[BOUQUINS] Noël Boudou – Benzos

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N. Boudou - Benzos

Titre : Benzos
Auteur : Noël Boudou
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
222 pages

De quoi ça cause ?

Nick souffre d’insomnies chroniques, pour y remédier il se gave de somnifères. Il va pourtant falloir qu’il assure pour accueillir un couple d’amis venus passer quelques jours de vacances chez lui. D’autant que Chloé, sa femme, ne pourra lui prêter main forte, elle est en effet en déplacement professionnel.

Les vacances vont rapidement tourner au cauchemar pour Nick, moins il comprend ce qui lui arrive, plus il gobe ses précieux cachetons…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Noël Boudou. Son premier roman, Elijah, m’avait emballé par sa noirceur et sa violence… mais pas que !

Parce que Joël, des éditions Taurnada, m’a gentiment proposé de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 14 novembre). Une offre pareille, ça ne se refuse pas.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Joël et les éditions Taurnada pour leur confiance renouvelée. Et leur impressionnant catalogue, qui n’en finit pas de me surprendre par ses nombreuses pépites.

Noël Boudou fait partie de ces auteurs qui frappent fort d’entrée de jeu, en 2017 son premier roman, Elijah, m’avait littéralement laissé sur le cul. Une véritable perle de noir et de violence mais aussi de lumière et d’espoir.

Un premier roman qui place la barre très haut c’est un sacré challenge pour le second (et les suivants). Forcément le lecteur attend le même niveau, voire même un cran au-dessus ; d’autant plus qu’il ne sera pas aussi indulgent que pour un premier roman. Il n’empêche que c’est plutôt confiant que je me suis lancé dans Benzos (oui, oui, je parlais de moi à la troisième personne dans la phrase précédente… syndrome de Jules César ?).

Vous aurez peut-être deviné que le titre fait référence aux benzodiazépines (BZD pour les intimes) qui sont les principes actifs de bon nombre de somnifères et autres anxiolytiques. En l’occurrence ce sont les cachetons que Nick consomme comme des friandises :

Je pourrais chercher des solutions concrètes, affronter mes problèmes comme un homme, seulement voilà, je suis totalement accro à cette merde. Le premier réflexe de mon corps à la moindre petite contrariété : avaler un comprimé ou deux ou trois. Je suis tellement habitué à cette réaction que mes besoins sont automatiquement calculés par mon organisme. Il me réclame la dose nécessaire à m’apaiser en fonction du dilemme auquel je suis confronté.

Avec Benzos l’auteur change son fusil d’épaule, si l’intrigue reste bien noire on est davantage dans le thriller psychologique que dans l’hyper-violence. Pour nous faire vivre son intrigue, Noël nous invite dans la tête de Nick (autant vous prévenir de suite, un voyage dans la tête d’un accro aux BZD n’est pas de tout repos) avec un récit à la première personne.

J’ai été happé par l’histoire (machiavélique à souhait) dès les premières pages, pris par une soudaine frénésie de lecture qui flirtait allègrement avec la boulimie ! D’ailleurs je n’exagérerai pas en disant que j’ai littéralement dévoré le roman de Noël Boudou, dégusté et digéré d’une traite ! Apprécié surtout, adoré même.

Bon d’accord il n’y a qu’un peu plus de 200 pages à lire mais je vous assure que l’intensité est présente de la première à la dernière page. La tension va crescendo et ce rythme endiablé ne connaît aucun répit. Comme dans Elijah l’auteur opte pour un style direct, sans fioritures ni chichis ; il nous assène les faits comme autant de coups de fouet, ou de coups de poing dans la tronche (à vous de choisir votre sévices favori).

Si Nick se pose beaucoup de questions (et ce ne sont pas les raisons de s’en poser qui manquent, surtout avec son esprit en permanence embrumé par les médocs, l’alcool et la beuh), je me suis pour ma part rapidement fait une idée assez précise de ce qui se tramait (et même du pourquoi de la chose). Idée qui s’avérera juste, ce qui ne m’a nullement empêché d’apprécier la dérive de Nick et surtout d’être totalement abasourdi par le dénouement.

De mon côté j’ai bien quelques questions en suspens concernant La Mort et Jean-Yves, mais ça ne m’empêchera pas de dormir et surtout ça n’influera en rien sur ma note finale.

Pour les cachetons et les pétards, je passe mon tour ; par contre pour le Jack Daniel’s je suis toujours partant (scout toujours prêt), plus encore avec en fond sonore un bon gros son Métal qui tabasse.

Noël si jamais tu passes par Nouméa mon invitation à partager un (et plus si affinités) Jack est toujours de rigueur. En la matière je suis comme Nick :

Moi, j’ai l’alcool généreux, la cuite abondante, quand je picole, seul ou accompagné, j’ai la main lourde.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Fabrice Papillon – Régression

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F. Papillon - Régression
Titre : Régression
Auteur : Fabrice Papillon
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Une scène de crime particulièrement sordide est découverte dans une crique de Bonifacio. L’enquête est naturellement confiée à la gendarmerie, c’est le lieutenant Vannina Aquaviva qui est désignée à la tête du groupe d’investigation.

À peine arrivée sur les lieux, Vannina apprend que la police a été co-saisie sur ordre du procureur. A son grand désarroi, elle va devoir faire équipe avec le commandant Marc Brunier, récemment muté (placardisé) en Corse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis passé à côté du précédent roman de Fabrice Papillon, Le Dernier Hyver, totalement rebuté par la couv’. Au vu des nombreuses critiques élogieuses que j’ai lues par la suite je me suis dit que j’étais sans doute passé à côté de quelque chose… pas question de rater le coche une seconde fois !

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si vous pensez avoir tout lu, tout vu en matière de thriller et que vous vous sentez blasé, je vous invite à vous plonger dans Régressions. Vous aurez entre les mains un roman qui ne ressemble à nul autre, un cocktail aussi efficace que détonnant entre thriller scientifique, thriller historique et thriller fantastique, le tout mâtiné d’une pointe de thriller psychologique.

