[BOUQUINS] Guillaume Musso – Quelqu’un D’Autre

Côte d’Azur – Printemps 2023.
Au large de Cannes, un yacht dérive entre les îles de Lérins. À son bord repose Oriana Di Pietro, éditrice italienne et héritière d’une célèbre famille milanaise. Agressée sauvagement, elle succombera après dix jours de coma.

Qui a tué Oriana ?
Un homme et trois femmes livrent leur version de l’histoire : Adrien, le mari de la victime, pianiste de jazz séduisant et mystérieux ; l’insaisissable Adèle, sa jeune maîtresse ; Justine, la policière locale chargée de l’enquête et Oriana enfin, à travers le récit bouleversant des dernières semaines de sa vie.
Personne ne ment.
Mais personne n’est d’accord sur la vérité…

Parce que c’est Guillaume Musso et qu’il fait partie de mes auteurs incontournables, d’autant plus qu’il s’est fait désirer pour ce nouveau roman (occupé sur d’autres projets, dont l’excellente adaptation en roman graphique de La Vie Secrète Des Écrivains).

Pour tout vous dire, il a même grillé la priorité à Stephen King dans mon Stock à Lire Numérique ! Peu d’auteurs peuvent se targuer d’un tel exploit…

Retour sur les côtes méditerranéennes pour le nouveau roman de Guillaume Musso. Semblerait que les terres françaises l’inspirent davantage ces dernières années.

La première partie s’ouvre sur l’agression d’Oriana Di Pietro, suivront différents articles de presse relatant l’évolution de l’affaire jusqu’au décès de la victime une dizaine de jours plus tard. Cette première partie se clôt sur un ultime rebondissement, plus d’un an après les faits qui pourrait bien constituer un tournant décisif dans l’avancée de l’enquête.

Le temps d’une garde à vue le lecteur découvrira le déroulé des évènements ayant conduit au drame selon trois protagonistes. Avec Oriana Di Pietro nous verrons défiler les dix-huit derniers mois de son existence et la mise en place d’un plan un brin insensé afin d’assurer un avenir des plus radieux pour son mari et ses deux enfants. Adrien Delaunay, propulsé suspect n°1 par un revirement de l’enquête, va nous livrer sa propre version des faits. Enfin Adèle Keller, la mystérieuse maîtresse d’Adrien, aura, elle aussi, sa propre vérité à partager.

Au fil des interrogatoires, des indices et des découvertes, Justine Taillandier, la policière en charge de l’affaire va devoir démêler le vrai du faux afin d’essayer d’avoir une vision la plus objective possible de la vérité. Problème : si les différents sons de cloche ne s’accordent pas toujours, aucun ne semble totalement dissonant…

Et voilà ami lecteur, tu as mordu à l’hameçon. C’est foutu, tu auras bien du mal à lâcher prise avant d’avoir le fin mot de l’histoire. C’est en tout cas ce qui s’est passé avec moi, commencé un matin juste pour voir… Je n’ai pas pu lâcher l’affaire de connaître toute la vérité et rien que la vérité. Une lecture dévorée en une journée !

Au fil des pages Guillaume Musso nous balade au rythme de ses revirements de situation, coupable ou innocent le mari ? Parfois vous serez-convaincu qu’il a tout manigancé, d’autres fois vous aurez l’absolue certitude qu’il est lui aussi une victime dans cette histoire. Je peux juste vous assurer que le final dépassera tout ce que vous avez pu imaginer !

Certains diront que c’est un peu tiré par les cheveux, pour ma part je trouve que cela s’accorde parfaitement à l’intrigue, à tel point que l’on aurait presque envie de revenir en arrière afin de découvrir les indices que l’auteur a disséminé çà et là.

Je n’entrerai pas dans les détails afin de ne pas spoiler la fin mais vérification faite les explications données à Justine Taillandier sont tout à fait plausibles d’un point de vue purement « technique » (le terme n’est pas forcément le plus adapté, mais si j’employais une formule plus juste je lâcherai un indice majeur).

Il n’y a pas que le personnage d’Adrien Delaunay qui suscitera des sentiments contradictoires au fur et à mesure de la lecture. Ce sont quasiment tous les acteurs de cette intrigue qui souffleront le chaud et le froid.

Un micro bémol sur la toute fin du roman (après la résolution du meurtre d’Oriana) qui ne s’imposait pas vraiment. D’un autre côté ce serait malhonnête de prétendre que ça gâche tout le reste.

Une fois de plus Guillaume Musso a fait mouche en osant jouer avec les codes du thriller. Il manque toutefois un soupçon d’adrénaline pour égaler les maîtres du genre (même si je doute fort que ce soit l’objectif que vise l’auteur).

