[BOUQUINS] Nicolas Jaillet – Fatal Baby

AU MENU DU JOUR


Titre : Fatal Baby
Auteur : Nicolas Jaillet
Éditeur : La Manufacture de Livres
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Julie et sa fille sont en perpétuelle cavale, traquées par les hommes d’une puissante multinationale qui ne reculera devant rien pour s’emparer de l’enfant. « Leur » création, « leur » bébé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Mauvaise Graine aura certainement été ma lecture de l’année 2020 la plus atypique. Nicolas Jaillet nous invitant à suivre la « suite » des aventures mouvementées de Julie, son héroïne à nulle autre pareille, dans ce nouvel opus, je ne pouvais pas passer à côté d’une telle opportunité.

Ma Chronique

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Julie, l’héroïne de Mauvaise Graine, et fait la connaissance de sa fille (il lui faudra un certain temps avant de se voir attribuer un prénom… oups désolé bébé, maman avait oublié ce détail). Et le moins que l’on puisse c’est que la situation de Julie ne s’est pas arrangée… contrairement à ce que laissait présager la fin du précédent roman.

La mère et son bébé sont effet contrainte à être perpétuellement en mouvement si elles veulent échapper à leurs poursuivants. Et même ainsi les confrontations directes restent inévitables… et mouvementées !

Changement de décor pour Julie puisque c’est sur les routes canadiennes, alors que l’hiver approche (Winter is coming comme dirait l’autre… mais avec GRR Martin il faut prendre son mal en patience et se faire une raison). Mais ce n’est pas le seul changement que vous découvrirez au fil des pages même si je ne m’épanchais pas sur la question afin de ne pas spoiler votre lecture.

Vous vous demandez peut-être s’il est nécessaire d’avoir lu Mauvaise Graine avant de vous lancez dans le présent bouquin ; ce n’est pas indispensable, mais je vous encourage quand même à la faire, ne serait-ce que parce que c’est un bouquin qui vaut le détour, mais aussi parce qu’il vous permet de mieux appréhender la situation dans laquelle vous trouverez Julie en ouvrant Fatal Baby.

Il n’en reste pas moins que ces deux romans sont à la fois dans la même veine et totalement différents. On retrouve le même cocktail parfaitement dosé d’action et d’humour, mais aussi le ton décalé de l’intrigue qui faisait tout le charme de Mauvaise Graine. Comme de bien entendu cette suite reste un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) totalement inclassable. Un brin de maturité (tout en conservant le grain de folie) en plus dans le personnage de Julie ; il faut dire qu’elle est confrontée aux joies (et parfois aux affres) de la maternité avec un bébé pas franchement comme les autres.

Si dans le précédent roman l’on suivait le périple de Julie au cours de sa grossesse et jusqu’à son accouchement, ici on part sur plusieurs années de fuite éperdue, avec des pauses plus ou moins longues toujours appréciables et appréciées. Une aventure qui entraînera Julie et sa fille sur les routes, mais aussi sur les mers, des Amériques (Canada, États-Unis puis Amérique du Sud) au vieux continent (retour en France en passant par l’Espagne).

Le fond et le ton volontairement légers de l’intrigue n’empêchent pas l’auteur d’apporter beaucoup de soin à la forme. Que ce soit dans le traitement de ses personnages ou dans sa narration, toujours aussi percutante et efficace.

Les lecteurs numériques qui, comme moi, alternent les supports (liseuse, PC puis retour sur la liseuse, etc.) seront un peu déconcertés par l’absence de chapitrage. Mais comme le bouquin n’est pas un pavé et se lit avec beaucoup de fluidité, ça reste un inconvénient mineur que l’on oubliera rapidement.

Autant retrouver Julie dans le présent roman fut une surprise inattendue, autant je ne peux envisager que ses aventures se terminent avec le présent roman ; il me tarde de la retrouver (ainsi que sa fille, cela va de soi) pour découvrir la suite de cette curieuse expédition qui est tout sauf un long fleuve tranquille…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Mathieu Menegaux – Femmes En Colère

AU MENU DU JOUR


Titre : Femmes En Colère
Auteur : Mathieu Menegaux
Éditeur : Grasset
Parution : 2021
Origine : France
198 pages

De quoi ça cause ?

Mathilde Collignon attend, sonnée, que le jury d’assises de Rennes délibère sur son sort.

Sonnée parce que l’avocat général a requis vingt ans de prison à son encontre, avec une période de sûreté de douze années.

Trois ans plus tôt, Mathilde, victime d’un viol, a appliqué sa propre justice. Aujourd’hui, aux yeux de la justice, elle est sur le banc des accusés et ses deux violeurs sont les plaignants…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour son pitch qui est malheureusement plus que jamais dans l’air du temps.

Pour sa couv’, aussi explicite qu’intrigante.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma sollicitation.

Même si, concrètement ce n’est pas le fichier proposé par Grasset que j’ai lu… encore un éditeur qui n’a pas compris que l’ère du PDF était révolue depuis bien longtemps. Heureusement j’ai pu me procurer le bouquin au format epub, et c’est donc cette version que j’ai lu et m’en vais chroniquer de ce pas. Encore un détournement de partenariat Net Galley (après Dehors Les Chiens), ça m’évite de rejeter un titre qui m’a été gracieusement proposé.

Mathieu Menegaux signe un roman qui fait écho à l’actualité de ces dernières années, qu’il s’agisse des mouvements #MeToo ou #BalanceTonPorc qui ont agité les réseaux sociaux et par extension les médias, ou des cas de féminicides qui se multiplient. Plus que jamais la femme n’a le droit de demander à être respectée, écoutée et entendue.

Il faut malheureusement que des victimes comme Jacqueline Sauvage ou Valérie Bacot abattent leur bourreau pour que l’opinion s’émeuve sur leur condition… avant de les oublier et de passer à autre chose !