Au vu du titre et la couverture je craignais une intrigue proche du roman Erectus de Xavier Müller, non que ce dernier m’ait déçu, bien au contraire, mais j’espérais vraiment une intrigue totalement nouvelle. Et j’ai été plus que servi, les deux romans sont totalement différents, tant par leur intrigue que par leur approche.

Si le personnage de Marc Brunier était déjà au centre du précédent roman de l’auteur, celui-ci peut parfaitement se lire indépendamment du Dernier Hyver. Sachez toutefois que si vous optez pour ce choix (qui a été le mien), vous aurez quelques spoilers majeurs quant au dénouement de l’intrigue du Dernier Hyver.

Dans le présent roman le personnage de Marc Brunier, bien qu’essentiel au déroulé de l’intrigue, est plutôt relégué au second plan au profit de Vannina Aquaviva (si, si vous avez bien lu, Vannina… comme la Vanina chantée par Dave, mais avec deux n), une jeune gendarme corse tout aussi tourmentée que son aîné… quoique… peut-être pas quand même !

Mais elle était seule, et ne pouvait compter que sur Brunier, ce qui achevait de la déprimer. Car ces deux-là formaient un duo improbable. Il était aussi grand qu’elle était petite. Il était flic, elle était gendarme. Il était continental, elle était corse. Il était un père déchiré par la mort de sa fille ; elle était une fille perdue en quête de l’image du père. Bien sûr, ils tentaient de surnager dans une affaire qui les dépassait tous les deux. Ils n’avaient d’autre choix que de se reposer l’un sur l’autre ; deux béquilles plantées dans des sables mouvants.

Une enquête conjointe menée à la fois par la police et la gendarmerie, avec toujours un zeste de méfiance (voire de défiance) de part et d’autre. Une enquête corse (impossible de ne pas placer ce clin d’œil à la BD de Pétillon, adaptée au cinéma par Alain Berbérian) qui va rapidement s’internationaliser avec l’apparition de nouvelles scènes de crimes…

L’auteur nous concocte une galerie de personnages particulièrement soignée, ne serait-ce qu’au travers du groupe d’enquête (gendarmes, policiers et consultants). Chaque personnage bénéficie d’une personnalité qui lui est propre.

Je reconnais avoir un faible pour le major Carlier, un gendarme que ses collègues surnomment affectueusement Pierre Richard. Personnellement j’aurai plutôt opté pour François Pignon, l’archétype du gaffeur, maladroit ou distrait (voire les trois à la fois), cher à Francis Veber (incarné notamment par Pierre Richard dans Les Compères et Les Fugitifs mais immortalisé par Jacques Villeret dans Le Dîner De Cons).

Le plus mystérieux restant incontestablement Laurent Marceau ou Zim (pour Zero Impact Man), un anthropologue qui semble en savoir bien plus qu’il ne veut bien le montrer.

Au fil des chapitres on replonge dans le passé de l’humanité, de – 36000 av. J.C. (au cas où il serait utile de le préciser il s’agit de Jésus Christ et non de Jacques Chirac) à 1975, l’occasion de croiser de nombreux personnages historiques, tels que Homère, Socrate, Jésus, Michel-Ange, Rabelais, Lamarck ou encore Himmler, et de les mettre en scène dans des situations fictives permettant de faire évoluer l’intrigue dans le sens voulu par Fabrice Papillon.

Un choix certes audacieux, mais totalement maîtrisé par l’auteur qui parvient à nous convaincre de la véracité des faits exposés (à condition bien sûr de vouloir se laisser convaincre… un esprit réfractaire et très bien documenté aurait sûrement maintes objections à opposer).

L’intrigue contemporaine, et donc l’enquête de police, se déroule dans un futur proche puisqu’elle débute en février 2020. Malgré une situation des plus improbables, l’auteur réussit à nous tenir en haleine avec une intrigue riche en rebondissements. Une fois encore le résultat est d’une redoutable efficacité, on a du mal à lâcher prise tant on veut connaître la suite.

Une intrigue fortement teintée d’écologie, mais au sens noble du terme, à l’opposé de sa forme pervertie par les affres de la politique et les ambitions personnelles des uns et des autres (sauf peut-être dans certains propos discutables tenus par Zim).

Nous, les hommes modernes, responsables de la destruction de quatre-vingts pour cent de la biodiversité, avons aussi exterminé les loups. L’homme a perdu la tête, il nuit à tout ce qui l’entoure. À tout ce qui vit, à toute la planète. Il faudra bien qu’il paie, un jour, vous ne croyez pas ?

Un (tout) petit bémol personnel concernant les (trop) nombreuses références à la foi chrétienne, pour l’indécrottable athée que je suis ça devenait parfois irritant. Heureusement une phrase prononcée par Nietzsche (dans le roman), vient contrebalancer le propos :

Jésus était l’homme le plus noble que la Terre eût jamais porté ! Il était aussi le seul vrai chrétien. Tous les autres n’ont fait que dénaturer son message. Les Évangiles sont une falsification de sa parole ! Le christianisme n’est qu’une énorme mystification, un mensonge éhonté !

Je pourrai aussi citer Zim à propos des rituels druidiques qui sont toujours célébrés à Stonehenge :

Il n’y a pas que des prêtres, des rabbins ou des imams sur Terre. Chacun ses croyances. Les religions monothéistes n’ont pas tout balayé. Par exemple, il existe encore des chamanes, un peu partout.

J’ai été touché par le discret et émouvant hommage rendu à Arnaud Beltrame, le lieutenant-colonel de la gendarmerie qui, en mars 2018, s’est substitué à une otage avant d’être lâchement assassiné par un terroriste (qui ne mérite même pas d’être nommé) se réclamant de l’État Islamiste.

