[BOUQUINS] Laurent Obertone – Guerilla

L. Obertone - GuerillaAu menu du jour un bouquin dont la médiasphère bien pensante préfère éviter de parler… même en dire du mal serait lui faire trop d’honneur à en croire ces laquais du politiquement correct. C’est donc avec un plaisir redoublé que je me suis lancé dans la lecture de Guerilla, le roman de Laurent Obertone.
Une intervention de police de routine dans une cité de la Courneuve dégénère. Tandis que leur adjudant est roué de coups et que sa collègue est à son tour mencaée, le troisième policier sort son arme et tire, tuant les six agresseurs. La police est pointée du doigt, les médias dénoncent le fascisme policier, les cités s’embrasent, certains en profitent pour jeter de l’huile sur le feu, d’autres pour passer à l’offensive. Inexorablement la France bascule dans le chaos…
Jusqu’alors Laurent Obertone s’était plutôt illustré en tant qu’essayiste rejetant la langue de bois et n’hésitant pas à appuyer là où ça fait mal, quitte à caresser à rebrousse-poil le politiquement correct. Je ne me permettrai de juger ni l’homme, ni son travail, à chacun de se forger sa propre opinion (de préférence après avoir lu les bouquins de l’auteur plutôt qu’en suivant le mouvement). Pour ma part j’aurai tendance à dire que Guerilla, s’inscrit dans la suite logique de ses essais sur la France, qualifiée successivement d’Orange Mécanique et de Big Brother : une vision empirique de l’avenir.
Un bon essayiste ne fait pas forcément un bon écrivain. Sans doute bien conscient de cette réalité, Laurent Obertone opte pour un style minimaliste, ce qui n’empêche pas certaines maladresses et lourdeurs. Il n’en reste pas moins que globalement le bouquin se lit plutôt bien. Les chapitres sont courts et dynamiques, le rythme est assuré.
Alors crédible ou pas ? Pour ma part j’ai envie de croire que non, je ne peux envisager un tel niveau de renoncement et de culpabilisation chez le peuple français (voir aparté n°2). Outre ce point (qui n’est point de détail), l’enchaînement des événements, tel que le décrit Laurent Obertone, impliquerait un sacré concours de circonstances (et une bonne dose de pas de bol). Je considère donc Guerilla comme une fiction d’anticipation plus que comme une éventuelle mise en garde contre un réel danger potentiel.
Quoiqu’il en soit ce n’est pas forcément un roman à mettre entre toutes les mains. De nombreuses scènes de violence sont décrites sans concession, avec un réalisme cru qui risque de choquer plus d’un lecteur. Je ne reprocherai pas ce parti pris à l’auteur, au contraire rien de tel qu’un bon électrochoc pour nous ouvrir les yeux et nous faire réfléchir.
Les personnages sont nombreux, ils viennent d’horizons divers et variés et se retrouveront impliqués plus ou moins intensément dans le déroulement des événements. dans un premier temps on serait tenté de crier au cliché, voire au manichéisme, mais au fil des chapitres les nuances se précisent chez certains… tandis que d’autres, d’un côté comme de l’autre, restent des irrécupérables.
Laurent Obertone vous invite à suivre les trois journées qui verront la France trembler, vaciller puis s’effondrer. Une fois le chaos bel et bien installé, baisser de rideau ! Comme un pied de nez histoire de dire aux français, vous l’avez bien cherché, maintenant démerdez-vous. Ou, pour reprendre les mots de l’auteur : « La morale de cette histoire, c’est qu’une telle histoire n’a pas de morale. Les moralistes ont tué les réalistes, le réel tuera la morale. Et voilà. Il n’y a d’issue pour personne« .
Roman engagé ou non ? Très honnêtement il faudrait avoir des putains d’oeillères pour refuser de croire que certaines cités sont devenues de véritables zones de non droit, que ces mêmes cités sont un couvoir pour les apprentis djihadistes et autres radicalisations. Est-ce utile de rappeler que la menace du terrorisme islamiste est toujours bien réelle ? Enfin l’absence de sortie de crise clôt ce débat stérile, Laurent Obertone ne suggère aucune solution miracle et n’érige rien ni personne contre la montée du chaos ; difficile dans ce contexte de parler de prosélytisme…

MON VERDICT
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Aparté n°1.
Je me suis promis de bannir de mes achats les éditeurs qui n’offrent pas d’alternative numérique, quitte à passer à côté de très bon titres. Ring fait malheureusement partie de ces éditeurs refusant de vivre avec leur temps. Et pourtant me voilà vous proposant une chronique d’un roman issu du catalogue de Ring. C’est à y perdre son latin ou son lapin, non ?
Et bin non. Et ce pour deux raisons : primo, je n’ai interdit à personne de m’offrir des bouquins en provenance de ces éditeurs ; secundo, si de généreux artisans de l’ebook prennent les choses en mains afin de pallier les lacunes de ces éditeurs, j’aurai bien tort de bouder mon plaisir (pour info je me fous éperdument de l’aspect illégal de la démarche donc inutile de prendre la zone de comm pour le mur des lamentations).
En l’occurrence Guerilla répond aux deux critères, le Père Noël l’a déposé au pied du sapin et j’ai par la suite récupéré une version numérique alternative.

Aparté n° 2.
J’espère franchement ne jamais connaître cette France du très-bien-vivre-ensemble décrite par Laurent Obertone. Un état, un pouvoir et un peuple n’ayant plus la moindre fierté nationale, tout juste des rampants ayant adopté la pensée unique afin de faire le moins de vague possible. Un peuple ayant fait de la lâcheté et de l’hypocrisie un art de vivre.
Je ne veux pas d’une société où la tolérance passe par le renoncement et la culpabilisation, je n’ai pas honte de ce que je suis, je l’assume et le revendique. Ca ne m’empêche pas d’ouvrir mes bras aux autres, mais s’ils viennent chez moi c’est à eux de s’adapter à mon monde et non l’inverse !
J’ai heureusement encore suffisamment foi en la France et aux Français pour croire que ça ne peut pas arriver ; pour penser que face à une telle dérive, la mobilisation serait massive, dans un grand élan national(iste), pour crier haut et fort : NON ! Notre identité nationale est essentielle et ne constitue en rien un obstacle à la tolérance et au vivre-ensemble.