[BOUQUINS] Bernard Petit – Le Nerf De La Guerre

Le Patron, un homme respecté au Maroc, a monté son business sur le commerce du cannabis. En lien avec les producteurs locaux, il achemine la marchandise vers l’Europe. Mais aujourd’hui plus qu’hier, il faut savoir être inventif pour passer sous les radars de la police. Et pour ça, il peut compter sur Youssef, son bras droit et fils spirituel, celui à qui il destine son empire. Un homme discret, mesuré, à qui l’argent ne fait pas tourner la tête. Tout le contraire de Junior.

Celui-ci a rejoint le réseau pour gérer, depuis Paris, les flux d’argent générés par le trafic. Le problème, c’est que Junior appartient à cette génération qui ne respecte pas les règles établies. Fougueux, impatient, il déborde d’idées et d’ambition. Quitte à mettre en péril le fragile équilibre de toute cette organisation. Pourtant, dans leur monde, les conflits sont toujours mortels…

Parce que le précédent (et premier) roman de Bernard Petit, La Traque, m’avait fait forte impression. On y retrouve la touche unique des polars écrits par des anciens de la maison.

Je remercie les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Après un premier roman des plus aboutis et d’un réalisme bluffant, nous étions nombreux à attendre Bernard Petit au tournant du second roman. Force est de reconnaître que l’auteur relève haut la main le défi !

Jamais un roman ne m’a plongé au cœur du trafic de drogue avec autant de réalisme. Sous la plume hyper documentée de l’auteur, on découvre les méandres du trafic via ses différents acteurs. Un univers impitoyable où le moindre écart peut s’avérer mortel.

Pour tisser son intrigue Bernard Petit oppose deux visions du trafic de stupéfiant. Avec le sage Youssef d’un côté, qui préfère miser sur un réseau discret qui respecte les règles que le milieu a plus ou moins édictées au fil du temps. De l’autre se trouve le jeune et impétueux Junior, qui veut voir toujours plus grand et aller toujours plus loin, quitte à bafouer certaines de ces règles qu’il estime dépassées.

Tous les aspects du trafic sont abordés sans tabou dans ce roman. De l’acheminement à la revente en passant par le stockage et les divers montages financiers – de plus rudimentaire au plus élaboré – permettant à l’argent de passer sous les radars des autorités.

Bien entendu ces divers aspects plus ou moins techniques vont permettre au roman de se démarquer mais ce n’est pas non plus l’assurance d’avoir un bon thriller entre les mains. L’auteur nous concocte une intrigue largement à la hauteur de son important travail documentaire. Une intrigue qui m’a tenu en haleine quasiment de la première à la dernière page.

Une intrigue dans laquelle la police ne va intervenir que tardivement, mais le moins que l’on puisse dire c’est que leur apparition sera des plus remarquée. Les différents services impliqués vont unir leurs efforts pour mettre en place un plan particulièrement audacieux dans l’espoir de faire dérailler la mécanique parfaitement huilée qui leur fait face.

Les personnages sont particulièrement soignés, pas question de tomber dans le piège du manichéisme à deux balles où tout doit être noir ou blanc. Ici tout est nuancé, ainsi certains « méchants » vous apparaîtront comme plutôt sympathiques alors que d’autres demeureront de véritables pourritures sans foi ni loi.

Assez peu d’intervenants du côté des forces de l’ordre mais l’auteur en profite pour pointer du doigt des conditions de travail difficilement conciliables avec une vie sociale ou familiale. Un métier qui doit aussi composer avec un manque d’effectif et de moyens auquel viendront s’ajouter de nombreuses tracasseries administratives. Un métier qui va exiger beaucoup de ceux qui s’y engagent mais ne leur rendra pas grand-chose, surtout pas la reconnaissance.

Bernard Petit opte pour une approche très visuelle, sans fioriture. Il faut que ça claque comme un coup de feu et que ça fasse mouche instantanément. Un choix qui s’avérera payant, tant on aura du mal à lâcher le bouquin une fois qu’il nous aura ferré.

Pour l’anecdote, l’image de la couv’ renvoie à l’un des personnages du roman… et pas des moindres !

Avec ce roman l’auteur signe un sans faute captivant et fascinant de bout en bout. Je frétille déjà d’impatience dans l’attente du prochain roman de Bernard Petit.

[BOUQUINS] Loiseau & Rambaud – L’Énorme Enquête

Un garde forestier est retrouvé mort dans la rue, un couteau planté dans la poitrine. Mais la rigidité cadavérique a été tellement rapide que le corps n’est pas tombé au sol. Et, si le couteau, qui s’est plié sous l’impact, a traversé le torse de la victime en y faisant des détours, il n’a touché aucun organe vital. Une bien mystérieuse enquête s’annonce pour Commissaire et Inspecteur.

