[BOUQUINS] Amy K. Green – Reine De Beauté

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A. K. Green - Reine de beauté

Titre : Reine De Beauté
Auteur : Amy K. Green
Éditeur : Belfond
Parution : 2020
Origine : États-Unis
416 pages

De quoi ça cause ?

Jenny Kennedy, une adolescente de 13 ans, reine des concours de beauté juniors, est retrouvée morte non loin de chez elle. Elle a été violée et poignardée.

Pour la police il ne fait aucun doute que le coupable est un jeune homme un peu simplet qui était fasciné par ces concours de beauté, et tout particulièrement par Jenny.

Pour Virginia, la demi-sœur de la victime, il est évident que le coupable est ailleurs. Même si elle n’éprouvait qu’une indifférence teintée de mépris pour sa cadette, elle va tout faire pour convaincre la police de creuser au-delà des apparences…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Un roman découvert tandis que je parcourais le catalogue Net Galley. Le pitch m’a inspiré, je l’ai sollicité, ma demande a été approuvée. Et voilà !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman Amy K. Green ne mise pas vraiment sur l’originalité de son intrigue (difficile de faire plus classique qu’une enquête autour d’un meurtre), de même au fil de son récit elle ne s’écartera guère des règles du genre. Il fallait plus que ce léger détail pour me dissuader de lire ce bouquin, après tout, la sagesse populaire affirme que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes ».

L’auteure nous fait découvrir son intrigue en suivant deux arcs narratifs via une alternance de chapitres passant de Jenny à Virginia. Ceux dédiés à Jenny sont écrits à la troisième personne et nous permettent de découvrir ses dernières semaines dans le monde des vivants, des semaines particulièrement mouvementées et riches en événements. Les chapitres consacrés à Virginia sont quant à eux rédigés à la première personne et nous invitent à suivre l’enquête liée à la mort de sa sœur.

Dans le coin droit nous avons donc Jenny, une adolescente que ses parents idolâtrent et voient comme une « petite fille modèle » mais ignorent (ou préfèrent ignorer) qu’elle est en pleine phase de remise en question, de doutes et de questionnements. Amy K. Green aurait pu en faire l’archétype de la gamine pourrie gâtée mais elle a (fort heureusement) travaillé la personnalité de l’adolescente plus en profondeur.

Dans le coin gauche, Virginia, le mouton noir de la famille Kennedy. Sans doute que le suicide de sa mère, alors qu’elle n’était qu’une enfant, suffit à expliquer sa volonté de prendre ses distances avec sa famille. Elle vit sa vie en électron libre, ne gardant qu’un contact de pure forme avec sa famille à l’occasion du traditionnel repas dominical. Un mépris que son père lui rend bien, quant à sa belle-mère, Linda, elle l’ignore tout simplement.

Les caractères radicalement opposés des deux sœurs servent exclusivement de toile de fond à la construction de l’intrigue. Celle-ci se tissera surtout autour des secrets et des non-dits. Ceux de la famille Kennedy d’abord, mais aussi ceux des habitants d’un patelin où tout le monde se connaît, où le voile des apparences dissimule parfois de sombres vérités.

L’auteure ne fait rien pour rendre ses personnages sympathiques, elle dépeint deux portraits relativement ordinaires. Une ado qui se rebelle contre son milieu et en vient à se convaincre que la vie serait meilleure ailleurs. Une nana trentenaire un tantinet égoïste qui vit sa vie comme elle l’entend sans se soucier du qu’en dira-t-on. Pas non plus de quoi prendre ses personnages en grippe.

Bien entendu d’autres personnages auront leur mot à dire afin de nous permettre de comprendre le déroulé des événements qui ont conduit à la mort de Jenny. Je n’en dirai pas plus sur la question afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Même si Amy K. Green ne révolutionne pas les règles du genre, elle n’a pas à rougir de ce premier roman. Elle nous propose en effet un thriller maîtrisé de bout en bout qui devrait réserver quelques surprises même aux lecteurs les plus aguerris (pas forcément sur l’identité du coupable, plutôt sur tout ce qui tourne autour du drame et de ses conséquences).

Pour l’anecdote, je me souviens avoir vu (il y a déjà quelques temps) un reportage télé sur ces concours de « mini miss » (interdits en France, soit dit en passant), je m’étais alors demandé si ces pauvres gamines voulaient vraiment être réduites à de vulgaires poupées / objets ou si elles ne subissaient pas plutôt une instrumentalisation à outrance de la part de leurs parents. Dommage que ledit reportage n’ait pas répondu à mon interrogation.

Dans le roman, concernant Jenny, la réponse arrive très rapidement.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sara Greem & Bernard Afflatet – Hémisphère

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S. Greem & B. Afflatet - Hémisphère
Titre : Hémisphère
Auteur : Sara Greem & Bernard Afflatet
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2020
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

3000 ans plus tôt, pour se protéger d’une épidémie qui décime l’humanité, la vieille Europe a été coupée du monde en se couvrant d’un dôme infranchissable.

En Hémisphère, les terres protégées par le dôme, les Désignés ont appris à se conformer à un nouveau mode de vie, un quotidien entièrement assisté et régi par des machines.

Au-delà du dôme, sur les Terres de l’Exil, le quotidien des Exilés est nettement plus rude ; la survie est une lutte de tous les jours tandis que les ressources s’épuisent inexorablement.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sara Greem, une auteure que je suis assidûment depuis ses débuts et une personne qui compte énormément pour moi.

Une fois de plus elle change de registre littéraire en se frottant à la science-fiction (version post-apocalyptique). Autre nouveauté, elle s’essaie à l’écriture à quatre mains puisque le présent roman est co-signé par Bernard Afflatet.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Sara et les Éditions du 38 pour leur confiance renouvelée.

