Désirant étendre mon exploration du catalogue de l’éditeur Fleur Sauvage (jusqu’alors je n’avais lu qu’une seule de leur auteure, Armelle Carbonnel), j’ai longuement hésité entre plusieurs titres qui me faisaient de l’oeil (I’ll be back… aucun doute là-dessus) avant de jeter mon dévolu sur Du Barbelé Sur Le Coeur de Cédric Cham.
Dris sort de prison après cinq années de détention pour trafic de stupéfiants, il est bien déterminé à rentrer dans le droit chemin et gagner sa vie honnêtement. Serge est en liberté surveillée après avoir purgé une peine pour viol sur mineure, lui aussi ne compte pas y retourner, mais il entend bien profiter à fond de sa liberté retrouvée…
Deux anciens taulards, pas franchement des enfants de choeur… le pari de l’auteur est de nous faire ressentir une réelle empathie pour au moins l’un d’eux (impossible pour le second, c’est une merde irrécupérable). Un défi osé, mais relevé haut la main.
Si Dris n’est pas un saint (et ne se pose jamais en victime) il représente le visage humain de la population carcérale. Ces gars qui font des conneries pour un tas de mauvaises raisons (il le reconnaît lui-même : « Ainsi, il tapa dans les stups. Non par goût, car en dehors de quelques joints fumés avec les potes, il ne consommait pas. Mais par calcul. Le bizness rapportait gros et finalement les risques n’étaient pas plus importants.« ), qui en paient le prix par un séjour plus ou moins long derrière les barreaux, mais qui une fois libérés se décarcassent vraiment pour s’en sortir. Ces gars sur qui le destin semble s’acharner à leur jouer des mauvais tours et leur foutre les bâtons dans les roues…
Serge lui est la face la plus obscure de cette même population carcérale : « Un putain de trappeur. Un enculé de pointeur. Une sous merde dans la chaîne alimentaire carcérale. » ! Des raclures qui ne méritent pas que le contribuable paie des impôts pour les envoyer en taule. Plutôt leur couper les couilles et les leur faire bouffer avant de leur coller un coup de surin dans le bide et de les laisser crever dans le caniveau… Au lieu de ça on leur offre des aménagements de peine, des aides en tout genre pour les réinsérer…
Je n’ai pas été surpris d’apprendre que Cédric Cham travaillait dans l’administration pénitentiaire, on sent qu’il maîtrise le jargon et les procédures. Et bien entendu cela contribue grandement à ancrer son roman dans la réalité.
Un polar noir, très noir, mais aussi tristement réaliste et sociétal. Un roman qui vous prendra instantanément aux tripes et vous les vrillera jusqu’à la toute dernière page. Et quand vous le lâcherez enfin ce sera quasiment KO debout. Un coup de poing dans la gueule magistral, superbement écrit (la plume de l’auteur est sans concession, percutante et bouleversante à la fois) et incontestablement un coup de coeur. Un sans-faute du début à la fin (et putain de fin ! KO debout, j’vous dis).
Je m’attendais à du lourd de par certaines critiques très enthousiastes lues sur Babelio et la blogosphère, notamment celle de Loley, on peut dire que j’ai été généreusement servi. Un grand merci à Cédric Cham et à Fleur Sauvage, pour ce moment d’intense lecture. Nul doute que d’autres occasions de mettre en avant cette maison d’édition se présenteront très vite. Quant à l’auteur, j’ai d’ores et déjà son premier roman, La Promesse, en stock.
Étiquette : Littérature française
[BOUQUINS] Jean-Philippe Jaworski – Même Pas Mort !
Au menu du jour un roman découvert grâce à un certain Book Club mal famé. La chose est française, issue de l’imagination de Jean-Philippe Jaworski et s’appelle Même Pas Mort !, premier opus de la trilogie (qui n’en sera pas vraiment une au final) Rois Du Monde.
Bellovèse et ses compagnons de voyage, le guerrier Sumarios et le barde Albios, voguent vers les inhospitalières Iles des Vieilles sur ordre du Grand Druide Comrunos. Bellovèse doit y consulter les oracles Gallicènes afin de comprendre pourquoi la Mort n’a pas voulu de lui alors qu’il a pourtant bel et bien été tué au combat. Malédiction ou bénédiction ?
La première chose qui frappe dans le roman de Jean-Philippe Jaworski est la richesse du vocabulaire utilisé et le grand soin apporté au style ; rien n’est laissé au hasard, tout est fait pour assurer au lecteur une lecture placée sous le signe du plaisir. Je ne vous cacherai pas qu’une telle richesse m’a tout d’abord surpris, puis m’a fait craindre pour le rythme et la fluidité. Craintes rapidement balayées, tout est pesé et mesuré pour un équilibre qui flirte avec la perfection.
La seconde surprise vient de la quasi-absence de contexte, l’auteur nous plonge au coeur de son intrigue sans vraiment prendre le temps de présenter l’univers qu’il souhaite déployer. Un univers dans lequel la fiction cohabite étroitement avec la réalité historique puisque le récit nous propulse au VIe siècle avant Jésus-Christ, au coeur des royaumes celtes, civilisation alors à l’apogée de sa gloire.