Un roman passionnant et palpitant de bout en bout et, cerise sur le gâteau, très bien écrit. Fabrice Papillon a su tirer le meilleur de l’impressionnant travail de recherche et de documentation auquel il a dû se livrer pour nous offrir un roman unique en son genre. Pour vous dire, j’ai même trouvé les démonstrations scientifiques intéressantes alors que généralement c’est le genre de truc qui me fait bailler d’ennui.

Cinq étoiles amplement méritées, mais pas de bonus (coup de cœur ou coup de poing), je ne peux définitivement pas adhérer à l’idée d’une race d’or qui viendrait faire un grand nettoyage par le vide afin de repartir sur des bases plus saines (c’est nauséabond comme propos, même si la race de fer visée mériterait amplement de se faire éradiquer). Je tiens à préciser qu’en aucun cas je n’accuse Fabrice Papillon de véhiculer ce genre d’idée, son roman reste une oeuvre de fiction (et une fiction foutrement bien menée qui plus est).

Qui plus est je vous avouerai que me raser tous les deux jours est déjà une corvée pour moi, je me vois mal évoluer (régresser ?) en clone de Chewbacca ! Non merci.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alan Glynn – L’Expérience

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A. Glynn - L'Expérience
Titre : L’Expérience
Auteur : Alan Glynn
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Irlande (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Dans les années 50 Ned Sweeney teste, à l’insu de son plein gré, une drogue qui démultiplie sa perception et ses capacités intellectuelles. De nouveaux horizons s’ouvrent à lui, mais quel sera le prix à payer pour y goûter ?

De nos jours, Ray Sweeney ne sait quasiment rien de son grand-père, sauf que celui-ci s’est suicidé dans les années 50. Quand il rencontre Clay Proctor, ancien agent de la CIA et ancien conseiller de Richard Nixon, ce dernier lui annonce quasiment de but en blanc que Ned Sweeney ne s’est pas suicidé

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au risque de me répéter, parce que c’est Sonatine, une maison d’édition qui ne m’a jamais déçu.

Parce que le pitch m’a rappelé le film Limitless avec Bradley Cooper et Robert De Niro.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

En découvrant la quatrième de couv’ j’ai tout de suite fait le rapprochement avec le film Limitless réalisé par Neil Burger et sorti en 2011 ; rien d’étonnant à cela puisque j’ai rapidement découvert le film était adapté du roman Champs De Ténèbres signé… Alan Glynn (son premier roman, publié en 2001 et traduit en 2004). L’Expérience peut donc s’envisager à la fois un prequel et une suite de celui-ci, même s’il peut parfaitement être lu indépendamment du précédent.

Alan Glynn serait-il adepte de private joke ? En effet dans ce bouquin il s’autorise une allusion discrète au film Limitless : « La plupart prétendaient être la « vraie » version d’une drogue cognitive fictive qui était apparue dans un film récent. »

Dans la même veine, un des personnages que rencontre Ray dans le cadre de son enquête sur le MDT-48 mentionne le cas Eddie Spinola, qui n’est autre que le héros du roman Champs De Ténèbres et donc du film Limitless.

Les chapitres alternent entre les deux arcs narratifs élaborés par l’auteur. Un bond dans le passé pour retrouver Ned Sweeney dans les années 50, alors qu’il expérimente les effets du MDT-48, cobaye malgré lui dans un premier temps, puis de son propre chef par la suite. Et retour de nos jours alors que Ray Sweeney enquête afin de découvrir la vérité sur ce qui est réellement arrivé à son grand-père.

Deux intrigues pour le prix d’une ! Et deux styles narratifs différents, l’enquête de Ray étant rédigée à la première personne (c’est lui qui relate les faits) alors que le parcours de Ned est écrit à la troisième personne.

Deux histoires indépendantes, mais inévitablement liées entre elles. Alan Glynn mène sa barque (ou peut-être devrai-je dire ses barques) avec une redoutable efficacité et un sens du rythme qui ne fera jamais défaut et ce quelle que soit l’intrigue en cours (j’avoue toutefois avoir eu une légère préférence pour les chapitres consacrés à Ned, même si l’enquête de Ray demeure passionnante).

Succombez à la tentation de cette expérience, vous ne le regretterez pas ! Bien malin celui qui peut affirmer en toute bonne foi que si une drogue comme cette fameuse MDT-48 existait, il ne se laisserait pas tenter par l’expérience ? Pour ma part je signe tout de suite pour un abonnement à vie !

Une belle découverte ce roman, dommage que Champs De Ténèbres ne soit pas dispo en numérique, ça m’a donné envie de prolonger l’expérience… Je peux toujours me consoler en revisionnant Limitless.

Pour l’anecdote le programme MK-Ultra de la CIA n’est malheureusement pas une invention d’Alan Glynn, l’Agence a bel et bien cherché à développer diverses techniques de manipulation mentale, notamment par le biais de substances chimiques. Des expérimentations (impliquant l’usage de LSD) ont même été réalisées sur des sujets à leur insu, et/ou dans des conditions plus que déontologiquement et humainement discutables.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Pour Un Instant D’Éternité

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G. Legardinier - Pour un instant d'éternité
Titre : Pour Un Instant D’Éternité
Auteur : Gilles Legardinier
Éditeur : Flammarion
Parution : 2019
Origine : France
576 pages

De quoi ça cause ?

Paris, 1889. La capitale est en effervescence alors que se prépare l’Exposition Universelle. Loin de toute cette agitation Vincent Cavel et son équipe se sont spécialisés dans la conception de passages secrets et autres caches en tout genre.

Deux événements vont bousculer le quotidien de la fine équipe. D’une part un mystérieux agresseur semble les prendre pour cible. D’autre part Vincent va faire une rencontre qui changera à jamais sa façon de voir les choses…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Gilles Legardinier, une raison qui se suffirait à elle seule. Mais comme avec ce roman il semble ajouter une nouvelle corde à son arc (déjà bien rempli), ça ne pouvait que titiller davantage ma curiosité… et mon impatience !