[BOUQUINS] Blanche Monah – La Cage Dorée

X-rated

B. Monah - La cage doréeNouvelle escale dans le monde de l’auto-édition, avec en prime un roman érotique. la chose s’appelle La Cage Dorée et est signée Blanche Monah (voir son blog).
Heather Delacroix, jeune femme de bonne famille et des beaux quartiers, entre au Studio Brastow comme stagiaire. Immédiatement Ousmane Villon, dit Phénix, un des photographes du studio, la prend en grippe ; elle représente en effet tout ce qu’il déteste. Mais il ignore que sous ses airs hautains et son apparence froide se cache un terrible secret…
L’avertissement au lecteur promet des « scènes de violence psychologique et physique intenses« , et sur ce point il est vrai que l’on est servi. A tel point que par moment le roman se lit presque comme un thriller psychologique.
Pour un premier roman Blanche Monah fait un choix audacieux avec un sujet qui risque de choquer, voire même dégoûter certains lecteurs. Je ne parle pas du fait d’avoir opté pour un récit érotique, il faut vivre avec son temps, c’est un genre littéraire à part entière ; mais plutôt de la relation entre Heather et son père, qui traite sa fille comme un jouet sexuel dont il use et abuse sans vergogne depuis des années.
Ce qui m’améne tout naturellement à faire un tour d’horizon des personnages, en commençant bien entendu par Heather. Je sais qu’une relation de domination/soumission peut être ravageuse sur le long terme mais j’avoue que par moment sa résignation m’a davantage fait enrager (envie de meurtre ? Presque) qu’autre chose. Du coup j’ai eu un peu de mal à éprouver de l’empathie pour elle.
J’ai par contre beaucoup aimé le personnage de Phénix, sous ses apparences de gros dur il y a un petit coeur qui bat… Du coup il va tout faire pour essayer de sortir sa « princesse » des griffes de ses bourreaux. Un personnage déterminé qui ne se laisse pas abattre à la moindre contrariété (sacré contraste rapport à Heather).
Puis il y a Arnaud, le père d’Heather, et Jérôme, collègue de Arnaud et futur gendre désigné d’Heather. Est-il besoin de s’attarder sur de pareilles ordures ? Pas un pour racheter l’autre, on aimerait tant les voir souffrir et agoniser longtemps, très longtemps…
Vous l’aurez sans doute compris, le titre fait référence à l’existence même d’Heather, vu de l’extérieur ça semble idyllique, mais de l’intérieur c’est une véritable prison pour la jeune femme.
Le style est agréable, la lecture fluide. Au fil des chapitres l’auteure donne la parole à ses personnages qui raconte l’histoire selon leur propre point de vue. Peut être encore quelques erreurs de jeunesse çà et là mais globalement j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman. Mais je confirme l’avertissement de l’auteur : à ne pas mettre entre toutes les mains !

MON VERDICT
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J’ai toujours affirmé que je serai plus tolérant concernant la mise en page et la typographie d’un ouvrage auto-édité que s’il s’agissait d’un bouquin qui sortirait d’une grande maison d’édition (ils n’ont pas la même logistique entre la rédaction et la publication). Mais en l’occurrence le bouquin aurait besoin d’une sérieuse reprise en main, ne serait-ce que pour corriger le « visuel ». Après deux chapitres lus je suis passé en mode Sigil pour harmoniser l’ensemble (et tant que j’y suis alléger et uniformiser le code).
Certes le fichier que j’ai lu est un epub converti à parti du fichier Kindle, mais un rapide coup d’oeil à la page du blog permet de constater que cette manipulation n’explique pas tout. Je citerai en vrac et sans être exhaustif :
– Parfois le début du paragraphe est en retrait, d’autres fois non
– De nombreux tirets simples débutent les dialogues alors que par ailleurs ils sont identifiés par des tirets semi-cadratin)
– Toujours dans les dialogues : pas d’espace entre le tiret et le début du dialogue
– D’un chapitre à l’autre la police change de taille sans respecter la moindre logique
…
Je n’entends pas critiquer pour le plaisir de critiquer mais avec ces remarques j’espère apporter aux auteurs quelque chose de constructif pour leur permettre de proposer aux lecteurs un travail aussi abouti que faire se peut. Je n’ai aucunement tenu compte de ces petits soucis techniques dans ma notation.

Chers auteurs indépendants, je sais que Amazon est une plate-forme qui facilite grandement la diffusion de votre travail mais le monde de la lecture numérique ne s’arrête pas à la Kindle et son format propriétaire. Si vous en avez la possibilité n’hésitez pas à diffuser vos romans au format epub (via 7switch par exemple), vous toucherez ainsi un public plus large.
Convertir un fichier azw (Kindle) en epub permet d’outrepasser cette contrainte, mais la manipulation n’est pas forcément à la portée de tous les lecteurs (les plus curieux trouveront aisément un tuto sur Internet). Les plus maniaques pourront peaufiner le travail avec Sigil afin de « nettoyer » le code.

