[BOUQUINS] David Coulon – Demain Disparue

Pourquoi Lif et Romuald ont-ils accepté cette invitation à dîner ?
Leur couple bat de l’aile, le village dans lequel ils doivent aller est complètement isolé et une effroyable tempête menace.
Mais une promesse est une promesse, il faut sauver les apparences.

Cependant, à peine arrivés, les événements étranges se succèdent : Qu’arrive-t-il à Marie, l’amie de toujours de Lif ? Elle ne la reconnaît plus. Qui sont ces deux adolescents également présents au dîner ? Et pour quelles raisons leurs amis ont tant insisté pour les voir ce soir ? Ce soir en particulier…

Très vite, Lif n’a plus qu’un seul objectif : fuir cette maison où la peur règne en maître.
D’autant qu’elle n’est pas seule, elle doit également protéger l’enfant qu’elle porte dans son ventre.

Parce que David Coulon m’avait agréablement surpris et déconcerté avec son roman Trouble Passager.

Force est de reconnaître que le pitch du présent roman avait tout pour titiller ma curiosité.

Je remercie les éditions Fayard et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si le bouquin commence de façon assez classique (un couple en instance de séparation accepte une invitation à diner chez des amis qui habite un village tranquille), David Coulon donne rapidement à son récit une tournure pour le moins inattendue.

Dès les premières pages l’auteur parvient à imposer une ambiance oppressante alors que le cœur de l’intrigue n’est pas encore réellement enclenché, par sa narration même des événements anodins deviennent de potentielles sources d’angoisse. Les choses iront crescendo jusqu’à devenir franchement anxiogène une fois que David Coulon aura entraîné Lif dans les méandres de son scénario machiavélique.

Bien qu’il soit question de dérèglement climatique dans ce roman, je ne le qualifierai pas pour autant d’engagé… pour le bien de la cause écologiste. En effet l’auteur fait des défenseurs de la planète de véritables psychopathes qui défendent un écoterrorisme extrême et destructeur.

En toute franchise je dois avouer que David Coulon m’a scotché avec ce roman, je ne m’attendais pas du tout à ce que le récit prenne une telle tournure. Le bougre sait y faire pour jouer avec les nerfs et les certitudes de ses lecteurs – ce qui implique de malmener ses personnages – mais aussi et surtout pour rendre son roman totalement addictif. On est sur le fil du rasoir quasiment de la première à la dernière page… et on en redemande.

Le récit est certes porté par le personnage de Lif, mais ce sont Joris, Ludmilla et leurs pairs qui rendent le roman franchement anxiogène. Un pari aussi osé que casse-gueule que de miser sur des adolescents comme vecteurs du cauchemar qui attend Lif. David Coulon relève haut la main le défi.

Si je devais chercher le petit bémol (genre caillou dans la chaussure du marathonien) du roman, je signalerais quelques redondances qui deviennent parfois pénibles quand elles ne sont pas franchement inutiles (franchement, on s’en bat les couilles de la façon dont il faut prononcer Roro).

Certains pointeront sans doute du doigt l’invraisemblance du scénario imaginé par l’auteur, pour ma part j’ai envie de dire que cela fait partie de la magie de la fiction : accepter l’improbable et finir par y croire. Là encore je tire mon chapeau à l’auteur… même si certains passages sont peut-être un tantinet too much.

Un sans-faute absolu jusqu’à la dernière partie du récit, celle qui doit essayer d’expliquer l’inexplicable. On avait déjà plus ou moins compris le pourquoi du comment des motivations de Joris et Ludmilla, ceux-ci n’étant pas avares d’explications. Le problème tient surtout dans la chute soudaine de tension, alors que l’on était tenu hors d’haleine – à la limite même de l’asphyxie –, l’appel d’air est un peu trop brutal.

Demain Disparue est incontestablement un roman qui ne rentre pas dans une case prédéfinie, au vu de la dimension humaine omniprésente on pourrait parler de thriller psychologique, mais difficile toutefois de laisser de côté l’aspect anticipation, voire post-apocalyptique. Pour ma part je me contenterai de dire que c’est un roman audacieux maîtrisé de bout en bout, l’auteur nous mène à la baguette et on le suit presque malgré nous quitte à être parfois quelque peu déstabilisé et souvent fortement bousculé.

[BOUQUINS] Cyril Carrère – La Colère D’Izanagi

Tokyo. Un incendie criminel ravage le cœur de l’un des plus grands quartiers d’affaires au monde.

L’enquête est confiée à Hayato Ishida, flic prodige mais solitaire qui tente de se reconstruire en marge de la Crim. Il est rejoint par Noémie Legrand, Franco-Japonaise décidée à briser les chaînes d’un quotidien frustrant.

Sur leur chemin, un couple d’étudiants dans le besoin, à la merci d’une communauté où solidarité rime avec danger.

Et, tapi dans l’ombre, celui qui se fait appeler Izanagi, bien décidé à mettre son plan destructeur à exécution.

Parce que le précédent roman de Cyril Carrére, Avant De Sombrer, m’avait fait forte impression.

Cyril Carrére vivant au Japon depuis quelques années, j’espérais une intrigue 100% nippone… mon vœu a été exaucé, je ne pouvais que succomber.

Cyril Carrére est certainement le plus japonais des auteurs francophones, installé au pays du soleil levant depuis 2018, la culture nippone n’a plus aucun secret (ou presque) pour lui. Avec ce roman l’auteur nous propose une vision démythifiée du Japon, loin des clichés idéalisés encore trop présents dans l’esprit de nombreux Occidentaux.

