[BOUQUINS] Mallock – Les Larmes De Pancrace

Mallock - Les Larmes De PancraceJe ne peux résister plus longtemps à l’envie de me plonger dans la lecture de la nouvelle enquête de l’incomparable Mallock, ou plutôt des Mallock avec l’auteur d’un côté et son commissaire homonyme de l’autre. La chose s’appelle Les Larmes De Pancrace et, bien entendu, est signée Mallock.
Jean de Renom, nobliaux et viticulteur de la région bordelaise est assassiné à l’entrée de son château alors qu’il rentrait d’un voyage à Paris. Les soupçons se portent immédiatement sur Camille, son épouse. Tout l’accuse en effet. Mais Mallock, appelé à la rescousse par son ami, Gilles Guédrout, commissaire à Bordeaux, chargé de l’affaire et proche du couple de Renom. Mallock creuse deux autres pistes pour tenter de comprendre les dessous de l’affaire : une affaire criminelle datant d’il y a une trentaine d’année et une ancienne malédiction prononcée par le dernier des Templiers sept siècles plus tôt…
La première surprise est de découvrir un Mallock (le flic) en vacances, et vous savez quoi ? Un Mallock en vacances ça ressemble à n’importe quel quidam vacancier. Exit le gros ours mal léché. Gaffe m’sieur Mallock faudrait pas sombrer dans la guimauve (un vrai gosse avec les gerbilles du juge… jouissif !). Mais heureusement il ne perd rien de sa verve, de son intelligence et de son cynisme quant il s’implique dans l’enquête. Tout comme l’auteur ne perd pas la richesse caractéristique de sa plume. Pour notre plus grand plaisir !
J’me disais : je les attends au tournant les Mallock, ils m’ont un peu trop facilement emballé lors de notre première rencontre ; cette fois je vais me tenir sur mes gardes. Mais voilà le Mallock (l’auteur) est un fourbe doublé d’un génie (si si n’ayons pas peur des mots), dès les premières pages nos bonnes résolutions tombent à l’eau, on entre en transe littéraire, on fusionne avec le roman. Comme dans Le Cimetière Des Hirondelles le fourbe nous livre un(e) coupable tout(e) désigné(e), à Mallock (le flic) de deviner le pourquoi du comment de la chose et de démêler l’écheveau ; qui plus est présentement la personne qui semble tirer les ficelles saute aux yeux, telle l’absence de nez au milieu de la figure (avouez que ça se remarque mieux que la présence d’un nez). Coupable connu(e), marionnettiste identifié(e) ; alors quoi ? The end ? Que nenni ! Une certitude ne constitue en rien une preuve à charge. Et c’est là que le génie intervient, Mallock (l’auteur) réussi à nous étonner et même à nous surprendre en nous offrant une intrigue originale (délicieusement vicelarde), riche en rebondissements et en personnages toujours aussi mitonnés aux petits oignons avec amour. Car voyez vous, s’il est évident que Mallock (l’auteur) aime Mallock (le flic), il ne dédaigne pas pour autant ses autres protagonistes, récurrents (l’équipe du Fort) ou nouveaux venus, tous ont le droit à un travail de fond soigné.
En guise de cerise sur le gâteau, Mallock (l’auteur) nous offre un voyage dans le passé avec le périple du dernier des Templiers, l’occasion de revenir rapidement sur l’histoire douloureuse du Temple (un Ordre au service de Dieu, trahi et exterminé sur ordre de la Papauté). Curieusement, bien que viscéralement athée depuis la nuit des temps et peut être même au-delà, j’ai toujours éprouvé un vif intérêt pour ces moines-guerriers et leur Ordre (rassurez-vous je ne fais pas partie de ces mystiques qui cherchent le fameux trésor du Temple).
Difficile d’ignorer l’autre invité l’honneur : le vin. Etant d’avantage consommateur occasionnel que connaisseur je reconnais humblement que le milieu viticole reste une zone d’ombre dans ma culture générale. J’ai pris plaisir à découvrir certaines facettes de cet univers (impitoyaaable) en compagnie des Mallock ; nul doute qu’eux savent apprécier à sa juste valeur la dive bouteille.
Sous le charme, subjugué même. Je déclare forfait… Les Mallock m’ont vaincu par KO ! Un style incomparable associé à une intrigue sans fausse note et parfaitement ficelée, l’alchimie façon Mallock ne peut laisser personne indifférent. De nouveau bluffé, sur le cul le Lord même si j’avais deviné certains aspects de l’énigme. Merci les Mallock, j’en redemande !
D’ailleurs M’sieur Mallock (l’auteur), j’peux vous poser une petite question ? Nous, lecteurs numériques, avons-nous espoir de trouver un jour les deux premières enquêtes du commissaire Mallock au format epub ? Allez quoi, ce serait sympa…