Autant je suis un inconditionnel de la première heure de Sara Greem, autant je ne connaissais pas du tout Bernard Afflatet avant de lire ce roman. J’espère qu’il ne m’en tiendra pas rigueur, d’autant que je compte bien réparer cette lacune prochainement.

De prime abord, le contexte post-apocalyptique permet de classer sans hésitation ce roman sur les étagères dédiées à la science-fiction. Dans les faits les choses ne sont pas aussi simples, les auteurs jouent en effet avec les genres, intégrant une forte part de fantasy dans le récit (les Terres de l’Exil font clairement penser à un autre monde que le nôtre), mais aussi des éléments issus de la mythologie et même un fort soupçon de préoccupations écologiques. Mélangez ces différents ingrédients, laissez reposer le temps que l’ensemble se fonde en un tout cohérent et vous obtiendrez Hémisphère.

Le roman s’articule autour de l’opposition entre deux mondes (Hémisphère et les Terres de l’Exil), deux peuples (les Désignés et les Exilés) et leurs modes de vie respectifs. De fait l’intrigue commence par se jouer sur deux axes narratifs distincts qui finiront par ne faire qu’un.

C’est Devor-83 qui nous servira de guide pour découvrir le quotidien des Désignés en Hémisphère ; un quotidien géré par la technologie et les machines afin que d’éviter aux humains d’avoir à se poser la moindre question. Un quotidien formaté et uniformisé, une routine placée sous le signe de la pensée unique (voire même par l’absence totale de pensée). Mais voilà, malgré cette routine bien huilée, Devor-83 est assailli par le doute et des questionnements quant à sa vie et son bonheur.

Suivez Osnour, un chasseur un brin taciturne, pour découvrir les Terres de l’Exil et le quotidien des Exilés. Un quotidien qui pourrait se résumer en un mot : survivre. Des survivants réunis en tribus et pour la plupart adepte d’une religion clanique dont la flamme est entretenue par une prophétesse, l’Annonciatrice. Un mode de vie auquel Osnour et les siens ont de plus en plus de mal à adhérer. Le chasseur est bien plus préoccupé par les sources d’eau qui se tarissent et le gibier qui se fait de plus en plus rare ; mais aussi par ces rêves troublants qui agitent son sommeil.

Les auteurs trouvent un juste équilibre entre la mise en place du cadre et le déroulé progressif de leur intrigue. J’avoue avoir craint pendant un moment un dénouement trop rapide ou trop facile au fur et à mesure que les pages défilaient ; que nenni, Sara et Bernard gardent le cap de bout en bout avec une intrigue qui se déroule sans le moindre accroc.

Si vous avez lu les précédents romans de Sara Greem, vous connaissez sans doute son attachement à la mythologie, ou plutôt devrai-je dire aux mythologies. Après nous avoir initié à la mythologie celte (Les Epopées Avaloniennes), puis à celle des peuples nordiques (La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar), c’est l’Égypte ancienne et ses divinités qui sont mises à l’honneur dans le présent roman. Une fois de plus ces éléments mythologiques s’intègrent impeccablement à l’intrigue.

En lisant ce roman vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer, tout est fait pour maintenir l’intérêt du lecteur en éveil. Les personnages, le rythme, le suspense, l’action… tout est fort justement dosé et maîtrisé. Et la recette fonctionne du feu de dieu !

Un roman écrit à quatre mains qui devrait séduire un large public de par la variété des thèmes abordés mais aussi et surtout par sa narration d’une grande fluidité. Chapeau bas aux auteurs, la fusion de leurs efforts est une totale réussite.

Si comme moi vous vous posez des questions sur le rapport entre la couv’ et le pich du bouquin, vous n’aurez pas forcément de réponse directement dans le bouquin, disons que les auteurs dispensent suffisamment d’indices pour vous mettre sur la bonne voie… Google fera le reste.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth – Regarder Le Noir

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Regarder le Noir

Titre : Regarder Le Noir
Auteur : Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth
Éditeur : Belfond
Parution : 2020
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

Douze auteurs pour onze nouvelles. Un seul mot d’ordre pour tous :  « nous faire ouvrir grand les yeux au fil de récits qui jouent avec les différentes interprétations de la vision. »

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Principalement pour la même raison qui m’avait poussé à découvrir le premier recueil proposé par Belfond et dirigé par Yvan Fauth : Yvan himself !

Et puis faut reconnaître qu’il a, une fois de plus, réuni une belle brochette d’auteurs autour d’un thème commun.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée. Sans oublier bien entendu mon blog-pote (et plus) Yvan, qui revêt pour la seconde fois sa toge de maître de cérémonie pour notre plus grand plaisir (à quand une photo du maître en tenue d’apparat ?).

Si je vous dis que le précédent recueil, Écouter Le Noir, était centré sur l’ouïe, je n’ai sans doute pas besoin de préciser que le sens mis à l’honneur dans ce second recueil – Regarder Le Noir – est la vue. Ceux qui n’avaient pas compris sont priés de sortir, merci !

D’entrée de jeu on me prend par les sentiments puisque c’est à Olivier Norek que revient l’honneur d’ouvrir ce nouveau bal du Noir. Et le moins que l’on puisse c’est qu’il nous en met plein la vue avec un texte d’une noirceur absolue qu’il parviendrait presque à rendre poétique. Et ce final ! Un coup de maître.

Ne comptez pas sur Julie Ewa pour apporter une lueur d’espoir au cœur des ténèbres, son récit ne fera que mettre encore plus en avant la perversion et la perfidie dont le genre humain est capable pour arriver à ses fins.

Frédéric Mars nous propose quant à lui un texte qui se déroule presque totalement en huis clos, une intrigue qui, par certains aspects, m’a fait penser au film Usual Suspects.

Claire Favan ne manquera pas de surprendre ses lecteurs avec une vision bien noire (mais malheureusement pas totalement improbable) de notre futur imparfait.

