[BOUQUINS] Jacques-Olivier Bosco – Laisse Le Monde Tomber

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JOB - Laisse le monde tomber
Titre : Laisse Le Monde Tomber
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
372 pages

De quoi ça cause ?

Des corps retrouvés atrocement mutilés dans une cité de banlieue. La cité est au bord de l’explosion. Jef et Hélène, les enquêteurs en charge de cette affaire sont sur les nerfs.

Un gang de braqueurs tueurs de flic insaisissable multiplie les coups d’éclats meurtriers à travers toute l’Europe. Tracy, chef de groupe à l’ORCTIS de Nanterre, s’est jurée de mettre fin au carnage.

Deux affaires qui non a priori aucun lien entre elles mais qui vont pourtant sceller le destin des trois flics…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques-Olivier Bosco, un auteur que j’ai découvert récemment via son diptyque Brutale / Coupable mettant en scène Lise Lartéguy ; un personnage pour qui j’ai eu un véritable coup de foudre littéraire.

Ma Chronique

Je remercie les éditions French Pulp et Net Galley pour leur confiance.

Dommage en revanche que le fichier transmis ait été une version non définitive au format PDF. Ce qui pour moi signifie rédhibitoire, sauf travail de conversion préalable ; et c’est ce à quoi je me suis attelé afin de pouvoir le lire au format epub et obtenir une version finalisée à archiver dans ma bibliothèque numérique.

Avec ce roman Jacques-Olivier Bosco (JOB) nous offre un thriller profondément humain en mettant en avant trois flics qui, loin d’être des machines de guerre déshumanisées façon Robocop, doivent au contraire composer avec leur vécu et leurs blessures. Trois flics à vif qui n’hésitent pas à se mouiller et à mettre les mains dans le cambouis quand la situation l’impose.

Jef est rongé par la culpabilité mais trop respectueux du cadre juridique (et sans doute aussi un tantinet trop lâche) pour mener à bien sa vengeance. Hélène, sa coéquipière est une boule de nerfs toujours prête à en découdre, quitte à se mettre parfois (souvent) en danger. Quant à Tracy, elle rêve de vengeance depuis que son frère a été assassiné sous ses yeux, victime du terrorisme islamiste, dans la nuit du 13 novembre 2015.

Les deux premiers vont être appelés sur une scène de crime particulièrement sauvage, un enfant de la cité a été démembré par un animal. Ça pourrait être un chien dressé pour tuer mais de nombreux détails morphologiques ne collent pas. Quand d’autres victimes apparaissent la cité commence à crier vengeance, d’autant que l’enquête de police piétine.

Tracy et son groupe sont sur la piste d’un gang de braqueurs qui semble prendre un plaisir pervers à tuer un maximum de flics à chaque opération. Le trio à la tête du gang est identifié mais demeure insaisissable.

Un trio pour lequel on se prendra vite d’empathie, JOB sait y faire pour que mêmes leurs défauts contribuent à rendre ses personnages plus attachants… plus humains, tout simplement.

Vous l’aurez compris, si l’auteur attache une grande importance à la psychologie de ses personnages, il n’en délaisse pas moins son intrigue (ses intrigues même, avant que les deux arcs narratifs ne se rejoignent). Une intrigue aussi musclée que rythmée qui mènera la vie dure à nos trois flics et mettra parfois vos nerfs à rude épreuves.

JOB fait mouche dès les premières pages de son roman, il impose d’entrée de jeu une ambiance aussi sombre que tendue, tension qui ne baissera pas d’un cran (au contraire) jusqu’au dénouement. Et quel dénouement !

La narration est très visuelle, à ce titre vous pouvez vous attendre à en prendre plein les mirettes. Gaffe aux giclées de sang, viscères et autres joyeusetés. Même au cœur de l’action la plus débridée, l’intrigue reste profondément ancrée dans la réalité. Une réalité que certains espèrent ne pas voir en optant pour la politique de l’autruche. Pour ma part j’espère, ne serait-ce que par respect pour l’animal, que ces chiens de combat 2.0 sont le fruit de l’imagination de l’auteur…

Une fois de plus JOB nous livre un page-turner impossible à lâcher, une fois de plus on en prend plein la gueule et on en redemande.

L’ultime chapitre nous réserve quelques surprises en forme de clins d’œil et caméos, avec notamment une brève apparition de Lise Lartéguy. De là à penser que certains personnages pourraient être de retour dans un second opus, il n’y a qu’un pas. Si ça ne tenait qu’à moi je le franchirais volontiers (il y a matière à une suite), mais c’est bien entendu JOB qui aura le dernier mot sur ce point.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Laurent Obertone – Guérilla – Le Temps Des Barbares

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L. Obertone - Le Temps Des Barbares
Titre : Guérilla – Le Temps Des Barbares
Auteur : Laurent Obertone
Éditeur : Ring
Parution : 2019
Origine : France
427 pages

De quoi ça cause ?

Trois jours. C’est le temps qu’il aura fallu pour que la France sombre dans un chaos sans précédent. Plus d’État. Plus de règles. Désormais c’est chacun pour soi.

Alors que la plupart essayent tant bien que mal d’assurer leur survie, d’autres organisent la résistance face à la montée en puissance du Califat. Et pendant ce temps, dans les coulisses de ce qu’il reste du pouvoir, on échafaude des plans en vue de reprendre les choses en mains, mais surtout de sortir de la crise la tête haute.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé le premier tome (voir ma chronique).

Il me tardait de lire la suite, mais il m’a fallu patienter le temps de produire une version numérique du bouquin (cf aparté).

Ma Chronique

Comme vous le savez peut-être je pratique un boycott actif des éditeurs ne proposant pas d’offre numérique, tant pis si cela me fait passer à côté de titres susceptibles de me plaire (c’est notamment le cas des bouquins des éditions Ring et ceux de sa petite sœur Métropolis). C’est une question de principe, tu me snobes, je te snobe.