[BOUQUINS] Yannick Monget – Résilience

Y. Monget - RésilienceVoilà un titre qui pourrait parfaitement s’inviter à mon challenge SF, mais ce Résilience de Yannick Monget ne se contente pas de nous livrer une vision du futur bien sombre, il entend faire réfléchir le lecteur en s’appuyant sur un scénario catastrophe mais pas du tout improbable.
Suite aux effets combinés de catastrophes nucléaires en série et d’une pandémie virale ravageuse, l’humanité a quasiment été éradiquée de la surface de la Terre. Les survivants sont regroupés dans diverses bases de vie en Antarctique et d’autres régions isolées du Monde. Comment a-t-on pu en arriver là ? Et surtout existe-t-il encore un espoir de sauver la planète ?
Ah que je vais avoir du mal à vous pondre une chronique qui tienne la distance, non pas que ce fut un calvaire de lire ce roman, bien au contraire j’ai été séduit et plus qu’agréablement surpris. La principale difficulté tient justement dans la profondeur de ce roman, vous aurez entre les mains, à la fois un roman d’anticipation post-apocalyptique, un thriller riche en rebondissements, un bouquin d’espionnage dans lequel fiction et (triste) réalité cohabitent sur fond de géopolitique et d’écologie. Ca fait beaucoup non ?
N’ayant franchement pas la fibre écolo (au sens politique du terme) et n’étant pas non plus un antinucléaire convaincu, je craignais un peu que cet aspect du roman ne soit quelque peu indigeste. Mais en fait l’auteur ne se lance pas dans un manifeste antinucléaire à la sauce verdâtre façon Greenpiss ; son roman, richement documenté, se lit (et se ressent) d’avantage comme un cri d’alarme visant à attirer notre attention sur ce qui pourrait arriver en cas de mauvaise gestion continue de la question du nucléaire. Sur le sujet les politiques, de droite ou de gauche, sont muselés par les (faux) enjeux économiques et par une poignée de lobbyistes qui leur serve un discours erroné, et bien entendu c’est ce même discours qu’ils nous refourguent. Et oui ce bouquin va certainement vous pousser à vous poser des questions et même à remettre en cause certains points que vous teniez auparavant pour acquis (j’vous rassure ça ne vous fera pas virer écolo, ici on parle de questionnements intelligents). Le discours de l’auteur est d’avantage écologue (fidèle à l’essence même de l’écologie) qu’écologiste (exploitation politique, souvent à tort et à travers, de l’écologie).
Mais rassurez vous ce discours est mis au service d’une intrigue aux multiples facettes menée tambour battant. Les chapitres alternent en effet entre une intrigue qui se déroule deux ans après l’effondrement de l’humanité, et une autre qui vous fera vivre les derniers mois du monde tel qu’on le connait. L’auteur ne situe pas précisément dans le temps la catastrophe, toutefois, une lecture attentive des multiples notes et renvois permet de se faire une petite idée de la chose, disons que les années 2050/2080 seraient une échéance probable. Mais ce n’est pas tant la date éventuelle qui fait froid dans le dos, mais plutôt le réalisme du scénario imaginé par l’auteur.
La dernière partie de l’ouvrage est un condensé de notes et annexes en rapport avec le nucléaire, sans prendre pour argent comptant toutes les affirmations de l’auteur, force est de reconnaître qu’il est sacrément documenté sur la question. Toutes ces informations permettent en partie de répondre aux questions que l’on se pose après la lecture du roman et à réfléchir à notre avenir. Quand je dis notre avenir je ne me la joue pas nombriliste, c’est bel et bien de l’avenir de l’espèce humaine (par moment le terme humanité me semble déplacer pour nous désigner) dont il est question. Quelle que soit votre position vis-à-vis du nucléaire ça ne coûte rien de parcourir ces quelques pages, après à chacun de se forger son opinion (pour ma part je reste dans la catégorie Sans opinion, ou plus exactement Oui mais… pour une fois !).
A la base le bouquin a d’abord été distribué uniquement en version numérique par Symbiom (voir la page du livre sur leur site) au prix de 13€, face au succès rencontré par le roman, une version papier a été publiée au prix de 25€. C’est sur la version numérique que j’ai jeté mon dévolu, en introduction l’auteur s’adresse à ses lecteurs numériques en affirmant comprendre le piratage tout en dénonçant le partage de masse (qui n’est autre qu’une forme plus aboutie du piratage) ; je ne m’inviterai pas dans ce débat vous savez sans doute que je pratique les deux sans avoir le moindre scrupule. Par contre l’auteur termine son plaidoyer en invitant les lecteurs-pirates à se procurer une version légale de Résilience, une fois n’est pas coutume je l’ai fait, non pour le financement de projets de Symbiom mais simplement pour remercier l’auteur pour ce bon moment de lecture passé avec son bouquin. Depuis samedi dernier l’auteur propose (via la page Symbiom) son roman sous forme de feuilleton numérique gratuit, laissant à chacun le soin de payer ou non selon ses moyens, ses envies et sa conscience.

