Tête à tête virtuel avec Alexandra Coin et Erik Kwapinski

Alexandra & Erik

Liens vers mes chroniques :

Entraves
La Voie Du Talion
Kiaï

Bonjour à vous deux et merci d’avoir accepté ce tête-à-tête virtuel.

Commençons par le commencement, pourriez-vous vous présenter en quelques mots et nous expliquer comment vous en êtes venus à l’écriture ?

Bonjour Lord Arsenik et merci de nous avoir laissé un espace d’expression supplémentaire sur ton blog. Pour répondre à cette première question, on n’en est pas vraiment « venus » à l’écriture, dans le sens où l’écriture a toujours fait partie de notre vie, comme la lecture. On ne s’est pas dit non plus un jour : « Tiens, si on écrivait un roman ? » En fait, on a couché certains mots pas écrit parce qu’ils avaient besoin de sortir. Ces petits papiers se sont étoffés jusqu’à devenir un premier roman : Entraves et La Voie du Talion, écrits presque parallèlement.

Alexandra, tu es la première à t’être lancée dans l’aventure littéraire avec Entraves, un roman psychologique particulièrement intense et abordant des thématiques graves ; pas vraiment le chemin d’accès le plus aisé. Pourquoi ce choix ?

L’écriture d’Entraves a été proprement thérapeutique. J’ai écrit ce roman a un tournant de ma vie, une période où j’avais besoin de me libérer d’un poids très lourd, de crier ma colère face au monde et à l’homme, face à de nombreux dysfonctionnements de la société et du cerveau humain aussi. C’est un roman de la libération et de la révolte. J’ai suivi le seul chemin qui s’offrait à moi à ce moment-là. Il est vrai que ce n’était pas le plus aisé. Difficile après Entraves de passer à un autre roman…

Erik a ensuite rejoint l’aventure pour l’écriture de La Voie Du Talion puis de Kiaï ; comment vous organisez-vous pour écrire un roman à quatre mains ?

On ne s’organise pas, les choses se font naturellement. Il n’y a ni règles ni contraintes. Nous écrivons souvent des chapitres séparément et passons beaucoup de temps ensuite à les relire ensemble, à débattre autour d’un mot, d’une idée, perçus différemment par chacun. Quelquefois, nous écrivons à deux un paragraphe. On peut passer une heure à réfléchir sur la manière dont nous interprétons chacun ce paragraphe ou un mot dans le texte. Nous échangeons beaucoup sur notre ressenti de lecteur. Car justement, écrire à deux, c’est être auteur, mais aussi lecteur. Nous avons un autre rapport au texte. Un certain recul. C’est très enrichissant. Surtout du point de vue de la fusion de la pensée en images de l’un vers la pensée littérale de l’autre…

Le choix du thriller, un genre que j’affectionne tout particulièrement, vous est venu naturellement ou a-t-il fait l’objet de longs conciliabules ?

Nous, cela s’est fait naturellement. Le thriller est un genre qui offre encore un large espace de liberté et qui permet surtout de proposer un regard critique sur le monde et l’homme, sans pour autant que cela devienne un essai. Donc accessible au plus grand nombre.

En achevant La Voie Du Talion saviez-vous d’ores et déjà que Fabrice, Taisho et Zoé allaient se retrouver pour une nouvelle aventure ?

Nous avions du mal à quitter ces personnages et à les laisser à leur sort à la fin de La Voie du Talion… Des lecteurs nous ont également demandé une suite. Nous avions commencé à rédiger Kiaï à partir de l’histoire de Marie et de Gabrielle à l’orphelinat. Puis de Wolff. Fabrice et sa bande se sont alors pointés à l’improviste, sans attendre d’invitation !

Vos romans abordent des thématiques d’actualité et pointent du doigt certaines dérives de notre société contemporaine ; d’une façon générale, où puisez-vous votre inspiration ?

Dans le quotidien, en observant le monde et les hommes, en lisant (beaucoup) et sur tous les sujets. Le cinéma est une grande source d’inspiration aussi. Certains nous ont dit que notre écriture est assez cinématographique. Ce n’est certainement pas faux… En réalité, il s’agit moins « d’inspiration » que d’expiration consécutive à l’étouffement de tous ces carcans de normes polymorphiques que cherche à imposer la société du politiquement correct…

Divertir le lecteur tout en l’amenant à se poser des questions (voire à se remettre en question) ; c’est la finalité de votre travail ou un bonus appréciable ?

L’écriture est en effet une forme d’engagement pour nous. C’est est une arme de défense. On ne se verrait pas écrire un « feel-good book » juste pour divertir ou bien choisir des thèmes dans l’air du temps pour « vendre » !

Comment se passe une journée type quand vous décidez d’écrire ? Vous êtes plutôt adeptes d’une ambiance monacale ou au contraire il vous faut du bruit et du mouvement pour vous motiver ?

Nous détestons l’un comme l’autre les règles, la rigidité d’un cadre, les contraintes matérielles. Donc pas de journée type. En revanche, calme absolu pour Erik. Pour Alex, c’est plus variable…

Avez-vous d’autres projets littéraires en commun (ou même individuellement) ? Si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots ou est-ce encore trop tôt pour en parler ?

Nous souhaitons aborder le thème de la disparition volontaire. Que des hommes ou des femmes décident un jour de disparaître volontairement pour se reconstruire une vie, abandonnant leurs proches et leur identité, cela nous fascine. Et ça pose de sacrés questions sur les contraintes qui pèsent sur nous au quotidien. La société présente ne nous offre-t-elle pas d’autres possibilités de repartir à zéro que de changer d’identité et tout plaquer ? Un dépôt de bilan imputable à une ponction vitale quotidienne…

En tant que lecteurs, quelles sont vos références (auteurs et romans) ?

