[BOUQUINS] Franquin – Idées Noires – L’intégrale

AU MENU DU JOUR

Titre : Idées Noires – L’intégrale
Auteur : Franquin
Éditeur : Fluide Glacial (Audie)
Parution : 2001
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

À travers ce recueil, Franquin pointe du doigt les multiples travers de notre société dite civilisée. Il le fait avec un humour aussi féroce que noir…

Ma Chronique

J’ai clos mon année littéraire 2019 avec des bulles, permettez-moi de commencer 2020 de la même façon en vous parlant d’une BD que je considère comme une oeuvre majeure de l’humour noir illustré. Je vous rassure je n’ai pour ma part aucune idée noire en ce début d’année 2020 ; je suis en congés pour encore une semaine, donc toutes les bonnes raisons pour avoir une pêche d’enfer.

S’il a fallu attendre 2001 pour pouvoir enfin découvrir l’intégrale des Idées Noires de Franquin, les planches ont été publiées entre 1977 et 1983, d’abord pour Spirou, puis pour Fluide Glacial. Les planches seront ensuite regroupées sur 2 volumes (en 1981 pour le tome 1 et en 1984 pour le tome 2).

En général si on vous dit Franquin, vous l’associez de facto au personnage de Gaston Lagaffe. Avec ses Idées Noires il nous révèle son côté obscur et il le fait avec une redoutable efficacité et un humour noir décapant qui fait mouche à chaque planche. N’ayons pas peur des mots, ce recueil est un véritable chef d’oeuvre d’humour noir, souvent imité, mais jamais égalé !

Chaque planche démarre par une petite phrase d’accroche en forme de contrepèterie signée Yvan Delporte. Puis vient la fameuse idée noire, le plus souvent présentée sur une demi-planche dessinée en noir et blanc. Enfin Franquin personnalise chaque planche avec une signature adaptée au thème abordé.

Franquin prend un malin plaisir à tourner en dérision, souvent en utilisant leurs propres codes, ses victimes. Qu’il s’agisse des chasseurs, des militaires, des curés, des sportifs, des partisans de la peine de mort ou ceux de la corrida et d’autres encore, nul n’échappe à son trait railleur.

Le dessin ne s’attarde pas sur les détails, mais demeure d’une remarquable précision, il se suffirait presque à porter le message que l’auteur veut faire passer. Les dialogues aussi vont à l’essentiel, juste histoire souligner davantage le propos de Franquin.

Un recueil intemporel que j’ai découvert en 1986 à l’occasion de la sortie en poche chez J’Ai Lu du meilleur des Idées Noires, le coup de foudre fut immédiat. J’ai eu depuis plusieurs occasions de le relire et chaque fois j’ai connu le même plaisir à le feuilleter encore et encore. Je me suis récemment offert la version grand format et en intégral de Fluide Glacial, il m’a donc semblé normal de partager avec vous ce coup de cœur jamais démenti.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Jacques-Olivier Bosco – Laisse Le Monde Tomber

AU MENU DU JOUR

JOB - Laisse le monde tomber
Titre : Laisse Le Monde Tomber
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
372 pages

De quoi ça cause ?

Des corps retrouvés atrocement mutilés dans une cité de banlieue. La cité est au bord de l’explosion. Jef et Hélène, les enquêteurs en charge de cette affaire sont sur les nerfs.

Un gang de braqueurs tueurs de flic insaisissable multiplie les coups d’éclats meurtriers à travers toute l’Europe. Tracy, chef de groupe à l’ORCTIS de Nanterre, s’est jurée de mettre fin au carnage.

Deux affaires qui non a priori aucun lien entre elles mais qui vont pourtant sceller le destin des trois flics…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques-Olivier Bosco, un auteur que j’ai découvert récemment via son diptyque Brutale / Coupable mettant en scène Lise Lartéguy ; un personnage pour qui j’ai eu un véritable coup de foudre littéraire.

Ma Chronique

Je remercie les éditions French Pulp et Net Galley pour leur confiance.

Dommage en revanche que le fichier transmis ait été une version non définitive au format PDF. Ce qui pour moi signifie rédhibitoire, sauf travail de conversion préalable ; et c’est ce à quoi je me suis attelé afin de pouvoir le lire au format epub et obtenir une version finalisée à archiver dans ma bibliothèque numérique.

Avec ce roman Jacques-Olivier Bosco (JOB) nous offre un thriller profondément humain en mettant en avant trois flics qui, loin d’être des machines de guerre déshumanisées façon Robocop, doivent au contraire composer avec leur vécu et leurs blessures. Trois flics à vif qui n’hésitent pas à se mouiller et à mettre les mains dans le cambouis quand la situation l’impose.

Jef est rongé par la culpabilité mais trop respectueux du cadre juridique (et sans doute aussi un tantinet trop lâche) pour mener à bien sa vengeance. Hélène, sa coéquipière est une boule de nerfs toujours prête à en découdre, quitte à se mettre parfois (souvent) en danger. Quant à Tracy, elle rêve de vengeance depuis que son frère a été assassiné sous ses yeux, victime du terrorisme islamiste, dans la nuit du 13 novembre 2015.

Les deux premiers vont être appelés sur une scène de crime particulièrement sauvage, un enfant de la cité a été démembré par un animal. Ça pourrait être un chien dressé pour tuer mais de nombreux détails morphologiques ne collent pas. Quand d’autres victimes apparaissent la cité commence à crier vengeance, d’autant que l’enquête de police piétine.

Tracy et son groupe sont sur la piste d’un gang de braqueurs qui semble prendre un plaisir pervers à tuer un maximum de flics à chaque opération. Le trio à la tête du gang est identifié mais demeure insaisissable.

