[BOUQUINS] Nick Cutter – Little Heaven

AU MENU DU JOUR

N. Cutter - Little Heaven
Titre : Little Heaven
Auteur : Nick Cutter
Éditeur : Denoël
Parution : 2018
Origine : Canada (2017)
592 pages

De quoi ça cause ?

Quand Petty, la fille de Micah, est enlevé en pleine nuit, il sait qu’il ne pourra pas vaincre seul la chose qui lui a pris sa fille. Il fait appel aux seules personnes capables de l’aider face à cet ennemi, Eb et Minerva, des mercenaires, comme lui. Tous trois vont reprendre la route de Little Heaven dans l’espoir de sauver Petty et d’en finir avec cette abomination.

Quinze ans plus tôt, les trois amis ont déjà eu à affronter cette chose au cœur même de Little Heaven, une petite communauté religieuse qui vit coupée du monde. Un paradis qui se révélera rapidement ressembler davantage à une antichambre de l’Enfer plutôt qu’au jardin d’Eden…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’ai découvert Nick Cutter en 2016 à l’occasion de la parution de son roman Troupe 52. Les auteurs qui brillent dans la littérature horrifique sont rares, du coup quand on en trouve un, on n’a plus trop envie de le lâcher.

Ma chronique

Nick Cutter (Craig Davidson de son vrai nom) m’avait bluffé avec son précédent roman, Troupe 52, pour une première incursion dans la littérature horrifique, on peut dire qu’il avait fait fort, très fort même. Il en remet une couche avec Little Heaven ; sera-t-il à la hauteur de son aîné ?

Incontestablement la réponse est un OUI franc et massif. L’auteur parvient à aller encore plus loin dans l’horreur sans jamais donner l’impression de faire dans la surenchère gratuite. C’est trash, c’est gore, mais c’est pour les besoins de l’intrigue ; là où d’autres sombreraient dans le ridicule (voire le risible) à vouloir en faire des caisses, Nick Cutter évite cet écueil et nous propose un récit parfaitement maîtrisé. Essai transformé donc, la littérature horrifique peut s’enorgueillir de recevoir un nouveau cador du genre en ses rangs.

Je pense que vous l’aurez compris : âmes sensibles s’abstenir !

Une réussite qui doit beaucoup à son trio de héros pour le moins atypique. Et Dieu sait pourtant que réunir ces trois-là n’était pas une mince affaire ; en effet lors de leur première rencontre ils tentent vainement de s’entretuer. Blessés, ils se retrouveront dans une infirmerie de fortune en attendant que la police ne vienne les prendre en charge… sauf qu’ils ne l’entendent pas vraiment de cette oreille et seront contraints de faire équipe pour échapper à la prison.

C’est volontairement que je ne m’attarderai pas sur les personnages, pour faire simple on va dire qu’ils valent vraiment le détour, même s’ils loin d’être des saints, je suis sûr que vous les adopterez aussi vite que je l’ai fait. Pour le reste, à vous de le découvrir.

D’autres personnages sont appelés à jouer un rôle essentiel dans le déroulé de l’intrigue. Deux noms me viennent spontanément à l’esprit : Ellen et Amos. Vous ne pourrez qu’apprécier la première, tout comme vous ne pourrez que haïr le second. Sans oublier bien sûr les multiples entités qui hantent les bois voisins de Little Heaven.

Le récit alterne entre les événements présents (1980) et les flashbacks (1965-1966). C’est un trio vieillissant qui se retrouve pour affronter un mal qu’ils ne connaissent que trop bien. En examinant le découpage du bouquin, j’ai été étonné par l’importance (en nombre de pages) des événements passés (entre 75 et 80% du récit) par rapport à ceux du présent ; je craignais que l’intrigue actuelle soit quelque peu bâclée… J’ai été rapidement rassuré, tout s’imbrique impeccablement et même la fin apparaît alors comme la seule issue possible.

La désinvolture (parfois rien qu’apparente) des personnages et l’aspect décalé de certains dialogues apportent quelques touches d’humour bienvenues au milieu de ce déferlement de monstruosités en tout genre (dont certaines étant du seul fait des humains).

Le roman, dans son ensemble, dégage une ambiance très western, à commencer par ses héros qui font beaucoup penser aux cowboys solitaires chers au western spaghetti (bin oui, on est loin de notre brave poor lonesome cowboy qui tire plus vite que son ombre). Un western glauque et oppressant à souhait, mais aussi particulièrement riche en hémoglobine ; un cocktail détonnant (et étonnant) entre les univers de Sergio Leone et de Lovecraft.

Les amateurs du genre du genre se régaleront alors que les autres passeront leur chemin (à moins d’être franchement maso). Pour ma part je me suis régalé sans modération et j’espère bien avoir l’occasion de savourer d’autres écrits de Nick Cutter (il reste deux titres non encore disponibles en français).

Cerises (et oui, il y en a plusieurs) sur le gâteau, les superbes illustrations d’Adam Gorham disséminées au fil des chapitres. Je ne résiste d’ailleurs pas au plaisir de vous faire découvrir un trombinoscope de nos trois héros (Micah, Minerva et Eb).

Little Heaven

Pour l’anecdote j’ai découvert Troupe 52 dans son édition québécoise (publiée par les éditions Alto), pour Little Heaven c’est l’édition française (publiée par Denoël) que j’ai lue. Dans les deux cas je trouve les couv’ de Denoël (sans aucun chauvinisme déplacé) nettement plus réussies (ci-dessous la couv’ des éditions Alto de Little Heaven).

Little Heaven (ALto)

MON VERDICT

[BOUQUINS] Don Winslow – Corruption

AU MENU DU JOUR

D. Winslow - Corruption

Titre : Corruption
Auteur : Don Winslow
Éditeur : Harper Collins
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
592 pages

De quoi ça cause ?

Denny Malone est le chef de la Task Force, une unité d’élite du NYPD, chargée de lutter contre les gangs et les trafics de drogues et d’armes dans North Manhattan. Une mission qui nécessite parfois d’être borderline, voire de franchir la ligne jaune, mais on ne fait d’omelette sans casser des œufs.

Denny Malone vient d’être arrêté par le FBI. Les gros bonnets tremblent… des deux côtés de la barrière. S’il chute, Malone ne tombera pas seul…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Don Winslow. J’ai failli franchir le cap lors de la parution de Cartel, mais j’ai remis à plus tard en découvrant que c’était la suite de La Griffe Du Chien.

Corruption étant un one-shot j’ai sauté sur l’occasion…

Ma chronique

Magique. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit si je devais définir la plume de Don Winslow. En quelques lignes à peine j’ai été en totale immersion dans le récit, en immersion dans l’équipe de la Task Force. J’ai eu l’impression de patrouiller avec eux dans les rues de Manhattan, de partager leurs (nombreux) succès, mais aussi leurs (rares) échecs. De faire partie intégrante de cette équipe qui pourrait quasiment se définir comme une Fraternité, dans le sens le plus noble du terme, vu la force des liens qui unissent ces hommes.

