[BOUQUINS] Fabrice Rose – Tel Père, Telle Fille

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F. Rose - Tel père, telle fille
Titre : Tel Père, Telle Fille
Auteur : Fabrice Rose
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Alex mène une vie de bohème sans histoires. Son plus grand regret, son père, Marc, qui a toujours privilégié sa vie de braqueur plutôt que sa famille. Un père qui alterne entre les peines de prison et les périodes de cavales. Un père qui vient justement, une fois de plus, de fausser compagnie à ses geôliers.

Quand Marc apprend que sa fille est menacée par des racketteurs islamistes, il décide tout mettre en œuvre pour la protéger. Et tant qu’à faire – autant joindre l’utile à l’agréable – pourquoi ne pas en profiter pour organiser un nouveau braquage ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont riche qui recèle de quelques pépites du genre.

Le bandeau, signé Olivier Marchal, nous promet une « plongée dans les ténèbres » ; ça ne se refuse pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je connais et apprécie tout particulièrement les polars et thrillers écrits par des auteurs qui appartiennent ou ont appartenu au monde de la justice (qu’il s’agisse de la police ou de l’administration pénitentiaire), tout simplement parce qu’il se dégage de ces romans un parfum d’authenticité inimitable. Avec Fabrice Rose, je découvre un auteur qui a longtemps fricoté avec l’autre côté de la barrière, un braqueur qui a connu la prison, reconverti pour voir sa fille grandir.

J’avoue que je ne sais pas vraiment comment aborder cette chronique, si j’ai indéniablement pris mon pied avec ce bouquin, je n’ai à aucun moment réussi à prendre son intrigue au sérieux. De nombreux éléments m’ont paru tellement caricatural que j’avais parfois l’impression de lire un thriller parodique… mais, et je le répète, je me suis éclaté avec ce roman.

D’un côté on a les voyous sympas (dans le sens où ils n’ont jamais recours à la violence gratuite, ni contre la police, ni contre leurs victimes), et force est de reconnaître que la fine équipe ne peut qu’attirer la sympathie du lecteur.

En face d’eux une bande d’islamistes tellement décérébrés qu’ils en deviennent risibles (ce qui n’exclut pas la violence gratuite et les actes de barbarie). Dans le coin droit un émir autoproclamé qui ne pense qu’avec sa bite et son bide, radicalisé de façade mais dans la pratique, pas plus musulman que moi. Dans le coin gauche, ses sbires, et tout particulièrement Tariq, radicalisés à l’extrême, encéphalogramme plat, les plombs ont sautés et fondus depuis bien longtemps.

Manichéen ? Vous avez dit manichéen ? Juste un tout petit peu… beaucoup !

Prise entre deux feu, Alex, jeune fille un tantinet bohème qui a eu la malchance de s’enticher d’un type qui a le QI d’une huître confite… mais bon elle l’aiiiimeuh, elle l’aimait et elle l’aimera (merci Francis… enfin presque). Il est coutume de dire jusqu’à ce que la mort vous sépare, mais avec Alex l’amour (qui frôle parfois l’idolâtrie niaise) se poursuit post-mortem.

Puis il y a la police (voire les polices), qu’il s’agisse de la brigade criminelle ou de l’antiterrorisme tous ont pour point commun d’être complètement dépassé par les événements.

Le déroulé de l’intrigue est à l’image de ses acteurs, ça dépote bien mais c’est tellement poussé à l’extrême que ça sent à plein nez la grosse farce potiche (même dans les moments les plus dramatiques).

Je suppose que tout cet aspect second degré n’est pas vraiment volontaire, mais pour ma part c’est ce qui sauve le bouquin d’une critique assassine. Peut-être me suis-je régalé à l’insu de son plein gré, mais l’essentiel reste que je me sois régalé.

Bon point pour le ton général de Fabrice Rose, j’ai bien aimé son style proche du langage parlé qui lui (ou à ses personnages en tout cas) autorise des prises de position tranchées et sans emphase.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Tito Desforges – La Machine À Brouillard

AU MENU DU JOUR

T. Desforges - La machine à brouillard

Titre : La Machine À Brouillard
Auteur : Tito Desforges
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
217 pages

De quoi ça cause ?

Alors que Mac Murphy et fille, Louise, s’offrent une virée dans le bush australien, ils font un stop à Grosvernor-Mine, un patelin paumé au milieu de nulle part.

Le père et la fille s’installent à u ne table de l’unique restaurant du bled. Mac Murphy passe la commande avant de s’éclipser le temps d’un rapide brin de toilette. À son retour, Louise a disparu. Persuadé qu’elle a été kidnappée, Mac Murphy va tout mettre en œuvre pour la retrouver, quitte à se battre seul contre tous…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que Joël m’a aimablement proposé de découvrir ce titre.

Le fait que l’histoire se déroule en Australie est pour moi un plus indéniable.

Ma Chronique

Merci aux éditions Taurnada et tout particulièrement à Joël pour l’envoi de ce roman.

Malgré une quatrième de couv’ alléchante et une intrigue qui se déroule en Australie, mon premier réflexe a été plus que mitigé, genre : « Oh putain non, pas ça ! Pas encore un barjot vétéran du Vietnam… j’ai eu ma dose. ». Ceux qui me suivent auront compris que je fais allusion au roman Je Suis Le Fleuve de T.E. Grau.

Ici la narration est beaucoup plus brute de décoffrage puisque c’est Mac Murphy (et son esprit un tantinet instable) nous livre sa version des faits. Un témoignage parfois décousu, pour ne pas dire embrouillé.