[BOUQUINS] Ingrid Desjours – La Prunelle De Ses Yeux

I. Desjours - La prunelle de ses yeuxJ’ai pris pas mal de retard dans la collection La Bête Noire de Robert Laffont, La Prunelle De Ses Yeux signé Ingrid Desjours me donne l’occasion de me replonger avec plaisir au coeur de cette collection.
2003. Région parisienne. Victor, 17 ans, est assassiné dans des circonstances encore troubles même si tout semble désigner Maya Torres comme coupable ; Maya est quant à elle supposée avoir trouvé la mort dans un attentat survenu le lendemain du meurtre. 2016. Irlande. Gabriel Imbramovic’, aveugle, demande à Maya de lui servir d’accompagnatrice le temps d’un séjour en France, un service généreusement rémunéré que la jeune femme acceptera malgré son appréhension à revenir sur le sol français…
Je suis novice dans l’univers littéraire d’Ingrid Desjours mais son précédent roman, Les Fauves, m’avait fait forte impression ; impression renforcée par le fait que son intrigue était étroitement liée à la tragique actualité du moment (j’étais en train de lire que Paris a été la cible d’attaques terroristes, dont celle du Bataclan).
Certes ce roman est moins ancré dans l’actualité du moment et de fait l’impact émotionnel est moindre. Il n’en reste pas moins que l’on retrouve la même profondeur psychologique dans l’intrigue ; l’auteure sais s’y prendre pour nous plonger dans les méandres de l’esprit humain (il faut dire qu’elle est psycho-criminologue de formation, ça aide).
Au fil des chapitres on retourne en 2003 en compagnie de Victor qui vient d’intégrer Métis, une institution qui forme les élites de demain, et cherche plus particulièrement à se rapprocher d’un groupe d’élèves qui est la crème de la crème de l’établissement. On découvre peu à peu les réelles motivations de Victor et les circonstances de sa mort.
Puis il y a l’intrigue présente qui confronte Gabriel (le père de Victor) à Maya (sa supposée meurtrière), persuadé de connaître toute la vérité sur la jeune femme et donc d’avoir pris les bonnes décisions. Là encore les surprises ne manqueront de vous ébranler au fil des révélations.
Des personnages attachants (même si au départ je voyais en Victor un gros con pourri gâté), profondément marqués par la vie mais encore plein d’humanité. Et puis il y a le côté obscur, Tancrède Sinclair, nul doute que vous allez adorer le détester, encore et encore, de plus en plus…
Une intrigue totalement maîtrisée qui a su me tenir en haleine quasiment de la première à la dernière page, l’occasion aussi, à plusieurs reprises, de voir voler en éclat mes certitudes sur tel ou tel aspect du récit.
L’occasion aussi de découvrir les troubles de conversion ; un handicap apparaît chez la « victime » sans la moindre explication pathologique ou physiologique, juste parce que votre cerveau a décidé qu’il en était ainsi… Et le pire c’est que la chose est quasiment incurable ! Chez Gabriel c’est la cécité de conversion qui a frappé. Il faut dire que le choc psychologique subit a été énorme le concernant.
Ingrid Desjours ne nous ménage pas, la violence est aussi bien physique que psychologique, sur ce dernier point l’auteure nous fait découvrir deux expériences scientifiques en rapport avec la soumission et la domination (j’ai dit scientifique, pas pornographique ! N’allez pas vous imaginer des trucs). Une écriture qui nous prend aux tripes mais aussi au coeur. Totalement addictif et sans le moinde temps mort. Un roman qui vous en mettra plein les mirettes… et accessoirement plein la gueule !
Une fois encore La Bête Noire a été fidèle à sa réputation et a frappé un grand coup en nous proposant un thriller très haut de gamme.

MON VERDICT
jd4Coup de poing

[BOUQUINS] Marin Ledun – En Douce

M. Ledun - En douceAvant dernière étape de mon escapade entre les pages du catalogue des éditions Ombres Noires, mon choix s’est porté sur Marin Ledun et son dernier roman, En Douce.
14 juillet 2015. Simon est convaincu qu’il va passer une soirée d’enfer, il a en effet emballé une nana canon qui est très très entreprenante. Elle le persuade (sans mal) de la suivre dans son mobil-home, elle se déshabille et… lui tire une balle dans la jambe avant de le séquestrer. Pour Emilie l’heure de la vengeance a sonné, et elle compte bien en savourer chaque instant…
C’est le premier roman de Marin Ledun que je lis, et je peux d’ores et déjà affirmer que ça ne sera pas le dernier.
Un récit relativement court (250 pages) mais d’une intensité qui ne se relâche jamais. Emilie avait tout pour être heureuse jusqu’à une journée d’avril 2011 où un violent accident de la route lui vaudra d’être amputée de la jambe gauche. Pour la jeune femme il ne fait nul doute que l’unique responsable de son état et de toutes les merdes qui ont suivies est le conducteur du pick-up qui a percuté sa voiture : Simon. Marin Ledun nous plonge dans les méandres de l’esprit (tourmenté) d’Emilie en adoptant un récit à la troisième personne. Un regard extérieur sur une vue de l’intérieur, vous me suivez ? Ca tombe bien, moi non plus.
Un quasi huis-clos entre Mélanie et Simon, ponctué par les souvenirs de la jeune femme mais surtout une lutte intérieure entre ses certitudes qui deviennent des doutes avant de redevenir avec encore plus de force des certitudes. Surtout se persuader que si Emilie a tout raté c’est de la faute de Simon, pas seulement lui mais aussi la faute de tous les autres, et de la société aussi tant qu’on y est. Et elle ? N’aurait-elle pas aussi sa part de responsabilité ? Non ! Si ? Peut être.
Le flot des pensées d’Emilie n’est pas un long fleuve tranquille mais plutôt un torrent déchaîné tout en courants et contre-courants, en proie à bien des tourbillons. Et maintenant que Simon est à sa portée, que faire de lui ? Là encore elle est torturée par les contradictions, d’abord elle lui tire une balle dans la guibolle, ensuite elle se démène pour que la blessure se soigne au mieux (avec les moyens du bord). Et nous, pauvres lecteurs, sommes bringuebalés au gré de ses humeurs. Jusqu’au bout on se demandera comment tout ça va finir, de plus en plus convaincu qu’il la fin risque d’être des plus brutales. Et ? Et puis quoi encore ?
Que penser d’Emilie ? Au fil de ses humeurs on a parfois envie de la prendre dans ses bras pour la réconforter, et d’autre fois c’est l’envie de lui mettre des claques qui l’emportera. Personnellement j’ai surtout eu envie de lui dire d’avoir plus de considération pour elle, de se sortir les doigts du cul et de prendre sa vie et son destin en mains (après se les être lavées). Si tu ne veux pas de la pitié des autres, commence par cesser de t’auto-apitoyer ; jouer les Caliméro ne dure qu’un temps.
Un roman noir intensément psychologique ponctué par une critique sociale bien sentie (même si Emilie rejette la responsabilité de sa situation sur les autres et sur la société, tout ce qu’elle en pense n’est pas forcément dénué de bon sens).