Elles sont vraiment trop diversifiées pour en faire un catalogue. Nous lisons beaucoup de thrillers, mais pas exclusivement… Des essais aussi, des articles scientifiques… Plutôt que de citer nos auteurs incontournables, c’est peut-être l’occasion de faire partager notre découverte de la semaine pour des auteurs qui nous étaient inconnus et qui méritent qu’on s’y intéresse : Le chien rouge de Philippe Ségur. Également, de Kenneth Cook, Le vin de la colère divine et Cinq matins de trop.

Comme à l’accoutumée, je vous laisse le mot de la fin.

En ce moment, on aurait envie d’adresser un petit mot aux personnes qui liront ce texte en leur disant de prendre des risques en osant découvrir des auteurs différents, pas forcément sous les projos des médias ou des réseaux sociaux. D’oser aborder aussi des thématiques peut être un peu moins conventionnelles. Le monde du thriller tourne quelquefois en rond, avec des sujets et personnages récurrents. Pour notre part, on a bien envie, et de plus en plus, de proposer autre chose. Nous espérons que les lecteurs suivront et sauront se montrer curieux.

5000 livres !

5000

Et bin voilà, ma bibliothèque numérique vient de franchir le cap symbolique des 5000 titres (5002 exactement), dont 4272 composent mon redoutable Stock à Lire Numérique… Je n’avais guère espoir de sortir victorieux du combat contre ma PàL, comme vous pouvez le constater ce n’est pas demain que le vent tournera !

Petit rappel historique concernant l’évolution de ma bibliothèque numérique commencée en août 2011 :
– Juillet 2014 : 1000 titres (35 mois pour franchir le cap)
– Mai 2016 : 2000 titres (22 mois)
– Mai 2017 : 3000 titres (12 mois)
– Janvier 2018 : 4000 titres (8 mois)
– Septembre 2018 : 5000 titres (8 mois)

Top 5 des genres littéraires :
– Policier et thriller : 2502 titres
– Fantastique : 527 titres
– Fantasy : 431 titres
– Science-Fiction : 385 titres

Top 3 éditeurs :
– Bragelonne : 364 titres
– Albin Michel : 338 titres
– Fleuve : 284 titres

Top 3 auteurs :
– Stephen King : 69 titres
– John Grisham : 37 titres
– R.A. Salvatore : 36 titres

[BOUQUINS] Hérodias & Le Seigneur De Feu

AU MENU DU JOUR

S. Greem - Hérodias & le Seigneur de Feu

Titre : Hérodias & Le Seigneur De Feu
Série : Epopées Avaloniennes – Tome 3
Auteur : Sara Greem
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2018
Origine : France
468 pages

De quoi ça cause ?

Hérodias, la grande prêtresse d’Avalon, Aldarik, le Viking, Goulven, le Celte et Cadoc, l’ex-moine redevenu druide, pénètrent enfin dans le royaume des fées. Hermès, le corbeau magique, et Lutuz-Nog, le korrigan seront aussi du voyage.

Le temps presse pour nos héros, car les peuples élémentaires se meurent inexorablement sous l’emprise de la magie des sorciers d’Azgor. Mais pour y parvenir, Hérodias et ses compagnons vont devoir convaincre les différents royaumes, plus divisés que jamais, de s’unir contre leur redoutable ennemi commun.

Restaurer le royaume des fées est aussi pour Hérodias l’ultime chance de libérer Kai de l’emprise maléfique de Caïus ; pour se faire, elle devra réunir l’âme et le corps de son aimé avant qu’il ne soit trop tard…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je me suis régalé avec les deux premiers opus de ces Épopées Avaloniennes ; Sara m’ayant proposé de découvrir le troisième et dernier tome, je ne pouvais décemment pas bouder ce plaisir !

Ma chronique

Je remercie chaleureusement Sara et les Editions du 38 pour leur confiance renouvelée à l’occasion de la publication de l’ultime volet des Épopées Avaloniennes d’Hérodias et ses amis.

Le tome précédent laissait présager un monde riche en surprises et je peux vous assurer que ce royaume des fées tient toutes ses promesses, et même bien au-delà ! Vous vouliez des créatures fantastiques ? Vous allez en avoir à foison. Au fil de leur périple, nos aventuriers rencontreront des ondins (royaume de l’Est, élément eau, dirigé par Dame Loreleï), des nains (royaume du Sud, élément terre, dirigé par le Seigneur Matol’ch), des elfes (royaume de l’Ouest, élément air, dirigé par le Seigneur Ménéthas) mais aussi des trolls, des farfadets… et même des dragons ! Et, en bonus, quelques héros de la mythologie celte…

Et encore je ne vous parle là que des alliés potentiels pour nos héros (à condition qu’ils parviennent à mettre tout le monde d’accord), de leur côté les nécromanciens d’Azgor n’hésiteront pas à déployer un impressionnant bestiaire afin contrecarrer les plans d’Hérodias.

Vous en voulez encore ? De la magie et encore de la magie, blanche ou noire selon les lanceurs de sorts, curative ou dévastatrice… il y en a pour tous les goûts. La clé de la victoire pourrait bien résider dans le plus puissant des artefacts magiques, le Graal (si, si vous avez bien lu). Évidemment il ne s’agit du Graal version chrétienne (la coupe qui a recueilli le sang du Christ), ni de sa version alternative « hérétique » (le sang royal, la descendance de Jésus)… c’est là un objet magique qui résulte de l’assemblage de quatre artefacts légendaires.

Bref, les amateurs de fantasy en auront pour leur argent. Mais aussi, et c’est aussi l’une des particularités de ces Épopées Avaloniennes, les amateurs de mythologie celte. Comme dans les tomes précédents, Sara profite de son intrigue pour nous faire découvrir divers aspects du celtisme, qu’il s’agisse de symbolique ou de l’épopée de ses figures mythiques ces apartés s’intègrent parfaitement au récit. Une entrée en la matière qui devrait combler les simples curieux et donner envie aux profanes d’aller plus avant dans la découverte de cet univers qui ne s’arrête pas à la légende arthurienne.