Ma Chronique

Pour son nouveau roman Gilles Legardinier s’essaye au roman d’aventures sur fond historico-ésotérique. Historique puisque son intrigue démarre en 1889, à quelques jours de l’Exposition Universelle qui verra l’inauguration de la Tour Eiffel (construction conçue à l’origine pour ne durer que le temps de l’événement). Ésotérique n’est peut-être pas le terme le plus judicieux, pour Vincent ce récit sera l’occasion d’un parcours initiatique et spirituel… mais aussi et surtout profondément humain (un élément indissociable de l’œuvre de Gilles Legardinier, quel que soit le genre auquel il s’essaye).

Un fond historique impose un important travail de documentation, heureusement l’auteur a pu compter sur l’aide de sa fille, Chloé, qui s’est dévouée corps et âme (oui bon, peut-être pas autant… mais elle tout de même fait un boulot monstre) à sa tâche… et tout ça bénévolement je parie !

Le résultat est bluffant, on est en totale immersion dans la ville de Paris à l’aube du XXe siècle. Une période charnière riche en progrès technologiques, notamment grâce à l’expansion de l’activité industrielle.

Maintenant que le décor est posé, il est temps de parler des acteurs. Une sympathique troupe d’artisans spécialisée dans la confection de passages secrets, portes dérobées et autres caches. Des hommes (et une jeune femme qui est arrivée là un peu par hasard) qui se complètent, tant par leur domaine d’activité que par leur personnalité ; une équipe soudée par une amitié inaltérable.

Une sympathique troupe menée par Vincent ; même s’il ne se considère pas comme un chef, il ne peut toutefois s’empêcher de se sentir responsable de ses amis. Du coup quand des inconnus commencent à s’en prendre à eux, Vincent va tout faire pour identifier la menace et mettre les siens à l’abri.

Comme si cela ne suffisait pas à le tourmenter et à lui occuper l’esprit, Vincent va faire une rencontre qui va complètement changer sa façon de voir et d’appréhender les choses et la vie en général.

Comme à l’accoutumée, l’auteur peaufine ses personnages afin de leur conférer une personnalité et un caractère propre à chacun. Impossible de ne pas tomber sous le charme de cette fine équipe. C’est volontairement que je ne m’attarde pas davantage sur les personnages, il serait dommage de vous priver d’une partie du plaisir de la découverte.

De même je ne dirai pas grand chose de l’intrigue, si ce n’est que celle-ci entraînera souvent le lecteur dans les profondeurs souterraines de Paris. L’auteur vous invite à une chasse au trésor rondement menée… on en viendrait presque à regretter que ce fameux sanctuaire ne soit pas une réalité (à moins qu’il soit bien réel mais n’ait pas encore été découvert).

Gilles Legardinier s’offre deux apartés à la fin de son roman. Dans le premier, Entre nous, il partage avec ses lecteurs quelques faits historiques en lien avec son intrigue (même si celle-ci reste 100% fictionnelle). Suivra l’incontournable Et pour finir, dans lequel il nous expose la genèse de son roman. Comme ses personnages on devine un auteur profondément attaché à l’humain et proche de ses lecteurs.

Vous l’aurez compris, une fois de plus j’ai été sous le charme de l’histoire imaginée par l’auteur. Après la littérature jeunesse, les thrillers et la littérature feel good (je fais volontairement l’impasse sur la romance sauce guimauve), l’auteur peut accrocher le roman d’aventures à son tableau de chasse (il faut dire qu’il avait déjà bien défriché le terrain avec Le Premier Miracle qui flirtait plus ou moins avec le genre).

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Lagercrantz – La Fille Qui Devait Mourir

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D. Lagercrantz - La fille qui devait mourir
Titre : La Fille Qui Devait Mourir
Série : Millénium – Livre 6
Auteur : David Lagercrantz
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2019
Origine : Suède
320 pages

De quoi ça cause ?

Lisbeth Salander poursuit sa quête de vengeance contre sa sœur, Camilla, mais cette dernière bénéficie de puissants soutiens dans le milieu du crime organisé russe.

Mikael Blomkvist va être emmené à se pencher sur le cas d’un SDF retrouvé mort, la victime avait en effet le numéro de téléphone de Mikael dans une de ses poches ; mais aucun autre indice permettant de l’identifier, sinon un corps profondément marqué par les épreuves.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il s’agit de l’ultime volet de la trilogie Millénium reprise par David Lagercrantz ; et donc sans doute des ultimes aventures de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander.

Ma Chronique

Reprendre le flambeau de la saga Millénium après Stieg Larsson était un pari plutôt osé, voire même franchement casse-gueule. Au final David Lagercrantz tire plutôt bien son épingle du jeu en s’appropriant les personnages et en imposant d’entrée de jeu sa griffe plutôt que de chercher à faire un copier-coller du style de Stieg Larsson.

Incontestablement le style de David Lagercrantz est beaucoup plus direct que celui de Stieg Larsson, de fait l’écriture perd une partie de son charme, en contrepartie le lecteur pourra se consoler par un rythme plus soutenu.

Comme depuis les débuts de la saga, les thèmes abordés collent à l’actualité du moment (avec notamment les fameuses usines à trolls russes), force est toutefois de reconnaître qu’ils sont traités de façons plus superficielles qu’à l’accoutumée ; à croire que l’auteur a voulu tout miser sur son intrigue pour clore sa trilogie.

Une intrigue qui se jouera sur deux tableaux, avec d’un côté Lisbeth qui prépare son ultime confrontation avec sa sœur et ses sbires, et de l’autre Mikael qui cherche à percer les secrets d’un SDF retrouvé mort. Deux arcs narratifs distincts qui n’empêcheront pas Lisbeth et Mikael de se croiser… pas toujours dans les meilleures conditions !