Point de fantasy sans apports surnaturels, me direz-vous. Bien d’accord avec vous, vous répondrai-je. Rassurez-vous le surnaturel et bien présent dans ce roman, mais une fois encore l’auteur ne laisse rien au hasard et puise dans la mythologie celtique afin d’intégrer une part de fantastique à son récit. On devine sans peine l’énorme travail documentaire auquel Jean-Philippe Jaworski a dû se livrer dans le but de produire un tout parfaitement cohérent. On est dans un roman de fantasy certes, mais de la fantasy quasi historique… et on s’y croirait vraiment !
N’allez surtout pas croire que Jean-Philippe Jaworski mise tout sur la rigueur historique, je pense que j’aurais l’affaire rapidement si tel avait été le cas, il s’autorise aussi certaine liberté, notamment quand il s’agit de donner la parole à ses personnages. Le langage est alors résolument moderne et pour le moins fleuri… mais bon nous sommes en présence de guerriers, pas de politiciens véreux (pléonasme ?) adeptes de la langue de bois.
Le récit se fait à la première personne, c’est Bellovèse lui-même qui nous conte son périple initiatique. Selon la légende, Bellovèse et son frère, Ségovèse, seraient à l’origine de l’extension des royaumes celtes au-delà des frontières de la Gaule ; la véracité historique de cette légende n’est toutefois pas avérée. Pour rebondir sur ma remarque précédente, une carte en début d’ouvrage aurait été un plus afin de suivre au mieux le périple de Bellovèse.
Un récit que se joue de l’ordre chronologique, se permettant un long retour en arrière afin que l’on apprenne par quelle succession d’événements Bellovése s’est retrouvé « même pas mort ». Un récit découpé en trois longues parties, pour ma part j’avoue que j’aurai apprécié que chacune de ces parties soit elle-même découpée en chapitres (ça facilite la navigation quand on passe d’un support à l’autre). Un bémol minuscule de pure forme, mais je tenais à le dire.
Ce roman reste une belle découverte en offrant non seulement un univers fantasy original mais aussi une écriture éblouissante. Il me tarde de découvrir la suite du cycle…
Et puisque je mentionne la suite, il est temps pour moi de revenir sur la notion de trilogie qui n’en est pas une. Initialement le roman était prévu en trois volumes, chacun correspondant à une période phare du récit (Même Pas Mort est ainsi rattaché à l’enfance des personnages). Toutefois, face au grand nombre de pages du second opus, Chasse Royale, l’auteur a opté pour un découpage en trois tomes (deux sont d’ores et déjà disponibles), préférant privilégier la qualité narrative plutôt qu’un quelconque impératif éditorial. A l’heure d’aujourd’hui, bien malin celui qui pourra dire sous quelle forme se présentera l’ultime opus, La Jument Verte.
MON VERDICT

Morceaux choisis
Qu’est-ce que la guerre ?
Laissons la parole à Bellovèse…
Qu’est-ce que la guerre ? Vos rhapsodes et nos bardes commettent la même erreur : ils ne chantent que les armes, les corps vigoureux, le tourbillon des mêlées, les larmes, les bûchers funéraires. Ils ne retiennent que l’anecdote. Entrer en guerre, c’est comme passer de l’autre côté. C’est gagner un monde voisin, familier et pourtant différent. C’est une pomme surie au milieu de fruits frais. C’est un univers bruissant de rumeurs, d’agitation et d’erreurs ; c’est l’émergence de fraternités factices et de haines irraisonnées. C’est un face à face avec des fantômes inconnus et fuyants. Des greniers abandonnés, des champs livrés aux herbes folles, la peur à chaque détour du chemin, parfois la mort sous la lance d’un ami, parfois la compassion dans le regard de l’ennemi. La guerre, c’est le désordre. C’est le mouvement.
Y’a pas à dire Tigernomagle, le roi des Lémovices, sait y faire pour haranguer les foules :
« La racaille, elle se croit forte ? Elle imagine qu’elle peut me la mettre bien profond ? On va leur montrer, à ces bâtards ! On va leur tomber sur la tronche ! On va leur casser les reins ! Ils veulent jouer à la guerre ? On va les défoncer ! Et quand ce sera fini, je suspendrai leur viande sur mes frontières ! Ils serviront de perchoirs à corbeaux ! »
Ca a quand même plus de gueule qu’un discours de Macron !