Un trio pour lequel on se prendra vite d’empathie, JOB sait y faire pour que mêmes leurs défauts contribuent à rendre ses personnages plus attachants… plus humains, tout simplement.

Vous l’aurez compris, si l’auteur attache une grande importance à la psychologie de ses personnages, il n’en délaisse pas moins son intrigue (ses intrigues même, avant que les deux arcs narratifs ne se rejoignent). Une intrigue aussi musclée que rythmée qui mènera la vie dure à nos trois flics et mettra parfois vos nerfs à rude épreuves.

JOB fait mouche dès les premières pages de son roman, il impose d’entrée de jeu une ambiance aussi sombre que tendue, tension qui ne baissera pas d’un cran (au contraire) jusqu’au dénouement. Et quel dénouement !

La narration est très visuelle, à ce titre vous pouvez vous attendre à en prendre plein les mirettes. Gaffe aux giclées de sang, viscères et autres joyeusetés. Même au cœur de l’action la plus débridée, l’intrigue reste profondément ancrée dans la réalité. Une réalité que certains espèrent ne pas voir en optant pour la politique de l’autruche. Pour ma part j’espère, ne serait-ce que par respect pour l’animal, que ces chiens de combat 2.0 sont le fruit de l’imagination de l’auteur…

Une fois de plus JOB nous livre un page-turner impossible à lâcher, une fois de plus on en prend plein la gueule et on en redemande.

L’ultime chapitre nous réserve quelques surprises en forme de clins d’œil et caméos, avec notamment une brève apparition de Lise Lartéguy. De là à penser que certains personnages pourraient être de retour dans un second opus, il n’y a qu’un pas. Si ça ne tenait qu’à moi je le franchirais volontiers (il y a matière à une suite), mais c’est bien entendu JOB qui aura le dernier mot sur ce point.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Un(e)secte

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M. Chattam - Un(e)secte
Titre : Un(e)secte
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2019
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Atticus Gore, enquêteur au LAPD, est appelée sur une scène de crime qui défie l’entendement. Il ne reste de la victime que le squelette dans ses vêtements imbibés de sang et autres sucs organiques.

A New York, Kat Kordell, détective privé, enquête sur la disparition inexpliquée d’une jeune femme.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam, ce qui en soi constitue une raison suffisante.

Je comptais le commencer plus tôt mais il s’est fait griller la priorité par Didier Fossey et son roman Congés Mortels, puis par Laurent Obertone le temps de produire une version epub de son roman Guérilla – Le Temps Des Barbares (lecture et chronique suivront prochainement).

Ma Chronique

Il y a les auteurs qui préfèrent rester dans leur zone de confort et ceux qui n’hésitent pas en sortir pour s’essayer à un genre différent ; Maxime Chattam fait incontestablement partie de cette seconde catégorie, il l’a encore récemment prouvé avec son précédent roman, Le Signal. Parfois ça passe comme une lettre à la poste (son incursion en fantasy avec le cycle Autre-Monde en est la preuve), parfois ça coince un peu aux entournures (ce fut le cas avec Le Signal auquel il manque la griffe Chattam).

Avec ce nouveau roman l’auteur revient à ses premières amours en offrant un thriller pur et dur, maîtrisé de la première à la dernière page. Avec juste ce qu’il faut de fantastique (même si la base repose sur des recherches scientifiques concrètes on est, heureusement, encore loin d’avoir un tel degré de contrôle sur ces charmantes bestioles) pour donner encore plus d’épaisseur à son intrigue.

Pas besoin de sortir de Saint-Cyr ou Polytechnique pour comprendre que le titre joue sur l’ambiguïté entre les insectes (pour l’enquête d’Atticus Gore) et une secte (pour celle de Kat Kordell) ; le fil rouge reliant les deux enquêtes se mettra peu à peu en place (il se dévoilera progressivement au lecteur bien avant que nos deux enquêteurs ne se croisent).

Puisqu’on cause insectes j’ai crains un moment que Maxime Chattam nous rejoue le coup de l’araignée, une option habilement jouée dans le roman Maléfices, ultime opus de sa Trilogie du Mal. Rassurez-vous il n’en est rien, il est juste 100 fois plus vicieux et plus pervers avec cette intrigue ; rien qu’en lisant le bouquin vous aurez l’impression de sentir des bestioles courir sur vous… Si vous êtes sujet à l’entomophobie (peur des insectes), ce roman devrait vous faire connaître le grand frisson !

Atticus savait tout cela, que les trois quarts des animaux de notre planète étaient en réalité des insectes, une biomasse trois cents fois supérieure à celle de toute l’humanité, à laquelle il fallait encore ajouter tous les arachnides, souvent considérés à tort comme des insectes, et même les vers, les crustacés tels les cloportes et enfin les mille-pattes. Ils formaient la grande famille des « bestioles immondes et grouillantes », comme se la représentait le commun des mortels.

Comme à son habitude Maxime Chattam apporte beaucoup de soins à ses personnages. A commencer par son duo d’enquêteurs qui portent l’intrigue de la première à la dernière page.

Galanterie oblige je commencerai par Kat Kordell, une quadra qui vit avec son temps, s’entretient histoire de repousser les effets néfastes des années qui passent et refuse de s’engager dans une quelconque aventure sentimentale sérieuse. Mais aussi et surtout une détective privée tenace qui ne manque pas de flair quand il s’agit de suivre une piste.

