Une petite plongée dans les tréfonds du Stock à Lire Numérique histoire de remonter à la surface un des nombreux titres injustement oubliés. Au programme du moment, Les Vestiges De L’Aube de David S. Khara.
Barry Donovan, flic au NYPD, n’est plus que l’ombre de lui même depuis qu’il a perdu sa femme et sa fille dans les attentats du 11 septembre 2001. Pour couronner le tout il se voit confier une enquête qui s’annonce aussi complexe que délicate. Seules ses conversations virtuelles avec Werner Von Lowinsky, un mystérieux aristocrate, semblent à même de lui apporter un apaisement bienvenu…
Depuis le départ l’auteur avait annoncé son intention de faire une trilogie autour du personnage de Werner Von Lowinsky, et c’est justement la sortie récente du second opus, Une Nuit Eternelle, qui m’a motivé à me lancer dans ce roman.
Avant d’entrer dans le vif du sujet j’aimerai faire une petite parenthèse sur le parcours de ce bouquin. Il s’agit du premier roman de David S. Khara, bien qu’écrit en 2001 il lui faudra attendre 2010 avant d’être publié (chez Rivière Blanche). Une nouvelle version sortira en 2011 chez Michel Lafon avec six chapitres inédits et cinq complètement remaniés. Pour un bouquin de 246 pages et 34 chapitres (dans sa version 2011), ça représente un sacré boulot de réécriture.
L’auteur nous offre un thriller fantastique, et ce à plus d’un titre. D’une part parce que Werner est un vampire (ce n’est pas un scoop, il nous l’apprend dans les premières pages du roman), ce qui donne à David S. Khara tout loisir de revisiter le mythe tout en lui restant fidèle dans les grandes lignes (bien que pas foncièrement mauvais, Werner ne donne pas dans la guimauve non plus). D’autre part parce que l’intrigue est en béton armé, construite autour de l’enquête de Barry mais aussi autour de l’amitié entre les deux hommes. Je pourrai ajouter la construction même du roman qui alterne les passages écrits à la troisième personne lorsque Barry est au centre de l’intrigue et ceux rédigés à la première personne, qui nous font vivre les faits à travers le regard (et les pensées) de Werner.
Pour un auteur français, vivant en France, David S. Khara parvient à rendre parfaitement crédible sa vision de Manhattan post 11 septembre ; une ville et ses habitants encore blessés, qui cicatrisent lentement mais sûrement. Et ce n’est pas là le seul aspect historique du roman, par le biais de Werner la Guerre de Sécession est largement abordée. On devine un important travail de documentation parfaitement imbriqué dans l’intrigue.
Enfin, en si peu de pages, l’auteur aborde un nombre impressionnants de thèmes qu’ils soient humains (la solitude, le deuil, l’amitié) ou sociétaux (le plus important étant certainement la dualité entre la Loi et la Justice).
Il ne me reste plus qu’à enchaîner avec Une Nuit Eternelle, ce que je compte faire sans tarder. Mais avant cela je vous offre en bonus la couv’ de la version 2010 des Vestiges De L’Aube.
Étiquette : Littérature française
[BOUQUINS] Karine Giebel – Satan Etait Un Ange
Retour à des romans plus consistants (en terme d’épaisseur) même si le dernier opus de Karine Giebel, Satan Etait Un Ange, est loin d’être un pavé.
Une fois n’est pas coutume je vais vous proposer un extrait de la quatrième de couv’. Dans la même voiture, sur une même route, deux hommes que tout semble opposer et qui pourtant fuient ensemble leurs destins différents. Rouler droit devant, admirer la mer. Faire ce qu’ils n’ont jamais fait. Vivre des choses insensées. Vivre surtout…
C’est le troisième roman de Karine Giebel que je lis et, pour le moment, non seulement je n’ai jamais été déçu mais elle a su à chaque fois me surprendre en jouant sur différents registres du thriller. En l’occurrence l’intrigue est presque secondaire dans ce roman, c’est le côté intimiste qui prime sur l’action, la relation improbable, voire impossible, dans un autre contexte entre deux individus que tout oppose (l’auteure parle fort justement d’un « couple insolite, formé par l’errance, la douleur« ).