Vous l’aurez compris la quête d’Hérodias et de ses compagnons les mèneront à de nombreuses rencontres, à commencer par les seigneurs des différents royaumes qu’ils devront rallier à leur cause. Des personnages au caractère tranché, chacun ayant sa propre personnalité ; je reconnais avoir eu un faible pour le seigneur nain, Matol’ch, son côté bon vivant y est sans doute pour beaucoup.

Mais nos aventuriers feront aussi d’autres rencontres capitales au cours de leur périple, notamment les sœurs jumelles Ava et Karma, des espionnes elfes qui sillonnent le royaume des fées et détiennent donc des informations qui pourraient s’avérer précieuses pour la suite des événements.

Ai-je besoin de préciser que ce chapitre final fait la part belle à l’action ? Les batailles se succèdent et vont crescendo au fur et à mesure que notre fine équipe s’approche du but. Ça bastonne dur, le fer se croise, la magie fuse… jusqu’à une grande bataille finale franchement épique !

Après sa trilogie érotique (mais pas que…) Publicité Pour Adultes, Sara Greem réussit brillamment son entrée dans la fantasy. Un genre dans lequel elle semble avoir trouvé ses marques puisque mon petit doigt me murmure qu’elle pourrait bien y revenir avec une nouvelle source d’inspiration.

Je terminerai en tirant mon chapeau à Anne-Eléonor Olivier, la graphiste, qui a superbement illustré les couvertures de cette trilogie.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cai Jun – La Rivière De L’Oubli

AU MENU DU JOUR

Cai Jun - La Rivière de l'Oubli

Titre : La Rivière De L’Oubli
Auteur : Cai Jun
Éditeur : XO
Parution : 2018
Origine : Chine (2013)
484 pages

De quoi ça cause ?

1995. Liu Man, une élève de terminale du lycée de Nanming est empoisonnée. Son professeur, Shen Ming, jeune homme brillant à qui tout semble réussir, est soupçonné et interrogé par la police avant d’être relâché. Mais le mal est fait, il perd son travail, sa fiancée le quitte… Quelques jours plus tard, c’est au tour de Shen Ming d’être assassiné.

2005. Si Wang, un enfant timide, mais brillant vivant seul avec sa mère, rencontre Gu Qiusha, l’ex-fiancée de Shen Ming. Sous le charme de l’enfant, la jeune femme convainc la mère de Si Wang de la laisser l’adopter afin de lui offrir une vie meilleure et lui ouvrir les portes d’un avenir à la hauteur de son intelligence.

Si le corps de Si Wang est bien celui d’un enfant, son âme est en fait la réincarnation de Shen Ming, et il compte bien punir ceux qui lui ont fait du tort et éliminer son assassin. Sauf que Shen Ming ne sait pas qui l’a tué, il n’a en effet jamais vu son assassin…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions XO ont intégré la plateforme Net Galley, La Rivière De L’Oubli étant leur premier titre proposé j’ai décidé de tenter ma chance.

Parce que je suis franchement inculte en matière de littérature chinoise contemporaine ; Cai Jun étant présenté comme « le Stephen King chinois« , ça me semblait une bonne entrée en matière…

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et la plateforme Net Galley qui m’ont offert l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 13 septembre).

Dépaysement assuré avec la lecture de ce roman qui vous plongera au coeur de la Chine, un voyage entre modernisme et traditions, entre le matérialisme de l’idéologie communiste et la spiritualité bouddhiste. Un voyage dans l’espace, mais aussi dans le temps puisque l’intrigue s’étale de 1995 à 2014 avec quelques flashbacks antérieurs.

Comme vous vous en doutez certainement, en Chine on ne croise pas beaucoup de M. Dupont ou Mme Smith, les patronymes sont légèrement plus exotiques pour les non initiés. Il m’a fallu quelque temps pour réussir à mémoriser avec précision qui était qui (et les acteurs ne manquent pas), l’auteur ouvre son roman par une liste des personnages principaux, une aide de lecture précieuse au cours des premiers chapitres.

Dans le même ordre d’idée, je suis complètement passé à côté des références à des artistes (poètes, auteurs, chanteurs…) chinois ou taïwanais. L’immersion culturelle et folklorique est totale (et parfois un peu déconcertante), mais je vous rassure de suite, mes grosses lacunes sinophiles ne m’ont nullement empêché d’apprécier pleinement la lecture de ce roman.

Si en France Cai Jun est un total inconnu (c’est son premier roman traduit en français) il est un auteur de renom en Chine avec à son actif une douzaine de romans qui explosent les ventes au point de lui valoir le surnom de « Stephen King chinois« . Grand fan du King je ne pouvais pas passer à côté d’une telle découverte, mais il va falloir être à la hauteur du Maître pour espérer me séduire…

L’auteur nous propose un thriller de bonne facture très ancré dans la réalité, à vrai dire le seul apport fantastique est la réincarnation de l’âme de Shen Ming, en soi c’est un des fondamentaux du bouddhisme (entre autres religions), mais l’auteur en fait un élément central dans la construction de son intrigue.

Une intrigue et une enquête qui vous réserveront quelques surprises (en plus des inévitables morts brutales) avec en toile de fond la sempiternelle question qui viendra vous chatouiller les oreilles comme une ritournelle : « Mais qui a tué Shen Ming ?« … Il vous faudra être patient pour connaître enfin le fin mot de l’histoire et nul doute que la révélation finale devrait vous prendre de court.

Quelques bémols de pure forme histoire d’être totalement objectif. Je ne sais pas si c’est lié à la différence culturelle entre notre vision occidentale de la société et la vision chinoise, ou si c’est un bémol directement imputable au style de l’auteur, mais il m’a semblé que certains échanges manquaient de naturel.