Le roman s’ouvre sur un incendie qui ravage la Velvet Tower, l’une des plus grandes tours de Tokyo. Certains détails ne manqueront pas de rappeler les attentats des Twin Towers aux États-Unis le 11 septembre 2001. La ressemblance s’arrête là, dans le cas présent pas d’acte terroriste, à charge pour la police de déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un acte criminel.

Je parie que vous aurez deviné que cet incendie n’a rien d’accidentel. Il n’est que le premier acte d’une mise en scène machiavélique qui se jouera en partie dans la face obscure d’internet, le Darknet.

Pour enquêter sur cette sombre affaire, Cyril Carrrère va jouer la carte du duo improbable. Dans le coin droit, Hayato Ishida, un policier brillant, mais un tantinet asocial et imbu de lui-même, atteint d’hyperosmie (une hypersensibilité de l’odorat qui lui permet d’identifier les différentes odeurs qui se mêlent dans les effluves qui l’environnent). Dans le coin gauche, Noémie Legrand, une franco-japonaise qui élève seule sa fille, douée d’une forte empathie et contrainte de composer avec le machisme de la société japonaise.

Parallèlement nous suivrons le parcours d’un couple d’étudiants, Kenta et Suzuka, licenciés à la suite de l’incendie de la Velvet Tower. Là encore nous aurons deux personnalités radicalement opposées, Suzuka est extravertie et avenante alors que Kenta est renfermé et agoraphobe.

Deux arcs narratifs dont le fil rouge est rapidement révélé, mais ce n’est là que la partie visible de l’iceberg. Nul doute que Cyril Carrére vous surprendra plus d’une fois au fur et à mesure qu’il déroulera son intrigue implacable.

J’ai beaucoup aimé le traitement des personnages, des personnalités contrastées, mais affirmées chacune à leur façon. L’évolution des relations entre les uns et les autres se fait naturellement au gré des évènements.

La construction du roman ne souffre d’aucun reproche, tout est impeccablement maîtrisé, l’auteur ne laisse rien au hasard. Le rythme aussi est savamment dosé, alternant les phases de relative tranquillité et celles qui nous plongent au cœur de l’action.

Une intrigue qui permet aussi d’avoir un aperçu de la mythologie japonaise à travers le personnage d’Izanagi. Bien que n’étant pas particulièrement japonophile, j’avoue que la mythologie japonaise titille ma curiosité depuis déjà quelques années… va falloir que je songe à me pencher sérieusement sur la question avant de sucer les pissenlits par la racine.

Si vous pensez que le scénario imaginé par l’auteur est totalement impossible, sachez qu’il s’inspire d’un fait divers bel et bien réel, certes les choses n’ont pas été aussi loin (heureusement), mais la criminalité organisée via le Darknet est une triste réalité. Au Japon ce phénomène porte même un nom : Tokuryu.

Dans ses remerciements Cyril Carrére laisse envisager un possible retour du duo formé par Hayato et Noémie, si tel était le cas je serais parmi les premiers à me ruer dessus. À vrai dire, en seulement deux romans, l’auteur m’apparait d’ores et déjà comme un incontournable du thriller francophone.

[BOUQUINS] Gérard Saryan – L’Ombre Du Prédateur

Lorsqu’un adolescent est découvert crucifié sur une plateforme au milieu du lac de Lambecq, les villageois sont consternés. Qui a pu commettre un acte aussi odieux ?

La même nuit, la sœur de la victime disparaît. A-t-elle été enlevée par l’assassin de son frère ?

La capitaine de police Agnès Demare est envoyée sur place afin de prêter main-forte aux gendarmes. Ses faits et gestes sont relayés sur les réseaux sociaux par Jade, une célèbre influenceuse lilloise.

Pour ces deux femmes que tout oppose, une enquête tentaculaire commence. La soif de vérité emporte Agnès et Jade dans un tourbillon où la proie n’est pas toujours celle que l’on croit.

Taurnada serait en soi un argument imparable, si en plus c’est l’occasion de retrouver Agnès Demare (déjà croisée dans Sur Un Arbre Perché, le précédent roman de Gérard Saryan), je ne peux que succomber à la tentation.

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée malgré des délais de retours parfois plus longs que je ne le souhaiterai… mais bon, il faut bien composer avec les obligations professionnelles et personnelles.

Le moins que l’on puisse c’est que l’on retrouve Agnès Demare pas franchement au mieux de sa forme (physique et psychologique), alors quand sa hiérarchie lui propose (impose ?) une mission conjointe avec la gendarmerie dans un trou perdu de l’Indre, elle doit prendre sur elle pour ne pas péter une durite. Cerise sur le gâteau, elle va devoir faire équipe avec une célèbre influenceuse, Jade Arroyer, qui la suivra tout au long de son enquête !

L’idée de faire cohabiter les ressentis d’une enquêtrice de terrain et d’une influenceuse est une approche intéressante et originale. C’est pourtant avec une certaine appréhension que je me suis lancé, il faut bien avoue que ces influenceurs et influenceuses, dans leur immense majorité me débectent au plus haut point. Mes a priori auront toutefois été vite balayés, même si Jade conserve quelques travers propres à son monde virtuel, le personnage reste intéressant et surtout évoluera au fil de l’intrigue (jusqu’à une découverte pour le moins inattendue).

L’intrigue s’ouvre sur une scène de crime particulièrement sordide, un jeune adulte a été sauvagement assassiné et sa jeune sœur est portée disparue. Si les gendarmes penchent volontiers vers la piste de la fuite pour l’adolescente, Agnès va rapidement pointer du doigt quelques incohérences.

