, les victimes, séparées dès les premières pages ; de l’autre Ted et Kenneth, des pervers illuminés comme on les aime. D’autres personnages feront leur apparition dans le récit et influenceront plus ou moins activement le cours de l’intrigue.
Je m’attendais à plus flippant mais ça reste globalement bien ficelé, on a tout le tant envie d’en savoir plus, aussi bien sur le sort de Patty que sur celui de Jenny, du coup une fois happé par le bouquin soyez assuré qu’il ne vous lâchera pas. Le plus flippant reste les deux dégénérés qui égrainent des citations bibliques pour justifier leurs actes, le gus qui a écrit l’Ancien Testament est le plus grand psychotique de tous les temps !
A l’occasion il faudrait que je mette la main sur la série Fith Avenue du même auteur, les six titres semblent indépendants mais il faudrait que je fouine histoire de vérifier qu’il n’y ait pas un fil rouge caché… mais bon d’ici là j’ai encore pas mal de lecture en stand-by, dont 11 champions potentiels !
Ce titre n’est disponible qu’en numérique, par contre la série Fith Avenue existe en français au format papier.

[BOUQUINS] Frank Bill – Chiennes De Vies

F. Bill - Chiennes De ViesJe ne connaissais ni l’auteur, ni le bouquin, et pourtant le voilà propulsé dans les sommets de mon Stock à Lire Numérique ; à qui la faute ? Une certaine Belette Cannibale qui sévit en Belgique (elle devrait renommer son blog, l’île de la tentatrice) ! Pfff comme si je n’avais pas assez de bouquins en attente… De quoi que je cause ? Bin c’est écrit dans le titre et en plus y’a l’image juste là (←) ; t’es con ou quoi ? Ca s’appelle Chiennes De Vies et c’est le premier bouquin de Frank Bill.
Sous-titré Chroniques Du Sud De L’Indiana, ce recueil propose 17 nouvelles, des textes courts mais intenses et percutants, écrits au noir de chez noir avec une bonne dose de vitriol. On est bien loin du Guide du Routard, n’espérez pas apprendre à pêcher le poisson-chat ou à chasser le raton-laveur, nope vraiment pas de quoi nous donner envie de faire un détour par l’Indiana… Bienvenue au pays des rednecks !
La mise en bouche, avec trois nouvelles qui tournent autour du Clan des Hill (que l’on retrouvera çà et là au fil des récits), vous mettront de suite dans l’ambiance. Drogue, sexe et hémoglobine à gogo. Le ton est donné et le reste n’apportera pas franchement un rayon de soleil dans les ténèbres de l’âme humaine (parfois une faible lueur d’espoir). Buveurs de lait-fraise passez votre chemin, ici ça carbure au bourbon et à la meth.
Ces 17 nouvelles dressent une galerie de portraits unique en son genre (certains personnages apparaissent dans plusieurs nouvelles). Parfois des types attachants, parfois des salopards de la pire engeance. Des textes malheureusement bel et bien ancrés dans la réalité, la plume de l’auteur, trempée dans le vitriol, est, à ce titre, d’une redoutable efficacité.
Le souci avec les recueils de nouvelles tient parfois à leur qualité souvent inégale, ici aucune fausse note (et pourtant je ne suis généralement pas fan des nouvelles… sauf quand elles sont signées Stephen King). La même noirceur et la justesse habite chacun de ces textes, chacune de ces tranches de vies démolies. Ouais parfois la vie est une chienne, en l’occurrence l’auteur nous sert 17 tranches de vies bien boucanées ; à chaque fois il fait mouche et réussit à nous surprendre.
Frank Bill nous dresse un portrait sans concession (mais heureusement non exhaustif… enfin je l’espère) d’une région qu’il connaît bien, puisque il y vit. Force est de reconnaître qu’il a bien la gueule de l’emploi avec sa barbe fournie et sa chemise de bûcheron (et la carrure qui va avec).
Je m’attendais à du lourd, je n’étais pas été déçu ; il ne me reste plus qu’à me plonger dans Donnybrook, le premier roman de l’auteur (les lecteurs du présent recueil devineront de quoi il retourne) ; mais avant ça on va prendre le temps de souffler un peu, après 17 claques dans la gueule faut un temps de récupération avant de remonter sur le ring. Nan la Belette décidément je ne te remercie pas, deux pour le prix de… deux ! (nan j’déconne, merci pour cette découverte).