Tito Desforges adapte son écriture à son héros, peu (voire pas) d’effets de style. Au fur et à mesure que l’esprit de Mac Murphy pédale dans la semoule, les mots s’emmêlent, les répétitions s’enchaînent, la ponctuation disparaît. On est en totale immersion dans la peau du personnage, on s’enlise avec lui avant de refaire surface.

Ce n’est pas la narration débridée de Mac Murphy qui a fait que je n’ai pas réussi à adhérer au personnage, cela tient davantage aux incohérences qui m’ont sauté aux yeux dès les premiers chapitres. Le gars s’est engagé pour le Vietnam en 1974, il avait alors 16 ans ; un rapide calcul mental permet donc d’en déduire qu’il est né en 1958. L’action contemporaine se déroule en 2019, il a donc 61 ans. Sa fille, Louise, a 13 ans ce qui voudrait dire qu’il a été père a 48 ans… pas impossible en soi, sauf que ça ne colle pas avec d’autres éléments du récit.

Le roman alterne entre les entretiens de Mac Murphy avec le Dr Zimmers, le médecin en charge du bonhomme au Centre de [Confidentiel Défense], et le témoignage que le patient met (tant bien que mal) par écrit. On sent bien que le toubib essaye, avec beaucoup de précaution et de doigté, de mettre Mac Murphy face à ses contradictions et incohérences.

Le bouquin est court et se lit quasiment d’une traite, parce que même sans adhérer complètement on a envie de connaître le fin de l’histoire.

J’étais en effet curieux de savoir jusqu’où pouvait aller la confusion et les amalgames entre le témoignage de Mac Murphy et sa situation réelle. À ce titre je tire mon chapeau à Tito Desforges pour son explication finale, non seulement je l’ai trouvée plus que convaincante, mais en plus j’ai été complètement bluffé.

Malgré tout, une fois n’est pas coutume (c’est même une première venant d’un titre des éditions Taurnada), la sauce n’a jamais réellement pris. Malgré d’indéniables qualités, il m’a manqué, du début à la fin, un petit quelque chose qui aurait servi de liant à l’ensemble de l’intrigue.

Petite précision de la part d’un amateur de bourbon et occasionnellement d’un buveur de whisky. En aucun cas un bourbon ne peut être qualifié de « pur malt », pour la simple et bonne raison qu’un bourbon, pour mériter cette appellation, doit être à base de céréales composées d’au moins 51% de maïs.
L’appellation « pur malt » (single malt en anglais) est réservée aux whiskies dont la base est uniquement de l’orge maltée. Les whiskies à base d’orge maltée mélangée à d’autres céréales sont quant à eux des blended whiskies (blend pour les amateurs). Et ceux à base de céréales non maltées (maïs, seigle ou blé) sont des grain whiskies.
Tout ça pour dire que le Four Roses et bel et bien un bourbon, donc quand Mac Murphy en prend une lampée, il ne peut en aucun cas s’envoyer un pur malt. CQFD.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roy Braverman – Freeman

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R. Braverman - Freeman

Titre : Freeman
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
520 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’un ouragan balaie Patterson, un patelin de Louisiane, un homme cagoulé s’introduit au domicile de Sobchak, le redoutable parrain du crime organisé local, et lui dérobe deux millions de dollars en cash.

Dans le même temps Freeman reçoit un joli pactole de la part de Mardiros, un collecteur de dettes missionné par Hunter pour lui remettre l’argent.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman qui perpétue l’aventure US entamée avec Hunter et poursuivie avec Crow. Deux titres avec lesquels j’avais pris un pied d’enfer, j’espérais qu’il en serait de même avec ce nouvel opus.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance. Même si la présente chronique a bien failli ne pas voir le jour.

En effet sur Net Galley le bouquin était initialement proposé au format PDF ; comme c’était le cinquième titre consécutif que je recevais sous cette forme antédiluvienne, j’avais purement et simplement décidé de faire l’impasse sur sa lecture plutôt que de galérer à la réalisation d’un epub maison.

Quelques semaines plus tard le bouquin était disponible au format epub, il a ainsi pu rejoindre la (longue) file d’attente des titres en stand-by. Mon emploi du temps personnel et ma volonté d’alterner entre SP et autres romans ont fait que je n’ai pas eu le temps de me pencher sur le cas Freeman plus tôt (et encore, j’ai pris sur moi pour que Stephen King ne lui grille pas la priorité).

Le personnage de Freeman n’est pas inconnu des lecteurs de Roy Braverman, on le croise en effet dans Hunter, il est le père d’une des victimes présumées de Hunter et traque le fugitif pour lui faire avouer ce qu’il a fait de Louise, sa fille.

Les lecteurs retrouveront avec plaisir l’inénarrable Mardiros, déjà croisé dans Crow, collecteur de dettes (ne dites pas chasseur de primes, ça le vexe) arménien à la langue bien pendue, et toujours prompt à surprendre ses interlocuteurs (et accessoirement le lecteur).

Pour le reste changement de climat, après les tempêtes de neige du grand nord américain, l’intrigue pose ses valises en Louisiane, avec ses airs de jazz et ses cyclones dévastateurs. Une fois de plus la nature fait quasiment office de personnage à part entière dans le roman, avec sa faune pas toujours sympathique (le bayou est en effet un terrain propice aux alligators… n’est-ce pas Tyson ?).

Cette fois, outre la nature sauvage, Roy Braverman donne littéralement vie à La Nouvelle-Orléans, mais pas celle des guides touristiques, c’est plutôt les nombreux côtés obscurs de la ville qui l’inspirent.