Je reprochais gentiment à Gérard Saryan de pêcher par excès dans son précédent roman, ici il n’en est rien. Tout est parfaitement dosé et mesuré, l’auteur maîtrise son intrigue d’une main de maître, c’est en véritable virtuose qu’il vous nous balader vers des pistes escarpées pleines de surprises et de rebondissements.

Paradoxalement ces surprises qui viennent pimenter l’enquête sont autant de frustrations au moment de rédiger la chronique du roman. Pas question pour moi de commettre un impair en me laissant porter par mon élan, je préfère encore passer sous silence des pans entiers de l’intrigue. Une fois de plus Gérard Saryan nous offre une intrigue aux dimensions multiples.

La dimension temporelle aura aussi toute son importance, l’auteur prend en effet un malin plaisir à jouer avec les flashbacks, si on ne comprend pas tout suite leur intérêt, soyez assuré que rien n’est laissé au hasard.

Peut-être vous demanderez-vous s’il est impératif d’avoir lu Sur Un Arbre Perché avant de vous lancer dans ce roman, je vous répondrais non, mais vous recommanderais tout de même de le faire. C’est un plus indéniable pour bien comprendre les interactions entre les personnages et les enjeux de la présente enquête.

C’est donc absolument conquis que je referme ce bouquin, il me tarde déjà de retrouver Agnès pour sa prochaine enquête (les choses ne peuvent décemment pas en rester là).

[BOUQUINS] Thomas Perry – The Old Man

Ancien agent du Renseignement militaire américain, Dan Chase a été envoyé en Libye au début des années 1980. Sa mission : fournir 20 millions de dollars à un chef de guerre hostile à Kadhafi. Mais l’opération a mal tourné.

Trente-cinq ans ont passé. Chase vit en solitaire dans le Vermont avec ses deux chiens. Jusqu’au jour où son ancienne vie le rattrape.

Pour échapper à ceux qui veulent l’abattre, Chase se lance dans une longue cavale à travers les États-Unis et le Canada. Avant de comprendre qu’il n’a d’autre choix que de solder les comptes du passé…

C’est la couv’ qui a d’abord attiré mon attention, ce type de deux accompagné par deux gros chiens ça a titillé ma curiosité. Le pitch a fait le reste du job.

Je remercie chaleureusement les éditions L’Archipel et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avoue très honnêtement que je n’avais jamais entendu parler de Thomas Perry avant de découvrir ce roman. Le gars n’en est pourtant pas à son coup d’essai puisque The Old Man est son vingt-troisième roman, dont plusieurs ont été traduits en français par diverses maisons d’édition (Presses de la Cité, Albin Michel, Fayard…).

Pour être totalement honnête je ne sais pas si ce roman aurait fait l’objet d’une traduction s’il n’avait fait l’objet d’une adaptation en série TV pour la chaîne FX en 2022 avec Jeff Bridges dans le rôle-titre. En France la diffusion est assurée par Disney+ à compter de septembre 2022.

N’allez surtout pas croire que je dis ça parce que le bouquin est sans intérêt, loin de là. Je l’ai trouvé captivant de bout en bout.

L’auteur nous fait vivre une chasse à l’homme haletante, d’abord du point de vue du fugitif, puis de ceux qui le traquent. On aurait pu craindre une certaine redondance, passant des épisodes de répit (durant lesquels Dan Chase s’installe dans sa nouvelle identité tout en préparant une éventuelle fuite) et ceux de traque, mais il n’en est rien. Tout est bien ficelé et rondement mené pour nous tenir en haleine.

On apprend progressivement le pourquoi du comment de cette chasse à l’homme, difficile alors de ne pas prendre fait et cause pour le fugitif ! Et puis un gars qui accorde autant d’attention à ses chiens ne peut qu’être un chic type.

Il faut dire que Thomas Perry fait tout pour rendre son personnage attachant, malgré un côté calculateur, voire manipulateur… mais comme dans tout roman d’espionnage, difficile de savoir exactement qui manipule qui.

Ne vous fiez pas à son âge, le bonhomme est parfaitement rôdé (passage par les Forces Spéciales et expérience de terrain obligent) pour déjouer les plans de ses poursuivants et éventuellement neutraliser ceux qui viennent se frotter à lui d’un peu trop prés.

Du côté des poursuivants j’ai bien aimé le personnage de Julian Carson, un « consultant » engagé par les agents du gouvernement pour les assister dans leur chasse à l’homme. Mais le jeune homme a oublié d’être bête, il ne va pas suivre aveuglément consignes de ses supérieurs mais essayer d’en apprendre plus sur le vieil homme.

Même si l’intrigue pourrait paraître cousue de fil blanc, elle vous réservera toutefois quelques surprises pour le moins inattendues (notamment concernant un personnage secondaire du roman).

Je ne m’épancherai pas davantage sur les personnages et l’intrigue car cela m’amènerait inévitablement à être un peu trop dissert et à donner un indice majeur sur la phrase suivante (suce pince…).

Si je me suis régalé quasiment de la première à la dernière page, j’ai toutefois un petit bémol sur le final du roman. Je ne peux malheureusement pas en dire plus, disons simplement que j’espérais autre chose.

[BOUQUINS] Stephen King – Holly

Dans une jolie maison victorienne d’une petite ville du Midwest, Emily et Rodney Harris, anciens professeurs d’université, mènent une vie de retraités actifs. Malgré leur grand âge, les années semblent n’avoir pas avoir de prise sur eux.

