[BOUQUINS] Cédric Cham – Broyé

AU MENU DU JOUR

C. Cham - Broyé
Titre : Broyé
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2019
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Christo vit reclus, renfermé sur lui-même, en lutte permanente contre la colère qui bouillonne en lui depuis qu’il a quitté une enfance faite de coups et maltraitances en tout genre. Son seul ami est son chien, Ringo, un amstaff qui porte lui aussi les traces d’un passé douloureux.

Mathias, un jeune garçon, a fugué dans la nuit pour fuir les coups de ses parents. Kidnappé, il reprend connaissance, enfermé nu dans une cage trop petite pour lui. Son geôlier l’informe qu’il va le dresser afin de faire de lui un homme… un soldat.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham et que les deux précédents romans j’ai lus de cet auteur ont été à la fois de belles découvertes que des claques dans la gueule. Que ce soit par l’intensité de ses intrigues, ou la profondeur de ses personnages, l’auteur sait y faire pour nous plonger en totale immersion dans ses romans. Et on n’en ressort pas indemne.

Ma Chronique

Fidèle à son habitude Cédric Cham nous en met plein la tronche avec son dernier roman. On ne pourra pas lui reprocher de nous avoir pris par surprise, le titre et la couv’ annonçaient en effet la couleur. N’empêche qu’on referme le bouquin en étant au bord du KO.

Le gars n’a aucune pitié, dès le premier round il monte à l’assaut ; à peine le temps de comprendre ce qui nous arrive et nous voilà plongés dans un océan de noirceur. Du noir bien épais et visqueux, qui vous colle à la peau, au cœur et aux tripes, vous vrille les nerfs et vous fout des bleus à l’âme.

En moins de 300 pages Cédric Cham nous livre une intrigue parfaitement aboutie, maîtrisée jusque dans le moindre détail. Pour que la sauce prenne, l’auteur se transforme en sniper littéraire, s’il économise les mots et les tournures de phrases, il fait implacablement mouche à tous les coups. Il nous touche directement là où ça fait mal, là où ça nous parle. Une plume d’une redoutable efficacité qui brille par un minimalisme savamment dosé.

Ajoutez à cela des chapitres courts qui alternent entre une numérotation classique (chapitre 1, 2, 3…) quand il s’agit de suivre Christo et une numérotation chronologique (jour 0, 1, 2…) quand c’est Mathias qui occupe le devant de la scène. Tout est fait pour aller à l’essentiel avec un maximum d’efficacité. Résultat des courses j’ai dévoré le bouquin quasiment d’une traite.

Une fois de plus l’auteur apporte énormément de soins à ses personnages, en fonction des besoins de l’intrigue il sublimera l’humanité de certains, comme un contrepoids à la noirceur absolue d’autres.

Ainsi Christo essaye tant bien que mal de composer avec les blessures de son enfance ; s’il se tient à l’écart des autres, ce n’est pas par indifférence, mais au contraire parce qu’il est tellement à fleur de peau que sa violence contenue peut rejaillir face à la moindre injustice.

De son côté Mathias a été complètement formaté et déshumanisé par des années de dressage intensif. N’ayant appris à vivre et à s’exprimer que par la violence, il est socialement inadapté.

J’ai assez vite subodoré le lien entre Christo et Mathias, toutefois il m’aura fallu attendre le chapitre 13 pour la présomption devienne une certitude (la suite me donnera raison).

Salomé de son côté est l’atout charme du roman (mais loin d’être cantonnée à un rôle de godiche ou de faire-valoir), elle aussi a connu un parcours plutôt chaotique et n’est pas encore au bout de ses peines. Elle aimerait réussir à percer la carapace dont s’entoure Christo… sans savoir ce à quoi elle s’exposerait alors.

Si chez eux on discerne encore un soupçon d’espoir et plus ou moins d’humanité, comme une loupiote vacillante dans l’obscurité ambiante, chez d’autres c’est le noir absolu qui règne. La quintessence du mal étant en sans aucun doute Vadine, le geôlier/dresseur de Mathias.

Puis il y a Ringo, le fidèle compagnon de Christo. Certes c’est un chien, mais il n’en reste pas moins un personnage à part entière du roman. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette grande complicité entre l’homme et l’animal ; deux âmes (et j’emmerde bien profond ceux qui prétendent que les animaux n’ont pas d’âme) brisées qui se sont trouvées au bon moment.

Une fois de plus Cédric Cham a su viser juste me concernant, impossible de ne pas attribuer un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman. Une fois de plus j’en ai pris plein la gueule… et j’en redemande !

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Son Vrai Visage

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K. Slaughter - Son Vrai Visage
Titre : Son Vrai Visage
Auteur : Karin Slaughter
Éditeur : Harper Collins
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
576 pages

De quoi ça cause ?

Laura Oliver est une orthophoniste renommée dans le quartier chic de Belle Isle, une femme sans histoire qui mène une vie ordinaire.

Un midi, alors qu’elle déjeune avec sa fille, Andrea, un jeune homme débarque dans le snack et commence à ouvrir le feu sur les clients. Laura s’interpose entre le tireur et sa fille, quand l’homme cherche à lui porter un coup de poignard, elle détourne son geste et le tue.

Légitime défense ou meurtre de sang-froid ? Andrea ne peut s’empêcher de se poser la question, mais elle n’aura guère l’occasion d’y réfléchir avant de s’engager, bien malgré elle, dans un road trip à haut risque sur les traces du passé de sa mère…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karin Slaughter, une auteure que je connais surtout pour ses romans consacrés à Sara Linton et Will Trent. C’est le premier thriller one shot de l’auteure que je lis (j’avais lu et apprécié sa nouvelle comico-policière Pas De Pitié Pour Martin). Je pars donc curieux, mais confiant.

