[BOUQUINS] Fabrice Papillon – Régression

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F. Papillon - Régression
Titre : Régression
Auteur : Fabrice Papillon
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Une scène de crime particulièrement sordide est découverte dans une crique de Bonifacio. L’enquête est naturellement confiée à la gendarmerie, c’est le lieutenant Vannina Aquaviva qui est désignée à la tête du groupe d’investigation.

À peine arrivée sur les lieux, Vannina apprend que la police a été co-saisie sur ordre du procureur. A son grand désarroi, elle va devoir faire équipe avec le commandant Marc Brunier, récemment muté (placardisé) en Corse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis passé à côté du précédent roman de Fabrice Papillon, Le Dernier Hyver, totalement rebuté par la couv’. Au vu des nombreuses critiques élogieuses que j’ai lues par la suite je me suis dit que j’étais sans doute passé à côté de quelque chose… pas question de rater le coche une seconde fois !

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si vous pensez avoir tout lu, tout vu en matière de thriller et que vous vous sentez blasé, je vous invite à vous plonger dans Régressions. Vous aurez entre les mains un roman qui ne ressemble à nul autre, un cocktail aussi efficace que détonnant entre thriller scientifique, thriller historique et thriller fantastique, le tout mâtiné d’une pointe de thriller psychologique.

Au vu du titre et la couverture je craignais une intrigue proche du roman Erectus de Xavier Müller, non que ce dernier m’ait déçu, bien au contraire, mais j’espérais vraiment une intrigue totalement nouvelle. Et j’ai été plus que servi, les deux romans sont totalement différents, tant par leur intrigue que par leur approche.

Si le personnage de Marc Brunier était déjà au centre du précédent roman de l’auteur, celui-ci peut parfaitement se lire indépendamment du Dernier Hyver. Sachez toutefois que si vous optez pour ce choix (qui a été le mien), vous aurez quelques spoilers majeurs quant au dénouement de l’intrigue du Dernier Hyver.

Dans le présent roman le personnage de Marc Brunier, bien qu’essentiel au déroulé de l’intrigue, est plutôt relégué au second plan au profit de Vannina Aquaviva (si, si vous avez bien lu, Vannina… comme la Vanina chantée par Dave, mais avec deux n), une jeune gendarme corse tout aussi tourmentée que son aîné… quoique… peut-être pas quand même !

Mais elle était seule, et ne pouvait compter que sur Brunier, ce qui achevait de la déprimer. Car ces deux-là formaient un duo improbable. Il était aussi grand qu’elle était petite. Il était flic, elle était gendarme. Il était continental, elle était corse. Il était un père déchiré par la mort de sa fille ; elle était une fille perdue en quête de l’image du père. Bien sûr, ils tentaient de surnager dans une affaire qui les dépassait tous les deux. Ils n’avaient d’autre choix que de se reposer l’un sur l’autre ; deux béquilles plantées dans des sables mouvants.

Une enquête conjointe menée à la fois par la police et la gendarmerie, avec toujours un zeste de méfiance (voire de défiance) de part et d’autre. Une enquête corse (impossible de ne pas placer ce clin d’œil à la BD de Pétillon, adaptée au cinéma par Alain Berbérian) qui va rapidement s’internationaliser avec l’apparition de nouvelles scènes de crimes…

L’auteur nous concocte une galerie de personnages particulièrement soignée, ne serait-ce qu’au travers du groupe d’enquête (gendarmes, policiers et consultants). Chaque personnage bénéficie d’une personnalité qui lui est propre.

Je reconnais avoir un faible pour le major Carlier, un gendarme que ses collègues surnomment affectueusement Pierre Richard. Personnellement j’aurai plutôt opté pour François Pignon, l’archétype du gaffeur, maladroit ou distrait (voire les trois à la fois), cher à Francis Veber (incarné notamment par Pierre Richard dans Les Compères et Les Fugitifs mais immortalisé par Jacques Villeret dans Le Dîner De Cons).

Le plus mystérieux restant incontestablement Laurent Marceau ou Zim (pour Zero Impact Man), un anthropologue qui semble en savoir bien plus qu’il ne veut bien le montrer.

Au fil des chapitres on replonge dans le passé de l’humanité, de – 36000 av. J.C. (au cas où il serait utile de le préciser il s’agit de Jésus Christ et non de Jacques Chirac) à 1975, l’occasion de croiser de nombreux personnages historiques, tels que Homère, Socrate, Jésus, Michel-Ange, Rabelais, Lamarck ou encore Himmler, et de les mettre en scène dans des situations fictives permettant de faire évoluer l’intrigue dans le sens voulu par Fabrice Papillon.

Un choix certes audacieux, mais totalement maîtrisé par l’auteur qui parvient à nous convaincre de la véracité des faits exposés (à condition bien sûr de vouloir se laisser convaincre… un esprit réfractaire et très bien documenté aurait sûrement maintes objections à opposer).

L’intrigue contemporaine, et donc l’enquête de police, se déroule dans un futur proche puisqu’elle débute en février 2020. Malgré une situation des plus improbables, l’auteur réussit à nous tenir en haleine avec une intrigue riche en rebondissements. Une fois encore le résultat est d’une redoutable efficacité, on a du mal à lâcher prise tant on veut connaître la suite.