[BOUQUINS] Pia Petersen – Mon Nom Est Dieu

P. Petersen - Mon Nom Est DieuCe n’est pas moi qui le dit, je ne suis ni en pleine crise mystique, ni en plein délire schizophrène divin. J’ai acheté ce bouquin en espérant retrouver l’esprit de Dieu Est Un Pote A Moi de Cyril Massarotto, en attendant que sa « suite » Le Petit Mensonge De Dieu ne débarque dans les librairies de la place. Et voilà comment Mon Nom Est Dieu, de Pia Petersen, est arrivé dans mon Stock à Lire Numérique et se retrouve dans ces colonnes.
Morgane Latour, pigiste au Los Angeles Examiner, est abordée par un SDF qui affirme être Dieu et exige d’elle qu’elle écrive son histoire. D’abord réticente, Morgane se prend peu à peu de sympathie pour ce mystérieux inconnu et accepte de l’écouter, sans pour autant être convaincue par son récit. C’est un Dieu désabusé qui se confie à la jeune journaliste…
Je ne sais pas ce qu’il en est de la version papier mais en numérique le bouquin est du genre minimaliste au niveau de la mise en page, notamment les dialogues ne sont signalés ni par des guillemets, ni par des tirets ; pas de chapitrage non plus, juste des sauts de page çà et là. Au final la mise en page est suffocante, ça manque furieusement d’air et de formes… Mais je suis bien décidé à ne pas me laisser rebuter par ce genre de détail technique ; je suppose qu’on peut être éditeur sans avoir la moindre notion de typographie et de mise en page.
Pour couper court à toute tentative de comparaison je tiens à préciser que les approches de Cyril Massarotto et de Pia Petersen sont radicalement différentes. Alors déçu ou non ? Pour le savoir il vous suffit de lire les quelques lignes suivantes…
On a à faire à un Dieu totalement désabusé, voire déprimé (et un tantinet bougon), face au comportement des hommes, il faut dire qu’entre ceux qui ne croient pas en lui, ceux qui le détestent pour X raison et ceux déforment son message pour inciter à la haine, il a de quoi se faire des cheveux blancs notre divin héros. L’athée désigne l’humain qui ne croit pas en Dieu mais comment appelle-t-on un Dieu qui ne croit plus en l’humain ? Je doute que ce cas de figure ait été envisagé par nos distingués linguistes… Du coup on se retrouve face à un Dieu terriblement humain, aussi bien dans ses doutes que dans son comportement mais pas toujours attachant (vachement imbu de lui même le gars).
L’autre personnage central est Morgane, résolument athée elle se prend toutefois d’affection pour celui qu’elle considère comme un doux dingue, malgré quelques signes évidents elle campe sur ses positions. Face au coup de mou de Dieu c’est elle qui va devoir l’initier au monde des humains et le protéger de ceux qui pourraient abuser de son état.
L’occasion de vous présenter le côté obscur du roman avec le personnage de Jansen, un espèce de gourou New Age qui ne manque d’ambition et voit en ce Dieu dépressif l’occasion de booster son Église (le juste mot serait sa secte). Sous des dehors avenants on devine tous les travers sectaires, il ne faut pas longtemps pour faire de lui la parfaite tête à claques (en tant qu’athée je me borne à ne pas croire en Dieu, en tant qu’individu je voue une haine totale à tout ce qui est secte et autres pièges à gogos du genre).
Si vous espérez découvrir la biographie de Dieu vous pouvez passer votre chemin, vous aurez d’avantage les pensées de Dieu sur le genre humain. Via le personnage de Dieu l’auteur porte regard désabusé que celui de Dieu sur la société contemporaine et ses dérives, sur les dérives des religions aussi. Pas question toutefois d’affirmer que le salut du genre humain est dans la foi, l’auteure ne transmet aucun message, elle ne cherche pas à nous fourguer une religion plutôt qu’une autre.
C’est bien écrit mais clairement desservi par les manquements de la mise en page, heureusement le roman est plutôt court (300 pages) du coup on parvient tout de même à maintenir une lecture relativement fluide. Petit bémol au niveau de la fin, la dernière partie du roman part un peu en sucette, à tel point qu’elle semble échapper à l’auteure, du coup on a le droit à un final un peu bâclé. Toutefois on passe un moment agréable en compagnie ce bouquin, moment qui aurait pu être sublimé par un effort de présentation, même si on reste quelque peu sur notre faim.
Pour la petite histoire l’auteure, Pia Petersen, est danoise (née à Copenhague en 1966), installée en France (entre Marseille et Paris) elle a fait le choix d’écrire en français et compte, depuis 2000, une dizaine de romans publiés chez divers éditeurs.