[BOUQUINS] Jack Ketchum – Fils Unique

J. Ketchum - Fils UniqueJ’ai découvert Jack Ketchum avec le roman Une Fille Comme Les Autres qui s’inspirait d’un fait divers particulièrement sordide, une lecture éprouvante, voire dérangeante. Notre homme remet le couvert avec Fils Unique, lui aussi inspiré d’une histoire vraie bien vicelarde.
Lydia pense avoir enfin trouvé le bonheur. Son mari, Arthur, semble le meilleur des hommes. Leur jeune fils est merveilleux. Les années passant, la façade s’effrite, et son mari, sûr de sa toute-puissance, resserre son emprise sur sa famille. Prête à tous les sacrifices et même à se mettre en danger, Lydia fera tout pour tirer son fils de ses griffes. Mais Arthur n’est pas homme à renoncer à ce qui lui appartient…
L’auteur ne nous plonge pas directement au coeur de son intrigue, les premiers chapitres décrivent, en parallèle, les jeunes années de Lydia et Arthur, jusqu’à leur rencontre. Ce n’est qu’après la naissance de leur fils que la situation va commencer à se dégrader de plus en plus rapidement.
Quand il s’agit de nous plonger dans la violence ordinaire la plume de Jack Ketchum est toujours aussi efficace et percutante, ne perdons jamais de vue qu’il s’agit à la base d’une histoire vraie, c’est qui renforce l’horreur de la situation. On s’enfonce crescendo dans le sordide et la violence. L’auteur ne fait pas dans la dentelle ni dans la langue de bois, il expose les faits bruts de décoffrage sans chercher à ménager ses lecteurs mais sans non plus faire dans la démesure.
Ici il n’y a pas lieu de se poser la question de savoir qui est du bon côté de la barrière ou pas, Arthur n’a aucune excuse pouvant justifier ses agissements contre sa femme et contre son fils. Le reste c’est le combat d’une mère pour sauver sa propre peau et celle de son fils. D’abord un combat juridique, mais même si la justice devait les abandonner Lydia ne reculerait devant rien pour protéger son gamin. Difficile de trouver quoi que ce soit de rationnel, et plus encore de juste, dans les décisions de justice rendues tout au long de cette affaire ; la justice aveugle a merdé sur toute la ligne (je ne m’étendrai pas d’avantage sur la question afin de ne pas dévoiler trop d’éléments de l’intrigue, pourtant il y aurait bien à dire et à redire. Au lieu de ça je laisse à l’auteur le dernier mot sur la question : « Toute cette histoire m’a fichu en rogne. Et j’aime écrire sous l’effet de la colère« ).
Le bouquin est court mais intense, même globalement je l’ai trouvé moins éprouvant qu’Une Fille Comme Les Autres ça reste un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Encore une lecture dont on ne sort pas indemne… Par moment j’me demande si je ne suis pas maso.
Pour la petite histoire Jack Ketchum fait partie de ces rares auteurs que Stephen King encense (il le considère comme « le deuxième plus important écrivain américain vivant, derrière Cormac McCarthy » et comme « le type le plus effrayant vivant en Amérique« ), je ne sais pas pour vous mais perso ce genre de référence ça me parle. Le King a même écrit la préface d’Une Fille Comme Les Autres, dans Fils Unique il est cité dans les remerciements.
Merci aux éditions Bragelonne qui permettent aux lecteurs français de découvrir le talent de Jack Ketchum, même s’il nous a fallu patienter prés de 15 ans (Fils Unique est sorti en VO en 1995 et en VF en 2009) ; heureusement que ses récits sont intemporels.
J’ai d’ailleurs relevé quelques cafouillages au niveau de la date de publication. La page de copyright fait état d’une première publication en VO en 1985. Date qui semble d’entrée de jeu improbable puisque l’auteur situe l’action en 1995 et dans la postface dit avoir été inspiré par un documentaire diffusé en 1994 sur HBO, ledit doc relatait des faits datant de 1989. Sur le site de l’auteur la première publication est bien signalée en 1995. Enfin, sur Wikipedia, on trouve Only Child (le titre du bouquin au Royaume Uni) en 1985 et Strangehold (le premier titre US du bouquin) en 1995…