René Manzor m’aura tenu en haleine jusqu’au bout avec son intrigue qui flirte avec le paranormal.

Toujours pas de lueur d’espoir en compagnie d’Amélie Antoine malgré un final qui ne manque pas de cynisme… voire d’un humour (très) noir.

Avec Fabrice Papillon on est plutôt dans la vue de l’esprit… si ledit esprit est franchement perturbé, il demeure un tantinet prévisible à mon sens.

Quasiment jusqu’à la conclusion de son récit je me suis demandé où Gaëlle Perrin-Guillet voulait nous amener. Tout s’explique à la fin et je dois avouer que je n’ai rien vu venir.

Sans surprise R.J. Ellory confirme (une fois de plus) qu’il est une grande plume de la littérature noire internationale ; même si je dois avouer que je soupçonnais l’issue de son récit (une phrase le trahit… mais je ne vous dirais pas laquelle).

Chez Johana Gustawsson c’est surtout du regard des autres dont il est question ; mais ne comptez pas sur ces « autres » pour apporter un peu de lumière. Le final m’a scotché, je ne m’attendais pas du tout à ça.

Dans Écouter Le Noir, elles ouvraient le bal ; ici le duo Barbara Abel et Karine Giebel nous invite pour une dernière danse. Les deux reines du noir nous offrent un somptueux bouquet final.

Comme vous pouvez le constater une fois de plus Yvan a réuni une belle brochette d’auteurs autour de son projet et le résultat est à la hauteur de toutes nos attentes.

Comme ce fut le cas pour Écouter Le Noir, chacun de ces auteurs à au moins un titre présent dans ma bibliothèque numérique, même si je n’ai pas encore eu l’occasion d’en lire certains (Julie Ewa, Gaëlle Perrin-Guillet, Johana Gustawsson et Barbara Abel) et que pour d’autres je suis encore en pleine découverte de leur univers littéraire (Claire Favan, René Manzor, Amélie Antoine et Fabrice Papillon).

Inutile dans de telles conditions de préciser que je suis partant pour un troisième service (ah merde, je viens de le faire !). Quel sens sera alors mis à l’honneur par le maître de cérémonie ? Mystère…

Comme pour le recueil précédent je vais essayer de noter avec un maximum d’objectivité (toute personnelle) chacune des nouvelles du présent recueil :

O. Norek – Regarder Les Voitures Voler : 5
J. Ewa – Nuit D’Acide : 5
F. Mars – The OX : 4.5
C. Favan – Le Mur : 3.5
R. Manzor – Demain : 4.5
A. Antoine – Transparente : 4
F. Papillon – Anaïs : 3
G. Perrin-Guillet – La Tache : 4
R.J. Ellory – Private Eye : 4.5
J. Gustawsson – Tout Contre Moi : 4.5
B. Abel & K. Giebel – Darkness : 5

Soit une moyenne de 4.3 que j’arrondis sans hésitation à 4.5 pour faire honneur à l’ensemble du recueil… et encourager Yvan à poursuivre sa noire exploration de nos cinq sens.

MON VERDICT

Aparté à l’intention d’Olivier Norek

Bon écoute Olivier (tu permets que je te tutoie ? Depuis le temps que je te lis, c’est comme si on avait élevé les cochons ensemble dans les plaines du Berry) faut qu’on cause tous les deux ; ça ne peut pas continuer comme ça. C’est quoi ton problème avec les chats ?!

Sérieux faut que t’arrêtes de leur faire subir les pires outrages dans tes bouquins, sinon on ne va plus être copain.

Je veux bien passer l’éponge pour cette fois encore, mais prochaine fois que tu nous dézingues un chat (ou un chien… je préfère préciser d’entrée de jeu) ; je te bannis de ma liseuse.

[BOUQUINS] Guillaume Musso – La Vie Est Un Roman

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G. Musso - La vie est un roman
Titre : La Vie Est Un Roman
Auteur : Guillaume Musso
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2020
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

La vie de Flora Conway, une auteure aussi brillante que discrète bascule le jour où sa fille disparaît alors qu’elles jouaient à cache-cache dans l’appartement fermé de l’intérieur de Flora.

Tandis que l’enquête de police piétine, Flora Conway commence à envisager une approche qui pourrait paraître insensée, tout en étant fidèle à la célèbre règle de Sherlock Holmes : « quand on a éliminé l’impossible, la réponse, aussi improbable qu’elle soit, est ce qui reste. » (Arthur Conan Doyle)

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Guillaume Musso, un auteur que j’ai découvert sur le tard mais qui a su me plonger en totale immersion dans son univers littéraire et réussi encore à me surprendre.

Parce que lire le dernier Musso devient presque devenu un acte militant, un doigt d’honneur brandi haut et fort à l’intention de ces intégristes culturels ras-du-bulbe qui dénigrent cette littérature de seconde zone et ne jurent que par la grande littérature. Le simple fait d’oser cette distinction est une parfaite illustration de leur obscurantisme culturel et du vide abyssal qui habite leur neurone en état végétatif depuis bien longtemps.

Ma Chronique

Alors que je me faisais une joie de dévorer, dans les plus brefs délais, le dernier roman de Guillaume Musso, il a fallu que je compose avec les aléas et les obligations du quotidien, aussi bien sur le plan professionnel que sur celui personnel. Cinq longues journées (oui, je sais, c’est énooorme) à regarder avec envie ma liseuse sans jamais trouver un créneau me permettant une réelle pause lecture. Autant vous dire que quand j’ai enfin pu me plonger dans le bouquin, je ne l’ai quasiment plus lâché avant de connaître le fin mot de l’histoire.

Ah que voilà un bouquin qui devrait rabattre le clapet de ceux et celles qui affirment (à mon avis sans jamais avoir ouvert un roman de l’auteur) que Guillaume Musso ne s’écarte jamais de sa zone de confort en proposant plus ou moins toujours la même chose à ses lecteurs.

