[BOUQUINS] Olivier Norek & Fred Pontarolo – Impact

Nous avons vécu en harmonie avec la nature.
Puis nous l’avons domestiquée, pour ensuite l’exploiter et enfin l’épuiser.
Nous détruisons notre planète, une blessure après l’autre.
Aujourd’hui, nous allons subir sa colère.

En 2020, la parution du roman Impact d’Olivier Norek avait laissé peu de lecteurs indifférents. Qu’on l’ait adoré ou rejeté, le livre faisait partie de ces textes qui marquent durablement les esprits, tant par son propos que par sa force émotionnelle.

C’est donc avec une curiosité teintée d’appréhension que j’ai abordé son adaptation en roman graphique. Par définition, ce type de transposition implique des coupes franches : certains éléments du background des personnages disparaissent, les passages documentaires sont condensés, et tout repose alors sur la capacité du dessin à faire passer l’émotion et la tension du récit. Pari risqué.

Dès les premières planches, on retrouve le message écologique fort du roman original. Sans être martelé comme dans le texte d’Olivier Norek, il reste percutant : si rien ne change, l’humanité fonce droit dans le mur et entraînera la planète avec elle. Le propos gagne même en clarté, car la mise en images permet de ressentir l’urgence plutôt que de la subir.

Les intermèdes « Dernières nouvelles du monde », moins documentés que dans le roman, n’en sont pas moins efficaces : Fred Pontarolo réussit, par la force de ses dessins, à traduire l’effroi et l’impuissance face à la catastrophe annoncée. Chaque planche devient un coup de poing visuel.

L’un des passages les plus marquants reste la mort de la fille du couple Solal, élément déclencheur du basculement de Virgil. Dans le roman, Norek prenait le temps d’en détailler les circonstances et les conséquences sur le couple. Ici, en une double page, Pontarolo nous jette toute la noirceur de la situation au visage : le médecin qui expose les causes du décès, la stupeur et la douleur des parents… tout est dit sans un mot de trop. La puissance du dessin remplace avantageusement les longues explications.

Le duo formé par Nathan Modis, le flic, et Diane Meyer, la psychocriminologue, fonctionne aussi bien dans la version graphique que dans le roman. Au fil de l’enquête, leur complicité grandit, apportant un contrepoint humain à la radicalité du message écologique.

Quant à Virgil Solal, bien que son espace d’expression soit réduit, il apparaît paradoxalement plus humain — à défaut d’être plus sympathique. Je persiste néanmoins à affirmer que, quelle que soit l’urgence, la fin ne justifie pas les moyens qu’il emploie.

Le plaidoyer de l’avocat de Solal, moment clé du roman, bénéficie ici d’un traitement remarquable : en quelques planches, Pontarolo en extrait la substance et en restitue toute la force, sans lourdeur ni didactisme.

En définitive, cette adaptation reste fidèle à l’esprit du roman d’Olivier Norek tout en proposant une relecture plus fluide, plus rythmée, et visuellement saisissante. Le résultat est bluffant : une œuvre à part entière, capable de toucher aussi bien les lecteurs du roman original que ceux qui le découvrent à travers le dessin.

Contre toute attente, par rapport à mon ressenti sur le roman, je vais bonifier ma note d’un « Coup de poing ». Moins de matraquage et de répétition sur le niveau d’alerte de la situation permettent au message de passer en douceur plutôt que de donner la sensation de vouloir nous l’imposer.

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – J’Ai Commencé Par Mourir

En débarquant dans un village perdu de la côte écossaise, Christopher Runyard est convaincu que sa présence n’est due qu’à un malentendu. Immédiatement subjugué par cette baie hors du temps, il ignore que, voilà des siècles, une tragédie s’y est déroulée au nom d’un secret qui n’a rien d’une légende.

Depuis, l’onde de choc du drame n’en finit pas de provoquer rivalités et intrigues, chacun cherchant à s’approprier la clé du mystère. Ces derniers temps, les habitants meurent de façon suspecte, et Runyard est le prochain sur la liste.

Pour survivre à cette énigme qui vire à la malédiction, il va devoir découvrir qui est digne de confiance, et répondre aux deux seules questions que nous devons tous nous poser un jour : qui sommes-nous au fond, et que valons-nous réellement quand la tempête se déchaîne ?

La seule mention de Gilles Legardinier suffit à motiver mon choix.

En plus j’ai pris du retard, son nouveau roman est sorti il y a peu…

Avec ce roman Gilles Legardinier renoue avec le polar, mais un polar avec sa griffe inimitable, pas de brusques montées d’adrénaline à prévoir, plutôt une intrigue qui met l’accent sur l’aspect humain et parsemée de touches d’humour bienvenue (souvent due à l’apparente désinvolture de son héros).

Le prologue nous renvoie en 1668 dans le village écossais de Kilthorpe. Une partie des habitants fuient afin de se mettre à l’abri, tandis que les plus vaillants s’apprêtent à affronter une horde d’ennemis en approche.