[BOUQUINS] Laurent Ladouari – Cosplay

L. Ladouari - CosplayEt hop un invité surprise qui vient se taper l’incruste dans mon challenge SF, ce bouquin m’a fait de l’oeil et je n’ai pu résister à ses appels de pied qui frôlaient l’indécence. La chose s’appelle Cosplay et est signée Laurent Ladouari.
Zoran Adamas, puissant milliardaire aussi mystérieux que cynique; rachète la société 1T, une entreprise d’électronique au bord de la faillite. Son but avoué est de détruire 1T. Le même jour Katie Dûma parvient à se faire embaucher chez 1T. A ce titre, comme tout le reste du personnel, elle est invitée à participer au COSPLAY, un jeu de rôle virtuel dans lequel tout est permis sous couvert d’anonymat. COSPLAY est l’outil imaginé par Adamas pour anéantir 1T…
Ce n’est pas le nom de l’auteur qui m’a fait flashé (c’est son premier roman et je n’avais jamais entendu parler du bonhomme). Le premier choc fut purement visuel, j’ai flashé sur la couverture du bouquin. Après l’avoir examinée de près, j’ai pris la peine de me pencher sur le pitch et voilà comment ce bouquin est venu enrichir mon Stock à Lire Numérique. Ajoutez à cela que je suis un inconditionnel du jeu de rôle (j’ai eu ma période plateau, maintenant je suis plus orienté sur le jeu video) et vous comprendrez que je ne pouvais que craquer pour ce bouquin ; par contre le COSPLAY (COStume PLAYing) ne m’a jamais attiré (je n’dois pas être suffisamment schizophrène).
Et hop une nouvelle dystopie à ajouter à mon tableau de chasse, même si l’auteur ne donne aucune information permettant de situer son intrigue dans le temps et dans l’espace ; on peut tout juste supposer que les personnages sont francophones, certains prononcent 1T à la française (Un Té) et d’autres à l’anglaise (One Ti) et comme l’auteur est français, donc un minimum chauvin on peut supputer que la plus « belle ville du monde » soit Paris.
Ceci dit on s’en fout un peu, l’originalité et l’intérêt principal du roman est ce fameux Cosplay, inutile de préciser que dans un monde virtuel où toutes les règles sont abolies, tous les coups sont permis, idéal pour faire rejaillir les plus bas instincts primaires des joueurs. Pour notre plus grand plaisir de lecteur sadique… Mais il y a plus que ça, sauf que je n’en dirais pas plus sur la question !
Non seulement l’intrigue tient la route et nous accroche rapidement mais en plus les personnages sont bien travaillés. doublement travaillés même puisqu’on a le personnage réel et son avatar dans le Cosplay ; on se prend d’ailleurs vite au jeu d’essayer de deviner qui se cache derrière certains avatar (au départ on ne connait que la paire Katie/Athos). Et je peux vous assurer que l’auteur sait s’y prendre pour nous induire en erreur, pour ma part je n’en avais découvert qu’un avec certitude et de forts soupçons sur un autre (je ne vous dirai pas lesquels).
Bien entendu il y aussi Adamas, invisible mais omniprésent, on se demande qui se cache derrière autant de mystères, doit on l’apprécier ou le détester ? Et quelles sont ses véritables intentions à l’encontre de 1T  (la réponse s’impose peu à peu, avant qu’elle ne soit révélée). Il en va de même pour ses sbires, ils sont plutôt farfelus et attachants mais difficile à cerner avec précision.
Si j’ajoute que le style de l’auteur est très agréable et que la lecture est d’une fluidité exemplaire, vous aurez compris que pour son premier roman Laurent Ladouari réussi un coup de maître. Petit (minuscule) bémol toutefois, je trouve complétement stupide de censurer les insultes proférées par certains personnages (m… pour merde par exemple), faut assumer mon gars, on en a plein le cul du politiquement correct !
L’épilogue laisse présager une suite, reste à savoir quels seront les nouveaux projets d’Adamas pour arriver à ses fins. Une chose est certaine, je suis d’ores et déjà converti, je me jetterai avec avidité sur la, ou les, suites que l’auteur nous réserve…