Ma Chronique

Karin Slaughter plonge le lecteur au cœur de l’action dès le premier chapitre. On comprend rapidement le fossé qui sépare la mère et la fille. D’un côté Laura, quinquagénaire dynamique à qui tout semble réussir, vie professionnelle brillante, connue et respectée de tous. De l’autre Andrea, une trentenaire indécise, en proie au doute quant à sa vie personnelle et son avenir. Des personnalités opposées que l’on sent toutefois liées par un lien indéfectible qui va bien au-delà de la relation classique mère-fille ; un lien qui a beaucoup à voir avec une période difficile que Laura a traversée avec le soutien sans faille de sa fille.

Justement ce déjeuner mère/fille était l’occasion d’aborder la question de l’avenir d’Andrea ; sauf qu’il a fallu qu’un petit con vienne tout foutre en l’air en faisant irruption dans le snack, tirant sur tout ce qui bouge. La tranquille Laura se transforme alors en louve pour protéger sa fille et game over pour le petit con flingueur (aucun lien de parenté avec les célèbres Tontons Flingueurs). Je vous laisse imaginer la surprise pour Andrea…

Mais la pauvre Andrea n’est pas au bout de ses surprises, le soir même elle va se retrouver confrontée à un nouveau danger. Ce sera pour elle, suivant les consignes de Laura, le début d’une cavale mouvementée… Et encore plus de questions concernant le passé de sa mère.

Vous l’aurez compris, avec Son Vrai Visage l’auteure joue à fond la carte du thriller au féminin. Les hommes n’en sont pas absents, mais sont plutôt relégués au second plan, à part celui qui sert de fil rouge à l’ensemble de l’intrigue.

Pour nous aider à y voir plus clair dans cet embrouillamini, les chapitres alternent entre l’intrigue présente (en 2018) et des flashbacks qui nous renvoient en 1986. Dès le premier flashback on devine qui était la femme aujourd’hui connue comme étant Laura Oliver, à la fin du suivant j’ai compris qu’il ne fallait sans doute pas se fier aux apparences et un début d’explication alternative a fait son bonhomme de chemin dans mon esprit (raisonnement qui s’avérera exact par la suite).

Karin Slaughter, fidèle à son habitude, maîtrise son intrigue sur le bout des doigts et sait y faire pour nous rendre accro. Les personnages sont mitonnés aux petits oignons, le rythme est bien dosé… tout est fait pour que l’on ait du mal à lâcher le bouquin une fois que l’on a mordu à l’hameçon.

À chaud on aurait tendance à maudire Andrea qui prend parfois (souvent) de mauvaises décisions, mais rétrospectivement difficile, pour ne pas dire impossible, d’affirmer à 100% que l’on n’aurait pas fait les mêmes erreurs, voire même pire encore ! Ces faux pas contribuent grandement à donner une dimension humaine à une jeune femme ordinaire qui se retrouve confrontée à une situation qui la dépasse totalement (on le serait à moins).

Pour ma part j’ai tendance à préférer les bouquins avec des chapitres courts (pas par flemme, juste parce que c’est plus facile de m’y retrouver quand je passe du PC à la liseuse, ou inversement). Ceci dit (et c’est dit juste histoire de chercher la petite bête… non merci, cette fois je fous la paix aux postérieurs des mouches) force est de reconnaître que l’ensemble tient parfaitement la route, sans longueurs ni temps morts.

À l’avenir je pense que j’alternerai entre les enquêtes de Sara Linton et Will Trent et les romans one shot (voire one and a half) de l’auteure.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras Le Roi

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S. Dazieri - Tu tueras le Roi
Titre : Tu Tueras Le Roi
Série : Dante & Colomba – Tome 3
Auteur : Sandrone Dazieri
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Italie (2018)
640 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait quinze mois que Dante Torre a été enlevé. Quinze mois que Colomba Caselli vit coupée du monde dans la région des Marches.

Un soir, en pleine tempête de neige, Colomba découvre Tommy, un adolescent autiste, dans la remise de son jardin ; visiblement très agité et couvert de sang. En le raccompagnant chez lui elle apprend que ses parents ont été assassinés, pour la police Tommy serait le coupable idéal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’ultime opus de la trilogie consacrée à Dante Torre et Colomba Caselli. Le second tome laissait beaucoup de questions en suspens, il me tardait de découvrir les réponses. Et accessoirement la vérité sur Dante Torre.

Ma Chronique

Comme bon nombre d’amateurs de thrillers, je suis fidèle à la collection La Bête Noire, lancée par Robert Laffont en 2015. Et c’est justement le premier opus de cette trilogie, Tu Tueras Le Père, qui inaugurait cette nouvelle collection. Un lancement prometteur avec ce roman coup de cœur et coup de poing !

Quatre ans plus tard, il est temps de baisser le rideau sur les aventures mouvementées de Dante Torre et Colomba Caselli. Concernant La Bête Noire, je suis absolument convaincu qu’elle continuera de nous étonner avec des romans top niveau… et ce pendant encore de longues années !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il est absolument indispensable d’avoir lu les deux précédents opus pour comprendre et apprécier pleinement ce dernier tome. Celui-ci commence quasiment là où s’arrêtait le précédent, même si dans les faits quinze mois se sont écoulés entre l’enlèvement de Dante et le début du présent roman.