Comme le roman repose sur les épaules de ses deux héros qui sont tout sauf héroïques, lui donner une véritable profondeur psychologique était primordial pour en assurer la crédibilité. Karine Giebel relève haut la main le challenge, elle parvient à rendre ses personnages crédibles au point d’en devenir presque palpables.
D’un côté on a François, à l’aube de la cinquantaine il a la vie dont il toujours rêvé, jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il souffre d’une tumeur au cerveau inopérable. Condamné à court terme, il décide de tout quitter le temps de faire le point, résigné, effrayé. Fuir un funeste destin qu’il sait inéluctable.
De l’autre Paul, à peine 20 ans, peut être un peu plus. Lui aussi fuit mais l’auteure distille des infos sur son compte au compte gouttes. Parfois on a enviez de lui foutre des baffes (à Paul pas à Karine Giebel) mais à la lumière de son parcours on comprend mieux.
Mais ce roman n’est pas que psychologique, on a bel et bien une intrigue digne d’un thriller en toile de fond. Une intrigue dont on découvre toute la mesure au fil des chapitres. Une intrigue noire à souhait qui, presque malgré nous, nous tiendra en haleine jusqu’au clap de fin.
Le style de l’auteure fait de ce roman un vrai régal à lire, sans doute pas un thriller qui mettra vos nerfs à rude épreuve mais une belle histoire d’amitié qui fait du bien là où elle passe. On prend un véritable plaisir à partager tour à tour les pensées de François et de Paul.
Sans être clairement situé dans le temps on peut, sans se méprendre, situer l’intrigue vers la fin des années 90, début du vingt et unième siècle. Le franc est encore de rigueur et ça clope à tout va…
[BOUQUINS] Jérôme Fansten – L’Amour Viendra, Petite !
Flamant Noir ayant placé la barre très haut avec Menace de Muriel Houri, il fallait que je découvre un autre titre de l’éditeur, au pifomètre j’ai jeté mon dévolu sur L’Amour Viendra, Petite ! de Jérôme Fansten.
J. est un privé au rabais, fauché et surtout un queutard perpétuel. Les femmes c’est son pêché mignon… et aussi sa plus grosse source d’emmerdes ! En attendant il a besoin de bosser s’il ne veut pas se retrouver à la rue…
Le moins que l’on puisse dire c’est que les premières pages sont pour le moins déconcertantes, à se demander si notre J. a bien toute sa tête. Puis en insistant un peu on se laisse entraîner sans opposer la moindre résistance.
Ce bouquin est un vibrant et brillant hommage (un tantinet décalé aussi) au roman noir, de ses origines hard-boiled, période durant laquelle de futurs grand auteurs du genre publient leurs textes dans des magazines bon marché (les fameux pulp magazines), jusqu’à des auteurs plus contemporains.
Difficile de dissocier le roman noir du jazz dans l’inconscient collectif, outre les références littéraires (romans et comics), l’auteur ne lésine pas aussi sur les références musicales. Une bande son jazzy à faire baver le fan du genre… et à faire craquer le profane le plus hermétique (qui peut rester de marbre en écoutant John Coltrane ou Miles Davis ?) !
Pour son hommage Jérôme Fansten a choisit la nouvelle, cinq récits (six si l’on inclut l’interlude en forme de livre dont vous êtes le héros) qui s’articulent autour du personnage de J. Son détective est un peu cliché, le contre pied total d’un Philip Marlowe, son crédo à lui c’est plutôt la loose absolue. L’occasion pour l’auteur de titiller parfois (souvent) les cordes de la parodie et de l’absurde.
La plume de l’auteur colle parfaitement au récit, brute de décoffrage, crue, noire, avec une pointe de vitriol… Un langage imagé et fleuri mais jamais obscène. Même si la ballade que les mots interprètent pour nous n’a rien d’un long fleuve tranquille (surtout pour J.), on se laisse bercer, guider et même bousculer par Jérôme Fansten. Une fois que l’on a succombé au charme de son écriture on est prêt à suivre l’auteur n’importe où… et on va être servi ! Vous ne pourrez pas dire que vous n’en avez pas eu pour votre argent !!!