Je remercie les éditions Delcourt et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

D’emblée l’accroche des éditions Delcourt annonce la couleur : « Tous les éléments sont réunis pour une Énorme Enquête plongée dans l’absurde, dans la lignée des Nuls. » Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette enquête ressemble effectivement davantage à La Cité De La Peur qu’à du polar pur jus façon Scorcese ou De Palma.

Adeptes d’intrigues tarabiscotées passez votre chemin, ici vous aurez surtout le droit à une succession de gags où l’improbable côtoie l’absurde, et ce aussi bien dans les situations que dans les dialogues. À commencer par les enquêteurs surnommés simplement Inspecteur et Commissaire (mais l’on croisera aussi FBI et bien sûr l’inévitable Tueur).

Autant je considère le film des Nuls, La Cité De La Peur, comme un joyau d’humour absurde et déjanté ; autant j’ai eu un peu plus de mal avec cette BD. Certes difficile de ne pas sourire devant l’imagination débridée de Lorrain Loiseau, mais force est de constater que l’ensemble manque cruellement de cohésion et de profondeur.

J’ai aussi eu du mal avec le dessin hyper simpliste de Yann Rambaud, notamment concernant le manque d’expressivité des personnages. Que le dessinateur joue sur les différentes teintes de gris n’a rien de rédhibitoire, en revanche j’aurai vraiment apprécié qu’il accorde plus de soins à ses personnages.

Nul doute que les auteurs ont dû s’éclater pour nous concocter cet album (jusqu’à la dernière page, ils jouent avec les codes). Merci à eux pour cet instant de bonne humeur mais je reste tout de même sur ma faim au niveau de l’intrigue épaisse comme une feuille de papier toilette bon marché.

[BOUQUINS] Bécu & Trifogli – Morpheus

Depuis l’apparition du virus Morpheus, l’humanité est condamnée au sommeil vingt heures par jour. Pour tenter de survivre à ce chaos, les principales capitales ont déclaré leur indépendance dans une Europe au bord de l’implosion.

A Prague, la mercenaire Juliette tente d’offrir une vie décente à sa fille en multipliant les missions périlleuses et en prenant des drogues pour rester éveillée. Sa rencontre avec le professeur Ivanov lui redonne l’espoir d’éradiquer le virus et de sauver sa fille.

Commence alors pour eux une course frénétique à travers le no-man’s land européen, avec plusieurs groupes armés à leurs trousses…

Je remercie Les Humanoïdes Associés et la plateforme Net Galley pour leur confiance.

Yann Bécu s’est inspiré de l’univers imaginé lors de l’écriture de son roman Les Bras De Morphée pour construire le scénario de Morpheus.

Dans ce monde post-apocalyptique le méchant virus n’a pas éradiqué l’humanité mais la condamne à de longues phases de sommeil (20 heures par jour). Les grandes capitales européennes ont déclaré leur indépendance et vivent quasiment en autarcie. Le reste de l’Europe est devenu un vaste no man’s land où la survie s’organise tant bien que mal.

L’histoire commence à Prague, on y rencontre Juliette, une jeune femme qui vit seule avec sa fille, Chloé, et leur bot Teacher. Pour gagner sa vie elle exerce le métier de chasseuse, une espèce de mercenaire officielle. Elle vient justement se voir confier une mission consistant à déjouer les plans de Trolls (des terroristes opposés au pouvoir et à la science).

C’est au cours de cette mission qu’elle va sauver la vie du Pr Yuri Ivanov, un scientifique qui travaille depuis des années sur la recherche d’un remède à Morpheus. Recherches qui étaient quasiment abouties avant l’attaque des Trolls et la destruction de ses échantillons d’ADN archas (des humains naturellement immunisés contre le virus). Juliette y voit l’opportunité de soigner sa fille, mais cela implique de se rendre à Berlin alors qu’il est formellement interdit de quitter sa cité d’origine.

L’intrigue est originale en sortant du cadre post-apocalyptique habituel, les personnages sont bien travaillés (pas toujours évident de restituer des traits de personnalité via le format graphique).

Si je devais y trouver un bémol, je pourrais, en pinaillant, reprocher à l’intrigue une certaine linéarité. Les jours se suivent et se ressemblent avec leur lot de mauvaises rencontres tandis que la relation entre Juliette et Yuri évolue.

Le découpage irrégulier des différentes planches donne toutefois une réelle dynamique à l’intrigue. Ajoutez à cela le dessin très fin et soigné de Francesco Trifogli (aussi bien dans le traitement des décors que des personnages), associé à une mise en couleurs irréprochable d’Axel Gonzalbo et vous aurez une petite pépite, visuellement parlant.