Une intrigue fortement teintée d’écologie, mais au sens noble du terme, à l’opposé de sa forme pervertie par les affres de la politique et les ambitions personnelles des uns et des autres (sauf peut-être dans certains propos discutables tenus par Zim).

Nous, les hommes modernes, responsables de la destruction de quatre-vingts pour cent de la biodiversité, avons aussi exterminé les loups. L’homme a perdu la tête, il nuit à tout ce qui l’entoure. À tout ce qui vit, à toute la planète. Il faudra bien qu’il paie, un jour, vous ne croyez pas ?

Un (tout) petit bémol personnel concernant les (trop) nombreuses références à la foi chrétienne, pour l’indécrottable athée que je suis ça devenait parfois irritant. Heureusement une phrase prononcée par Nietzsche (dans le roman), vient contrebalancer le propos :

Jésus était l’homme le plus noble que la Terre eût jamais porté ! Il était aussi le seul vrai chrétien. Tous les autres n’ont fait que dénaturer son message. Les Évangiles sont une falsification de sa parole ! Le christianisme n’est qu’une énorme mystification, un mensonge éhonté !

Je pourrai aussi citer Zim à propos des rituels druidiques qui sont toujours célébrés à Stonehenge :

Il n’y a pas que des prêtres, des rabbins ou des imams sur Terre. Chacun ses croyances. Les religions monothéistes n’ont pas tout balayé. Par exemple, il existe encore des chamanes, un peu partout.

J’ai été touché par le discret et émouvant hommage rendu à Arnaud Beltrame, le lieutenant-colonel de la gendarmerie qui, en mars 2018, s’est substitué à une otage avant d’être lâchement assassiné par un terroriste (qui ne mérite même pas d’être nommé) se réclamant de l’État Islamiste.

Un roman passionnant et palpitant de bout en bout et, cerise sur le gâteau, très bien écrit. Fabrice Papillon a su tirer le meilleur de l’impressionnant travail de recherche et de documentation auquel il a dû se livrer pour nous offrir un roman unique en son genre. Pour vous dire, j’ai même trouvé les démonstrations scientifiques intéressantes alors que généralement c’est le genre de truc qui me fait bailler d’ennui.

Cinq étoiles amplement méritées, mais pas de bonus (coup de cœur ou coup de poing), je ne peux définitivement pas adhérer à l’idée d’une race d’or qui viendrait faire un grand nettoyage par le vide afin de repartir sur des bases plus saines (c’est nauséabond comme propos, même si la race de fer visée mériterait amplement de se faire éradiquer). Je tiens à préciser qu’en aucun cas je n’accuse Fabrice Papillon de véhiculer ce genre d’idée, son roman reste une oeuvre de fiction (et une fiction foutrement bien menée qui plus est).

Qui plus est je vous avouerai que me raser tous les deux jours est déjà une corvée pour moi, je me vois mal évoluer (régresser ?) en clone de Chewbacca ! Non merci.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alan Glynn – L’Expérience

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A. Glynn - L'Expérience
Titre : L’Expérience
Auteur : Alan Glynn
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Irlande (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Dans les années 50 Ned Sweeney teste, à l’insu de son plein gré, une drogue qui démultiplie sa perception et ses capacités intellectuelles. De nouveaux horizons s’ouvrent à lui, mais quel sera le prix à payer pour y goûter ?

De nos jours, Ray Sweeney ne sait quasiment rien de son grand-père, sauf que celui-ci s’est suicidé dans les années 50. Quand il rencontre Clay Proctor, ancien agent de la CIA et ancien conseiller de Richard Nixon, ce dernier lui annonce quasiment de but en blanc que Ned Sweeney ne s’est pas suicidé

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au risque de me répéter, parce que c’est Sonatine, une maison d’édition qui ne m’a jamais déçu.

Parce que le pitch m’a rappelé le film Limitless avec Bradley Cooper et Robert De Niro.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

En découvrant la quatrième de couv’ j’ai tout de suite fait le rapprochement avec le film Limitless réalisé par Neil Burger et sorti en 2011 ; rien d’étonnant à cela puisque j’ai rapidement découvert le film était adapté du roman Champs De Ténèbres signé… Alan Glynn (son premier roman, publié en 2001 et traduit en 2004). L’Expérience peut donc s’envisager à la fois un prequel et une suite de celui-ci, même s’il peut parfaitement être lu indépendamment du précédent.

Alan Glynn serait-il adepte de private joke ? En effet dans ce bouquin il s’autorise une allusion discrète au film Limitless : « La plupart prétendaient être la « vraie » version d’une drogue cognitive fictive qui était apparue dans un film récent. »

Dans la même veine, un des personnages que rencontre Ray dans le cadre de son enquête sur le MDT-48 mentionne le cas Eddie Spinola, qui n’est autre que le héros du roman Champs De Ténèbres et donc du film Limitless.

Les chapitres alternent entre les deux arcs narratifs élaborés par l’auteur. Un bond dans le passé pour retrouver Ned Sweeney dans les années 50, alors qu’il expérimente les effets du MDT-48, cobaye malgré lui dans un premier temps, puis de son propre chef par la suite. Et retour de nos jours alors que Ray Sweeney enquête afin de découvrir la vérité sur ce qui est réellement arrivé à son grand-père.

Deux intrigues pour le prix d’une ! Et deux styles narratifs différents, l’enquête de Ray étant rédigée à la première personne (c’est lui qui relate les faits) alors que le parcours de Ned est écrit à la troisième personne.