À quelques pas de leur demeure, on a retrouvé le vélo de Bonnie Dahl, récemment disparue. Elle n’est pas la première à se volatiliser dans ce périmètre. Chose étrange : à chaque fois, il s’agit de jeunes gens.

Sur l’insistance de la mère de Bonnie, Holly Gibney accepte de reprendre du service. Elle est loin d’imaginer ce qui l’attend : une plongée dans la folie humaine, là où l’épouvante n’a pas de limite.

Stephen King, what else ?

Les inconditionnels de Stephen King savent pertinemment que leur auteur fétiche peut mettre leurs nerfs à rude épreuve sans avoir recours au fantastique. Souvenez-vous de la solitude et de l’angoisse de Jessie, menottée à son lit dans un chalet paumé au milieu de nulle part, le cadavre de son mari gisant au pied du lit (Jessie, 1993). Osez affirmer que Annie Wilkes ne vous a pas donné quelques sueurs froides emportée par sa folie (Misery, 1989). Ou encore plus récemment avec le très bon Billy Summers (2022), un thriller pur jus maîtrisé de bout en bout.

Le personnage d’Holly Gibney a fait son apparition dans la trilogie Bill Hodges (Mr Mercedes, Carnets Noirs et Fin De Ronde). Stephen King la sortira ensuite de ses tiroirs pour lui confier un second rôle dans son roman L’Outsider puis dans la nouvelle Si Ça Saigne inspirée du même univers. Avec ce roman Holly gagne ses lettres de noblesse et occupe enfin le haut de l’affiche.

L’intrigue se situe en 2021, un choix qui ne doit rien au hasard, comme le reste du monde, les États-Unis font face, tant bien que mal, à l’épidémie de Covid-19. Au-delà de la crise sanitaire à proprement parler, le contexte offre un terrain de jeu de premier choix pour les complotistes de tout poil. Le monde se divise en deux clans, les vaccinés et les antivax.

Pour les États-Unis l’année 2021 est doublement emblématique, le pays émerge de quatre années sous la présidence de Donald Trump. Là encore il y a les pro MAGA (Make America Great Again, le slogan de campagne de Trump) et les anti… Le pire c’est que rien ne garantit que le gugusse ne revienne pas à la Maison Blanche en 2028, surtout si les démocrates relancent Papy JB aka Le Sénile dans la course !

Mais revenons à nos moutons et au roman Holly.

Au fil de ses aventures nous avons vu s’étoffer la personnalité d’Holly Gibney, la frêle et timide que Bill Hodges a découvert sait désormais s’affirmer et à plus ou moins se faire confiance. Et elle en aura bien besoin pour affronter cette nouvelle affaire.

Pour elle l’affaire commence comme une « simple » disparition d’une jeune femme. Au fil de ses investigations elle va rapidement s’apercevoir que d’autres disparitions potentiellement suspectes ont eu lieu dans un périmètre relativement restreint… même si rien ne semble relier les victimes entre elles.

Le lecteur est quant à lui parfaitement conscient, dès les premières pages du roman, que ces disparitions n’ont rien d’ordinaires. Elles sont l’œuvre d’un couple de retraités qui, sous les dehors d’une respectabilité sans faille, ont imaginé un plan repoussant les limites de l’horreur pour se maintenir au top de la forme.

Pour la première fois Holly va donc se retrouver confrontée à une affaire ne faisant appel à aucun élément fantastique ou surnaturel. Elle aura pourtant à faire aux individus encore plus monstrueux et abjects que ceux qu’elle a déjà affronter. Comme le dira fort justement Izzy Jaynes à la fin de l’affaire :

L’autre nouveauté pour Holly est qu’elle sera quasiment seule sur une grande partie de son enquête. Son associé, Pete Huntley, est en effet cloué au lit par le Covid. Quant à Jerome et Barbara Robinson, qui lui ont prêté main forte plus d’une fois, ils seront fort occupés de leur côté par des projets personnels qui se concrétisent.

Au-delà de son enquête, Holly va aussi devoir composer avec une situation personnelle un peu compliquée. En effet au début du roman elle assiste aux funérailles de sa mère, terrassée par le Covid (un brin ironique pour quelqu’un qui rejetait l’existence de cette maladie). Si vous avez lu la trilogie Bill Hodges vous savez déjà que le personnage de Charlotte Gibney n’est pas franchement des plus avenants, toujours prompte à rabaisser Holly. Vous découvrirez que la daronne avait encore quelques coups foireux en réserve… heureusement, finalement les choses tourneront plutôt à l’avantage de notre brave Holly.

Si Stephen King impose à son intrigue un rythme de croisière plutôt pépère (les choses vont véritablement s’emballer vers la toute fin du roman), on ne s’ennuie pas une minute pour autant, on prend plaisir à suivre chacun des personnages dans leur parcours personnel. La plume de l’auteur fait mouche, comme toujours, notamment quand il faut pointer les travers de la société américaine. Mais il est tout aussi efficace quand il s’agit de rendre hommage à la littérature, et tout particulièrement à la poésie.

Indéniablement cette cuvée 2024 du King a tous les atouts d’un grand cru. L’absence d’élément fantastique ne m’a posé aucun problème, au contraire c’est même l’une des grandes forces du roman.

[BOUQUINS] Bernard Petit – Le Nerf De La Guerre

Le Patron, un homme respecté au Maroc, a monté son business sur le commerce du cannabis. En lien avec les producteurs locaux, il achemine la marchandise vers l’Europe. Mais aujourd’hui plus qu’hier, il faut savoir être inventif pour passer sous les radars de la police. Et pour ça, il peut compter sur Youssef, son bras droit et fils spirituel, celui à qui il destine son empire. Un homme discret, mesuré, à qui l’argent ne fait pas tourner la tête. Tout le contraire de Junior.