Pour que vous aimiez l’humour noir et le second degré, alors cédez à la tentation et rejoignez J. dans ses errances ; à défaut de rire aux éclats je vous promets que vous afficherez rapidement un étrange sourire béat qui ne vous quittera plus avant le clap de fin.
Non seulement je me retrouve avec un auteur de plus à suivre de près mais il faut aussi que je garde un oeil attentif sur Flamant Noir, deux titres, deux coups de coeur : cet éditeur est dangereux !
Juste une remarque concernant l’interlude qui, comme je l’ai dit plus haut, se présente à la façon d’un livre dont vous êtes le héros (ces bouquins qui, à la fin de chaque chapitre vous propose de filer à tel ou tel autre chapitre selon votre choix). La version numérique pourrait proposer un lien direct vers le chapitre concerné. Je l’ai fait via Sigil, c’est tout de suite plus interactif.
[BOUQUINS] Michael Mention – Jeudi Noir
Une lecture expresse au menu du jour, avec le très original roman / essai Jeudi Noir de Michael Mention.
Jeudi 8 juillet 1982, Séville. France – RFA, demi-finale de la Coupe du Monde de football. Un match de football qui restera à jamais gravé dans l’histoire de la Coupe du Monde. Un match de football qui réussira à raviver les braises d’une haine que l’on espérait oubliée…
Que les choses soient claires : je n’aime pas le foot ! Oui, je sais que j’ai déjà eu maintes occasions de le dire ; faut croire que je ne me lasse pas de le revendiquer. Alors pourquoi irai-je perdre mon temps à lire un bouquin qui parle presque exclusivement de foot ? Ce n’est pas le choix qui manque dans mon Stock à Lire Numérique.
Même sans être un adepte du ballon rond j’aime me tenir au courant des principaux résultats, notamment quand il s’agit de la Coupe du Monde. Sans pousser le vice jusqu’à suivre tous les matchs je fais en sorte de récupérer les scores (éventuellement les résumés si un score m’interpelle) sur Internet.
Seconde raison, et non des moindres, ce jeudi 8 juillet 1982 j’étais devant la TV pour suivre cette rencontre historique (c’était quand même la première fois que la France arrivait en demi-finale). Pour être tout à fait franc c’est le genre de rencontre où mon coeur balance entre chauvinisme pour mon pays et attrait pour l’équipe adverse. Et oui j’ai toujours, et aujourd’hui encore, apprécié le jeu et la technique de la Mannschaft.
L’auteur nous propose quasiment une reconstitution minute par minute de cette rencontre historique. Pour nous plonger au coeur de l’action il nous place dans la peau d’un joueur fictif de l’Equipe de France ; pas un joueur qui prend la place d’un de ceux qui étaient sur le terrain ce jour-là mais une sorte de douzième homme. Un joueur qui n’influencera en rien le déroulé du match mais qui analyse son déroulement et livre ses pensées.
On a tendance à ne retenir de cette rencontre que le KO de Patrick Battiston, percuté volontairement et de front par Harald Schumacher, le goal allemand ; et surtout l’absence totale de sanction contre la RFA. Mais dès les premières minutes la tension entre les deux équipes était palpable, les allemands ayant de suite opté pour un contact physique musclé.
Il n’en reste pas moins que c’est ce dérapage de Schumacher qui fera dégénérer les choses, ravivant les blessures du passé et les haines de la seconde guerre mondiale… L’auteur expose très habilement cette montée en puissance de la tension aussi bien sur le terrain que dans les gradins (les supporters espagnols soutenaient jusqu’alors la RFA, ils ont pris fait et cause pour la France après la sortie de Battiston).
Pour la petite histoire ce fut la première fois qu’un match de Coupe du Monde ira jusqu’aux tirs au but ; avec le résultat que l’on connait et la qualification de la RFA. Est-ce que les choses auraient été différentes sans l’agression de Schumacher ? Honnêtement je n’en suis pas convaincu, mais je laisse à chacun le soin de forger sa propre opinion.
J’ai dit que l’auteur parlait presque exclusivement de foot, mais par le biais de son joueur imaginaire, il porte aussi un regard critique à la fois sociétal, sociologique et politique sur la société française. On peut adhérer ou non, perso je ne suis pas un nostalgique de l’expérience Mitterandiste (qu’il ne cautionne pas systématiquement je précise).