[BOUQUINS] Cyril Massarotto – Dieu est Un Pote A Moi

C. Massarotto - Dieu Est Un Pote A MoiMalgré mon aversion pour la religion j’ai été irrésistiblement attiré par le titre de ce bouquin, Dieu Est Un Pote A Moi, ça m’inspirait sans que je puisse vraiment me l’expliquer (non non ne mettez pas ça sur le compte d’une soudaine crise de foi, je suis toujours aussi athée) ; du coup je me suis laissé tenter quand il est apparu au catalogue de France Loisirs, j’ai acheté les yeux fermés sans rien savoir ni de son contenu, ni de son auteur, Cyril Massarotto.
Le narrateur, un trentenaire des plus ordinaire, vendeur de nuit dans un sex-shop, est, du jour au lendemain, choisit par Dieu pour tailler un brin de bavette avec lui. Ensemble ils parleront de tout et de rien, Dieu n’hésitera pas à lui filer un coup de main pour l’aider à conclure avec Alice, une étudiante en psychologie croisée au magasin. Deux rencontres qui bouleverseront sa vie…
Un pitch plutôt plaisant à condition que les causeries divines ne tournent pas autour de la religion et sur ce point je n’ai pas été déçu, au contraire le Dieu en question ne semble pas très porté sur les églises et leurs dogmes. Son message est universel et peut séduire tout croyant, quelle que soit sa religion, et même les athées les plus irréductibles. Amour, amitié, famille, deuil, souffrance… les thèmes abordés sont divers et variés, bien traités sans jamais sombrer dans un didactisme ou un moralisme soûlant.
On suit le quotidien du narrateur sur plusieurs années, on partage avec lui une large palette d’émotions, du rire (souvent) aux larmes (quelques moments forts en réserve). On partage ses moments de bonheur mais aussi ses peines et ses colères. Le véritable coup de force de l’auteur, outre une écriture très agréable à parcourir, est de nous proposer un héros auquel n’importe quel quidam peut s’identifier (il n’est d’ailleurs jamais nommé), hormis sa rencontre avec Dieu on peut vivre sa vie, avec ses hauts et ses bas. Du coup forcément on vit aussi plus intensément ses émotions.
Tout au long du roman il est question d’une question divine que Dieu pose aux hommes et aux femmes juste après leur mort ; je peux juste vous dire que votre curiosité à ce sujet sera satisfaite. Par contre ne comptez pas sur moi pour vous dire dans quelles circonstances et encore moins vous révéler ladite question (un indice d’importance toutefois : la réponse n’est pas 42).
Le roman est court (trop court, c’est à regret que l’on le referme), on plonge de suite au coeur de son histoire et une fois ferré, on ne le lâche plus avant la fin (lu en une journée). Une petite perle littéraire comme on n’en croise trop rarement. Un véritable coup de force de la part de l’auteur qui signe là son premier roman (paru en 2008 chez XO Editions) dont le succès sera international. Pas mal pour un coup d’essai ! Incontestablement ça donne envie de se plonger dans les romans suivants de l’auteur, à commencer par la « suite », Le Petit Mensonge De Dieu, publiée en début d’année.

[BOUQUINS] Collectif – Du Sang Sur Le Tour

Du Sang Sur Le TourUn court recueil de nouvelles au programme de cette chronique, cinq nouvelles policières ayant pour cadre Le Tour De France, cinq auteurs dont la réputation dans le genre n’est plus à faire (Gilles Legardinier, Jean-Bernard Pouy, Benoît Séverac, Jean-Marc Souvira et Franck Thilliez), la chose s’appelle Du Sang Sur Le Tour et est proposé en numérique par les éditions 12-21.
En quelques pages les auteurs n’auront guère l’occasion de nous faire vibrer au rythme d’une enquête de longue haleine, mais plutôt de nous faire partager une ambiance issue de leur imaginaire.
Gilles Legardinier – Un Sourire A Tomber. L’auteur relève le défi avec une approche originale, au coeur du peloton. Un dénouement un peu prévisible mais ça reste bien ficelé.
Jean-Bernard Pouy – Que Ma Blessure Soit Mortelle. Escale corse avec un spectateur pas comme les autres. Un vrai récit d’ambiance sur fond de maquis et de vendetta.
Benoît Séverac – Le Tour, de père en fils. Bain de sang sur une des épreuves mythiques du Tour : les Pyrénées ! Un plan stupide mené par quatre frères aussi stupides que leur idée, mention spéciale pour l’arme du crime. Un final grandiose.
Jean-Marc Souvira – Les rotules en os de mort. La plus longue des cinq nouvelles. Un récit dans lequel la fiction et la réalité cohabitent étroitement. L’auteur situe son récit en 1924, le Tour était encore une épreuve « propre », mais ça c’était avant.
Franck Thilliez – Un dernier tour. Un jeu de piste macabre pour un flic amnésique et un final magistral. De loin la meilleure surprise de ce recueil.
Une lecture agréable, rapide mais pas indispensable… J’espérais des nouvelles plus percutantes, seul Franck Thilliez a réussi à vraiment me faire vibrer.