Suobnos, un vagabond qui ne manque pas de bon sens :
« Au monde, rien ne va de droit fil. Avez-vous déjà suivi un chemin qui vous mène tout droit à destination ? Avez-vous déjà descendu une rivière qui va se jeter tout droit dans la mer ? Avez-vous déjà vu la lune ou le soleil traverser tout droit le firmament ? Même les étoiles dansent de lentes farandoles. L’existence n’est qu’un immense canevas de lacets, de virages, d’embranchements et de méandres. Tout est capricieux et infléchi, et la vie entière est un entrelacs d’arabesques. Seuls les lances et les javelots sont droits… Mais les lances et les javelots sont des instruments de mort. Eh bien, les histoires sont les reflets du monde, et une belle histoire gire et vagabonde. Il n’y a que les contes sinistres qui vont droit au but, comme un trait jeté pour tuer. »
[BOUQUINS] Didier Van Cauwelaert – Le Retour De Jules
Changement de registre au menu du jour, avec Le Retour De Jules de Didier Van Cauwelaert ; vous l’aurez deviné, il s’agit bien entendu de la suite de Jules. Une escapade bienvenue loin de la folie des hommes exposée dans les thrillers.
RIen ne va plus pour Jules. Zibal et Alice, ses maîtres, se sont séparés, le petit garçon épileptique sur lequel il veillait est guéri et, cerise sur le gâteau, le voilà menacé d’euthanasie pour comportement dangereux. Ils sont fous ces humains ! Zibal, Alice et Fred vont tout faire pour le tirer d’affaire, ils pourront heureusement compter sur de précieux soutiens… mais pas sur la collaboration de Jules, qui semble plus que jamais déterminé à n’en faire qu’à sa tête !
Avant d’entrer dans le vif du sujet je me permets un petit aparté concernant la couv’ du bouquin, et ceci s’applique aussi au premier opus : Jules est un labrador couleur sable, une race et une couleur de robe on ne peut plus courantes vous en conviendrez ; alors, fichtre diantre, pourquoi nous coller un braque de Weimar sur les couvertures ??? Ceci dit dans le présent roman on a bien un (ou plutôt une) braque qui tiendra compagnie (et plus si affinités) à notre brave Jules.
Ceux et celles qui ont lu Jules seront sans aucun doute ravis de le retrouver, mais est-ce pour autant qu’une suite s’imposait ? Je ne trancherai pas la question de façon binaire (oui/non) mais plutôt à la sauce normande : oui et non. Cette suite ne s’imposait pas, mais elle n’est pas non plus une aberration. Vous voilà bien avancés, n’est-il point ?
On prend bien évidemment un réel plaisir à retrouver Jules, Alice, Zibal et d’autres personnages déjà croisés dans le roman précédent (dont bien entendu l’incontournable Fred) ; on fait connaissance avec de nouveaux venus (notamment Marjorie et sa chienne, Victoire) avec le même plaisir.
De même que l’on suit l’intrigue sans vraiment se poser de question sur la vraisemblance (ou plus exactement l’invraisemblance) de certaines situations, en se simplement laissant guider sur les chemins (parfois tortueux) que l’auteur défriche pour nous.
MAIS… bin oui sinon ça ne serait pas marrant. Malgré quelques trouvailles sympathiques, l’ensemble manque cruellement de pep’s contrairement à son aîné. Plus d’une fois on a l’impression que les personnages sonnent creux, qu’ils ne font qu’office de faire-valoir au périple des chiens.
Dire que je me suis ennuyé en lisant ce bouquin serait mentir, je me le suis fait d’une traite en une demi-journée (bon OK, il ne fait que 176 pages dans sa version papier) ! J’ai apprécié cette lecture sans toutefois ressentir les émotions et l’énergie qui ont su faire vibrer les bonnes cordes alors que je lisais Jules. Un retour réussi, mais en demi-teinte.
Didier Van Cauwelaert en profite toutefois pour rendre un vibrant hommage à ces chiens qui aident les humains, qu’il s’agisse d’assistance aux épileptiques ou de lutte antiterroriste. Une bonne raison de plus pour s’offrir ce roman.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Armelle Carbonel – Majestic Murder
Ami(e)s lecteurs et lectrices, vous le savez, j’aime aller fouiner de temps à autre en dehors des offres des ténors de l’édition (Fleuve, Albin Michel, Robert Laffont…), il y a tant de pépites offertes par des éditeurs plus modestes et injustement méconnus (et je ne vous parle pas de l’auto-édition encore trop souvent mésestimée). C’est donc chez Fleur Sauvage que j’ai cueilli le bouquin que je viens d’achever, l’objet du délit s’appelle Majestic Murder et est signé Armelle Carbonel.
Lillian rêve de devenir actrice, mais en attendant elle vit une vie à la dérive entre les squats pourris et la drogue. Sa rencontre avec Seamus, qui vient d’intégrer le squat dans lequel elle végète, pourrait bien lui offrir une opportunité d’un nouveau départ ; surtout quand celui-ci lui parle d’une troupe itinérante qui recrute des comédiens. Direction le Majestic Theater pour un nouveau départ…
En matière de thriller (mais je suppose que cela est vrai aussi pour les autres genres littéraires), il y a les auteur(e)s qui suivent « simplement » les règles du genre (ce qui n’empêche pas d’arriver à un excellent bouquin au final), ceux et celles qui jouent avec ces règles et brouillent les cartes, et, enfin, ceux et celles qui réinterprètent totalement le genre. Armelle Carbonel appartient incontestablement à cette dernière catégorie.