Le personnage de Mathilde Collignon est une de ces femmes qui a choisi d’agir de son propre chef plutôt que d’espérer une réaction juste et approprié des autorités judiciaires. Elle s’est occupée des deux ordures qui l’ont violée… sans les tuer toutefois, mais en faisant en sorte qu’ils n’oublient jamais qu’une femme n’est pas un tas de barbaque dont on peut user et abuser. Une punition à la hauteur de ce qu’ils méritaient… mais que la justice aurait été incapable de leur infliger.

Au fil des chapitres on alterne entre le récit et les émotions de Mathilde dans l’attente du verdict, et les débats (souvent animés) en salle des délibérés.

J’avoue sans aucun complexe que je ne connaissais pas le système français des délibérés, je suis plus familier, à force d’ingurgiter des séries TV et des films, du jury à l’américaine. J’ai donc trouvé ces chapitres aussi instructifs que construits avec beaucoup d’intelligence et de réalisme.

Quant au récit de Mathilde, je n’ai aucune honte à reconnaître qu’il a su me tirer des larmes. Des larmes de peine pour ce qu’elle a subi et ce qu’elle subit encore face à l’incertitude du verdict. Mais aussi et surtout des larmes de haine à l’état brut pour les deux salopards qui l’ont violé.

Mathieu Menegaux réussit le pari de nous prendre aux tripes avec son roman. Un texte court (moins de 200 pages), mais intense et éprouvant. Un bouquin qui m’a laissé KO debout, complètement vide.

Vous aurez compris sans peine que je suis partisan assumé et revendiqué d’un verdict de non-culpabilité (malgré les aveux de Mathilde) et d’une relaxe pure et simple.

Bien entendu je ne vous dirai rien du verdict, mais je peux vous assurer qu’avant d’en arriver là votre palpitant aura été mis à rude épreuve. Ce serait presque frustrant de ne pas pouvoir s’épancher sur ledit verdict, on aimerait en parler et en débattre comme si on était dans la salle des délibérés, répondre aux questions posées aux jurés, défendre notre position…

Mathieu Menegaux nous offre un roman brillamment construit, à défaut de faire avancer le schmilblick (et éveiller les consciences), il amène ses lecteurs (et lectrices) à se poser des questions et à réfléchir sur le sujet. Rien que pour ça, je vous salue bien bas monsieur.

MON VERDICT

Coup de poing

Morceaux (nombreux… quand on aime on ne compte pas) choisis

L’opinion peut bien s’agiter, la presse multiplier les éditoriaux, les politiques occuper les plateaux de télévision, la justice applique les textes que le législateur a fait voter.

Quand je pense que, dans ce procès, je suis l’« accusée » et que les deux salopards sont les « parties civiles ». Je voudrais tout reprendre à zéro. Je voudrais qu’on remette les choses à leur place : je suis la victime et ils sont les bourreaux. J’ai refusé de tenir ce rôle. J’ai refusé de me plier aux règles. Je n’avais pas le « bon » viol, de toute façon. Pas de couteau, pas de rôdeur, pas de parking mal éclairé, pas d’heure tardive, pas de pervers détraqué. Personne ne m’aurait crue.

Pourtant c’est clair : avouer aimer le sexe, pour une femme, en 2020, malgré tous les Weinstein, les Polanski et les #MeToo du monde, c’est toujours s’exposer à être considérée comme une putain, une traînée, une salope, une allumeuse et toute la litanie de qualificatifs imagés écrits par des hommes.

Malgré les témoignages, malgré les tutos sur YouTube comparant le consentement sexuel à l’envie d’une tasse de thé, malgré les cours prodigués dans certaines universités, malgré tout ce qui a pu se dire, se lire, s’écrire, une femme qui dit NON continue, pour beaucoup d’hommes aujourd’hui, à n’attendre qu’une bonne pénétration pour se mettre à crier « Oh oui » et avoir subitement envie de s’enfiler jusqu’à s’en étouffer un sexe bien au fond de la gorge.

Ce n’était peut-être pas de la légitime défense. Mais j’estime que c’était une défense légitime.

Ce n’est peut-être pas de la légitime défense, comme vous nous la décrivez dans les textes de loi, mais c’est un acte de légitime défense dans ce monde où les femmes ne sont pas écoutées quand elles crient, quand elles sont battues, quand elles sont violées. Le jour où les hommes et les femmes seront à armes égales, ce jour-là et ce jour-là seulement, bien sûr, il faudra la condamner. Mais aujourd’hui on ne peut pas. Elle n’avait pas d’autre choix. Et elle a protégé les autres femmes qui auraient fini par devenir victimes de ces deux salauds. Je refuse de condamner cette femme. La condamner, c’est accepter la société dans laquelle nous vivons. L’acquitter, c’est faire changer la peur de camp.

La démocratie, c’est bien commode dès lors que le petit peuple vote tout bien comme les élites lui ont indiqué qu’il convenait, n’est-ce pas ? Mais si le résultat n’est pas dans la ligne, c’est que le peuple n’a pas compris, que le pouvoir n’a pas fait suffisamment de pédagogie et il convient pour les dominants de trouver d’urgence une entourloupe pour enfumer le peuple. Les femmes se rebellent, affirment qu’il ne s’agit ni de barbarie ni de vengeance, mais bien de justice et toc, les hommes s’empressent de retirer le droit de vote aux femmes, c’est bien cela ?

Je suis la criminelle et ils sont les victimes. Alors qu’ils m’ont fait mal, ces deux salauds, tellement mal. J’étais le petit chaperon rouge, je gambadais avec insouciance, et je ne m’attendais pas à tomber sur un grand méchant loup. Encore moins sur deux à la fois.