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Maxime Gillio – Rouge Armé

M. Gillio - Rouge ArméJe continue mon périple littéraire dans les méandres des éditions Ombres Noires en compagnie de Maxime Gillio et son dernier titre en date, Rouge Armé.
Patricia Sammer est journaliste, elle a pour projet d’écrire un livre sur les personnes qui ont fui Berlin Est pour passer clandestinement à l’Ouest. C’est ainsi qu’elle demande à Inge Oelze de lui raconter son histoire…
De Maxime Gillio je n’ai lu que Manhattan Carnage (signé Orcus Morrigan et prétendument traduit par Maxime Gillio), une histoire de zombie aussi atypique que déjanté. Avec Rouge Armé on change diamétralement de registre pour plonger dans une intrigue où la fiction et l’Histoire se mêlent allègrement. Un roman noir qui fait souvent référence aux heures sombres (et pour ma part méconnues) de l’Histoire.
Les chapitres alternent entre le présent (2006 en l’occurrence) et les flashbacks. Flashbacks qui retraceront le parcours mouvementé d’Inge, de l’édification du Mur de Berlin à son passage à l’Ouest, son activisme politique et son retour à l’Est. Flashbacks qui suivront aussi Anna, la mère d’Inge, et sa condition de Sudète en Tchécoslovaquie (où elle est l’incarnation de l’oppresseur nazi) et en Allemagne (où elle n’est pas considérée comme une vraie allemande) entre 1943 et 1946.
C’est cette seconde partie de l’Histoire qui m’était totalement inconnue, je n’avais jamais entendu parler des Sudètes et jamais je n’aurai imaginé qu’après-guerre ils aient eu à subir un pareil calvaire. Pas de quoi nous donner foi en l’humanité.
Si le Mur de Berlin, cette aberration historique qui a défiguré et divisé un pays, n’est pas au centre du récit il est bien la cause de tout. La couverture rappellera sûrement aux « anciens » les heures sombres du terrorisme européen (les sanglantes années de plomb), l’ennemi d’alors ne se cachait pas derrière la religion mais se revendiquait politique. La Fraction Armée Rouge (RAF en allemand pour Rote Armee Fraktion) est en effet responsable de nombreux attentats en Allemagne entre 1968 et 1993 (leurs pendants italiens et français étant respectivement les Brigades Rouge et Action Directe).
Mais Rouge Armé c’est avant tout le portrait de trois femmes au caractère bien trempé : Anna, Inge et Patricia. Trois époques et trois contextes que tout oppose. On ne peut qu’avoir énormément d’empathie pour Anna, rien ne justifie ce qu’elle a dû endurer. J’ai personnellement beaucoup aimé le personnage d’Inge, je me garderai bien d’un quelconque jugement la concernant. Par contre j’ai eu plus de mal avec Patricia qui combat par l’auto-destruction ses propres démons (dont on suppose, puis devine assez rapidement la nature… tout comme ses intentions).
A défaut d’énormes surprises (hormis le dernier acte de Patricia) j’ai passé un très bon moment avec ce roman, je peux dire que ce soir je m’endormirai moins con qu’au réveil (bon OK, on va se contenter de dire que j’ai appris des trucs que j’ignorais avant). La plume de Maxime Gillio, sans concession, ni jugement, est d’une remarquable efficacité.
Une belle découverte et une nouvelle occasion de souligner l’éclectisme de cet éditeur qui n’en finit pas de me surprendre.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Michaël Mention – Bienvenue A Cotton’s Warwick

M. Mention - Bienvenue à Cotton's WarwickComme annoncé précédemment je poursuis mon petit bonhomme de chemin dans le catalogue des éditions Ombres Noires, Au menu du jour Bienvenue A Cotton’s Warwick de Michaël Mention. Et autant vous prévenir de suite : c’est du lourd, du très, très lourd !
Cotton’s Warwick, un bled paumé au fin fond de l’Outback australien. Par 50° à l’ombre il ne faut pas grand chose pour que les esprits s’échauffent, surtout que là-bas les esprits et les âmes ne brillent guère par leur grandeur, loin s’en faut ! Le Ranger Quinn règne en maître (presque) incontesté sur cette petite communauté de dégénérés…
Aaah l’Outback… Hmouais, oubliez les sentiers balisés et les cartes postales pour touristes, Cotton’s Warwick c’est plutôt une antichambre de l’Enfer. Incontestablement l’endroit de la planète qui regroupe la plus forte concentration de timbrés en tout genre au mètre carré. Mais rassurez-vous ils ne sont pas nombreux. Et comme il n’y a plus qu’une femme (intouchable) parmi eux, leur extinction prochaine est à espérer. Surtout si un ou plusieurs éléments extérieurs viennent accélérer le processus d’extermination.
Difficile de vous parlez de ce bouquin sans prendre le risque d’en dire trop. Une chose est certaine, je ne m’attendais pas du tout à ce que l’intrigue prenne une telle tournure. A moi maintenant de vous convaincre en restant dans une approche très générale.
Vous l’aurez compris difficile d’éprouver la moindre empathie pour les habitants de Cotton’s Warwick ! Mais ne généralisons pas, deux exceptions viennent confirmer la règle. Karen, la seule femme encore présente dans ce bouge infâme, gérante du pub, qui bénéficie de la protection de l’autre salopard de Quinn. Et puis il y a l’autre (c’est comme ça que les locaux l’appellent), un personnage marginalisé par les autres qui ne fait rien pour se faire accepter… c’est d’ailleurs ça qui le rend plus ou moins sympathique.
Âmes sensibles s’abstenir. J’aurai peut être dû commencer par là. Avec sa galerie de dégénérés alcoolisés et déshumanisés Michaël Mention extirpe ce qu’il y a de plus noir chez l’homme ; la violence est omniprésente et monte crescendo jusqu’à atteindre des sommets dans l’ignoble. On en viendrait presque à se sentir coupable de prendre plaisir à lire de telles ignominies. Un conseil, mangez léger avant de vous lancer !
Histoire de rendre la lecture encore plus éprouvante l’auteur opte pour un écriture taillée à la kalach’, on ne peaufine pas, on ne contourne pas, on va à l’essentiel. Brut de décoffrage. Même la mise en page est en raccord pour prendre le lecteur aux tripes et les tordre jusqu’au point de rupture. Mais (et là encore une vague culpabilité vient jouer les troubles fête) il n’en reste pas moins que c’est superbement écrit. Et les hommes là-dedans ? Ont-ils toujours été des brutes épaisses décérébrées ?
Restent toutefois quelques questions sans réponse ce qui peut être un tantinet frustrant. J’aurai ainsi aimé en apprendre davantage sur ce mystérieux « suicide des femmes ». Idem sur le triste sort de Dora.
Un roman tout en noirceur où l’espoir est un luxe que l’on ne peut s’offrir. Un roman très visuel qui m’a souvent renvoyé à des références (personnelles) cinématographiques, je citerai en vrac : La Colline A Des Yeux, Délivrance et bien entendu Razorback. Difficile aussi de ne pas penser à la série TV (je n’ai pas lu le roman) Zoo dont je dois d’ailleurs regarder la seconde saison…
Un roman qui ne devrait laisser personne indifférent… un des rares romans pour lesquels j’ai pris un peu de recul avant de me ruer sur mon clavier (pas trop, il faut que ça reste une réaction à chaud) pour vous offrir ces quelques mots.