Contrairement aux deux précédents romans, l’intrigue de celui-ci ne tourne pas autour d’un personnage unique. On pourrait même dire que Freeman n’est qu’un acteur parmi d’autres qui gravitent autour du vol du fric de Sobchak. Même ce braquage audacieux n’est en quelque sorte que la partie visible de l’iceberg.

Outre Freeman, Louise et Mardiros que nous connaissons déjà, deux enquêteurs, partenaires sans être amis, vont jouer un rôle déterminant dans le déroulé de l’intrigue. Deux flics que tout oppose à part le fait que chacun se bat pour une cause qui lui est chère. Beauregard s’est juré de se consacrer en priorité sur les dernières semaines de sa femme qui se meurt d’un cancer en phase terminale. Howard passe ses nuits à chercher des pistes qui pourraient expliquer la disparition de son jeune frère, un an plus tôt.

Autant j’ai trouvé Beauregard sympathique, autant Howard m’est souvent apparu comme un sinistre connard qui ferait mieux de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de l’ouvrir.

Il serait injuste de ne pas mentionner Sobchak, celui qui règne sur le crime organisé en Louisiane et ailleurs, un peu (beaucoup) vénèr de s’être fait piquer deux patates alors que se jouait une importante transaction avec un cartel colombien. Si vous êtes amateur de cocktails (ce qui n’est pas mon cas), vous aurez en bonus le droit à de nombreuses recettes fort bien documentée par Sobchak himself, expert autoproclamé en mixologie (terme qui désigne l’art de préparer des cocktails).

Bien d’autres personnages gravitent autour de ce petit monde, il serait trop long et un tantinet divulgâchant (berk, je déteste ce mot) de vous dresser une bio (avec la nécro en bonus pour certains) exhaustive de chacun.

L’intrigue est riche en rebondissements en tout genre, mais là encore le traitement est très différent de celui de Hunter et Crow. Les deux premiers opus jouaient la carte d’une hyper violence parfaitement  décomplexée et assumée, celui opte pour une approche plus mature et surtout plus humaine de l’intrigue. Ce qui n’exclut pas certaines morts violentes et sanguinolentes…

Ces approches différentes ont été un peu déconcertantes dans un premier temps, me laissant l’impression de lire un roman totalement détaché des deux précédents, mais c’était sans compter sur le talent (et le style narratif très visuel) de Roy Braverman qui balayera bien vite cette impression et saura rapidement vous convaincre que sa façon de traiter le récit est la bonne… voire même la meilleure !

Si ce troisième tome vient clore sa trilogie américaine, j’espère que Patrick Manoukian (aka Ian Manook) ne remisera pas totalement son pseudonyme version US et ses personnages ; certains semblent avoir encore beaucoup de choses à raconter…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – Que Tombe Le Silence

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C. Guillaumot - Que tombe le silence
Titre : Que Tombe Le Silence
Série : Le Kanak – Tome 3
Auteur : Christophe Guillaumot
Editeur : Liana Levi
Parution : 2020
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

Renato Donatelli, le Kanak, est désormais seul à la section courses et jeux du SRPJ de Toulouse. Ses deux collègues, recrutés le temps d’une enquête sont partis voguer sous d’autres cieux, et Jérôme ‘Six’ Cussac envisage sérieusement de quitter la police afin de couler le parfait amour avec sa compagne, May.

Tout bascule lorsque Six est arrêté par l’IGPN qui le soupçonne d’être mêlé à l’exécution d’un caïd du milieu. Le Kanak va tout mettre en branle, au mépris de la hiérarchie et des procédures, pour tirer son ami de ce mauvais pas…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’occasion de retrouver le Kanak pour une troisième enquête. Il n’aura fallu que deux romans pour que Christophe Guillaumot et son Kanak deviennent pour moi des incontournables de la littérature policière francophone.

Ma Chronique

Ah que voilà un bouquin qui débarque comme un chien dans un jeu de quilles ; je savais qu’il devait paraître courant janvier mais j’avoue que j’avais oublié la date exacte et m’étais préparé un petit programme visant à rattraper le retard accumulé chez Net Galley. Sauf que quand j’ai vu Que Tombe Le Silence était dispo, il a grillé la priorité à tout le monde.

En guise de préambule j’invite les lecteurs qui n’auraient pas lu les précédents romans de la série, Abattez Les Grands Arbres et La Chance Du Perdant, à combler cette lacune avant de découvrir le présent roman. Ce n’est pas que cela s’impose vraiment, mais c’est une série qui gagne a être découverte dans l’ordre chronologique… surtout au vu des événements survenant dans ce troisième opus.

Dans ce troisième roman Christophe Guillaumot ne ménage pas ses personnages. Il faut dire que l’intrigue est bien plus intense et complexe que dans les précédents romans ; attendez-vous à quelques revirements de situation totalement imprévisibles.

De fait Renato, notre Kanak préféré, va en prendre plein la gueule (nous aussi au passage). Ce n’est pas tant physiquement qu’il sera secoué, mais plutôt moralement… et à plus d’un titre. Mais Renato, tel un roseau, plie mais ne rompt pas.

Si le roman est essentiellement centré sur le personnage de Renato Donatelli, il ne sera heureusement pas complètement seul pour faire face à l’adversité. Il pourra notamment compter sur le soutien sans faille de Jacquie, une flic des Stups au caractère bien trempé. Et comme tout n’est pas noir dans ce monde de brutes, le rayon de soleil du Kanak sera Avril Amandier, la légiste qui fait battre son petit cœur de gros dur, revenue de son séjour en Catalogne.