Si la partie de l’intrigue autour de Lisbeth est de loin la plus mouvementée, ce n’est pas pour autant la plus captivante. J’ai trouvé l’enquête et l’intrigue autour du SDF décédé était travaillée beaucoup plus en profondeur ; d’autant que ses implications s’avéreront bien plus complexes que Mikael pouvait le supposer.

À vrai dire j’ai parfois eu l’impression que Lisbeth tenait plus du Terminator indestructible que de l’être humain (surtout dans la phase finale de l’affrontement avec sa sœur). Ce côté un tantinet too much m’a davantage amusé que réellement dérangé.

Outre Lisbeth et Mikael, les habitués de la saga retrouveront avec plaisir un bon nombre de personnages déjà croisés dans les précédents romans, qu’il s’agisse de la trilogie de Stieg Larsson ou de celle de David Lagercrantz. Bien entendu le présent roman nous offre aussi son lot de nouveaux personnages, plus ou moins impliqués dans le déroulé des événements.

Si cet ultime opus est incontestablement efficace, un peu plus d’éclat eut été le bienvenu afin de nous offrir un bouquet final en apothéose. Ce qui ne m’a nullement empêché de le dévorer en deux petites journées.

Je conçois volontiers que les inconditionnels de Stieg Larsson puissent voir d’un mauvais œil le fait que David Lagercrantz ait repris le flambeau Millénium, pour ma part, et loin de toute polémique stérile autour des droits des uns et des autres, je pense que cette trilogie a le mérite de boucler la boucle.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Graeme Macrae Burnet – L’Accident De L’A35

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G. Macrae Burnet - L'Accident de l'A35

Titre : L’Accident De L’A35
Auteur : Graeme Macrae Burnet
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Ecosse (2017)
336 pages

De quoi ça cause ?

L’inspecteur Gorski est dépêché sur un accident de la route survenu sur l’A35. La victime, Bertrand Barthelme, est un notaire réputé de Saint Louis. Rien ne laisse à penser qu’il puisse s’agir d’autre chose qu’un simple accident. Pourtant quand la veuve (jeune et jolie) demande à Gorski de creuser la question, ce-dernier va accepter.

Que faisait Bertrand Barthelme sur l’A35 alors qu’il était sensé dîner en ville avec ses associés ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais bien aimé le précédent roman de l’auteur mettant e scène l’inspecteur Gorski, La Disparition D’Adèle Bedeau ; le plus français des écrivains écossais a l’art de nous surprendre avec des polars qui prennent le genre à contre-pied.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Comme pour La Disparition D’Adèle Bedeau, Graeme Macrae Burnet s’amuse à inventer de toutes pièces une genèse factice à son roman. Genèse restant dans la continuité de la précédente avec Raymond Brunet comme auteur et Gaspard-Moreau comme éditeur. Il s’offre même le luxe d’une postface rapprochant l’auteur, Raymond Brunet, du personnage de Raymond Barthelme, le fils de la victime. On finirait presque par y croire !

La pseudo enquête de Gorski est surtout prétexte pour l’auteur de brosser des portraits psychologiques des plus convaincants de ses personnages, et de nous décrire le quotidien d’une petite ville de province où tout le monde, ou presque, se connaît et se « surveille ». À défaut d’une intrigue boostée à l’adrénaline, le récit s’attache à l’humain, chacun ayant ses forces et ses faiblesses.

Au cours de ses investigations Gorski va être amené à côtoyer Lambert, un inspecteur de Strasbourg qui enquête sur le meurtre d’une jeune femme. Le contraste entre les deux personnages est saisissant, d’un côté Gorski tout en réserve et de l’autre Lambert qui serait plutôt tout en exubérance. Les méthodes et la conscience professionnelle aussi séparent nos deux flics.

Mais Gorski n’est pas le seul à mener l’enquête, Raymond Barthelme va lui aussi essayer de percer les secrets de son père. Pas tant pour lui rendre justice que pour échapper à un quotidien qui l’étouffe et donner un peu de piment à sa vie. Au final il perdra surtout le sens des réalités et se comportera souvent comme un sinistre con !

Une fois de plus l’auteur ne nous livre aucun indice permettant de situer son intrigue, on peut toutefois déduire de certains éléments du récit qu’elle pourrait se dérouler dans les années 80. De fait il s’en dégage une ambiance rétro et kitsch fort sympathique.

Même si ‘ai trouvé la fin un peu abrupte je dois reconnaître que je n’avais pas vu venir l’ultime (pour ne pas dire la seule) révélation. Malgré tout l’écriture de Graeme Macrae Burnet et son sens de la mise en scène font de cette lecture un agréable moment ; du coup même en l’absence d’action et de réel suspense on n’est jamais pris de bâillements d’ennui. L’intérêt est ailleurs et l’auteur sait tirer les meilleurs atouts de son jeu.

Un troisième opus devrait venir clore cette trilogie écossaise consacrée à Saint-Louis (Alsace) et à l’inspecteur Gorski. Mais pour l’heure Graeme Macrae Burnet planche sur un autre roman, donc les fans de Gorski vont devoir prendre leur mal en patience…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Chris Kraus – La Fabrique Des Salauds

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C. Kraus - La Fabrique des Salauds

Titre : La Fabrique Des Salauds
Auteur : Chris Kraus
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : Allemagne (2017)
880 pages

De quoi ça cause ?

Les frères Solm, Hub (1905)et Koja (1909), naissent en Lettonie alors déchirée par la guerre civile, convoitée à la fois par les Russes et les Allemands. Au cœur de la crise, la famille Solm recueille et adopte Ev, une gamine dont les parents viennent d’être exécutés par les bolcheviques.

Soixante ans plus tard, Koja raconte à son voisin de chambrée à l’hôpital, sa vie, leur vie à tous les trois. Un parcours hors du commun étroitement lié à l’histoire de l’Europe et du Monde dans ses heures les plus sombres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je suis tombé dessus par hasard en parcourant le catalogue de Net Galley, le titre m’a inspiré, la quatrième de couverture a fait le reste.