Certaines répétitions, d’un chapitre à l’autre, ne s’imposaient pas. Je n’irai pas jusqu’à dire que ça m’a dérangé, mais j’ai parfois eu l’impression de lire un roman-feuilleton publié périodiquement ; un bon roman feuilleton certes, mais quand même. Ça donne l’impression de tirer artificiellement le récit en longueur au détriment du rythme.

Il n’en reste pas moins que ce roman a été une belle découverte ; si l’éditeur a l’intention de proposer d’autres romans de l’auteur en français je répondrai présent avec plaisir. Quitte à me répéter, à découvrir ne serait-ce que pour l’immersion totale dans la Chine contemporaine (et accessoirement une intrigue de qualité).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alexandra Coin & Erik Kwapinski – Kiaï

AU MENU DU JOUR

A. Coin & E. Kwapinski - Kiaï

Titre : Kiaï
Auteur : Alexandra Coin & Erik Kwapinski
Éditeur : Lucien Souny
Parution : 2018
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

En riposte aux attentats islamistes, des groupes intégristes chrétiens multiplient les actions terroristes de plus en plus violentes sur le sol français.

Quand l’un de ces groupuscules menace Peter Wolff, son ami depuis qu’il s’est exilé dans les profondeurs de l’Aude, Fabrice, ancien légionnaire au passé trouble, décide de lui venir en aide. Il pourra compter sur l’aide de ses fidèles compagnons d’armes, Taisho et Zoé pour l’épauler face à cette nouvelle menace.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’Alexandra m’avait bluffé avec son premier roman, Entraves.

Parce qu’Alexandra et Erik ont remis le couvert avec La Voie Du Talion et, pour leur première incursion dans le thriller, ont été une fois de plus bluffants par leur maîtrise des ficelles du genre.

Dans ces conditions, comment résister à la tentation de découvrir Kiaï, leur nouveau bébé ?

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier Alexandra et Eric, ainsi que les éditions Lucien Souny, pour leur confiance (renouvelée pour les auteurs, nouvelle pour l’éditeur) en me faisant parvenir leur roman.

Pour la petite histoire, Kiaï fait suite (sans vraiment être une suite) à La Voie Du Talion ; même si cela ne s’impose pas pour comprendre le présent roman, je ne peux que vous recommander chaudement la lecture du précédent avant de vous lancer dans celui-ci.

Après ses mésaventures dans les Alpes, Fabrice s’est réfugié dans l’Aude afin de profiter pleinement d’un nouveau départ bien mérité. C’est là qu’il fera la connaissance de Peter Wolff, un ancien prêtre qui s’est reconverti dans l’écriture de thrillers ; au fil du temps les deux hommes seront liés par une amitié sincère et solide. Aussi, quand son ami, qui a des idées bien arrêtées et n’a pas la langue dans sa poche, s’attire les foudres d’un groupuscule d’intégristes chrétiens, Fabrice se fait un devoir de lui venir en aide.

Si vous me lisez depuis déjà quelque temps, vous savez sans doute que les grenouilles de bénitier et moi ne sommes pas forcément faits pour nous entendre. En effet face à ces spécimens je me sens plus inspiré par l’envie de m’en faire une fricassée à la persillade plutôt que de leur offrir un bassin où elles pourront s’ébattre à leur guise.

Je vous rassure (ou pas) mon mépris ne s’arrête pas à la seule religion catholique, je serai plutôt du genre à foutre toutes les religions dans le même sac et le balancer à la flotte, après l’avoir lesté, le plus loin possible du rivage !

Je vous laisse imaginer tout le bien que je peux penser de ces mêmes grenouilles de bénitier (ou de couscoussier) quand elles se déclinent en versions intégristes. L’intégrisme chrétien en réponse à l’intégrisme islamiste… très peu pour moi, si la connerie se combattait par la connerie ça se saurait (quoiqu’à écouter certains de nos politiques on pourrait avoir des doutes sur la question).

Ce n’est pas un hasard si les auteurs ont situé leur intrigue dans l’Aude, au coeur du pays cathare. Les cathares ayant eu à subir les affres de l’Inquisition avec son lot de tortures et autres persécutions diverses et variées, sous l’égide du fort mal nommé pape Innocent III (Salopard III eut été plus adapté au personnage, mais j’admets volontiers que c’est moins vendeur).

Les instruments de torture décrits et utilisés dans le roman par les adeptes du CLOU ont bel et bien existés et faisaient partie de l’arsenal de conversion à la foi chrétienne cher à ces agents de l’Inquisition. Si vous n’avez pas la possibilité de visiter le Musée de l’Inquisition de Carcassonne, vous trouverez sans mal maintes références à ces engins sur le Net.

Outre Fabrice, déjà croisé dans La Voie Du Talion, cette suite qui n’en est pas une est aussi l’occasion de retrouver Taisho et Zoé qui ne se feront pas prier pour venir prêter main-forte à leur ami ; pour notre plus grand plaisir.

Je ne vous surprendrai guère en vous disant que je me suis régalé avec le personnage de Peter Wolff. Sans forcément adhérer à l’intégralité de son discours, c’est un caractère entier qui ne pouvait que me plaire. Et puis il a un côté ours mal léché (un peu comme Fabrice) qui facilite grandement l’identification au bonhomme.

Je ne dirai rien des autres personnages qui croiseront votre chemin au fil des pages, non par manque d’inspiration, mais plutôt pour laisser entier et intact le plaisir de la découverte.

De nouveau je ne peux que m’incliner devant la maîtrise d’Alexandra et Erik, non seulement leur intrigue tient parfaitement la route et n’a pas à rougir face à des auteurs confirmés du genre, mais elle est hautement addictive ! Une fois embarqué dans l’histoire, il vous sera difficile de lâcher le bouquin.