J’ai dit non. Je l’ai crié, je l’ai hurlé, je l’ai murmuré, je l’ai bégayé, je l’ai répété sur tous les tons, mais personne n’a entendu, personne n’est venu, je me suis débattue un temps, mais ils m’ont forcée à tour de rôle, brisée, et j’ai fini par abandonner le combat, en espérant que ça me ferait moins mal et que je sortirais vivante de ce traquenard. J’ai eu peur pour ma vie, une peur animale, viscérale, paralysante. Ils se sont servis de moi, je les entendais m’insulter, leurs mains me frappaient les fesses, ils m’ont tiré les cheveux, empoignée, brutalisée, forcée encore et encore. Ils m’ont salie partout. Un déchaînement de bruit, de violence, de douleur, de soumission, d’odeur de sueur et de porcherie.

[BOUQUINS] Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth – Toucher Le Noir

AU MENU DU JOUR


Titre : Toucher Le Noir
Auteur : Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth
Éditeur : Belfond
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

11 auteurs mettent le toucher à l’honneur.
10 nouvelles fondues au noir.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Principalement pour la même raison qui m’avait poussé à découvrir les deux précédents recueils proposés par Belfond et dirigé par Yvan Fauth : Yvan himself ! Le seul, l’unique !

Une fois encore l’ami Yvan réunit une belle brochette d’auteurs autour d’un thème commun.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Yvan qui m’ont fait parvenir le présent recueil.

Après l’audition et la vue, Yvan Fauth continue d’explorer le noir à travers nos cinq sens (et un soupçon de sixième sens) ; les onze auteurs qui ont répondu présents à l’invitation du maître de cérémonie mettent le toucher à l’honneur. Un toucher qui, à n’en point douter, va se décliner sous toutes ses formes (sauf rectal !).

Parmi les invités à la table d’honneur on retrouve deux auteurs qui s’étaient déjà prêtés au jeu dans Regarder Le Noir (Laurent Scalère et Maud Mayeras) ; les neuf autres sont des nouveaux venus dans l’aventure… nouveaux mais certainement pas novices ! Ce sont des plumes connues et reconnues de la littérature noire et/ou policière.

Ce sont Frank Thilliez et Laurent Scalèse qui ouvrent le bal avec un texte écrit à quatre mains. Les auteurs font le pari audacieux de nous raconter leur histoire dans l’ordre antéchronologique (on commence par la fin pour remonter vers le début).

Valentin Musso nous invite ensuite à suivre un couple qui sur le chemin du retour après une sortie au restau. Un retour de soirée où tout va basculer.

Avec Solène Bakowski nous cheminerons sur les sentiers tortueux et hypocrites de la foi. Un texte aussi puissant qu’émouvant (on pourrait ajouter éprouvant, énervant…).

Benoît Philippon nous offre un périple à fleur de peau dans le monde de l’art dans ce qu’il a de plus indécent, non par ce qu’il peut montrer ou représenter mais par les prix que certaines œuvres peuvent atteindre. Un concept poussé à l’extrême.

Eric Cherrière nous concocte une histoire de vengeance qui se mange froide sur fond de pollution plastique.

Michaël Mention signe la nouvelle la plus longue du présent recueil. La plus minimaliste aussi puisqu’elle met en scène deux individus dans une cabine d’ascenseur à l’arrêt. L’auteur déploiera tout son savoir-faire pour sublimer ce point de départ et surprendre les lecteurs.

Avec Danielle Thiéry vous découvrirez que la musique n’adoucit pas toujours les mœurs, les dernières notes sont juste sublimes.

Ghislain Gilberti nous invite à une traque aux frontières du réel dans laquelle les prédateurs se feront proies et inversement. Une approche audacieuse qui démarque clairement son récit des autres.

Jacques Saussey nous emmène en Italie à la rencontre d’un prisonnier qui a un véritable don pour le dessin… un don qui va se transformer en malédiction.

Maud Mayeras nous livre un récit qui nous glacera les sangs tant par son absolue noirceur que par sa triste part de vérité que l’auteure nous rappelle à la fin de son récit.

La visite s’achève en compagnie de Franck Thilliez et Laurent Scalése qui nous font découvrir la seconde partie de leur récit en deux actes. Une relecture des faits dans l’ordre chronologique cette fois.

Comme pour les précédents recueils je vais donc attribuer une note sur 5 à chacune des nouvelles composant ce recueil. Au risque de me répéter ces notes n’engagent que moi et sont le reflet de mon ressenti personnel.

  • F. Thilliez & L. Scalèse – 8118 : Envers / 4
  • V. Musso – Retour De Soirée / 4.5
  • S. Bakowski – L’Ange De La Vallée / 5
  • B. Philippon – Signé / 5
  • E. Cherrière – Mer Carnage / 4
  • M. Mention – No Smoking / 5
  • D. Thiéry – Doigts D’Honneur / 4.5
  • G. Gilberti – L’Ombre De La Proie / 5
  • J. Saussey – Une Main En Or / 4.5
  • M. Mayeras – Zeru Zeru / 5
  • F. Thilliez & L. Scalèse – 8118 : Endroit / 4

Soit une honorable moyenne de 4,6 sur 5 que mon infinie mansuétude me pousse à arrondir à un carton plein de 5 Jack ! Pour remercier les auteurs, parce qu’ils le valent bien comme le prouvent leurs récits. Et pour remercier Yvan qui poursuit, pour notre plus grand plaisir, l’aventure.

Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle exploration du noir par le biais d’un sens encore inédit (l’odorat ou le goût ? telle est la question).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Frank Miller – Batman – The Dark Knight Returns

AU MENU DU JOUR


Titre : Batman – The Dark Knight Returns
Scénario et dessin : Frank Miller
Éditeur : DC Comics / Urban Comics
Parution : 1987 (2 volumes, éditions Aedena)
Réédition en un volume chez Urban Comics (2013)
240 pages

De quoi ça cause ?