Et pourtant voilà que je propose une chronique d’un titre de Ring. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis me direz-vous. Sans doute, mais la vérité est un peu plus complexe que ça ; je vous expose le parcours du bouquin dans l’aparté qui suit ma chronique.

Et puisque je parle d’imbéciles (admirez la transition), je précise à toutes fins utiles que ce roman reste dans l’esprit du précédent et des divers essais de Laurent Obertone, il est donc fortement déconseillé aux bobos gauchos bien-pensants autoproclamés, adeptes du très-bien-vivre-ensemble mais paradoxalement hermétiques à tout propos contraire à leurs idéaux (qui a dit illusions ?).

Ce second tome fait suite directe au précédent et vous invite à suivre l’évolution (?) de la situation du quatrième au vingt-septième jour, vous plongeant au cœur d’un indicible chaos.

Âmes sensibles s’abstenir, Laurent Obertone ne nous épargne rien dans l’horreur et la dépravation du genre humain (exécutions, violences gratuites, viols, nécrophilie, cannibalisme…). La déshumanisation poussée à l’extrême !

On retrouvera avec plus ou moins de plaisir des personnages déjà croisés précédemment (le colonel et la fillette, Vincent Gite, Cédric et Alice, le Dr Cachet et la psy). Mais il faudra aussi compter sur des retrouvailles notoirement déplaisantes avec Aboubakar, Calife autoproclamé de Seine-Saint-Denis et ses hordes de fanatiques décérébrés.

Et bien entendu il faudra aussi compter sur de nouveaux venus, dont Victor Escard, représentant dans l’ombre (pour ne pas dire planqué) de l’autorité et du pouvoir. Un esprit aussi tordu que cynique qui planifie une sortie de crise tout à son honneur, tant pis si pour cela il faut faire durer le chaos et travestir honteusement la vérité.

Comme dans le premier opus les chapitres alternent entre les lieux et les personnages ce qui ne nous empêche pas de rapidement trouver nos marques. Dommage que dans la première partie l’auteur se soit laissé entraîner sur des sentiers de traverses qui n’apportent strictement rien à l’intrigue (je pense notamment aux chapitres consacrés à Raoul.le).

Le contraste entre les partisans du très-bien-vivre-ensemble et les événements en cours est encore plus saisissant que dans le premier tome.

Si le style ne brille pas forcément par sa richesse, au niveau de l’orthographe on a parfois l’impression que l’auteur a voulu placer des mots très recherchés pour donner plus de consistance à ses tournures de phrases… raté ! Ça sonne faux plus qu’autre chose.

Un exemple parmi d’autres : … comme les hyphes de cet inquiétant mycélium parti à l’assaut du monde.
Qui aurait pu donner un truc du genre : … comme les filaments d’un inquiétant lichen parti à l’assaut du monde.

Malgré quelques faiblesses, Laurent Obertone nous propose un thriller d’anticipation plutôt bien fichu. J’ai été (un peu) moins convaincu quant à la plausibilité des événements que ceux décrits dans le premier opus, mais au niveau de l’action et du rythme ça envoie du lourd. Si l’auteur devait écrire une suite (ce qui ne s’impose pas même s’il y a encore matière à un roman supplémentaire, mais avec une tout autre approche), je répondrai présent sans la moindre hésitation.

En lisant les divers retours sur ce roman, j’ai découvert que le propos de Laurent Obertone serait assez proche (dans sa thématique plus que dans son approche à proprement parler) d’un roman autoédité de Franck Poupart, Demain Les Barbares – Chroniques Du Grand Effondrement, il va falloir que je me penche sur la question, d’autant plus que ledit bouquin semble plutôt avoir été plutôt bien accueilli (4 étoiles chez Amazon, 3.8/5 chez Babelio)…

MON VERDICT

Aparté technique

À la base on m’a fourni un scan (version PDF) du bouquin, c’est ce document que j’ai converti au format doc (Word) afin de pouvoir le retoucher (suppression des n° de pages et des césures notamment). Et c’est à partir de ce fichier retouché que j’ai créé une version epub brute.

Restait l’étape la plus laborieuse du processus, la finalisation du fichier epub. J’aurais pu partir du scan pour corriger les inévitables coquilles OCR, rectifier les sauts de lignes intempestifs et appliquer les différents styles, mais c’eut été trop fastidieux. C’est pourquoi j’ai opté pour un passage en librairie et me suis offert le bouquin au format papier (mon premier achat papier depuis plus de deux ans). Et c’est à partir du bouquin que j’ai pu finaliser ma version numérique, et donc le lire à l’écran (PC et liseuse).

À vrai dire j’ai fait un peu plus que finaliser le fichier, j’en ai profité pour corriger certaines fautes d’orthographe oubliées par l’éditeur (tout en conservant les termes construits de toutes pièces par Laurent Obertone) et je me suis permis de retoucher (très légèrement) certaines maladresses syntaxiques (poudre à la place de neige, perso ça me pique les yeux, poudreuse eut été plus approprié).

En mon âme et conscience ça ne m’aurait pas dérangé de « travailler » uniquement à partir du scan, c’est d’abord par convenance personnelle que j’ai acheté le roman (et aussi parce que j’avais déjà le premier opus au format papier).

[BOUQUINS] Paul Cleave – Cauchemar

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P. Cleave - Cauchemar
Titre : Cauchemar
Auteur : Paul Cleave
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Nouvelle-Zélande
448 pages

De quoi ça cause ?

Acacia Pine, États-Unis. Une petite fille, Alyssa Stone a mystérieusement disparu. Noah, un des flics du village fait irruption chez le principal suspect. Envahi par la colère, il le séquestre et le torture jusqu’à ce que l’homme lui révèle le lieu où Alyssa est captive. Noah file alors vers une vieille maison abandonnée, la ferme des Kelly, où il la retrouve enchaînée dans la cave, encore en vie.