MON VERDICT
jd3dCoup de poing

[BOUQUINS] Mélanie Muller – Hôtesse

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M. Muller - HôtesseAu lit les enfants, laissez les grands discuter entre adultes. Petite escapade coquine dans le catalogue des Editions Blanche et c’est le titre Hôtesse de Mélanie Muller qui sortira de mon Stock à Lire Numérique.
Quand Laure décide de devenir hôtesse dans un bar, elle ne voit que l’argent facile, le champagne qui coule à flot gratos et une occasion de pimenter ses nuits. Elle va rapidement découvrir que la réalité est loin d’être aussi idyllique qu’elle ne le pensait…
Je ne sais pas si Mélanie Muller connaît l’envers du décor des bars à hôtesses ou si elle s’est contentée de l’imaginer ; je ne serai pas surpris d’apprendre que le portrait qu’elle en dresse colle à la réalité, voire même que la réalité puisse être encore pire.
On suit donc le parcours de Laure dans une confession écrite à la première personne. Elle se lance dans le métier d’hôtesse pleine d’illusions… qui s’envoleront en l’espace de quelques nuits. Suivront le dégoût, la honte et, peut être pire que tout, la résignation et l’acceptation.
Pour ne pas s’effondrer et tenter de garder un semblant de maîtrise (à défaut de fierté), elle va se montrer encore plus impitoyable que ses clients, jouer leur jeu et plus encore. Tant pis si elle doit perdre pieds avec la réalité quand elle n’est plus dans « son » bar. Tant pis si son armure la bouffe progressivement au point de lui faire perdre toute envie de vie sociale. Tant pis si elle devient incapable de vivre une relation normale avec un homme…
Pour arriver à un tel niveau de détachement Laure n’a qu’un remède : l’alcool. Toujours plus d’alcool. De l’alcool du lever au coucher. Elle arrive au bar bourrée, elle en ressort complètement déchirée. Mais elle s’en fout, elle se fout de tout.
Bref en compagnie de Laure vous suivrez des tranches de vie de sa descente aux enfers consentante. Le fil conducteur restant le bar à hôtesses et ses déviances en tout genre.
Je n’ai jamais été attiré par la fréquentation de bars à hôtesses (je me suis limité, dans mes années de soirées débauchées, à des boîtes de strip tease où l’on ne faisait que regarder, une main baladeuse se voyait sanctionnée d’une éviction sans ménagement), ce n’est certainement pas la lecture de ce bouquin qui me fera changer d’avis. Bien au contraire !
Comme vous pouvez vous en douter c’est une lecture réservée à un public averti, pour reprendre la formule d’usage. Toutefois ce que j’apprécie chez cet éditeur, même quand les situations sont clairement pornographiques (et elles le sont assurément), les auteurs n’alourdissent pas leur texte de descriptions détaillées façon gros plans anatomiques si chers au cinéma porno.

MON VERDICT
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Morceaux choisis :

Je crois que l’on devient prostituée comme on devient alcoolique. D’abord, on s’imagine être libre, diriger la manœuvre, pouvoir arrêter quand on veut. Très vite, on se laisse submerger par les événements, on se soumet à des diktats incompréhensibles, on perd le contrôle et on sombre. Très vite, le jeu devient une maladie. On doit alors s’injecter chaque jour un venin qui nous ravage et nous détruit, mais on en a besoin pour survivre, parce que sans lui on ne comprend plus le sens de la vie, la rotation du monde, le jour et la nuit. Le venin, tel un homme fait de chair, d’os et de sang, a pris le pouvoir et nous gouverne farouchement.

Est-il possible que l’argent nous éloigne si facilement de la réalité ? Est-il possible que ce métier, ce jeu, nous brise et casse ce que nous avons de plus précieux ? Le respect de l’autre, et de nous-même…

J’ai vingt-cinq ans et je suis complètement alcoolique. Je ne peux plus passer une seule journée sans boire. Je commence au réveil, m’arrête lorsque mon corps s’écroule. L’ivresse me protège, m’enveloppe d’une infinie douceur, elle me permet d’avancer comme dans un scaphandre dans une mer violente et toxique.

Je voudrais lui dire que je suce des bites à la chaîne, des laides, des belles, des dures des molles, « le gros touffu, le p’tit joufflu, le grand ridé le mont pelé », comme dans la chanson de Perret, qu’on chantait ensemble sur les bancs de l’école, si je me souviens bien. Sauf que quand tu les as dans la bouche, c’est beaucoup moins rigolo qu’en chanson.

Moi aussi je me sens seule et je vends du toc, des mensonges, de l’esbroufe… Mais c’est beaucoup plus cher !