Un autre personnage fera son grand retour sur le devant de la scène, un retour inattendu (à défaut d’être inespéré) et une alliance de circonstance avec Renato encore plus inattendue.

Une intrigue qui permet à Christophe Guillaumot de pointer du doigt les conditions de travail des policiers qui, outre un travail exigeant physiquement et moralement, doivent aussi composer avec une défiance croissante d’une certaine population (oubliée la vague « Je suis flic » de 2015) et les coupes budgétaires.

Tout part à vau-l’eau, aucune section n’échappe aux restrictions budgétaires. Un fourgon a perdu sa portière latérale, faute d’être remplacée elle a été remise en place avec les moyens du bord, maintenue à l’aide de ceintures de sécurité. Les heures de ménage ont été revues à la baisse, terminé la serpillière quotidienne, les agents d’entretien font au pas de course la tournée des poubelles de bureau, pas plus. Les notes de service pleuvent : interdiction d’imprimer pour économiser les toners et le papier, recommandation d’utiliser le start and go au feu rouge pour consommer le moins d’essence possible, demande faite à tous de prendre son mal en patience et d’attendre que les primes dues, vieilles de six mois, apparaissent enfin sur les bulletins de salaire.
Bien sûr, les policiers râlent, surtout lorsque les politiques annoncent à ceux qui veulent les croire des augmentations d’effectifs, des enveloppes supplémentaires ou une baisse des tâches administratives. Poudre aux yeux et balivernes. L’édifice ne tient pas sur des piliers de béton, mais sur la conscience professionnelle des flics. Malgré tous les obstacles, ils font le job.

Une situation dégradée qui conduit certains policiers à mettre fin à leurs jours (54 suicides en 2019). Sur le sujet j’ai été abasourdi d’apprendre qu’un policier qui se donne la mort n’est pas considéré mort en service et n’a de fait pas le droit à une ultime minute de silence de la part de ses frères d’arme.

Comme je suis de bonne humeur et que j’ai décidé d’être gentil je ne vous dirai pas tout le mal que je pense des connards jaunâtres qui gueulaient aux policiers « Suicidez vous ! » lors de leurs manifestations. À gerber !

Au vu du déroulé de l’intrigue et de son dénouement, j’ai craint de devoir faire le deuil de futures enquêtes du Kanak ; Christophe Guillaumot rassure ses lecteurs à la fin du roman. Renato will be back ! Et je ne vous gâche pas qu’il me tarde de découvrir comment il va rebondir… d’autant qu’il subsiste de nombreuses situations à décanter.

On trouve encore quelques confusions mineures entre les cultures mélanésiennes et wallisiennes, mais ça reste anecdotique et surtout ça ne gâche en rien le plaisir de cette lecture et l’envie de connaître le fin mot de l’histoire.

En revanche Monsieur Guillaumot (oui je suis vénér, donc pas de Christophe et pas de tutoiement) sachez que la Kanaky n’existe que dans l’esprit des indépendantistes. Je doute fort qu’un policier au service de l’état français emploie le terme Kanaky pour désigner la Nouvelle-Calédonie, fut-il lui-même Kanak (j’aurai même tendance à affirmer que ce serait encore plus étonnant venant d’un policier calédonien). Un impair (en espérant qu’il ne s’agisse que de cela) qui me reste en travers de la gorge.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Isabelle Villain – Blessures Invisibles

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I. Villain - Blessures invisibles

Titre : Blessures Invisibles
Série : Groupe de Lost – Tome 4
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
253 pages

De quoi ça cause ?

Le major Maraval est retrouvé mort à son domicile, une balle dans la tête, son arme à la main.

La thèse du suicide est pourtant très vite abandonnée par le groupe du commandant Rebecca de Lost, et les pistes militaires et familiales se multiplient.

Dans le même temps, le « tueur au marteau », demeuré silencieux depuis l’enterrement du capitaine Atlan, décide de reprendre du service.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’occasion de retrouver le groupe de Lost, un groupe découvert fin 2018 avec le précédent roman (troisième du nom dans la série), Mauvais Genre.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée. J’aurai pu (et peut être même dû) lire et chroniquer ce roman en avant-première, mais comme souvent en période de congés, j’ai pris beaucoup de retard dans mes lectures entre fin décembre et mi-janvier.

Le hasard a voulu que ce roman traite lui aussi du syndrome de stress post traumatique (SSPT) mais Isabelle Villain aborde la question sous un autre angle ; une approche beaucoup plus humaine qui ne peut que susciter l’empathie pour les victimes.

Un syndrome qui fait encore trop souvent l’objet d’un déni évident de la part de certains militaires, comme l’auteure le fait dire à un de ses personnages, un ancien militaire interrogé dans le cadre de la mort du major Maraval :

Je vais vous dire un truc. Le SSPT, ça n’existe pas. C’est une connerie inventée par des faibles en retour de mission. Des gars qui ne sont tout simplement pas faits pour la vie militaire. Des gars qui feraient mieux d’aller bosser dans un bureau, 35 heures par semaine.

Ou comme le soulignera la femme de la victime quelques chapitres plus tard :

Le problème avec le SSPT, c’est que la plupart des gens ne le reconnaissent pas. Le burn-out n’est plus tabou dans la vie civile, alors pourquoi est-ce si compliqué chez les militaires ?