Alors que ces derniers temps l’auteur affûtait sa plume dans le registre policier, osant même (enfin) jouer avec les règles du genre, ce nouvel opus sera bien difficile à classer dans un genre spécifique. Ça commence en effet comme un polar avec une enquête autour d’une disparition en « chambre close », mais Guillaume Musso entraînera peu à peu le lecteur aux frontières de la quatrième dimension. Et ce ne sont là que les prémices d’une intrigue qui vous réservera bien des surprises, une intrigue ou fictions et réalités (le choix des pluriels est volontaire) se mêlent…

Je ne vous cacherai pas qu’au début c’est plutôt déconcertant, on se demande si l’ami Guillaume n’aurait pas abusé de substances illicites avant de prendre la plume, mais d’un autre côté force est de reconnaître que c’est aussi un traquenard d’une redoutable efficacité ; il fois qu’il vous aura pris dans ses filets (à moins que vous ne passiez entre les mailles, ce que je peux parfaitement concevoir) vous aurez bien du mal à décrocher !

Comme ce fut le cas dans son précédent opus, La Vie Secrète Des Écrivains, Guillaume Musso s’interroge (et nous interroge par la même occasion) sur le rapport entre l’écrivain et son œuvre mais aussi entre l’écrivain et son public. Sans vouloir entrer dans les détails (je resterai volontairement dans le flou artistique durant la rédaction de cette chronique), il est plus que tentant de faire le rapprochement entre le personnage de Romain Ozorski (écrivain « grand public » à succès) et l’auteur lui-même. Analogie avec laquelle il ne se prive pas de jouer (d’autant plus aisément que le personnage de Flora Conway serait plutôt la représentante idéale de la « grande littérature ») pour tacler ses propres détracteurs (mes copains les intégristes culturels).

Pour appuyer son propos Guillaume Musso parsème son récit de références à d’autres auteurs, qu’ils soient classiques ou contemporains, français ou internationaux, et quels que soit leur genre de prédilection. Un éclectisme qui fait un nouveau pied de nez à un certain public qui s’autoproclame « élitiste » dans ses choix littéraires.

Chapeau bas à Guillaume Musso pour cette intrigue construite avec beaucoup d’audace mais toujours gardée sous contrôle (malgré les apparences parfois trompeuses) ; que les plus cartésiens se rassurent : « tout s’explique à la fin ! ».

Un pari osé qui ne plaira sans doute pas à tout le monde – même parmi les inconditionnels de Guillaume Musso – mais pour lequel j’ai été bon public. Je me suis en effet rapidement pris au jeu et du coup la curiosité a très vite pris le pas sur le léger doute qui pouvait subsister.

Certes pas le meilleur des Musso pour moi, mais sans aucun doute l’un des plus audacieux. Juste pour ça, je dis respect.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Wendy Walker – La Nuit D’Avant

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W. Walker - La Nuit D'Avant
Titre : La Nuit D’Avant
Auteur : Wendy Walker
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : États-Unis (2019)
352 pages

De quoi ça cause ?

Après une rupture difficile, Laura décide de tourner la page en se créant un profil sur un site de rencontres. Un premier rendez-vous est pris. L’homme s’appelle Jonathan Fields, il a 40 ans, il vient de divorcer. Pour le rencontrer, Laura part avec le mini van de sa sœur, Rosie, et l’une de ses robes. Elle sera, promet-elle, de retour le soir même. Le lendemain matin, elle n’est toujours pas rentrée. Que s’est-il passé cette nuit-là ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine.

Parce que c’est le troisième roman de Wendy Walker que l’éditeur publie ; si les deux précédents ont bien intégré mon Stock à Lire Numérique dès leur parution, je n’en ai en revanche lu aucun. Pas de raison particulière à cela, ils ont simplement été noyés dans la masse des sorties littéraires et de mes envies.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avec cette Nuit D’Avant Wendy Walker nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé, et elle sait y faire quand il s’agit d’explorer les sombres recoins de la psyché humaine et dérouler une intrigue riche en surprises qui mettra vos nerfs à rude épreuve.

Le roman alterne entre les points de vue de Rosie et ses questionnements et doutes qui refont surface tandis qu’elle cherche à comprendre ce qui a pu arriver à sa sœur, et ceux de Laura avec qui nous revivrons cette fameuse « nuit d’avant », une nuit plutôt banale jusqu’à ce que les choses basculent de la plus inattendue des manières. Par ailleurs nous aurons le droit à des extraits des échanges entre Laura et son psychiatre.

Histoire d’accentuer encore davantage la distinction entre les faits vécus par Rosie et ceux décrits par Laura, Wendy Walker opte pour deux approches narratives distinctes. Les chapitres dédiés à Laura sont en effet rédigés à la première personne, alors que ceux consacrés à Rosie sont écrits à la troisième personne.

Les personnages de Laura, Rosie, Joe et Gabe sont liés par une longue histoire d’amitié commune (qui deviendra une histoire d’amour entre Rosie et Joe). Des amis d’enfance qui ont fait les 400 coups ensemble, mais qui partagent aussi le poids d’un drame survenu des années plus tôt alors qu’ils étaient encore adolescents.

Un drame qui s’est soldé par la mort du petit copain de Laura, une mort survenue dans des circonstances plutôt troubles malgré les conclusions de l’enquête qui incriminaient un SDF retrouvé plus tard dans la voiture de la victime. Et c’est ce doute que Rosie ne pourra complètement refluer tandis qu’elle cherchera à découvrir la vérité autour de la disparition de sa sœur. Un doute qui n’épargnera pas non plus Laura dont le subconscient semble avoir oblitéré une partie de ses souvenirs autour des circonstances exactes de ce drame.