Denny Malone était bien le dernier homme au monde que l’on pouvait s’attendre à voir finir dans une cellule du Metropolitan Correctional Center, sur Park Row.
Vous auriez dit le maire, le président des États-Unis, le pape… Les habitants de New York auraient parié qu’ils les verraient derrière les barreaux avant l’inspecteur-chef Dennis John Malone.
Un héros de la police.
Le fils d’un héros.
Un vétéran de l’unité d’élite du NYPD.
La Manhattan North Special Task Force.
Et, surtout, un type qui savait où étaient cachés tous les squelettes, car il en avait lui-même enterré la moitié.

Ainsi commence Corruption, le dernier roman de Don Winslow. Comment Malone s’est-il retrouvé dans une prison fédérale ? Quels sont les enjeux ? Qui tire les ficelles ? C’est que nous allons découvrir au fil des chapitres suivants.

Rarement dans un roman j’ai croisé un type aussi charismatique que Denny Malone, et pourtant le gars n’est pas un saint, loin s’en faut ! S’il franchit parfois (souvent ?) la ligne jaune, ce n’est pas uniquement pour satisfaire les ambitions de ses supérieurs ; après tout c’est lui et son équipe qui patrouillent dans les rues et n’hésitent pas à mettre les mains dans le cambouis tandis que des ronds de cuir attendent des résultats, le cul vautré dans de confortables bureaux. Alors, pourquoi ne pas en tirer quelques profits quand l’occasion se présente ?

Il a fallu du temps, du forcing et de l’influence, mais la Manhattan North Special Task Force a vu le jour.
Sa mission est simple : reprendre possession des rues.
Malone en connaît la devise cachée : on se fout de ce que vous faites, et de comment vous le faites (du moment que ça ne se retrouve pas dans les journaux), mais empêchez les animaux de sortir de leurs cages.

C’est ainsi que les illusions s’envolent, pas après pas Malone et son équipe franchissent la ligne de démarcation, chaque pas les éloigne davantage du droit chemin… Alors oui on est bel et bien en présence de flics corrompus, des ripoux, mais des ripoux que l’on ne peut s’empêcher de comprendre, voire même d’approuver. Comme le dit fort justement l’accroche du bouquin en quatrième de couv’ : « Quand tout le système est pourri, autant jouer selon ses propres règles« .

L’écriture de Don Winslow est pour beaucoup dans cette profonde empathie que l’on ressent pour ses personnages, et tout particulièrement pour Malone. Bien qu’écrit à la troisième personne, l’auteur nous place dans la tête de son héros, nous invitant même à partager ses impressions à chaud.

Et en matière de coups de chaud, Malone va avoir le droit à la totale. Au fil des chapitres il accumule les coups durs et s’empêtre dans un sac de nœuds de plus en plus inextricable. On se demande comment il va se dépêtrer de ce merdier, parce que oui, on a envie qu’il s’en sorte et pas seulement lui, ses équipiers aussi.

Dans un polar « classique » on aurait tendance à prendre parti pour les agents du FBI qui traquent les flics corrompus, ici on a plutôt envie de les considérer comme les derniers des enfoirés. Il faut dire que la corruption est présente à tous les niveaux dans ce bouquin, du coup les flics de la Task Force ne sont sans doute pas les pires.

Don Winslow signe un polar très noir, mais cela ne l’empêche pas de placer çà et là quelques touches d’humour ; l’ensemble est parfaitement dosé.

Au-delà de la fiction, on devine un gros travail de documentation sur les conditions de vie des policiers, mais surtout on sent que l’auteur parle d’un monde qu’il connait bien et pour lequel il a un énorme respect. Certes il y a des bavures, et il n’est pas question de faire l’impasse dessus ou de les excuser, mais la police paie aussi un lourd tribut humain à la société pour la servir et la protéger.

Un énorme coup de cœur pour ce roman et une magistrale claque dans la gueule. Je craignais de boucler cette année de lecture sans avoir eu LE coup de cœur (même si La Mort Selon Turner aurait pu tenir ce rôle), après la lecture de Corruption mes craintes se sont envolées.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Jonas Jonasson – Le Vieux Qui Voulait Sauver Le Monde

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J. Jonasson - Le Vieux Qui Voulait Sauver Le Monde

Titre : Le Vieux Qui Voulait Sauver Le Monde
Auteur : Jonas Jonasson
Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 2018
Origine : Suède
504 pages

De quoi ça cause ?

Allan et Julius coulent des jours heureux, mais un peu trop tranquilles à leur goût, sur l’île de Bali.

À l’occasion du cent-unième anniversaire de son ami, Julius décide de lui offrir un vol en montgolfière. Les deux amis embarquent et, par un malheureux concours de circonstances, s’envolent à bord du ballon en oubliant d’embarquer le pilote (et accessoirement de régler la note de leur hôtel de luxe).

Ainsi débute une nouvelle odyssée qui mènera nos deux compères à la rencontre des grands de ce monde…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les romans de Jonas Jonasson font partie de ces rendez-vous feel good qui font du bien par où ils passent.

C’est aussi l’occasion de retrouver Allan Karlsson, Le Vieux Qui Ne Voulait Pas Fêter Son Anniversaire, pour un nouveau périple international qui s’annonce haut en couleur…

Ma chronique

Comme l’explique Jonas Jonasson dans sa préface, il n’avait pas prévu de lancer son Vieux dans de nouvelles aventures, mais avec des individus comme Donald Trump, Vladimir Poutine ou encore Kim Jong-un aux commandes de notre pauvre monde, un retour en force d’Allan Karlsson s’est imposé comme une évidence.

Du haut de ses 101 ans, Allan Karlsson a le don de se fourrer dans les pires pétrins et d’y entraîner ses complices du moment, tout comme il a le don pour foutre les deux pieds dans le plat dans les pires moments… Bref notre Monsieur Catastrophe suédois reste égal à lui même et ne perd pas une occasion de dire tout haut ce qu’il pense (surtout quand il s’agit de s’adresser aux grands de ce monde).

Un périple qui mènera notre vieux préféré de l’Indonésie à la Tanzanie, en passant notamment par la Corée du Nord et les États-Unis, pour le plus grand déplaisir de Kim Jong-un et de Donald Trump. L’occasion pour l’auteur de dézinguer ces deux fanfarons de la scène internationale, mais aussi de pointer du doigt le rôle d’agitateur de l’ombre de Vladimir Poutine.

Tous les grands de ce monde n’auront pas le droit à un portrait à charge (même si c’est là que c’est le plus marrant), ainsi Angela Merkel, apparaît comme une personne posée avec qui il est possible de discuter aimablement.