J’ai lu par curiosité, je n’ai pas forcément été emballé mais pas déçu non plus. Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais en ouvrant ce livre, le compromis entre fiction et essai m’est apparu comme un bon choix de la part de l’auteur. Une chose est sure, il est indéniable qu’il a dû sacrément se documenter sur le sujet pour nous offrir un récit aussi complet.
Pour ceux et celles qui n’auraient pas vu ce match historique, vous le trouverez facilement et dans son intégralité sur Youtube.
[BOUQUINS] Muriel Houri – Menace
Encore un titre qui titillait ma curiosité et un éditeur que je m’étais promis de découvrir, l’occasion de faire d’une pierre deux coups. Place donc à ma chronique de Menace, un thriller signé Muriel Houri.
Entre Léo et Thomas, un père veuf depuis deux ans et son fils de douze ans, les relations oscillent entre compliquées et franchement tendues. Léo espère que ces vacances en compagnie d’Esther, sa compagne depuis peu, et Morgane, la fille de cette dernière, permettront d’apaiser les tensions.
Ah que voilà un bouquin qui justifie pleinement son titre. Dès les premières pages on sent une espèce de menace latente, au fil des chapitres ladite menace se précise, se fait même de plus en plus présente, de plus en plus pesante. Et nous on jubile en même tant qu’on stresse !
Ce thriller peut se vanter d’avoir une énorme dimension psychologique. On vit l’intrigue tour à tour à travers le personnage de Léo et celui de Thomas. Des personnalités bien trempées, usées jusqu’à la moelle par les non-dits et les secrets dont on partage le ressenti. Esther et Morgane font plus figure d’acteurs, elles sont bel et bien présentes mais presque en arrière plan, elle n’existent que par Léo et Thomas.
Puis il y a ce mystérieux voisin (dont on devine l’identité avant que l’auteur ne nous mette sur la voie), lui aussi nous fait vivre l’intrigue via son esprit tourmenté. Il deviendra rapidement le principal instigateur de la menace qui plane sur nos « braves » vacanciers.
Il n’y a que dans les derniers chapitres que le rythme s’accélère brutalement, avant la tension est purement psychologique, tout se joue sur les relations entre les protagonistes.
La plume de l’auteure est redoutablement efficace quand il s’agit de jouer avec nos nerfs. Histoire d’en rajouter une couche, les chapitres commencent par un indicateur de menace qui va crescendo (de 4 à 100%). Franchement une fois pris par ce bouquin vous ne pourrez plus le lâcher avant la fin. Et quelle fin ! Génialissime tout simplement.
J’aurai difficilement pu trouver mieux pour découvrir l’éditeur Flamant Noir, il va sérieusement falloir que je me penche sur les autres titres de son catalogue…
[BOUQUINS] Mallock – Le Massacre Des Innocents
Au chapitre des valeurs sures je peux placer les Mallock (l’auteur et son commissaire homonyme), aussi en ouvrant cette seconde Chronique Barbare, Le Massacre Des Innocents, j’avais la certitude que j’aurai le droit a du costaud.
Un peu partout en France les scènes de crime se multiplient, des individus sans histoires semblent pris d’une soudaine folie meurtrière. Actes isolés ou complot de grande envergure ? Terrorisme, sectes, attaques virales ? Aucune piste n’est négligée par Mallock et son équipe. Difficile d’aller de l’avant quand rien ne semble lier les différents massacres, et pire encore, la situation s’aggrave de jour en jour…
Autant vous le dire de suite l’ami Mallock nous livre une intrigue qui pourrait faire rougir les plus grands auteurs de thrillers. A vrai dire au début j’ai crains que la situation n’échappe à l’auteur qui nous offrirait alors une pirouette abracadabrante comme porte de sortie. Que nenni ! Désolé d’avoir douté du talent pourtant jamais démenti de Mallock. Au contraire l’auteur nous livre « son » enquête la plus richement documentée (avec tout de même quelques inspirations mallockiennes çà et là), on croirait avoir un roman de Maxime Chattam entre les mains. Une comparaison pas totalement fortuite de ma part, comme Maxime Chattam, Mallock réussit à diluer des informations techniques et scientifiques sans jamais être saoulant ou didactique à l’excès. D’ailleurs me direz-vous, une épidémie criminelle n’est pas sans rappeler La Conjuration Primitive de Chattam. Certes… mais la comparaison s’arrête là, tout simplement.