J’avoue qu’en choisissant ce bouquin je ne m’aventurais pas en terrain totalement inconnu (du moins le pensais-je avant de le lire), avec son précédent roman, Criminal Loft, l’auteure m’avait fait forte impression malgré quelques imperfections mineures. Il me tardait donc de voir si l’essai serait transformé ou non…
Dès les premières pages force est de s’incliner devant l’audace d’Armelle Carbonel, une fois de plus elle prend ses lecteurs à contre-pied en restructurant le thriller à la façon d’une pièce de théâtre. Audacieux mais efficace, redoutablement efficace !
Comme dans Criminal Loft l’auteure situe son action en un lieu bien réel, le Majestic Theater de Saint-Louis (Missouri) est en effet un théâtre désaffecté depuis les années 60, inscrit depuis 1985 au registre des sites historiques nationaux (traduction littérale du National Register of Historic Places). De même le personnage de Peg Entwistle, que doit interpréter Lillian a lui aussi existé (un court passage dans le monde des vivants, elle se suicida à 24 ans). Mais n’oublions que nous sommes dans une fiction, l’auteure peut donc se permettre de prendre certaine liberté avec la réalité…
Si le bouquin peut surprendre par sa construction, ne vous y trompez pas, c’est bel et bien un thriller que vous tenez entre les mains ; l’intrigue se met en place lentement mais sûrement, tissant un écheveau que le lecteur aura bien du mal à démêler afin de comprendre qui manipule qui et à quelles fins.
Les personnages sont soignés, chacun ayant sa part d’ombre (et parfois de lumière, mais c’est plus rare). Outre Lillian et Seamus vous découvrirez rapidement que le Majestic renferme une faune pour le moins atypique.
Oh j’oubliais un détail qui a son importance, vous connaissez sans doute la chanson Hotel California des Eagles, peut être vous souvenez-vous alors des dernières phrases : « We are programmed to receive. You can check out any time you like, but you can never leave !« . Il en va de même au Majestic, une fois les portes refermées, elles ne se rouvriront que lors du baisser de rideau final. Et il s’en passe des vertes et des pas mûres derrière les murs du Majestic.
Alors, oserez-vous pousser les portes du Majestic ? Je ne saurai que trop vous encourager à le faire ; non seulement le bouquin le mérite largement, mais il est primordial de soutenir ces petites maisons d’édition qui essayent de percer loin des diktats imposés par leurs illustres aînés.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Marc Levy – La Dernière Des Stanfield
Chose promise, chose due, je ne pouvais pas passer à côté du cru 2017 façon Marc Levy, La Dernière Des Stanfield. Place donc à ma chronique et à mon verdict du classico littéraire 2017.
Eleanor-Rigby, résidente de la banlieue londonienne, reçoit une lettre anonyme lui révélant que sa mère, décédée l’an dernier, aurait pris part à un crime il y a plus de 30 ans. Si elle souhaite en savoir plus, elle doit se rendre à Baltimore. D’abord dubitative, la jeune femme finit par céder à la curiosité et s’envole pour les Etats-Unis…
Avec ce nouveau roman Marc Levy vous invite au voyage, non seulement dans l’espace (l’aventure débute à Londres, mais se poursuivra aux Etats-Unis, au Québec et même en France) mais aussi dans le temps de 1944 (au coeur de la résistance française en compagnie de Robert et Hanna) à nos jours (avec l’enquête de nos héros Eleanor-Rigby et Georges-Harrison) en passant par l’année 1980 qui scellera le destin de Sally-Ann (la mère d’Eleanor-Rigby) et de May (la mère de Georges-Harrison).
Difficile de résister à des compagnons de voyage tels que Eleanor-Rigby et Georges-Harrison (un double hommage aux Beatles au cas où cela aurait échappé à certains lecteurs). Nos deux héros vont devoir fouiner dans les secrets de familles et les non-dits afin de découvrir la vérité sur le passé de leurs mères.
Si elles réservent bien des surprises à leur progéniture, Sally-Ann et May offrent aux lecteurs deux fortes personnalités au parcours étonnant. J’avoue sans complexe que c’est en leur compagnie que j’ai passé les meilleurs moments de ce roman.
J’ai nettement moins adhéré aux personnages de Robert et Hanna, surtout après-guerre lorsque le nom des Stanfield est réhabilité sur la base d’un mensonge. C’est d’ailleurs ce mensonge qui sera la clé de voute de l’intrigue.
Les personnages secondaires ne sont pas non plus laissés pour compte, je pense notamment à la famille de Eleanor-Rigby, entre un père un peu loufoque, une soeur caractérielle et un frère jumeau légèrement autiste, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Que du bonheur !