Mais l’intrigue va aussi devoir composer avec le poids des secrets de familles et des non-dits. L’auteure ne lésine pas sur les moyens pour encombrer l’esprit de ses personnages et jouer avec les nerfs des lecteurs en louvoyant habilement avec les fausses pistes et les vrais indices.

Si l’intrigue monte progressivement en intensité et vous asurera quelques poussées d’adrénaline, je suis toutefois plus mitigé sur le final que j’ai trouvé un peu précipité. Pas vraiment de quoi me gâcher le plaisir de cette lecture, mais c’est toujours un peu dommage de refermer un bouquin sur un bémol.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Mo Malo – Diskø

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M. Malo - Disko
Titre : Diskø
Série : Qaanaaq Adriensen – Livre 2
Auteur : Mo Malo
Éditeur : La Martinière
Parution : 2019
Origine : France
416 pages

De quoi ça cause ?

Désormais chef de la police à Nuuk, Qaanaaq Adriensen gère, avec son équipe, un quotidien plutôt tranquille. Jusqu’à ce que le corps d’un homme soit retrouvé emprisonné dans un iceberg.

Rapidement les policiers vont comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accident, la victime a été déposée dans une prison de glace taillée sur mesure pour lui assurer une mort lente et douloureuse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé Qaanaaq, la première enquête de Qaanaaq Adriensen. Mais aussi parce que Nuuk, sa troisième enquête, doit sortir dans quelques jours.

Ma Chronique

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé la plume de Mo Malo pour un séjour plutôt mouvementé au Groenland en compagnie de Qaanaaq et de son équipe.

D’emblée je m’incline devant le don qu’à l’auteur pour nous plonger en totale immersion aussi bien dans son intrigue qu’au Groenland même. Je ne peux que saluer l’immense travail de documentation auquel il a dû se livrer pour nous restituer un cadre aussi réaliste.

Le décor étant planté avec le tome précédent, Qaanaaq, Mo Malo va droit au but et démarre son intrigue sur les chapeaux de roues avec une scène de crime particulièrement glaçante (OK, j’avoue, c’était facile sur ce coup, mais tellement tentant).

À peine le temps de décortiquer les premiers éléments entourant ce premier meurtre que le tueur refroidit (oui, je sais…) une seconde victime. Sauf que cette fois ladite victime est une proche de Qaanaaq, et plus encore de son assistant, Appu.

De fil en aiguille Qaanaaq va réaliser qu’il semble être la cible indirecte du ou des tueur(s), il devra dès lors non seulement tout mettre en œuvre pour identifier au plus vite le(s) coupable(s) – et donc comprendre leur(s) motivation(s) –, mais aussi protéger ses proches.

Mo Malo prend un malin plaisir à s’acharner sur son héros, le pauvre bougre va en prendre plein la gueule. D’une part l’enquête mettra ses nerfs à rude épreuve, mais elle le confrontera aussi à lui-même, et là encore bien des mauvaises surprises l’attendront au tournant.

Une intrigue menée tambour battant qui ne vous laissera que peu de temps pour souffler, l’auteur ne manquera pas de jouer avec vos nerfs et à pousser parfois l’adrénaline à son plus haut niveau. Addictif ? Vous avez dit addictif ? Oh que oui ! Une fois happé par le bouquin vous aurez bien du mal à le lâcher.

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver les personnages déjà croisés dans Qaanaaq, à voir des personnages plus « secondaires » dans le premier roman, se développer et s’affirmer dans le présent roman, et bien entendu aussi à découvrir de nouveaux intervenants (mention spéciale à la légiste, Lotte Brunn). Si je voulais pinailler un brin je pourrai dire que j’aurai aimé retrouver un Appu plus présent, mais force est de reconnaître qu’il a des circonstances atténuantes justifiant son absence.

Avec Qaanaaq, Mo Malo marquait un brillant essai, essai transformé avec le même brio pour ce second opus des enquêtes de Qaanaaq Adriensen.

Franchement je ne regrette pas d’avoir lu ce bouquin si tardivement après sa sortie, il reste tant de questions sans réponses en le refermant, que j’aurai trouvé l’attente intolérable et un tantinet frustrante. Alors que là, je sais d’ores et déjà que dans quelques jours je retrouverai Qaanaaq…

Petit bémol de pure forme, autant la couverture de Qaanaaq était somptueuse, autant celle de Diskø est à chier. Bin alors, l’appareil photo était en panne ? C’est d’autant plus dommage que dans ses remerciements l’auteur nous invite à visiter des sites riches en ressources qui sont un pur régal pour les yeux (sans parler des nombreuses photos qui illustrent sa propre page Facebook).

Pour la petite histoire, depuis la parution de Qaanaaq le mystère autour l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme de Mo Malo a été levé. Je ne vous cacherai que j’ai été surpris de découvrir que, sous ce nom de plume aux accents nordiques, se dissimulait Frédéric Mars . Pour être plus juste je devrai dire qu’il s’agit en fait de Frédéric Ploton, Frédéric Mars étant son nom de plume usuel.

Ce qui me fait penser qu’il faudrait que je me trouve un créneau parmi mes futures lectures afin de découvrir son dernier roman, La Lame, publié sous le nom de Fred Mars.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Claire Duvivier – Un Long Voyage

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C. Duvivier - Un Long Voyage
Titre : Un Long Voyage
Auteur : Claire Duvivier
Éditeur : Aux Forges de Vulcain
Parution : 2020
Origine : France
240 pages

De quoi ça cause ?

Après la mort de son père, le jeune Liesse, issu d’un modeste village de pêcheur, est confié (vendu ?) à des notables d’un comptoir commercial.

C’est là qu’il fera connaissance, quelques années plus tard, de Malvine Zélina de Félarasie, la brillante nouvelle ambassadrice impériale de l’Archipel. Liesse gagnera la confiance de Malvine jusqu’à devenir son secrétaire et l’accompagner à la Cité-Etat de Solméri où elle doit occuper le poste de gouverneur…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, la réponse la plus honnête à cette question est simplement : « Je ne sais pas ».