Un roman que j’attendais avec impatience, mais dans lequel j’ai eu un peu de mal à rentrer, peut-être était-ce lié à l’absence de Dante ou au sentiment de renoncement (bien compréhensible, je le reconnais volontiers) qui assommait Colomba dans les premiers chapitres ; sans doute un peu des deux. Il manquait une roue au binôme (et quelle roue !) et la seconde était à plat… pas facile d’avancer dans ces conditions.

Je vous rassure tout de suite les choses évoluent rapidement, il ne faudra que quelques chapitres avant que Colomba ne s’implique à fond dans le mystère qui entoure Tommy et le meurtre de ses parents. Une enquête qui s’avérera rapidement captivante et pleine de rebondissements.

Et dès la seconde partie du roman, Dante fait un retour en fanfare ; il lui faudra quand même quelque temps de convalescence avant de retrouver toute sa verve et sa redoutable logique aussi personnelle qu’implacable. Les choses sérieuses peuvent commencer (même si elles n’avaient pas attendu Dante pour se mettre en branle).

Sandrone Dazieri confirme qu’il maîtrise son intrigue sur le bout des doigts, il a un incroyable talent pour brouiller les pistes sans jamais embrouiller le lecteur. On finit, comme Dante et Colomba, par douter de tout et tout le monde. À qui peut-on faire confiance ? De qui doit-on se méfier ? Qui est ce mystérieux Roi qui leur donnera bien du fil à retordre et sème la mort sur son chemin ?

Histoire de finir en beauté, l’auteur nous assène un véritable coup de massue avec un revirement totalement inattendu et pas du tout tiré par les cheveux. Du grand art pour un auteur qui peut d’ores et déjà inscrire son nom en lettre d’or dans le grand livre de la littérature policière (et pas qu’au niveau national ou européen, soyons fou et voyons grand, il le mérite amplement !).

Un ultime opus qui vient clore avec beauté et brio la trilogie Dante & Colomba. Une sacrée belle découverte et un énorme coup de cœur pour l’ensemble de la trilogie. Cerise sur le gâteau, ce chapitre final m’a laissé littéralement KO debout en fin de lecture.

Il reste des questions sans réponse, mais ce n’est en rien une négligence de l’auteur, il s’agit bel et bien d’un choix délibéré. Choix qui ne nuit nullement à l’intrigue.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Bryan Reardon – Le Vrai Michael Swann

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B. Reardon - Le vrai Michael Swann
Titre : Le Vrai Michael Swann
Auteur : Bryan Reardon
Éditeur : Gallimard
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
432 pages

De quoi ça cause ?

Julia et Michael Swann vivent paisiblement dans leur maison de la banlieue de Philadelphie avec leurs deux enfants.

Un soir, alors que Michael est au téléphone avec Julia depuis New York, la liaison est brusquement interrompue. Une bombe a explosé à Penn Station, où se trouvait justement Michael…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Bryan Reardon m’avait bluffé avec son précédent et premier roman, Jake. J’espérais retrouver la même intensité et la même humanité dans ce second roman ; mais aussi quelque chose de différent.

Ma Chronique

La lecture du roman Jake de Bryan Reardon fut incontestablement une révélation de l’année 2018, un véritable tsunami émotionnel d’où se dégageaient une humanité et une empathie phénoménales ; c’est ce que j’espérais retrouver en ouvrant Le Vrai Michael Swann, le second roman de l’auteur. La même intensité, mais servie par une intrigue complètement différente de celle de Jake.

Incontestablement Bryan Reardon sait mettre des mots sur la détresse humaine et nous faire ressentir des émotions fortes. De nouveau il confronte ses personnages (Julia Swann en l’occurrence) aux pires situations et pour y faire face ils devront puiser dans une force qu’ils ignoraient posséder. Le premier deal est donc rempli haut la main, on retrouve des émotions brutes et un récit profondément humain.

L’intrigue est plutôt bien construite et devient rapidement addictive, mais je l’ai trouvée trop proche de celle de Jake ; les deux récits n’ont bien évidemment rien en commun sur le fond, mais c’est dans la forme et plus particulièrement dans la façon de les traiter que les similitudes sont flagrantes. J’espérais une approche totalement nouvelle, donc un peu déçu sur ce coup.

Au fil des chapitres l’on découvre les grandes étapes qui ont marqué la vie de Julia et Michael, leur rencontre, la naissance des enfants, le déménagement… Une famille de la classe moyenne parmi tant d’autres, avec des hauts et des bas comme tout le monde. Des gens ordinaires en somme dont on partage le quotidien dans une Amérique en proie à la crise ; en pleine campagne électorale qui se soldera par la victoire de Donald Trump.

Bryan Reardon nous mitonne une intrigue qui tient plutôt bien la route malgré quelques détails qui manquent de vraisemblance, pas de quoi gâcher le plaisir, ni de quoi nous couper l’envie de connaître le fin mot de l’histoire.

C’est volontairement que je ne m’épanche ni sur l’intrigue ni sur les personnages. C’est un roman qui gagne à être découvert au fil des pages.

Je referme le bouquin plutôt satisfait, mais pas totalement conquis. J’espère que le troisième roman de l’auteur, déjà disponible outre-Atlantique, me surprendra par une approche différente de l’intrigue et une construction inédite du récit.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Zhou Haohui – Avis De Décès

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Z. Haohui - Avis de Décès
Titre : Avis De Décès
Auteur : Zhou Haohui
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Chine (2014)
352 pages

De quoi ça cause ?

Octobre 2002. Zheng Haoming, sergent renommé et respecté de la police criminelle de Chengdu est assassiné. Arrivés sur les lieux du crime, le capitaine Han Hao et son équipe font la connaissance du capitaine Pei Tao de la police de Longzhou, qui a découvert le corps.