L’intrigue est rondement menée par Marc Levy et fait mouche autant par sa construction que par sa narration, difficile de lâcher le bouquin une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Si vous espérez une enquête qui jouera avec vos nerfs et un suspense digne des maîtres du genre, alors passez votre chemin ; on devine les tenants et les aboutissants bien avant que les personnages ne les découvrent eux-mêmes. Pour ma part cela ne m’a pas empêché d’apprécier pleinement ce bouquin, en ouvrant un titre de Musso ou Levy je sais que je ne trouverai pas une ambiance à la Chattam ou Thilliez, et je m’en accommode fort bien.
Voici venu le temps, de l’île aux enfants… oups, je m’égare (et ça ne me rajeunit pas soit dit en passant). Voici venu le temps du verdict ; qui sera le grand vainqueur de ce classico 2017 ? Un choix difficile, car les deux auteurs ont placé la barre haut cette année ; pour la qualité » du travail sur les personnages, j’accorderai toutefois un léger avantage (et donc le titre) à Marc Levy.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Guillaume Musso – Un Appartement A Paris
En cette année 2017, c’est Guillaume Musso qui ouvre le classico annuel l’opposant à Marc Lévy (opposition que les deux auteurs ont toujours clairement réfutée) ; inconditionnel de ce rdv incontournable je vous livre donc ma chronique de son dernier roman, Un Appartement A Paris.
Suite à un cafouillage informatique, Gaspard Coutances – dramaturge taciturne et aigri – et Madeline Greene – ex-flic en pleine phase de questionnements et de doutes –, se retrouvent contraints de partager le même appartement à Paris. Tout les oppose, la situation aurait rapidement pu devenir explosive. Jusqu’à ce qu’ils partagent la même passion pour l’ancien propriétaire des lieux, Sean Lorentz, un célèbre peintre décédé un an plus tôt. Au fil de leurs recherches, ils vont unir leurs forces pour se lancer dans une quête de prime abord insensée…
Avant de partager avec vous mon ressenti, je tiens à préciser que le délai de lecture (pas loin de 15 jours) n’est en rien dû à la qualité du bouquin, mais à un gros manque de disponibilités personnelles. Et je crains que les choses n’aillent pas en s’arrangeant dans les semaines (et plus si affinités) à venir !
Avec ce nouveau roman Guillaume Musso nous offre un habile mélange de rudesse et de tendresse, de noirceur et de lumière, de désespoir et d’espoir… Plus que jamais les contraires s’attirent et se complètent, un récit tout en contrastes parfaitement maîtrisé et assumé (ce n’est pas avec ce roman qui Guillaume Musso fera taire ses détracteurs les plus véhéments, mais il saura séduire un public déjà acquis à sa cause, et pourquoi pas, attirer quelques curieux qui hésitent encore à franchir le cap).
Un récit qui repose sur deux personnages (Gaspard et Madeline) à forte personnalité, chacun à leur façon. Mais aussi deux personnages qui luttent contre leurs propres démons intérieurs, la force extérieure affichée apparaît alors comme un écran de fumée permettant de dissimuler leurs faiblesses… aux autres, mais aussi à eux-mêmes.
Mais le véritable personnage central, celui autour de qui s’articule toute l’intrigue, est bel et bien Sean Lorentz. Malgré son décès, il est omniprésent de la première à la dernière page. C’est d’ailleurs lui qui sera le ciment entre Gaspard et Madeline… ce qui n’empêchera certains clashs et échanges animés ! Un personnage fascinant à plus d’un titre, mais je vous laisse découvrir cela par vous même.
Si l’intrigue est maîtrisée, autant par les thèmes abordés que par la modulation du rythme, ne comptez toutefois pas sur de brusques poussées d’adrénaline. Pour être totalement honnête avec vous, je suis convaincu que bon nombre de lecteurs devineront ou à tout le moins soupçonneront, certaines vérités avant même que l’idée n’effleure Gaspard et Madeline. Il n’en reste pas moins que j’ai passé un excellent moment en compagnie de ce bouquin, plus d’une fois j’ai regretté le manque de temps à lui consacrer…
Si vous cherchez un thriller qui jouera avec vos nerfs, passez votre chemin, Guillaume Musso nous propose davantage une enquête autour d’un personnage hors du commun.
J’espère bientôt pouvoir me lancer dans le nouveau cru de Marc Levy (La Dernière Des Stanfield), comme d’hab je ne manquerai pas de vous indiquer celui qui remportera (selon mes propres critères) ce classico 2017.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Céline Barré – Le Vieux Qui Voulait Tuer Le Président
Malgré un Stock à Lire Numérique qui déborde, je ne refuse jamais une lecture à la demande d’un(e) auteur(e), surtout quand il s’agit de promouvoir l’auto-édition. Et plus encore quand je connais l’auteur(e) et apprécie son travail, dans ce cas-là je n’hésite pas à bousculer mon programme (qui il est vrai, est souvent bancal et fluctuant au gré de mes humeurs). C’est exactement ce que j’ai fait quand Céline Barré m’a proposé de lire et chroniquer son troisième roman, Le Vieux Qui Voulait Tuer Le Président.