Fin de l’histoire ? Non, début de l’histoire. Dévoiler davantage la suite des événements serait criminel. Sachez seulement que ceux-ci se passent douze ans plus tard. Le jour où Alyssa est à nouveau portée disparue. Et que le cauchemar recommence.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est Paul Cleave. J’ai lu et apprécié un précédent roman de l’auteur, Un Père Idéal, il y a quelques années. Les aléas et le rythme de croissance de mon Stock à Lire Numérique ont fait que je n’ai pas eu l’occasion de me pencher sur ses titres suivants. Je profite de la sortie de Cauchemar, pour réparer cet impair.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Cauchemar est le premier roman de l’auteur dont l’action ne se déroule pas à Christchurch (Nouvelle-Zélande) mais à Acacia Pine, une petite ville fictive située aux Etats-Unis. Un changement de décor rendu obligatoire par la nature même de l’intrigue comme nous l’explique Paul Cleave dans ses remerciements.

Un thriller qui commence là où d’autres pourraient s’arrêter puisqu’il s’ouvre sur la libération d’une petite fille, Alyssa, 7 ans, victime d’un enlèvement. Plus exactement ladite libération intervient après un interrogatoire particulièrement musclé du suspect. Méthode qui vaudra au héros du jour, Noah Harper, de se faire bannir définitivement de la ville par le père de la victime, qui est aussi le shérif de la ville et le patron de Harper.

On retrouve Noah Harper douze années plus tard, co-patron d’un bar dans une grande ville où il vit seul avec son chat. Une vie sans histoires (ou presque) jusqu’à ce que son ex-femme, Maggie, l’appelle pour lui annoncer que Alyssa est portée disparue. Les choses sérieuses peuvent (re)commencer, ni une ni deux, Noah saute dans le premier vol pour Acacia Pine.

L’auteur opte pour un récit à la première personne, nous faisant vivre l’intrigue via Noah Harper. Le moins que l’on puisse dire est que ce brave Noah est d’un tempérament plutôt sanguin, la diplomatie et la psychologie ne sont pas franchement ses principaux points forts. Il n’en reste pas moins que Paul Cleave parvient à nous le rendre attachant et le petit côté rustique du personnage n’est pas étranger à cet élan empathique.

Paul Cleave nous livre une intrigue à l’image de son héros, on est clairement plongé dans le feu de l’action, tant et si bine qu’il nous est difficile de lâcher le bouquin une fois que celui-ci nous aura happé. Le rythme imposé d’entrée de jeu est soutenu et jamais il ne faiblira.

Beaucoup d’action et peu de psychologie ne signifie pas pour autant complètement bourrin. L’enquête que va mener Noah Harper, envers et contre tous (les autorités étant convaincues que Alyssa a quitté la ville de son plein gré), va s’avérer bien plus complexe qu’il n’y parait et nous réserver quelques revirements de situations et rebondissements totalement inattendus.

Tel un pitbull enragé Noah Harper ne lâchera pas le morceau et ira au bout de ses convictions, tant pis s’il doit en prendre plein la gueule au passage. Et d’ailleurs l’auteur ne se prive pas pour malmener son héros. Comme le chantait le regretté Johnny : Les coups / Quand ils vous arrivent / Oh oui, ça fait mal ! Mais après chaque dérouillée, sans pleurer Noah se relèvera et poursuivra sa quête de vérité et de justice.

Paul Cleave signe un page-turner bourré d’action d’une redoutable efficacité. Une intrigue totalement maîtrisée où rien n’est laissé au hasard. Si je voulais pinailler je pourrais souligner le manque de profondeur des personnages mais je suis convaincu que c’est là un choix délibéré de l’auteur.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Un(e)secte

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M. Chattam - Un(e)secte
Titre : Un(e)secte
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2019
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Atticus Gore, enquêteur au LAPD, est appelée sur une scène de crime qui défie l’entendement. Il ne reste de la victime que le squelette dans ses vêtements imbibés de sang et autres sucs organiques.

A New York, Kat Kordell, détective privé, enquête sur la disparition inexpliquée d’une jeune femme.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam, ce qui en soi constitue une raison suffisante.

Je comptais le commencer plus tôt mais il s’est fait griller la priorité par Didier Fossey et son roman Congés Mortels, puis par Laurent Obertone le temps de produire une version epub de son roman Guérilla – Le Temps Des Barbares (lecture et chronique suivront prochainement).

Ma Chronique

Il y a les auteurs qui préfèrent rester dans leur zone de confort et ceux qui n’hésitent pas en sortir pour s’essayer à un genre différent ; Maxime Chattam fait incontestablement partie de cette seconde catégorie, il l’a encore récemment prouvé avec son précédent roman, Le Signal. Parfois ça passe comme une lettre à la poste (son incursion en fantasy avec le cycle Autre-Monde en est la preuve), parfois ça coince un peu aux entournures (ce fut le cas avec Le Signal auquel il manque la griffe Chattam).

Avec ce nouveau roman l’auteur revient à ses premières amours en offrant un thriller pur et dur, maîtrisé de la première à la dernière page. Avec juste ce qu’il faut de fantastique (même si la base repose sur des recherches scientifiques concrètes on est, heureusement, encore loin d’avoir un tel degré de contrôle sur ces charmantes bestioles) pour donner encore plus d’épaisseur à son intrigue.

Pas besoin de sortir de Saint-Cyr ou Polytechnique pour comprendre que le titre joue sur l’ambiguïté entre les insectes (pour l’enquête d’Atticus Gore) et une secte (pour celle de Kat Kordell) ; le fil rouge reliant les deux enquêtes se mettra peu à peu en place (il se dévoilera progressivement au lecteur bien avant que nos deux enquêteurs ne se croisent).

Puisqu’on cause insectes j’ai crains un moment que Maxime Chattam nous rejoue le coup de l’araignée, une option habilement jouée dans le roman Maléfices, ultime opus de sa Trilogie du Mal. Rassurez-vous il n’en est rien, il est juste 100 fois plus vicieux et plus pervers avec cette intrigue ; rien qu’en lisant le bouquin vous aurez l’impression de sentir des bestioles courir sur vous… Si vous êtes sujet à l’entomophobie (peur des insectes), ce roman devrait vous faire connaître le grand frisson !