Après dix ans de retraite volontaire, Bruce Wayne endosse de nouveau le costume de Batman alors qu’un gang fait régner la terreur sur Gotham.

Un retour diversement apprécié par le public et les médias, certains saluent le retour du justicier alors que d’autres demandent qu(‘il soit considéré comme un hors-la-loi.

Ma chronique

Gamin j’ai bouffé du super-héros à toutes les sauces avec les illustrés Marvel (Strange notamment) ; j’ai toujours eu une nette préférence pour les univers et les personnages développés par Marvel plutôt que ceux de son éternel rival, DC Comics. A l’exception toutefois du personnage de Batman pour son côté dark parfaitement assumé.

J’ai découvert l’album The Dark Knight Returns dans les années 90, attiré à la fois par le pitch que par son auteur, Frank Miller. Il faut dire que je venais de lire le premier opus de Sin City et que le comics m’avait laissé sur le cul.

En s’attaquant à Batman sur un angle totalement novateur (c’est un Bruce Wayne quinquagénaire pas franchement au top de sa forme qui reprend du service) et en optant pour un ton résolument noir, Frank Miller apporte une réelle maturité au personnage et à l’univers de l’homme chauve-souris. L’album devrait davantage séduire un public adulte (et jeune adulte) que les jouvenceaux (je n’ai pas dit puceaux) en quête de sensationnel.

On découvre un Batman plutôt vindicatif dans sa façon de rendre justice, il répond à la violence par la violence et frappe pour faire mal malgré son âge. Solitaire depuis la mort de Jason Todd (Robin, assassiné par le Joker), Bruce Wayne peut toutefois compter sur le soutien indéfectible d’Alfred, son fidèle majordome. Et plus tard sur l’apparition quasi providentielle d’une nouvelle Robin (oui, vous avez bien lu, c’est une femme, Carrie Kelley, qui endossera le costume de Robin). Bien sûr le commissaire Gordon, aux portes de la retraite, l’un des seuls à connaître la véritable identité de Batman, sera lui aussi au rendez-vous.

Il faut bien avouer que notre justicier masqué va avoir des journées bien chargées. Dans la première moitié du récit Batman va s’acharner à mettre un terme aux agissements du Gang des Mutants qui menace de mettre Gotham à feu et à sang.

Au fil des pages Batman croisera de vieilles connaissances, qu’il s’agisse de Harvey Dent (Double-Face) ou de son plus célèbre ennemi, Le Joker. Mais il devra aussi compter avec d’autres héros de l’univers DC Comics tels Green Arrow (Oliver Queen) et Superman (Clark Kent). Il faut dire que l’intrigue s’enrichit progressivement de nombreuses autres dimensions (au-delà de la problématique des Mutants).

Pour sa narration, Frank Miller se place au plus près de ses personnages, notamment Batman et le comissaire Gordon, deux héros d’un autre temps qui ont bien du mal à lâcher prise et sont plus que jamais en proie au doute.

L’intrigue est entrecoupée de débats télévisés autour du retour de Batman et de la façon dont il doit être considéré. Une façon pour l’auteur de dénoncer le poids et l’influence des médias dans la société contemporaine.

Un album qui revisite brillamment le mythe et a donné un second souffle au personnage de Batman. Frank Miller poursuivra l’aventure Batman avec deux autres albums qui n’ont pas la même intensité que celui-ci, pour tout dire leur lecture est même parfaitement dispensable.

Incontestablement The Dark Knight Returns est une œuvre majeure du batverse, c’est en tout cas l’avis partagé par de nombreux inconditionnels de l’homme chauve-souris qui citent deux titres indispensables à l’univers de leur héros préféré : The Dark Knight Returns et Killing Joke (avec Alan Moore au scénario et Brian Bolland au dessin).

MON VERDICT

 

[BOUQUINS] Armelle Carbonel – L’Empereur Blanc

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Titre : L’Empereur Blanc
Auteur : Armelle Carbonel
Éditeur : Fayard / Mazarine
Parution : 2021
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

1965, Arkansas. Bill Ellison, un jeune auteur noir et ardent défenseur des droits civiques, est assassiné par le Ku Klux Klan alors qu’il s’était réfugié dans Crescent House, une maison abandonnée de sinistre réputation. En revanche personne ne connait les circonstances exactes de la mort de Myra Ellison, l’épouse de Bill.

De nos jours. Cinq auteurs organisent une retraite littéraire à Crescent House. Non seulement l’un manque inexplicablement à l’appel mais rapidement des événements de plus en plus inquiétants s’enchaînent.

Dans le même temps, dans la ville voisine de Shannon Hills, une famille entière est sauvagement assassinée.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Armelle Carbonel. Ses romans Criminal Loft et Majestic Murder m’avaient fait forte impression. Son précédent roman, Sinestra, ayant été publié chez Ring, un éditeur qui refuse le numérique, je n’ai pas jugé utile de le lire. Bien content de la retrouver dans un circuit éditorial qui respecte tous les lecteurs sans aucune discrimination.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Autant annoncer la couleur d’entrée de jeu, pour son nouveau roman, Armelle Carbonel nous mitonne un thriller psychologique qui va soumettre vos neurones et vos nerfs à rude épreuve. Plus d’une fois vous vous demanderez s’il n’y aurait pas un soupçon de fantastique dans l’affaire, afin d’expliquer une situation bien tordue.

Le roman est divisé en deux parties. La première relate le séjour des auteurs à Crescent House et se déroule quasiment à huis-clos, c’est aussi l’occasion de découvrir l’histoire de Bill Ellison. Ça envoie déjà du lourd mais ce n’est qu’une mise en bouche avant la seconde partie qui va rapidement se révéler encore plus complexe et sombre.