Pour Théodore De La Morne, septuagénaire et de surcroît aristo sans le sou, la réélection de Francis Ollanzi à l’Élysée est aussi incompréhensible qu’inacceptable. Pour lui la solution s’impose d’elle-même : pour l’empêcher de nuire, il faut tuer le nuisible ! Théodore a bien conscience qu’il ne peut mener seul un pareil projet, il lui faut trouver et surtout convaincre des complices de confiance…
Si vous connaissez les précédents romans de Céline Barré (Quel Pétrin ! et Péril Au Fournil !) vous ne serez pas surpris de retrouver des personnages connus (l’intrigue démarre à Tresville, petit village dont les lecteurs de la première heure connaissent quasiment tous les habitants) et un projet un peu (beaucoup) insensé. Si vous ne connaissez pas les Trevillois(es), je vous encourage vivement à vous procurer ces romans : chaque lecture vous assurera une cure de bonne humeur bienvenue !
Le lecteur averti retrouvera avec plaisir un humour qui flirte parfois avec l’absurde tant les situations dans lesquelles se retrouvent parfois les personnages sont improbables. Bons mots garantis aussi dans les échanges entre des individus parfois antagonistes et très souvent en total décrochage d’avec la réalité. Sourires, rires et fous rires sont assurés au fil des pages.
Céline Barré joue habilement avec les différents registres de l’humour, pour notre plus grand plaisir. Ce qui ne l’empêche pas d’aborder, avec une apparente légèreté, des sujets plus sérieux (l’amitié, la vieillesse, la maladie…). Le lecteur pourra s’y attarder et y réfléchir, ou pas…
Une plume certes efficace pour titiller les zygomatiques des lecteurs mais aussi très agréable à lire par la richesse de son vocabulaire et son style. On a le fond et la forme pour le même prix, ce serait dommage de ne pas en profiter !
Cerise sur le gâteau, au fil des pages vous relèverez certainement quelques clins d’oeil vers des personnages qui vous feront immanquablement penser à quelqu’un… mais comme vous les savez déjà certainement : « toute ressemblance etc… » (j’avoue fortuitement avoir eu un faible pour Gilles le jardinier, ancien écrivain reconverti dans le jardinage à l’Élysée).
Si le choix de la couv’ vous surprend, je peux vous assurer qu’il n’y là rien de fortuit, l’explication viendra en temps et en heure.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques-Olivier Bosco – Brutale
Je poursuis ma remontée à contre-courant des titres de collection La Bête Noire (Robert Laffont), au menu du jour Brutale de Jacques-Olivier Bosco (JOB). Mon premier JOB, je l’aborde donc sans aucun élément de comparaison, vierge de tout préjugé.
Lise Lartéguy est flic à la BRB, efficace mais souvent borderline (et plus si affinités). Pour refréner ses accès de violence, le soir, elle rend visite à ceux que la justice n’a pas réussi à coincer et leur fait passer l’envie de déconner. Avec un tempérament pareil, inutile de préciser que si l’on touche à ses proches, Lise en fera rapidement une affaire personnelle…
Brutale, un titre qui sied à merveille aussi bien aux personnages de JOB qu’à son intrigue en général. Ca envoie du lourd ! Le lecteur est entraîné dans un tourbillon de violence, une violence brute de décoffrage mais une violence sublimée par le style de JOB.
Lire Brutale c’est un peu comme regarder (ou revoir) un film de John Woo dans sa période hongkongaise (avant qu’il ne succombe aux diktats hollywoodiens). Plusieurs titres me viennent en tête mais si je devais n’en citer qu’un alors c’est The Killer (avec, dans le rôle principal, son acteur fétiche, Chow Yun-Fat) qui aurait ma préférence. Vous voyez ce que je veux dire ? Une succession de scènes d’action (poursuites, fusillades, explosions…) parfaitement chorégraphiées et visuellement époustouflantes. On en prend plein les mirettes sans toutefois que les neurones ne passent en surchauffe. Du divertissement pur et dur (surtout dur il faut bien le reconnaître).
Une fois de temps en temps ça ne fait pas de mal de se vider la tête devant ce genre de film, mais j’avoue avoir davantage d’affinités avec le cinéma de Quentin Tarantino ; de l’action oui, mais au service d’une intrigue solide. Si on peut avoir en même temps la forme et le fond, autant en profiter !
Bon OK j’arrête mes digressions cinématographiques. Tout ça pour dire que l’intrigue de Brutale manque parfois de profondeur et de crédibilité, mais n’allez surtout pas jeter la pierre à JOB. On sent très clairement (et très rapidement) que c’est un choix parfaitement assumé.
Brutale repose presque entièrement sur les épaules de son personnage principal, Lise Lartéguy. Vous pensez avoir tout vu, tout lu, en matière de flic borderline ? Pas certain que Lise Lartéguy n’ébranle pas sérieusement vos convictions ; à côté d’elle l’Inspecteur Harry ferait presque figure d’enfant de choeur !