[BOUQUINS] Stephen King – Joyland

S. King - JoylandPour l’inconditionnel que je suis la parution d’un nouveau roman de Stephen King est toujours un moment très attendu, malgré une mise en bouche un peu terne à l’occasion de la sortie de Sale Gosse, je me suis rué sur Joyland, et c’est plutôt confiant que je m’y suis plongé.
Pour Devin Jones, étudiant (et accessoirement puceau) de 21 ans, l’été 73 aurait pu être l’été de toutes les déprimes puisqu’il venait de se faire plaquer par celle qu’il considérait naïvement comme la femme de sa vie. Mais son emploi à Joyland, un parc d’attractions sur Heaven’s Bay, pourrait bien changer le cours des choses…
D’entrée de jeu l’épaisseur du bouquin peut surprendre les adeptes du King, avec un peu plus de 300 pages on est bien loin des pavés habituels ; court roman ou longue nouvelle ? Je miserai d’avantage sur la première option, l’auteur prend le temps de poser ses personnages, son décor et son intrigue.
Durant toute la première partie (difficile à délimiter vu que le bouquin n’est pas chapitré, mais on peut dire jusqu’à la journée du 4 juillet) on découvre le quotidien de Devin Jones à Joyland, ponctué par quelques phases d’auto-apitoiement sur sa condition de puceau, puis sur celle de puceau plaqué (on lui pardonne, un type qui écoute The Doors et les Pink Floyd ne qu’être un mec bien)… Déconcertant venant du King mais c’est tellement bien écrit (et, pour une fois, bien traduit) que l’on ne s’ennuie pas une minute tout en se demandant où l’auteur compte nous emmener. Rassurez vous les choses se précisent par la suite, l’intrigue se teinte d’un soupçon de fantastique sans toutefois sombrer dans l’horrifique.
Ecrit à la première personne, on vit les souvenirs de Devin, les rencontres et les événements via l’adulte qu’il est devenu (il raconte son séjour à Joyland une quarantaine d’années plus tard, de nos jours). Contrairement à 22/11/63 le contexte temporel ne joue pas un rôle primordial dans ce bouquin, que l’intrigue se déroule dans les années 70 ou de nos jours ne change pas vraiment la donne.
Pour tout vous dire ce roman est plutôt inclassable, tant dans l’oeuvre de Stephen King (il ne ressemble à rien de ce qu’il a déjà fait) que dans un genre en particulier (une pointe romanesque, un soupçon de fantastique et quelques pincées de policier… secouez le tout et vous obtiendrez Joyland). Mais il n’en reste pas moins que le King reste un conteur hors pair qui excelle faire vibrer les bonnes émotions au bon moment chez le lecteur et à surprendre encore et encore.
Peut être pas le meilleur cru de Stephen King mais un bouquin diablement efficace, même s’il faut peut être prendre un peu de recul pour l’apprécier pleinement. Déconcertant pour en revenir à mon premier qualificatif, et c’est sans doute ce qui le rend si intéressant.
Petit bémol à adresser à l’éditeur (Albin Michel), qu’est-ce que c’est que cette quatrième de couv’ odieusement racoleuse et limite mensongère ? « Les clowns vous ont toujours fait peur ? L’atmosphère des fêtes foraines vous angoisse ? Alors, un petit conseil : ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d’orage… » A se demander si on a bien lu le même bouquin.