Deux histoires indépendantes, mais inévitablement liées entre elles. Alan Glynn mène sa barque (ou peut-être devrai-je dire ses barques) avec une redoutable efficacité et un sens du rythme qui ne fera jamais défaut et ce quelle que soit l’intrigue en cours (j’avoue toutefois avoir eu une légère préférence pour les chapitres consacrés à Ned, même si l’enquête de Ray demeure passionnante).

Succombez à la tentation de cette expérience, vous ne le regretterez pas ! Bien malin celui qui peut affirmer en toute bonne foi que si une drogue comme cette fameuse MDT-48 existait, il ne se laisserait pas tenter par l’expérience ? Pour ma part je signe tout de suite pour un abonnement à vie !

Une belle découverte ce roman, dommage que Champs De Ténèbres ne soit pas dispo en numérique, ça m’a donné envie de prolonger l’expérience… Je peux toujours me consoler en revisionnant Limitless.

Pour l’anecdote le programme MK-Ultra de la CIA n’est malheureusement pas une invention d’Alan Glynn, l’Agence a bel et bien cherché à développer diverses techniques de manipulation mentale, notamment par le biais de substances chimiques. Des expérimentations (impliquant l’usage de LSD) ont même été réalisées sur des sujets à leur insu, et/ou dans des conditions plus que déontologiquement et humainement discutables.

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Lagercrantz – La Fille Qui Devait Mourir

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D. Lagercrantz - La fille qui devait mourir
Titre : La Fille Qui Devait Mourir
Série : Millénium – Livre 6
Auteur : David Lagercrantz
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2019
Origine : Suède
320 pages

De quoi ça cause ?

Lisbeth Salander poursuit sa quête de vengeance contre sa sœur, Camilla, mais cette dernière bénéficie de puissants soutiens dans le milieu du crime organisé russe.

Mikael Blomkvist va être emmené à se pencher sur le cas d’un SDF retrouvé mort, la victime avait en effet le numéro de téléphone de Mikael dans une de ses poches ; mais aucun autre indice permettant de l’identifier, sinon un corps profondément marqué par les épreuves.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il s’agit de l’ultime volet de la trilogie Millénium reprise par David Lagercrantz ; et donc sans doute des ultimes aventures de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander.

Ma Chronique

Reprendre le flambeau de la saga Millénium après Stieg Larsson était un pari plutôt osé, voire même franchement casse-gueule. Au final David Lagercrantz tire plutôt bien son épingle du jeu en s’appropriant les personnages et en imposant d’entrée de jeu sa griffe plutôt que de chercher à faire un copier-coller du style de Stieg Larsson.

Incontestablement le style de David Lagercrantz est beaucoup plus direct que celui de Stieg Larsson, de fait l’écriture perd une partie de son charme, en contrepartie le lecteur pourra se consoler par un rythme plus soutenu.

Comme depuis les débuts de la saga, les thèmes abordés collent à l’actualité du moment (avec notamment les fameuses usines à trolls russes), force est toutefois de reconnaître qu’ils sont traités de façons plus superficielles qu’à l’accoutumée ; à croire que l’auteur a voulu tout miser sur son intrigue pour clore sa trilogie.

Une intrigue qui se jouera sur deux tableaux, avec d’un côté Lisbeth qui prépare son ultime confrontation avec sa sœur et ses sbires, et de l’autre Mikael qui cherche à percer les secrets d’un SDF retrouvé mort. Deux arcs narratifs distincts qui n’empêcheront pas Lisbeth et Mikael de se croiser… pas toujours dans les meilleures conditions !

Si la partie de l’intrigue autour de Lisbeth est de loin la plus mouvementée, ce n’est pas pour autant la plus captivante. J’ai trouvé l’enquête et l’intrigue autour du SDF décédé était travaillée beaucoup plus en profondeur ; d’autant que ses implications s’avéreront bien plus complexes que Mikael pouvait le supposer.

À vrai dire j’ai parfois eu l’impression que Lisbeth tenait plus du Terminator indestructible que de l’être humain (surtout dans la phase finale de l’affrontement avec sa sœur). Ce côté un tantinet too much m’a davantage amusé que réellement dérangé.

Outre Lisbeth et Mikael, les habitués de la saga retrouveront avec plaisir un bon nombre de personnages déjà croisés dans les précédents romans, qu’il s’agisse de la trilogie de Stieg Larsson ou de celle de David Lagercrantz. Bien entendu le présent roman nous offre aussi son lot de nouveaux personnages, plus ou moins impliqués dans le déroulé des événements.

Si cet ultime opus est incontestablement efficace, un peu plus d’éclat eut été le bienvenu afin de nous offrir un bouquet final en apothéose. Ce qui ne m’a nullement empêché de le dévorer en deux petites journées.

Je conçois volontiers que les inconditionnels de Stieg Larsson puissent voir d’un mauvais œil le fait que David Lagercrantz ait repris le flambeau Millénium, pour ma part, et loin de toute polémique stérile autour des droits des uns et des autres, je pense que cette trilogie a le mérite de boucler la boucle.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Dominique Forma – Coups De Vieux

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D. Forma - Coups De Vieux

Titre : Coups De Vieux
Auteur : Dominique Forma
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

André Milke et Clovis Martinez ont tous les deux la soixantaine bien tassée et de fortes personnalités, mais c’est bien tout ce qu’ils partagent. Le premier est un ancien gros bras de la Gauche prolétarienne alors que le second est un ex membre de l’OAS qui a activement combattu pour l’Algérie Française. Entre le gaucho et le facho ce n’est pas vraiment le grand amour.