Pei apprend à ses homologues de Chengdu que ce meurtre est très certainement lié à une autre affaire survenue vingt-deux ans plus tôt, un tueur en série nommé Eunémide avait alors commis plusieurs crimes avant de disparaitre sans jamais avoir été identifié.

Quand le retour du tueur aux avis de décès se confirme, le capitaine Han obtient la création d’une cellule interservices composée d’agents triés sur le volet.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, une raison qui se pourrait se suffire à elle-même, mais aussi pour découvrir un nouvel auteur et élargir mon horizon en matière de littérature policière chinoise.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Il n’y a pas encore pas si longtemps que ça, si vous m’aviez interrogé sur la littérature policière chinoise je vous aurais sans doute regardé avec des yeux ronds à faire pâlir de honte le plus crétin des poissons rouges. Puis j’ai découvert (merci à Net Galley) Chi Wei-Jan et aujourd’hui c’est au tour de Zhou Haohui de rejoindre mon cercle d’auteurs sinophiles. Deux approches différentes du polar, mais deux univers très marqués par leur identité asiatique ; et surtout deux belles découvertes littéraires !

Pour le lecteur occidental, le dépaysement est assuré en parcourant les rues de Chengdu, ville chinoise en plein essor économique où le modernisme cohabite avec la tradition et où l’on passe au détour d’une rue des quartiers résidentiels aux taudis. Chengdu est aussi une ville surpeuplée et fortement industrialisée, il en ressort un sentiment quasi permanent d’étouffement, voire d’oppression.

Imaginez un tueur en série tellement sûr de lui qu’il se permet de narguer la police en leur faisant parvenir l’avis de décès de ses futures victimes. Une simple feuille à la calligraphie anonyme indiquant le nom de la victime, la nature de son crime, la date de son exécution et l’identité de son juge et bourreau (toujours le même, Eunémide himself). C’est ce que nous propose Zhou Haohui, rejoignons donc la cellule 18/04 dans sa traque de l’impitoyable et insaisissable Eunémide.

Pour déjouer les plans du tueur, une cellule interservices réunissant la fine fleur de la police sera créée et placée sous le commandement du capitaine Han Hao, connu pour ses états de services irréprochables au sein de la police criminelle de Chengdu. Il sera appuyé par son fidèle bras droit, l’agent Yin Jian, par le capitaine Xiong Lyuan et l’agent Liu Song de l’UPS (Unité de Police Spécialisée) de Chengdu, par l’agent Zeng Rihua, expert informatique de la police criminelle de Chengdu, par Mu Jianyun, psychologue et maître de conférence à l’académie de police du Sichuan et enfin par le capitaine Pei Tao de la police criminelle de Longzhou.

Zhou Haohui apporte beaucoup de soins à ses personnages, chacun une personnalité qui lui est propre et des relations plus ou moins cordiales avec les autres, que ce soit en raison de leur vécu ou simplement par affinités. J’avoue que pour ma part j’ai eu un faible pour le trio Pei, Mu et Zeng.

Du tueur, le mystérieux Euménide, nous ne saurons finalement que peu de choses, le plus souvent invisible, mais omniprésent du début à la fin du récit. Ses cibles de prédilection sont des criminels ayant échappé à la justice, il devient alors juge et bourreau.

L’auteur nous mitonne une intrigue aux petits oignons où rien n’est laissé au hasard, les indices sont disséminés avec parcimonie dans un écheveau de fausses pistes. Les événements survenus en 1984 s’intègrent parfaitement à l’intrigue de 2002.

Avis De Décès est le premier opus d’une trilogie opposant la cellule 18/04 à Eunémide. Les deux suivants sont d’ores et déjà disponibles en VO, mais ne semblent pas encore avoir fait l’objet d’une traduction en anglais. La présente VF étant produite à partir de la version anglaise du roman, j’espère que l’attente ne sera pas trop pour découvrir la suite des événements.

Il faut dire que le final du présent roman est du grand art, on ne peut que trépigner d’impatience dans l’attente du second round (je ne vous donnerai pas le verdict de ce premier round).

Le polar made in China n’est pas un polar au rabais, la qualité est bel et bien au rendez-vous, il n’a pas à rougir face à ses pairs occidentaux. Il va falloir que je me penche sur la question, il me réserve sans doute encore quelques belles découvertes.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Fabio M. Mitchelli – Apocalypse Transferts

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F. M. Mitchelli - Apocalypse Transferts

Titre : Apocalypse Transferts
Auteur : Fabio M. Mitchelli
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

La société GameSoft France a mis au point une technologie qui devrait révolutionner le monde du jeu vidéo, beaucoup voudraient bien mettre la main sur leur algorithme, certains ne reculeront même devant rien pour parvenir à leurs fins…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Fabio M. Mitchelli. Son dernier roman étant proposé par Net Galley, je ne pouvais pas rater cette opportunité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions French Pulp et Net Galley pour avoir donné une suite favorable à ma demande.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que je n’adhère pas à l’idée que la violence des jeux vidéos puisse avoir un impact sur la délinquance ; les jeunes qui ne sont pas foutus de faire la différence entre le virtuel et le réel ont juste un sérieux déficit neuronal. L’inadaptation sociale et sociétale de certains n’étant pas politiquement correcte (et acceptable), le jeu vidéo devient donc un parfait bouc émissaire pour expliquer des comportements déviants.

Soit dit en passant dans son propos l’auteur confond deux types de jeux radicalement différents, le wargame est un jeu de stratégie militaire qui n’a rien à voir avec un FPS (First-Person Shooter ou jeu de tir à la première personne dans en français) qui, comme son nom l’indique, est un jeu de tir. Ce sont ces fameux FPS (comme la série Call Of Duty) que certains voudraient rendre en partie responsables de la violence des jeunes délinquants.