Il faut dire que Lise Lartéguy est à elle seule une arme de destruction massive, que ce soit à mains nues (elle pratique le krav maga) ou avec une arme entre les mains (et ça tombe bien puisqu’au fil des pages elle aura l’occasion de mettre la main sur une grande variété d’outils de dézinguage).
Mais Lise n’est pas qu’un animal enragé qui se contient jusqu’à l’explosion, elle a aussi une réelle sensibilité en elle… mais il est vrai qu’elle semble avoir plus de facilité à laisser parler son côté animal que son humanité. Et du coup elle n’est pas toujours facile à appréhender, et moins encore à comprendre.
C’est justement cette humanité retenue (et non refoulée) qui fait que le lecteur ne pourra s’empêcher de ressentir une certaine empathie pour cette nana hors du commun. Quelques instants plus tard ce même lecteur aura envie de lui mettre des claques dans la tronche, mais comme c’est un coup à se retrouver la main dans le plâtre on s’abstiendra.
Pour ma part je ne peux qu’avoir des affinités pour un personnage qui aime les Pink Floyd, System of a Down, AC/DC, Metallica, The Clash, Billy Idol… Une musique à l’image de son caractère, une musique qui s’écoute à fond !
J’ai apprécié le divertissement musclé proposé par JOB, j’aurai certainement eu un coup de coeur si l’intrigue avait été davantage peaufinée, je m’incline devant cette approche audacieuse qui trouvera son public (au risque d’en déconcerter certains). Je peux d’ores et déjà affirmer que je poursuivrai le chemin en compagnie de JOB, ne serait-ce que pour retrouver Le Cramé…
MON VERDICT


[BOUQUINS] Noël Boudou – Elijah
Une lecture à la demande d’un éditeur que j’apprécie grandement (Flamant Noir en l’occurrence) est toujours un plaisir. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à bousculer mon programme afin de permettre à Elijah, le premier roman de Noël Boudou, de griller la priorité à ses nombreux concurrents présents dans mon Stock à Lire Numérique.
A 18 ans, le narrateur tue son père afin de les libérer, lui et sa mère, de ses accès de violence incontrôlables et répétés. Peu de temps après il apprend que sa mère n’a pas survécu à la dernière raclée que lui a infligé son mari. Par contre ils ont pu sauver l’enfant qu’elle portait, mais il est lourdement handicapé. Désormais le narrateur va tout faire pour assurer le bonheur d’Elijah, son petit frère. Ne vous moquez jamais d’Elijah… surtout pas si son frère peut vous entendre.
Je n’ai jamais été déçu par les titres de Flamant Noir, aussi ai-je pris l’habitude de placer la barre de mes attentes quelques crans au-dessus de mon niveau moyen d’exigence. Le moins que l’on puisse c’est qu’avec ce bouquin on a le droit à du lourd, du très lourd ! Dans le bon sens du terme, cela va de soi.
Autant vous prévenir de suite ce livre est ultra-violent, Noël Boudou ne manque pas d’imagination et ne nous épargne pas les détails quand il s’agit de laisser parler le Mal qui habite ses personnages (âmes sensibles s’abstenir). Bin oui, « le frère d’Elijah » (on n’apprend son prénom que dans les derniers chapitres du roman) n’est pas un enfant de choeur… mais ses victimes non plus, loin s’en faut.
Un personnage tout en contraste, avec d’un côté cette violence inouïe qu’il déchaîne pour punir ses victimes, et de l’autre l’amour incommensurable qu’il éprouve pour son petit frère. Et qui sait, peut-être que dans son coeur il reste une place pour l’Amour, un Amour rédempteur. Là est la clé de ce héros et de roman, la violence n’est jamais gratuite, elle finit même par devenir l’unique solution pour sauver l’amour et l’innocence. Au milieu de ce tourbillon de haine et de sang, brille une lueur d’espoir, comme phare qui indiquerait la direction à suivre pour un nouveau départ.
Sans forcément approuver les actions du narrateur, je n’ai à aucun moment ressenti l’envie de le blâmer. Sans doute parce que j’exècre au plus haut point les ordures qui tabassent leurs femmes et leurs gosses. Ce ne sont pas de soins dont ces pourritures ont besoin, mais plutôt d’une balle dans la nuque, ça coûterait moins cher à la société et le risque de récidive est nul avec cette option. Mais ceci est une autre histoire (même si j’assume pleinement mes propos).
Outre le récit du narrateur (à la première personne, cela va de soi), certains chapitres vous permettront de suivre les pensées d’Elijah grâce à un journal qu’il tient dans sa tête faute de pouvoir faire autrement, de même nous aurons le droit à quelques extraits de journal d’Aline, une jeune femme que les deux frères rencontrent lors d’une de leur sortie au parc. Deux personnages au charisme lumineux, deux points de lumière au milieu des ténèbres (je sais j’insiste).
Je ne m’attarderai pas davantage sur l’intrigue et les personnages, je préfère laisser aux futurs lecteurs le plaisir et les frissons de la découverte. Tout ce que je peux vous dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos (mais ça je pense que vous l’aurez déjà compris).