Atticus Gore est quant à lui un détective du LAPD, inconditionnel de métal (je me suis noté d’ailleurs certains groupes que je ne connaissais pas, à écouter quand j ‘aurai envie ou besoin de me décrasser les tympans et me vider la tête). Passionné par les insectes (ça tombe plutôt bien). Homosexuel totalement assumé (pas évident dans son environnement professionnel) mais discret. Comme son homologue new-yorkaise (qu’il ne connaît pas pendant la majeure partie du roman), il prend soin de lui (aussi bien de son corps que de son apparence) et ne cherche pas de relation sérieuse.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste (j’ai eu un faible pour Sam Trappier même si généralement je me méfie des complotistes en tout genre). Même le méchant de service échappe aux clichés du genre, certes il ne manque pas de cynisme et a une haute opinion de lui-même, mais il y a plus que ça… vous allez adorer le détester !

Maxime Chattam a un incroyable talent quand il s’agit de nous immerger dans ses intrigues, tout particulièrement dans les lieux où elles se déroulent. Sans jamais avoir foutu les pieds aux Etats-Unis, en refermant ce bouquin j’ai une impression diffuse de connaître New York et Los Angeles (même les quartiers les moins recommandables me semblent familiers… ce qui ne signifie pas pour autant que j’ai envie d’aller y faire une promenade de santé). Il pousse le vice jusqu’à donner vie à une petite bourgade du Kansas qu’il a pourtant créée de toutes pièces.

Franchement cette cuvée 2019 de Chattam a tout d’un grand cru, j’ai beau me creuser le neurone je ne vois aucun reproche à lui adresser même s’il n’a pas non plus provoqué l’extase orgasmique en le lisant. Un thriller efficace qui joue avec nos peurs et joue aussi à nous faire peur (ce qui ne l’empêche pas d’aborder avec beaucoup de pertinence des sujets lourds, notamment quand il est question de l’avenir de la planète et du genre humain).

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Noël Boudou – Benzos

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N. Boudou - Benzos

Titre : Benzos
Auteur : Noël Boudou
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
222 pages

De quoi ça cause ?

Nick souffre d’insomnies chroniques, pour y remédier il se gave de somnifères. Il va pourtant falloir qu’il assure pour accueillir un couple d’amis venus passer quelques jours de vacances chez lui. D’autant que Chloé, sa femme, ne pourra lui prêter main forte, elle est en effet en déplacement professionnel.

Les vacances vont rapidement tourner au cauchemar pour Nick, moins il comprend ce qui lui arrive, plus il gobe ses précieux cachetons…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Noël Boudou. Son premier roman, Elijah, m’avait emballé par sa noirceur et sa violence… mais pas que !

Parce que Joël, des éditions Taurnada, m’a gentiment proposé de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 14 novembre). Une offre pareille, ça ne se refuse pas.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Joël et les éditions Taurnada pour leur confiance renouvelée. Et leur impressionnant catalogue, qui n’en finit pas de me surprendre par ses nombreuses pépites.

Noël Boudou fait partie de ces auteurs qui frappent fort d’entrée de jeu, en 2017 son premier roman, Elijah, m’avait littéralement laissé sur le cul. Une véritable perle de noir et de violence mais aussi de lumière et d’espoir.

Un premier roman qui place la barre très haut c’est un sacré challenge pour le second (et les suivants). Forcément le lecteur attend le même niveau, voire même un cran au-dessus ; d’autant plus qu’il ne sera pas aussi indulgent que pour un premier roman. Il n’empêche que c’est plutôt confiant que je me suis lancé dans Benzos (oui, oui, je parlais de moi à la troisième personne dans la phrase précédente… syndrome de Jules César ?).

Vous aurez peut-être deviné que le titre fait référence aux benzodiazépines (BZD pour les intimes) qui sont les principes actifs de bon nombre de somnifères et autres anxiolytiques. En l’occurrence ce sont les cachetons que Nick consomme comme des friandises :

Je pourrais chercher des solutions concrètes, affronter mes problèmes comme un homme, seulement voilà, je suis totalement accro à cette merde. Le premier réflexe de mon corps à la moindre petite contrariété : avaler un comprimé ou deux ou trois. Je suis tellement habitué à cette réaction que mes besoins sont automatiquement calculés par mon organisme. Il me réclame la dose nécessaire à m’apaiser en fonction du dilemme auquel je suis confronté.

Avec Benzos l’auteur change son fusil d’épaule, si l’intrigue reste bien noire on est davantage dans le thriller psychologique que dans l’hyper-violence. Pour nous faire vivre son intrigue, Noël nous invite dans la tête de Nick (autant vous prévenir de suite, un voyage dans la tête d’un accro aux BZD n’est pas de tout repos) avec un récit à la première personne.

J’ai été happé par l’histoire (machiavélique à souhait) dès les premières pages, pris par une soudaine frénésie de lecture qui flirtait allègrement avec la boulimie ! D’ailleurs je n’exagérerai pas en disant que j’ai littéralement dévoré le roman de Noël Boudou, dégusté et digéré d’une traite ! Apprécié surtout, adoré même.

Bon d’accord il n’y a qu’un peu plus de 200 pages à lire mais je vous assure que l’intensité est présente de la première à la dernière page. La tension va crescendo et ce rythme endiablé ne connaît aucun répit. Comme dans Elijah l’auteur opte pour un style direct, sans fioritures ni chichis ; il nous assène les faits comme autant de coups de fouet, ou de coups de poing dans la tronche (à vous de choisir votre sévices favori).

Si Nick se pose beaucoup de questions (et ce ne sont pas les raisons de s’en poser qui manquent, surtout avec son esprit en permanence embrumé par les médocs, l’alcool et la beuh), je me suis pour ma part rapidement fait une idée assez précise de ce qui se tramait (et même du pourquoi de la chose). Idée qui s’avérera juste, ce qui ne m’a nullement empêché d’apprécier la dérive de Nick et surtout d’être totalement abasourdi par le dénouement.