[BOUQUINS] Mallock – Le Cimetière Des Hirondelles

Comme vous le savez sans doute mon Stock à Lire Numérique Mallock - Le Cimetière Des Hirondelles a de nettes tendances à la boulimie, pas toujours facile dans de pareils cas de choisir sa prochaine lecture. La tentation de se ruer sur une des dernières entrées est grande mais cela risque de plonger des titres plus anciens dans les bas-fonds de l’oubli. Et puis parfois il suffit d’une bonne surprise ou d’un imprévu pour motiver mon choix. Le fait que le sieur Mallock s’intéresse à mon modeste blog a fait remonter Le Cimetière Des Hirondelles au top de mes priorités de lecture, puisque l’auteur m’honore de sa visite la moindre des politesses est de chroniquer son dernier roman.
Le commissaire Amédée Mallock se rend à Saint Domingue afin de rapatrier Manuel Gemoni, un français accusé du meurtre d’un vieil homme au passé obscur, mais aussi et surtout le frère d’une collègue du commissaire. Si la culpabilité du jeune homme ne fait aucun doute, son mobile reste un mystère que Mallock devra éclaircir s’il veut lui éviter la prison. Le hic c’est que non seulement Manuel Gemoni est incapable d’expliquer de façon rationnelle son geste mais en plus il en fier…
Je suppose que même les moins attentifs auront remarqué que l’auteur et son héros portent le même nom, n’y voyez là rien d’autobiographique, c’est juste un choix de l’auteur afin de mieux s’imprégner de son personnage. Ce roman est d’ailleurs le troisième mettant en scène le commissaire Mallock (les deux autres sont introuvables ici, il va falloir ruser), on retrouve bien quelques allusions aux titres précédents mais rien qui n’empêche de jouir pleinement de cette lecture. Au contraire ça ne fait que nous donner envie de plonger dans les précédentes enquêtes et surtout en apprendre plus sur le douloureux passé de Mallock (le flic), quel sadique ce Mallock (l’auteur) ! Comme si nos PàL n’étaient pas assez chargées comme ça. Qui plus est le gars enfonce le clou en annonçant une nouvelle enquête de Mallock (Les Larmes De Pancrace), à paraitre prochainement.
Dès le départ l’enquête s’annonce inhabituelle pour Mallock, d’une part parce qu’il est seul sur un terrain inconnu qui obéit à ses propres us et coutumes, d’autre part parce qu’il tient le tueur mais n’a aucun mobile. De fait le roman commence comme un polar mais un polar qui cherche à tirer son épingle du jeu. Pour y parvenir son plus grand atout reste la plume de son auteur, un style riche et fleuri, souvent incisif, parfois drôle ou émouvant, mais surtout ne le répétez pas à Mallock, le bougre pourrait se fâcher ; c’est un pur délice à lire.
Durant toute la première partie on suit Mallock à la découverte de Saint Domingue et empêtré dans une enquête qui semble n’avoir ni queue ni tête, forcément il ne se passe pas grand chose mais à aucun moment on ne s’ennuie ; et soudain… PAN ! Un rebondissement pour le moins inattendu nous sort de notre douce torpeur et donne à l’affaire une dimension nouvelle. Quelques pages plus loin l’auteur nous offre même une puissante touche de spiritualité sur fond de chamanisme ; décidément on va de surprise en surprise. Pour notre plus grand plaisir.
Retour mouvementé en France. Hé ho, vous croyez tout de même pas que je vais tout vous dire, non ! Pour faire simple vous aurez le droit à une enquête teintée d’irrationnel/mysticisme/spiritualité/paranormal/fantastique (rayez les mentions inutiles selon votre ouverture d’esprit) qui ne manquera de vous surprendre par bien des aspects. Mais surtout qui vous rendra très rapidement accro, à peine fermerez vous le bouquin que vous serez saisi d’une irrépressible envie de le rouvrir pour reprendre sa lecture, encore et encore.
J’ai eu un véritable coup de coeur pour le personnage de Mallock, homme blessé qui cache ses douleurs passées sous des apparences d’ours mal léché taciturne, un flic fonceur et frondeur qui ne se laisse pas emmerder par les convenances. Et, pour ceux qui le connaissent, un ami et un collègue qui a un coeur en or. Un personnage tout en contrastes, comme je les aime.
Peut être vous demandez d’où sort ce titre bizarroïde. Lisez le bouquin et vous aurez la réponse à votre question. Rien n’est laissé au hasard.
Quel est le Mallock qui vient visiter mon blog ? Le flic ou l’auteur ? Ou encore un troisième homme ? Bin oui notre Mallock (auteur, Jean-Denis Bruet-Ferreol de son vrai nom) a plus d’une corde à son arc ; pour vous en convaincre je vous invite à jeter un oeil à son site officiel. Et tout cas, quel que soit mon visiteur, je l’en remercie et espère avoir réussi, par cette modeste chronique, à rendre un digne hommage à son talent d’auteur.
Nul doute que d’autres chroniques seront consacrées à ses romains, anciens et à venir… Oui Monsieur Mallock, maintenant que je vous tiens je ne vous lâche plus d’une semelle !