Atticus savait tout cela, que les trois quarts des animaux de notre planète étaient en réalité des insectes, une biomasse trois cents fois supérieure à celle de toute l’humanité, à laquelle il fallait encore ajouter tous les arachnides, souvent considérés à tort comme des insectes, et même les vers, les crustacés tels les cloportes et enfin les mille-pattes. Ils formaient la grande famille des « bestioles immondes et grouillantes », comme se la représentait le commun des mortels.

Comme à son habitude Maxime Chattam apporte beaucoup de soins à ses personnages. A commencer par son duo d’enquêteurs qui portent l’intrigue de la première à la dernière page.

Galanterie oblige je commencerai par Kat Kordell, une quadra qui vit avec son temps, s’entretient histoire de repousser les effets néfastes des années qui passent et refuse de s’engager dans une quelconque aventure sentimentale sérieuse. Mais aussi et surtout une détective privée tenace qui ne manque pas de flair quand il s’agit de suivre une piste.

Atticus Gore est quant à lui un détective du LAPD, inconditionnel de métal (je me suis noté d’ailleurs certains groupes que je ne connaissais pas, à écouter quand j ‘aurai envie ou besoin de me décrasser les tympans et me vider la tête). Passionné par les insectes (ça tombe plutôt bien). Homosexuel totalement assumé (pas évident dans son environnement professionnel) mais discret. Comme son homologue new-yorkaise (qu’il ne connaît pas pendant la majeure partie du roman), il prend soin de lui (aussi bien de son corps que de son apparence) et ne cherche pas de relation sérieuse.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste (j’ai eu un faible pour Sam Trappier même si généralement je me méfie des complotistes en tout genre). Même le méchant de service échappe aux clichés du genre, certes il ne manque pas de cynisme et a une haute opinion de lui-même, mais il y a plus que ça… vous allez adorer le détester !

Maxime Chattam a un incroyable talent quand il s’agit de nous immerger dans ses intrigues, tout particulièrement dans les lieux où elles se déroulent. Sans jamais avoir foutu les pieds aux Etats-Unis, en refermant ce bouquin j’ai une impression diffuse de connaître New York et Los Angeles (même les quartiers les moins recommandables me semblent familiers… ce qui ne signifie pas pour autant que j’ai envie d’aller y faire une promenade de santé). Il pousse le vice jusqu’à donner vie à une petite bourgade du Kansas qu’il a pourtant créée de toutes pièces.

Franchement cette cuvée 2019 de Chattam a tout d’un grand cru, j’ai beau me creuser le neurone je ne vois aucun reproche à lui adresser même s’il n’a pas non plus provoqué l’extase orgasmique en le lisant. Un thriller efficace qui joue avec nos peurs et joue aussi à nous faire peur (ce qui ne l’empêche pas d’aborder avec beaucoup de pertinence des sujets lourds, notamment quand il est question de l’avenir de la planète et du genre humain).

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Fabrice Papillon – Régression

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F. Papillon - Régression
Titre : Régression
Auteur : Fabrice Papillon
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Une scène de crime particulièrement sordide est découverte dans une crique de Bonifacio. L’enquête est naturellement confiée à la gendarmerie, c’est le lieutenant Vannina Aquaviva qui est désignée à la tête du groupe d’investigation.

À peine arrivée sur les lieux, Vannina apprend que la police a été co-saisie sur ordre du procureur. A son grand désarroi, elle va devoir faire équipe avec le commandant Marc Brunier, récemment muté (placardisé) en Corse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis passé à côté du précédent roman de Fabrice Papillon, Le Dernier Hyver, totalement rebuté par la couv’. Au vu des nombreuses critiques élogieuses que j’ai lues par la suite je me suis dit que j’étais sans doute passé à côté de quelque chose… pas question de rater le coche une seconde fois !

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si vous pensez avoir tout lu, tout vu en matière de thriller et que vous vous sentez blasé, je vous invite à vous plonger dans Régressions. Vous aurez entre les mains un roman qui ne ressemble à nul autre, un cocktail aussi efficace que détonnant entre thriller scientifique, thriller historique et thriller fantastique, le tout mâtiné d’une pointe de thriller psychologique.

Au vu du titre et la couverture je craignais une intrigue proche du roman Erectus de Xavier Müller, non que ce dernier m’ait déçu, bien au contraire, mais j’espérais vraiment une intrigue totalement nouvelle. Et j’ai été plus que servi, les deux romans sont totalement différents, tant par leur intrigue que par leur approche.

Si le personnage de Marc Brunier était déjà au centre du précédent roman de l’auteur, celui-ci peut parfaitement se lire indépendamment du Dernier Hyver. Sachez toutefois que si vous optez pour ce choix (qui a été le mien), vous aurez quelques spoilers majeurs quant au dénouement de l’intrigue du Dernier Hyver.

Dans le présent roman le personnage de Marc Brunier, bien qu’essentiel au déroulé de l’intrigue, est plutôt relégué au second plan au profit de Vannina Aquaviva (si, si vous avez bien lu, Vannina… comme la Vanina chantée par Dave, mais avec deux n), une jeune gendarme corse tout aussi tourmentée que son aîné… quoique… peut-être pas quand même !

Mais elle était seule, et ne pouvait compter que sur Brunier, ce qui achevait de la déprimer. Car ces deux-là formaient un duo improbable. Il était aussi grand qu’elle était petite. Il était flic, elle était gendarme. Il était continental, elle était corse. Il était un père déchiré par la mort de sa fille ; elle était une fille perdue en quête de l’image du père. Bien sûr, ils tentaient de surnager dans une affaire qui les dépassait tous les deux. Ils n’avaient d’autre choix que de se reposer l’un sur l’autre ; deux béquilles plantées dans des sables mouvants.