Une enquête qui poussera donc le groupe de Lost à se frotter à l’armée, sauront-ils faire en sorte que les langues se délient au cœur de la « Grande Muette ». Histoire de me coucher moins con ce soir, j’ai appris grâce à ce roman d’où venait ce surnom de grande muette ; comme je suis sympa je partage avec vous cette courte pause culturelle :

En 1848, le gouvernement a accordé le droit de vote à tous les hommes. À tous, sauf aux militaires. Pour qu’ils ne se barrent pas aux quatre coins du pays au moment des élections, qu’il disait… Et surtout pour ne pas prendre parti dans les luttes politiques. La France avait décidé qu’on devait fermer notre gueule. Le gouvernement a même permis aux femmes de voter un an avant nous. C’est tout dire… Alors on a conservé cette tradition du silence. Un soldat doit fermer sa gueule. Un point, c’est tout !

Mais l’enquête autour de la mort d’Alexandre Maraval ne se limitera pas à l’armée, les enquêteurs vont aussi devoir interroger ses proches et son entourage familial. Un programme plutôt chargé au menu. Sans compter sur le retour (annoncé à la fin du précédent opus) du « Tueur au marteau », plus déterminé que jamais à se frotter à Rebecca de Lost.

Une double enquête qui donnera maintes opportunités à Isabelle Villain de brouiller les pistes et même d’orienter ses enquêteurs (et ses lecteurs) vers de fausses pistes. L’auteure maîtrise son intrigue de bout en bout, telle une chef d’orchestre virtuose, elle bat la mesure et impose le rythme sans la moindre fausse note.

Incontestablement l’autre point fort du roman réside dans ses personnages. L’auteure apporte énormément de soin à dresser leurs personnalités et à faire évoluer leurs relations. Je pense notamment à la relation entre Rebecca et Tom, forcément rendue compliquée par la conclusion du précédent opus. Mais aussi à la relation quasi fusionnelle qui existe au sein de groupe de Lost, plus soudé que jamais, tant par le défi des enquêtes à résoudre, que par le décès brutal d’Antoine Atlan.

J’ai dévoré le bouquin en deux bouchées ; j’aurai pu n’en faire qu’une, mais il fallait bien que je justifie mon salaire en allant bosser. J’ai vibré intensément avec le groupe de Lost, en totale immersion au sein de l’équipe.

Les deux premiers tomes ayant fait l’objet d’une réédition par Taurnada, je me les suis offert sans la moindre hésitation. Reste à trouver le temps de leur trouver une petite place au sein du programme de mes futures lectures.

MON VERDICT

[BOUQUINS] T.E. Grau – Je Suis Le Fleuve

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T.E. Grau - Je suis le fleuve

Titre : Je Suis Le Fleuve
Auteur : T.E. Grau
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : États-Unis (2018)
288 pages

De quoi ça cause ?

Israel Broussard, vétéran de la guerre du Vietnam, peine à trouver le repos et la paix depuis son arrivée à Bangkok cinq ans plus tôt. Tourmenté par ses souvenirs et de vieux démons du passé c’est dans l’alcool et la drogue qu’il cherche l’oubli.

Tout a commencé cinq ans plus tôt, au Laos. Broussard et une poignée de soldats américains ont été recrutés pour participer à une mission clandestine, l’opération Algernon. Et si la clé de sa rédemption se trouvait justement au Laos…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que le pitch me semblait prometteur.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire c’est que mon premier contact avec ce roman a failli tourner court. Après quelques pages lues qui semblaient n’avoir ni queue ni tête et/ou écrites sous l’influence de substances illicites, j’ai hésité à l’envoyer valdinguer pour passer à autre chose.

C’est la qualité de l’écriture (et donc de la traduction), non dénuée d’une certaine poésie (à tendance psychédélique certes) qui m’a persuadé de persévérer et de lui laisser sa chance. Ça et sans doute aussi le nombre de pages relativement réduit.

Force m’est de reconnaître que j’ai été plutôt bien inspiré, même si la déception de ce premier contact gâché ne m’a jamais totalement quitté. Non seulement les choses se précisent au fil des pages, mais même les dérives / délires de Broussard finissent par faire sens (plus ou moins en tout cas).

Si aujourd’hui le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) est un phénomène connu chez les vétérans, ce n’était certainement pas le cas dans les années 70 / 80. Si on situe la fameuse opération Algernon en 1971 (soit dit en passant le conflit vietnamien commençait déjà à furieusement sentir le sapin et la merde pour les USA), on peut en déduire que l’intrigue actuelle du roman se déroule en 1976.

Ajoutons à cela que le soldat Israel Broussard pourrait être un cas d’écoles pour les spécialistes du SSPT, dans le genre polytraumatisé il décroche le pompon haut la main !

Le moment me semble judicieux pour soulever un deuxième bémol relatif à ce roman. A aucun moment je n’ai réussi à éprouver une quelconque empathie pour les personnages. Qu’il s’agisse de Broussard ou des autres, j’ai instinctivement dressé une barrière entre eux et moi. Et pourtant je ne peux que reconnaître que T.E. Grau apporte beaucoup de soins à brosser ses personnages et leurs personnalités.

Les chapitres alternent entre les souvenirs de Broussard qui remontent peu à peu à la surface (principalement ceux ayant trait à l’opération Algernon) et sa dérive dans les coins les plus glauques de Bangkok… dérive qui semble le mener tout droit vers un naufrage inexorable, sauf que la mort ne semble pas vouloir de lui, comme si elle était un châtiment trop clément pour expier ses fautes.

Si vous souhaitez embarquer avec Broussard pour une croisière le long du Fleuve, sachez que ledit fleuve est du genre agité et que le voyage ne vous laissera pas indemne. L’auteur n’hésite pas à malmener son (anti)héros et ses lecteurs, et il le fait avec brio.