Une intrigue qui fait la part belle à l’action et jouera avec vos nerfs. L’absence de dimension psychologique (par rapport à La Voie Du Talion, je m’entends) ne nuit en rien à l’ambiance qui se dégage du roman. Les auteurs ont osé passer à autre chose, se penchant davantage sur les faits de société, et force est de reconnaître que le résultat est des plus efficaces.

Mention spéciale pour le twist final qui remet radicalement les choses en perspective et offre une genèse du diptyque aussi inattendue que surprenante. Chapeau bas pour ce tour de passe-passe qui m’a laissé sur le cul.

Je ne voudrais pas mettre la pression à Alexandra et Erik, mais après deux romans de cet acabit on est en droit d’attendre beaucoup de votre prochain opus. Dans tous les cas, vous pouvez compter sur moi pour être fidèle au poste.

MON VERDICT
Coup double

[BRD] Deadpool 2

A L’AFFICHE DU JOUR

Titre : Deadpool 2
Réalisation :David Leitch
Production : Marvel Entertainment
Distribution : Twentieth Century Fox
Origine : USA (2018)
Durée : 2h00 (2h13 en version unrated)

Le casting

Ryan Reynolds : Wade Wilson / Deadpool
Josh Brolin : Nathan Summers / Cable
Morena Baccarin : Vanessa
Julian Dennison : Russel / Firefist
Zazie Beetz : Neena Thurman / Domino

Le pitch

Pour essayer de surmonter le meurtre de sa fiancée, Deadpool se résigne à rejoindre les X-Men : après une tentative ratée de sauver Russel, un jeune mutant au pouvoir destructeur, il se retrouve dans une prison anti-mutants. Arrive Cable, un soldat venu du futur bien décidé à abattre Russel ; Deadpool s’interpose en protégeant le jeune mutant…

Ma chronique

Quel plaisir de retrouver le super-héros le plus barré de l’univers Marvel ; d’autant plus qu’il nous revient au sommet de sa forme, plus dingue que jamais, plus insupportable que jamais, plus incontrôlable que jamais… Bref, que du bonheur ! Eh oui, qu’on se le dise, Deadpool is back !

Certes le meurtre de Vanessa, la fiancée de Wade Wilson, va fortement l’ébranler, au point de vouloir en finir avec la vie… Sauf que se suicider quand on est immortel n’est pas franchement évident ; ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Et c’est une fois de plus Colossus qui « volera » à son secours, espérant que son ami soit un peu moins irrécupérable qu’il n’y paraisse et trouve enfin sa place au sein des X-Men.

Il ne faudra pas attendre longtemps pour découvrir que ce brave Colossus se berçait d’illusions, dès sa première sortie sous couvert des X-Men, Deadpool, fidèle à lui même et n’obéissant qu’à ses propres règles enfreint justement la première loi des X-Men en tuant un supposé « pas gentil ».

Voilà comment notre héros préféré va se retrouver incarcéré dans une prison anti-mutants, ses pouvoirs annulés par un collier inhibiteur. Un Deadpool plutôt résigné à accepter son triste sort jusqu’à ce que Cable fasse une entrée en scène aussi explosive que remarquée…

Amis du politiquement correct (ça m’étonnerait que j’en aie des masses), passez votre chemin ! Dans ce second opus, Deadpool repousse toujours plus loin les limites de l’impertinence et du cynisme ; même s’il le fait sans jamais se départir de son humour très décalé.

Bref, ceux qui ont aimé le premier film ne pourront qu’adorer cette suite, quant aux autres… ils manquent cruellement de bon goût et de bon sens !

Comme dans le premier film, Deadpool n’hésite pas à prendre à témoin le spectateur en s’adressant directement à lui. De même on retrouve de nombreux clins d’oeil, plus ou moins bienveillants, aux univers Marvel et DC Comics.

Rassurez-vous Deadpool 2 ne se limite pas à une succession de bons mots et de gags bien gras, l’intrigue tient parfaitement la route. C’est bourré d’action et visuellement irréprochable. J’adooore !!!

Si l’on retrouve avec plaisir des personnages déjà croisés dans le premier opus, c’est bien entendu les nouveaux venus qui seront les plus remarqués, à commencer par Cable (un soldat surentraîné dont le sérieux tranche avec le côté déjanté de Deadpool) mais aussi Domino (qui intégrera la très éphémère X-Force créée par Deadpool).

Deadpool 2 a bénéficié d’un budget de 110 millions de dollars, soit presque le double du premier opus qui avait dû se « contenter » de 58 millions), mais, histoire de relativiser, Avengers – Infinity War a coûté entre 3 et 400 millions de dollars. Dans les deux cas, le budget a été largement amorti, Deadpool 2 ayant engrangé plus de 730 millions au box-office mondial et Infinity War dépassant les 2 milliards !

Pas de Deadpool 3 au programme, mais rassurez-vous un film X-Force est d’ores et déjà annoncé pour 2020 ; l’occasion de retrouver Deadpool, Domino et Cable… et très certainement d’étoffer quelque peu leur équipe. Est-il besoin de préciser que je serai fidèle au poste ?

♥♥♥♥♥

[BOUQUINS] David Joy – Le Poids Du Monde

AU MENU DU JOUR

D. Joy - Le Poids du Monde

Titre : Le Poids Du Monde
Auteur : David Joy
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
320 pages

De quoi ça cause ?

Little Canada, un bien joli nom pour un patelin paumé au pied des Appalaches. C’est là que Aiden McCall et Thad Broom, deux types blessés par la vie et amis depuis toujours, sont frères de galère. Ils vivotent tant bien que mal entre petits boulots et petits trafics.