De mon côté j’ai bien quelques questions en suspens concernant La Mort et Jean-Yves, mais ça ne m’empêchera pas de dormir et surtout ça n’influera en rien sur ma note finale.

Pour les cachetons et les pétards, je passe mon tour ; par contre pour le Jack Daniel’s je suis toujours partant (scout toujours prêt), plus encore avec en fond sonore un bon gros son Métal qui tabasse.

Noël si jamais tu passes par Nouméa mon invitation à partager un (et plus si affinités) Jack est toujours de rigueur. En la matière je suis comme Nick :

Moi, j’ai l’alcool généreux, la cuite abondante, quand je picole, seul ou accompagné, j’ai la main lourde.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Chris Kraus – La Fabrique Des Salauds

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C. Kraus - La Fabrique des Salauds

Titre : La Fabrique Des Salauds
Auteur : Chris Kraus
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : Allemagne (2017)
880 pages

De quoi ça cause ?

Les frères Solm, Hub (1905)et Koja (1909), naissent en Lettonie alors déchirée par la guerre civile, convoitée à la fois par les Russes et les Allemands. Au cœur de la crise, la famille Solm recueille et adopte Ev, une gamine dont les parents viennent d’être exécutés par les bolcheviques.

Soixante ans plus tard, Koja raconte à son voisin de chambrée à l’hôpital, sa vie, leur vie à tous les trois. Un parcours hors du commun étroitement lié à l’histoire de l’Europe et du Monde dans ses heures les plus sombres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je suis tombé dessus par hasard en parcourant le catalogue de Net Galley, le titre m’a inspiré, la quatrième de couverture a fait le reste.

J’ai attendu de me procurer une version commerciale avant de le lire, la version « non corrigée » envoyée par l’éditeur demandait trop de travail de mise en forme pour pouvoir être lue confortablement.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avant de m’attaquer au fond de l’histoire, et quel fond puisqu’il s’agit de ni plus ni moins de 70 ans d’Histoire au cours desquels l’Europe et le monde ont connu de profonds bouleversements ; je souhaiterai dire quelques mots sur la forme.

Ce bouquin est tout simplement divinement écrit, pour son premier roman traduit en français Chris Kraus signe une oeuvre audacieuse (pas loin de 900 pages) qu’il maîtrise de bout en bout, sa plume est un régal pour les yeux (il parvient même parfois à sublimer l’horreur et le tragique de certaines situations, ou, à contrario à les restituer froidement). De fait je ne peux que m’incliner devant le formidable travail de la traductrice, Rose Labourie, qui su retranscrire toutes ces émotions et toute la magie des mots à l’attention des lecteurs français.

Il m’aura fallu pas loin de trois semaines pour venir à bout de ces 900 pages, délai qui n’est pas à imputer à la qualité du récit mais bel et bien à un emploi du temps professionnel surchargé qui faisait qu’en rentrant du taf je n’avais envie de penser à rien. Or ce roman n’est pas vraiment une lecture vide tête, loin s’en faut ! Les neurones turbinent à fond au fil des pages…

Il est facile de juger rétrospectivement, confortablement vautré dans son canapé ; mais qui peut en toute sincérité affirmer qu’en son âme et conscience, dans les mêmes conditions, il n’aurait pas fait les mêmes choix que Koja, ou Hub Solm ? Pour ma part je préfère me réfléchir aux paroles de Jean-Jacques Goldman plutôt que de dispenser des leçons de morale à deux balles :

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt / Sur les ruines d’un champ de bataille / Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens / Si j’avais été allemand ?

N’allez surtout pas croire que je cherche à excuser, ni même à minimiser les horreurs du régime nazi. Une telle abomination est et restera à jamais inexcusable, mais l’esprit humain est une mécanique complexe qui peut nous pousser à faire passer l’instinct de survie avant le sens moral.

La Fabrique Des Salauds n’est pas un énième roman sur la seconde guerre mondiale, même si le conflit reste le fil rouge de l’intrigue, c’est plutôt les années d’après-guerre qui donne corps au récit et à l’histoire que nous narre Koja Solm. Avec en point de mire la surprenante facilité avec laquelle l’Allemagne d’après-guerre a su recycler nombre de ses anciens dignitaires nazis.

Un narrateur au parcours peu commun puisqu’après son enrôlement au sein de la SS il visitera les geôles des services secrets russes avant d’être « retourné » par le KGB, puis mettra son savoir au service du BND (les services secrets allemands), de la CIA et du Mossad. Parfois même en revêtant une double, voire une triple, casquette avec souvent des intérêts totalement contradictoires (les uns veulent protéger les anciens nazis alors que les autres cherchent à les démasquer et à les traduire en justice).

Koja Solm lui même se retrouvera plus d’une fois le cul entre deux chaises, d’un côté il doit se protéger et cacher (ou minimiser) ses anciennes fonctions dans la SS, de l’autre répondre aux attentes de ses employeurs et enfin se venger de son frère en le faisant tomber sans que celui-ci ne l’entraîne dans sa chute.

Une lecture éprouvante moralement et nerveusement (ce qui explique aussi le temps mis pour achever le roman), au-delà des actes eux-mêmes c’est le ton du narrateur qui est dérangeant. Il relate les faits avec froideur et en cherchant toujours à mettre une certaine distance entre l’acte et sa propre responsabilité. Au lieu d’éprouver des remords, il va plutôt chercher à se faire passer pour une victime. Ce déni permanent et cette lâcheté m’ont dérangé plus d’une fois ; difficile, pour ne pas dire impossible, dans ces conditions d’éprouver un semblant d’empathie pour le personnage de Koja Solm. Et pourtant parfois on aurait presque envie de le croire !