Retour de nos jours, toujours à Kilthorpe. En apparence un paisible bourg paumé au fin fond de l’Écosse, mais Christopher Runyard, après une arrivée pour le moins mouvementée, va rapidement découvrir que les apparences sont trompeuses. Le village et ses habitants cachent de nombreux secrets, et certains sont prêts à tout pour les protéger.

Nombreux sont ceux qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de ce « touriste » qui n’en est pas vraiment un. Christopher est en effet venu prendre possession d’un terrain qui lui a été légué sans qu’il en comprenne le pourquoi du comment…

Dès son arrivée Christopher va faire la connaissance de Kate Fairlie, une ranger en mission à Kilthorpe. Plus exactement c’est elle qui va le tirer d’une situation plutôt inconfortable. Rapidement l’opposition des personnalités va s’avérer complémentaire, le binôme va faire face ensemble, bien décidé à lever le voile sur ce qui se trame à Kilthorpe. Une collaboration parfois houleuse mais d’une remarquable efficacité.

Avec la petite quarantaine d’habitants qui peuplent Kilthorpe, Gilles Legardinier nous offre une belle galerie de portrait parfaitement travaillée. Chacun cherche à protéger la part du secret qu’il connaît tout en essayant de découvrir ce que les autres savent. Les motivations des uns et des autres sont parfois troubles. Ça magouille, ça trahit… et accessoirement ça zigouille !

J’avoue avoir eu un coup de cœur pour Thorton, l’aïeul de village, sa mémoire vivante en quelque sorte. Il s’avérera être un allié précieux pour Christopher. Le fait qu’il soit un amateur de whisky joue forcément sa faveur. J’aurai bien aimé en apprendre davantage sur les secrets de son breuvage (il faut dire que l’Ecosse est l’un des berceaux historiques du whisky).

Le village et la baie font partie intégrante de l’intrigue, ils réservent eux aussi leur lot de secrets (grottes et autres souterrains). Le décor en apparence paradisiaque peut, en un temps record, se transformer en pièges mortels au gré des caprices de la météo.

Une fois encore Gilles Legardinier parvient à faire de ces divers éléments une parfaite alchimie sublimée par ses talents de narrateur.

Petit bémol, qui ne viendra en rien ternir mon appréciation globale du roman, le mystère reste entier concernant l’origine de l’héritage de Christopher. A priori ce n’est pas un parent ou un proche qui lui a fait ce legs, mais alors qui et pourquoi ? Nous ne le saurons jamais.

Ce roman est bien plus qu’un simple roman policier : c’est une plongée dans l’âme humaine, où chaque personnage incarne une facette de nos propres contradictions. Avec une écriture fluide, une construction narrative impeccable et une galerie de personnages mémorables, Gilles Legardinier signe une œuvre qui captive autant qu’elle interroge. Une lecture addictive que je recommande sans modération !

[BOUQUINS] Didier Fossey – Érèbe

Paris 2017. Depuis plusieurs semaines, des jeunes femmes travaillant dans des cabarets et bars de nuit de la capitale disparaissent mystérieusement.

Eneko Etxeparre, commandant de police à la BRP, s’intéresse à ces disparitions dans le cadre d’une enquête conjointe avec la brigade criminelle de Versailles.

Leurs investigations vont les mener très loin dans les ténèbres de la nuit parisienne, là où tout devient permis.

Didier Fossey oblige. Un auteur qui ne m’a jamais déçu, surtout quand il met en scène Boris Le Guenn et son groupe.

Quand un ancien se plonge dans le côté obscur des nuits parisiennes, ça promet de décoiffer !

On va commencer par un petit bémol de pure forme, la quatrième de couv’ est beaucoup trop « bavarde », c’est pourquoi j’ai pris le parti d’opérer des coupes franches dans sa retranscription.

Dans un premier temps on suit une équipe de la BRP Paris menée par le commandant Eneko Etxeparre. Un flic qui se consacre pleinement à son métier depuis la mort brutale de sa femme et de sa fille lors des attentats de novembre 2015.

Etxeparre et son groupe son spécialisés dans le monde de la nuit, ils s’assurent que les cabarets, discothèques et bars de la capitale ne se laissent pas aller à des dérives illégales.

C’est au cours d’une de ses « visites » que le gérant d’un cabaret l’informe de la disparition d’une de ses barmaids. Etxeparre va mettre son groupe sur le coup en off, afin de voir si ça débouche sur du concret.

Et du concret notre ami Etxeparre va en recevoir bien au-delà de ses attentes. Pour arrêter un tueur d’une perversité hors norme, la BRP va devoir s’associer à la BAC Paris et à la Crim’ Versailles.

Cerise sur le gâteau pour les fidèles lecteurs de Didier Fossey. V’là t’y pas que le commandant Boris Le Guenn et son groupe vont faire figure de guest stars. Je vous rassure tout de suite, pas question pour eux de faire de la figuration, ils vont s’impliquer pleinement dans cette enquête conjointe.