Le jour où leur dealer se fait accidentellement sauter le caisson devant eux, les deux potes font main basse sur sa came, son fric et ses flingues. Un premier pas vers un nouveau départ ou vers une inexorable descente aux enfers ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que l’éditeur et Net Galley ont accepté de me faire découvrir ce titre en avant-première (parution le 30 août).

Pour la petite histoire j’ai sollicité simultanément, et en avant-première, La Disparition D’Adèle Bedeau et Le Poids Du Monde, dans l’espoir que l’une de mes demandes soit acceptée ; à ma grande surprise, et pour mon plus grand plaisir, mes deux demandes ont reçu une suite favorable.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour cette nouvelle marque de confiance me permettant de découvrir ce roman en avant-première.

C’est ma première incursion dans l’univers littéraire de David Joy (à ma décharge, il n’a écrit, à ce jour, que deux romans et le premier est dans mon Stock à Lire Numérique) et le moins que l’on puisse dire c’est que ça secoue ; comme dirait notre regretté Johnny H. : « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir« .

Bienvenue au cœur de l’Amérique profonde, par contre oubliez le fameux american dream en ouvrant les pages de ce bouquin ; la crise économique est passée par là et continue à tisser sa toile dévastatrice. En lisant ce roman je n’ai pu m’empêcher de penser au recueil Chiennes De Vies de Frank Bill qui m’avait déjà bien remué les tripes. Le cadre change, on abandonne l’Indiana du Sud pour la Caroline du Nord, mais la situation est plus ou moins la même avec le meth en toile de fond, histoire d’oublier les coups de pute de la vie de tous les jours !

Dès le prologue David Joy donne le ton : « Aiden McCall avait douze ans la seule fois où il entendit les mots « Je t’aime ». » ; c’est son père qui lui adressera ces mots du bout des lèvres. Que c’est bôôô ! Ça aurait pu l’être, sauf que le gars vient de flinguer sa femme sous les yeux de leur fils (Aiden) et va ensuite se faire exploser le caisson… y’a mieux pour démarrer dans la vie ! Mais hélas, comme dirait ce cher Francis C. : « Et ça continue, encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord« .

Du côté de chez Thad les choses ne sont guère plus brillantes, il est revenu d’Afghanistan affligé d’un sévère syndrome de stress post-traumatique. Depuis il vit entre le passé et le présent, entre là-bas et ici, semblant se foutre du tout, surnageant vaguement entre les vapeurs d’alcool et les nuages de meth.

On pourrait simplement se dire que c’est l’histoire de deux gars que la vie n’a pas vraiment gâtée et du coup éprouver une réelle empathie pour eux. Sauf que nos gusses vont enchaîner les mauvais choix sans vraiment en mesurer les conséquences. Une cata en entraînant une autre, la situation va rapidement échapper à tout contrôle. Là encore il serait aisé de leur jeter la pierre et pourtant à aucun moment je n’ai eu envie de les juger (sans pour autant excuser leurs dérives).

Entre nos deux losers défoncés, on trouve April, la mère de Thad et l’amante d’Aiden. Elle non plus n’a pas été vernie par la vie et n’a guère d’illusion quant à l’avenir ; mais contrairement à Thad et Aiden elle essaye de garder la tête sur les épaules.

Un roman noir puissant qui vous prendra aux tripes dès les premières pages et ne cessera de les vriller en tout sens jusqu’au clap de fin ; et pourtant même en pleine tourmente il vous sera impossible de le lâcher. Une sacrée claque dans la gueule que vous ne refermerez qu’à regret.

David Joy ne s’égare pas en figures de style inutiles, il opte pour une écriture percutante qui va à l’essentiel pour toucher le lecteur en plein cœur.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] L.P. Sicard – Au Nom De L’Horreur

AU MENU DU JOUR

L.P. Sicard - Au Nom De L'Horreur

Titre : Au Nom De L’Horreur
Auteur : L.P. Sicard
Éditeur : AdA
Parution : 2018
Origine : Canada (Québec)
268 pages

De quoi ça cause ?

Philippe Durand gagne un séjour d’une semaine dans un manoir du XIXème siècle situé au cœur des Pré-alpes provençales. Une bâtisse d’époque, sans électricité ni eau courante, coupée du monde.

Il quitte sans hésitation Montréal pour vivre cette aventure. Sur place, il retrouve sept autres invités, venant tous d’horizons différents et ayant remporté le même « séjour de rêve ».

Un rêve qui vire au cauchemar quand une première convive est retrouvée morte, égorgée. Et que son corps disparaît peu après…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ça faisait déjà un moment que le catalogue des éditions AdA me faisait de l’œil avec ses titres horrifiques, alors pourquoi ne pas se laisser tenter par le grand frisson ?

Au départ je pensais me laisser séduire par Les Contes Interdits, un collectif d’auteurs revisite, de façon très trash les classiques du conté de fée. Finalement mon choix s’est porté sur le roman de L.P. Sicard, mais ce n’est que partie remise pour Les Contes Interdits !

Ma chronique

Est-ce bien utile de commencer cette chronique par l’avertissement de rigueur, âmes sensibles s’abstenir ? A priori on jetant son dévolu sur ce roman on sait grosso modo à quoi s’attendre (pas vraiment un road-trip sauce guimauve sur fond de Bisounours). Et force est de reconnaître que le résultat est à la hauteur, c’est de la littérature horrifique pure et dure, avec son côté ouvertement gore assumé.

À la lecture on devine que L.P. Sicard est très à l’aise avec les différents mécanismes de l’horreur, mais il manque toutefois une réelle dimension psychologique pour assurer le grand frisson. Oui l’hémoglobine coule à flots, oui les morts brutales se succèdent, mais on assiste à ce jeu de massacre avec une certaine distance.