Si ça peut vous rassurer il n’y a pas que les grands de ce monde que Allan Karlsson parvient à horripiler au plus haut point, il s’attirera notamment les foudres d’un nazillon pas très futé, mais bien déterminé à lui faire la peau.

Heureusement (enfin, ça dépend pour qui) il fera aussi des rencontres plus amicales… Je serai tenté de dire que sa rencontre la plus marquante est aussi celle qui sera le moins à même de se plaindre : son iPad ! Cette tablette qui lui permet de suivre quasiment en temps réel les déboires de notre triste monde.

Jonas Jonasson reprend plus ou moins les mêmes ficelles qu’il avait précédemment éprouvées avec Le Vieux Qui Ne Voulait Pas Fêter Son Anniversaire ; si l’effet de surprise est moindre, le résultat est toujours agréable à lire. Vous allez rire et sourire en suivant le périple complètement loufoque de ce brave Allan Karlsson et de ses amis. Ça fait du bien aux zygomatiques, idéal pour se détendre et oublier, le temps d’une lecture, tous les petits (et gros) tracas du quotidien.

En refermant ce bouquin, la culture de l’asperge n’aura plus aucun secret pour vous… quoique, j’ai comme un léger doute sur la question.

Je serai tenté de dire rendez-vous pour le cent-deuxième anniversaire d’Allan, mais je suppose que son auteur préférera lui accorder un repos bien mérité afin de passer à autre chose…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Laurent Obertone – Le Diable Du Ciel

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L. Obertone - Le Diable du Ciel
Titre : Le Diable Du Ciel
Auteur : Laurent Obertone
Éditeur : Ring
Parution : France
Origine : 2017
280 pages

De quoi ça cause ?

24 mars 2015. Un A320 de la compagnie Germanwings s’écrase dans les Alpes du Sud françaises. Un agent du BEA est dépêché sur place afin d’identifier les causes possibles de ce crash inexplicable.

Quand il apprendra que le crash est un acte volontaire du copilote, Andreas Lubitz, il va tout mettre en oeuvre pour essayer de comprendre le pourquoi du comment d’un tel acte. Il va ainsi mener une enquête approfondie, mais éprouvante…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Bonne question. Le truc qui s’invite sans prévenir alors que je suis en pleine session de rattrapage de la Rentrée Littéraire 2018 (même si je sais pertinemment que je n’en rattraperai que quelques morceaux, condamnant les autres aux tréfonds de mon Stock à Lire Numérique), est justement arrivé ici un peu par hasard…

Ma chronique

Il y a encore quelques (pas si lointaines) années, j’aurai juré que le numérique ne passerait jamais par moi ! À ma décharge à l’époque numérique voulait dire format PDF… Le truc totalement inadapté à la lecture d’un roman. Puis est apparu l’epub qui m’a converti au numérique (comme dirait l’autre : il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis).

Aujourd’hui je ne lis quasiment que des ebooks (bin oui, pas de place pour la demi-mesure dans mon esprit tourmenté). Je pousse même le vice jusqu’à m’être fait la promesse de ne jamais débourser le moindre sou pour acheter un bouquin en provenance d’un éditeur n’offrant pas une alternative numérique. RING fait malheureusement de ces éditeurs réfractaires au numérique. Pour la présente chronique, je n’ai pas dérogé à ma promesse, c’est une succession de (heureux) hasards et un brin de motivation qui m’ont permis de lire ce bouquin au format epub.

Au fil de mes errances sur le net, je croise une version PDF du bouquin. Version non commerciale, plutôt genre brut de décoffrage suite numérisation maison. J’ai repris le même processus que celui utilisé pour lire Invasion (avec beaucoup plus de corrections à effectuer) pour pondre ma propre version epub du présent bouquin.

Je connaissais le Laurent Obertone comme essayiste (La France Orange Mécanique et Utoya) et comme romancier (Guerilla) ; pour ce Diable Du Ciel l’auteur combine les deux casquettes, s’il s’agit bien d’une oeuvre de fiction basée sur une triste réalité, c’est aussi le résultat d’un impressionnant travail documentaire.

J’ai d’ailleurs été surpris de voir que RING classait ce bouquin dans sa collection thriller, je le voyais comme un docu-fiction, mais au final je dois reconnaître qu’il est un mix réussi entre les deux : un docu-fiction qui se lit comme un thriller (même si on connaît déjà la fin de l’histoire).

Le récit nous plonge dans la peau du narrateur, un enquêteur du BEA qui veut essayer de comprendre l’incompréhensible, de donner un nom à l’innommable. Pour se faire, il doit cerner le personnage d’Andreas Lubitz, quitte à essayer de se mettre à sa place, de raisonner comme lui.

Comprendre n’est pas pardonner, il n’en sera d’ailleurs jamais question. Pas question non plus de chercher des excuses ou de quelconques circonstances atténuantes à Andreas Lubitz. Son geste est impardonnable, sa folie a provoqué la mort de 149 victimes innocentes, faisant de lui le plus meurtrier des tueurs de masse, doublé d’un assassin (le geste ayant, selon toute vraisemblance, été prémédité).

Le narrateur (tout comme l’auteur) construit sa réflexion autour de deux axes, le premier se concentrant sur la personnalité d’Andreas Lubitz, le second reconstituant les vols Düsseldorf-Barcelone (4U9524) et Barcelone-Düsseldorf (4U9525) ; ce dernier n’arrivera jamais à destination.

L’enquête démontrera que Andreas Lubitz n’aurait jamais dû être déclaré apte au poste de copilote, mais ses mensonges, non-dits et autres dissimulations lui ont permis d’éviter l’interdiction et d’obtenir sa licence de vol. L’auteur nous livre un portrait psychologique détaillé (et à charge) de Lubitz, assorti des réactions des interlocuteurs que le narrateur rencontrera au fil de son enquête (réactions extraites des différents rapports d’enquête).

La reconstitution du vol 9525 est glaçante de réalisme, on a vraiment l’impression d’être spectateur du drame qui se joue à l’insu de tous (du commandant d’abord, puis du personnel navigant et enfin des passagers). Suivra la prise de conscience progressive (dans le même ordre) que l’inéluctable est en train de se produire. Jusqu’à la perte de contact avec l’appareil quand il percute le flanc de montagne.

On aurait pu redouter une sensation de voyeurisme malsain, mais il n’en est rien. L’auteur évite cet écueil en misant avant tout sur le côté humain du drame.

Ne cherchez aucune dimension mystique dans le titre du roman, c’est la traduction littérale du pseudo utilisé par Lubitz pour se connecter à sa tablette (Skydevil).

Travail de relecture oblige j’ai dû lire le bouquin deux fois de suite (un premier survol, après travail sur le code, pour corriger les coquilles les plus évidentes, et une lecture plus attentive pour traquer les erreurs résiduelles), toujours avec la même intensité, incapable de le lâcher… presque malgré moi.