J’avoue sans aucun remord avoir un peu de mal à entrer dans l’histoire qui paraissait un peu trop convenue… mais c’était sans compter sur le talent (et le sadisme) d’Armelle Carbonel ! Quand les choses commencent à se décanter (et ça arrive assez vite, je vous rassure) on est littéralement happé par l’intrigue, impossible de lâcher le morceau une fois que l’on a commencé à rogner l’os qu’elle nous tend.

Pour qu’un thriller psychologique fonctionne de manière optimale il faut des personnages à la hauteur. Là encore l’auteure ne laisse rien au hasard. À commencer par son quinté d’auteurs aux personnalités vachement prononcées, du coup cinq caractères aussi trempés enfermés ensemble ça fait des étincelles… au risque de foutre le feu aux poudres. On retrouve les mêmes personnalités fortes et affirmées avec l’enquêteur John Dudley et le docteur Amber Duke (qui sont les piliers de la seconde partie du roman). Mais aucun personnage n’est laissé sur le bas-côté, tous bénéficient d’un traitement approfondi qui les positionne là où ils doivent être dans le déroulé de l’intrigue. Sans oublier le plus complexe d’entre tous, le fameux Empereur blanc, mais ça ce sera à vous de le découvrir !

Comme indiqué en ouverture de la présente chronique, l’intrigue va mettre vos nerfs à rude épreuve, si j’avais deviné certains points mineurs force est toutefois de reconnaître que Armelle Carbonel m’a baladé dans son roman ; je n’ai rien vu venir et j’étais loin d’imaginer un truc aussi chiadé.

Encore un bouquin que j’ai dévoré sans modération. Armelle Carbonel confirme brillamment qu’elle fait désormais partie des auteurs qui compte dans le monde du thriller français (et francophone… et plus si affinités). Je n’avais aucun doute sur la question mais c’est toujours un plaisir de découvrir des titres de cette qualité qui viennent confirmer mon ressenti.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Patrick Senècal – Flots

AU MENU DU JOUR


Titre : Flots
Auteur : Patrick Senécal
Éditeur : Alire
Parution : 2021
Origine : Canada (Québec)
365 pages

De quoi ça cause ?

Quand Josée vient rendre visite à sa sœur, Maryline, elle ne trouve que sa nièce, Florence, 8 ans, seule dans la maison. Après avoir attendu un éventuel retour des parents, Josée, inquiète, finit par contacter la police. Pendant tout ce temps, Florence reste mutique.

Nul n’imagine encore l’indicible vérité, celle que Florence raconte par le détail dans son journal intime…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Patrick Senècal, après avoir lu Faims, je m’étais promis de poursuivre ma découverte de son univers littéraire. J’ai raté le coche à plusieurs reprises avant de réussir à m’accrocher à son dernier wagon en date.

Parce que je n’ai pu résister à l’attrait de cette couv’ plus que prometteuse.

Ma Chronique

Tant qu’à lire un auteur québécois, autant opter pour une édition québécoise de son roman histoire de profiter pleinement de verbe chantant à l’accent de Caribou. Il est vrai que pour les amateurs il n’y a pas souvent d’autres options, sur la vingtaine de titres écrits par Patrick Senécal seuls quatre ont bénéficié d’une édition made in France (Aliss, Les 7 Jours Du Talion, Le Vide et Hell.com). Pas de regrets pour ma part, cette couleur « locale » supplémentaire apporte un vrai plus à la lecture… et l’on s’y habitue très rapidement sans effort (si vraiment ça coince sur certains termes ou expressions, je vous invite  à consulter le lexique proposé par le site dufrançaisaufrancais).

J’ai remarqué, même cela reste un ressenti purement personnel, que les auteurs québécois étaient davantage décomplexés par rapport à la littérature horrifique que nos auteurs français ; peut-être est-ce dû à l’influence des auteurs américains qui assument totalement ce genre. Quand je vois des séries comme Cobayes ou Les Contes Interdits (les deux attendent leur tour dans les méandres de mon Stock à Lire Numérique), ou même le présent roman, j’ai du mal à imaginer la même chose écrite par un auteur français… en tout cas pas de manière aussi « libérée ».

Il faut dire que Patrick Senècal fait un choix plutôt audacieux pour son nouveau roman, son héroïne, Florence, est une enfant de 8 ans qui a un mode de pensée dénué de toute empathie et qui, de fil en aiguille, va la transformer en véritable psychopathe.

Une gamine d’apparence tout ce qu’il de plus banale et innocente qui vit dans une famille qui semble tout aussi normale. C’est vrai que papa et maman se chicanent de temps en temps et que Florence trouve ça plate. Parfois le ton monte, et Papa cogne maman, ça fait chier Florence, mais finalement pas tant que ça.

Maryline, la mère, est nostalgique de son ancienne carrière de mannequin, elle noie parfois son chagrin dans l’alcool, mais cela ne l’empêche pas de surprotéger Florence et d’entretenir une relation très complice avec elle.

Sebastien, le père, gère tant bien que mal la supérette (dépanneur en québécois dans le texte) située au rez-de-chaussée de la maison familiale, mais les temps sont durs. Un brin parano à tendance complotiste, l’émergence de la crise sanitaire du Covid-19 n’arrangera pas son humeur.

Le reste de l’univers de Florence tourne autour de l’école et de ses amies, ainsi que de ses cours de piano, assurés par Mme Lemaire, une vieille dame aveugle. Normal, quoi.

Le roman s’ouvre donc sur l’arrivée de tante Josée qui vient rendre visite à sa sœur (Maryline) inquiète d’être sans nouvelles depuis plusieurs jours. Sauf qu’en arrivant elle trouve Florence seule à la maison, prostrée dans le canapé et mutique.