J’ai attendu de me procurer une version commerciale avant de le lire, la version « non corrigée » envoyée par l’éditeur demandait trop de travail de mise en forme pour pouvoir être lue confortablement.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avant de m’attaquer au fond de l’histoire, et quel fond puisqu’il s’agit de ni plus ni moins de 70 ans d’Histoire au cours desquels l’Europe et le monde ont connu de profonds bouleversements ; je souhaiterai dire quelques mots sur la forme.

Ce bouquin est tout simplement divinement écrit, pour son premier roman traduit en français Chris Kraus signe une oeuvre audacieuse (pas loin de 900 pages) qu’il maîtrise de bout en bout, sa plume est un régal pour les yeux (il parvient même parfois à sublimer l’horreur et le tragique de certaines situations, ou, à contrario à les restituer froidement). De fait je ne peux que m’incliner devant le formidable travail de la traductrice, Rose Labourie, qui su retranscrire toutes ces émotions et toute la magie des mots à l’attention des lecteurs français.

Il m’aura fallu pas loin de trois semaines pour venir à bout de ces 900 pages, délai qui n’est pas à imputer à la qualité du récit mais bel et bien à un emploi du temps professionnel surchargé qui faisait qu’en rentrant du taf je n’avais envie de penser à rien. Or ce roman n’est pas vraiment une lecture vide tête, loin s’en faut ! Les neurones turbinent à fond au fil des pages…

Il est facile de juger rétrospectivement, confortablement vautré dans son canapé ; mais qui peut en toute sincérité affirmer qu’en son âme et conscience, dans les mêmes conditions, il n’aurait pas fait les mêmes choix que Koja, ou Hub Solm ? Pour ma part je préfère me réfléchir aux paroles de Jean-Jacques Goldman plutôt que de dispenser des leçons de morale à deux balles :

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt / Sur les ruines d’un champ de bataille / Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens / Si j’avais été allemand ?

N’allez surtout pas croire que je cherche à excuser, ni même à minimiser les horreurs du régime nazi. Une telle abomination est et restera à jamais inexcusable, mais l’esprit humain est une mécanique complexe qui peut nous pousser à faire passer l’instinct de survie avant le sens moral.

La Fabrique Des Salauds n’est pas un énième roman sur la seconde guerre mondiale, même si le conflit reste le fil rouge de l’intrigue, c’est plutôt les années d’après-guerre qui donne corps au récit et à l’histoire que nous narre Koja Solm. Avec en point de mire la surprenante facilité avec laquelle l’Allemagne d’après-guerre a su recycler nombre de ses anciens dignitaires nazis.

Un narrateur au parcours peu commun puisqu’après son enrôlement au sein de la SS il visitera les geôles des services secrets russes avant d’être « retourné » par le KGB, puis mettra son savoir au service du BND (les services secrets allemands), de la CIA et du Mossad. Parfois même en revêtant une double, voire une triple, casquette avec souvent des intérêts totalement contradictoires (les uns veulent protéger les anciens nazis alors que les autres cherchent à les démasquer et à les traduire en justice).

Koja Solm lui même se retrouvera plus d’une fois le cul entre deux chaises, d’un côté il doit se protéger et cacher (ou minimiser) ses anciennes fonctions dans la SS, de l’autre répondre aux attentes de ses employeurs et enfin se venger de son frère en le faisant tomber sans que celui-ci ne l’entraîne dans sa chute.

Une lecture éprouvante moralement et nerveusement (ce qui explique aussi le temps mis pour achever le roman), au-delà des actes eux-mêmes c’est le ton du narrateur qui est dérangeant. Il relate les faits avec froideur et en cherchant toujours à mettre une certaine distance entre l’acte et sa propre responsabilité. Au lieu d’éprouver des remords, il va plutôt chercher à se faire passer pour une victime. Ce déni permanent et cette lâcheté m’ont dérangé plus d’une fois ; difficile, pour ne pas dire impossible, dans ces conditions d’éprouver un semblant d’empathie pour le personnage de Koja Solm. Et pourtant parfois on aurait presque envie de le croire !

Chris Kraus mêle adroitement Histoire et fiction, n’hésitant pas à faire intervenir dans son intrigue des personnages ayant réellement existés. Difficile de deviner où s’arrête la réalité historique et où commence l’imaginaire de l’auteur ; d’autant qu’il nous prévient dans son avant-propos, les événements les plus incroyables (ou les plus improbables) ne sont forcément fictifs.

Un bouquin qui vous prend aux tripes, à savourer lentement pour apprécier pleinement tout son potentiel. Clairement pas une lecture qui vous redonnera foi dans le genre humain !

L’auteur a récemment déclaré qu’il trouvait le titre français de son roman très bien trouvé pour son côté cash avec un brin de provocation ; le titre original Das Kalt Bulte pouvant en effet se traduire par Le Sang Froid, certes adapté mais nettement plus sage que La Fabrique Des Salauds.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] JP Delaney – Mensonge

AU MENU DU JOUR

JP Delaney - Mensonge
Titre : Mensonge
Auteur : JP Delaney
Éditeur : Fayard
Parution : 2019
Origine : Etats-Unis (2018)
432 pages

De quoi ça cause ?

Extrait de la quatrième de couv’

Étudiante en art dramatique à New York, Claire finance ses cours de théâtre en jouant un rôle peu conventionnel : elle flirte, pour le compte d’un cabinet d’avocats spécialisé dans les divorces, avec des hommes mariés suspectés d’infidélité.

Sa couverture fonctionne parfaitement, jusqu’à ce que l’une de ses « proies » soit soupçonnée de meurtre… La police exige alors de Claire qu’elle utilise ses talents d’actrice pour pousser Patrick Fogler à confesser son crime.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais apprécié le précédent roman de JP Delaney, La Fille D’Avant, tout en lui reprochant un évident manque de profondeur au niveau des personnages. J’espérais donc une intrigue aussi bien construite et maîtrisée avec des personnages nettement plus étoffés.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée qui m’a permis de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 18 septembre).