Pour info le titre du roman, Érèbe, est le pseudo utilisé par le grand méchant de l’histoire pour partager son « art » sur le Dark Net. Dans la mythologie grecque Érèbe désigne à la fois une divinité infernale née du chaos et la zone la plus obscure des Enfers.

Autant vous prévenir, les sévices qu’Érèbe inflige à ses victimes sont d’une violence inouïe, âmes sensibles s’abstenir !

Fidèle à son habitude Didier Fossey accorde un soin tout particulier à ses personnages. Pour chacun il développe un vécu et une personnalité unique. Forcément ce côté humain force l’empathie – ou l’antipathie selon l’effet recherché – du lecteur. J’ai tout particulièrement apprécié le binôme formé par Eneko Etxeparre et sa seconde de groupe Isabelle Danglard ; leurs personnalités opposées insufflent une réelle dynamique au récit.

On retrouve la même maîtrise dans le déroulé de son intrigue, imposant un rythme qui va crescendo – la dernière partie du récit mettra vos nerfs et votre palpitant à rude épreuve.  Une intrigue richement documentée du fait de l’expérience policière de l’auteur et des renforts pour le familiariser avec le monde de la nuit en région parisienne.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas dévoré un bouquin quasiment d’une traite (certes il n’est pas très épais, mais quand même). En refermant le bouquin je ne vous cacherai pas que j’espère bien retrouver Etxeparre et son équipe, nul doute que le monde de la nuit est un terrain de jeu prospère.

[BOUQUINS] Isabelle Villain – Game Over

Une vieille dame meurt écrasée sous les roues d’un bus. Un nouveau fait divers dans les rues de Paris. Cependant, d’autres « accidents » sont rapidement à déplorer, laissant présager que ces tragiques événements ne sont que les prémices d’un sombre dessein.

Le groupe de Lost se retrouve à la tête d’une affaire qui va bousculer toutes ses certitudes.

Comment résister à un duo de choc qui a déjà fait ses preuves ? Le binôme constitué des éditions Taurnada et d’Isabelle Villain est une mécanique bien rôdée.

Bonus non négligeable : ce roman est aussi l’occasion de retrouver le groupe De Lost dans une sixième enquête.

Je remercie les éditions Taurnada et la plateforme Net Galley Pour leur confiance renouvelée.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé Rebecca De Lost et son groupe de la Crim’. Le roman s’ouvre sur un fait-divers presque banal, une vieille dame poussée sous les roues d’un bus. Il va rapidement s’avérer que cet acte n’est pas isolé et semble faire partie d’un plan machiavélique que déroule deux tueurs.

Difficile de s’épancher sur les thématiques abordées par l’intrigue sans prendre le risque d’en dire trop. Le Groupe De Lost va se retrouver confronté à deux tueurs qui frappent à l’aveugle et ne laissent aucune trace derrière eux. Mais les enquêteurs – et nous aussi du coup – sont loin d’imaginer les nombreuses ramifications de cette affaire.

Comme si cela ne suffisait pas, Rebecca va aussi devoir composer avec une succession qui va révéler de sombres secrets qu’elle aurait préféré ignorer. Elle va devoir apprendre à vivre avec cette nouvelle réalité surgie du passé.

Vous l’aurez compris ce nouvel opus est davantage centralisé sur le personnage de Rebecca De Lost. Les autres membres de son groupe ne sont pas pour autant sur la touche, eux aussi ont leur histoire personnelle qui évolue mais ça tend à rester en second plan.

Isabelle Villain maîtrise totalement son intrigue, nul doute que vous serez surpris – voire choqué – par certains retournements de situation.

La fin peut laisser un arrière-goût d’inachevé un tantinet amer, mais c’est justement cet aspect de l’intrigue qui contribuera à un tournant décisif pour Rebecca.

C’est la quatrième enquête du Groupe De Lost que je lis (j’ai raté les deux premières), j’ai apprécié de voir évoluer un groupe soudé malgré les coups durs – personnels et professionnels –, les nouveaux venus sont immédiatement intégrés à cette dynamique collective. Isabelle Villain parvient à nous livrer des enquêtes policières particulièrement complexes sans jamais négliger le côté humain de ses personnages.

Game Over. Et maintenant ? L’avenir nous le dira. Une seule certitude, je serai fidèle au poste pour le prochain roman de l’auteure.