[BOUQUINS] Laurent Obertone – Utoya

L. Obertone - UtoyaJe ne fais pas partie de la gente bien pensante qui fut outrée par La France Orange Mécanique (Parfois sans même avoir pris la peine de le lire), le précédent titre de Laurent Obertone, avec Utoya l’auteur s’aventure de nouveau sur un terrain glissant.
22 juillet 2011, 17h18, Anders B. Breivik débarque sur l’île d’Utoya où se tient, comme tous les ans, un rassemblement des jeunesses du parti travailliste. 17h21, le premier coup de feu retentit et une première victime s’effondre. A 18h34, Anders Breivik se rend à la police, laissant 69 cadavres sur l’île. Plus tôt dans la journée un attentat à Oslo avait fait 8 morts, le poseur de bombe était Anders Breivik…
Plutôt que de m’arrêter aux critiques de presse bobo/intello/gaucho (rayez les mentions inutiles… ah merde y’en a pas), j’aborde ce bouquin en gardant à l’esprit la préface de Stéphane Bourgoin, spécialiste incontesté en France des tueurs en série et tueurs de masse : « Il nous faut louer le travail titanesque de Laurent Obertone et la minutie exceptionnelle qu’il a développée pour reconstituer le parcours authentique d’Anders Breivik et des drames d’Utoya, jusque dans ses moindres détails« .
En s’identifiant à Breivik l’auteur ne cautionne ni son idéologie, ni son action, il nous fait vivre les événements à la première personne afin de leur donner encore plus d’impact. Le récit est entrecoupé de nombreux extraits de documents officiels (rapports d’autopsie, témoignages, greffes du procés, bilans psychiatriques…) qui viennent confirmer que Laurent Obertone n’est pas en pleine « croisade néoréac » (in Les Inrocks, journal connu pour sa totale impartialité, n’est-il point ?).
Certains reprochent la froideur du récit. Normal puisqu’on le vit à travers le personnage Breivik et que le gars n’a jamais manifesté le moindre remords, convaincu que son combat est juste et qu’il sera perçu comme un Templier des temps modernes par les générations futures ; donc oui il reste de marbre face aux faits qui lui sont reprochés et face aux survivants et aux familles.
Dérangeant ? Inconstestablement, pas le bouquin en soi (même si le fait de démarrer le récit à Utoya fait tout de suite l’effet d’une douche glacée) mais que de tels individus puissent exister et faire leur propagande en toute liberté, voire dans l’indifférence générale. Dérangeants aussi le nombre de dysfonctionnements qui ont retardé l’intervention de la police.
L’auteur a fait un choix osé et assumé, sans doute a-t-il pris certaines libertés pour combler les blancs les vides mais globalement, sur le fond, on est effectivement face à un travail hyper-documenté. Sur la forme, ça passe ou ça casse… Pour moi ça passe, même si parfois la plongée dans un esprit aussi malsain laisse des relents acides (et éventuellement des envies de meurtres).
Bien que hautement instructif et intéressant n’espérez pas lire ce bouquin comme vous liriez un roman, personnellement j’ai étalé cette lectures sur plusieurs semaines, le temps d’assimiler et de digérer les différentes parties du récit, m’est d’avis que c’est la seule façon de saisir toute la richesse de cet essai de Laurent Obertone.

[BOUQUINS] Romain Puértolas – L’Extraordinaire Voyage Du Fakir Qui Etait Resté Coincé Dans Une Armoire Ikea