N’oublions pas la griffe Mallock qui vient sublimer une intrigue déjà promise au firmament, une plume unique en son genre. Une plume qui va à l’essentiel mais sur un ton presque chantant, une écriture qui parviendrait presque à rendre poétique la plus sordide des scènes de crime (en l’occurrence on est servi, son Diable Rouge est un pervers de la pire espèce qui laissera bon nombre de macchabées dans son sillage). Une plume qui parvient nous faire sourire même quand tout fout le camps.
Autre force de Mallock (le flic cette fois), son équipe de choc, son Fort, son groupe de sang ! Un Mallock sans ses fidèles lieutenants c’est un peu comme une bière sans mousse… et servie tiède qui plus est ! On retrouve avec plaisir cette relation quasi fusionnelle qui les unit (pourtant dans le genre patron exigeant, voire plus si affinités, le Mallock atteint des sommets).
Autre point commun aux enquêtes de Mallock, Mallock himself ! Dis comme ça ça peut paraitre soit évident, soit inutile (voire complètement con), mais chaque Chronique Barbare de l’auteur est l’occasion de plonger un peu plus profondément dans l’âme de son commissaire préféré. Un gars tout en paradoxes, un ours au grand coeur qui a bien du mal à cohabiter avec lui même. Et cette faiblesse, masquée sous une rudesse implacable, contribue grandement au charme du personnage.
Enfin, même si ça se situe en arrière plan de l’intrigue générale, chaque chronique nous offre une escapade gastronomique. On a en effet le droit dans chacune au moins une recette détaillée d’un plat que se mitonne le commissaire. Et il fait dans la cuisine gourmande, pas dans le hautement diététique macrobiotique insipide mais dans la cuisine des terroirs, celle qui affole nos papilles !
Une Chronique Barbare en compagnie des Mallock est une expérience unique avec un point commun : la certitude de se régaler. Cette seconde enquête ne fait que renforcer ma certitude. Pour l’anecdote je conseillerai de lire ses fameuses Chroniques Barbares dans l’ordre chronologique des intrigues, d’abord les deux versions poche publiées par Pocket, puis les deux titres diffusées par Fleuve Editions… Quant à moi, il va falloir que e me fasse une raison, les aventures numériques de Mallock commenceront à la troisième enquête… à moins de tomber sur des versions numériques artisanales au fil de mes errances…
[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Ca Peut Pas Rater !
Après mon looong périple au coeur des Collines Noires avec Dan Simmons j’avais besoin d’un peu de légèreté, d’un maximum de pep’s et d’un bouquin qui se lisait tout seul, sans prise de tête et avec un sourire béat aux lèvres. Mon sauveur ? Gilles Legardinier et son dernier opus, Ca Peut Pas Rater !. Une valeur sure au rayon de la bonne humeur.
Marie se fait plaquer par son mec, après un passage à vide elle décide que désormais plus personne ne viendra lui chercher des poux sans en payer les conséquences. Plus question de s’encombrer d’un homme dans sa vie. Sauf que les choses ne se passeront pas exactement comme prévu…
Ce quatrième opus dans le registre humour ne fait que confirmer ce que je savais déjà, Gilles Legardinier a un don incroyable pour nous offrir un condensé de bonheur et de bonne humeur. Je persiste et signe en affirmant que ses bouquins devraient être remboursés par la Sécu (plus encore en ces temps de morosité ambiante). On en arriverait presque à retrouver foi en l’humanité…
De nouveau Gilles Legardinier réussit à nous surprendre en jouant dans un nouveau registre comique. En s’adressant à son lecteur à la première personne et à travers un personnage féminin, on pourrait être tenté de faire un rapprochement avec Demain j’Arrête ! mais le personnage de Marie est tout de même nettement moins déjanté que celui de Julie et fait preuve de plus de maturité dans son analyse des relations humaines (quoique parfois on retrouve le même grain de folie douce).