En fermant le bouquin, reste une question qui tourne en boucle : est-ce qu’on aurait pu éviter ce drame ? On a envie d’y croire, mais finalement ça reviendrait à pointer du doigt des éventuelles négligences ; réécrire l’histoire après coup est facile, pour ma part je pense que cette question est condamnée à rester sans réponse.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jo Nesbo – Macbeth

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J. Nesbo - Macbeth

Titre : Macbeth
Auteur : Jo Nesbo
Éditeur : Gallimard
Parution : 2018
Origine : Norvège
624 pages

De quoi ça cause ?

Après une opération de police réussie, Macbeth, le chef de la Garde, unité d’élite de la police, est promu à la tête de la Brigade du Crime Organisé. Pour l’ambitieuse, Lady, l’épouse de Macbeth, ce n’est que la première marche de leur ascension vers de plus hautes responsabilités ; elle suggère à son époux de viser le poste de préfet. La meilleure façon d’y parvenir étant d’assassiner l’actuel préfet.

L’ambition de Lady et son emprise sur Macbeth semblent ne connaître aucune limite, au risque d’entraîner le couple dans une spirale destructrice dont nul ne sortira indemne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jo Nesbo et que j’étais franchement curieux de découvrir ce que deviendrait l’une des plus célèbres tragédies de Shakespeare entre les mains d’un des maîtres du polar nordique.

La rentrée littéraire 2018 a été particulièrement riche, avec, dans le lot, plusieurs auteurs que j’apprécie tout particulièrement et plusieurs titres qui se bousculent au portillon ; il faut faire des choix et prioriser les uns et les autres…

Ma chronique

Macbeth est la réponse de Jo Nesbo au Hogarth Shakespeare Project, l’éditeur Hogarth Press a en effet mis au défi les auteurs contemporains d’adapter et de moderniser l’oeuvre de William Shakespeare. Plusieurs auteurs ont déjà relevé le défi (dont Margaret Atwood qui a choisi de revisiter La Tempête), d’autres titres sont en préparation (dont une revisite de Hamlet par Gillian Flynn). Un pari un peu fou qui ne pouvait que titiller la curiosité de l’inconditionnel de Jo Nesbo que je suis…

N’étant pas naturellement porté vers la littérature classique, je ne connaissais Macbeth, la pièce de Shakespeare, que de nom. Avant de me lancer à la découverte de cette revisite j’ai voulu me faire une idée un peu plus précise de la chose sans pour autant me farcir sa lecture (je ne dis pas que c’est désagréable à lire, juste que je n’en ai pas envie) ; à l’aide de mes amis Google et Wikipedia c’est désormais chose faite.

Soit dit en passant la démarche ne s’impose pas, le roman de Jo Nesbo se suffisant à lui-même. Si toutefois vous souhaitez une rapide comparaison avec la pièce de Shakespeare, je ne saurai que trop vous conseiller (pour des raisons évidentes) de le faire après la lecture du bouquin…

Difficile de situer l’intrigue dans le temps et dans l’espace, quelques repères chronologiques permettent toutefois de se positionner dans les années 70, la mention, à plusieurs reprises, du comté de Fife fait référence à l’Écosse (ce qui paraît logique, la pièce de Shakespeare se déroulant en Écosse). Une métropole anonyme relativement importante, mais économiquement sur le déclin et rongée par la corruption et le trafic de drogue… Partout et nulle part en quelque sorte.

Force est de reconnaître que j’ai eu un peu de mal à enter dans l’histoire, il faut dire que pour se prêter au jeu de cette revisite Jo Nesbo adopte un style totalement différent de celui qu’il emploie pour ses autres romans (je pense notamment à la série Harry Hole). C’est déconcertant, mais surtout ça semble manquer de naturel ; il faut dire que, histoire de corser le challenge, l’auteur intègre çà et là des citations (plus ou moins réécrites pour la circonstance) de la pièce de Shakespeare.

Mais au fil des chapitres on s’adapte pour ne se concentrer que sur l’intrigue et se laisser guider par la plume de l’auteur. Il faut dire que Jo Nesbo ne nous laisse pas vraiment profiter du paysage avant de nous plonger au cœur de l’action. Sa revisite moderne de Macbeth s’écrit clairement en rouge et noir, rouge comme le sang qui coule à flots, noir comme l’ambiance qui plombe le bouquin de la première à la dernière page.

Au risque de spoiler (quoique, ce n’est pas pour rien que ça s’appelle une tragédie… au fil des chapitres on comprend que les choses ne peuvent qu’aller de mal en pis et très mal se finir) je serai tenté de comparer la destinée de Macbeth à un soufflé réalisé par un apprenti cuisinier qui ne maîtrise pas la cuisson de son appareil. Ça monte, ça monte, ça monte, mais juste avant d’attendre le firmament ça s’écrase comme une merde (je confirme, c’est du vécu la tragédie du soufflé au fromage)…

Je serai tenté de dire quel gâchis. En effet Macbeth, comme chef de la Garde, était un mec bien, plutôt intègre, un leader efficace apprécié par ses hommes. La sagesse populaire prétend que l’amour rend aveugle, en l’occurrence il a rendu notre Macbeth très con. Il se laisse contaminer par l’ambition de Lady, puis, empoisonné par le retour d’un de ses vieux démons sombre jusqu’au point de non-retour.

Au pays de Macbeth, celui qui voulu devenir calife à la place du calife, tout n’est que mensonges, complots et trahisons, un joli foutoir dans lequel il est bien difficile de distinguer ses amis de ses ennemis. Noir c’est noir, mais heureusement certains croient encore en des lendemains meilleurs.

Le pari de la revisite est relevé et remporté haut la main, mais je ne sors pas complètement béat de cette lecture. On va dire que c’est une sympathique mise en bouche en attendant de savourer le douzième volume de la saga Harry Hole (annoncé en VO pour 2019).

Comme indiqué plus haut l’intrigue se déroule en Écosse, et pourtant lorsque Lady parle de son casino elle mentionne une mise en couronnes (la monnaie norvégienne, patrie de Jo Nesbo) ; une maladresse qu’il eut pourtant été facile d’éviter (ou, à défaut, de corriger). C’est un détail certes, mais quand même ça fait négligé.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Boite De Pandore

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B. Werber - La Boite De Pandore

Titre : La Boîte De Pandore
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
560 pages

De quoi ça cause ?

René Toledano, 32 ans, célibataire, est prof d’histoire dans un lycée parisien. Une vie pépère sans histoire jusqu’à ce qu’il se laisse entraîner par une amie à un spectacle d’hypnose.

À défaut de volontaire pour inaugurer son numéro d’hypnose régressive, Opale, l’hypnotiseuse qui officie sur scène le désigne comme cobaye. Une expérience qui changera à jamais la vie de René Toledano…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, un auteur que j’apprécie énormément. Il fait partie de ces auteurs pour lesquels je réponds présent dès la sortie d’un nouveau roman.