Malgré d’indéniables qualités, je n’ai pas été totalement embarqué ; il n’en reste pas moins que je referme ce bouquin sur un sentiment globalement positif.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Elly Griffiths – Le Journal De Claire Cassidy

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E. Griffiths - Le journal de Claire Cassidy

Titre : Le Journal De Claire Cassidy
Auteur : Elly Griffiths
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2018)
444 pages

De quoi ça cause ?

Ella Elphick, prof d’anglais au collège de Talgarth High, est retrouvée morte à son domicile. Elle a été poignardée à plusieurs reprises, son assassin a laissé un message sibyllin près du corps : « L’Enfer est vide ».

Les collègues et les élèves de la victime sont sous le choc. C’est notamment le cas de Claire Cassidy qui enseigne elle aussi l’anglais et était proche d’Ella.

L’enquête est confiée aux lieutenants Harbinder Kaur et Neil Winston. Pas d’indice exploitable sur la scène de crime, des témoins qui semblent volontairement omettre certains détails… l’affaire va rapidement s’avérer plus complexe qu’elle ne le laissait présager.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions Hugo sont désormais partenaires de la plateforme Net Galley. Un éditeur qui m’a souvent réservé de belles surprises. C’est donc tout naturellement que je me suis laissé tenter par ce roman présenté comme « le thriller de l’année ».

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance qui me permet de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 2 janvier).

Par contre quelle déception de recevoir le bouquin au format PDF ! Messieurs les éditeurs, il faut vivre avec son temps, le PDF c’était AVANT ! Vos arguments sécuritaires ne tiennent pas la route, c’est indigne de votre métier de ne pas privilégier le confort et le plaisir du lecteur.

Double peine avec ce roman, le fichier est en mode paysage, chaque page PDF présentant deux pages papier côte à côte. Une fois la structure du fichier epub construite, c’est en faisant un copier-coller page par page qui j’ai alimenté les chapitres.

Un bémol que je continuerai à signaler chaque fois que je recevrai un titre au format PDF, plus encore quand cela n’est pas indiqué sur la fiche du bouquin. Un bémol que je ne sanctionne pas (pas encore en tout cas) dans mon verdict final, même si j’avoue volontiers que parfois ça me démange de défalquer à ma note un point de malus.

Si de prime abord l’intrigue ne brille pas forcément par son originalité, le roman d’Elly Griffiths réussit toutefois à tirer son épingle du jeu et a de nombreux atouts pour séduire les lecteurs adeptes du genre.

Les chapitres, tous rédigés à la première personne, alternent entre les points de vue de Claire Cassidy, Georgia Newton, sa fille, et Harbinder Kaur, la lieutenant en charge de l’enquête. Un exercice de style intéressant qui permet de partager le vécu et le ressenti des différents personnages porteurs de l’intrigue.

Les personnages secondaires ne sont pas laissés pour compte, tous sont traités avec la même attention, quel que soit leur rôle dans le déroulé des événements.

L’auteure nous propose un récit à double entrée. En plus de l’intrigue principale, autour du meurtre d’Ella (et plus si affinités), Claire essaye de percer les secrets de R.M. Holland, un auteur de l’époque victorienne dont la nouvelle, L’Inconnu, semble étroitement liée aux événements qui agitent Talgarth High (qui fut aussi la résidence de l’auteur).

De fait, au fil de la lecture le texte de L’Inconnu vous sera peu à peu dévoilé, avant d’être repris en intégralité à la fin du roman avec sa chute.

Inutile de vous ruer sur Google pour chercher des infos sur ce R.M. Holland, c’est un auteur créé de toutes pièces par Elly Griffiths pour les besoins de son intrigue. On se prend vite au jeu, à tel point que l’on en viendrait presque à regretter de ne pas avoir toutes les réponses sur ce point.

Au final ce roman est maîtrisé de bout en bout, il vous propose une intrigue riche en rebondissements et autres revirements de situation. Vous n’en finirez pas de vous poser des questions et de remettre en cause vos certitudes avant d’être totalement pris au dépourvu par le revirement final (voire même par la double révélation finale).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Chrystel Duchamp – L’Art Du Meurtre

AU MENU DU JOUR

C. Duchamp - L'Art Du Meurtre
Titre : L’Art Du Meurtre
Auteur : Chrystel Dubois
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2020
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Il a été torturé, mutilé, puis assis à une table dressée pour un banquet. Un crime de toute beauté !

Dépêchée sur place, l’équipe de la PJ découvre que l’homme – un collectionneur d’art – fréquentait les clubs sadomasochistes de la capitale. Et que, malgré sa fortune, il était à court de liquidités.

Quand le corps d’un autre amateur d’art – dont la mort a été soigneusement mise en scène – est retrouvé, le doute n’est pas permis : un tueur en série est à l’œuvre.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le titre et le pitch m’ont attiré, l’idée de mélanger la beauté de l’art et l’horreur du crime est plutôt audacieuse sur le papier… je voulais voir ce que ça donnait dans les faits.

Ma Chronique

Je remercie les éditions l’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée et l’occasion de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 16 janvier).

Un roman reçu au format PDF que j’ai entrepris de convertir au format epub pour profiter pleinement de ma lecture. Je venais de finaliser la chose quand j’ai découvert qu’il était désormais disponible en epub via Net Galley. C’est donc cette version que j’ai lue, la mienne est passée à la corbeille sans appel.