Chris Kraus mêle adroitement Histoire et fiction, n’hésitant pas à faire intervenir dans son intrigue des personnages ayant réellement existés. Difficile de deviner où s’arrête la réalité historique et où commence l’imaginaire de l’auteur ; d’autant qu’il nous prévient dans son avant-propos, les événements les plus incroyables (ou les plus improbables) ne sont forcément fictifs.

Un bouquin qui vous prend aux tripes, à savourer lentement pour apprécier pleinement tout son potentiel. Clairement pas une lecture qui vous redonnera foi dans le genre humain !

L’auteur a récemment déclaré qu’il trouvait le titre français de son roman très bien trouvé pour son côté cash avec un brin de provocation ; le titre original Das Kalt Bulte pouvant en effet se traduire par Le Sang Froid, certes adapté mais nettement plus sage que La Fabrique Des Salauds.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Anonyme – Que Le Diable L’Emporte

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Anonyme - Que Le Diable L'>Emporte

Titre : Que Le Diable L’Emporte
Auteur : Anonyme
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA
400 pages

De quoi ça cause ?

JD, surtout connu comme étant le Bourbon Kid, et Beth essayent au mieux de mener une vie aussi normale que faire se peut. Pas évident quand on a le FBI aux trousses, mais aussi et surtout Scratch, le diable, qui n’a pas vraiment apprécié que le Kid la lui fasse à l’envers…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

La question ne se pose même pas. C’est le retour du Bourbon Kid, la saga la plus déjantée et la plus jouissive qu’il m’ait été donné de lire. Dès la première apparition du Bourbon Kid (Le Livre Sans Nom) j’ai été emballé par cet univers complètement barré, depuis je suis accro et je n’ai jamais été déçu…

Ma Chronique

Une fois n’est pas coutume, je vais faire mien l’avertissement qui figure en quatrième de couv’ : Vous êtes bien-pensant ? Conformiste ? Poli, honnête et respectable ? Vous voulez le rester ? N’ouvrez jamais ce livre.

Force est de reconnaître que notre anonyme préféré revient au top de la forme ! Plus barré que jamais. Plus trash que jamais. Plus irrespectueux que jamais ! Bref, c’est tout ce qu’on aime en version XXL.

Outre le Kid et Beth, les Dead Hunters (Rodeo Rex, Elvis et Jasmine) seront aussi de la partie, ainsi que l’inénarrable Sanchez et sa petite amie, Flake. Bien entendu il faudra aussi compter avec le diabolique Scratch, déterminé à faire payer le prix fort au Kid qui l’a roulé dans la farine en se faisant passer pour mort.

Bien entendu il faudra aussi compter avec de nouveaux personnages, vous croiserez notamment un certain comte Dracula qui en verra de toutes les couleurs (mais aussi et surtout de toutes les odeurs).

Tout ce beau monde vous invite à les rejoindre dans un voyage en absurdie où tous les coups sont permis, et ils ne se refusent rien quand il s’agit de mettre de l’ambiance ! Est-il besoin de préciser que l’intrigue du présent roman est totalement déjantée ? Les amateurs du Bourbon Kid se régaleront et n’en finiront pas de se marrer… Et les autres ? Quels autres ? Ils n’existent pas…

Je ne résiste pas à l’envie de partager un de ces moments de poésie en prose fleurie dont le roman foisonne :

Sentant que son cul commençait à transpirer sérieusement sous la pression de l’interrogatoire de Flake, Sanchez porta sa main à son slip pour l’extraire de sa raie, et se sentit immédiatement soulagé.

C’est beau, non ?

Cette cuvée 2019 du Bourbon Kid est incontestablement un grand cru qui régalera les amateurs (oui je sais, je l’ai déjà dit).

Le roman peut sans doute se lire indépendamment des autres mais pour l’apprécier pleinement je pense qu’il vaut mieux connaître la saga depuis ses débuts ; et puis ce serait dommage de se priver de ces romans purement et simplement jouissifs.

L’auteur, étonnamment toujours aussi anonyme qu’à ses débuts, fidèle à son habitude, termine son roman par un énigmatique et prometteur FIN (peut-être…). Pour ma part je ne serai pas surpris de retrouver prochainement le Kid pour une ultime (?) mission ; d’une part parce qu’il en fait la promesse à la fin du présent roman, d’autre part parce que les cartes ont été redistribuées afin d’équilibrer la partie…

Pour l’anecdote j’avais sollicité ce bouquin via Net Galley, mais pour une raison X ou Y qui m’échappe, depuis le mois dernier Sonatine rejette toutes mes demandes alors qu’auparavant ils avaient plutôt tendance à les accepter systématiquement. Je vais voir si cela se confirme à l’avenir, au cas où je les contacterais afin d’avoir une explication (ça ne me traumatise pas outre mesure, mais j’aime comprendre le pourquoi du comment des choses).

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Jo Nesbo – Le Couteau

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J. Nesbo - Le Couteau
Titre : Le Couteau
Série : Harry Hole – T12
Auteur : Jo Nesbo
Éditeur : Gallimard
Parution : 2019
Origine : Norvège (2019)
608 pages

De quoi ça cause ?

Harry Hole n’est plus que l’ombre de lui même depuis que Rakel l’a quitté. Et comme toujours dans ces moments-là, c’est dans l’alcool qu’il trouve refuge.

Se croyant déjà au plus bas, Harry va découvrir, de la cruelle des manières, que l’on a toujours quelque chose à perdre, même quand on croit avoir déjà tout perdu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’te question ! C’est Jo Nesbo, mais aussi et surtout c’est le grand retour de Harry Hole. What else ?