Une enquête conjointe menée à la fois par la police et la gendarmerie, avec toujours un zeste de méfiance (voire de défiance) de part et d’autre. Une enquête corse (impossible de ne pas placer ce clin d’œil à la BD de Pétillon, adaptée au cinéma par Alain Berbérian) qui va rapidement s’internationaliser avec l’apparition de nouvelles scènes de crimes…

L’auteur nous concocte une galerie de personnages particulièrement soignée, ne serait-ce qu’au travers du groupe d’enquête (gendarmes, policiers et consultants). Chaque personnage bénéficie d’une personnalité qui lui est propre.

Je reconnais avoir un faible pour le major Carlier, un gendarme que ses collègues surnomment affectueusement Pierre Richard. Personnellement j’aurai plutôt opté pour François Pignon, l’archétype du gaffeur, maladroit ou distrait (voire les trois à la fois), cher à Francis Veber (incarné notamment par Pierre Richard dans Les Compères et Les Fugitifs mais immortalisé par Jacques Villeret dans Le Dîner De Cons).

Le plus mystérieux restant incontestablement Laurent Marceau ou Zim (pour Zero Impact Man), un anthropologue qui semble en savoir bien plus qu’il ne veut bien le montrer.

Au fil des chapitres on replonge dans le passé de l’humanité, de – 36000 av. J.C. (au cas où il serait utile de le préciser il s’agit de Jésus Christ et non de Jacques Chirac) à 1975, l’occasion de croiser de nombreux personnages historiques, tels que Homère, Socrate, Jésus, Michel-Ange, Rabelais, Lamarck ou encore Himmler, et de les mettre en scène dans des situations fictives permettant de faire évoluer l’intrigue dans le sens voulu par Fabrice Papillon.

Un choix certes audacieux, mais totalement maîtrisé par l’auteur qui parvient à nous convaincre de la véracité des faits exposés (à condition bien sûr de vouloir se laisser convaincre… un esprit réfractaire et très bien documenté aurait sûrement maintes objections à opposer).

L’intrigue contemporaine, et donc l’enquête de police, se déroule dans un futur proche puisqu’elle débute en février 2020. Malgré une situation des plus improbables, l’auteur réussit à nous tenir en haleine avec une intrigue riche en rebondissements. Une fois encore le résultat est d’une redoutable efficacité, on a du mal à lâcher prise tant on veut connaître la suite.

Une intrigue fortement teintée d’écologie, mais au sens noble du terme, à l’opposé de sa forme pervertie par les affres de la politique et les ambitions personnelles des uns et des autres (sauf peut-être dans certains propos discutables tenus par Zim).

Nous, les hommes modernes, responsables de la destruction de quatre-vingts pour cent de la biodiversité, avons aussi exterminé les loups. L’homme a perdu la tête, il nuit à tout ce qui l’entoure. À tout ce qui vit, à toute la planète. Il faudra bien qu’il paie, un jour, vous ne croyez pas ?

Un (tout) petit bémol personnel concernant les (trop) nombreuses références à la foi chrétienne, pour l’indécrottable athée que je suis ça devenait parfois irritant. Heureusement une phrase prononcée par Nietzsche (dans le roman), vient contrebalancer le propos :

Jésus était l’homme le plus noble que la Terre eût jamais porté ! Il était aussi le seul vrai chrétien. Tous les autres n’ont fait que dénaturer son message. Les Évangiles sont une falsification de sa parole ! Le christianisme n’est qu’une énorme mystification, un mensonge éhonté !

Je pourrai aussi citer Zim à propos des rituels druidiques qui sont toujours célébrés à Stonehenge :

Il n’y a pas que des prêtres, des rabbins ou des imams sur Terre. Chacun ses croyances. Les religions monothéistes n’ont pas tout balayé. Par exemple, il existe encore des chamanes, un peu partout.

J’ai été touché par le discret et émouvant hommage rendu à Arnaud Beltrame, le lieutenant-colonel de la gendarmerie qui, en mars 2018, s’est substitué à une otage avant d’être lâchement assassiné par un terroriste (qui ne mérite même pas d’être nommé) se réclamant de l’État Islamiste.

Un roman passionnant et palpitant de bout en bout et, cerise sur le gâteau, très bien écrit. Fabrice Papillon a su tirer le meilleur de l’impressionnant travail de recherche et de documentation auquel il a dû se livrer pour nous offrir un roman unique en son genre. Pour vous dire, j’ai même trouvé les démonstrations scientifiques intéressantes alors que généralement c’est le genre de truc qui me fait bailler d’ennui.

Cinq étoiles amplement méritées, mais pas de bonus (coup de cœur ou coup de poing), je ne peux définitivement pas adhérer à l’idée d’une race d’or qui viendrait faire un grand nettoyage par le vide afin de repartir sur des bases plus saines (c’est nauséabond comme propos, même si la race de fer visée mériterait amplement de se faire éradiquer). Je tiens à préciser qu’en aucun cas je n’accuse Fabrice Papillon de véhiculer ce genre d’idée, son roman reste une oeuvre de fiction (et une fiction foutrement bien menée qui plus est).

Qui plus est je vous avouerai que me raser tous les deux jours est déjà une corvée pour moi, je me vois mal évoluer (régresser ?) en clone de Chewbacca ! Non merci.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alan Glynn – L’Expérience

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A. Glynn - L'Expérience
Titre : L’Expérience
Auteur : Alan Glynn
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Irlande (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Dans les années 50 Ned Sweeney teste, à l’insu de son plein gré, une drogue qui démultiplie sa perception et ses capacités intellectuelles. De nouveaux horizons s’ouvrent à lui, mais quel sera le prix à payer pour y goûter ?