Belle trouvaille aussi qu’est le traitement réservé aux bots, avec le temps (et les conséquences du virus), ils ont acquis une part d’humanité qui est parfaitement dosée pour interagir avec leurs interlocuteurs humains et entre eux.

Au niveau des surprises un peu moins agréables mais qui ouvrent toutefois de belles perspectives, ce roman graphique semble être le premier opus d’une série à venir. Dommage que rien ne l’indique sur la couv’ ou la page de titre, le lecteur le découvre en butant sur une fin des plus abruptes. Yapuka attendre la suite…

[BOUQUINS] Margot Douaihy – Repentie

Lorsque l’école catholique Saint-Sébastien devient la cible d’un terrible incendie criminel, les Sœurs du Sang Sacré et leurs élèves sont plongés dans le chaos. Insatisfaite de la réponse des autorités, la sardonique et entêtée Sœur Holiday est déterminée à démasquer elle-même le coupable et à ramener la paix dans ce sanctuaire où elle a trouvé refuge lorsqu’elle n’avait nulle part où aller.

Elle est plus fidèle que la plupart, mais Sœur Holiday n’est pas une sainte. Pour reconstituer les indices de ce mystère aux enjeux majeurs, elle devra d’abord affronter les péchés de son passé mouvementé.

Son enquête la mènera sur un chemin sinueux de suspicion et de secrets dans la chaleur moite et oppressante de la Nouvelle-Orléans.

Parce que le côté bonne sœur atypique me faisait fortement penser au personnage de Sœur Marie-Thérèse des Batignolles créé par Maëster pour Fluide Glacial. J’espérais bien retrouver ce côté irrévérencieux et un tantinet provoc dans le présent roman.

Margot Douaihy vous invite à faire connaissance avec une presque bonne sœur (elle n’a pas encore prononcé ses vœux définitifs) pas comme les autres. Sœur Holiday est ouvertement lesbienne, couverte de tatouage, adepte de musique punk rock et elle fume comme un pompier… Désormais en quête de rédemption elle enseigne la musique au sein de l’institut catholique de Saint-Sébastien en attendant d’entrer dans les ordres.

En attaquant ce roman je m’attendais à retrouver une bonne sœur à l’image de Sœur Marie-Thérèse de Maëster et le ton irrévérencieux et un tantinet provoc indissociable du personnage. Si Sœur Holiday dénote parmi ses pairs, il n’en reste pas moins qu’elle est profondément croyante et sa foi semble inébranlable. Trop à mon goût ! Toutes ces bondieuseries pour grenouilles de bénitier ont été parfois à la limite du digeste pour l’athée viscéral que je suis… une génuflexion ou une prière de plus et je rejouais la scène du vomi de L’Exorciste.

Ce petit malentendu spirituel mis à part j’ai pris plaisir à suivre le parcours de Sœur Holiday, j’avais surtout hâte de découvrir comment elle en était venue à souhaiter intégrer les ordres. Force est de reconnaître que son parcours n’a pas toujours été une promenade de santé, mais aussi qu’elle a une grande part de responsabilité dans le drame qui sera à l’origine de sa soudaine vocation religieuse.

Quand on ose s’attaquer à l’institut qui lui a offert une seconde chance, Sœur Holiday voit rouge. Elle a la ferme intention de démasquer l’incendiaire / criminel. D’autant que rapidement un second incendie et une seconde victime frappe Saint-Sébastien. Mais voilà ne s’improvise pas détective qui veut, notre Sherlock Nonne va commettre des erreurs d’appréciation au fil de son enquête. En cela l’auteure marque un point, que sa nonne devienne détective hors pair en un claquement de doigt aurait clairement manqué de crédibilité.

Les personnages secondaires ne sont pas de simples faire-valoir, Margot Douaihy apporte beaucoup de soin à dresser leur profil et leur personnalité. À ce titre j’ai particulièrement apprécié le personnage de l’enquêtrice Riveaux, on devine rapidement qu’elle aussi traîne ses casseroles et ses zones d’ombre.

C’est d’ailleurs elle qui donne une possible piste pour les prochaines apparitions de Sœur Holiday. Rendez-vous auquel je répondrai présent avec plaisir… en espérant toutefois un peu moins de bondieuseries à deux balles.

Je vous laisse découvrir les autres intervenants au cours de cette intrigue et vous forger votre propre opinion sur chacun d’entre eux. Forcément il y en aura qui attireront davantage d’empathie que d’autres mais ne perdez pas de vue que l’habit ne fait pas le moine (ou encore la bite ne fait pas le rabbin).