Car oui, comme dans les autres romans de l’auteur ce sont bien les relations humaines qui tiennent le haut du pavé. Ici, la relation homme-femme au sein du couple est à l’honneur, mais aussi l’amitié et même les relations sociales au sein d’un même espace de travail. Sous couvert d’humour l’auteur nous offre une analyse qui ne manque ni de profondeur ni de justesse, nul doute que tout à chacun devrait s’y reconnaître à un moment ou un autre de son existence.
Et les personnages sont suffisamment nombreux et variés pour permettre à l’auteur de nous inviter à partager quelques tranches de vie avec eux. Marie pourra ainsi toujours compter sur le soutien indéfectible de son amie, Emilie, mais ce sera aussi pour elle l’occasion de découvrir ses autres collègues. A bien y regarder on bosse au milieu de gens que l’on côtoie entre 8 et 10 heures par jour, mais est-ce qu’on les connait vraiment ? Pour ma part sans hésitation la réponse est non, sans doute mon côté ours grognon et asocial qui ressort…
Je referme ce bouquin avec l’esprit léger, le coeur plein d’émotions (et oui l’auteur sait aussi jouer sur tout le registre émotionnel) et un sourire béat aux lèvres. Une lecture ponctuée de sourires et de rires. Je pensais trouver une Marie plus vacharde mais c’est sans le moindre regret que je me suis laissé embarquer dans le périple imaginé par l’auteur ; et une fois de plus je m’incline devant son talent indéniable pour dérider nos zygomatiques en toutes circonstances.
C’est toujours avec un pincement au coeur que je referme un roman de Gilles Legardinier, d’un autre côté ça ne me rend que plus impatient de découvrir le suivant. Qu’il décide de nous offrir une nouvelle tranche de bonne humeur ou un thriller, je serai au rendez-vous.
[BOUQUINS] Jérôme Camut & Nathalie Hug – Le Sourire Des Pendus (W3 – T01)
Eurekaaa ! J’ai vaincu ma PàL papier… Bon OK je n’ai que peu de mérites vu que je n’achète quasiment que des numériques depuis belle lurette, sauf exceptions : titre non dispo en numérique, format poche (si condition 1 remplie et édition poche dispo) et visite trimestrielle à France Loisirs (en faisant en sorte que la condition 1 soit remplie mais pas la condition 2). Un achat papier demande désormais une longue réflexion et un travail de fouilles presque archéologiques !!!
Le petit dernier du moment (jusqu’à la prochaine vague) est donc W3 : Le Sourire Des Pendus, écrit à quatre mains par Jérôme Camut et Nathalie Hug. Tant qu’à faire j’ai gardé le meilleur pour la fin… Et je doute de m’être trompé sur ce choix.
Quel est le point commun entre l’assassinat d’un avocat sulfureux dix ans plus tôt, la disparition de la journaliste Lara Mendès et ce qui semble être un triple suicide familial par pendaison ? De prime abord aucun, mais en fouinant sous la surface il s’avère que ces trois affaires gravitent autour du monde du porno underground…
Les CamHug ont su reconquérir mon coeur avec le très réussi Murs de Sang, je comptais sur ce nouveau titre pour confirmer la tendance. A vrai dire je m’attendais même à du lourd au vu des réactions enthousiastes lues çà et là (c’est toujours un risque de déception de placer la barre de ses attentes très haut). Avant d’aller plus avant dans cette chronique je vais lever le voile sur ma réaction globale : du lourd je voulais, du lourd j’ai eu et même plus encore !
Histoire de brouiller les pistes (sans jamais embrouiller le lecteur) l’intrigue principale se divise en une multitude d’intrigues secondaires (un peu comme si vous laissiez tomber une bille de mercure sur votre bureau), les liens entre elles ne sont pas toujours évident à deviner mais tout finit par se mettre en place naturellement.
Ajoutez à cela une impressionnante galerie de personnages tous parfaitement travaillés (j’ai un faible pour Léon Castel, allez savoir pourquoi). Là encore chacun commence dans sa case puis empiète peu à peu sur les plates bandes des autres ; une fois encore les auteurs savent s’y prendre pour que tout passe comme une lettre à la poste sans anicroches.