De nos jours, Ray Sweeney ne sait quasiment rien de son grand-père, sauf que celui-ci s’est suicidé dans les années 50. Quand il rencontre Clay Proctor, ancien agent de la CIA et ancien conseiller de Richard Nixon, ce dernier lui annonce quasiment de but en blanc que Ned Sweeney ne s’est pas suicidé

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au risque de me répéter, parce que c’est Sonatine, une maison d’édition qui ne m’a jamais déçu.

Parce que le pitch m’a rappelé le film Limitless avec Bradley Cooper et Robert De Niro.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

En découvrant la quatrième de couv’ j’ai tout de suite fait le rapprochement avec le film Limitless réalisé par Neil Burger et sorti en 2011 ; rien d’étonnant à cela puisque j’ai rapidement découvert le film était adapté du roman Champs De Ténèbres signé… Alan Glynn (son premier roman, publié en 2001 et traduit en 2004). L’Expérience peut donc s’envisager à la fois un prequel et une suite de celui-ci, même s’il peut parfaitement être lu indépendamment du précédent.

Alan Glynn serait-il adepte de private joke ? En effet dans ce bouquin il s’autorise une allusion discrète au film Limitless : « La plupart prétendaient être la « vraie » version d’une drogue cognitive fictive qui était apparue dans un film récent. »

Dans la même veine, un des personnages que rencontre Ray dans le cadre de son enquête sur le MDT-48 mentionne le cas Eddie Spinola, qui n’est autre que le héros du roman Champs De Ténèbres et donc du film Limitless.

Les chapitres alternent entre les deux arcs narratifs élaborés par l’auteur. Un bond dans le passé pour retrouver Ned Sweeney dans les années 50, alors qu’il expérimente les effets du MDT-48, cobaye malgré lui dans un premier temps, puis de son propre chef par la suite. Et retour de nos jours alors que Ray Sweeney enquête afin de découvrir la vérité sur ce qui est réellement arrivé à son grand-père.

Deux intrigues pour le prix d’une ! Et deux styles narratifs différents, l’enquête de Ray étant rédigée à la première personne (c’est lui qui relate les faits) alors que le parcours de Ned est écrit à la troisième personne.

Deux histoires indépendantes, mais inévitablement liées entre elles. Alan Glynn mène sa barque (ou peut-être devrai-je dire ses barques) avec une redoutable efficacité et un sens du rythme qui ne fera jamais défaut et ce quelle que soit l’intrigue en cours (j’avoue toutefois avoir eu une légère préférence pour les chapitres consacrés à Ned, même si l’enquête de Ray demeure passionnante).

Succombez à la tentation de cette expérience, vous ne le regretterez pas ! Bien malin celui qui peut affirmer en toute bonne foi que si une drogue comme cette fameuse MDT-48 existait, il ne se laisserait pas tenter par l’expérience ? Pour ma part je signe tout de suite pour un abonnement à vie !

Une belle découverte ce roman, dommage que Champs De Ténèbres ne soit pas dispo en numérique, ça m’a donné envie de prolonger l’expérience… Je peux toujours me consoler en revisionnant Limitless.

Pour l’anecdote le programme MK-Ultra de la CIA n’est malheureusement pas une invention d’Alan Glynn, l’Agence a bel et bien cherché à développer diverses techniques de manipulation mentale, notamment par le biais de substances chimiques. Des expérimentations (impliquant l’usage de LSD) ont même été réalisées sur des sujets à leur insu, et/ou dans des conditions plus que déontologiquement et humainement discutables.

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Lagercrantz – La Fille Qui Devait Mourir

AU MENU DU JOUR

D. Lagercrantz - La fille qui devait mourir
Titre : La Fille Qui Devait Mourir
Série : Millénium – Livre 6
Auteur : David Lagercrantz
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2019
Origine : Suède
320 pages

De quoi ça cause ?

Lisbeth Salander poursuit sa quête de vengeance contre sa sœur, Camilla, mais cette dernière bénéficie de puissants soutiens dans le milieu du crime organisé russe.

Mikael Blomkvist va être emmené à se pencher sur le cas d’un SDF retrouvé mort, la victime avait en effet le numéro de téléphone de Mikael dans une de ses poches ; mais aucun autre indice permettant de l’identifier, sinon un corps profondément marqué par les épreuves.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il s’agit de l’ultime volet de la trilogie Millénium reprise par David Lagercrantz ; et donc sans doute des ultimes aventures de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander.

Ma Chronique

Reprendre le flambeau de la saga Millénium après Stieg Larsson était un pari plutôt osé, voire même franchement casse-gueule. Au final David Lagercrantz tire plutôt bien son épingle du jeu en s’appropriant les personnages et en imposant d’entrée de jeu sa griffe plutôt que de chercher à faire un copier-coller du style de Stieg Larsson.

Incontestablement le style de David Lagercrantz est beaucoup plus direct que celui de Stieg Larsson, de fait l’écriture perd une partie de son charme, en contrepartie le lecteur pourra se consoler par un rythme plus soutenu.

Comme depuis les débuts de la saga, les thèmes abordés collent à l’actualité du moment (avec notamment les fameuses usines à trolls russes), force est toutefois de reconnaître qu’ils sont traités de façons plus superficielles qu’à l’accoutumée ; à croire que l’auteur a voulu tout miser sur son intrigue pour clore sa trilogie.

Une intrigue qui se jouera sur deux tableaux, avec d’un côté Lisbeth qui prépare son ultime confrontation avec sa sœur et ses sbires, et de l’autre Mikael qui cherche à percer les secrets d’un SDF retrouvé mort. Deux arcs narratifs distincts qui n’empêcheront pas Lisbeth et Mikael de se croiser… pas toujours dans les meilleures conditions !

Si la partie de l’intrigue autour de Lisbeth est de loin la plus mouvementée, ce n’est pas pour autant la plus captivante. J’ai trouvé l’enquête et l’intrigue autour du SDF décédé était travaillée beaucoup plus en profondeur ; d’autant que ses implications s’avéreront bien plus complexes que Mikael pouvait le supposer.