Si l’intrigue dans son ensemble ne devrait pas mettre les nerfs des lecteurs les plus aguerris à rude épreuve, l’auteure parvient toutefois à suffisamment brouiller les pistes pour vous faire douter et mettre à mal vos certitudes. Finalement on referme le bouquin en se disant que le job est fait, ce qui n’est déjà pas si mal.

Le choix d’une narration à la première personne renforce le sentiment d’immersion au cœur de l’intrigue, on perçoit les événements tels que Sœur Holiday les perçoit, tout en gardant notre propre jugement de lecteur.

Si j’ai mis un temps plus que considérable à terminer ce roman et à rédiger ma chronique, ce n’est nullement à cause du bouquin mais plutôt faute à un emploi du temps professionnel particulièrement chargé ces dernières semaines. En rentrant j’étais plus attié par un verre de Jack que par ma liseuse pour décompresser.

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – Noir Comme L’Orage

Après une nuit d’orage, alors que la saison touristique commence à peine, des corps sont découverts sur l’île d’Oléron et ses alentours, attachés à des pieux métalliques plantés dans le sable face à l’océan, foudroyés. Sept dépouilles au total. Et des modes opératoires très proches.

Le capitaine Max Fontaine, en poste à la PJ de La Rochelle, va aussitôt être chargé de l’affaire. Sa priorité : trouver le lien qui unit les victimes pour espérer remonter jusqu’à leur assassin. Il ne se doute cependant pas de la douloureuse épreuve personnelle qu’il s’apprête à traverser, ni de la solitude, de l’impuissance et de la rage qui vont l’habiter durant cette enquête. Car de nombreux obstacles se dresseront sur sa route avant qu’il puisse accéder à la vérité.

Parce que c’est Sonja Delzongle, une belle et grande plume de la littérature noire.

J’ajouterai la magnifique couv’ illustrée par une photo de Dean Gill, un authentique chasseur d’orages (voir son site), qui capte d’emblée le regard.

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ça commence fort avec quatre scènes de crimes et sept victimes. Un point commun relie ces macabres mises en scène, l’arme du crime – nettement moins commune que le fameux point –, qui n’est autre que la foudre. Vous vous en doutez la coupable n’est pas Mère Nature…

C’est le capitaine Max Fontaine et son équipe qui vont hériter de cette délicate enquête. Une enquête qui s’annonce complexe au vu du peu d’indices à disposition des policiers… et de la mauvaise volonté de certains de leurs interlocuteurs.

Du fait de son parcours personnel, le personnage de Max avait a priori tout pour attirer l’empathie des lecteurs, mais sa tendance à l’autoapitoiement aura été rédhibitoire pour moi.

Heureusement que son adjoint, Thomas Bergerac, n’est pas affligé du même syndrome de Caliméro. J’ai beaucoup aimé ce personnage, gentil et dévoué, mais aussi un peu fonceur.

Le personnage le plus trouble et le plus complexe reste incontestablement celui de Bénédicte Saint-Roch.  En refermant le bouquin, le voile n’est pas complètement levé sur les multiples facettes de cette personnalité hors norme.

D’autres personnages du roman vous réserveront quelques surprises, parfois bonnes, souvent mauvaises, mais je ne vous en dirai pas plus.

Comme souvent avec Sonja Delzongle, la dimension humaine occupe une place de premier choix dans ce roman. le parcours de Max s’y prête fort bien, mais l’auteure va au-delà de cette différence. Il y sera aussi question d’amour, d’amitiés, de relations familiales (souvent compliquées), de tolérance (et d’intolérance). Et comme le monde n’est pas tout rose, elle saura, avec son talent habituel, disséquer les aspects les plus sombres de l’âme humaine.

Une seconde intrigue, sous la forme d’un double homicide, va venir se greffer à la trame principale du récit. Autant l’enquête autour des foudroyés vous tiendra en haleine jusqu’au clap de fin, autant ce double meurtre ne vous réservera aucune surprise (on devine d’entrée de jeu la personne qui se cache derrière ce crime… il faut dire l’auteure en fait une parfaite tête à claques).

Sonja Delzongle a décidé de situer son intrigue en 2025, ce n’est certes qu’un détail sans importance sur le déroulé des événements, mais je m’interroge tout de même sur ce choix. Pourquoi ne pas avoir situé son intrigue de nos jours ?

À la lecture du roman, on devine un gros travail de documentation préalable autour des orages et des différents phénomènes qui y sont liés (dont la foudre bien entendu). C’est parfois technique, mais ça reste parfaitement compréhensible pour le profane (que je suis, soit dit en passant).