Ma Chronique

Jo, mon petit Jo, pourquoi tant de haine ? Pourquoi un tel acharnement contre Harry ? OK, je reconnais que c’est quand il est au plus bas que Harry s’avère le plus efficace et le plus convaincant. Mais merde, là tu pousses le bouchon un peu loin ! Tu n’avais pas le droit de lui faire ça ; pas à lui… pas à elle ! Putain, Jo, tu déconnes.

À en croire la sagesse populaire « Qui aime bien, châtie bien« , si tel est le cas alors Jo Nesbo doit vraiment être raide dingue de son flic fétiche : Harry Hole. Ceux et celles qui se sont déjà frottés à la série savent que l’auteur prend un malin plaisir à malmener son personnage ; mais jamais il n’avait été aussi loin dans les tourments qu’il lui inflige. Mon entrée en la matière résume à la perfection ce que j’ai ressenti en découvrant la scène de crime…

Même si Harry est anéanti par cet ultime outrage, il pourrait faire sienne la devise de la ville de Paris : « Fluctuat nec mergitur » (il est battu par les flots, mais ne sombre pas) ; et ce n’est certainement pas une suspension qui l’empêchera de mener sa propre enquête afin de découvrir la vérité.

Avec les moyens du bord et le soutien de quelques précieux amis, Harry va mener une enquête de façon plus ou moins empirique. Suivant la piste qui se présente à lui jusqu’à ce qu’elle ait délivré tous ses secrets, puis recommençant ses investigations à zéro à partir d’une nouvelle piste. Plus les pistes suivies n’aboutissent à rien, plus une vérité encore plus indicible que tout ce qu’il aurait pu imaginer va se dessiner.

Les habitués retrouveront avec plaisir des personnages déjà croisés dans les précédents romans de la série, mais il faudra aussi compter avec les nouveaux venus, dont certains joueront un rôle déterminant dans le déroulé de l’intrigue.

Si l’intrigue ne brille pas vraiment par son originalité, elle n’en reste pas moins totalement maîtrisée et devrait surprendre même les lecteurs les plus perspicaces (à ce titre l’ultime revirement de situation, à savoir l’identification du (ou de la) coupable, m’a laissé sur le cul ; je n’avais rien vu venir).

Ça fait bien longtemps que Jo Nesbo n’a plus rien à prouver pour mériter sa place au panthéon des auteurs de polars nordiques, et même de polars tout simplement. Il sait y faire pour rendre son intrigue addictive et monter crescendo en puissance.

Ce douzième roman de la série fait honneur à ses prédécesseurs, c’est vraiment une réussite à tout point de vue. Je reconnais volontiers qu’étant totalement accro au personnage de Harry Hole, je ne suis peut-être pas totalement objectif sur le sujet. Il parait que l’amour rend aveugle, c’est peut-être ce qui explique que je n’aie relevé aucune ombre au tableau.

Et maintenant ? Le lecteur est en droit de se poser la question en refermant le bouquin. On quitte Harry Hole face à plusieurs options quant à son avenir ; un avenir qu’il jouera sur un coup de dé, mais dont on ne connaîtra pas l’issue… Personnellement j’ai ma préférence, mais, quel que soit le choix que fera Harry j’espère qu’on le retrouvera dans d’autres aventures.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Isabelle Desesquelles – UnPur

AU MENU DU JOUR

I. Desesquelles - UnPur
Titre : UnPur
Auteur : Isabelle Desesquelles
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Été 1976, alors qu’il est en vacances à Venise avec son frère jumeau, Julien, et leur mère, Clarice, Benjamin, 8 ans, est enlevé.

C’est trente ans plus tard que Benjamin refera surface, sur le banc des accusés, alors que s’ouvre son procès, mais aussi, et surtout celui de son ravisseur.

Il lui faudra huit années de plus avant qu’il accepte de reparler, pour la première fois depuis son enlèvement, à son frère, Julien. Déterminé à tout lui raconter, même ce qu’il n’a pas dit au tribunal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au fil de mes errances sur Net Galley, j’ai d’abord été intrigué par le titre et la couverture du roman, un coup d’oeil à la quatrième de couv’ a achevé de mettre en alerte ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée. L’occasion de découvrir ce roman en avant-première ; j’ai attendu la parution (format papier) du bouquin avant de publier ma chronique, car tel était le souhait exprimé par l’éditeur (sachant que le roman a fait l’objet d’une masse critique sur Babelio et avait donc déjà de nombreux retours en ligne avant qu’il ne soit publié).

Si Isabelle Desesquelles n’en est pas à son coup d’essai, j’avoue sans aucun complexe que je ne connaissais pas l’auteure. Pour une découverte le moins que l’on puisse dire c’est que je commence avec du lourd, du très lourd…

Le jeu de mots ambigu sur le titre ne vous aura certainement pas échappé, faut-il l’interpréter comme Un Pur ou Impur ? C’est la question qui viendra tarauder le lecteur au fur et à mesure qu’il découvrira le témoignage de Benjamin. Nul ne contestera le fait que Benjamin ait été avant tout une victime qui a perdu son enfance et son innocence entre les griffes d’un prédateur sexuel ; c’est la suite des événements qui interrogera et tourmentera le lecteur.

Isabelle Desesquelles aborde un sujet à la fois glauque, délicat et sérieux, dire qu’elle s’aventure en terrain glissant serait une litote tant une mauvaise approche de la question pourrait transformer le bourbier en véritable merdier. Un sacré challenge que de trouver à la fois la forme et le ton les plus adaptés au traitement d’un tel sujet.

Mais avant de vous parler du contenu, j’aimerai aborder le contenant, à savoir la couverture du roman. Rien de franchement transcendant me direz-vous ; et bien détrompez-vous, elle prend tout son sens une fois que vous aurez refermé le bouquin.