Au cours d’une balade nocturne (en tenue d’Adam) sur les plages naturistes du Cap d’Agde, André tombe sur le corps sans vie de Emma Paretto, la fiancée de son ami Luc Dallier. Quand il réalise que l’enquête de police s’enlise et qu’il ferait un parfait suspect, contre toute attente c’est à Clovis qu’il demande de l’aide…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu et très souvent agréablement surpris.

L’idée de voir enquêter ces deux vieux réacs que tout semble opposer a sérieusement titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire de ce roman policier est qu’il ne ressemble à nul autre, ne serait-ce que pour cette originalité il a toute légitimité à figurer au répertoire de La Bête Noire. Il faut bien reconnaître toutefois que si vous cherchez un thriller qui vous mette les nerfs à rude épreuve le bouquin de Dominique Forma n’est pas vraiment le choix idéal.

Si dans l’ensemble l’intrigue tient plutôt bien la route, et pourrait même vous réserver quelques surprises, il ne faut s’attendre à de brusques montée d’adrénaline. A l’image de l’improbable duo qui porte le bouquin, on est davantage en mode diesel qu’en turbo… Il faut dire que André et Clovis doivent composer avec les petits tracas liés à leur âge (réflexes élimés, arthrose…) ; dans de telles conditions, il vaut mieux ménager la mécanique afin d’éviter toute mauvaise surprise.

Clairement le roman est porté par ce duo atypique d’enquêteurs presque septuagénaires, si l’esprit est encore vif, il en va autrement pour le corps… comme ils pourront s’en rendre compte à plusieurs reprises au cours de leur enquête.

C’est surtout leur antagonisme quasi permanent qui donne toute sa saveur au récit. Deux vieux réacs aux idéologies radicalement opposées. Mais cela ne les empêche toutefois pas de s’apprécier… avec modération ! Même s’ils préféreraient sans doute mourir dans les plus atroces souffrances que de reconnaître un semblant d’affection l’un pour l’autre.

Une enquête que les amènera à côtoyer des individus plus ou moins fréquentables et à se perdre dans les méandres d’un complexe montage immobilier et financier permettant de blanchir l’argent sale d’un caïd du milieu… mais là encore ces questions ne sont abordées qu’en surface.

La touche de charme est apportée par le personnage d’Alexe, la jeune et très délurée voisine de Clovis qui affiche ouvertement une sexualité libérée et sans tabous, profitant de l’été pour s’envoyer en l’air dans les dunes.

Dominique Forma semble s’être beaucoup amusé à écrire ce roman et parvient à nous communiquer cette bonne humeur, grâce notamment à un style épuré et direct. On en arrive à apprécier la compagnie de ces deux vieux grincheux qui passent leur temps à se chamailler (à l’image des deux vieux du Muppets Show… une comparaison qui ne parlera sans doute qu’aux vieux de la vieille).

Une lecture sympathique qui ne se prend pas au sérieux mais qui assure pleinement par son côté divertissant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Royer – Lésions Intimes

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C. Royer - Lésions Intimes
Titre : Lésions Intimes
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
393 pages

De quoi ça cause ?

Nathalie Lesage est capitaine à la Brigade de Répression du Proxénétisme (BRP) au fameux 36 Quai des Orfèvres. Elle et son équipe vont tout mettre en oeuvre pour démanteler l’organisation criminelle Gorgona qui a monté un important réseau de prostitution et autres déviances et perversions sexuelles…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Joël des éditions Taurnada m’a gentiment proposé de découvrir en avant-première (parution le 12 septembre) leur nouveau bébé ; c’est tout naturellement que j’ai accepté.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Joël pour sa confiance renouvelée.

Une fois de plus les éditions Taurnada frappent fort et juste avec un thriller original, totalement maîtrisé et addictif au possible. La richesse et la qualité de leur catalogue n’en finissent pas de me surprendre.

Une fois de plus un thriller porté par une héroïne doté d’une forte personnalité. Nathalie Lesage a effectivement un caractère bien trempé, parfois même un tantinet impulsif. Outre son enquête visant à démanteler Gorgona, elle va aussi devoir comprendre le pourquoi du comment d’une voix qui lui parle dans sa tête. Oui, vous avez bien lu, notre héroïne entend une voix (qui s’appelle Stephy… pas Jésus, c’était déjà pris) et pourtant elle est loin d’être folle à lier…

Pour ma part j’avais deviné quasiment d’entrée de jeu la raison d’être de cette voix ; restait à savoir ce qui se cachait exactement derrière. On pouvait légitimement s’attendre à quelque chose de bien glauque et on va être servi en la matière.

Il faut dire que Christophe Royer s’attaque à du lourd en se penchant sur le large éventail de perversions sexuelles qu’une organisation criminelle pourrait mettre à profit pour s’enrichir. Et il ne ménage pas ses lecteurs ! Âmes sensibles s’abstenir, âmes prudes prendre vos jambes à votre cou !

J’ai eu de sérieux soupçons sur l’identité du cadre de Gorgona que Nathalie et son équipe traque avant que l’auteur ne lève le voile sur ce mystère. Et du coup le lien entre Gorgona et Stephy s’est précisé au fur et à mesure que mon soupçon se confirmait.