Comme beaucoup j’ai découvert l’auteur avec sa Trilogie des Fourmis et j’ai été immédiatement sous le charme, malgré tout je l’ai suivi de façon plus ou moins sporadique (j’ai tous ses bouquins, mais je suis loin de les avoir tous lus). Je lui suis d’une fidélité sans faille depuis 2012, année de la sortie du premier opus de sa trilogie Troisième Humanité.

Ma chronique

Bernard Werber a un style narratif qui n’appartient qu’à lui, vous reconnaissez sa « griffe » dès les premières pages. Si le style reste, les intrigues et les thèmes abordés eux varient du tout au tout… avec plus ou moins de succès, mais sans jamais ennuyer le lecteur (c’est du moins mon ressenti personnel).

Ici le corps de l’intrigue se construit autour de l’hypnose régressive ; en théorie l’idée est de permettre, grâce à l’hypnose, au sujet de partir à la découverte de ses vies antérieures. J’en vois déjà qui haussent un sourcil perplexe, forcément on ne peut dissocier le concept de vie antérieure à celui de réincarnation (sinon ça reviendrait à préparer une tarte aux pommes sans les pommes). Pour ma part ce ne sont pas des notions que je rejette en bloc (en dehors de tout concept religieux, cela va sans dire… cessons de confondre spiritualité et religion ; la seconde n’étant qu’une perversion organisée de la première), ceci dit il ne me semble pas impératif d’adhérer à l’idée pour apprécier le bouquin (après tout on ne vous demande pas de croire aux vampires pour lire et apprécier Dracula).

Revenons à nos moutons… et accessoirement cessons d’user et d’abuser de parenthèses !

Au fil de ses régressions (et des chapitres), René Toledano va rencontrer ses anciens-moi, parfois par curiosité, parfois par nécessité. C’est une de ses rencontres qui le poussera à venir en aide à son premier-moi, un Atlante nommé Geb. À ce niveau de ma chronique, je pense que j’ai perdu en route tous les sceptiques… parfait ! Bon débarras !

Se pose alors la question d’une éventuelle influence de nos vies antérieures sur le moi-présent et par extension celle de la possibilité du moi-présent d’influer sur la destinée des anciens-moi… Sur le coup j’avoue que le moi-de-tout-de-suite-maintenant commence à se choper un mal de crâne carabiné.

Deux Doliprane plus tard.

Je vous assure que posée par Bernard Werber, la double question évoquée plus haut ne vous causera aucune migraine et ne devrait avoir aucun effet secondaire… à part peut-être celui de remettre en question vos certitudes.

Il faut dire aussi que le personnage de René Toledano n’est pas du genre à suivre bêtement le troupeau, son dada serait plutôt de creuser l’Histoire « officielle » et de chercher les failles afin de rétablir LA vérité. Comme il se plait à le dire :

Ce qu’on connaît du passé ce n’est qu’une caricature de propagande répandue par les historiens pour faire plaisir à leur puissant commanditaire.

Ou encore :

Car même l’histoire officielle délivrée dans les manuels scolaires est parfois tronquée. Par exemple, on ne connaît les civilisations passées que par les traces qu’ont laissées celles qui étaient dotées de l’écriture. Parmi celles-ci, on ne connaît que le passé des civilisations qui abritaient des historiens. Et parmi ces dernières, que la version des vainqueurs.

Remettre en question l’Histoire, voilà bien un comble pour un professeur d’Histoire.

Cet aspect du récit, émaillé des nombreux exemples donnés par René Toledano, m’a beaucoup plu. Sans sombrer dans le delirium tremens paranoïde complotiste, je reconnais volontiers que parfois (si le sujet m’inspire) j’aime bien creuser au-delà de la surface parfaitement polie des versions officielles (qu’elles proviennent des autorités ou des médias).

D’autres questions sont abordées au fil de l’intrigue, avec parfois en support des extraits du MNEMOS de René Toledano (soit exactement le même format que les extraits de l’ESRA chère à la famille Wells).

Bernard Werber excelle dans le divertissement didactique, même si j’ai bien conscience qu’il ne faut pas forcément tout prendre pour argent comptant (pour coller à la petite histoire, il faut parfois jongler avec les grandes vérités de l’Histoire).

J’ai beaucoup aimé le duo formé par René Toledano et Opale Etchegoyen (le premier qui dit Etchebest est de corvée de chiottes pour les 10 prochaines années… je suis fan de Philippe Etchebest, pas toucher sinon moi taper), deux personnages complémentaires à bien des niveaux.

Incontestablement cette cuvée Werber 2018 est un bon cru, pas exceptionnel toutefois (j’ai trouvé certains passages franchement surjoués), mais qui se déguste avec énormément de plaisir. À consommer sans modération (perso je n’ai jamais trouvé modération quand il s’agit de prendre un apéro, du coup je fais sans sa compagnie).

MON VERDICT

Morceau choisi

Extrait du MNEMOS de René Toledano – Sophisme

Un sophisme est un raisonnement à la logique fallacieuse, c’est-à-dire qui a les apparences de la logique, mais qui n’est pas valide. Il a pour intention de tromper son auditoire.
On peut l’illustrer avec une blague :

Un homme croise un ami dans la rue.
– Salut, qu’est-ce que tu deviens ?
– Je suis prof de maths et toi ?
– Oh, moi je suis prof de logique.
– C’est quoi la logique ?
– Tu as un aquarium ?
– Oui.
– Donc tu aimes les poissons.
– Oui.
– Donc tu aimes tout ce qui est beau.
– Oui.
– Donc tu aimes les femmes.
– Oui.
– Voilà, c’est ça la logique.
Le prof de maths repart et croise un autre ami d’enfance. Il évoque sa rencontre précédente avec le professeur de logique. L’autre lui demande :
– Tu peux m’expliquer ce qu’il fait exactement, ton ami, en tant que professeur de logique ?
– Bien sûr. Tu as un aquarium ?
– Non.
– Alors c’est que tu es homosexuel.

[BOUQUINS] Isabelle Villain – Mauvais Genre

AU MENU DU JOUR

I. Villain - Mauvais Genre

Titre : Mauvais Genre
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2018
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

1993. Le jeune Hugo assiste impuissant à un énième passage à tabac de sa mère par son père, sauf que cette fois elle ne s’en relèvera pas. Malgré les consignes de son père, Hugo appelle la police et leur raconte toute la vérité. Au procès il livrera un témoignage à charge contre son assassin de père.

2016. L’équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur le meurtre sauvage d’Angélique Lesueur, une brillante jeune femme à qui tout semblait réussir. Aucune effraction. La victime connaissait sans doute son assassin, mais chaque piste explorée par la police semble condamnée à faire chou blanc.