[BOUQUINS] Jérôme Camut & Nathalie Hug – Loin De La Fureur Du Monde

Massif des Pyrénées.
Alix vient d’être nommée policière municipale quand la disparition de son meilleur ami la pousse à s’aventurer seule dans la forêt primaire de la Mâchecombe. Une zone interdite qui jouit d’une sombre réputation. On raconte en effet que nombre de ceux qui s’y sont risqués n’en sont jamais revenus. Mais Alix ne craint pas la rumeur et, pour ceux qu’elle aime, elle braverait les pires dangers. Ce qu’elle ignore, c’est qu’elle s’apprête à entrer sur le territoire de John, un être sauvage et singulier qui manifeste une réelle hostilité envers les hommes…

Parce le couple Jérôme Camut et Nathalie Hug (les CamHug pour les habitués) n’hésite pas à sortir des sentiers battus et à proposer à chaque fois un roman qui impose sa propre griffe.

Comme cela faisait déjà un certain temps que ne m’étais pas frotté à leur plume, c’est l’occasion de réparer cette lacune.

Je remercie les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Loin De La Fureur Du Monde ne déroge pas à ce qui pourrait la devise du couple CamHug : « Oser et surprendre ». Rapidement le roman impose sa griffe avec une intrigue dense (presque trop… on frôle même le too much parfois), des personnages soignés et un cadre qui ferait presque figure lui aussi de personnage à part entière tant son rôle sera prépondérant dans le déroulé de l’intrigue.

Commençons par le théâtre des opérations, la forêt de Mâchecombe, nichée au cœur des Pyrénées. Une forêt presque comme les autres, si ce n’est que l’on y recense un nombre anormalement élevé de disparitions mystérieuses sans qu’aucun corps ne soit retrouvé. Il n’en faut pas davantage pour que les gens du coin parlent de malédiction et pour que les légendes urbaines viennent ajouter une couche de sordide à l’endroit.

Le lecteur découvrira par la suite que ladite forêt cache bien un secret mais que celui-ci n’a aucun lien avec de quelconques phénomènes inexpliqués.

Ajoutez à cela un site d’orpaillage sauvage et quelques mafieux pas vraiment fréquentables… vous avouerez que ça commence à faire beaucoup pour un bled paumé au fin fond des Pyrénées.

C’est pourtant dans ce décor un tantinet chaotique que les auteurs vont dérouler leur intrigue. Si l’intrigue en question tient bien du thriller, elle jouera aussi à fond la carte de l’humain, aussi bien individuellement que dans les relations (et leur évolution) qui lient les différents acteurs.

Si le roman ne tient pas vraiment en haleine le lecteur, il est toutefois suffisamment bien construit pour que l’on ait envie de connaître la suite et découvrir le(s) fin(s) mot(s) de l’histoire. Pas de grands bouleversements non plus au fil de l’intrigue, même l’ultime révélation était prévisible ; nul besoin pour cela de se référer à la devise de ce brave Sherlock : « Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. »

Pour faire simple on va dire que le bouquin fait le job sans faire de zèle, avec en prime un rappel à quel point il est important de préserver notre environnement. De l’écologie au sens noble du terme, bien loin de sa déclinaison politique dénaturée et viciée.

Des retrouvailles avec les CamHug en demi-teintes donc, mais je ne prononce pas pour autant la rupture. Soit je vais extraire de mon Stock à Lire Numérique un de leurs précédents romans, soit j’attendrai sagement le prochain…

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Prime Time

Alors que des millions de téléspectateurs regardent le 20h sur la chaîne nationale, un homme masqué, la voix déformée, prend en otage le présentateur vedette.

Si le direct est coupé, il le tue.

Parce que c’est Maxime Chattam, une raison suffisante pour me faire craquer.

Imaginez le topo : vous êtes devant la télé, en attente du 20 heures de TF1 (je prends la première comme référence du fait de la proximité avec le nom de la chaîne dans le roman, MD1). Générique, les titres présentés par Gilles Boulleau et le déroulé du journal commence comme tous les jours. Soudain un individu masqué, sorti de nulle part, braque son arme sur ce brave Gilles et le prend en otage. Son premier ultimatum donne le ton, si la chaîne coupe le direct, le journaliste sera abattu.

Ça jette un froid n’est-il point ? Et maintenant posez-vous la question de savoir quelle sera votre réaction et surtout répondez-y en toute honnêteté. Est-ce que vous éteignez le poste et passez à autre chose ou est-ce que vous attendez la suite, scotché à votre écran ?

C’est le point de départ du dernier roman de Maxime Chattam, vous l’aurez compris il sera beaucoup question du poids des médias dans la société contemporaine, leur influence sur le public et leur « moralité ». Jusqu’où peut-on aller pour satisfaire son audience ? Et accessoirement les actionnaires.

Pour donner un maximum de crédibilité à son intrigue, l’auteur s’est immergé dans les coulisses d’un journal télévisé. A l’image des icebergs, ce que l’on voit (le JT à l’écran) n’est qu’une infime partie de tout ce qui se joue avant (préparation et ordonnancement des reportages), pendant (en coulisse toute une équipe est mobilisée) et après (en l’occurrence nous ne le verrons pas dans le déroulé de l’intrigue du roman mais le sujet est abordé lors d’échanges entre les personnages).