Pour l’anecdote (et pour le fun aussi), l’univers virtuel ne semble pas être très familier à Fabio M. Mitchelli qui écorne l’application Google Maps en la rebaptisant Goggle Maps.

Je referme ce bouquin avec un sentiment plutôt mitigé, globalement j’ai bien aimé, mais j’ai trouvé la partie virtuelle du récit parfois un peu confuse (je ne saurai dire si c’est volontaire ou non de la part de l’auteur) ; pour le peu qu’elle apporte à l’intrigue, elle aurait gagné à être revue sérieusement à la baisse. Heureusement que la situation se décante dans la seconde partie du roman, à partir de là j’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à décrocher.

C’est donc délibérément que je vais faire l’impasse sur toute la partie virtuelle du récit. Sachez simplement qu’il est question d’un jeu vidéo hyper réaliste, mais aussi hyper violent qui exploite la fameuse technologie mise au point par GameSoft France.

Apocalypse Transferts est indéniablement un thriller efficace et nerveux. Une course-poursuite sanglante qui part dans plusieurs directions et vous réservera quelques belles surprises au détour de ses nombreux virages mortels. De fait c’est sombre à souhait et pas franchement optimiste (noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir), mais c’est aussi le but recherché.

Les personnages sont bien travaillés et nuancés. Hormis le flic, les autres acteurs de l’intrigue n’ont pas grand-chose pour s’attirer la sympathie des lecteurs ; je reconnais toutefois avoir eu un faible pour Tonton Jackson (derrière ce surnom un tantinet ridicule se cache une véritable machine de guerre).

Je doute que ce roman soit représentatif de l’univers de Fabio M. Mitchelli, il va falloir que je creuse la question, en me penchant notamment sur ses titres qui font partie de la collection La Bête Noire de Robert Laffont.

D’un point de vue purement technique j’ai trouvé que le fichier epub manquait de finition, l’intégration d’une table des matières aurait été un plus appréciable pour les lecteurs qui, comme moi, lisent sur plusieurs supports (PC et liseuse).

MON VERDICT

Morceau choisi que je dédie à la mémoire de mon père.

Merci pour les coups de ceinture, ils étaient mérités et m’ont appris à grandir en restant droit dans mes bottes… ce qui n’exclut pas d’avoir un bon nombre de conneries à mon actif.
Ils m’ont aussi appris que répondre crânement « même pas mal » après une punition est une très mauvaise idée !

Il repense aux rares fois où son père lui avait remis du plomb dans la tête, alors qu’il n’était qu’un ado boutonneux et effronté. Chaque fois qu’il dépassait les limites, le cuir de la ceinture du paternel venait caresser celui de ses fesses en claquant, lui laissant quelques marques superficielles qui disparaissaient le lendemain. Et après ? Cela avait-il fait de son père un bourreau d’enfants, un père indigne, une brute épaisse qui maltraitait son gosse ? Non, il avait éduqué son fils à sa manière, à sa façon, celle d’un papa qui avait connu un temps où les enfants respectaient leurs parents, une époque où les enfants restaient à leur place, une époque où ils étaient conscients que père et mère étaient là pour les placer sur le chemin de la vie, et non pas les laisser plonger dans l’abîme, les laisser s’éduquer seuls, comme certains parents démissionnaires peuvent le faire de nos jours.
(…) Il avait appris à respecter les autres et à aider son prochain, voilà ce qu’un tout petit nombre de coups de ceinture sur le cul lui avait valu.
Aujourd’hui, certains adolescents frappent leurs parents, les menacent, les blessent physiquement et leur font subir des douleurs psychologiques qui infligent bien plus de mal que deux ou trois coups de ceinturon.

[BOUQUINS] Steve Hamilton – La Deuxième Vie De Nick Mason

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S. Hamilton - La deuxième vie de Nick Mason
Titre : La Deuxième Vie De Nick Mason
Auteur : Steve Hamilton
Éditeur : Clamann-Lévy
Parution : USA (2016)
Origine : France
310 pages

De quoi ça cause ?

Nick Mason sort de prison après cinq ans de détention alors qu’il devait purger une peine de vingt-cinq ans. Il doit sa libération a un deal passé avec Darius Cole, un puissant caïd e Chicago condamné à perpét.

Mais Nick Mason n’est pas pour autant totalement libre. Le deal est simple : quand le téléphone sonne, il répond et il fait ce qu’on lui demande sans discuter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est le hasard qui m’a poussé à me pencher sur ce bouquin, le pitch m’a plu alors pourquoi pas ? Le fait que des auteurs comme Don Winslow, Michael Connelly, Lee Child, Harlan Coben ou encore Stephen King l’encensent m’a un peu aidé, j’avoue.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Malgré une quatrième de couv’ des plus attrayante (à mon goût en tout cas) et un accueil outre-Atlantique dithyrambique (aussi bien par la critique que par ses pairs… et non des moindres), il restait un frein susceptible de freiner mes ardeurs.

Ce roman est en effet le premier tome d’une trilogie, du coup l’idée de devoir patienter pendant un temps indéterminé avant de découvrir la suite a jeté un froid sur mon enthousiasme initial (chat échaudé craint l’eau froide… suivez mon regard vers un certain GRRM qui nous fait languir depuis des années avec la suite du Trône de Fer). Une rapide recherche sur le Net a suffi à dissiper mes doutes, les deux autres opus sont d’ores et déjà disponibles en VO, on peut donc légitimement espérer une traduction française dans des délais raisonnables.