Et si on commençait par faire les présentations avant d’entrer dans le vif du sujet. Avec les trois personnages principaux qui portent cette intrigue. Deux femmes flics au caractère bien trempé, liées par une amitié indéfectible malgré quelques divergences de point de vue. Et un marchand d’art qui passera de suspect potentiel à consultant officieux… et plus si affinités !

Audrey Durand est lieutenante à la PJ, mais aussi une passionnée d’art. Son métier est sa raison d’être, obstinée elle dissimule ses blessures passées derrière des excès en tout genre (alcool, cannabis, médocs, plans cul sans lendemain…) qui ne manquent pas d’inquiéter ses proches. Pour elle, il ne fait aucun doute que l’art est le fil rouge qui relie les différentes scènes de crime.

À commencer par Patricia Levêque, capitaine à la PJ, supérieure et amie d’Audrey. Mariée et mère de deux grands enfants, elle va devoir composer avec le retour inopiné de son cadet qui a opté pour une vie de marginal. Pas franchement convaincue par la vague théorie artistique défendue par Audrey, elle va pousser son équipe à explorer d’autres pistes.

Joël Dunière est un marchand d’art étroitement lié, de par sa profession, aux deux premières victimes. Une position qui lui vaudra de passer pour un suspect potentiel avant de se rapprocher d’Audrey et de l’aider à creuser la piste artistique.

Puis il y a le reste de l’équipe, tiraillé entre les intuitions d’Audrey et les ordres de Patricia. Chrystel Duchamp apporte beaucoup de soins à ses personnages, elle nous brosse ainsi une galerie de portraits pleine de vie et d’humanité.

Mais l’auteure de néglige pas pour autant ses scènes de crime, combinant adroitement un réel sens esthétique et la sauvagerie des meurtres.

Je ne suis pas spécialement amateur d’art et ne connais pas grand-chose aux différents courants artistiques, mais il n’en reste pas moins que j’ai trouvé cette intrigue très bien ficelée et captivante. Je suis parti curieux (voire dubitatif), je referme ce bouquin totalement convaincu.

Alors que le fin mot de l’histoire nous est révélé, je pestais intérieurement en me disant qu’elle (Chrystel Duchamp) ne pouvait pas nous faire un coup pareil. C’était sans compter sur l’ultime rebond qui vient combler les vides en laissant le lecteur en état de KO technique.

Une version epub qui aurait mérité un travail de finition un peu plus abouti, notamment au niveau des insécables qui sont pratiquement inexistants. Concrètement c’est quasiment invisible pour le lecteur (hormis quelques retours à la ligne un peu hasardeux), toutefois les insécables font partie intégrante des bonnes pratiques de la typographie numérique et contribuent de fait à optimiser le plaisir de la lecture.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques Saussey – Du Poison Dans La Tête

AU MENU DU JOUR

J. Saussey - Du Poison Dans La Tête

Titre : Du Poison Dans La Tête
Série : Magne & Heslin – Tome 8
Auteur : Jacques Saussey
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Daniel Magne reçoit un paquet de la part d’un ancien camarade de classe récemment décédé. A l’intérieur se trouve un brusque rappel d’une blessure secrète jamais complètement refermée : le meurtre de la jeune Fanny Delaunay peu avant la rentrée des classes de 1975. Une affaire jamais élucidée. Fanny était alors son premier amour.

Lisa Heslin se fait du souci pour Oscar leur fils, celui-ci semble être le souffre-douleur de trois élèves du collège. Mais Oscar nie, quand il ne se mure pas dans le silence.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait déjà quelques temps que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire de Jacques Saussey ; c’est tout naturellement que j’ai jeté mon dévolu sur son dernier roman en date.

Ce n’est qu’après coup que j’ai vu qu’il s’agissait du huitième opus du duo policier Daniel Magne et Lisa Heslin. Tant pis, ce n’est pas la première fois que je prends le train en route (le plus dur étant de trouver la motivation pour remonter les wagons de retard si la sauce prend).

Ma Chronique

Je remercie les éditions French Pulp et Net Galley pour leur confiance.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets (cf ma chronique de Laisse Le Monde Tomber), j’ai eu la désagréable surprise de découvrir que le bouquin était au format PDF. J’ai donc dû revêtir mon uniforme d’artisan ebooker afin de me bricoler une version au format epub du roman.

Il faudrait vraiment que je prenne le temps de lire intégralement la fiche du bouquin chez Net Galley, de la sorte je pourrai éviter de solliciter des envois au format PDF (quand l’information figure en clair). Sauf que j’ai quand même vachement envie de lire ces satanés bouquins !

Difficile, pour ne pas dire impossible, de vous proposer un pitch exhaustif de ce roman tant l’intrigue part dans de multiples directions, sans qu’il existe de fil rouge entre elles sinon leurs répercussions sur la vie du couple Magne et Heslin (et encore toute une partie de l’intrigue ne les impacte pas directement).

Si comme moi vous prenez le train Magne / Heslin en route vous allez rapidement vous rendre compte que vous ne débarquez pas forcément au moment le plus opportun. Chacun est en effet très occupé ou préoccupé… et ça ne fait que commencer !

Jacques Saussey nous propose une intrigue à dimensions multiples, les différents arcs narratifs n’étant pas non plus forcément liés les uns aux autres. Ça pourrait rapidement devenir un sac de nœud inextricable mais l’auteur sait rester maître de son sujet et n’embrouille jamais le lecteur. Il mène sa barque (ou plutôt ses galères) sans jamais perdre le contrôle de l’ensemble.