R. Puèrtolas - L'Extraordinaire Voyage Du Fakir...J’ai mis à profit mes derniers jours de congés (la reprise demain va être dure, après trois semaines de glande totale) pour me plonger dans un titre qui a fait quelques va-et-vient dans mon Stock à Lire Numérique, le temps de trouver une version correcte lisible sur tous supports. Ce fut périlleux mais l’attente en valait la peine, place donc à ma chronique de L’Extraordinaire Voyage Du Fakir Qui Etait Resté Coincé Dans Une Armoire Ikea, titre à rallonge que l’on doit à Romain Puértolas.
Ajatashatru Lavash Patel, un fakir du Rajasthan, un tantinet escroc et imposteur, se rend à Paris, aux frais de sa communauté, dans le but de s’acheter un nouveau lit à clous chez Ikea. Le type étant fauché comme les blés, hormis un faux billet grotesque destiné à payer son achat, il décide de passer la nuit dans le magasin. Une décision qui va complètement chambouler ses plans…
Commençons par le mauvais point, d’autant qu’il n’incombe pas à l’auteur mais à l’éditeur, Le Dillettante. Proposer une quatrième de couverture qui résume le bouquin de A à Z est un choix qui me dépasse ; jamais je n’aurai imaginé qu’un tel niveau de crétinerie marketing puisse être atteint !
De prime abord j’ai tout de suite pensé à un périple improbable un peu à la façon de Jonas Jonasson, et sur ce point je n’ai pas été déçu, on retrouve des éléments communs entre les deux auteurs (intrigue rocambolesque, personnages hauts en couleurs…), mais il y a chez Romain Puértolas et son fakir une dimension plus sociale (même si je n’adhère pas totalement à son propos, cela n’engage que moi et ne m’a pas empêché d’apprécier le récit).
Au fil de son périple, qui le conduira de Paris à Tripoli, en passant par Londres (ou presque) et Rome, et avant son retour en France, le personnage d’Ajatashatru évolue tout au long de l’intrigue, le roublard s’humanise au contact des autres et découvre les vertus de l’altruisme. Ne vous fiez pas aux apparences, à aucun moment on ne tombe dans la mièvrerie à deux balles.
Un récit plein d’humour, de malice mais aussi d’humanité (avec une pointe d’émotions, juste ce qu’il faut) et d’intelligence. La plume et le style sont légers, une fois que vous aurez plongé le nez dans le roman vous ne pourrez plus le lâcher avant la dernière page (d’autant qu’il est relativement court, 252 pages). Que demander de plus pour finir ces congés sur une note de bonne humeur ? Sinon un rab de congés !

[BOUQUINS] Frédéric Mars – Le Sang Du Christ

F. Mars - Le Sang Du ChristChangement total de registre puisque j’ai décidé de m’attaquer à l’un des premiers romans de Frédéric Mars, Le Sang Du Christ. J’ai apprécié ses thrillers contemporains (Non Stop et Le Manuel Du Serial Killer), du coup ma curiosité m’a naturellement poussé vers ce thriller historico-religieux.
Dans une ferme à de Jérusalem, un homme est sacrifié selon le rituel réservé à l’agneau pascal. Mais sur son front, on peut voir un triangle marqué au fer et, à côté du cadavre calciné, une poterie égyptienne. Ce supplicié, c’est Jean de Gamala, héritier légitime du trône de David. Un homme qui avait disparu depuis plus de vingt ans. Soupçonné du crime, son frère Jacques tente de démasquer par lui-même le meurtrier. Pour ce faire il pourra compter sur l’aide de Sara, sa jeune mais débrouillarde nièce…
Bien que revendiquant haut et fort mon athéisme je ne me prive de lectures plus ou moins religieuses de temps en temps, du moment que cela sert une intrigue bien foutue. D’autant que, dans le cas présent, j’étais surtout curieux de découvrir une autre facette de Frédéric Mars.
L’auteur combine des personnages issus de son imagination avec des figures historiques (Jésus bien entendu, mais aussi Pilate et Hérode), de même histoire et Histoire se mêlent habilement. Pour être tout à fait franc se bouquin risque de faire grincer des dents les fervents catholiques plus que les athées, il détourne certains épisodes de la Bible (que j’ai lu aussi, avant de me proclamer athée il fallait que je sache ce que je rejetais) de façon plutôt radicale (je pense notamment à la destinée de Jean le Baptiste) et le personnage même de Jésus n’est pas franchement un saint homme. Ca va hurler à l’hérésie dans les chaumières (même si l’auteur cite ses sources à la fin du bouquin) !
L’intrigue démarre six jours avant la fête de la Pâque juive, les derniers jours de la vie (revisitée) de Jésus. Bien que parfois un peu tirée par les cheveux ladite intrigue, mystico-policière, parvient toutefois à nous tenir en haleine avec ses énigmes et ses rebondissements multiples et variés. Enigmes et rebondissements ? Diantre mais c’est du Dan-Brown-like, heu oui mais non, c’est moins chiadé quand même.
Les personnages sont bien travaillés, non seulement Jacques et Sara mais aussi les personnages secondaires. Les us et coutumes israélites me semblent convaincants, ainsi que le contexte historique global ; mais bon je suis loin d’être un expert dans ces matières…
Bien qu’étant naturellement attiré par les intrigues plus contemporaines j’ai pris plaisir à cette petite visite dans l’espace et le temps.