La structure du roman alterne entre les chapitres « actuels » relatant l’intrigue depuis l’arrivée de Josée chez sa sœur et le journal intime de Florence qui décrit avec force détails les événements qui se sont déroulés les jours précédents.

L’auteur passe donc d’une vue à la troisième personne écrite dans un style et une vision des événements très adultes, à une vue à la première personne (Florence) qui raconte son quotidien avec un curieux mélange d’innocence propre à son âge et sa perception très personnelle des faits. Un exercice de style que Patrick Senècal maîtrise à la perfection, on y croit à 200% !

Pour en revenir à ce que je disais en ouverture de cette chronique quant au choix de lire ce roman dans sa version d’origine, il me semble encore plus important présentement. L’emploi du québécois retranscrit au plus juste les émotions de Florence.

Les personnages sont traités avec beaucoup d’attention, le plus frappant étant de loin le gouffre qu’il y a entre les perceptions de Florence et celles de ses copines et copains. D’un autre côté heureusement que tous les gamins ne fonctionnent pas comme Florence !

Dès le départ on se doute bien que quelque chose a mal tourné et que Florence n’y est pas totalement étrangère, au fil des chapitres on découvre que la « réalité » va bien au-delà de tout ce que l’on avait pu imaginer. Le déroulé et le rythme de l’intrigue sont menés d’une main de maître, on est entraîné dans une spirale infernale dont on ne peut se détacher.

Un récit horrifique totalement assumé à l’ambiance délicieusement malsaine (dérangeante, déstabilisante… les qualificatifs ne manquent pas). À ne pas mettre entre toutes les mains (âmes sensibles s’abstenir) car Patrick Senécal n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les lecteurs friands du genre (dont je suis) se régaleront et dévoreront sans retenue le roman (ce que j’ai fait).

À la fin du roman, j’ai tiqué en voyant apparaître un personnage qui me semblait familier. Vérification faite Michelle Beaulieu est bien l’un des personnages du roman Faims ; c’est même un personnage plus ou moins récurrent dans les romans de Patricck Senècal depuis 5150, Rue Des Ormes, selon les circonstances elle peut jouer un rôle majeur dans le récit, ou se contenter d’un discret caméo.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Alain Damasio – Scarlett Et Novak

AU MENU DU JOUR


Titre : Scarlett Et Novak
Auteur : Alain Damasio
Éditeur : Rageot
Parution : 2021
Origine : France
64 pages

De quoi ça cause ?

Novak, un adolescent, court à travers les rues de Paris. Il est poursuivi par deux hommes sans qu’il sache ce qu’ils lui veulent. Novak compte beaucoup sur les indications de Scarlett, l’intelligence artificielle de son smartphone pour se tirer de ce mauvais pas…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Un texte publié en 2014 sur le site 01net.com sous le titre Novak Et Son Ai-Phone et destiné à un public adolescent afin de les sensibiliser aux dangers de l’addiction à leur smartphone.

Ma Chronique

Je remercie Net Galley et les éditions Rageot pour leur confiance.

Je ne sais pas pour vous, mais personnellement je ne fais pas partie du public visé par l’auteur. Pour moi le smartphone ne fait aucunement partie de mon anatomie. Mon smartphone est un gadget bien utile, le perdre me ferait certes chier, mais en aucun cas je n’aurai l’impression de me retrouver à poil et démuni pour affronter le quotidien.

Avec le personnage de Novak Alain Damasio pousse à l’extrême la relation de dépendance entre l’individu et son smartphone, mais au-delà ce cela l’auteur pointe aussi du doigt une société qui tend à faire l’apologie du 100% connecté, une société ou vivre unplugged ferait de toi un individu suspect.

Le texte est court et souffre des lacunes propres à certaines nouvelles, on manque cruellement d’éléments de fond (pourquoi ces deux gars poursuivent Novak). Du coup ça nous laisse un arrière-goût d’inachevé.

Un texte globalement bien foutu, mais un peu superficiel, il n’en reste pas moins que le message passe et que la conclusion se veut plutôt optimiste. Au vu du monde d’aujourd’hui je ne suis pas certain que la majorité des individus réagiraient comme Novak.

Un récit qui s’achève sur une « poésie » de l’auteur d’une réalité presque perturbante, un texte qui devrait amener les intéressés à se poser des questions, en admettant que leurs neurones ne soient pas encore totalement métastasés par le silicium…

J’avais envie de vous copier l’intégralité du texte ici, mais finalement je ne vous en livre qu’un extrait :

Tu dis que tu vibres :
mais c’est juste ton portable dans ta main.
Tu dis que tu vois :
mais c’est la caméra qui fait la mise au point pour toi.
Tu dis que tu sais :
mais tout ce que tu sais, c’est ton pote wiki qui le sait
pour toi.

Un court récit plutôt efficace mais je reste plus que sceptique sur le rapport qualité-prix du truc… surtout en sachant que ledit texte avait été initialement publié gratuitement sur le site 01net.com. Débourser 4 (pour la version numérique) ou 5 € (pour la version papier) pour une soixantaine de pages ça me ferait un peu mal au cul.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Le Serpent Majuscule

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Serpent Majuscule
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
336 pages

De quoi ça cause ?

Mathilde, 63 ans, petite, large et lourde comme elle se définit elle-même, a tout de la madame Tout-le-Monde qui se fond, anonyme et invisible, dans la foule. Les apparences sont parfois trompeuses, Mathilde est une tueuse professionnelle d’une redoutable efficacité.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Pierre Lemaitre et qu’il nous propose de découvrir son premier roman, écrit en 1985, et jamais publié jusqu’à ce jour.

Ma Chronique

En nous proposant de découvrir ce roman inédit, oublié au fond d’un tiroir, Pierre Lemaitre fait ses « adieux » au polar (c’est votre dernier mot Pierre ? je ne perds pas espoir qu’à l’image de certaines stars du showbiz, ces adieux ne soient qu’un au revoir dissimulé).