[BOUQUINS] Ghislain Gilberti – Le Festin Du Serpent

G. Gilberti - Le festin du serpentDégustation tardive au menu du jour, je vous propose en effet de découvrir ma chronique du roman de Ghislain Gilberti, Le Festin Du Serpent, sorti en 2013 aux éditions Anne Carrière.
Suite à un attentat meurtrier survenu dans le quartier du Marais à Parais, le commissaire Marie-Ange Barthélémy de l’anti-terrorisme se voit confier l’enquête. Pour lui il ne fait aucun doute que les coupables sont An-Naziate, un groupuscule islamiste nomade qui a multiplié les frappes en Europe. Parallèlement, suite à la découverte de deux corps atrocement mutilés, le commissaire Cécile Sanchez se met en chasse d’un tueur en série insaisissable…
Cela faisait déjà quelques temps que j’avais l’intention de découvrir l’univers littéraire de Ghislain Gilberti, au départ je pouvais me trouver une excuse pour différer : sa maison d’édition, Anne Carrière, semble hermétique au numérique… donc je serai hermétique à ses titres (par principe je boycotte les éditeurs qui n’offrent pas d’alternative numérique), na ! Mais en 2015 l’éditeur 12-21 (le pendant numérique de Fleuve Editions) intègre Le Festin Du Serpent à son catalogue (il sera rejoint courant 2016 par Le Bal Des Ardentes, entre les deux Le Baptême Des Ténèbres reste à ce jour sans offre numérique). Récemment l’auteur a rejoint les éditions Ring… un autre éditeur qui ferme ses portes au numérique.
Donc Le Festin Du Serpent ayant rejoint mon Stock à Lire Numérique il ne me restait plus qu’à lui trouver une place parmi mes futures lectures. Les aléas de l’actualité et surtout la connerie de certains lui feront gagner une palanquée de marches d’un coup ! Déjà menacé de mort par certains intégristes décérébrés et dégénérés, Ghislain Gilberti sera violemment passé à tabac par quatre de ces spécimens début septembre. Non contents de leur lâcheté évidente (à quatre contre un je ne vois pas d’autre qualificatif possible), ces sombres crétins frapperont même son fils de 12 ans et menaceront sa fille de 11 ans.
Trêve de tergiversations, place à mes impressions gustatives après ce Festin littéraire.
Nous nous trouvons donc embringués dans deux enquêtes que, de prime abord, rien ne relie (même si on se doute bien qu’un fil rouge existe). Histoire de pimenter le tout à la tête de chacune de ses enquêtes deux personnages au caractère bien trempé. D’un côté Cécile Sanchez, profileuse hors pair pour l’OCRVP; une enquêtrice de haut vol mais un peu trop « carrée » (respect des procédures) à mon goût. De l’autre Marie-Ange Barthélémy, dit l’Archange, un cador du SDAT bien décidé à faire tomber An-Naziate, quitte à recourir à des méthodes un tantinet borderline ; lui il m’a tout de suite plu comme bonhomme.
Rassurez vous les autres personnages ne sont pas pour autant laissés pour compte, qu’il s’agisse des équipes respectives de nos deux flics, des membres de An-Naziate ou du redoutable Serpent, tous bénéficient d’un traitement en profondeur et d’une personnalité soignée. On voit que l’auteur a fait un gros travail sur la psychologie de chacun afin de les humaniser au maximum (sans pour autant les rendre forcément sympathiques).
Le coeur d’un thriller réussi reste son intrigue, là encore il n’y a rien à redire, l’auteur nous ferre dès les premières pages (il faut dire que ça commence très fort) pour ne plus nous lâcher, entre temps il aura pris le temps de jouer avec nos nerfs (les rebondissements sont nombreux, le rythme est soutenu du début à la fin). Le pire étant certainement que son intrigue est parfaitement ancrée dans la réalité, qu’il s’agisse du contexte (plus encore qu’au moment de la sortie du roman, la menace islamiste reste réelle) ou du déroulé des procédures / interventions des forces de police.
Je voulais me faire ma propre opinion vis à vis de ce bouquin. Non seulement j’ai pris un plaisir immense à lire un thriller haut de gamme, mais je n’ai vu aucun propos justifiant une quelconque polémique. Au contraire l’auteur dénonce à plusieurs reprises le racisme et surtout ne fait aucun amalgame entre les musulmans (qui vivent leur foi dans le respect des autres et la paix) et les islamistes (qui déforment et interprètent le Coran afin de répandre la haine et la mort).
Inutile de préciser que je compte pas attendre aussi longtemps avant de me lancer dans Le Bal Des Ardentes, d’autant qu’il réunit de nouveau les commissaires Sanchez et Barthélémy. J’ai bon espoir qu’un jour Le Baptême Des Ténèbres connaîtra à son tour une édition numérique. Quant aux prochains titres de Ghislain Gilberti, le suspense reste entier, qui sait, peut être que Ring finira pour s’ouvrir au numérique… ou, à défaut, permettra à 12-21 de poursuivre la diffusion numérique des romans de l’auteur.

MON VERDICT
jd4dCoup de poing

Ayant lu la version numérique du roman c’est la couv’ de 12-21 que j’ai choisi pour illustrer ma chronique.
Je vous propose en bonus celle d’Anne Carrière… nettement plus jolie à mon goût.
G. Gilberti - Le festin du Serpent (AC)