C’est le hasard qui a mis ce bouquin sur mon chemin et j’ai tout de suite eut envie de le découvrir sans pouvoir expliquer, de façon rationnelle, le pourquoi du comment de cet intérêt. Je serai tenté de dire que, une fois n’est pas coutume, c’est le bouquin qui a trouvé son lecteur et non l’inverse.

Ma Chronique

Je pourrai vous dire qu’avant d’ouvrir ce bouquin je n’avais jamais entendu parler de Claire Duvivier, ce qui serait, ma foi somme toute, assez logique puisque Un Long Voyage est son premier roman.

Pour un coup d’essai le moins que l’on puisse c’est que l’auteure n’opte pas pour la facilité en proposant un roman de fantasy qui bouscule clairement les règles du genre. En effet vous ne croiserez dans ce récit aucune créature surnaturelle et il faudra attendre la dernière partie du bouquin pour que la magie fasse une rapide (mais déterminante) apparition. N’espérez pas non plus de grandes batailles épiques… ni même de véritables batailles tout court.

Dans sa forme aussi le bouquin ose une approche plutôt audacieuse, puisqu’il se présente sous la forme d’une longue lettre que le narrateur (Liesse) adresse à une interlocutrice dont on ne connaît que le prénom (ce n’est que dans le dernier chapitre que l’on découvre son identité). Une lettre dans laquelle il raconte sa propre histoire mais aussi et surtout celle de Malvine Zélina de Félarasie.

Force est de reconnaître que dans les premiers chapitres on a beaucoup de mal à savoir où Claire Duvivier veut nous amener. Même l’entrée en scène de Malvine Zélina de Félarasie ne lèvera pas totalement le voile sur la finalité de son récit. Et pourtant je ne me suis jamais ennuyé, ma curiosité ayant toujours été maintenue en éveil.

C’est à Solmeri que l’intrigue prendra tout son sens, mais je n’en dirai pas davantage sur la question. Sachez simplement que rien n’est laissé au hasard et que toutes vos questions trouveront une réponse en temps et en heure.

C’est aussi à Solmeri que les liens entre les personnages joueront un rôle déterminant dans le déroulé de l’intrigue. Qu’il s’agisse de liens personnels (amitié ou amour), des liens sociaux ou de liens politiques, l’humain est placé au centre du récit (pour le meilleur et pour le pire).

Un roman qui croise habilement l’histoire individuelle de ses personnages (Liesse et Malvine), celle d’une cité qui a déjà un lourd passé et va connaître un bouleversement majeur, et celle d’un Empire sur le déclin.

Même si j’ai pris un réel plaisir à lire ce bouquin complètement atypique, je tiens toutefois à préciser que ce ne fut pas non plus l’extase. Il n’en reste pas moins que ce fut une belle découverte et une surprise encore plus belle.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – L’Homme De La Plaine Du Nord

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S. Delzongle - L'homme de la plaine du Nord
Titre : L’Homme De La Plaine Du Nord
Série : Hanah Baxter – Livre 4
Auteur : Sonja Delzongle
Éditeur : Denoël
Parution : 2020
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

À peine rentrée à New York où elle espérait passer un moment tranquille, Hanah Baxter se retrouve sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour le meurtre d’Anton Vifkin, son ancien mentor.

Extradée à Bruxelles, elle apprend de la bouche du commissaire Peeters, en charge de l’enquête, que l’accusation repose sur une simple lettre anonyme. En fait Peeters compte surtout sur l’aide de Baxter pour résoudre, une bonne fois pour toute, le mystère de la mort d’Anton Vifkin.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’occasion de retrouver Hanah Baxter, un retour attendu après trois longues années d’absence.

Ma Chronique

Encore un roman dont la sortie a été perturbée par la crise sanitaire liée au COVID-19, si le bouquin a pu être publié quelques jours avant le début du confinement dans sa version numérique, ce n’est qu’avec le déconfinement que la version papier a pu être découverte en librairie.

Si on pensait retrouver une Hanah Baxter apaisée après son périple breton (je fais bien sûr référence au roman Récidive, le précédent opus de la série), le répit sera de courte durée pour notre profileuse préférée. La Belgique lui réserve un nouveau rendez-vous avec son passé, via notamment la personnalité trouble d’Anton Vifkin qui fut son mentor.

Une fois de plus Hanah Baxter se retrouve personnellement impliquée dans une affaire qui n’en finira pas de lui réserver des surprises. Une affaire aux facettes multiples dont le fil rouge entre les différents éléments se met en place lentement mais sûrement, suivant le rythme de l’implacable mélodie que nous interprète Sonja Delzongle.

Si vous ne connaissez pas encore le parcours de Hanah Baxter, je ne peux que vous recommander de lire les précédents romans de la série avant de vous lancer dans cet ultime opus. D’une part parce que se sont trois thrillers haut de gamme que vous découvrirez, mais aussi et surtout parce qu’ils vous permettront de mieux appréhender le personnage d’Hanah Baxter (même si l’auteure prend soin de défricher le terrain pour ceux et celles qui commenceraient par le présent roman).

Avant d’embarquer pour ce périple belge en compagnie d’Hanah baxter je vous invite à boucler votre ceinture. Le voyage ne sera pas de tout repos ! Une fois de plus Sonja Delzongle n’hésite pas à malmener ses personnages (nombre n’en reviendront pas… et ce n’est pas dans leur sommeil qu’ils passeront de vie à trépas).

Ainsi vous croiserez un tueur à gages, travesti à ses heures, bien déterminé à finir un boulot commencé vingt ans plus tôt. Mais aussi une énigmatique jeune femme, propriétaire d’un manoir délabré dans lequel elle prend soin de son jeune frère et de sa mère… avant de se consacrer à de plus sombres occupations.