Celui-ci a rejoint le réseau pour gérer, depuis Paris, les flux d’argent générés par le trafic. Le problème, c’est que Junior appartient à cette génération qui ne respecte pas les règles établies. Fougueux, impatient, il déborde d’idées et d’ambition. Quitte à mettre en péril le fragile équilibre de toute cette organisation. Pourtant, dans leur monde, les conflits sont toujours mortels…

Parce que le précédent (et premier) roman de Bernard Petit, La Traque, m’avait fait forte impression. On y retrouve la touche unique des polars écrits par des anciens de la maison.

Je remercie les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Après un premier roman des plus aboutis et d’un réalisme bluffant, nous étions nombreux à attendre Bernard Petit au tournant du second roman. Force est de reconnaître que l’auteur relève haut la main le défi !

Jamais un roman ne m’a plongé au cœur du trafic de drogue avec autant de réalisme. Sous la plume hyper documentée de l’auteur, on découvre les méandres du trafic via ses différents acteurs. Un univers impitoyable où le moindre écart peut s’avérer mortel.

Pour tisser son intrigue Bernard Petit oppose deux visions du trafic de stupéfiant. Avec le sage Youssef d’un côté, qui préfère miser sur un réseau discret qui respecte les règles que le milieu a plus ou moins édictées au fil du temps. De l’autre se trouve le jeune et impétueux Junior, qui veut voir toujours plus grand et aller toujours plus loin, quitte à bafouer certaines de ces règles qu’il estime dépassées.

Tous les aspects du trafic sont abordés sans tabou dans ce roman. De l’acheminement à la revente en passant par le stockage et les divers montages financiers – de plus rudimentaire au plus élaboré – permettant à l’argent de passer sous les radars des autorités.

Bien entendu ces divers aspects plus ou moins techniques vont permettre au roman de se démarquer mais ce n’est pas non plus l’assurance d’avoir un bon thriller entre les mains. L’auteur nous concocte une intrigue largement à la hauteur de son important travail documentaire. Une intrigue qui m’a tenu en haleine quasiment de la première à la dernière page.

Une intrigue dans laquelle la police ne va intervenir que tardivement, mais le moins que l’on puisse dire c’est que leur apparition sera des plus remarquée. Les différents services impliqués vont unir leurs efforts pour mettre en place un plan particulièrement audacieux dans l’espoir de faire dérailler la mécanique parfaitement huilée qui leur fait face.

Les personnages sont particulièrement soignés, pas question de tomber dans le piège du manichéisme à deux balles où tout doit être noir ou blanc. Ici tout est nuancé, ainsi certains « méchants » vous apparaîtront comme plutôt sympathiques alors que d’autres demeureront de véritables pourritures sans foi ni loi.

Assez peu d’intervenants du côté des forces de l’ordre mais l’auteur en profite pour pointer du doigt des conditions de travail difficilement conciliables avec une vie sociale ou familiale. Un métier qui doit aussi composer avec un manque d’effectif et de moyens auquel viendront s’ajouter de nombreuses tracasseries administratives. Un métier qui va exiger beaucoup de ceux qui s’y engagent mais ne leur rendra pas grand-chose, surtout pas la reconnaissance.

Bernard Petit opte pour une approche très visuelle, sans fioriture. Il faut que ça claque comme un coup de feu et que ça fasse mouche instantanément. Un choix qui s’avérera payant, tant on aura du mal à lâcher le bouquin une fois qu’il nous aura ferré.

Pour l’anecdote, l’image de la couv’ renvoie à l’un des personnages du roman… et pas des moindres !

Avec ce roman l’auteur signe un sans faute captivant et fascinant de bout en bout. Je frétille déjà d’impatience dans l’attente du prochain roman de Bernard Petit.

[BOUQUINS] Margot Douaihy – Repentie

Lorsque l’école catholique Saint-Sébastien devient la cible d’un terrible incendie criminel, les Sœurs du Sang Sacré et leurs élèves sont plongés dans le chaos. Insatisfaite de la réponse des autorités, la sardonique et entêtée Sœur Holiday est déterminée à démasquer elle-même le coupable et à ramener la paix dans ce sanctuaire où elle a trouvé refuge lorsqu’elle n’avait nulle part où aller.

Elle est plus fidèle que la plupart, mais Sœur Holiday n’est pas une sainte. Pour reconstituer les indices de ce mystère aux enjeux majeurs, elle devra d’abord affronter les péchés de son passé mouvementé.

Son enquête la mènera sur un chemin sinueux de suspicion et de secrets dans la chaleur moite et oppressante de la Nouvelle-Orléans.

Parce que le côté bonne sœur atypique me faisait fortement penser au personnage de Sœur Marie-Thérèse des Batignolles créé par Maëster pour Fluide Glacial. J’espérais bien retrouver ce côté irrévérencieux et un tantinet provoc dans le présent roman.

Margot Douaihy vous invite à faire connaissance avec une presque bonne sœur (elle n’a pas encore prononcé ses vœux définitifs) pas comme les autres. Sœur Holiday est ouvertement lesbienne, couverte de tatouage, adepte de musique punk rock et elle fume comme un pompier… Désormais en quête de rédemption elle enseigne la musique au sein de l’institut catholique de Saint-Sébastien en attendant d’entrer dans les ordres.