Le pavé est épais (750 pages) mais découpé en chapitres courts qui sautent souvent d’une situation à une autre. Les auteurs ont opté pour une écriture d’une remarquable fluidité, le bouquin se lit tout seul (si je n’avais pas eu un emploi du temps de folie je l’aurai sans doute bouclé en deux ou trois jours).
Sous couvert de leur intrigue glauque à souhait les CamHug nous invitent à plonger dans un univers tout aussi malsain et dérangeant : celui des Snuff Movies. Même si le bouquin n’est pas aussi cash que La Promesse Des Ténèbres de Maxime Chattam, il reste toutefois à déconseiller aux âmes sensibles. C’est aussi l’occasion pour les auteurs, du moins à travers leurs personnages, de porter un regard acéré sur la socièté en général (si le snuff existe c’est qu’il y a une demande, idem pour la prostitution enfantine), la justice (aveugle et parfois trop laxiste et procédurière) et les médias (des charognards qui ne jurent que par leur audience)…
Si comme moi vous vous demandez ce qu’est ce fameux W3, évitez de lire la quatrième de couv’ trop bavarde pour conserver intact le mystère. Ce sera mon seul bémol, le résumé donne un indice qui casse l’effet de surprise (mais je n’en dirai pas plus).
Ah si j’ai un autre bémol… Je veux la suite !!! En fait quand vous refermerez le bouquin vous aurez le sentiment de n’avoir lu qu’une mise en bouche de ce que les auteurs nous réservent pour la suite (voire les suites, plus probablement). Sur ce point aussi je les attends au tournant, le premier volet des Voies de l’Ombre m’avait laissé sur le cul mais lors des trois suivants le soufflé est tombé, lentement mais sûrement. Toutefois je pars confiant, ce premier opus ouvre les portes à un incroyable potentiel et surtout il y a encore tant de questions restées sans réponse (je pense notamment au cas de Ilya Kalinine)… Verdict dans les prochains mois.
Une descente à France Loisirs est prévue dans les prochains jours, de quoi redonner des couleurs à ma PàL… Mais avant tout : priorité absolue à Mallock et son Massacre des Innocents !
[BOUQUINS] Maud Mayeras – Reflex
Encore un bouquin qui doit son arrivée dans ma bibliothèque à la blogosphère, je ne connaissais pas l’auteure (dont c’est le second roman) et la couv’ ne m’attirait pas plus que ça ; je serai certainement passé à côté de Reflex de Maud Mayeras sans lui accorder un regard… C’était sans compter sur la multitude des tentateurs qui sévissent sur le Net, ils savent se montrer très persuasifs face à l’innocent et fragile lecteur que je suis !
Iris Baudry est photographe à l’identité judiciaire, elle se plonge corps et âme dans son boulot pour essayer de vivre avec la mort de son fils, assassiné onze ans plus tôt. Appelée sur une scène de crime, il lui semble reconnaître le mode opératoire de l’assassin de son fils…
Avertissement : lire ce bouquin demande une bonne dose de masochisme ! Il faut en effet aimer en prendre plein la gueule, Maud Mayeras n’économise pas les coups et sait taper là où ça fait mal. Vous sortirez de Reflex comme un pantin désarticulé, KO technique assuré !
D’un autre côté je ne peux pas dire que je n’avais pas été prévenu, le mot qui revient le plus souvent sur la blogosphère autour de ce bouquin est uppercut. Sauf que l’uppercut en question vous est prodigué par Mjöllnir¹, et qu’il reviendra souvent vous fracasser la pointe du menton.
Le bouquin nous propose de suivre deux intrigues qui, de prime abord, ne semblent pas avoir grand chose en commun (même si on se doute bien qu’il y a anguille sous roche). D’un côté on suit le parcours (et les souvenirs) d’Iris de nos jours (écrit à la première personne). De l’autre on fait la connaissance de Julie, une gamine de douze ans qui se fait violer en septembre 1919 et les conséquences que cela aura (vu de l’extérieur). Si vous découvrez le fil rouge alors là je vous tire mon chapeau !