Ce que vous croiserez surtout ce sont les côtés les plus obscurs de l’âme humaine, les dérives et déviances les plus dépravées et les plus perverses.

Une intrigue riche en rebondissements qui n’en finira pas de vous faire douter de tout et de tout le monde. A chaque instant vos certitudes risquent d’être balayées par un nouveau revirement de situation. Et là encore, Sonja Delzongle sait y faire quand il s’agit de jouer avec les nerfs du lecteur !

Nul doute que le personnage d’Hanah Baxter restera pour moi une très belle découverte littéraire, un personnage atypique auquel je me suis tout de suite attaché. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre ses aventures mouvementées, et c’est avec un évident pincement au cœur que je la quitte au terme de cet ultime rendez-vous.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Didier Fossey – Affaires Internes

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D. Fossey - Affaires internes
Titre : Affaires Internes
Auteur : Didier Fossey
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2020
Origine : France
208 pages

De quoi ça cause ?

Suite au braquage d’une bijouterie à Lyon, le capitaine Amandine Poirier ne tarde pas à trouver des similitudes avec d’autres affaires de vol. Mais l’équipe de braqueurs ne laisse aucun indice et semble plus que jamais insaisissable.

De son côté, Yann Rocher, major au sein de la BAC de Colombes, prépare sa vengeance contre l’homme à l’origine de l’accident qui a coûté la vie à son épouse et grièvement blessé sa fille.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et que je suis d’une fidélité sans faille à cette maison d’édition.

Parce que c’est Didier Fossey, un auteur que j’apprécie énormément. J’aurais d’ailleurs aimé retrouver Boris Le Guenn et son équipe, mais c’est quand même avec plaisir que je lirai son nouveau roman.

Ma Chronique

Un grand merci aux éditions Flamant Noir – avec une attention particulière à Nathalie – et à la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée. Merci de me permettre de découvrir en avant-première le dernier roman de Didier Fossey (sortie numérique le 18 mai et sortie papier pour le 10 juin).

Évidemment si on me dit Didier Fossey je pense tout de suite à Boris Le Guenn et son groupe, personnages récurrents de ses cinq précédents romans. J’ai certes eu un petit pincement au cœur en découvrant que le présent roman ne permettait pas de retrouver Boris et son équipe (si ce n’est le temps d’un clin d’œil), mais il fallait plus que ça pour saper mon enthousiasme.

L’intrigue du présent roman démarre en août 2015, deux abrutis au volant de voitures trop puissantes pour leurs neurones défaillants et c’est l’accident. Comme (trop) souvent les abrutis en question s’en sortent plutôt bien, mais une femme y perd la vie et une fillette est très grièvement blessée. Les victimes sont l’épouse et la fille du brigadier Yann Rocher.

Le chapitre suivant nous propulse en février 2018. À Lyon d’abord où l’on assiste à un braquage exécuté avec brio par une équipe aussi lourdement armée que bien préparée. C’est l’équipe du capitaine Amandine Poirier que hérite de l’affaire. Puis à la BAC de Colombes, où le major Yann Rocher passe ses troupes en revue avant de les envoyer en rondes de nuit.

Vous l’aurez compris c’est le personnage de Yann Rocher qui sert de fil rouge entre les événements de 2015 et ceux de 2018. Celui entre la BAC de Colombes et celle de Lyon est plus ténu, mais sera révélé en temps et en heure.

Par la suite, au fil des chapitres, le roman joue avec le temps, alternant entre l’intrigue de 2018 et des flashbacks.

En fait en 2018 ce sont plusieurs intrigues qui se jouent simultanément. D’une part on suit l’équipe de braqueurs qui multiplie les coups de plus en plus audacieux sans jamais laisser le moindre indice ni commettre d’impair.

De leur côté, si le capitaine Amandine Poirier et son équipe ont bien compris que c’était une seule et même bande qui multipliait les forfaits, force est de reconnaître que leur enquête reste au point mort.

Enfin le major Yann Rocher gère les patrouilles de ses équipes tout en faisant au mieux pour consacrer du temps à sa fille lourdement handicapée suite à l’accident de 2015. Et sans jamais perdre de vue sa soif de vengeance à l’encontre de celui qui a provoqué l’accident.

Les différents voyages dans le passé concernent exclusivement la situation de Yann Rocher. Comment il remonté tant bien que mal la pente après l’accident. Comment il s’occupe de sa gamine et l’évolution de cette dernière. Et comment il franchit parfois la ligne jaune en se disant qu’il le fait pour sa fille.

Si j’ai globalement apprécié le personnage de Yann Rocher et compris sa soif de vengeance, j’avoue que ses écarts à répétition m’ont laissé un arrière-goût amer. N’ayez crainte je ne vis pas chez les Bisounours, je sais que les flics ripoux n’existent pas qu’au cinéma, mais ce n’est pas pour autant que je dois cautionner ce genre de dérive. Heureusement le lien qu’il entretient avec sa fille fait rapidement oublier ses petits travers.

Dommage que les autres personnages ne soient traités que superficiellement, un peu plus de profondeur et de personnalité auraient été appréciables.

Dans le même ordre d’idée, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre l’intrigue plutôt bien ficelée même si je l’ai trouvé parfois un peu simpliste (même si je reconnais volontiers avoir été totalement pris au dépourvu quant à une des clés de l’intrigue). Là encore je n’aurai pas craché sur un peu plus de densité et d’intensité.

Le titre du roman prend tout son sens dans la seconde partie du roman qui verra l’IGPN (la fameuse police des polices) entrer en scène. Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire davantage.

Le roman est court et se lit quasiment d’une traite. Une mise en bouche fort sympathique histoire de patienter avant le retour (attendu et espéré) de Boris Le Guenn.