En attaquant ce roman je m’attendais à retrouver une bonne sœur à l’image de Sœur Marie-Thérèse de Maëster et le ton irrévérencieux et un tantinet provoc indissociable du personnage. Si Sœur Holiday dénote parmi ses pairs, il n’en reste pas moins qu’elle est profondément croyante et sa foi semble inébranlable. Trop à mon goût ! Toutes ces bondieuseries pour grenouilles de bénitier ont été parfois à la limite du digeste pour l’athée viscéral que je suis… une génuflexion ou une prière de plus et je rejouais la scène du vomi de L’Exorciste.

Ce petit malentendu spirituel mis à part j’ai pris plaisir à suivre le parcours de Sœur Holiday, j’avais surtout hâte de découvrir comment elle en était venue à souhaiter intégrer les ordres. Force est de reconnaître que son parcours n’a pas toujours été une promenade de santé, mais aussi qu’elle a une grande part de responsabilité dans le drame qui sera à l’origine de sa soudaine vocation religieuse.

Quand on ose s’attaquer à l’institut qui lui a offert une seconde chance, Sœur Holiday voit rouge. Elle a la ferme intention de démasquer l’incendiaire / criminel. D’autant que rapidement un second incendie et une seconde victime frappe Saint-Sébastien. Mais voilà ne s’improvise pas détective qui veut, notre Sherlock Nonne va commettre des erreurs d’appréciation au fil de son enquête. En cela l’auteure marque un point, que sa nonne devienne détective hors pair en un claquement de doigt aurait clairement manqué de crédibilité.

Les personnages secondaires ne sont pas de simples faire-valoir, Margot Douaihy apporte beaucoup de soin à dresser leur profil et leur personnalité. À ce titre j’ai particulièrement apprécié le personnage de l’enquêtrice Riveaux, on devine rapidement qu’elle aussi traîne ses casseroles et ses zones d’ombre.

C’est d’ailleurs elle qui donne une possible piste pour les prochaines apparitions de Sœur Holiday. Rendez-vous auquel je répondrai présent avec plaisir… en espérant toutefois un peu moins de bondieuseries à deux balles.

Je vous laisse découvrir les autres intervenants au cours de cette intrigue et vous forger votre propre opinion sur chacun d’entre eux. Forcément il y en aura qui attireront davantage d’empathie que d’autres mais ne perdez pas de vue que l’habit ne fait pas le moine (ou encore la bite ne fait pas le rabbin).

Si l’intrigue dans son ensemble ne devrait pas mettre les nerfs des lecteurs les plus aguerris à rude épreuve, l’auteure parvient toutefois à suffisamment brouiller les pistes pour vous faire douter et mettre à mal vos certitudes. Finalement on referme le bouquin en se disant que le job est fait, ce qui n’est déjà pas si mal.

Le choix d’une narration à la première personne renforce le sentiment d’immersion au cœur de l’intrigue, on perçoit les événements tels que Sœur Holiday les perçoit, tout en gardant notre propre jugement de lecteur.

Si j’ai mis un temps plus que considérable à terminer ce roman et à rédiger ma chronique, ce n’est nullement à cause du bouquin mais plutôt faute à un emploi du temps professionnel particulièrement chargé ces dernières semaines. En rentrant j’étais plus attié par un verre de Jack que par ma liseuse pour décompresser.

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – Noir Comme L’Orage

Après une nuit d’orage, alors que la saison touristique commence à peine, des corps sont découverts sur l’île d’Oléron et ses alentours, attachés à des pieux métalliques plantés dans le sable face à l’océan, foudroyés. Sept dépouilles au total. Et des modes opératoires très proches.

Le capitaine Max Fontaine, en poste à la PJ de La Rochelle, va aussitôt être chargé de l’affaire. Sa priorité : trouver le lien qui unit les victimes pour espérer remonter jusqu’à leur assassin. Il ne se doute cependant pas de la douloureuse épreuve personnelle qu’il s’apprête à traverser, ni de la solitude, de l’impuissance et de la rage qui vont l’habiter durant cette enquête. Car de nombreux obstacles se dresseront sur sa route avant qu’il puisse accéder à la vérité.

Parce que c’est Sonja Delzongle, une belle et grande plume de la littérature noire.

J’ajouterai la magnifique couv’ illustrée par une photo de Dean Gill, un authentique chasseur d’orages (voir son site), qui capte d’emblée le regard.

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ça commence fort avec quatre scènes de crimes et sept victimes. Un point commun relie ces macabres mises en scène, l’arme du crime – nettement moins commune que le fameux point –, qui n’est autre que la foudre. Vous vous en doutez la coupable n’est pas Mère Nature…

C’est le capitaine Max Fontaine et son équipe qui vont hériter de cette délicate enquête. Une enquête qui s’annonce complexe au vu du peu d’indices à disposition des policiers… et de la mauvaise volonté de certains de leurs interlocuteurs.

Du fait de son parcours personnel, le personnage de Max avait a priori tout pour attirer l’empathie des lecteurs, mais sa tendance à l’autoapitoiement aura été rédhibitoire pour moi.

Heureusement que son adjoint, Thomas Bergerac, n’est pas affligé du même syndrome de Caliméro. J’ai beaucoup aimé ce personnage, gentil et dévoué, mais aussi un peu fonceur.

Le personnage le plus trouble et le plus complexe reste incontestablement celui de Bénédicte Saint-Roch.  En refermant le bouquin, le voile n’est pas complètement levé sur les multiples facettes de cette personnalité hors norme.

D’autres personnages du roman vous réserveront quelques surprises, parfois bonnes, souvent mauvaises, mais je ne vous en dirai pas plus.