Il est de coutume qu’une œuvre de fiction démarre par l’avertissement suivant : « Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence. » Difficile cependant de ne pas faire le rapprochement entre Paul Daki-Ferrand, journaliste vedette et charismatique de la chaîne MD1, avec PPDA à la grande époque de TF1. Plus encore compte tenu des événements qui suivront dans le roman. Fortuite coïncidence ? Hmouais, faut le dire vite alors.

Sur ce point l’auteur s’explique dans un entretien à Télé-Loisirs : « (…) l’avantage de la fiction, c’est qu’elle permet de dire ce qu’on veut et ce qu’on pense. Des choses qu’on a envie de dire, que l’on ressent, qu’on a en soi, et après, chacun les interprète comme il veut. »

En plus des médias, le second grand acteur du roman de Maxime Chattam est le GIGN, notamment la cellule de médiation. Là encore l’auteur a pu bénéficier d’une immersion au sein du groupe d’élite de la Gendarmerie Nationale afin de coller au mieux à leur réalité. À ce titre le roman peut être perçu comme un légitime hommage au GIGN.

L’auteur tisse une intrigue qui va se densifier au fil des événements, une grande partie se joue à huis-clos dans les coulisses du JT. Devant l’ampleur de l’affaire le GIGN et la Section de Recherche (SR) de la Gendarmerie vont être amenés à collaborer étroitement. Ce sont les investigations de la SR qui nous permettent de sortir des studios de MD1… mais question pour autant de souffler un peu, eux-aussi vont être sur la brèche.

Pour tisser son intrigue Maxime Chattam se repose sur un binôme constitué de Charléne, cheffe d’édition chez MD1, et Yanis, négociateur du GIGN. Ce-dernier va en effet servir de mentor à la jeune femme qui va devenir leur lien avec le preneur d’otage, Kratos.

Bien entendu d’autres personnages auront leur mot à dire et leur rôle à jouer. L’auteur ne laisse rien au hasard pour rendre son récit redoutablement addictif. Et la sauce prend rapidement, une fois ferré, vous aurez bien du mal à lâcher le roman.

Un très bon cru ce Maxou 2024 !

[BOUQUINS] David Joy – Les Deux Visages Du Monde

Après quelques années passées à Atlanta, Toya Gardner, une jeune artiste afro-américaine, revient dans la petite ville des montagnes de Caroline du Nord d’où sa famille est originaire. Déterminée à dénoncer l’histoire esclavagiste de la région, elle ne tarde pas à s’y livrer à quelques actions d’éclat, provoquant de violentes tensions dans la communauté.

Au même moment, Ernie, un policier du comté, arrête un mystérieux voyageur qui se révèle être un suprémaciste blanc. Celui-ci a en sa possession un carnet dans lequel figurent les noms de notables de la région. Bien décidé à creuser l’affaire, Ernie se heurte à sa hiérarchie.

Quelques semaines plus tard, deux crimes viennent endeuiller la région. Chacun va alors devoir faire face à des secrets enfouis depuis trop longtemps, à des mensonges entretenus parfois depuis plusieurs générations.

Parce que le duo Sonatine / David Joy a déjà fait ses preuves, avant même d’ouvrir le roman on sait que c’est une lecture qui nous prendra aux tripes et nous remuera les méninges.

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Dans ce roman David Joy aborde de front les thèmes du racisme et des traditions, deux thématiques qui s’opposeront dans cette bourgade de Caroline du Nord en apparence si paisible. En effet pour certains la statue d’un soldat confédéré est une insulte et une ode au suprémacisme Blanc, pour d’autres ce n’est qu’un rappel historique sans aucune arrière-pensée.

Le meurtre brutal d’une jeune étudiante noire et l’agression d’un adjoint du sheriff va exacerber les tensions entre les communautés. S’il y a un racisme affiché et revendiqué dans les mots et dans les faits par certains, il en est un plus insidieux fait de mots anodins pour celui qui les prononce mais qui peuvent blesser celui qui les entend. Il est parfois plus facile d’adopter la politique de l’autruche plutôt que d’affronter la vérité en face, mais quoi qu’il en soit, ce n’est pas parce qu’on ne parle pas de quelque chose que cette chose n’existe pas.

Une fois de plus David Joy trouve les mots justes afin que les lecteurs puissent avoir les deux sons de cloche sans aucun parti pris de sa part (inutile, les faits parlent d’eux-mêmes). Il parvient avec intelligence à nous pousser à nous questionner sur ces réflexions qui ressemblent davantage à des clichés de péquenots incultes qu’à de véritables jugements de valeur ; je doute fort que nous soyons nombreux à ne pas être, au moins une fois, tombé dans le piège de ces raccourcis réducteurs.

Si l’auteur ne néglige pas son intrigue, il faut bien reconnaître que ce sont les échanges entre les différents personnages qui nous interpellent plus que les faits eux-mêmes. Des échanges souvent vifs au cours desquels certains semblent découvrir un fossé qu’ils préféraient ignorer.