Dans le même temps une autre affaire, que les policiers pensaient résolue depuis longtemps, le coupable ayant été identifié et incarcéré au vu de ses aveux complets, va refaire surface. Et si la police s’était trompée de coupable ? Et si la menace d’un tueur en série planait à nouveau sur Paris ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’avais repéré ce roman au catalogue des éditions Taurnada, le pitch me semblait prometteur.

Joël, l’éditeur, m’ayant gentiment proposé de me le faire parvenir en échange d’une chronique, j’eu été bien bête de ne pas sauter sur cette occasion.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement Joël des éditions Taurnada pour sa confiance renouvelée.

Avant de lire ce roman je ne n’avais jamais entendu parler de son auteure, Isabelle Villain ; si j’ai bien tout compris Mauvais Genre est le troisième roman mettant en scène Rebecca de Lost, les deux précédents ayant été publiés par les Editions Auteurs d’Aujourd’hui (Ed2A pour les intimes). Je vous rassure de suite le présent roman peut se lire dépendamment des deux premiers, les événements passés sont rappelés afin d’assurer un bon déroulé (et une bonne compréhension) de l’intrigue.

Mauvais Genre est un thriller rondement mené dans lequel une équipe de flic de la Crim’ va devoir mener de front deux enquêtes distinctes. Au vu du titre du roman, on devine aisément le lien entre Hugo et Angélique, mais pour le reste l’auteure sait y faire afin de brouiller les pistes. Orientant même les soupçons sur un autre suspect potentiel (j’ai foncé tête baissée même si je refusais d’y croire totalement), perso je n’ai aucune honte à avouer que je n’avais rien vu venir.

Le risque avec ces romans qui se concentrent sur une équipe et non sur un enquêteur seul est de trop focaliser l’attention sur le chef de groupe, les autres membres de l’équipe étant davantage réduits à de simples faire-valoir que des personnages à part entière. Isabelle Villain évite brillamment cet écueil, chacun de ses personnages bénéficiant d’une personnalité bien travaillée et d’un vécu individuel et professionnel. La dimension psychologique du récit est donc, elle aussi, totalement maîtrisée.

Rebecca, chef de groupe, approche de la cinquantaine, veuve, sans enfant elle se consacre corps et âme à sa vie professionnelle, même si depuis peu, sa relation avec Tom, lui aussi chef de groupe à la Crim’, la pousse à s’ouvrir à nouveau à l’amour. Tom aussi s’épanouit dans cette relation, mais il est marié et père de deux enfants.

Rebecca est secondée par Cyril, son adjoint, ami de toujours, mais un tantinet psychorigide. Elle peut aussi compter sur le reste de son équipe, Richard, le procédurier (plus ou moins l’équivalent du profiler), Franck, Olivier et Mélina, la dernière recrue du groupe.

Si l’auteure apporte un soin particulier à ses personnages, elle n’hésite pas, pour les besoins de l’intrigue, à les malmener et à leur faire passer de sales moments. À ce titre il peut être un peu frustrant de refermer le bouquin avec encore beaucoup de questions non résolues (une première affaire résolue de façon pas franchement convaincante et la seconde encore en suspens) ; certainement une façon de laisser une porte ouverte à une plus que probable suite. Je serai fidèle au poste, j’ai vraiment envie de découvrir le fin mot de l’histoire…

J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Rebecca de Lost et son équipe (la preuve je l’ai dévoré d’une traite en un après-midi), en attendant (pas trop longtemps j’espère) de lire la suite de la présente affaire, le bouquin a suffisamment titillé ma curiosité pour me donner envie de lire les deux précédents opus… malheureusement, ils ne semblent pas exister en version numérique.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Le Signal

AU MENU DU JOUR

M. Chattam - Le Signal

Titre : Le Signal
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
752 pages

De quoi ça cause ?

Pour fuir le tumulte de la vie new-yorkaise, la famille Spencer, Tom, Olivia, leurs deux adolescents, Chad et Owen, et la petite dernière, Zoey, décident de s’installer dans la paisible bourgade de Mahingan Falls ; se mettre au vert histoire de prendre un nouveau départ.

Paisible ? Rien n’est moins sûr. En effet, peu après leur installation les Spencer notent une succession d’événements troublants. Et si une menace invisible, mais néanmoins bien réelle, planait sur Mahingan Falls…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam.

Parce que la quatrième de couv’ nous promet LE grand frisson.

Ma chronique

J’apprécie tout particulièrement les auteurs qui osent s’aventurer au-delà de leur zone de confort, nul ne pourrait nier que Maxime Chattam fait partie de ces auteurs/baroudeurs. Plutôt que de se confiner au thriller, genre dans lequel il n’a plus rien à prouver, il n’hésite pas à sortir des sentiers battus pour explorer de nouveaux horizons.

Qui l’eut cru capable de nous offrir une saga de fantasy post-apocalyptique ? Et pourtant il l’a fait avec Autre-Monde, et le résultat a été plus que convaincant. S’essayer au roman noir était certes un pari moins risqué, il n’en reste pas moins qu’il a brillamment tiré son épingle du jeu avec Que ta Volonté Soit Faite. Au risque de désarçonner ses lecteurs, il a été encore plus loin dans le noir avec Le Coma Des Mortels, et effectivement l’accueil fut mitigé même si, pour ma part, j’ai été sous le charme.

Avec Le Signal, l’auteur s’essaye à la littérature horrifique ; un genre à part entière, n’en déplaise à certains intégristes culturels. Un genre qui fut véritablement initié par Mary Shelley (Frankentstein) et Bram Stoker (Dracula) et qui aujourd’hui fait bien des émules aussi bien chez les lecteurs que chez les auteurs. Dans cette vaste écurie littéraire, pour son roman Maxime Chattam puise vraisemblablement son inspiration chez H.P. Lovecraft et Stephen King ; inutile de vous dire qu’avec de telles références la barre est haute…

N’est pas Lovecraft ou King qui veut. Dès les premières pages du bouquin, on sent que Maxime Chattam n’est pas dans son élément, ça manque de corps, comme si l’auteur cherchait à écrire comme ses modèles plutôt que de s’approprier totalement son intrigue.

Si les différentes scènes horrifiques sont plutôt bien foutues, il manque un liant ou plus exactement un background. Le gore fait incontestablement son effet, mais au niveau de l’ambiance générale du récit la sauce a du mal à prendre. Il manque cette impression de malaise et/ou d’oppression qui est la marque des grands récits d’horreur. Du coup on frémit sur le coup (certaines mises à mort sont franchement vicieuses), mais on ne flippe pas réellement. Pour le grand frisson, c’est raté.

Il n’en reste pas moins que Maxime Chattam est un grand auteur, malgré ces quelques imperfections, il parvient à rendre son récit addictif, difficile de lâcher prise avant de connaître le fin mot de l’histoire. Sur ce point, j’ai un moment craint le pire devant la dimension technologique des événements qui frappent Mahingan Falls, mais au final ça s’intègre plutôt bien à l’ensemble (et ça justifie le titre du roman, soit dit en passant).