Si l’intrigue principale est rondement menée, je dois toutefois avouer que la fin m’a un peu donné l’impression de tomber comme un cheveu sur la soupe. Sur le coup je suis resté plus que perplexe devant cet ultime revirement de situation.

C’est la principale raison pour laquelle je me suis donné quelques jours pour rédiger la présente chronique (en général je ne prends aucun recul, j’écris à chaud). Je ne voulais pas que ce bémol final vienne ternir mon ressenti global.

[BOUQUINS] Olivier Bocquet & Anlor – Ladies With Guns – Tome 3

Mises au fer comme des criminelles sanguinaires, Kathleen, Daisy, Chumani et Cassie sont envoyées au pénitencier. Mais dans cet enfer de travaux de force et d’humiliations, l’hostilité des gardiens et la convoitise des détenus sont bousculées par l’arrivée de ces détenues d’un autre genre. A priori, pas le lieu idéal pour faire d’heureuses rencontres.

Mais ça, c’est sans compter leur petit caractère et aussi qu’une lady manque à l’appel…

Rien ne va plus pour nos ladies de l’Ouest ! Quatre d’entre elles ont été capturées par les autorités et sont expédiées dans un pénitencier. Seule Abigaïl a réussi à échapper aux chasseurs de primes lancés à leurs trousses.

Notre « brave » directeur va se retrouver bien emmerdé face à ces nouvelles arrivées dans son établissement. C’est le genre de surprise dont il se serait volontiers passé. Forcément, l’arrivée de quatre nanas dans un univers exclusivement masculin – des détenus aux gardiens en passant par le personnel administratif –, risque de faire quelques étincelles. D’autant que ces messieurs sont graves en en manque… mais nos quatre ladies ne comptent pas s’en laisser compter, elles vendront leur peau chèrement !

Un tome très différent des deux précédents du fait du contexte. Les ladies – sans leurs guns – vont devoir affronter le harcèlement et la lubricité des humains dans un milieu des plus hostiles. Mais aussi déterminées soient-elles à rendre coups pour coups, elles ont bien conscience que leurs jours sont comptés entre ces murs. Vous l’aurez compris, leur seule issue reste l’évasion… plus facile à dire qu’à faire.

On retrouve le cocktail justement dosé entre action et humour, avec ce petit quelque chose en plus qui rend nos ladies plus attachantes que jamais. Je vous rassure tout de suite on retrouve aussi la griffe Tarantino-like dans la dernière partie du bouquin.

Au fil des flashbacks qui émailleront le récit, nous découvrirons un épisode de la vie d’esclave d’Abigaïl.

Les dessins d’Anlor et la mise en couleurs par Elvire De Cock donnent vie à l’intrigue imaginée par Olivier Bocquet. On retrouve une mise en page non uniforme qui s’adapte parfaitement aux différentes phases du récit.

Ce troisième opus marque la fin du premier cycle de la série. C’est donc avec grand plaisir que je retrouverai nos cinq ladies, aussi déjantées que sympathiques, pour de nouvelles aventures. Une série qui décline à la perfection le western au féminin – et un tantinet féministe !

[BOUQUINS] Christophe Royer – Famille Décomposée

À Lyon, au cimetière de Loyasse, un homme est retrouvé assassiné près de la tombe d’un célèbre guérisseur. Découvert par sa mère, tout porte à croire que ce meurtre n’est que le début d’une longue cabale déclenchée contre la famille Daventure.

De par sa complexité, cette nouvelle affaire est un défi de taille pour le commandant Nathalie Lesage et son équipe.

Dans les rues d’un Lyon aussi secret que mystérieux, où la petite histoire va croiser la grande, cette enquête va bouleverser la vie de notre héroïne…

Trois mots pour répondre à cette question : Taurnada, Royer et Lesage.

Taurnada parce que c’est une maison d’édition chère à mon cœur dont le catalogue regorge de pépites.

Christophe Royer parce que j’ai beaucoup aimé ses quatre précédents romans. Et de fait, celui-ci est la quatrième enquête mettant en scène Nathalie Lesage.

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée depuis déjà quelques années (un échange commencé en 2017 avec le livre de Thierry Poncet, Zykë – L’Aventure).

Après une escapade albigeoise des plus périlleuse, retour au bercail pour cette nouvelle enquête. Nathalie Lesage retrouve la ville de Lyon et son équipe avec la découverte d’un corps laissé en évidence sur la tombe d’un célèbre guérisseur. Une mise en scène qui avait pour seul objectif que ce soit la mère de la victime qui découvre le cadavre.