Dans ses remerciements l’auteur nous apprend que ce roman est la réécriture complète d’un de ses précédents bouquins publié dix-sept ans plus tôt. Il ne m’a pas fallu longtemps pour identifier le titre en question (merci Google), publié en français sous le titre L’Appât et signé Tony Strong (Anthony Capella de son vrai nom).

Si le précédent roman de JP Delaney (le premier signé sous ce pseudonyme), La Fille D’Avant, m’avait séduit par la qualité de son intrigue, j’étais nettement plus mitigé quant à la profondeur des personnages qui étaient soit creux, soit trop stéréotypés. Autant dire que j’attendais beaucoup de ce second roman, ni plus ni moins qu’un sans-faute aussi bien au niveau de l’intrigue que des personnages. Et bien entendu j’espérais aussi quelque chose de complètement différent du précédent roman.

Je n’aurai jamais imaginé que l’on puisse construire l’intrigue d’un thriller autour de Charles Baudelaire et de son recueil Les Fleurs Du Mal ; un challenge d’autant plus grand quand l’auteur est britannique. Et bin si ! Et ça fonctionne même rudement bien. Donc niveau surprise et originalité le deal est rempli.

Si certains aspects de l’intrigue s’avèrent parfois prévisibles, nul doute que bien des retournements de situation vous laisseront sur le cul. Je reconnais volontiers m’être laissé berner plus d’une fois… et j’ai adoré ça. Rien à redire l’auteur mène sa barque d’un main de maître et je peux vous assurer que la traversée sera tout sauf un long fleuve tranquille !

JP Delaney nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé et je ne vous apprendrais pas que pour que la sauce prenne dans ce genre de roman, il faut apporter un soin tout particulier aux personnages.

L’accroche en couverture annonce la couleur avec le très prometteur : « Aime-moi. Confie-toi. Mais ne me crois pas. » Et je vous garantis que ce n’est pas une simple accroche marketing. Au fil des pages nous n’aurons de cesse de comprendre qui manipule qui, qui dit la vérité, qui ment… Qu’il s’agisse de Claire (l’apprenti comédienne), de Patrick (le présumé coupable qu’elle doit démasquer) ou de la police (tout particulièrement via le personnage de Kathryn Latham, profiler de son état).

Impossible de lâcher le bouquin une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Et tout est mis en oeuvre pour rendre l’appât irrésistible dès les premières pages. Je l’ai dévoré en deux jours, les obligations professionnelles imposant une pause forcée ; sans ça nul doute que je l’aurai lu d’une traite.

J’aimerai tempérer mon enthousiasme en soulevant un bémol (même minime) mais rien ne me vient à l’esprit après avoir refermé ce roman. Si je voulais pinailler, limite user de mauvaise foi, je pourrai toujours dire que ce bouquin ne révolutionnera pas le genre mais force est de reconnaître que les révolutions sont rares dans un genre si souvent décliné à toutes les sauces possibles et imaginables.

Ce sera donc un coup de cœur amplement mérité.

Un troisième titre signé JP Delaney est d’ores et déjà disponible en VO et un quatrième est annoncé pour 2020. Je frétille déjà d’impatience dans l’attente de leur parution en français ; en espérant retrouver la même qualité, voire plus encore.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Dominique Forma – Coups De Vieux

AU MENU DU JOUR

D. Forma - Coups De Vieux

Titre : Coups De Vieux
Auteur : Dominique Forma
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

André Milke et Clovis Martinez ont tous les deux la soixantaine bien tassée et de fortes personnalités, mais c’est bien tout ce qu’ils partagent. Le premier est un ancien gros bras de la Gauche prolétarienne alors que le second est un ex membre de l’OAS qui a activement combattu pour l’Algérie Française. Entre le gaucho et le facho ce n’est pas vraiment le grand amour.

Au cours d’une balade nocturne (en tenue d’Adam) sur les plages naturistes du Cap d’Agde, André tombe sur le corps sans vie de Emma Paretto, la fiancée de son ami Luc Dallier. Quand il réalise que l’enquête de police s’enlise et qu’il ferait un parfait suspect, contre toute attente c’est à Clovis qu’il demande de l’aide…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu et très souvent agréablement surpris.

L’idée de voir enquêter ces deux vieux réacs que tout semble opposer a sérieusement titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire de ce roman policier est qu’il ne ressemble à nul autre, ne serait-ce que pour cette originalité il a toute légitimité à figurer au répertoire de La Bête Noire. Il faut bien reconnaître toutefois que si vous cherchez un thriller qui vous mette les nerfs à rude épreuve le bouquin de Dominique Forma n’est pas vraiment le choix idéal.

Si dans l’ensemble l’intrigue tient plutôt bien la route, et pourrait même vous réserver quelques surprises, il ne faut s’attendre à de brusques montée d’adrénaline. A l’image de l’improbable duo qui porte le bouquin, on est davantage en mode diesel qu’en turbo… Il faut dire que André et Clovis doivent composer avec les petits tracas liés à leur âge (réflexes élimés, arthrose…) ; dans de telles conditions, il vaut mieux ménager la mécanique afin d’éviter toute mauvaise surprise.

Clairement le roman est porté par ce duo atypique d’enquêteurs presque septuagénaires, si l’esprit est encore vif, il en va autrement pour le corps… comme ils pourront s’en rendre compte à plusieurs reprises au cours de leur enquête.

C’est surtout leur antagonisme quasi permanent qui donne toute sa saveur au récit. Deux vieux réacs aux idéologies radicalement opposées. Mais cela ne les empêche toutefois pas de s’apprécier… avec modération ! Même s’ils préféreraient sans doute mourir dans les plus atroces souffrances que de reconnaître un semblant d’affection l’un pour l’autre.