Si Steve Hamilton a déjà plusieurs romans à son actif, dont quelques-uns traduits en français, j’avoue humblement que je ne connaissais pas du tout l’auteur avant de croiser ce titre dans le calendrier « à paraître » de Babelio. Tant qu’à découvrir un nouvel auteur, autant commencer par le début d’un nouveau cycle (sa précédente série, Alex McKnight, compte déjà onze titres, dont seulement trois dispo en VF chez Seuil).

La première phrase du roman donne le ton d’emblée :

La liberté de Nick Mason dura moins d’une minute.

Plus tard, Darius Cole lui exposera la condition sine qua non à sa remise de peine :

Pendant ces vingt ans-là, ta vie m’appartiendra, oui, à moi.

Enfin, à sa sortie de prison, Marcos Quintero, l’homme de confiance de Cole, enfoncera le clou en lui fixant une seule et unique règle qui régira ses prochaines années :

Je vais te donner un portable. Tu réponds quand je t’appelle. Où que ce soit. Jour et nuit. Pas question d’être occupé. Pas question d’être indisponible. Il n’y a que toi qui réponds. Et tu fais exactement ce que je te dis de faire.

Pas simple dans ces conditions pour Nick Mason de renouer le contact avec son ex et surtout avec sa fille ; d’autant que le téléphone ne tardera pas à sonner. Et Nick de comprendre dans quel merdier il s’est fourré !

La construction du roman permet non seulement de suivre le déroulé de l’intrigue, mais aussi d’en apprendre davantage sur le passé de Nick Mason, notamment sur les raisons de sa condamnation et, de fait, sa rencontre avec Darius Cole. Des flashbacks parfaitement intégrés au récit présent sans rompre le rythme (soutenu) de croisière imposé par l’auteur.

Une intrigue que Steve Hamilton mène à la baguette sans le moindre faux pas. Pas véritablement de revirements inattendus de situation, mais il n’empêche que vous aurez du mal à lâcher ce bouquin une fois qu’il vous aura pris dans ses mailles. Un premier tome qui remplit parfaitement le contrat en somme : planter le décor et les personnages, et nous donner envie de découvrir la suite…

Sans surprise, ce premier tome ne nous livre pas toutes les clés permettant de discerner l’avenir de Nick Mason, de nombreuses questions restent sans réponse, il a toutefois le mérite d’apporter une conclusion cohérente à tout un pan de l’intrigue.

J’ai beaucoup aimé le soin apporté aux personnages, notamment l’absence de manichéisme, il n’y a pas du tout blanc ou du noir, juste une large palette de nuances de gris. J’aurais beaucoup de plaisir à retrouver Mason, Cole et Quintero ; mais aussi Sandoval, un inspecteur qui s’est juré de renvoyer Mason en taule.

Vous l’aurez compris j’ai succombé aux charmes de cette découverte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Patrice Guirao – Le Bûcher De Moorea

AU MENU DU JOUR

P. Guirao - Le bûcher de Moorea
Titre : Le Bûcher De Moorea
Auteur : Patrice Guirao
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

À Moorea, Lilith, photographe de presse, et Maema, journaliste, sont amies et travaillent toutes deux pour le quotidien La Dépêche de Tahiti. Elles sont envoyées sur une scène de crime particulièrement sordide, plusieurs corps ont été incinérés après avoir été démembrés dans un macabre simulacre de bûcher funéraire.

Pourquoi une telle mise en scène ? Mise en scène ou authentique crime rituel ? L’enquête s’annonce particulièrement complexe, les deux amies ne comptent pas être tenues à l’écart par la gendarmerie en charge de l’affaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre appartenant à la collection La Bête Noire des éditions Robert Laffont.

Pour le cadre, un thriller se déroulant en Polynésie Française, voilà qui n’est pas ordinaire.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma sollicitation pour ce titre.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie Française ne peuvent aucunement être considérées comme des territoires voisins. D’une part c’est une assertion géographiquement erronée, même si ces deux territoires sont baignés par le Pacifique Sud, il y a plus de 4600 kms entre Nouméa et Papeete (à titre de comparaison, la distance séparant Paris à Moscou, à vol d’oiseau, est de 2500 kms). D’autre part c’est culturellement parlant tout aussi faux, comme son nom l’indique la Polynésie est de tradition polynésienne alors que la Nouvelle-Calédonie est de tradition mélanésienne. Administrativement la Polynésie Française a le statut de collectivité d’outre-mer (COM)depuis 2003 (anciennement territoire d’outre-mer, TOM) ; la Nouvelle-Calédonie, anciennement TOM, est devenue collectivité sui generis (ou COM à statut particulier) en 1999.

Avec ce roman je découvre une forme littéraire que je ne connaissais pas, le roman noir azur, un roman noir fortement imprégné de vie tropicale ; Patrice Guirao en parle mieux que moi :

Le roman « noir azur » est une alternative. Il ne suffit donc pas que le roman noir s’inscrive dans un cadre insulaire tropical pour qu’il devienne « noir azur ». Il faut qu’il s’imprègne de l’essence de la vie et des pulsations des forces naturelles en présence dans cette partie du monde. On doit y entendre les bruits de l’océan et les silences des lagons, y voir les couleurs qui chatoient et l’immensité des petites choses, la fragilité et la tendresse, comme la puissance et la violence contenues.

Extrait du Petit manifeste élargi du polar « noir azur » joint au présent roman.

Calédonien d’adoption depuis bientôt 40 ans et grand amateur de polars / thrillers / romans noirs, il m’est impossible de ne point succomber à la tentation face à une telle promesse.