Certes pas le meilleur cru de Maxime Chattam mais la dernière partie du récit, franchement haletante, ferait presque oublier ces petits défauts. Si l’auteur souhaite persévérer dans le genre (ce que j’espère), je lui conseillerai (très modestement cela va sans dire) d’oser s’affirmer davantage ; garder à l’esprit les maîtres du genre est une bonne chose, mais il faut qu’il trouve et impose sa propre voie.

À défaut d’avoir ressenti le grand frisson, j’ai passé un agréable moment en compagnie de la famille Spencer, mais aussi des autres personnages (mention spéciale à Connor, un adolescent qui ne manque pas de ressources, mais aussi à Gemma, la baby-sitter et à Ethan Cobb, un lieutenant qui n’hésitera pas à s’opposer à son abruti de chef). N’allez pas croire que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, si les entités qui s’acharnent sur Mahingan Falls sont franchement néfastes, chez les humains aussi il y a des individus hautement nuisibles (je citerai par exemple Derek Cox et Warden, le chef -l’abruti dont il est question plus haut – de la police).

J’ai refermé ce bouquin avec une question qui me turlupinait : qu’est-il donc arrivé à Milo ? Avec le recul je me dis qu’il vaut mieux peut-être ne pas le savoir ; surtout quand on connait le triste sort réservé à son prédécesseur…

Le bouquin est truffé de clins d’œil à la littérature et au cinéma horrifique, à commencer bien entendu par l’oeuvre de Stephen King (certaines références étant très lourdement appuyées) ; si je devais n’en retenir qu’une, ce serait la présence de la ville d’Arkham et plus particulièrement son hôpital psychiatrique (Arkham Asylum en langue de là-bas). Si, à l’origine, la ville d’Arkham (Massachusetts) a été imaginée par H.P. Lovecraft pour être le théâtre de certains de ses écrits, notamment dans le cadre du Mythe de Cthulhu, et abrite bien un hôpital psychiatrique ; l’Arkham Asylum a surtout été popularisé par DC Comics, c’est en effet là que sont détenus les pires criminels de Gotham City que combat Batman (dont l’incontournable Joker).

D’un point de vue strictement visuel, je trouve la couv’ très réussie. Si je ne connaissais pas Maxime Chattam, elle m’aurait très certainement donné envie de me pencher sur ce bouquin. Et j’aurai tout aussi certainement craqué après avoir lu la quatrième de couv’.

Petite digression sportive si vous le permettez…

Ils étaient sonnés.
Comme s’ils avaient pris un uppercut en pleine tempe.

Pour un amateur de boxe, cette phrase pique les yeux et défie toute logique.
Un uppercut en pleine tempe c’est juste impossible… ou alors c’est un uppercut raté. L’uppercut est un puissant coup de poing porté de bas en haut qui vise principalement le menton de l’adversaire ; un uppercut réussi laissera l’adversaire complètement sonné, voire même KO. S’il touche la tempe, il ne fera guère que l’effleurer en fin de course.
Par contre si on veut déstabiliser (et plus si affinités) son adversaire en le frappant à la tempe, c’est le crochet le coup le plus approprié.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Luke Rhinehart – Invasion

AU MENU DU JOUR

L. Rhinehart - Invasion

Titre : Invasion
Auteur : Luke Rhinehart
Éditeur : Aux Forges de Vulcain
Parution : 2018
Origine : USA (2016)
448 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il est de sortie pour une campagne de pêche, Billy Morton remonte une étrange boule de poils. Si la chose semble bel et bien vivante et dotée d’une certaine forme de conscience, elle ne ressemble à rien de connu.

Il n’en reste pas moins que la boule de poils semble se prendre d’affection pour Billy, elle le suit en effet jusque chez lui. D’abord intriguée, la famille Morton, Billy, Carlita et leurs jeunes fils Jimmy et Lucas, adopte la chose et l’appelle Louie.

Louie s’avère être un extraterrestre et ne pas être le seul représentant de son espèce, les Protéens, à être de passage sur Terre. La philosophie des protéens est on ne peut plus simple : « faut rigoler ! »… et c’est encore mieux si la rigolade se fait aux dépens des autorités et du système.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À la base afin de participer à une opération FB lancée par Lau Lo, SP voyageurs sans frontières, pour diverses raisons ça n’a pu se faire.

Tout venant à point à qui sait attendre, l’éditeur m’a finalement fait parvenir le roman au format PDF (merci David). Restait à savoir si j’allais ou non le lire…

Ma chronique

Merci à David des éditions Aux Forges de Vulcain pour son envoi du roman (enfin presque… des épreuves non corrigées) au format PDF.

Et me voilà face à un cruel dilemme, le lire ou ne pas le lire ? D’un côté j’avais vachement envie de découvrir ce bouquin, mais de l’autre le format PDF est pour moi absolument rédhibitoire. Le choix s’est imposé de lui-même, si l’EPUB ne vient pas à toi, va à l’EPUB ; en clair il me « suffisait » de créer un fichier EPUB à partir du PDF.

Simple non ? Pas si simple que ça en fait. Une conversion directe PDF en EPUB via Calibre donne un résultat purement et simplement catastrophique. Par contre convertir un PDF en fichier Word via NitroPDF est une opération nettement plus simple. Il restait ensuite à retravailler le fichier Word afin de virer les pieds de pages et les césures de mots.

La seconde étape consistait à convertir le fichier Word au format EPUB. Pour je ne sais quelle raison Calibre s’est de nouveau ligué contre moi, l’opération n’a jamais abouti ! Je suis parti d’une page vierge sur Sigil, j’ai créé une feuille de style et j’ai alimenté le fichier par des copier-coller successifs (un par chapitre, plus quelques autres pour respecter (plus ou moins) la mise en page d’origine. Et me voilà avec un fichier EPUB complet !

Alléluia ? Non pas encore… Un premier survol du fichier pour corriger les coquilles les plus évidentes et formater le texte. L’ami Groucho (merci à toi) s’étant volontiers prêté au jeu de la relecture, j’ai pu apporter quelques corrections complémentaires.

Et c’est cette version que j’ai lue, en gardant le PDF ouvert comme support afin d’apporter les ultimes (?) corrections et obtenir enfin un fichier EPUB propre. Ce fut laborieux, mais ça en valait la peine.

Après cette longue digression technique, revenons à nos moutons et mes impressions suite à la lecture de cette Invasion extraterrestre qui ne ressemble à nulle autre.

Si vous cherchez de la science-fiction pure et dure, je pense que vous pouvez passer votre chemin. Certes il est bien question d’extraterrestres, mais ils sont surtout prétextes à une satire virulente de l’Amérique de Donald Trump, mais aussi un réquisitoire à charge contre la connerie du genre humain (surtout de ceux qui détiennent le pouvoir, qu’il soit politique et/ou économique).