À vrai dire j’ai parfois eu l’impression que Lisbeth tenait plus du Terminator indestructible que de l’être humain (surtout dans la phase finale de l’affrontement avec sa sœur). Ce côté un tantinet too much m’a davantage amusé que réellement dérangé.

Outre Lisbeth et Mikael, les habitués de la saga retrouveront avec plaisir un bon nombre de personnages déjà croisés dans les précédents romans, qu’il s’agisse de la trilogie de Stieg Larsson ou de celle de David Lagercrantz. Bien entendu le présent roman nous offre aussi son lot de nouveaux personnages, plus ou moins impliqués dans le déroulé des événements.

Si cet ultime opus est incontestablement efficace, un peu plus d’éclat eut été le bienvenu afin de nous offrir un bouquet final en apothéose. Ce qui ne m’a nullement empêché de le dévorer en deux petites journées.

Je conçois volontiers que les inconditionnels de Stieg Larsson puissent voir d’un mauvais œil le fait que David Lagercrantz ait repris le flambeau Millénium, pour ma part, et loin de toute polémique stérile autour des droits des uns et des autres, je pense que cette trilogie a le mérite de boucler la boucle.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Dominique Forma – Coups De Vieux

AU MENU DU JOUR

D. Forma - Coups De Vieux

Titre : Coups De Vieux
Auteur : Dominique Forma
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

André Milke et Clovis Martinez ont tous les deux la soixantaine bien tassée et de fortes personnalités, mais c’est bien tout ce qu’ils partagent. Le premier est un ancien gros bras de la Gauche prolétarienne alors que le second est un ex membre de l’OAS qui a activement combattu pour l’Algérie Française. Entre le gaucho et le facho ce n’est pas vraiment le grand amour.

Au cours d’une balade nocturne (en tenue d’Adam) sur les plages naturistes du Cap d’Agde, André tombe sur le corps sans vie de Emma Paretto, la fiancée de son ami Luc Dallier. Quand il réalise que l’enquête de police s’enlise et qu’il ferait un parfait suspect, contre toute attente c’est à Clovis qu’il demande de l’aide…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu et très souvent agréablement surpris.

L’idée de voir enquêter ces deux vieux réacs que tout semble opposer a sérieusement titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire de ce roman policier est qu’il ne ressemble à nul autre, ne serait-ce que pour cette originalité il a toute légitimité à figurer au répertoire de La Bête Noire. Il faut bien reconnaître toutefois que si vous cherchez un thriller qui vous mette les nerfs à rude épreuve le bouquin de Dominique Forma n’est pas vraiment le choix idéal.

Si dans l’ensemble l’intrigue tient plutôt bien la route, et pourrait même vous réserver quelques surprises, il ne faut s’attendre à de brusques montée d’adrénaline. A l’image de l’improbable duo qui porte le bouquin, on est davantage en mode diesel qu’en turbo… Il faut dire que André et Clovis doivent composer avec les petits tracas liés à leur âge (réflexes élimés, arthrose…) ; dans de telles conditions, il vaut mieux ménager la mécanique afin d’éviter toute mauvaise surprise.

Clairement le roman est porté par ce duo atypique d’enquêteurs presque septuagénaires, si l’esprit est encore vif, il en va autrement pour le corps… comme ils pourront s’en rendre compte à plusieurs reprises au cours de leur enquête.

C’est surtout leur antagonisme quasi permanent qui donne toute sa saveur au récit. Deux vieux réacs aux idéologies radicalement opposées. Mais cela ne les empêche toutefois pas de s’apprécier… avec modération ! Même s’ils préféreraient sans doute mourir dans les plus atroces souffrances que de reconnaître un semblant d’affection l’un pour l’autre.

Une enquête que les amènera à côtoyer des individus plus ou moins fréquentables et à se perdre dans les méandres d’un complexe montage immobilier et financier permettant de blanchir l’argent sale d’un caïd du milieu… mais là encore ces questions ne sont abordées qu’en surface.

La touche de charme est apportée par le personnage d’Alexe, la jeune et très délurée voisine de Clovis qui affiche ouvertement une sexualité libérée et sans tabous, profitant de l’été pour s’envoyer en l’air dans les dunes.

Dominique Forma semble s’être beaucoup amusé à écrire ce roman et parvient à nous communiquer cette bonne humeur, grâce notamment à un style épuré et direct. On en arrive à apprécier la compagnie de ces deux vieux grincheux qui passent leur temps à se chamailler (à l’image des deux vieux du Muppets Show… une comparaison qui ne parlera sans doute qu’aux vieux de la vieille).

Une lecture sympathique qui ne se prend pas au sérieux mais qui assure pleinement par son côté divertissant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Royer – Lésions Intimes

AU MENU DU JOUR

C. Royer - Lésions Intimes
Titre : Lésions Intimes
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
393 pages

De quoi ça cause ?

Nathalie Lesage est capitaine à la Brigade de Répression du Proxénétisme (BRP) au fameux 36 Quai des Orfèvres. Elle et son équipe vont tout mettre en oeuvre pour démanteler l’organisation criminelle Gorgona qui a monté un important réseau de prostitution et autres déviances et perversions sexuelles…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Joël des éditions Taurnada m’a gentiment proposé de découvrir en avant-première (parution le 12 septembre) leur nouveau bébé ; c’est tout naturellement que j’ai accepté.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Joël pour sa confiance renouvelée.

Une fois de plus les éditions Taurnada frappent fort et juste avec un thriller original, totalement maîtrisé et addictif au possible. La richesse et la qualité de leur catalogue n’en finissent pas de me surprendre.

Une fois de plus un thriller porté par une héroïne doté d’une forte personnalité. Nathalie Lesage a effectivement un caractère bien trempé, parfois même un tantinet impulsif. Outre son enquête visant à démanteler Gorgona, elle va aussi devoir comprendre le pourquoi du comment d’une voix qui lui parle dans sa tête. Oui, vous avez bien lu, notre héroïne entend une voix (qui s’appelle Stephy… pas Jésus, c’était déjà pris) et pourtant elle est loin d’être folle à lier…

Pour ma part j’avais deviné quasiment d’entrée de jeu la raison d’être de cette voix ; restait à savoir ce qui se cachait exactement derrière. On pouvait légitimement s’attendre à quelque chose de bien glauque et on va être servi en la matière.