[BOUQUINS] Paul M. Marchand – J’Abandonne Aux Chiens L’Exploit De Nous Juger

P. Marchand - J'abandonne aux chiens...Un invité surprise au menu du jour, J’Abandonne Aux Chiens L’Exploit De Nous Juger de Paul M. Marchand, un roman/témoignage qui m’est tombé dessus presque par hasard, après lecture de la quatrième de couv’ (parce que la couv’ en elle même est très bof bof) je me suis dit « ma foi, pourquoi pas ? » Et voilà le résultat.
Sarah est née de père inconnu, elle a 17 ans quand elle rencontre l’inconnu en question, il s’appelle Benoît, il a 38 ans. Ils vont apprendre à se connaître… et à s’aimer. Pas comme père et fille, mais comme homme et femme. Un amour aussi passionné que dévastateur, un amour qui poussera Benoît au suicide…
La genèse même de ce livre mérite que l’on s’y attarde, Sarah (qui ne s’appelle pas Sarah) a rencontré l’auteur, Paul marchand, ancien reporter de guerre reconverti à la littérature après une blessure. Elle lui a raconté son histoire dans les moindres détails. Il lui a suggéré d’écrire son histoire. Elle lui a demandé de l’écrire pour elle. Et voilà… C’est bien entendu une version raccourcie de l’histoire que l’auteur nous raconte en introduction de ce témoignage.
Commençons par le commencement et le choix du titre, c’est Sarah qui le lui a soufflé en empruntant les mots de Jacques Brel dans sa chanson Orly : « Mais ces deux déchirés / Superbes de chagrin / Abandonnent aux chiens / L’exploit de les juger« . L’auteur y consacre d’ailleurs un long (et magnifique) paragraphe, confrontant Sarah, sa peine et son amour perdu à la chanson de Brel.
Sous la plume de Paul Marchand c’est Sarah qui nous raconte son histoire. Une histoire d’amour passionnelle et fusionnelle mais réprouvée par la «Morale», sabordée et souillée par un mot : «Inceste». Une histoire d’amour entre un père et sa fille qui n’ont jamais connu le moindre lien parental sinon celui de la génétique. Une histoire d’amour entre un homme et une femme, deux adultes consentants. Pour ma part, même si je reconnais volontiers que la situation est (heureusement) pour le moins inhabituelle, je n’ai nullement été choqué par la situation. Il faut dire que l’auteur sait y faire pour magnifier un sujet sensible qui aurait pu s’avérer véritablement casse gueule sous la plume d’un autre.
Mais Sarah nous crache aussi à la gueule sa colère. Colère contre Benoît qui a préféré fuir la réalité plutôt que de l’affronter avec elle. Colère aussi contre tous ces bien-pensants, gardiens de la morale judéo-chrétienne, qui les aurait jugé sans rien connaître d’eux. Mais aussi colère contre elle même, contre son esprit de provocation qui a peut être contribué au suicide de son amant : « L’avenir a tué Benoît, je l’ai déjà dit. Mais il ne fut pas seul à commettre ce crime. J’y pris ma part. J’ai beau raturer mes souvenirs, j’en ravive toujours les points de fracture qui ont dégénéré en un point mort… »
Enfin Sarah laisse la parole à Benoît, à travers la lettre qu’il lui a écrit avant de mettre fin à ses jours et qu’elle recevra après ses obsèques. Six pages pour qu’elle comprenne son geste… et le pardonne.
Un livre/témoignage qui ne devrait laisser personne indifférent, suscitant des réactions pouvant être aussi extrêmes que opposées. Il n’en reste pas moins que l’écriture est brillante, l’auteur ne fait pas dans le voyeurisme sordide qui aurait décrédibilisé cette confession par tiers interposé. Un texte court (un peu plus de 200 pages) mais intense. Choqué ? Non. Touché ? Oui. Mais je ne peux toutefois pas adhérer aux conclusions de Sarah : « Demain, un jour, peut-être dans mille, un père pourra aimer sa fille d’amour charnel sans qu’il soit besoin d’en mourir après… Dans mille jours, ou alors après-demain, une fille pourra devenir la maîtresse de son père sans avoir à se cacher ou à mentir. Bientôt les amours volontaires et partagées entre parents et enfants seront reconnues et même tolérées… Certainement, viendront des lois pour promouvoir leurs droits et mieux les protéger. »
Aujourd’hui en France la loi ne condamne pas les relations sexuelles père/fille ou mère/fils tant qu’elles se font entre adultes consentants (Article 222-31-1 du Code Pénal : Les viols et les agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis sur la personne d’un mineur par (1°) un ascendant ; (2°) un frère, une sœur, un oncle, une tante, un neveu ou une nièce ; (3°) le conjoint, le concubin d’une des personnes mentionnées aux 1° et 2° ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité avec l’une des personnes mentionnées aux mêmes 1° et 2°, s’il a sur le mineur une autorité de droit ou de fait.). Je ne pense pas qu’il soit utile, et encore moins judicieux, qu’une loi vienne protéger ce type de relation. Quant à leur acceptation morale, je ne pense pas que ce soit pour demain… Bien ou mal ? Je laisse tout un chacun en débattre avec sa propre conscience.

MON VERDICT
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Morceaux choisis :

Tous les deux nous avons essayé d’y échapper, en sachant au plus profond de nous-mêmes que ça finirait par arriver. Je n’ai jamais vu en lui un « père », uniquement un « géniteur » imprévu, c’est-à-dire un étranger, avec toutefois une vague familiarité. Toute la nuance est là. Et cet inconnu, que j’avais cherché et fini par retrouver, m’affolait depuis nos premières rencontres. Lorsque j’étais dans ses bras, j’étais ailleurs. Et j’étais bien dans cet ailleurs. Je faisais ce que je ressentais, et je le partageais avec un homme qui ressentait la même chose que moi. C’était aussi simple que cela…

Nous apprenions à nous connaître. C’était très ludique. Nos répliques avaient une séduisante indépendance, il n’y avait aucun embarras dans nos apartés. Nos liens de sang ne figuraient pas dans nos espérances. Il était bien trop tard. Pour lui comme pour moi. Irréconciliables par la force des choses et par nos destins éclatés, il nous paraissait artificiel de nous étendre là-dessus, perchés sur une ramification somme toute imposée, souvent subterfuge. Nous n’étions pas des équilibristes, encore moins des archéologues. Il ne s’agissait pas de combler le temps passé, mais de passer notre temps ensemble sans le combler de remords ou de reproches. Il nous était impossible de ressusciter, d’un simple coup de baguette magique, ce que nous ne connaissions pas. Nous avions fait, chacun de notre côté, le deuil des simagrées qui auraient pu travestir nos retrouvailles. Dans ce domaine nous étions bien du même sang…