L’intrigue à proprement parler va se tisser à travers les deux enquêtes, l’une pour meurtre, menée par l’inspectrice Leah Green, l’autre pour agression dirigée par le sheriff Coggins. Pour la seconde nul besoin d’être le fils illégitime d’Hercule Poirot et de Miss Marple pour deviner qui est à l’origine de l’attaque… mais encore faut-il parvenir à le faire tomber et à identifier ses nombreux complices. Le meurtre en revanche donnera plus de fil à retordre, c’est presque par manque de suspects que l’on viendra à s’interroger sur le véritable rôle d’un personnage.

Pour servir son intrigue David Joy va s’appuyer sur des personnages forts, certains seront d’emblée attachants (je pense aux trois générations de la famille Jones/Gardner, Vess, Dayna et Toya), d’autres méprisables au plus haut point (tels William Dean Cawthorn ou Ash Slade, qui représentent les deux faces d’une même pièce). N’allez surtout pas croire que l’auteur va jouer la carte de la facilité manichéenne, dans leur grande majorité les personnages ne sont ni tout noirs, ni tout blancs, mais plutôt en nuances (plus ou moins foncées) de gris.

Un roman noir qui vous prendra aux tripes et vous fera passer par un large panel d’émotions. Un sujet grave et plus que jamais d’actualité avec la réélection de Donald Trump, traité avec intelligence et beaucoup d’humanité.

[BOUQUINS] Jean Reno – Emma

Rien ne prédestinait Emma à vivre une telle aventure. Masseuse dans un centre de thalassothérapie en Bretagne, et encore bouleversée par la disparition de sa mère, elle est envoyée, à 28 ans, au sultanat d’Oman pour former les équipes d’un centre de bien-être. À la tête de cet établissement luxueux, le très séduisant fils d’un ministre influent.

Mais celle dont les mains font des merveilles se retrouve au cœur d’une incroyable affaire d’état. Pourchassée par des hommes du palais de Mascate, elle devient la femme à abattre. Face aux pièges qui lui sont tendus, une autre Emma se révèle alors. Redoutable. Intrépide. Et qui pourrait bien faire le bonheur des services secrets français…

Je reconnais sans complexe que c’est la curiosité qui m’a poussé vers ce bouquin. Plus que le pitch à proprement parler, c’est surtout l’envie de découvrir une nouvelle facette de Jean Reno qui a motivé mon choix de lecture.

Comme la plupart d’entre nous je connais Jean Reno en tant qu’acteur dont la carrière a d’abord été boostée par Luc Besson qui lui confiera des rôles secondaires dans Le Dernier Combat et Subway avant de le mettre en avant dans Le Grand Bleu, Nikita et Léon. Mais c’est surtout son interprétation de Godefroy de Montmirail dans Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré qui marquera les esprits (et les zygomatiques) du public.

Au vu de la grande diversité des rôles qu’il a pu interpréter au fil de sa carrière d’acteur, il était difficile d’imaginer quel ton il donnerait à Emma, son premier roman. S’agissant d’un thriller d’espionnage, j’espérais retrouver une certaine noirceur dans le traitement de son intrigue.

Nous allons donc faire connaissance avec Emma, une masseuse dans un centre de thalassothérapie du Morbihan. D’emblée on découvre un personnage fortement marqué par un drame personnel et qui traîne depuis un lourd sentiment de culpabilité. Un personnage que l’auteur parvient facilement à rendre attachant avec son côté électron libre. Et puis elle a un chat, c’est donc forcément quelqu’un de bien !

De fil en aiguille (et surtout après une séance de massage) notre sympathique Emma va se retrouver à Oman où va elle va devoir former l’équipe en charge des massages dans un impressionnant complexe de thalassothérapie. Les choses sérieuses peuvent alors commencer…

C’est presque à l’insu de son plein gré que la formatrice va se retrouver à jouer les espionnes au service de la France. Je reconnais volontiers que l’ensemble est plutôt agréable à lire, mais n’espérez pas de brusques montées d’adrénaline, ça reste globalement très gentillet.

Si je ne crache sur de la guimauve en friandise (aaah les Chamallows de Haribo), j’en suis nettement moins friand quand elle s’invite dans une intrigue où elle ne s’imposait pas. Une touche de romance à la James Bond ça passe, mais quand ça dégouline de toute part on frôle l’indigestion. J’ai parfois eu la désagréable impression d’avoir un bouquin Harlequin entre les mains.

À sa décharge Jean Reno avoue avoir eu dans l’idée d’écrire avant tout une histoire romantique, pas de bol pour moi j’ai lu cette interview après avoir lu le roman.

Ce serait malhonnête de ma part de dire que ce bouquin est condamné au naufrage ou aux oubliettes, franchement je ne me suis pas ennuyé un seul instant en le lisant. Je le referme juste avec une pointe de déception face à des attentes non satisfaites.