Sur la forme l’auteure opte pour le témoignage et donc un récit à la première personne (presque exclusivement consacré à la confession de Benjamin). Je serai tenté de dire que c’est encore la meilleure façon d’aborder de front le parcours de Benjamin.

Je conçois volontiers que de prime abord le ton choisi puisse paraître impersonnel et détaché des événements et que cela puisse déconcerter certains lecteurs. Mais il faut aller au-delà des mots et des phrases pour apprécier le récit dans toute sa ténébreuse singularité.

Isabelle Desesquelles nous raconte l’insoutenable sans sombrer dans les descriptions outrancières ou le sentimentalisme exacerbé, mais sans chercher à se voiler la face ou à nous cacher la vérité dans toute sa noirceur. Elle joue sur les tournures de phrases avec des images courtes, mais percutantes, telles que « On n’est pas ravi d’être enlevé« , ou encore « Et j’apprends qu’en comblant un trou, on enterre un enfant » sans oublier le « sang blanc » qui vient souiller Benjamin chaque fois que le « fusil » se décharge en lui. Des images qui nous renvoient les faits bruts de décoffrage en pleine gueule !

Un roman court, mais dont se dégage une rare intensité, à la fois d’une absolue noirceur, mais pas totalement désespéré. Une lecture éprouvante et parfois même dérangeante, mais dont vous aurez un mal fou à vous détacher, non par voyeurisme malsain, juste pour connaître le fin mot de l’histoire.

J’ai en effet mentionné précédemment une interrogation qui n’aura de cesse de turlupiner le lecteur, ne comptez pas sur moi pour vous apporter des éléments de réponse ; je dirai simplement que le choix de l’auteure est plutôt judicieux sur ce point.

Un roman qui ne devrait laisser personne indifférent, tant sur le fond que sur la forme.

Pour l’anecdote le fichier numérique reçu via Net Galley porte la mention « Épreuves non corrigées » ; si je n’ai relevé aucune coquille rédhibitoire à la lecture du roman, j’ai toutefois retravaillé l’epub afin d’en améliorer la lisibilité (ne serait-ce que par un redécoupage de certains fichiers constituant le roman et l’intégration d’une table des matières). Vous me connaissez, je suis un tantinet maniaque !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Sara Greem – La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar

AU MENU DU JOUR

S. Greem - La Mal&diction de l'Anneau des Niflungar
Titre : La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar
Auteur : Sara Greem
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Sigurdr, le fils adoptif du roi du Danmark, rêve de rebâtir la cité de ses ancêtres, Xanten. Mais avant cela son beau-père lui confie une mission, se rendre en Island afin de convaincre la reine de s’allier au royaume du Danmark en épousant Hjörvarr, son fidèle second.

Sigurdr embarque donc pour l’Island en compagnie de Thórrmund, son demi-frère et Reginn, son précepteur, qu’il considère comme un second père. Le vaillant prince guerrier ignore encore que sa rencontre avec Brynhildr, la reine d’Island, va sceller son destin et celui de ses amis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Sara m’a proposé de découvrir en avant-première (sortie le 1er septembre) son nouveau roman ; impossible de refuser une telle marque de confiance.

Après une incursion plus que réussie dans le monde celte avec ses Épopées Avaloniennes, c’est en terre viking que se situe son nouveau roman ; à la (re)découverte d’une légende phare de la mythologie nordique / germanique.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Sara pour sa confiance renouvelée et son amitié.

Je ne saurai dire exactement à quand remonte mon intérêt pour les Vikings, mais ça se compte en dizaines d’années. Enfant et adolescent c’est le côté guerrier qui m’attirait, force est de reconnaître que c’est bien LA civilisation guerrière par excellence. Non seulement c’est assumé dans leurs traditions et leur mythologie, mais c’est même revendiqué.

Si je devais trouver un élément déclencheur je rejetterais la faute sur Marvel et le personnage de Thor (bien avant le MCU et son interprétation par Chris Hemsworth). Au-delà des comics j’ai eu envie d’en apprendre davantage sur le personnage et son univers. Et c’est à l’ancienne (sans accès à Internet) que j’ai satisfait ma curiosité : en allant à la bibliothèque et en feuilletant des bouquins (si, si, j’ai connu ces temps anciens !).

Sans être un inconditionnel de l’opéra (loin s’en faut) c’est pourtant par ce biais que j’ai été amené à m’intéresser à la légende de Siegfried. C’est en effet après avoir écouté et apprécié La Chevauchée Des Walkyries de Richard Wagner que je me suis penché sur son opéra L’Anneau Du Nibelung. Ne parlant pas allemand je n’ai rien compris à l’histoire, mais la musique, elle, m’a parlé ; poussé par la curiosité j’ai donc de nouveau creusé la question (toujours à l’ancienne).

Sara Greem nous invite à (re)découvrir la légende de Siegfried en optant pour la transcription nordique (et non germanique) des noms et lieux dans un souci de cohérence. Ainsi Siegfried devient Sigurdr, le Nibelung (Nibelungen en allemand) devient le Niflungar… ceux qui, comme moi, connaissent la version germanique retrouveront rapidement leurs marques.

Pour donner corps à son roman, l’auteure intègre des éléments et des personnages issus de son imaginaire tout en respectant les grandes lignes de l’épopée de Sigurdr. Même en connaissant les tenants et les aboutissants de la légende, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette revisite romancée. Un récit captivant de bout en bout.

Comme elle l’avait fait avec ses Épopées Avalonniennes, Sara intègre à son récit de nombreuses références à la mythologie viking. Qu’il s’agisse d’étayer l’intrigue ou simplement d’y ajouter un bonus culturel et didactique à l’ensemble, les clins d’œil mythologiques trouvent naturellement leur place dans le récit sans jamais casser le rythme.