Il faut dire que Christophe Royer s’attaque à du lourd en se penchant sur le large éventail de perversions sexuelles qu’une organisation criminelle pourrait mettre à profit pour s’enrichir. Et il ne ménage pas ses lecteurs ! Âmes sensibles s’abstenir, âmes prudes prendre vos jambes à votre cou !

J’ai eu de sérieux soupçons sur l’identité du cadre de Gorgona que Nathalie et son équipe traque avant que l’auteur ne lève le voile sur ce mystère. Et du coup le lien entre Gorgona et Stephy s’est précisé au fur et à mesure que mon soupçon se confirmait.

Même si les différentes pièces du puzzle s’agençaient dans ma caboche avant que Nathalie ne fasse l’amalgame des indices en sa possession, j’ai pris énormément de plaisir à suivre cette enquête, et il me restait tout de même certaines zones d’ombre à éclaircir.

Au niveau de l’équipe de flics, j’ai beaucoup aimé le personnage du brigadier-chef Félix Lopin, qui ne manquera pas une occasion de couvrir sa capitaine préférée. Et comme le reste de la brigade, j’ai trouvé que le lieutenant Stocovitch était un subtil mélange entre un trou du cul et une tête à claques.

Pour une première incursion dans le thriller, Christophe Royer sort honorablement son épingle du jeu. J’ai d’ailleurs été agréablement surpris, à la lecture des remerciements, de découvrir que l’auteur nous donne rendez-vous « très bientôt » pour une nouvelle aventure en compagnie de Nathalie. Nul doute que je serai au rendez-vous.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jo Nesbo – Le Couteau

AU MENU DU JOUR

J. Nesbo - Le Couteau
Titre : Le Couteau
Série : Harry Hole – T12
Auteur : Jo Nesbo
Éditeur : Gallimard
Parution : 2019
Origine : Norvège (2019)
608 pages

De quoi ça cause ?

Harry Hole n’est plus que l’ombre de lui même depuis que Rakel l’a quitté. Et comme toujours dans ces moments-là, c’est dans l’alcool qu’il trouve refuge.

Se croyant déjà au plus bas, Harry va découvrir, de la cruelle des manières, que l’on a toujours quelque chose à perdre, même quand on croit avoir déjà tout perdu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’te question ! C’est Jo Nesbo, mais aussi et surtout c’est le grand retour de Harry Hole. What else ?

Ma Chronique

Jo, mon petit Jo, pourquoi tant de haine ? Pourquoi un tel acharnement contre Harry ? OK, je reconnais que c’est quand il est au plus bas que Harry s’avère le plus efficace et le plus convaincant. Mais merde, là tu pousses le bouchon un peu loin ! Tu n’avais pas le droit de lui faire ça ; pas à lui… pas à elle ! Putain, Jo, tu déconnes.

À en croire la sagesse populaire « Qui aime bien, châtie bien« , si tel est le cas alors Jo Nesbo doit vraiment être raide dingue de son flic fétiche : Harry Hole. Ceux et celles qui se sont déjà frottés à la série savent que l’auteur prend un malin plaisir à malmener son personnage ; mais jamais il n’avait été aussi loin dans les tourments qu’il lui inflige. Mon entrée en la matière résume à la perfection ce que j’ai ressenti en découvrant la scène de crime…

Même si Harry est anéanti par cet ultime outrage, il pourrait faire sienne la devise de la ville de Paris : « Fluctuat nec mergitur » (il est battu par les flots, mais ne sombre pas) ; et ce n’est certainement pas une suspension qui l’empêchera de mener sa propre enquête afin de découvrir la vérité.

Avec les moyens du bord et le soutien de quelques précieux amis, Harry va mener une enquête de façon plus ou moins empirique. Suivant la piste qui se présente à lui jusqu’à ce qu’elle ait délivré tous ses secrets, puis recommençant ses investigations à zéro à partir d’une nouvelle piste. Plus les pistes suivies n’aboutissent à rien, plus une vérité encore plus indicible que tout ce qu’il aurait pu imaginer va se dessiner.

Les habitués retrouveront avec plaisir des personnages déjà croisés dans les précédents romans de la série, mais il faudra aussi compter avec les nouveaux venus, dont certains joueront un rôle déterminant dans le déroulé de l’intrigue.

Si l’intrigue ne brille pas vraiment par son originalité, elle n’en reste pas moins totalement maîtrisée et devrait surprendre même les lecteurs les plus perspicaces (à ce titre l’ultime revirement de situation, à savoir l’identification du (ou de la) coupable, m’a laissé sur le cul ; je n’avais rien vu venir).

Ça fait bien longtemps que Jo Nesbo n’a plus rien à prouver pour mériter sa place au panthéon des auteurs de polars nordiques, et même de polars tout simplement. Il sait y faire pour rendre son intrigue addictive et monter crescendo en puissance.

Ce douzième roman de la série fait honneur à ses prédécesseurs, c’est vraiment une réussite à tout point de vue. Je reconnais volontiers qu’étant totalement accro au personnage de Harry Hole, je ne suis peut-être pas totalement objectif sur le sujet. Il parait que l’amour rend aveugle, c’est peut-être ce qui explique que je n’aie relevé aucune ombre au tableau.

Et maintenant ? Le lecteur est en droit de se poser la question en refermant le bouquin. On quitte Harry Hole face à plusieurs options quant à son avenir ; un avenir qu’il jouera sur un coup de dé, mais dont on ne connaîtra pas l’issue… Personnellement j’ai ma préférence, mais, quel que soit le choix que fera Harry j’espère qu’on le retrouvera dans d’autres aventures.

MON VERDICT

Coup double