Le récit à la première personne devrait pourtant tendre à dynamiser l’intrigue, mais la sauce a du mal à prendre à ce niveau. La faute essentiellement à un style trop alambiqué, c’est agréable à lire, mais ça manque cruellement de naturel, que ce soit dans le choix des mots ou les tournures de phrases. Les envolées lyriques ne collent pas au genre horrifique ; ça donne au contraire au récit un aspect artificiel qui empêche le lecteur de s’impliquer dans le déroulé de l’intrigue. Un sentiment renforcé par la multiplication de sentences dignes d’une philosophie de comptoir tant elles sont d’une affligeante banalité.

Un récit à la première personne se fait souvent au détriment des personnages, c’est le cas ici. On partage les états d’âme (et états d’esprit) du narrateur (Philippe Durand), mais la personnalité des autres convives est à peine esquissée. Ça reflète plutôt bien le choix narratif, mais un peu plus de profondeur eut toutefois été un plus appréciable.

Il n’en reste pas moins que le huis clos fonctionne plutôt bien (huit convives et autant de victimes potentielles, isolées dans un manoir coupé du monde au coeur de l’hiver). On n’en finit pas de se poser des questions sur la nature des meurtres qui s’enchaînent. Plus les cadavres s’empilent (sauf qu’ils ont la fâcheuse manie de disparaître peu après leur mise à mort), plus on se triture les méninges à essayer de comprendre ce qui se cache derrière ces meurtres sauvages : un criminel humain, un monstre quelconque, une force maléfique ??? Le mystère reste entier jusqu’à ce que l’auteur vous dévoile le fin mot de l’histoire ; rien à redire au niveau de l’énigme et de sa résolution, c’est brillant de bout en bout.

Louis-Pier Sicard est un jeune auteur québécois, il a commencé sa carrière littéraire par la poésie avant de se lancer dans la littérature jeunesse. C’est avec le collectif Contes Interdits qu’il s’essayera à la littérature adulte et horrifique en revisitant l’histoire de Blanche-Neige, un autre conte devrait par ailleurs sortir d’ici la fin de l’année.

Au final je dirai que l’auteur fait montre d’une belle maîtrise du genre sur le fond, mais il gagnerait à soigner la forme en adoptant un style narratif plus naturel. Je mentirai en disant que je me suis ennuyé en lisant ce bouquin, j’ai pris plaisir à le lire, mais je le referme avec l’impression d’être passé à côté de quelque chose qui aurait pu être beaucoup plus percutant si mieux exploité…

MON VERDICT

[BRD] Ready Player One

À L’AFFICHE DU JOUR

Ready Player One

Titre : Ready Player One
Réalisation : Steven Spielberg
Production : Amblin Entertainment
Distribution : Warner Bros
Origine : USA (2018)
Durée : 2h20

Le casting

Tye Sheridan : Wade / Parzival
Olivia Cooke : Samantha / Art3mis
Lena Waithe : Helen / Aech
Ben Mendelson – Sorrento
T.J. Miller – i-R0k

Le pitch

2045, le monde est au bord du chaos. Pour échapper à la morosité quotidienne, une grande partie de la population se connecte à l’OASIS, un monde virtuel où la seule limite est l’imagination des joueurs.

À la mort de son créateur, James Halliday, un grand concours en trois phases (chacune permettant au vainqueur de gagner une clé) est ouvert à tous. À la clé, la fortune d’Halliday et le contrôle total de l’OASIS. Ouverte depuis cinq ans, la compétition n’a encore vu aucun joueur remporter ne serait-ce que la première étape (une course automobile truffée de pièges).

Pour Wade, comme des millions d’autres joueurs, cette compétition est une chance unique. Mais pour d’autres, tel le groupe IOI dirigé par Sorrento, les enjeux sont tout autre, et ils ne reculeront devant rien pour éliminer leurs concurrents et remporter la victoire…

Ma chronique

Je n’ai jamais été déçu par un film réalisé par Steven Spielberg, même si je reconnais volontiers ne pas les avoir tous vus, notamment parmi les plus récents ; toutefois je ne peux résister à l’envie de crier haut et fort que Ready Player One est du bon Spielberg, du très bon Spielberg même !

Mais avant d’aller plus avant, rendons à César, ce qui appartient à César, le film est l’adaptation du roman de Ernest Cline, Player One, publié en 2011. Un premier roman devenu best-seller dès sa sortie, publié dans 58 pays et traduit en 37 langues (en français en 2013 par Michel Lafon). À noter que les droits d’adaptation au cinéma ont été achetés par Warner Bros avant même que le roman ne soit publié.

Il faut bien reconnaître que le mix entre le monde réel et l’univers virtuel de l’OASIS offre un sacré terrain de jeu pour les équipes du film, notamment pour la création des effets spéciaux (confiés à ILM, la société créée par Georges Lucas, aujourd’hui propriété du groupe Disney). Et effectivement ils s’en donnent à coeur joie, pour notre plus grand plaisir ! On en prend plein les mirettes quasiment non-stop.

Une débauche d’effets spéciaux, même parfaitement maîtrisés, ne suffit pas à faire un bon film. En l’occurrence l’intrigue tient parfaitement la route, impossible de lâcher le film (ne serait-ce que pour aller pisser) avant le clap de fin. Le film dure plus de deux heures, mais ça passe comme une lettre à la poste, on en viendrait presque à demander une rallonge.

Les acteurs sont aussi au top, ils donnent vie aussi bien à leur personnage, qu’à leur avatar. Vous allez, bien entendu, adorer Wade, Samantha et leurs amis, mais surtout vous adorerez détester Sorrento. Je reconnais toutefois avoir eu un faible pour son complice, i-R0k, aussi bien pour son visuel que pour sa personnalité.

Cerise(s) sur le gâteau (et quelles cerises !), le film est truffé de clins d’œil et références à la pop culture (je sais, aujourd’hui on dit culture geek… mais je ne suis plus un djeun’s depuis bien longtemps) des années 80 (films, animés, musique…). Il faudrait quasiment un second visionnage pour tous les repérer, et encore, même pas sûr que cela suffise.