Comme souvent avec Sonja Delzongle, la dimension humaine occupe une place de premier choix dans ce roman. le parcours de Max s’y prête fort bien, mais l’auteure va au-delà de cette différence. Il y sera aussi question d’amour, d’amitiés, de relations familiales (souvent compliquées), de tolérance (et d’intolérance). Et comme le monde n’est pas tout rose, elle saura, avec son talent habituel, disséquer les aspects les plus sombres de l’âme humaine.

Une seconde intrigue, sous la forme d’un double homicide, va venir se greffer à la trame principale du récit. Autant l’enquête autour des foudroyés vous tiendra en haleine jusqu’au clap de fin, autant ce double meurtre ne vous réservera aucune surprise (on devine d’entrée de jeu la personne qui se cache derrière ce crime… il faut dire l’auteure en fait une parfaite tête à claques).

Sonja Delzongle a décidé de situer son intrigue en 2025, ce n’est certes qu’un détail sans importance sur le déroulé des événements, mais je m’interroge tout de même sur ce choix. Pourquoi ne pas avoir situé son intrigue de nos jours ?

À la lecture du roman, on devine un gros travail de documentation préalable autour des orages et des différents phénomènes qui y sont liés (dont la foudre bien entendu). C’est parfois technique, mais ça reste parfaitement compréhensible pour le profane (que je suis, soit dit en passant).

Si l’intrigue principale est rondement menée, je dois toutefois avouer que la fin m’a un peu donné l’impression de tomber comme un cheveu sur la soupe. Sur le coup je suis resté plus que perplexe devant cet ultime revirement de situation.

C’est la principale raison pour laquelle je me suis donné quelques jours pour rédiger la présente chronique (en général je ne prends aucun recul, j’écris à chaud). Je ne voulais pas que ce bémol final vienne ternir mon ressenti global.

[BOUQUINS] Christophe Royer – Famille Décomposée

À Lyon, au cimetière de Loyasse, un homme est retrouvé assassiné près de la tombe d’un célèbre guérisseur. Découvert par sa mère, tout porte à croire que ce meurtre n’est que le début d’une longue cabale déclenchée contre la famille Daventure.

De par sa complexité, cette nouvelle affaire est un défi de taille pour le commandant Nathalie Lesage et son équipe.

Dans les rues d’un Lyon aussi secret que mystérieux, où la petite histoire va croiser la grande, cette enquête va bouleverser la vie de notre héroïne…

Trois mots pour répondre à cette question : Taurnada, Royer et Lesage.

Taurnada parce que c’est une maison d’édition chère à mon cœur dont le catalogue regorge de pépites.

Christophe Royer parce que j’ai beaucoup aimé ses quatre précédents romans. Et de fait, celui-ci est la quatrième enquête mettant en scène Nathalie Lesage.

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée depuis déjà quelques années (un échange commencé en 2017 avec le livre de Thierry Poncet, Zykë – L’Aventure).

Après une escapade albigeoise des plus périlleuse, retour au bercail pour cette nouvelle enquête. Nathalie Lesage retrouve la ville de Lyon et son équipe avec la découverte d’un corps laissé en évidence sur la tombe d’un célèbre guérisseur. Une mise en scène qui avait pour seul objectif que ce soit la mère de la victime qui découvre le cadavre.

Une fois de plus Christophe Royer s’inspire du passé historique de la capitale des Gaules (titre que la ville de Lyon a porté jusqu’en l’an 297… il faut croire que les habitudes ont la dent dure) et y ajoute une pointe d’ésotérisme elle aussi extraite de la réalité lyonnaise.

Ainsi le fameux Maître Philippe (Nizier-Anthelme Phlippe de son vrai nom) et son disciple Papus (né Gérard Encausse) ont bel et bien existé, leur réputation ayant même largement dépassé les limites de la ville de Lyon pour s’étendre à l’international. De même, l’ordre des martinistes, quoique plutôt discret, existe bel et bien et aurait même encore une réelle influence à Lyon.

Bien entendu, le personnage de Raspoutine, à la réputation parfois sulfureuse, est lui aussi un personnage historique. Même si dans le roman il ne fait aucun doute que son prétendu descendant n’est qu’un gros mytho qui use de cette influence pour asseoir son autorité sur la bande de décérébrés qui l’entoure (le tout appuyé par quelques accès de colère durant lesquels il laisse libre court à sa violence).

Revenons donc à nos moutons. Le roman s’ouvre sur un rendez-vous galant obtenu via un site de rencontre, Nathalie Lesage s’y rend à contrecœur, tout ayant été manigancé par son amie Diane avec la complicité de Cyrille. Une rencontre qui va d’abord faire sourire – l’heureux élu étant un grand costaud qui arrive vêtu d’un kilt en cuir – mais comme le dit fort bien le dicton « l’habit ne fait pas le moine ».

Rapidement, Nathalie est rappelée par la dure réalité de son métier avec une victime sur laquelle le ou les coupables semblent s’être acharnés plus que nécessaire. Devant le manque d’indice l’enquête piétine même s’il semble évident que c’est la famille Daventure qui est visée par cette macabre mise en scène.

Cette famille qui se cache sous un semblant de respectabilité et de religiosité (la matriarche ne jure que par Maître Philippe, le citant à n’en plus finir à la moindre occasion) m’a beaucoup fait penser à la chanson Ces Gens-Là de Jacques Brel. Tout pour la façade, mais quand on commence à creuser c’est une autre vérité qui se révèle.

Et puis, et puis, et puis il y a Frida… Sauf qu’elle s’appelle Romy dans le roman, une adolescente recueillie par les Devanture à la mort de son père. Une ado qui se donne des airs de rebelle, mais qui rêve de voler de ses propres ailes pour partir loin de cette famille de cinglés.