Par contre il serait injuste de terminer cette chronique sans vous parler de l’écriture de l’auteur. Un style direct et percutant qui vous prend aux tripes dès les premières lignes du récit… et ne vous lâchera plus jusqu’au clap de fin. Les phrases et les chapitres sont courts, percutants, privilégiant ainsi le rythme, sans la moindre lourdeur qui permettrait au lecteur de reprendre son souffle (ce qui explique sans doute pourquoi j’ai lu le roman d’une traite).
Pour un premier roman Noël Boudou place la barre très haut, inutile de préciser (sans vouloir lui mettre la pression) que son prochain titre est d’ores et déjà attendu de pieds fermes… et que l’on espère avoir le droit à la même qualité, voire même encore mieux !
Encore un excellent choix éditorial pour Flamant Noir, définitivement un petit éditeur (sans rien de péjoratif dans ces termes, bien au contraire) qui mérite une place de premier choix dans le coeur des amateurs de thrillers exigeants.
Enfin je tiens à remercier Nathalie (c’est elle qui se cache sous le masque du Flamant Noir) pour sa confiance. Je vous ai promis une chronique sans concession et je peux vous assurer que c’est le cas ici, quand un roman me prend aux tripes et au coeur alors je me plais à le crier haut et fort !
MON VERDICT


PS : Noël, si votre chemin vous mène par Nouméa c’est avec plaisir que je partagerai avec vous quelques verres de Jack Daniel’s (sans glace).
Un auteur adepte du Jack sec ne peut être qu’un mec bien 🙂
[BOUQUINS] Hervé Le Corre – Prendre Les Loups Pour Des Chiens
Au hasard des sorties littéraires j’aime, de temps en temps, oser la découverte. En l’occurrence c’est la première fois que je lis un roman de Hervé Le Corre, et tant qu’à faire autant commencer par la fin avec Prendre Les Loups Pour Des Chiens.
A sa sortie de prison, Franck espère que c’est son frère, Fabien, qui viendra le chercher mais c’est Jessica qui se présente, une jeune femme amie de Fabien. Elle l’informe que Fabien est en Espagne pour quelques jours, ils l’attendront dans la ferme des parents de Jessica…
Dès le départ on a envie de gueuler à Franck de se tirer d’ici, de mettre le plus de distance possible entre lui et cette famille de dégénérés. Tout là-bas pue les emmerdes à plein nez, mais pourtant Franck reste et s’implique même dans les affaires de Jessica et ses parents.
Jessica, bipolaire par excellence et pétasse de première, la beauté empoisonnée qui vous fera une pipe le matin au réveil mais voudra vous arracher les yeux avec les ongles le soir au coucher. Ses sautes d’humeur mettront vos nerfs à rude épreuve, plus d’une fois vous aurez envie de lui exposer la tronche à grands coups de clé à molette.
Puis il y a les Vieux, les parents, taciturnes et aigris, même si la vie semble n’avoir plus rien à leur apporter (à part des emmerdes supplémentaires) il s’y accrochent… Et nous pauvres lecteurs contraint de les subir crevons d’envie de couper la branche à laquelle ils se raccrochent.
Heureusement il y a Rachel, la fille de Jessica, une gamine mutique qui semble en avoir beaucoup (trop) vu et subi. On ne peut que s’attacher à cette gamine, on a envie de la prendre dans nos bras et de l’emmener loin, très loin, de ses trois timbrés que sont sa mère et ses grands-parents.
La plume d’Hervé Le Corre est d’une redoutable efficacité quand il s’agit de restituer l’ambiance oppressante qui règne autour de cette famille. On sent le poids des secrets, les non-dits sont presque aussi importants que le su et le vu. Rien à redire l’écriture est remarquable, on ne peut que succomber à ses charmes.
Mais cela ne m’empêche pas de refermer le bouquin avec un sentiment mitigé. Je n’ai pas vraiment réussi à m’embarquer dans l’intrigue (peut être parce que j’en avais deviné les grandes lignes très rapidement). Du coup j’ai maintenu une espèce de distance de sécurité entre le récit et mes émotions, sans jamais réussir à briser cette frontière invisible.
Une intrigue qui tourne en mode diesel, il faut du temps (beaucoup de temps) pour chauffer le terrain mais une fois que les choses se mettent en branle l’accélération est supersonique ! Je reconnais volontiers que globalement l’intrigue est bien construite mais a aucun moment je n’ai été réellement surpris par la tournure prise par les événements.
Au final je dirai que j’ai passé un très bon moment sur la forme (la plume de l’auteur) mais sans jamais être totalement emballé par le fond (l’intrigue). Peut être que j’ai raté le coche sur ce coup, le fait est que l’étincelle ne s’est pas produite entre ce bouquin et moi.
Toutefois la qualité de l’écriture de Hervé Le Corre m’encourage à persévérer dans la découverte de son univers littéraire.