L’auteur vivant en Polynésie Française depuis de nombreuses années doit avoir une bonne connaissance des us et coutumes du peuple polynésien, et plus particulièrement des traditions tahitiennes. D’ailleurs la présence d’un glossaire expliquant les nombreux termes tahitiens est une bonne initiative même si on en saisit globalement le sens dans le contexte.

Direction Moorea donc pour y suivre Lilith et Maema qui vont prêter main-forte à la gendarmerie afin de résoudre un crime particulièrement sordide. Une enquête qui leur réservera bien des surprises, et pas toujours des plus agréables.

Parallèlement l’auteur nous invite à suivre Nael, un tueur en série qui sévit en Métropole, choisissant ses victimes au hasard et variant les modes opératoires, la police n’a pas encore fait le lien entre ces nombreuses scènes de crimes. Habitué à ne rien laisser au hasard (à part le choix de ses victimes), il va pourtant être sérieusement ébranlé par une découverte faite sur les lieux de son dernier forfait. Il va rapidement comprendre que pour trouver les réponses à ses questions, il va devoir se rendre en Polynésie Française.

Et puis il y a Gaspard. Un personnage que rencontrera Nael un peu par hasard, et le moins que l’on puisse dire c’est que cette rencontre sera pour le moins déconcertante (pour lui, et pour nous). Je serai tenté de dire qu’il y a deux approches possibles face à ce brave Gaspard. La première étant « simplement » d’accepter qu’il soit ce qu’il affirme être et de fait la touche de fantastique qu’il apporte au roman. La seconde option étant de considérer Gaspard comme la créature qu’il est et rien de plus, les « dialogues » de Nael devenant des monologues avec sa propre conscience. Personnellement j’ai opté pour le premier choix, d’autant que j’ai trouvé Gaspard fort sympathique et plein d’à-propos.

Vous l’aurez compris, l’intrigue est fortement teintée de noir ; ce qui n’empêche pas la touche azur d’être omniprésente et particulièrement bien traitée. Certains lecteurs pourraient trouver que certains détails de ces scènes de vie tahitienne sont à la limite du cliché facile ; pour ma part j’estime qu’elles sont le reflet d’une réelle douceur de vivre tropicale. Douceur qui ne fait malheureusement pas obstacle à la misère, à la délinquance et au crime. Comme le chantait fort justement le grand Charles (mais non, pas de Gaulle ! Aznavour) : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil« .

Malgré la noirceur de son intrigue, l’auteur conserve un ton résolument frais et optimiste, les quelques touches d’humour sont bienvenues et sonnent juste. Ce roman este une belle découverte malgré un élément du final que j’ai trouvé un peu tiré par les cheveux. La collection La Bête Noire ajoute une nouvelle corde à son arc avec ce titre.

Il semblerait que Patrice Guirao ait décidé de faire de Lilith un personnage récurrent de ses prochains romans, un second opus est annoncé pour janvier 2020 ; le court extrait offert à la fin du roman a de quoi nous faire baver d’impatience. Il me tarde de retourner à Moorea pour y retrouver Lilith et ses amis… et pourquoi pas Gaspard ?

MON VERDICT

[BOUQUINS] R.J. Ellory – Le Chant De L’Assassin

AU MENU DU JOUR

R.J. Ellory - Le chant de l'assassin

Titre : Le Chant De L’Assassin
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2015)
496 pages

De quoi ça cause ?

1972. Tout juste libéré de prison Henry Quinn entend bien tenir la promesse qu’il a faite à son ami et codétenu, Evan Riggs, condamné à perpétuité pour meurtre. Il doit se rendre à Calvary et remettre à la fille d’Evan, Sarah, une lettre.

Arrivé à Calvary, Henry Quinn se heurte à l’hostilité de Carson Riggs, le frère aîné d’Evan et shérif de la ville. Mais il faudra bien plus que ça pour que Henry renonce à la promesse faite à son ami…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est R.J. Ellory, un duo gagnant qui ne m’a jamais déçu (même si je suis loin d’avoir lu tous les romans de l’auteur).

Ma Chronique

Une fois de plus je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour la confiance qu’ils me témoignent en acceptant de répondre favorablement à ma sollicitation.

C’est le cinquième roman de R.J. Ellory que je lis et à chaque fois je suis surpris par la capacité qu’a cet auteur à se renouveler ; aucun de ses titres ne ressemble aux précédents, ce dernier opus se démarque une fois de plus du lot tout en portant la griffe inimitable de l’auteur.

Une griffe qui impose l’humain au premier plan de ses intrigues, c’est encore le cas avec non pas un, ni même deux, mais trois personnages principaux et une flopée de personnages secondaires, secondaires, mais non cantonnés à des rôles de potiches, loin s’en faut !

R.J. Ellory nous livre une intrigue qui s’articule autour de deux axes, aussi bien personnels que temporels, qui se chevaucheront au fil des chapitres. Un premier arc narratif nous place dans le présent (enfin tout est relatif, le présent de l’intrigue étant l’année 1972) et suivra Henry Quinn tandis qu’il s’efforcera, contre vents et marées, à tenir la promesse faite à son ami. Le second arc narratif s’intéresse à la famille Riggs, notamment au parcours des deux frères, Carson et Evan.

Henry Quinn se retrouve en prison par la faute à pas de chance, une connerie qui tourne mal et le voilà emprisonné. C’est là qu’il fera la connaissance d’Evan Riggs qui lui sauvera la vie et rendra sa peine plus supportable. Voilà pourquoi, une fois libre, il tient tant à honorer la promesse faite à son ami.