Une fois de plus Christophe Royer s’inspire du passé historique de la capitale des Gaules (titre que la ville de Lyon a porté jusqu’en l’an 297… il faut croire que les habitudes ont la dent dure) et y ajoute une pointe d’ésotérisme elle aussi extraite de la réalité lyonnaise.

Ainsi le fameux Maître Philippe (Nizier-Anthelme Phlippe de son vrai nom) et son disciple Papus (né Gérard Encausse) ont bel et bien existé, leur réputation ayant même largement dépassé les limites de la ville de Lyon pour s’étendre à l’international. De même, l’ordre des martinistes, quoique plutôt discret, existe bel et bien et aurait même encore une réelle influence à Lyon.

Bien entendu, le personnage de Raspoutine, à la réputation parfois sulfureuse, est lui aussi un personnage historique. Même si dans le roman il ne fait aucun doute que son prétendu descendant n’est qu’un gros mytho qui use de cette influence pour asseoir son autorité sur la bande de décérébrés qui l’entoure (le tout appuyé par quelques accès de colère durant lesquels il laisse libre court à sa violence).

Revenons donc à nos moutons. Le roman s’ouvre sur un rendez-vous galant obtenu via un site de rencontre, Nathalie Lesage s’y rend à contrecœur, tout ayant été manigancé par son amie Diane avec la complicité de Cyrille. Une rencontre qui va d’abord faire sourire – l’heureux élu étant un grand costaud qui arrive vêtu d’un kilt en cuir – mais comme le dit fort bien le dicton « l’habit ne fait pas le moine ».

Rapidement, Nathalie est rappelée par la dure réalité de son métier avec une victime sur laquelle le ou les coupables semblent s’être acharnés plus que nécessaire. Devant le manque d’indice l’enquête piétine même s’il semble évident que c’est la famille Daventure qui est visée par cette macabre mise en scène.

Cette famille qui se cache sous un semblant de respectabilité et de religiosité (la matriarche ne jure que par Maître Philippe, le citant à n’en plus finir à la moindre occasion) m’a beaucoup fait penser à la chanson Ces Gens-Là de Jacques Brel. Tout pour la façade, mais quand on commence à creuser c’est une autre vérité qui se révèle.

Et puis, et puis, et puis il y a Frida… Sauf qu’elle s’appelle Romy dans le roman, une adolescente recueillie par les Devanture à la mort de son père. Une ado qui se donne des airs de rebelle, mais qui rêve de voler de ses propres ailes pour partir loin de cette famille de cinglés.

Une gamine qui ne devrait laisser personne indifférent tant elle est attachante. Pour vous dire, même Nathalie Lesage baisse la garde face à cette ado qui n’est pas sans lui rappeler l’adolescente qu’elle était.

L’intrigue est rondement menée, captivante de bout en bout. On se doute bien qu’il y anguille sous roche et que cette foutue anguille va nous coller une paire de claques monumentale. Et pourtant, je n’avais pas imaginé quelque chose d’aussi glauque !

Pour les lecteurs qui fréquentent Nathalie Lesage depuis déjà quelque temps (depuis ses débuts pour ma part), on assiste à une évolution des plus positive pour le personnage. Il était temps que Christophe Royer lui accorde sa part de bonheur. Mais pas question pour autant qu’il lui offre une retraite prématurée, j’espère bien la retrouver pour d’autres enquêtes.

[BOUQUINS] Eleanor Catton – Birnam Wood

« Il allait faire ce à quoi personne ne s’attendait. Il allait investir son argent dans Birnam Wood. »

Un grand naïf, une militante écologiste, un milliardaire aux ambitions démesurées. De quels compromis, de quels renoncements seront-ils capables à l’heure où leurs idéaux sont mis à l’épreuve ?

Ah que voilà une question qu’elle est bonne… Sans doute parce que l’intrigue se déroule en Nouvelle-Zélande même si je reconnais volontiers que ça fait léger comme argument.

Je remercie les éditions Buchet-Castel et la plateforme Net Galley pour leur confiance.

Bla bla bla… Blaaa blaaa blaaa !!!

Mon dieu, que de bavardages inutiles, de digressions politiques écolo-gauchisantes qui suintent de bien-pensance à deux balles. Des phrases interminables qui alimentent des paragraphes qui tirent en longueur… Un bouquin découpé en trois parties, elles-mêmes ne faisant l’objet d’aucun chapitrage.

Voilà pour ce qui est de la forme. Dans de telles circonstances, je n’ai aucune honte à avouer que par moment j’ai sauvagement diagonalisé ma lecture. D’autant qu’il faut quasiment attendre les deux tiers du bouquin avant que la situation ne commence à se décanter.