Le top cerise étant incontestablement la scène se déroulant au cœur de l’Hôtel Overlook qui est le théâtre du film (et accessoirement du roman), Shining, de Stanley Kubrick.

Que du bonheur ce film ! Ça sent bon le coup de cœur de l’année 2018.

Non seulement je sais d’ores et déjà que je reverrai ce film avec le même plaisir, mais il m’a surtout donné envie de découvrir le roman dont il est l’adaptation.

♥♥♥♥♥

[BOUQUINS] Alastair Reynolds – Vengeresse

AU MENU DU JOUR

A. Reynolds - Vengeresse

Titre : Vengeresse
Auteur : Alastair Reynolds
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2018
Origine : Angleterre (2016)
408 pages

De quoi ça cause ?

Adrana et Arafura Ness, deux soeurs, intègrent, contre l’avis de leur père, l’équipage du Monetta, un voilier solaire commandé par le capitaine Rackamore. Leur tâche : apprendre à parler aux os et permettre ainsi au capitaine de diriger son vaisseau sur les écrins les plus rentables et assurer la sécurité de l’expédition.

Mais les écrins et leurs richesses attisent aussi la convoitise des pirates qui préfèrent attaquer un équipage sur le retour et les dépouiller sans avoir à s’exposer aux dangers des écrins. Pour les bâtiments de la Congrégation, il n’y de pires perspectives que de croiser la route du Voilier-Noir et de son impitoyable capitaine, la redoutable et redoutée Bosa Sennen…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un bail que je n’ai pas plongé le nez dans un roman de science-fiction. Il s’avère que j’ai flashé sur la couv’ de celui-ci.

D’autre part le mélange de science-fiction et de flibusterie sur fond d’un space opera avait de quoi titiller ma curiosité.

Ma chronique

Alastair Reynolds est réputé pour appartenir à l’école hard SF (à partir des connaissances scientifiques actuelles on extrapole leur possible évolution future permettant ainsi de définir un éventuel futur plausible), avec Vengeresse il change de registre pour un space opera nettement plus abordable pour le grand public. Un pari gagnant puisque le roman a été récompensé en 2017 du Locus Award du meilleur roman young adult (même si ni l’auteur ni l’éditeur n’ont classé le roman dans cette catégorie).

De fait l’auteur nous plonge dans un futur lointain (très, très lointain), au cœur d’un univers qui a ses propres règles de fonctionnement, sans vraiment s’appesantir sur la question ; le lecteur est mis devant le fait accompli (c’est comme ça, point barre), du coup il faut un petit moment pour vraiment entrer au cœur du récit. Soyez assurés qu’une fois vos repères trouvés (et ça vient assez vite finalement), la magie opère et l’on se laisse guider par l’imagination d’Alastair Reynolds.

Plutôt que de prendre le risque de vous gâcher l’effet de surprise et le plaisir de la découverte (bon OK, aussi un peu parce que je suis en mode grosse feignasse aujourd’hui), je ne m’épancherai pas sur les fondamentaux de cet univers. Disons simplement que la Congrégation est le résultat de treize Occupations successives (ou vagues extra-terrestres, plus ou moins hostiles) et que chacune a laissé des traces technologiques de son passage.

C’est le premier roman que je lis de cet auteur et ne revendiquant aucune affection particulière pour la hard SF je me suis lancé sans le moindre a priori. Le mélange des genres entre SF et flibusterie avait titillé ma curiosité, force est de constater que le charme a opéré chez moi ; cette chasse au trésor version futuriste et interplanétaire m’a emballé (même si j’aurai apprécié que certains éléments de l’intrigue soient un peu plus développés).

Le récit est écrit à la première personne, c’est Arafura ‘Ara’ Ness qui nous fait vivre l’intrigue de son point de vue. Un choix qui contribue à dynamiser le récit même si cela se fait au détriment des personnages qui manquent parfois de profondeur. On assiste certes à l’évolution d’Ara au fil de son aventure, mais les autres sont un peu laissés pour compte. Peut-être un choix délibéré de l’auteur compte tenu du jeune âge de sa narratrice (au début du roman elle n’est pas encore majeure).

J’espérais beaucoup du personnage de Bosa Sennen et sur ce point la sauce a eu du mal à prendre. Certes elle ne manque de cruauté, mais c’est limite surjoué et cliché (la truffe qui parle d’elle à la troisième personne, elle se prend pour Jules César l’autre). Qui plus est on devine rapidement qui elle est (ou a été) avant de devenir Bosa Sennen.

Un roman de SF clairement orienté grand public qui aurait gagné à être un peu plus étoffé. À ce titre je peux comprendre qu’il ait pu surprendre, voire décevoir, les puristes, notamment les fans d’Alastair Reynolds. D’un autre côté c’est peut-être aussi l’occasion d’attirer un public moins élitiste (n’y voyez là aucune consonance péjorative) vers la SF.

D’ores et déjà une suite est annoncée pour début 2019 (en VO), espérons que Bragelonne nous proposera une traduction française rapidement (Vengeresse est paru en 2016, il a fallu attendre 2018 pour le découvrir en VF). Pas de cliffhanger haletant à la fin de ce roman, la première phase de l’histoire est bouclée, la suite devrait donc donner à l’intrigue une tout autre dimension tout en restant dans la continuité de l’intrigue.

Ce premier tome est une sympathique introduction à un univers potentiellement prometteur, au vu des questions restées sans réponse en refermant le bouquin, gageons que la suite ne pourra qu’être plus consistante. Est-ce qu’un second tome suffira à boucler la boucle ou va-t-on s’orienter vers une trilogie (et plus si affinités) ? À l’heure qu’il est je pense que seul Alastair Reynolds est en mesure de répondre à cette question…

MON VERDICT