Même si l’auteur reste dans le vague quant à une éventuelle suite, la fin laisse une porte grande ouverte à un prochain retour d’Emma 007. Malgré un ressenti mi-figue, mi-raisin je répondrai présent en espérant que les faiblesses de ce premier roman seront rectifiées.

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Norferville

Détective et criminologue à Lyon, Teddy Schaffran apprend que le corps de sa fille a été découvert dans une ville minière très isolée du Grand Nord québécois, Norferville. Morgane a été sauvagement mutilée, abandonnée dans la neige non loin d’une réserve autochtone. Sans réfléchir, Teddy plaque tout pour se rendre sur place, bien décidé à comprendre ce qui s’est passé.

Là-bas, Léonie Rock, une flic métisse, est mise sur l’affaire. Elle est alors contrainte de renouer avec cet endroit coupé de tout où elle est née et où, adolescente, trois inconnus l’ont violée. Un retour vers son enfer, alors que les températures frôlent les -20°C.

Ensemble, ces deux êtres éprouvés par la vie vont se démener pour trouver des réponses malgré l’inhospitalité de la nature et des hommes.

Parce que c’est Franck Thillez, une plume incontournable du thriller francophone et l’assurance de découvrir une intrigue qui nous scotchera au bouquin et ne manquera pas de nous surprendre.

Afin de changer d’air j’ai décidé de m’offrir une escapade dans le grand nord québécois en compagnie de Franck Thilliez. Vous vous doutez bien qu’avec un pareil maître de cérémonie cette escapade ne sera pas vraiment une promenade de santé.

Le cadre déjà est on ne peut plus éloigné des clichés façon carte postale du Grand Nord. Un bled paumé au fin fond de nulle part, accessible seulement par train… quand les conditions météo le permettent. Une petite ville qui ne doit sa survie qu’à l’exploitation minière voisine. Une exploitation qui divise un peu plus une population scindée en deux blocs avec les occidentaux d’un côté et les autochtones amérindiens de l’autre.

Cerise sur le gâteau, Franck Thilliez décide de poser son intrigue au cœur de l’hiver… Un hiver qui peut s’avérer mortel à plus d’un titre en cas d’imprudence. Voilà le décor est planté.

Léonie Rock, lieutenant à la Sûreté du Québec, espérait bien ne jamais remettre les pieds à Norferville. Adolescente elle a été, avec une amie, victime d’une agression restée impunie. C‘est une affaire de meurtre avec une victime européenne qui va la contraindre à retourner là-bas et à se confronter à ses démons passés.

Le père de la victime, Teddy Schaffran, un détective et « profiler » français, lui sera un précieux renfort pour cette enquête qui s’annonce particulièrement complexe… et pourrait bien n’être que la partie visible d’un iceberg encore plus sordide.

Dans ce roman Franck Thilliez fait quasiment de l’environnement un personnage à part entière, à tel point que c’est parfois lui seul qui déterminera ce que les personnages pourront faire, ou, au contraire, se verront condamner à ne pouvoir faire. Un contexte qui va influer directement sur certaines phases de l’intrigue.

L’auteur sait y faire pour rendre son intrigue totalement addictive et l’émailler de quelques rebondissements parfois inattendus. A l’instar de Léonie et Teddy, plus d’une fois nous ne saurons plus vraiment qui est digne de confiance ou non parmi les personnes interrogées. Il faut dire que les enjeux ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

Avec ce roman l’auteur nous propose une sorte de huis clos à ciel ouvert, certes les personnages ne sont pas enfermés dans une même pièce, mais c’est la ville et ses environs sont coupées du monde par des centaines de kilomètres de terres enneigées et une météo aussi chaotique qu’imprévisible.

L’intrigue est rondement menée, pas forcément à un train d’enfer mais ça colle plutôt bien au climat, comme si le froid ambiant tétanisait tout ce qu’il frappe. Si je devais émettre un bémol je dirais que le fin mot de l’histoire est un peu trop prévisible. J’aurai aimé quelque chose de plus surprenant, une révélation qui nous laisse vraiment sur le cul plutôt que ce timide « ah bin ouais » un tantinet désabusé…

Si Norferville est issue de l’imagination de Franck Thilliez, il reconnaît volontiers s’être largement inspiré de villes minières bien réelles bâties sur le même modèle. Simplement il ne voulait pas que son intrigue puisse être rattachée à un endroit existant afin de ne pas entacher son image. Tout ce qui a trait aux disparitions, viols et meurtres de femmes autochtones est malheureusement une triste réalité qui commence lentement mais sûrement à sortir de l’oubli.

[BOUQUINS] Patrick Senécal – Civilisés

« Recherchons douze individus pour expérience scientifique passionnante. Celle-ci, supervisée par des psychologues, cherche à étudier et analyser les compor­­tements des humains lorsqu’ils se retrouvent dans un groupe précis dans un contexte particulier. […] »
 
Ils seront donc douze individus, provenant de tout horizon, à vivre quelques jours ensemble, isolés du reste du monde. Ils formeront malgré eux une communauté de laquelle surgira parfois le meilleur, parfois le pire, et souvent le plus ridicule de l’humain.