Une gamine qui ne devrait laisser personne indifférent tant elle est attachante. Pour vous dire, même Nathalie Lesage baisse la garde face à cette ado qui n’est pas sans lui rappeler l’adolescente qu’elle était.

L’intrigue est rondement menée, captivante de bout en bout. On se doute bien qu’il y anguille sous roche et que cette foutue anguille va nous coller une paire de claques monumentale. Et pourtant, je n’avais pas imaginé quelque chose d’aussi glauque !

Pour les lecteurs qui fréquentent Nathalie Lesage depuis déjà quelque temps (depuis ses débuts pour ma part), on assiste à une évolution des plus positive pour le personnage. Il était temps que Christophe Royer lui accorde sa part de bonheur. Mais pas question pour autant qu’il lui offre une retraite prématurée, j’espère bien la retrouver pour d’autres enquêtes.

[BOUQUINS] Olivier Descosse – Le Cirque Du Diable

Massif de la Meije. Un corps congelé, entièrement nu, retrouvé par des surfeurs lors d’un ride dans le Cirque du Diable. Le lieu est inaccessible et connu pour les légendes funestes qui l’entourent. Au même moment dans le Haut-Var, trois cadavres calcinés sont découverts au fond d’une bergerie abandonnée, en pleine forêt.

La première affaire est confiée à Paul Cabrera, policier de la Crime qui a fait ses armes à la BAC Nord et se déplace uniquement en Harley ; la seconde à Chloé Latour, cheffe de groupe à la brigade criminelle de Marseille, dont la classe et la froideur suscitent défiance et jalousie.

La glace, le feu… Et si ces deux énigmes n’en faisaient qu’une ? Des sommets inviolés aux ZAD sauvages, des as de la glisse aux groupes survivalistes, Paul Cabrera et Chloé Latour réalisent d’étranges recoupements. Avec une certitude : le ou les assassins disposent de capacités physiques hors du commun.

Pour le plaisir de retrouver Chloé Latour que j’ai rencontré dans le précédent roman d’Olivier Descosse, Peurs En Eaux Profondes. Un personnage que j’ai appris à apprécier et qu’il me tardait de retrouver.

Je remercie les éditions XO et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman, Olivier Descosse renoue avec deux de ses personnages récurrents. Deux pour le prix d’un… what else ? C’est Paul Cabrera – héros de trois romans publiés entre 2003 et 2005 –, qui va enquêter sur la scène de crime des Hautes-Alpes. Pour sa part, Chloé Latour – découverte l’an dernier dans Peurs En Eaux Profondes –, va devoir élucider le mystère autour d’un triple homicide dans le Haut-Var.

Deux flics qui bossent à la Crim’ de Marseille, mais ne se connaissent que de nom… et de réputation. Au fil des parties découpant le roman, le lecteur va alterner entre deux enquêtes distinctes. Il faudra quasiment attendre les deux tiers du bouquin pour que leurs enquêtes respectives ne fassent qu’une et que nos deux flics de choc (chacun à sa façon) se rencontrent et enquêtent de concert.

Paul et Chloé avaient chacun des a priori sur l’autre, leur coopération plus ou moins forcée, va leur permettre d’apprendre à se connaître et à se respecter. Deux personnalités affirmées qui vont s’avérer complémentaires sur une enquête particulièrement complexe et face à un tueur implacable.

J’ai bien aimé l’opposition des caractères de ces deux enquêtes qui, soit dit en passant, vont devoir mener sans l’aide directe de leurs équipes respectives. Ils pourront heureusement compter sur le renfort humain et matériel de la gendarmerie de Briançon.

Même si Chloé Latour est toujours minée par son passé douloureux, j’ai trouvé le personnage plus apaisé et moins directif que dans le précédent roman. Ou alors c’est que je me suis habitué aux petits travers de la nana.

Force est de constater qu’en matière de perversité meurtrière Olivier Descosse n’y va pas avec le dos de la cuillère. Deux de « ses » victimes feront en effet l’objet d’une mise à mort particulièrement atroce.

L’auteur nous concocte une intrigue qui tourne autour de thèmes qui sont dans l’air du temps, tel que l’écologie, la collapsologie et une pointe de survivalisme. Mais pas que… Une intrigue plutôt bien ficelée qui vous réservera quelques surprises au fur et à mesure que le voile se lèvera et que les implications des uns et des autres se préciseront.

Il est vrai que la nature en général, et la montagne en particulier, fait partie intégrante de l’intrigue. D’autant que le fameux Cirque du Diable est sujet à d’anciennes superstitions qui en font un endroit maudit.

Les chapitres sont courts, le style est direct, pas de fioritures pour égarer le lecteur, le fond avant la forme. Un choix généralement payant en matière de thriller, et la recette fonctionne parfaitement dans le présent roman.

J’ai lu une critique du roman dans laquelle le lecteur en question soulignait des erreurs de l’auteur concernant le fonctionnement et l’organisation de la Légion étrangère. N’étant pas expert en la matière je ne me prononcerai pas, une chose est sûre je n’ai rien trouvé de choquant susceptible de nuire au déroulé et à la crédibilité de l’intrigue.

Dans une interview publiée sur le site des éditions XO, Olivier Descosse promet que Chloé Latour et Paul Cabrera seront de retour dans de futurs romans, mais chacun de leur côté cette fois. Je ferai en sorte de répondre présent pour ces rendez-vous futurs, et qui sait, peut-être que d’ici là je prendrai le temps de découvrir les précédentes enquêtes de Paul Cabrera.