Evan Riggs de son côté avait tout pour réussir, quelques mauvais choix et beaucoup d’alcool plus tard, le voilà condamné à perpétuité pour meurtre. Certes ce n’est pas un ange, mais l’on ne peut que ressentir une profonde empathie pour le personnage.

Empathie qu’on ne peut éprouver pour son frère, Carson Riggs, l’archétype du fils de pute irrécupérable quasiment du début à la fin du bouquin. Il n’en reste pas moins que j’ai adoré le détester.

Trois hommes dont le destin sera étroitement lié à deux femmes. Henry pourra en effet compter sur le soutien indéfectible (et plus si affinités) de Evie Chandler, une jeune femme qu’il rencontrera lors de son passage à Calvary. Chez les frères Riggs c’est Rebecca Wyatt qui sera, bien malgré elle, la pomme de discorde.

D’autres individus viendront enrichir le récit et donner corps à l’intrigue, R.J. Ellory apporte le même soin à tous ses personnages, quel que soit leur importance dans le déroulé du récit. Vous découvrirez que la petite ville de Calvary cache bien des secrets, secrets enterrés que ses habitants n’ont pas envie de voir remonter à la surface.

Un récit bourré d’émotions, du rire aux larmes, de l’amour à la haine, que vous prendrez en pleine gueule au fil des pages ; l’auteur sait y faire pour vous faire vivre intensément son intrigue.

Dans le roman Evan Riggs sort un album intitulé The Whiskey Poet, un clin d’œil au groupe The Whiskey Poets dans lequel il officie comme chanteur et guitariste. Soit dit en passant, il faudrait que je vous en reparle, j’aime beaucoup ce qu’ils font.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Olivier Norek – Surface

AU MENU DU JOUR

O. Norek - Surface
Titre : Surface
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2019
Origine : France
424 pages

De quoi ça cause ?

Noémie Chastain est chef de groupe à la brigade des Stups du Bastion. Au cours d’une opération, elle essuie un coup de feu qui lui emporte la moitié du visage. Elle survivra, mais les blessures physiques ne seront peut-être pas les plus difficiles à soigner, les dégâts psychiques sont énormes.

Au terme de sa convalescence, sa hiérarchie décide de la « mettre au vert » en l’envoyant dans un commissariat de campagne paumé au fin fond de l’Aveyron…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Olivier Norek, une raison qui se suffit à elle-même…

Ma Chronique

Olivier Norek a conquis ses lecteurs avec son groupe Costes, trois excellents romans mettant en scène un groupe de flics de SDPJ 9-3 (service dans lequel l’auteur a lui-même officié) et que, et je ne pense pas être le seul dans ce cas, je ne désespère pas de croiser à nouveau. Puis il a surpris tout le monde avec le magistral Entre Deux Mondes, roman social et sociétal d’une noirceur insondable, mais brillant aussi d’une profonde humanité. Avec Surface il change de nouveau son fusil d’épaule tout en restant fidèle au polar.

Surface c’est avant tout l’histoire de Noémie Chastain, ou plus exactement de No comme elle se surnomme depuis la fusillade, histoire de bien souligner qu’une grande partie de son ancien moi a aussi été balayée par ce tir.

L’histoire d’une femme qui doit apprendre à vivre avec ces blessures au corps et à l’âme, à accepter le regard des autres, mais aussi et surtout à s’accepter elle-même. Et il faut bien avouer que Olivier Norek ne va pas lui simplifier la tâche. Dévisagée par le tir, plaquée par son mec, placardiser par sa hiérarchie… la totale !

Un parcours difficile décrit avec beaucoup de justesse par l’auteur. Une fois de plus il donne à son récit une dimension profondément humaine qui va droit au cœur. On a envie de voir Noémie se redresser, tel un phénix renaissant de ses cendres.

Un vibrant (et brillant) hommage à ces hommes et femmes de l’ombre qui réparent les gueules cassées et les âmes brisées de nos soldats et de nos flics blessés en opération. Un hommage bienvenu dans une période où la tendance (nauséabonde) du moment serait plus de cracher à la gueule des flics.

On retrouve cette même humanité bienveillante (mais sans une once de niaiserie) dans la relation que Noémie essaye de mettre en place avec sa nouvelle équipe. Pas évident quand on sait que son but, inavoué, est de faire fermer ce commissariat avant de rentrer à Paris et retrouver son groupe.

Une humanité que l’on retrouve aussi dans le contexte rural du récit, tous les habitants du village se connaissent, les relations avec la police ne sont pas aussi impersonnelles qu’elles peuvent l’être dans une grande ville.

Mais Surface c’est aussi un roman policier. N’allez surtout pas imaginer que Olivier Norek néglige cet aspect de son récit ; il nous propose une intrigue soignée, maîtrisée de bout en bout et riche en surprises jusqu’à une ultime révélation totalement inattendue.

Une intrigue surgie d’un passé que beaucoup auraient préféré laisser dormir dans les profondeurs de l’oubli. Où les secrets du passé auront des répercussions dans le présent.

Une intrigue qui permet à l’auteur de mettre en avant une unité méconnue de la police, la brigade fluviale, basée à Paris, mais ayant une compétence nationale. Brigade d’élite qui a pourtant été pointée du doigt l’an dernier suite au décès d’une de ses plongeuses, Amandine Giraud, au cours d’un entrainement.

Dans le roman c’est surtout l’occasion pour l’auteur de nous offrir une séance de plongée d’une incroyable intensité.

Une fois de plus Olivier Norek signe un polar qui fera date et qui ne ressemble à nul autre. Un polar avec une héroïne hors du commun que l’on a envie de retrouver dans d’autres aventures.

MON VERDICT
Coup double