Force est de reconnaître que la couv’ attire inévitablement le regard ; je ne dis pas forcément que vous serez sous le charme – l’effet contraire étant tout aussi probable –, mais elle ne devrait laisser personne indifférent.

Parce que c’est Patrick Senécal. Ce n’est que le troisième roman que je lis de cet auteur, mais la quatrième de couv’ laisse présager quelque chose de différent de ce qu’il propose d’habitude.

Commençons par une remarque de pure forme. Si la couv’, signée Jeik Dion, capte tout de suite le regard, force est toutefois de reconnaître qu’elle n’a pas grand-chose à voir avec l’intrigue du présent roman.

Afin de demeurer sur la forme, je tiens à préciser que, dans la mesure du possible, je cherche à privilégier les éditions québécoises quand je lis des textes d’auteurs originaires du Québec. Je trouve que cela rend les échanges entre les personnages plus réalistes, plus bruts de décoffrage. C’est aussi l’occasion de relever – gentiment – les contradictions de ces fervents défenseurs de la langue française qui n’hésitent pourtant pas à ponctuer leurs propos de termes 100% anglais.

Fin des digressions de pure forme… entrons dans le vif du sujet !

Tout commence (ou presque) par une petite annonce publiée en novembre 2022 dans différents médias québécois. Ladite annonce s’ouvre sur ces termes :

Et s’achève par une promesse :

Sans vouloir aller trop vite en besogne je peux d’ores et déjà vous assurer que la promesse finale sera tenue… au-delà de tout ce que pouvaient imaginer les candidats !

Dès les premières lignes du roman on découvre que Patrick Senécal va s’amuser avec ses lecteurs au fil des pages. Il s’adresse directement à nous afin de partager quelques remarques sur le processus de création littéraire, d’autres fois simplement pour souligner tel ou tel point du récit. Du coup, bien que la situation de nos « heureux élus » vire au drame sanglant et mortel, on ne peut s’empêcher un certain détachement, comme si tout cela n’était qu’un jeu macabre imaginé par l’auteur. Une sensation renforcée par le recours fréquent à l’humour (noir, forcément).

Au terme du processus de sélection, douze candidats seront retenus pour participer à cette expérience, des profils très différents les uns des autres. Ladite expérience commencera dès leur embarquement sur un yacht de luxe, ils ne savent rien de leur destination, ni du déroulé de leur « aventure ». Tout ce qu’ils savent c’est qu’ils partent pour 10 jours au terme desquels ils seront indemnisés de 3000 dollars.

Quant à toi ami lecteur, tu devineras sans peine quel sera le grain de sable qui va faire dérailler une mécanique moins bien huilée qu’elle n’y paraît. Force est de constater que tu avais raison, dès la seconde phase de l’expérience les choses dérapent et échappent à tout contrôle… et que ce foutu grain de sable est bien celui que tu soupçonnais.

Avec son lot pour le moins hétéroclite de candidats (de moins en moins heureux d’avoir été sélectionnés) l’auteur peut, au gré de ses envies, les faire se rapprocher ou s’opposer sur fond de thèmes sociétaux d’actualité (la « culture » woke, les rapports au sexe ou à l’intégration, le racisme, la drogue…). Mais ne comptez pas sur Patrick Senècal pour vous assommer avec des leçons de morale à deux balles, ses personnages sont ce qu’ils sont, point barre.

Vous l’aurez compris, l’auteur abandonne le sérieux de ses précédents romans. S’il reste dans le registre noir c’est pour mieux jouer avec les codes du genre, les remanier et les tordre, quitte à parfois provoquer des situations totalement invraisemblables. Mais on s’en fout ! On a juste envie de suivre Patrick Senécal pour découvrir où nous mènera son grain de folie.

Nul doute que derrière ce détachement apparent, la dernière journée des survivants (si vous n’aviez pas encore compris qu’il y aurait des morts, je suis navré pour vous) vous réservera bien des surprises.

Je ne m’attarderai pas sur le profil des différents candidats, disons simplement qu’il y en a une qui a eu le don de m’horripiler tout au long de sa présence. L’archétype presque caricatural de la woke attitude qui a honte de sa couleur de peau, honte de sa sexualité, honte d’exister et qui ne peut s’empêcher de se sentir complice /coupable de toutes les tares de l’humanité… Le profil type du très-bien-vivre-ensemble sur fond de politiquement correct dopé à l’hypocrisie et à la bien-pensance.

Un roman original que vous aurez bien du mal à lâcher. Si le choix narratif de l’auteur peut, de prime abord, paraitre déconcertant, force est de reconnaitre que l’ensemble fonctionne à la perfection, en grande partie du fait de ce choix justement.