À la base c’est le côté pervers narcissique de l’intrigue qui m’a attiré, l’auteur décrit avec beaucoup de réalisme et de pertinence le lent processus de destruction / soumission psychologique (d’où le titre du roman) que ces salopards déploient pour s’assurer que leur victime reste sous leur coupe. C’est incontestablement l’aspect de l’intrigue qui m’a le plus captivé, et il n’implique quasiment pas ni Daniel Magne, ni Lisa Heslin.

Le côté obsessionnel de la quête de justice (ou plus exactement de vengeance) de Daniel Magne m’a parfois perturbé. Je peux comprendre ce besoin de comprendre mais il aurait parfaitement pu mener sa mission sans négliger ses proches. Force m’est de reconnaître que j’ai trouvé qu’il jouait franchement au con au niveau de sa relation avec Lisa Heslin. Rien d’étonnant donc à ce que ça finisse par lui revenir en pleine gueule.

Ce ne sont que deux arcs narratifs de l’intrigue, il y en a bien d’autres que je vous laisse découvrir…

J’ai particulièrement apprécié la dimension humaine du récit, même si je découvrais les différents acteurs je les ai tout de suite appréciés (qu’il s’agisse du couple Magne / Heslin ou du duo d’enquêteurs Fred / Ludo). Je suppose que pour les lecteurs qui suivent ces personnages depuis le début cet attachement au côté humain est encore plus flagrant.

Pour une découverte je peux d’ores et déjà affirmer que je suis sous le charme de l’écriture de Jacques Saussey. Ce bouquin est un sans-faute, qu’il s’agisse de l’intrigue, des personnages ou du style de l’auteur. Incontestablement de quoi me donner envie de me pencher sur ses prochains romans, et, si l’occasion se présente, de découvrir ses précédents.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Karine Giebel – Ce Que Tu As Fait De Moi

AU MENU DU JOUR

K. Giebel - Ce que tu as fait de moi

Titre : Ce Que Tu As Fait De Moi
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
552 pages

De quoi ça cause ?

Quand Laëtitia Graminsky intègre la Brigade des Stups avec le grade de lieutenant, c’est un rêve d’enfant qui se réalise pour elle. Elle est alors loin de se douter que la perversité de ses supérieurs va transformer le rêve en cauchemar…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel et que cette auteure a le don de me prendre aux tripes à chaque fois, sans qu’aucun de ses romans ne ressemble aux précédents.

Ma Chronique

Une fois de plus Karine Giebel frappe fort avec son nouveau roman, le fait de lire ce roman alors que les violences faites aux femmes font la une de l’actualité a sans doute contribué à rendre cette lecture particulièrement éprouvante.

Il faut dire que je voue une haine farouche aux salopards qui abusent des femmes ; que la violence soit psychologique, physique ou sexuelle, j’estime que ces ordures ne méritent aucune compassion. Juste de se faire couper la queue, prendre un coup de surin dans le bide et crever dans le caniveau en une lente et douloureuse agonie…

Ce postulat étant posé vous comprendrez aisément que j’ai immédiatement pris en grippe Ménainville et Fougerolles pour ce qu’ils faisaient subir à Laëtitia ; qu’importe comment, je voulais les voir tomber et souffrir. Même en sachant pertinemment qu’avec une auteure comme Karine Giebel il faut se méfier des apparences, le ressentiment était tout simplement viscéral.

Commençons par le commencement. Après un prologue lourd de sens, pour ne pas dire prophétique, le roman s’ouvre par l’arrivée de l’IGPN à la brigade des Stups de L. (la ville ne sera jamais nommée). Le commandant Ménainville et le lieutenant Graminsky vont être entendus séparément suite à un drame les impliquant.

Dès lors le lecteur va suivre un récit à deux voix relatant le déroulé des événements depuis l’arrivée de Laëtitia au sein de la brigade jusqu’à la scène de crime justifiant l’intervention de la police des polices (on se doute bien que ces gens-là ne se déplacent pas pour des futilités).

Rien à redire Karine Giebel maîtrise à la baguette ses personnages et le déroulé de son intrigue, mais force est de reconnaître que celle-ci ne réserve pas de grosse surprise. La nature même du drame s’impose assez rapidement (pas totalement, mais dans sa globalité) et le reste est relativement prévisible.

Si le profond dégoût éprouvé pour Ménainville et Fougerolles ne m’a jamais quitté (il allait même crescendo au fil des pages), force est de reconnaître que plus d’une fois j’ai eu envie de foutre un monumental coup de boule à Graminsky. Mais bon il paraît que ça s’appelle la passion et que ça ne se contrôle pas… N’empêche que l’empathie que j’avais pour elle a fondu comme neige au soleil, à l’inverse de mon envie de voir sombrer Ménainville.

Ce revirement émotionnel n’a en rien terni le plaisir que j’avais à lire ce bouquin, si je me suis complètement détaché des personnages, mon envie de connaître le fin mot de l’histoire restait plus que jamais entière (j’ai lu le bouquin quasiment d’une traite).

N’allez pas croire que la dimension passionnelle de l’intrigue m’ait totalement échappé, mais dès qu’il y a une quelconque forme de contrainte, je me ferme comme une huître.

Une fois de plus Karine Giebel ose quelque chose de nouveau, une fois de plus son talent narratif fait mouche même s’il n’a pas trouvé chez moi l’écho attendu ; je ne peux même pas mettre ça sur le dos du contexte, je vous l’ai dit : c’est viscéral. Comme la passion, ça ne s’explique pas.

MON VERDICT
Coup de poing