Le rapport de la mère à l’enfant est omniprésent dans le bouquin. Qu’il s’agisse d’Iris, qui tente, tant bien que mal, de combler la mort de son fils par une totale immersion dans un boulot plutôt glauque (« Pour oublier son rire, j’ai tenté de comprendre ceux qui avaient cherché à l’effacer. Pour oublier son visage, j’en ai cherché d’autres plus abîmés. Pour oublier la douceur de sa peau, je me suis entourée de corps froids. Et pour oublier son odeur, j’ai choisi la puanteur de la mort.« ). Ou encore de la haine (et il y a de quoi la haïr cette vielle garce aigrie) qu’éprouve Iris pour sa mère (« Je n’ai jamais aimé ma mère. Cette façon qu’elle avait de vous humilier, de vous faire mal sans que jamais personne d’autre que vous ne le remarque. (…) Je l’ai détestée si fort, j’ai entretenu ma haine, je l’ai toujours bien nourrie pour qu’elle ne faiblisse pas, qu’elle ne s’éteigne pas.« ). Même dans la partie du récit qui se déroule dans le passé ce thème revient à plusieurs reprises et sous divers aspects que je vous laisse découvrir (et oui je n’envisage pas que vous puissiez avoir envie de passer votre chemin).
N’espérez pas un thriller qui dézingue du méchant (et un ou deux gentils çà et là) à tout va, on flirte d’avantage avec les normes du roman noir. C’est le style de l’auteure qui auréole ce bouquin d’une véritable aura de puissance, il vous bouffe de l’intérieur et vous en redemandez, encore et encore. Maud Mayereas aurait-elle inventé le roman succube (ou incube pour la gente féminine) ?
Si l’aspect investigation de l’intrigue n’est pas omniprésent je peux toutefois vous assurer que l’on ne s’ennuie pas une minute au fil des pages et qu’il n’y a ni longueurs, ni bla-bla inutile. Maud Mayeras va capter votre attention dès les premières pages, vous serez alors sous le charme de son écriture, entre hypnose et transe au fur et à mesure que la tension monte, jusqu’au coup de grâce final qui s’étire, faisant table rase de vos certitudes et hypothèses pour vous laisser sur le cul, la gueule figée dans un sourire béat.
Le personnage d’Iris ne fait pas vraiment penser à l’inspecteur Harry, non seulement elle n’est pas flic, mais en plus elle ne porte pas d’arme. Ajoutez à cela un léger complexe à s’exprimer lié à son bégaiement. Mais n’imaginez pas pour autant une frêle et fragile nana, elle puise sa force dans sa détermination à découvrir la vérité au sujet de la mort de son fils (ce qui l’aménera à déterrer bien d’autres secrets). Iris ne manque pas de caractère et n’aime pas grand chose (de nombreux chapitres commencent par Je n’aime pas…) mais cela ne l’empêche de dégager une incroyable humanité, du coup on s’y attache et on partage encore plus intensément ses émotions…
Un petit bémol ? Bon allez puisque vous insister. Rien à redire au niveau du bouquin à proprement parler, mille merci à Maud Mayeras pour cette lecture d’une rare intensité. En fait le bémol s’adresse plutôt aux éditions Anne Carrière qui semblent bouder le numérique, j’aurai bien vu Reflex bien au chaud dans ma liseuse.
En fin de bouquin l’auteure nous propose une bande originale, sans doute pour accompagner la lecture, même si en général je préfère lire dans ma bulle, entouré par le silence, je suis convaincu que s’il y avait eu de la musique autour de moi pendant que je lisais Reflex, je ne l’aurai pas entendue. J’ai été totalement absorbé par ce bouquin, la bulle est devenue le plus imperméable des bunkers.
¹ Mais qui est donc ce Mjöllnir ? Ou plutôt qu’est-ce donc ? Si vous avez répondu sans hésitation à cette question et sans passer par la case Google, alors vous êtes soit un passioné de mythologie nordique, soit un expert dans les super-héros de Marvel. Le rapport entre ces deux univers ? Thor et son fameux marteau à manche court, ustensile qui répond au doux nom de Mjöllnir. Comment ça je m’égare ? Et alors c’est bien un parking ici, non ?