MON VERDICT

[BOUQUINS] R.J. Ellory – Le Jour Où Kennedy N’Est Pas Mort

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R.J. Ellory - Le jour où Kennedy n'est pas mort
Titre : Le Jour Où Kennedy N’Est Pas Mort
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2019)
432 pages

De quoi ça cause ?

Novembre 1963. Le président JFK est en visite à Dallas (Texas). Une visite qui se déroule sans incident particulier à signaler.

Juillet 1964. Mitch Newman, photographe de presse free-lance, apprend que Jean Boyd, son grand amour de jeunesse, s’est donnée la mort. Même s’il ne l’avait pas revu depuis plus de 14 ans, Mitch ne peut croire à la thèse du suicide.

Jean Boyd était reporter pour le Washington Tribune. Mitch va rapidement découvrir que, peu avant sa mort, l’enquête de Jean se focalisait autour du président JFK. Une enquête qui l’a conduite à Dallas en novembre 1963.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est R.J. Ellory, un auteur qui ne m’a jamais déçu.

Parce que le pitch du bouquin me semble particulièrement audacieux, une bonne raison supplémentaire de me laisser tenter.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le roman de R.J. Ellory fait partie de ces nombreux titres dont la publication a été repoussée en raison de la crise sanitaire liée au COVID-19. C’est en totale conformité avec la charte de l’éditeur sur la plateforme Net Galley que je vous propose de découvrir ma chronique en avant-première.

Fichtre ! Diantre ! Palsambleu ! Aurai-je basculé dans la quatrième dimension à l’insu de mon plein gré ? V’là t’y pas que je découvre que JFK n’a pas été assassiné à Dallas le 22 novembre 1963. Que nenni, son escapade texane s’est déroulée sans incident majeur à signaler…

Pardon ? Aaah, OK, c’est un roman ! Sacré Stephen King, il m’a foutu une trouille bleue sur ce coup. Mais bon faudrait qu’il se renouvelle, le coup JFK il nous l’a déjà fait, et brillamment fait même, avec l’excellent 22/11/63.

Arrête… tu déconnes là ! C’est le point de départ du dernier bouquin de R.J. Ellory… Bin voyons, et moi j’suis la reine d’Angleterre ! R.J. Ellory est un auteur de polars et de thrillers, pas le genre à se lancer dans une uchronie, me prends pas pour une quiche.

Et bin si, mes ami(e)s ! Enfin pas tout à fait quand même. Si le point de départ du dernier roman de R.J. Ellory repose bel et bien sur une uchronie (tout est dit dans le titre : Le Jour Où Kennedy N’Est Pas Mort), c’est dans un registre 100% thriller que l’auteur place son intrigue.

R.J. Ellory nous propose donc de retrouver JFK et son équipe, dirigée par son frère Bob, en course vers un second mandat… sauf que les choses sont loin d’être gagnées d’avance ! Ah oui j’oubliais, non content d’épargner JFK, l’auteur va surtout s’intéresser au(x) côté(s) obscur(s) du personnage. Il va en effet fouiner sans concession au-delà de l’image d’Épinal du beau et fringant jeune homme charismatique qui sentait bon le sable chaud…

Perso c’est une approche qui ne me choque nullement, je me méfie des individus que l’on dresse sur un piédestal. D’autant que post mortem, de nombreuses enquêtes ont révélé les travers et frasques du faux-cul au sourire Colgate. Et puis franchement, de vous à moi, on a plus de chance dans une vie de croiser une licorne chevauchée par le Père Noël qu’un politicien plus blanc que blanc (compétent, honnête, intègre et tutti quanti). Depuis le temps, ça se saurait si ça existait !

Si JKF n’est pas mort, il n’en va malheureusement pas de même pour Jean Boyd, jeune reporter ambitieuse et tenace. La jeune femme se serait en effet suicidée un triste jour de juillet 1964… c’est en tout cas la version officielle. Sauf que pour Mitch Newman c’est purement et simplement impensable ; le suicide ne colle pas à la personnalité de Jean Boyd. Il le sait, il en est convaincu… même s’il ne l’a pas revu depuis presque 15 ans, suite à son départ pour la Corée qui sonna le glas de leurs fiançailles et de leur idylle.

Un JFK vivant, une Joan Boyd morte et un Mitch Newman en plein questionnement… R.J. Ellory a désormais toutes les cartes en main pour nous mitonner une intrigue aux petits oignons comme il sait si bien le faire.

Et une fois de plus le Top Master Chef Ellory ne nous déçoit pas. Avec lui pas de cauchemar en lecture, c’est que du bonheur ! Son intrigue est rondement menée et saura rapidement captiver le lecteur (malgré les introspections un tantinet répétitives et une tendance poussée à l’auto apitoiement de Mitch).

La plongée dans les coulisses du pouvoir, et notamment celles du clan Kennedy, est totalement crédible et convaincante (sans perdre de vue toutefois que l’on est dans le domaine d’un futur possible et non d’un vécu historique). Pas besoin d’être un expert en politique international pour comprendre les enjeux et la façon dont chacun va déplacer ses pions pour arriver à ses fins.

Bien qu’écrit à la troisième personne, l’essentiel du roman est le reflet de la façon dont Mitch perçoit et analyse les événements. Un détail que peut paraître insignifiant, mais soyez assurés que ce choix narratif est tout sauf anodin.

Petit bémol pour la fin qui me laisse un arrière-goût d’inachevé en bouche, même si on devine aisément les conséquences de l’ultime découverte de Mitch.

Pour finir cette chronique, je vous laisse méditer sur la question que R.J. Ellory pose dans sa postface.

Si Kennedy n’était pas mort en novembre 1963, garderait-on le même souvenir de lui, ou aurait-il rejoint les rangs des disgraciés ?

MON VERDICT