Même si les différentes pièces du puzzle s’agençaient dans ma caboche avant que Nathalie ne fasse l’amalgame des indices en sa possession, j’ai pris énormément de plaisir à suivre cette enquête, et il me restait tout de même certaines zones d’ombre à éclaircir.

Au niveau de l’équipe de flics, j’ai beaucoup aimé le personnage du brigadier-chef Félix Lopin, qui ne manquera pas une occasion de couvrir sa capitaine préférée. Et comme le reste de la brigade, j’ai trouvé que le lieutenant Stocovitch était un subtil mélange entre un trou du cul et une tête à claques.

Pour une première incursion dans le thriller, Christophe Royer sort honorablement son épingle du jeu. J’ai d’ailleurs été agréablement surpris, à la lecture des remerciements, de découvrir que l’auteur nous donne rendez-vous « très bientôt » pour une nouvelle aventure en compagnie de Nathalie. Nul doute que je serai au rendez-vous.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jo Nesbo – Le Couteau

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J. Nesbo - Le Couteau
Titre : Le Couteau
Série : Harry Hole – T12
Auteur : Jo Nesbo
Éditeur : Gallimard
Parution : 2019
Origine : Norvège (2019)
608 pages

De quoi ça cause ?

Harry Hole n’est plus que l’ombre de lui même depuis que Rakel l’a quitté. Et comme toujours dans ces moments-là, c’est dans l’alcool qu’il trouve refuge.

Se croyant déjà au plus bas, Harry va découvrir, de la cruelle des manières, que l’on a toujours quelque chose à perdre, même quand on croit avoir déjà tout perdu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’te question ! C’est Jo Nesbo, mais aussi et surtout c’est le grand retour de Harry Hole. What else ?

Ma Chronique

Jo, mon petit Jo, pourquoi tant de haine ? Pourquoi un tel acharnement contre Harry ? OK, je reconnais que c’est quand il est au plus bas que Harry s’avère le plus efficace et le plus convaincant. Mais merde, là tu pousses le bouchon un peu loin ! Tu n’avais pas le droit de lui faire ça ; pas à lui… pas à elle ! Putain, Jo, tu déconnes.

À en croire la sagesse populaire « Qui aime bien, châtie bien« , si tel est le cas alors Jo Nesbo doit vraiment être raide dingue de son flic fétiche : Harry Hole. Ceux et celles qui se sont déjà frottés à la série savent que l’auteur prend un malin plaisir à malmener son personnage ; mais jamais il n’avait été aussi loin dans les tourments qu’il lui inflige. Mon entrée en la matière résume à la perfection ce que j’ai ressenti en découvrant la scène de crime…

Même si Harry est anéanti par cet ultime outrage, il pourrait faire sienne la devise de la ville de Paris : « Fluctuat nec mergitur » (il est battu par les flots, mais ne sombre pas) ; et ce n’est certainement pas une suspension qui l’empêchera de mener sa propre enquête afin de découvrir la vérité.

Avec les moyens du bord et le soutien de quelques précieux amis, Harry va mener une enquête de façon plus ou moins empirique. Suivant la piste qui se présente à lui jusqu’à ce qu’elle ait délivré tous ses secrets, puis recommençant ses investigations à zéro à partir d’une nouvelle piste. Plus les pistes suivies n’aboutissent à rien, plus une vérité encore plus indicible que tout ce qu’il aurait pu imaginer va se dessiner.

Les habitués retrouveront avec plaisir des personnages déjà croisés dans les précédents romans de la série, mais il faudra aussi compter avec les nouveaux venus, dont certains joueront un rôle déterminant dans le déroulé de l’intrigue.

Si l’intrigue ne brille pas vraiment par son originalité, elle n’en reste pas moins totalement maîtrisée et devrait surprendre même les lecteurs les plus perspicaces (à ce titre l’ultime revirement de situation, à savoir l’identification du (ou de la) coupable, m’a laissé sur le cul ; je n’avais rien vu venir).

Ça fait bien longtemps que Jo Nesbo n’a plus rien à prouver pour mériter sa place au panthéon des auteurs de polars nordiques, et même de polars tout simplement. Il sait y faire pour rendre son intrigue addictive et monter crescendo en puissance.

Ce douzième roman de la série fait honneur à ses prédécesseurs, c’est vraiment une réussite à tout point de vue. Je reconnais volontiers qu’étant totalement accro au personnage de Harry Hole, je ne suis peut-être pas totalement objectif sur le sujet. Il parait que l’amour rend aveugle, c’est peut-être ce qui explique que je n’aie relevé aucune ombre au tableau.

Et maintenant ? Le lecteur est en droit de se poser la question en refermant le bouquin. On quitte Harry Hole face à plusieurs options quant à son avenir ; un avenir qu’il jouera sur un coup de dé, mais dont on ne connaîtra pas l’issue… Personnellement j’ai ma préférence, mais, quel que soit le choix que fera Harry j’espère qu’on le retrouvera dans d’autres aventures.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Cédric Cham – Broyé

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C. Cham - Broyé
Titre : Broyé
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2019
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Christo vit reclus, renfermé sur lui-même, en lutte permanente contre la colère qui bouillonne en lui depuis qu’il a quitté une enfance faite de coups et maltraitances en tout genre. Son seul ami est son chien, Ringo, un amstaff qui porte lui aussi les traces d’un passé douloureux.