Une enquête que les amènera à côtoyer des individus plus ou moins fréquentables et à se perdre dans les méandres d’un complexe montage immobilier et financier permettant de blanchir l’argent sale d’un caïd du milieu… mais là encore ces questions ne sont abordées qu’en surface.

La touche de charme est apportée par le personnage d’Alexe, la jeune et très délurée voisine de Clovis qui affiche ouvertement une sexualité libérée et sans tabous, profitant de l’été pour s’envoyer en l’air dans les dunes.

Dominique Forma semble s’être beaucoup amusé à écrire ce roman et parvient à nous communiquer cette bonne humeur, grâce notamment à un style épuré et direct. On en arrive à apprécier la compagnie de ces deux vieux grincheux qui passent leur temps à se chamailler (à l’image des deux vieux du Muppets Show… une comparaison qui ne parlera sans doute qu’aux vieux de la vieille).

Une lecture sympathique qui ne se prend pas au sérieux mais qui assure pleinement par son côté divertissant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Collectif – London Calling – 19+1 Histoires Rock Et Noires

AU MENU DU JOUR

Collectif - London Calling

Titre : London Calling – 19+1 Histoires Rock Et Noires
Auteur : Collectif
Éditeur : Buchet Chastel
Parution : 2009, réédition 2019
Origine : France
240 pages

De quoi ça cause ?

Un recueil initialement publié en 2009, réédité à l’occasion du quarantième anniversaire de l’album London Calling des Clash.

19 nouvelles, autant que l’album a de pistes musicales. Plus une nouvelle inédite à l’occasion de cette réédition.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je considère que l’album London Calling restera à jamais gravé dans l’histoire de la culture punk rock contemporaine. J’étais donc curieux comment ces auteurs allaient lui rendre hommage à travers leurs courts récits.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Buchet Chastel et Net Galley pour leur confiance qui me permet de découvrir cette réédition en avant-première (sortie le 19 septembre).

Le bouquin s’ouvre sur une préface d’Antoine de Caunes qui nous livre une anecdote très rock’n roll sur les Clash. Et vous parle de l’album London Calling mieux que je pourrai le faire, c’est donc bien volontiers que je lui cède la place :

« London Calling » est mon album préféré des Clash. C’est vraiment un classique, qui résiste à 12000 écoutes, quand beaucoup d’albums de la même période ont pris un sérieux coup de vieux. La production, la composition, la cohérence du disque par-delà les nombreuses variations et les styles explorés, de la country au jazz en passant par le punk, la rage qui sous-tend l’ensemble : tout est vraiment magnifique.

Il va sans dire que j’ai découvert les Clash et ce mythique London Calling bien après sa sortie. En 1979 j’avais 12 ans, un peu jeune pour savourer pleinement le son des Clash. C’est surtout entre 1984 et 1989 qui j’ai écouté en boucle leur album. Et aujourd’hui encore je peux l’écouter et l’apprécier autant qu’à la première écoute.

Un recueil qui a vu le jour à l’initiative de Jean-Noël Levavasseur, les auteurs ayant répondu présent sont, par ordre d’apparition : Jean-Hugues Oppel, Thierry Crifo, Pierre Mikaïloff, Max Obione, Olivier Mau, Annelise Roux, Jan Thirion, Marc Villard, José-Louis Bocquet, Mouloud Akkouche, Michel Leydier, Jean-Noël Levavasseur, Thierry Gatinet, Sylvie Rouch, Jean-Bernard Pouy, Frédéric Prilleux, Christian Roux, Caryl Férey, Jean-Luc Manet et Jean-Philippe Blondel.

Chacune des 19 nouvelles porte le nom d’une des chansons de l’album, elles sont présentées dans le même ordre que sur le double CD. Toutes débutent par une illustration en noir et blanc de Serge Clerc (toutes extraites de sa BD, The Clash, le dernier gang dans la ville) ; un bonus visuel certes, mais pas non plus de quoi s’extasier devant les prouesses graphiques du dessinateur.

La couv’ du bouquin promet des histoires rock et noires. Rock elles le sont sur le fond, car toutes sont plus ou moins liées aux Clash et à la chanson-titre de la nouvelle ; sur la forme toutes ne dégagent pas l’esprit rock’n roll, loin s’en faut…

Le noir non plus n’est pas systématiquement au rendez-vous, même quand il est de la partie ça ressemble plus à du gris foncé qu’à du noir anthracite. Pire, certaines nouvelles donnent l’impression de poser le décor pour une suite qui ne vient jamais ; frustrant ? Vous avez dit frustrant ?

Je mentirai en disant que je me suis ennuyé à la lecture de ces nouvelles, la preuve en est que je suis envoyé le recueil en deux jours. J’ai passé un sympathique moment de lecture sans jamais avoir été totalement emballé.

Deux nouvelles tirent plutôt bien leur épingle du jeu « Lover’s Rock » de Jean-Bernard Pouy, pour la qualité de l’écriture, et « Four Horsemen » de Frédéric Prilleux, pour son humour et son quatuor de supporters de Guingamp.

Mention spéciale à Caryl Fèrey et son titre « Revolution Rock« , plutôt que d’opter pour la fiction, il nous raconte ses souvenirs autour de l’album London Calling et l’impact qu’il a eu sur sa façon de voir la vie.

Jean-Luc Manet avec « Train in Vain » opte aussi pour le souvenir. Un souvenir certes plus douloureux, mais tout aussi décisif quant à son avenir.

Je referme toutefois le bouquin avec un sentiment mitigé, l’hommage manque cruellement d’éclat pour faire honneur à un album pourtant éblouissant.

Pour l’anecdote, je terminerai en précisant que si j’adore la musique des Clash (et tout particulièrement l’album London Calling), je ne partage aucunement leur engagement politique (mon cœur bat depuis toujours et définitivement à droite).

MON VERDICT