Un roman écrit en 1985 dont l’intrigue se situe cette même année. Une époque où l’être humain lambda n’avait pas un smartphone greffé au bout du bras H24, où les gadgets connectés en tout genre n’existaient que dans les romans de science-fiction les plus visionnaires… comme dirait l’autre (merci Charles), je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître

Un polar noir qui adopte un ton décalé totalement assumé et affiche fièrement son intrigue hautement amorale. Une intrigue qui balaie allégrement le politiquement correct aseptisé et hypocrite. Un plaisir jubilatoire à lire !

Une intrigue portée par une héroïne pour le moins atypique. C’est qu’on lui donnerait le Bon Dieu sans confession à cette petite vieille qui se perd dans la masse. L’habit ne fait pas le moine et si la Mathilde a un contrat sur votre tête elle n’hésitera pas à faire parler la poudre. La rencontre entre une balle tirée par un Desert Eagle et une paire de couilles ne se joue pas à l’avantage de cette dernière… et de son propriétaire. C’est que la Mathilde (qu’est revenue) a une attirance particulière pour les gros calibres !

Un premier roman qui a certes quelques faiblesses sur la forme, mais le fond est tellement jouissif que l’on pardonne sans mal ces légères erreurs de jeunesse. Un bouquin donne du pep’s et qui force à une certaine bienveillance à son égard. 35 ans avant qu’il ne publie son premier roman (Travail Soigné, en 2006), on reconnaît déjà la griffe de Pierre Lemaitre et le plaisir sadique qu’il a à malmener ses personnages.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Michaël Mention – Dehors Les Chiens

AU MENU DU JOUR


Titre : Dehors Les Chiens
Auteur : Michaël Mention
Éditeur : 10/18
Parution : France
Origine : 2021
312 pages

De quoi ça cause ?

1866, Californie. Crimson Dyke, agent des services secrets, traque les faux-monnayeurs afin de les livrer à la justice. Alors qu’il fait une pause à Providence, un cadavre est retrouvé les tripes à l’air. Face à l’hostilité su Sheriff du comté, Crimson Dyke décide de poursuivre sa mission. Jusqu’à ce que d’autres cadavres, éventrés de la même façon, ne croisent sa route…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’un ne croise pas tous les jours un western écrit par un auteur français. Mais aussi et surtout parce que ledit auteur est Michaël Mention.

Ma Chronique

Je remercie les éditions 10/18 et Net Galley pour avoir répondu favorablement à ma demande concernant ce titre.

S’il est un genre cinématographique représentatif des Etats-Unis, c’est bien le western, qu’il s’agisse des classiques avec ses acteurs qui ont forgé la légende de l’Ouest (John Wayne, Gary Cooper, Robert Mitchum, Steve McQueen, Charles Bronson…), du western  spaghetti (qui doit sa renommée à Sergio Leone) ou crépusculaire (avec Clint Eastwood comme porte drapeau du genre) ou de films plus contemporains qui continuent de faire honneur au genre (Danse Avec Les Loups, Impitoyable, Hostiles ou encore Django Unchained pour ne citer qu’eux).

Tout le monde ne le sait pas forcément mais bon nombre des classiques du genre ont été des romans avant d’être des films (je vous invite à parcourir la collection L’Ouest, le vrai des éditions Actes Sud pour (re)découvrir certains de ces classiques). Bien entendu ces romans sont l’œuvre d’auteurs américains.

Qu’un auteur français se lance dans l’écriture d’un western et pousse même le vice jusqu’à s’en réapproprier les codes, pourrait passer pour un challenge un peu dingue, pour ne pas dire franchement casse-gueule. Que cet auteur soit Michaël Mention a de quoi rassurer le lecteur, non seulement ce gars est un véritable touche-à-tout mais en plus il a tendance à transformer en or tout ce qu’il touche.

Dès les premières pages l’auteur confirme qu’il maîtrise son sujet, non seulement on retrouve tous les codes chers aux amateurs de western mais en plus son écriture tend à les sublimer. Il applique à son texte une forme résolument moderne sans jamais en dénaturer le fond.

1866. Les cicatrices laissées par la guerre de Sécession sont loin d’être refermées, la tension est à son comble. Les villes se font et se défont au gré des gisements (or et pétrole) et de leur tarissement. Le rêve américain peut se transformer en cauchemar au hasard d’une mauvaise rencontre.

L’Ouest que nous dépeint Michaël Mention ressemble davantage à celui de Quentin Tarantino (Django Unchained / Les 8 Salopards) qu’à celui de Morris (Lucky Luke) ou Cauvin (Les Tuniques Bleues). C’est brut et brutal ! Les différents se règlent à coups de flingue plutôt qu’avec des bons mots. Les héros sont fatigués et désabusés mais pas désespérés… c’est pas le moment de les faire chier !

Crimson Dyke est justement de ces héros, face à ce corps atrocement mutilé il se pose des questions et ne tarde pas à découvrir que la victime n’est pas la première. Il mettra toutefois sa curiosité en veilleuse face à un Sheriff franchement hostile à ses questionnements. C’est presque malgré lui qu’il enquêtera tout en menant à bien ses propres affaires.

Face à lui un système corrompu par le fric et les ambitions personnelles… et quatre tueurs impitoyables. Comme dirait un certain John Rambo (que Dyke ne peut connaître, il est le fruit d’une autre guerre) : ils n’auraient pas dû verser le premier sang !

Un western résolument moderne qui pourrait aussi bien se transposer dans les années Capone que de nos jours mais qui reste fidèle au genre. Une revisite brillante et d’une redoutable efficacité, servie par une plume qui claque comme un calibre .38 (le calibre le plus performant du moment).