Mathias, un jeune garçon, a fugué dans la nuit pour fuir les coups de ses parents. Kidnappé, il reprend connaissance, enfermé nu dans une cage trop petite pour lui. Son geôlier l’informe qu’il va le dresser afin de faire de lui un homme… un soldat.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham et que les deux précédents romans j’ai lus de cet auteur ont été à la fois de belles découvertes que des claques dans la gueule. Que ce soit par l’intensité de ses intrigues, ou la profondeur de ses personnages, l’auteur sait y faire pour nous plonger en totale immersion dans ses romans. Et on n’en ressort pas indemne.

Ma Chronique

Fidèle à son habitude Cédric Cham nous en met plein la tronche avec son dernier roman. On ne pourra pas lui reprocher de nous avoir pris par surprise, le titre et la couv’ annonçaient en effet la couleur. N’empêche qu’on referme le bouquin en étant au bord du KO.

Le gars n’a aucune pitié, dès le premier round il monte à l’assaut ; à peine le temps de comprendre ce qui nous arrive et nous voilà plongés dans un océan de noirceur. Du noir bien épais et visqueux, qui vous colle à la peau, au cœur et aux tripes, vous vrille les nerfs et vous fout des bleus à l’âme.

En moins de 300 pages Cédric Cham nous livre une intrigue parfaitement aboutie, maîtrisée jusque dans le moindre détail. Pour que la sauce prenne, l’auteur se transforme en sniper littéraire, s’il économise les mots et les tournures de phrases, il fait implacablement mouche à tous les coups. Il nous touche directement là où ça fait mal, là où ça nous parle. Une plume d’une redoutable efficacité qui brille par un minimalisme savamment dosé.

Ajoutez à cela des chapitres courts qui alternent entre une numérotation classique (chapitre 1, 2, 3…) quand il s’agit de suivre Christo et une numérotation chronologique (jour 0, 1, 2…) quand c’est Mathias qui occupe le devant de la scène. Tout est fait pour aller à l’essentiel avec un maximum d’efficacité. Résultat des courses j’ai dévoré le bouquin quasiment d’une traite.

Une fois de plus l’auteur apporte énormément de soins à ses personnages, en fonction des besoins de l’intrigue il sublimera l’humanité de certains, comme un contrepoids à la noirceur absolue d’autres.

Ainsi Christo essaye tant bien que mal de composer avec les blessures de son enfance ; s’il se tient à l’écart des autres, ce n’est pas par indifférence, mais au contraire parce qu’il est tellement à fleur de peau que sa violence contenue peut rejaillir face à la moindre injustice.

De son côté Mathias a été complètement formaté et déshumanisé par des années de dressage intensif. N’ayant appris à vivre et à s’exprimer que par la violence, il est socialement inadapté.

J’ai assez vite subodoré le lien entre Christo et Mathias, toutefois il m’aura fallu attendre le chapitre 13 pour la présomption devienne une certitude (la suite me donnera raison).

Salomé de son côté est l’atout charme du roman (mais loin d’être cantonnée à un rôle de godiche ou de faire-valoir), elle aussi a connu un parcours plutôt chaotique et n’est pas encore au bout de ses peines. Elle aimerait réussir à percer la carapace dont s’entoure Christo… sans savoir ce à quoi elle s’exposerait alors.

Si chez eux on discerne encore un soupçon d’espoir et plus ou moins d’humanité, comme une loupiote vacillante dans l’obscurité ambiante, chez d’autres c’est le noir absolu qui règne. La quintessence du mal étant en sans aucun doute Vadine, le geôlier/dresseur de Mathias.

Puis il y a Ringo, le fidèle compagnon de Christo. Certes c’est un chien, mais il n’en reste pas moins un personnage à part entière du roman. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette grande complicité entre l’homme et l’animal ; deux âmes (et j’emmerde bien profond ceux qui prétendent que les animaux n’ont pas d’âme) brisées qui se sont trouvées au bon moment.

Une fois de plus Cédric Cham a su viser juste me concernant, impossible de ne pas attribuer un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman. Une fois de plus j’en ai pris plein la gueule… et j’en redemande !

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Son Vrai Visage

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K. Slaughter - Son Vrai Visage
Titre : Son Vrai Visage
Auteur : Karin Slaughter
Éditeur : Harper Collins
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
576 pages

De quoi ça cause ?

Laura Oliver est une orthophoniste renommée dans le quartier chic de Belle Isle, une femme sans histoire qui mène une vie ordinaire.

Un midi, alors qu’elle déjeune avec sa fille, Andrea, un jeune homme débarque dans le snack et commence à ouvrir le feu sur les clients. Laura s’interpose entre le tireur et sa fille, quand l’homme cherche à lui porter un coup de poignard, elle détourne son geste et le tue.

Légitime défense ou meurtre de sang-froid ? Andrea ne peut s’empêcher de se poser la question, mais elle n’aura guère l’occasion d’y réfléchir avant de s’engager, bien malgré elle, dans un road trip à haut risque sur les traces du passé de sa mère…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karin Slaughter, une auteure que je connais surtout pour ses romans consacrés à Sara Linton et Will Trent. C’est le premier thriller one shot de l’auteure que je lis (j’avais lu et apprécié sa nouvelle comico-policière Pas De Pitié Pour Martin). Je pars donc curieux, mais confiant.