L’arme de Luke Rhinehart pour taper là où ça fait mal est la même que celle de ses Protéens, le rire. Un rire sans limites ni tabous, un rire parfois un peu lourdingue, mais un rire qui fait mouche à tous les coups (ou presque). Sourires, rires et fous rires assurés au fil des chapitres !

Il faut dire aussi que Louie est bien tombé en se faisant « adopter » par Billy Morton (même si on peut se demander lequel a réellement adopté l’autre). Vétéran du Vietnam et ex-hippie, il a gardé de ces années un petit côté anarchiste et une âme rebelle à toute forme d’autorité. Carlita, son épouse, bien qu’avocate partage la même méfiance envers l’autorité en général, et les uniformes en particulier.

Partageant plus ou moins les idées de Louie et des ses potes sur le genre humain, la famille Morton vont se retrouver entraînée dans une aventure aussi rocambolesque que déjantée… une aventure qui ne tardera pas de faire d’eux la bête noire de la NSA et consorts, au même titre que les protéens.

Une aventure totalement improbable, mais le côté burlesque, voire grand guignol, de l’intrigue est pleinement assumé, pour ne pas dire revendiqué.

Si l’essentiel de l’intrigue nous est narré par Billy Morton via des extraits du roman qu’il a écrit, Mon ami Louie, d’autres points de vue, plus ou moins officiels, apportent un autre éclairage sur l’évolution des événements.

Je serai tenté de vous parler de la fin du roman, mais ce serait un peu con venant de quelqu’un qui s’efforce, au fil de mes chroniques, de ne pas spoiler. Pour faire simple, on va dire qu’elle est très ouverte, pour ma part ça ne me dérange pas, même si je n’aurai pas été contre un ultime chapitre supplémentaire.

L’idée de départ était plutôt bonne et le bouquin recèle vraiment de quelques très bonnes trouvailles, mais il pêche par quelques longueurs, et une amère impression de redondance à force de tirer encore et toujours sur les mêmes ficelles. À se demander si Luke Rhinehart ne considère pas réellement que le lecteur américain est trop con pour comprendre du premier coup les piques qu’il lance.

Beaucoup de travers pointés du doigt (et certains peuvent s’appliquer bien au-delà des frontières US), mais aucune réelle alternative n’est proposée. Je pense pouvoir affirmer sans me tromper (seul l’auteur pourrait confirmer ou infirmer mon propos) que la volonté Luke Rhinehart était avant tout de nous faire sourire, pas forcément de nous amener à réfléchir sur la meilleure façon de changer le monde. Pour tout dire le contraire eut été un peu prétentieux !

Je referme ce bouquin (ou plutôt ma liseuse) plutôt satisfait de cette découverte, mais pas transcendé ; j’en espérais davantage, peut-être trop.

MON VERDICT

 

[BOUQUINS] Aidan Truhen – Allez Tous Vous Faire Foutre

AU MENU DU JOUR

A. Truhen - Allez tous vous faire foutre

Titre : Allez Tous Vous Faire Foutre
Auteur : Aidan Truhen
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Royaume-Uni
288 pages

De quoi ça cause ?

Jack Price est à la tête d’un fructueux et très organisé trafic de cocaïne, un job qui a de quoi rendre un tantinet parano. Aussi quand sa voisine du dessous se fait liquider, Jack pose des questions et cherche à comprendre.

Que des gros bras le tabassent copieusement passe encore, mais qu’on lui mette au cul une bande de tueurs de (sinistre) renommée internationale, faut pas pousser mémé dans les orties.

L’heure de la riposte a sonné pour Jack…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Il suffit de regarder la couv’ pour avoir la réponse à cette question : le titre et le visuel qui va avec ; impossible d’y résister. La quatrième de couv’ n’a fait que jeter de l’huile sur le feu de ma curiosité;

Sonatine et NetGalley ayant répondu favorablement à ma demande, je saute sur l’opportunité de découvrir ce bouquin en avant-première (parution le 8 novembre).

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si comme moi le nom d’Aidan Truhen ne vous dit rien, c’est parfaitement normal. C’est le nom de plume choisi par un écrivain britannique pour s’essayer au thriller. Mais alors qui est Aidan Truhen me demanderez-vous des étoiles dans les yeux et la bave aux lèvres. Au risque de vos décevoir je n’en sais foutre rien, mais je dois avouer que je n’ai pas beaucoup cherché non plus…

La première approche est plutôt déstabilisante par le style imposé par l’auteur, ou plutôt par une apparente absence totale de style. Rédigé à la première personne et au présent, on plonge directement dans la tête de Jack Prise et il nous assène ses pensées comme elles lui viennent. Brut de décoffrage, ponctuation et mise en page minimaliste en option.

Surprenant au départ, mais au fil des pages on réalise que ça fonctionne plutôt bien, à vrai dire cela s’impose même comme étant le seul choix possible pour que l’auteur ressente un minimum d’empathie pour Jack Price.

Appelons un chat un chat, Jack Price est l’archétype du parfait salaud. Amoral, asocial, égoïste, cynique… et fier de l’être ! Quand il vous expose ses théories, souvent malsaines, voire nocives, ça vous apparaît comme une évidence. Sans aller jusqu’à adhérer au propos, vous comprenez la façon dont Jack fonctionne.

Mais Jack Price est aussi redoutablement intelligent, il ne manque pas de ressources (au propre comme au figuré) quand il s’agit de sauver sa peau et de nuire à ses adversaires… Il compense l’absence de muscles par une activité neuronale en surchauffe.

Comme tout amateur de thriller, j’ai croisé, au fil de mes lectures, bien des façons de mourir, je n’irai pas jusqu’à parler de raffinement quant aux méthodes employées par Jack Price, mais force est de reconnaître qu’il fait montre de beaucoup d’originalité quand il s’agit de ses débarrasser des nuisibles.

Allez Tous Vous Faire Foutre est résolument un thriller qui ne se prend pas au sérieux et qui ne veut pas être pris au sérieux ; en ce sens le côté hautement improbable de certaines situations est assumé et l’aspect quasiment indestructible de Jack Price fait parfois penser à un univers très cartoon. C’est complètement barré, hautement déjanté et profondément amoral, mais qu’est-ce que c’est bon !

Une lecture hautement jouissive qui n’est pas sans me rappeler la saga du Bourbon Kid, l’aspect fantastique en moins. L’intrigue est tellement second degré que le déchaînement de violence passe comme une lettre à la poste.

Un scénario que ne renierait pas Quentin Tarantino et je dois dire que j’imagine sans mal une adaptation au cinéma de ce bouquin ; le résultat serait pour le moins décoiffant… âmes sensibles s’abstenir toutefois.

MON NOM EST JACK. FAITES CE QUE JE DIS, OU JE SERAI LE PRIX À PAYER !

MON VERDICT
Coup de poing