Force est toutefois de constater que c’est plutôt bien écrit (et tout aussi bien traduit), une fois le choix de parcourir certains passages en diagonales acté, j’avoue que j’ai pris un réel plaisir à découvrir les personnages, le contexte et les enjeux de ce roman qui exige toutefois un réel investissement personnel.

J’ai trouvé de prime abord les personnages un tantinet clichés, les gentils écolos un peu naïfs, le militant ultra-politisé aveuglé par ses convictions et le méchant milliardaire cynique et manipulateur à souhait. Heureusement à l’usage les personnalités vont s’affirmer et se développer, parfois même jusqu’à quitter les sentiers battus.

Le titre, Birnam Wood, se veut un hommage au Macbeth de Shakespeare, c’est vrai que l’ensemble dégage un évident parfum de tragédie annoncée. On sait quasiment d’entrée de jeu que cette alliance contre nature ne pourra que mal se terminer (et à ce titre on va être servi au-delà de nos attentes).

Si la dernière partie du roman peut justifier le qualificatif d’éco-thriller, pour le reste on est plutôt dans le roman écolo-politico-social avec parfois un fort penchant vers la satire sociale tant les personnalités sont exacerbées. Je referme ce bouquin avec un sentiment mitigé, pas franchement déçu, mais pas plus emballé que ça…

[BRD] Ant-Man Et La Guêpe – Quantumania

Paul Rudd : Scott Lang / Ant-Man
Evangeline Lilly : Hope Van Dyne / La Guêpe
Michael Douglas : Hank Pym
Michelle Pfeiffer : Janet Van Dyne
Kathryn Newton : Cassie Lang / Stature
Jonathan Majors : Kang le Conquérant
Corey Stoll : Darren Cross / MODOK

Les familles Lang, Van Dyne et Pym, enfin réunies, peuvent profiter d’un repos bien mérité. Jusqu’au jour où Cassie, la fille de Scott et Hope, passionnée de sciences et de technologies (les chats ne font pas des chiens), provoque un incident quantique lors d’une démonstration… tous se retrouvent alors aspirés dans le royaume quantique.

Scott et Cassie sont séparés de Hope, Janet et Hank. Ils vont découvrir un monde en guerre où la lutte pour la survie est impitoyable. S’ils veulent affronter le danger qui menace ce monde, il leur faut absolument se réunir…

C’est le trente et unième film du MCU, le troisième consacré au personnage de Ant-Man et celui qui ouvre la phase V. C’est avec ce film que le personnage de Kang le Conquérant, qui devrait être le Grand Méchant de la saga du multivers (initiée avec une phase IV manquant cruellement de fil rouge) fait sa première apparition sur grand écran… et quelle apparition remarquée et remarquable, son charisme est au moins égal à son machiavélisme.

Les films consacrés à Ant-Man accordent une place de premier choix à la dimension familiale de l’intrigue ; c’est plus vrai que jamais avec ce troisième film puisque la famille au grand complet va se retrouver au cœur des événements.

Les personnages de Scott et Hope assument – revendiquent ? – une certaine « normalité » dans l’univers des superhéros. À l’instar d’Iron-Man ils n’ont aucun super-pouvoir, c’est leur armure qui fait d’eux des êtres hors du commun. Soit dit en passant d’autres personnages du MCU peuvent revendiquer encore plus de « normalité », ainsi Black Widow et Hawkeye ne peuvent compter que sur leur adresse naturelle au combat.

L’occasion aussi pour Hank, Hope et Scott de découvrir que Janet ne leur a pas tout dit de son séjour au cœur des royaumes quantiques. Non seulement l’endroit est fréquenté par une vaste gamme de créatures (humanoïdes, robotiques et autres) mais il est aussi le théâtre d’une lutte sans merci entre les forces de Kang le Conquérant et la résistance. Une résistance qui a de plus en plus de mal à faire face à la tyrannie et à la cruauté de leur ennemi.

Est-il besoin de vous préciser que les royaumes quantiques offrent un terrain de jeu aux possibilités infinies pour les équipes des effets spéciaux ? Force est de reconnaître que niveau visuel les équipes n’y ont pas été avec le dos de la cuillère, on en prend plein les mirettes quasiment du début à la fin du film.

Ne nous voilons pas la face pour autant, dans l’ensemble l’intrigue ne casse pas trois pattes à un canard, il y aurait même un léger arrière-goût de déjà vu sauce Star Wars et le final semble un chouia trop facile (les scènes post générique vont remettre les pendules à l’heure). Il n’en reste pas moins que le divertissement est assuré avec de belles scènes d’action et toujours quelques touches d’humour bienvenues.

À défaut de frissonner (pas évident quand il fait 35° dehors) pour nos héros, on passe un agréable moment sans voir passer le temps.