Et niveau rythme on va être généreusement servis, l’épopée de Sigurdr n’est pas vraiment une promenade de santé. Entre un dragon à terrasser et une horde de Huns à mettre en déroute, il n’aura pas vraiment le temps de souffler. Mais le roman ne se contente pas d’aligner les scènes de bataille, même dans les périodes d’accalmie, l’intérêt reste en éveil sans jamais faiblir.

Bien entendu j’ai aimé retrouver les personnages de la légende (avec un faible particulier pour Sigurdr et Brynhildr), j’ai trouvé que ceux imaginés par Sara apportaient un réel plus à l’intrigue. A commencer par le demi-frère de Sigurdr, mais aussi et surtout Knut le berseker au grand cœur.

Si d’aventure vous seriez appâté par l’or du Rhin, sachez que vous ne serez pas les premiers et sans doute pas les derniers à tenter votre chance. Si la sagesse populaire affirme qu’il y a une part de vérité dans toute légende, j’ajouterai simplement qu’il ne faut non plus tout prendre au pied de la lettre.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Cédric Cham – Broyé

AU MENU DU JOUR

C. Cham - Broyé
Titre : Broyé
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2019
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Christo vit reclus, renfermé sur lui-même, en lutte permanente contre la colère qui bouillonne en lui depuis qu’il a quitté une enfance faite de coups et maltraitances en tout genre. Son seul ami est son chien, Ringo, un amstaff qui porte lui aussi les traces d’un passé douloureux.

Mathias, un jeune garçon, a fugué dans la nuit pour fuir les coups de ses parents. Kidnappé, il reprend connaissance, enfermé nu dans une cage trop petite pour lui. Son geôlier l’informe qu’il va le dresser afin de faire de lui un homme… un soldat.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham et que les deux précédents romans j’ai lus de cet auteur ont été à la fois de belles découvertes que des claques dans la gueule. Que ce soit par l’intensité de ses intrigues, ou la profondeur de ses personnages, l’auteur sait y faire pour nous plonger en totale immersion dans ses romans. Et on n’en ressort pas indemne.

Ma Chronique

Fidèle à son habitude Cédric Cham nous en met plein la tronche avec son dernier roman. On ne pourra pas lui reprocher de nous avoir pris par surprise, le titre et la couv’ annonçaient en effet la couleur. N’empêche qu’on referme le bouquin en étant au bord du KO.

Le gars n’a aucune pitié, dès le premier round il monte à l’assaut ; à peine le temps de comprendre ce qui nous arrive et nous voilà plongés dans un océan de noirceur. Du noir bien épais et visqueux, qui vous colle à la peau, au cœur et aux tripes, vous vrille les nerfs et vous fout des bleus à l’âme.

En moins de 300 pages Cédric Cham nous livre une intrigue parfaitement aboutie, maîtrisée jusque dans le moindre détail. Pour que la sauce prenne, l’auteur se transforme en sniper littéraire, s’il économise les mots et les tournures de phrases, il fait implacablement mouche à tous les coups. Il nous touche directement là où ça fait mal, là où ça nous parle. Une plume d’une redoutable efficacité qui brille par un minimalisme savamment dosé.

Ajoutez à cela des chapitres courts qui alternent entre une numérotation classique (chapitre 1, 2, 3…) quand il s’agit de suivre Christo et une numérotation chronologique (jour 0, 1, 2…) quand c’est Mathias qui occupe le devant de la scène. Tout est fait pour aller à l’essentiel avec un maximum d’efficacité. Résultat des courses j’ai dévoré le bouquin quasiment d’une traite.

Une fois de plus l’auteur apporte énormément de soins à ses personnages, en fonction des besoins de l’intrigue il sublimera l’humanité de certains, comme un contrepoids à la noirceur absolue d’autres.

Ainsi Christo essaye tant bien que mal de composer avec les blessures de son enfance ; s’il se tient à l’écart des autres, ce n’est pas par indifférence, mais au contraire parce qu’il est tellement à fleur de peau que sa violence contenue peut rejaillir face à la moindre injustice.

De son côté Mathias a été complètement formaté et déshumanisé par des années de dressage intensif. N’ayant appris à vivre et à s’exprimer que par la violence, il est socialement inadapté.

J’ai assez vite subodoré le lien entre Christo et Mathias, toutefois il m’aura fallu attendre le chapitre 13 pour la présomption devienne une certitude (la suite me donnera raison).

Salomé de son côté est l’atout charme du roman (mais loin d’être cantonnée à un rôle de godiche ou de faire-valoir), elle aussi a connu un parcours plutôt chaotique et n’est pas encore au bout de ses peines. Elle aimerait réussir à percer la carapace dont s’entoure Christo… sans savoir ce à quoi elle s’exposerait alors.

Si chez eux on discerne encore un soupçon d’espoir et plus ou moins d’humanité, comme une loupiote vacillante dans l’obscurité ambiante, chez d’autres c’est le noir absolu qui règne. La quintessence du mal étant en sans aucun doute Vadine, le geôlier/dresseur de Mathias.

Puis il y a Ringo, le fidèle compagnon de Christo. Certes c’est un chien, mais il n’en reste pas moins un personnage à part entière du roman. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette grande complicité entre l’homme et l’animal ; deux âmes (et j’emmerde bien profond ceux qui prétendent que les animaux n’ont pas d’âme) brisées qui se sont trouvées au bon moment.

Une fois de plus Cédric Cham a su viser juste me concernant, impossible de ne pas attribuer un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman. Une fois de plus j’en ai pris plein la gueule… et j’en redemande !

MON VERDICT
Coup double