Ma Chronique

Karin Slaughter plonge le lecteur au cœur de l’action dès le premier chapitre. On comprend rapidement le fossé qui sépare la mère et la fille. D’un côté Laura, quinquagénaire dynamique à qui tout semble réussir, vie professionnelle brillante, connue et respectée de tous. De l’autre Andrea, une trentenaire indécise, en proie au doute quant à sa vie personnelle et son avenir. Des personnalités opposées que l’on sent toutefois liées par un lien indéfectible qui va bien au-delà de la relation classique mère-fille ; un lien qui a beaucoup à voir avec une période difficile que Laura a traversée avec le soutien sans faille de sa fille.

Justement ce déjeuner mère/fille était l’occasion d’aborder la question de l’avenir d’Andrea ; sauf qu’il a fallu qu’un petit con vienne tout foutre en l’air en faisant irruption dans le snack, tirant sur tout ce qui bouge. La tranquille Laura se transforme alors en louve pour protéger sa fille et game over pour le petit con flingueur (aucun lien de parenté avec les célèbres Tontons Flingueurs). Je vous laisse imaginer la surprise pour Andrea…

Mais la pauvre Andrea n’est pas au bout de ses surprises, le soir même elle va se retrouver confrontée à un nouveau danger. Ce sera pour elle, suivant les consignes de Laura, le début d’une cavale mouvementée… Et encore plus de questions concernant le passé de sa mère.

Vous l’aurez compris, avec Son Vrai Visage l’auteure joue à fond la carte du thriller au féminin. Les hommes n’en sont pas absents, mais sont plutôt relégués au second plan, à part celui qui sert de fil rouge à l’ensemble de l’intrigue.

Pour nous aider à y voir plus clair dans cet embrouillamini, les chapitres alternent entre l’intrigue présente (en 2018) et des flashbacks qui nous renvoient en 1986. Dès le premier flashback on devine qui était la femme aujourd’hui connue comme étant Laura Oliver, à la fin du suivant j’ai compris qu’il ne fallait sans doute pas se fier aux apparences et un début d’explication alternative a fait son bonhomme de chemin dans mon esprit (raisonnement qui s’avérera exact par la suite).

Karin Slaughter, fidèle à son habitude, maîtrise son intrigue sur le bout des doigts et sait y faire pour nous rendre accro. Les personnages sont mitonnés aux petits oignons, le rythme est bien dosé… tout est fait pour que l’on ait du mal à lâcher le bouquin une fois que l’on a mordu à l’hameçon.

À chaud on aurait tendance à maudire Andrea qui prend parfois (souvent) de mauvaises décisions, mais rétrospectivement difficile, pour ne pas dire impossible, d’affirmer à 100% que l’on n’aurait pas fait les mêmes erreurs, voire même pire encore ! Ces faux pas contribuent grandement à donner une dimension humaine à une jeune femme ordinaire qui se retrouve confrontée à une situation qui la dépasse totalement (on le serait à moins).

Pour ma part j’ai tendance à préférer les bouquins avec des chapitres courts (pas par flemme, juste parce que c’est plus facile de m’y retrouver quand je passe du PC à la liseuse, ou inversement). Ceci dit (et c’est dit juste histoire de chercher la petite bête… non merci, cette fois je fous la paix aux postérieurs des mouches) force est de reconnaître que l’ensemble tient parfaitement la route, sans longueurs ni temps morts.

À l’avenir je pense que j’alternerai entre les enquêtes de Sara Linton et Will Trent et les romans one shot (voire one and a half) de l’auteure.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras Le Roi

AU MENU DU JOUR

S. Dazieri - Tu tueras le Roi
Titre : Tu Tueras Le Roi
Série : Dante & Colomba – Tome 3
Auteur : Sandrone Dazieri
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Italie (2018)
640 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait quinze mois que Dante Torre a été enlevé. Quinze mois que Colomba Caselli vit coupée du monde dans la région des Marches.

Un soir, en pleine tempête de neige, Colomba découvre Tommy, un adolescent autiste, dans la remise de son jardin ; visiblement très agité et couvert de sang. En le raccompagnant chez lui elle apprend que ses parents ont été assassinés, pour la police Tommy serait le coupable idéal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’ultime opus de la trilogie consacrée à Dante Torre et Colomba Caselli. Le second tome laissait beaucoup de questions en suspens, il me tardait de découvrir les réponses. Et accessoirement la vérité sur Dante Torre.

Ma Chronique

Comme bon nombre d’amateurs de thrillers, je suis fidèle à la collection La Bête Noire, lancée par Robert Laffont en 2015. Et c’est justement le premier opus de cette trilogie, Tu Tueras Le Père, qui inaugurait cette nouvelle collection. Un lancement prometteur avec ce roman coup de cœur et coup de poing !

Quatre ans plus tard, il est temps de baisser le rideau sur les aventures mouvementées de Dante Torre et Colomba Caselli. Concernant La Bête Noire, je suis absolument convaincu qu’elle continuera de nous étonner avec des romans top niveau… et ce pendant encore de longues années !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il est absolument indispensable d’avoir lu les deux précédents opus pour comprendre et apprécier pleinement ce dernier tome. Celui-ci commence quasiment là où s’arrêtait le précédent, même si dans les faits quinze mois se sont écoulés entre l’enlèvement de Dante et le début du présent roman.