[BOUQUINS] Craig DiLouie – Homeland Of The Dead

G. DiLouie - Homeland Of The DeadCa faisait un petit moment que je n’avais pas fais une petite excursion au rayon des viandes avariées. Voilà qui devrait réparer cet oubli et alléger mon challenge zombie. L’heureux moisi est Homeland Of The Dead deCraig Di Louie.
Afin de faire face à une pandémie les Etats-Unis décident de rapatrier leurs forces armées déployées à l’étranger sur le sol national. Le lieutenant Bowman et ses hommes sont expédiés à New York, leur mission est de protéger les « centres vitaux » qui leur sont assignés. Rapidement le virus mute, les infectés prolifèrent. L’escouade du lieutenant Bowman reçoit un nouvel ordre de mission…
Classique le pitch me direz-vous ? Oui… et non. Faut pas rêver, la base de toute histoire avec des zombies reposera plus ou moins sur le même principe (perso je préfère la version pandémie virale que les morts qui sortent de terre façon années 70), ce qui change c’est l’approche de l’auteur. Ici on assiste à cette Apocalypse Zombie à travers les yeux d’une escouade de l’armée, ce qui ajoute la dimension Grande Muette (surnom de l’armée) à l’intrigue. Non seulement les gars vont devoir protéger leur cible et lutter pour leur survie mais en plus ils devront faire avec des informations plus que parcellaires.
Si je peux me permettre un conseil, armez vous d’un calepin et d’un stylo et notez les noms, prénoms et grades des personnages au fur et à mesure de leur apparition. Ils sont nombreux et j’avoue que parfois j’ai dû m’y reprendre à plusieurs reprises pour parvenir à recadrer le qui est qui. Eventuellement vous pouvez aussi vous munir d’un stylo rouge pour rayer les morts…
L’auteur ne s’attarde pas à peaufiner ses personnages, quelques portraits esquissés rapidement suffisent à cerner la personnalité du personnage. ici c’est clairement le rythme qui est privilégié, et à ce titre le moins que l’on puisse dire c’est que l’on est servi. Ca speede du début à la fin sans nous laisser le temps de reprendre notre souffle.
Nos petits soldats, vétérans de l’Irak, ne sont pas des machines à tuer décérébrées. Confrontés à une situation inédite (ils doivent tuer des américains pour survivre) on partage leurs états d’âme, d’ailleurs leur perception de la mission évolue au fil des événements.
Si la majeure partie du bouquin se concentre sur l’unité du lieutenant Bowman, ce ne sont pas les seuls protagonistes majeurs du récit. On suivra aussi un petit groupe de scientifiques, prisonniers dans leur laboratoire, qui tentent coûte que coûte de mettre au point un remède contre le virus. Au sein des deux groupes nous n’aurons pas de vision d’ensemble de la situation, juste ce qu’ils en savent eux. ce qui confère au récit une certaine humanité au milieu du chaos ambiant. Comme le dit l’un des gradés : « Pour l’instant, ma perception de la situation ne dépasse pas ce que je peux voir de mes propres yeux« .
Une nouvelle escapade en territoire zombie plutôt convaincante malgré quelques poussées de patriotisme américano-américain et une fin pas vraiment finalisée. Pour le moment j’ai plaisir  voir que, sur une même base (on ne sait pas exactement comment tout a commencé et encore moins comment ça va finir), les auteurs parviennent à nous offrir des récits ayant leur propre identité. Pourvu que ça dure…
C’est la première incursion de l’auteur dans la littérature zombie, il semblerait qu’il ait pris goût  la chose puisque depuis il a sorti le diptyque Infection (disponible chez Panini Books, et inscrit au programme de mon challenge zombie).