Etait-ce une malfaçon, ce qu’on vivait ensemble ? Des nocturnes en plein jour, voilà ce que nous supportions. Nos belles effervescences voyaient en nous ce que d’autres yeux auraient déprécié. Un amour rare. Je savais que j’étais passée au-delà de la zone obscure qui s’étend à la périphérie du champ de pensée de chaque être, de son champ de vision également. Dans cet espace inhabituel et clos, de l’autre côté de l’entendement ordinaire, j’étais libre… Libre, et neuve aussi. Je foulais une planète méconnue, je me sentais pionnière. Attentive à ce qui battait sous ma poitrine. Et le contenu de ce cœur était si grand que mon corps en devenait tout étroit. Alors, je voulais hurler, pour partager ce trop-plein… J’avais une hémorragie à offrir. Et autant de vertiges à étouffer. Mais les mots réprimés, s’ils avaient été déclamés, nous auraient accablés comme l’aveu, fatalement, condamne le suspect. Je désirais être généreuse, par pur égoïsme. Car dans notre clandestinité obligée, je crevais…

Un mot de silence, de foudres, de désapprobation unanime. Un énoncé comme un opprobre, brut, qui fait frémir et qui dégoûte, son extension illimitée, sans aucune possibilité d’atténuation ou motif de débat. Un mot chargé jusqu’à la gueule de haines, d’êtres brisés, de cicatrices et de mémoires prisonnières. Un mot qui salissait notre amour en le diminuant ou en le dénaturant : Inceste.

« Pour tout le monde, je resterai le mec qui baise sa fille, et ça, jamais cela ne changera… »

C’est singulièrement difficile d’aimer… Et quand, après tant de rêves délaissés, se présente cet amour, il suffit de l’accueillir avant qu’il ne s’en aille éblouir ailleurs. S’il s’en va, l’existence, elle, demeure invivable. Pourquoi alors nous faut-il juger un amour quel qu’il soit ? Y en aurait-il de plus honorables, ou de mieux fondés ? Certains seraient-ils maudits avant même d’avoir pu s’épanouir ? Quels sont les critères avérés, qui les déterminent, les limitent ?

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Autre-Monde : Genèse

M. Chattam - Autre-Monde T07Ah bin en voilà un qui aura su se faire désirer ! Trois ans après la sortie de Neverland, l’ultime chapitre de la saga Autre-Monde pointe enfin le bout de son nez, la chose s’appelle Genèse et bien entendu c’est Maxime Chattam qui est aux commandes.
Matt, Ambre et Tobias ont pris la tête d’un petit groupe de Pans, ils doivent gagner l’orient afin de mettre la main sur le troisième et dernier Coeur de la Terre. Une traversée périlleuse en terre inconnue, d’autant que Ggl est à leurs trousses avec Entropia, de même que l’empereur et ses forces armées…
Trois ans c’est long ! Oui je sais, vu comme ça on pourrait penser que j’enfonce une porte ouverte, mais c’est surtout histoire de dire que, du haut de mon neurone défaillant, je n’ai plus qu’un vague souvenir des précédents tomes. Il faut dire que depuis ma chronique de Neverland (publiée le 11 novembre 2013), j’ai lu et chroniqué 249 bouquins… vous m’excuserez si je ne me souviens pas du moindre détail de chacun d’entre eux.
Pour simplifier (n’étant pas un expert en théologie) on va dire que l’histoire biblique commence avec la Genèse et se termine par l’Apocalypse. Avec Autre-Monde, Maxime Chattam nous propose le chemin inverse, on commence par un apocalypse qui ravage une bonne partie de l’humanité et modifie radicalement la face du monde et on termine par la genèse. Reste à savoir si cela est plutôt bon signe, ou pas… Tout dépendra de l’issue de l’affrontement final.
Sur plus de 600 pages l’auteur nous entraîne dans une intrigue menée à un rythme infernal, il ne vous accordera que quelques instants de répit afin de reprendre votre souffle avant de repartir de plus belle. On attendait beaucoup de cet ultime opus, Maxime Chattam nous offre un bouquet final grandiose qui devrait combler même les fans les plus exigeants.
On retrouve avec plaisir des personnages connus (dont une retrouvaille pour le moins inattendue qui surgira au moment propice pour les Pans). Bien entendu on aura aussi le droit à quelques nouveaux venus, mais au final ils sont relativement peu nombreux par rapport aux tomes précédents. Vous aurez tout de même largement le temps de détester au plus haut point Dany Sin Kloss, ou encore de vous poser des questions quant à l’énigmatique Capitaine Selim, mais la rencontre la plus décisive sera certainement celle d’Anonymous.
Par contre au niveau des lieux traversés l’auteur continue de nous surprendre au fil du périple des Pans. Et ça commence très fort avec la traversée d’un monde souterrain dont l’obscurité dissimule maints dangers et autres mauvaises surprises (et peut être quelques surprises moins mauvaises que d’autres… allez savoir). Mais le point d’orgue reste bien entendu l’Est, non seulement c’est là bas que se trouve le dernier Coeur de la Terre mais ce sera aussi le champ de bataille de l’ultime confrontation.
Bien entendu je n’ai nullement l’intention d’évoquer cet affrontement final, sachez juste qu’il tient toutes ses promesses et que les pertes seront considérables.
Maxime Chattam profite de son intrigue pour poursuivre sa réflexion sur les dérives de la société moderne, dans ce tome ce sont les nouvelles technologies qui sont sur la sellette, plus particulièrement la dépendance qu’elles induisent chez certains consommateurs.
Refermer l’ultime opus d’une saga laisse toujours une impression paradoxale. D’une part on est heureux de connaître enfin le fin mot de l’histoire (surtout quand, comme présentement, nous avons le droit à un final en apothéose) ; et d’un autre côté on ne peut s’empêcher d’avoir un petit pincement au coeur à l’idée de quitter des personnages que l’on côtoie depuis un moment (huit années passées avec les Pans depuis le premier tome, ça ne compte pas pour du beurre). Même si l’auteur prévoit de revenir sur le parcours de certains personnages « secondaires » (dans ses remerciements il cite Gaspar et Luganoff) histoire de ne pas rompre trop brutalement avec l’univers d’Autre-Monde.
Avec cette saga Maxime Chattam est largement sorti de sa zone de confort, après un premier tome un peu trop orienté young adult, il a décidé de durcir son intrigue et de noircir l’ambiance générale, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs. Il en rêvait, il l’a fait et les lecteurs l’ont suivi en masse.

MON VERDICT
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