Le titre du roman fait référence à une citation biblique : « Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres, et quiconque aime et pratique le mensonge ! » – Apocalypse 22:15 (traduction Louis Segond). Je vous garantis qu’avec Crimson Dyke dans le rôle de l’ange rédempteur, ça dépote bien plus efficacement que dans l’original !

Le roman étant sous-titré, Les Errances De Crimson Dyke, il y a fort à parier que nous retrouverons prochainement cet agent secret qui me manque déjà (mais je lui accorde volontiers un répit bien mérité… mais faut pas non plus qu’il prenne racine).

En aparté

Cette chronique aurait pu ne jamais voir le jour, en tout cas pas dans le cadre d’un partenariat avec Net Galley. En effet l’éditeur ne proposait qu’une version PDF (faudrait leur expliquer un jour que ce format est l’ancêtre du livre numérique… aujourd’hui complètement dépassé par le format EPUB). Mon premier réflexe a été de laisser passer un peu de temps avant de refuser le bouquin à défaut d’un format EPUB d’ici à la sortie commerciale.

Le truc c’est que j’avais vachement envie de lire ce bouquin, du coup j’ai pris sur moi de me créer une version numérique fait maison du roman. Ce qui oblige à survoler le fichier afin de corriger les coquilles et autres anomalies pouvant survenir en convertissant un fichier PDF en document Word… avant de l’exporter via SIGIL pour une version finalisée en EPUB.

Un boulot qui demande un temps certain, que j’ai achevé quelques jours avant la sortie du roman (et donc la version EPUB commerciale). Le hasard a voulu qu’une amie m’offre le bouquin (au format EPUB cela va de soi) quelques jours après sa sortie. C’est donc la version EPUB que je chronique et note ici… un détournement de partenariat Net Galley en quelque sorte.

Je me fous du temps passé sur la réalisation de ma version numérique, non seulement c’est un truc que j’aime faire mais en plus j’étais plus que satisfait du résultat obtenu. En revanche le fait d’avoir survolé le texte avant m’a méchamment spoiler l’intrigue…

Un plaisir de lecture partiellement gâché par cette saloperie de format PDF mais que je ne sanctionne pas dans ma notation. L’auteur n’a pas à pâtir des faiblesses de sa maison d’édition (ce n’est pas parce que c’est un roman proposé en Service Presse qu’il faut nous refourguer tout et n’importe quoi).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Noël Boudou – … Et Pour Le Pire

AU MENU DU JOUR


Titre : … Et Pour Le Pire
Auteur : Noël Boudou
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

Vincent a 86 ans, il se définit lui-même comme un vieux con grincheux et alcoolique, à sa décharge il est mort de l’intérieur depuis 20 ans. Depuis que son épouse a été violée, torturée et tuée par trois jeunes complètement défoncés.

Après avoir purgé leur peine de 20 ans de prison, les assassins vont bientôt être libérés. Vincent compte sur leur retour dans le village pour appliquer sa propre justice, une vengeance qu’il rumine depuis 20 longues années…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et parce que c’est Noël Boudou. Ses deux premiers romans m’avaient totalement emballé ; il me tardait de découvrir si l’adage « jamais deux sans trois » se confirmerait sous la plume de Noël.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Il paraît qu’on ne change pas une recette qui marche, si Noël Boudou reste dans le roman noir  – et il aurait tort de s’en priver, il excelle dans ce domaine –, son dernier roman … Et Pour Le Pire ne ressemble à aucun des précédents ; personnellement je n’hésiterai pas à affirmer qu’il ne ressemble à aucun autre roman que j’ai pu lire jusqu’à maintenant.

Certes la vengeance est un thème récurrent dans ce genre de roman, mais je n’avais encore jamais croisé de vengeur potentiel âgé de 86 ans – avec toutes les vicissitudes d’un âge aussi avancé –. Si le corps de Vincent Dolt, vengeur et narrateur de son état, n’a plus le répondant et l’ardeur de  sa jeunesse, la tête est toujours pleinement fonctionnelle (et un sens de la répartie des plus aiguisé).

Je suis un vieux con et personne à vingt kilomètres à la ronde ne vous dira le contraire.

Je suis vieux, je suis seul, je suis alcoolo, je suis une caricature.

Si le vieux bonhomme peut paraître antipathique de prime abord, on s’attache rapidement à son caractère de cochon et à sa personnalité. Il ne m’appartient pas de me prononcer sur la légitimité de sa soif de vengeance, mais je peux parfaitement la comprendre, au vu du calvaire subi par sa femme avant que celle-ci ne soit  achevée.

Puisque j’en suis à parler des personnages, je ne peux pas faire l’impasse sur les nouveaux voisins de Vincent, Bao, France et leurs deux enfants. Une sympathique famille qui s’avérera pleine de ressources pour aider Vincent à mener à bien sa mission vengeresse.

Au niveau intrigue, je ne vous surprendrais pas en vous annonçant que ça dépote grave. Une violence omniprésente qui pourra déranger certaines âmes sensibles, pour ma part du moment qu’elle est mise au service de l’intrigue cela ne me dérange pas outre mesure. Et c’est précisément le cas ici, aucune surenchère gratuite même si parfois l’hémoglobine coule à flots.

J’admets volontiers que niveau crédibilité, ça peut coincer parfois, mais pour être tout à fait franc  ça ne m’a pas dérangé outre mesure. J’y ai vu un côté décalé totalement assumé qui contribue à faire baisser la tension ambiante.

Avec ce nouveau roman Noël Boudou confirme l’adage « jamais deux sans trois », j’ai été totalement emballé une fois de plus. J’ai été embarqué dès les premières pages et après impossible de le lâcher, du coup j’ai dévoré ce bouquin quasiment d’une traite.

MON VERDICT

Coup double