Un roman que j’attendais avec impatience, mais dans lequel j’ai eu un peu de mal à rentrer, peut-être était-ce lié à l’absence de Dante ou au sentiment de renoncement (bien compréhensible, je le reconnais volontiers) qui assommait Colomba dans les premiers chapitres ; sans doute un peu des deux. Il manquait une roue au binôme (et quelle roue !) et la seconde était à plat… pas facile d’avancer dans ces conditions.

Je vous rassure tout de suite les choses évoluent rapidement, il ne faudra que quelques chapitres avant que Colomba ne s’implique à fond dans le mystère qui entoure Tommy et le meurtre de ses parents. Une enquête qui s’avérera rapidement captivante et pleine de rebondissements.

Et dès la seconde partie du roman, Dante fait un retour en fanfare ; il lui faudra quand même quelque temps de convalescence avant de retrouver toute sa verve et sa redoutable logique aussi personnelle qu’implacable. Les choses sérieuses peuvent commencer (même si elles n’avaient pas attendu Dante pour se mettre en branle).

Sandrone Dazieri confirme qu’il maîtrise son intrigue sur le bout des doigts, il a un incroyable talent pour brouiller les pistes sans jamais embrouiller le lecteur. On finit, comme Dante et Colomba, par douter de tout et tout le monde. À qui peut-on faire confiance ? De qui doit-on se méfier ? Qui est ce mystérieux Roi qui leur donnera bien du fil à retordre et sème la mort sur son chemin ?

Histoire de finir en beauté, l’auteur nous assène un véritable coup de massue avec un revirement totalement inattendu et pas du tout tiré par les cheveux. Du grand art pour un auteur qui peut d’ores et déjà inscrire son nom en lettre d’or dans le grand livre de la littérature policière (et pas qu’au niveau national ou européen, soyons fou et voyons grand, il le mérite amplement !).

Un ultime opus qui vient clore avec beauté et brio la trilogie Dante & Colomba. Une sacrée belle découverte et un énorme coup de cœur pour l’ensemble de la trilogie. Cerise sur le gâteau, ce chapitre final m’a laissé littéralement KO debout en fin de lecture.

Il reste des questions sans réponse, mais ce n’est en rien une négligence de l’auteur, il s’agit bel et bien d’un choix délibéré. Choix qui ne nuit nullement à l’intrigue.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Bryan Reardon – Le Vrai Michael Swann

AU MENU DU JOUR

B. Reardon - Le vrai Michael Swann
Titre : Le Vrai Michael Swann
Auteur : Bryan Reardon
Éditeur : Gallimard
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
432 pages

De quoi ça cause ?

Julia et Michael Swann vivent paisiblement dans leur maison de la banlieue de Philadelphie avec leurs deux enfants.

Un soir, alors que Michael est au téléphone avec Julia depuis New York, la liaison est brusquement interrompue. Une bombe a explosé à Penn Station, où se trouvait justement Michael…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Bryan Reardon m’avait bluffé avec son précédent et premier roman, Jake. J’espérais retrouver la même intensité et la même humanité dans ce second roman ; mais aussi quelque chose de différent.

Ma Chronique

La lecture du roman Jake de Bryan Reardon fut incontestablement une révélation de l’année 2018, un véritable tsunami émotionnel d’où se dégageaient une humanité et une empathie phénoménales ; c’est ce que j’espérais retrouver en ouvrant Le Vrai Michael Swann, le second roman de l’auteur. La même intensité, mais servie par une intrigue complètement différente de celle de Jake.

Incontestablement Bryan Reardon sait mettre des mots sur la détresse humaine et nous faire ressentir des émotions fortes. De nouveau il confronte ses personnages (Julia Swann en l’occurrence) aux pires situations et pour y faire face ils devront puiser dans une force qu’ils ignoraient posséder. Le premier deal est donc rempli haut la main, on retrouve des émotions brutes et un récit profondément humain.

L’intrigue est plutôt bien construite et devient rapidement addictive, mais je l’ai trouvée trop proche de celle de Jake ; les deux récits n’ont bien évidemment rien en commun sur le fond, mais c’est dans la forme et plus particulièrement dans la façon de les traiter que les similitudes sont flagrantes. J’espérais une approche totalement nouvelle, donc un peu déçu sur ce coup.

Au fil des chapitres l’on découvre les grandes étapes qui ont marqué la vie de Julia et Michael, leur rencontre, la naissance des enfants, le déménagement… Une famille de la classe moyenne parmi tant d’autres, avec des hauts et des bas comme tout le monde. Des gens ordinaires en somme dont on partage le quotidien dans une Amérique en proie à la crise ; en pleine campagne électorale qui se soldera par la victoire de Donald Trump.

Bryan Reardon nous mitonne une intrigue qui tient plutôt bien la route malgré quelques détails qui manquent de vraisemblance, pas de quoi gâcher le plaisir, ni de quoi nous couper l’envie de connaître le fin mot de l’histoire.

C’est volontairement que je ne m’épanche ni sur l’intrigue ni sur les personnages. C’est un roman qui gagne à être découvert au fil des pages.

Je referme le bouquin plutôt satisfait, mais pas totalement conquis. J’espère que le troisième roman de l’auteur, déjà disponible outre-Atlantique, me surprendra par une approche différente de l’intrigue et une construction inédite du récit.

MON VERDICT