[BOUQUINS] Jean-Baptiste Veber – Ragots De Lapins

JB Veber - Rabots de LapinsNouvelle lecture/chronique à la demande de l’auteur, Jean-Baptiste Veber qui m’a envoyé son roman Ragots De Lapins.
Albert Lapins a été mortellement poignardé devant chez lui. Son épouse est arrêtée pour le meurtre. Ses enfants sont expédiés à l’Assistance Publique. Qui était Albert Lapins ? Victime innocente ou indécrottable flambeur pris à son propre jeu ? Pourquoi a-t-il été tué ? Et par qui ?
Pour répondre à ces questions nous allons nous pencher sur les témoignages des personnes qui gravitaient, de près ou de loin, autour d’Albert Lapins, témoignages qui dressent des portraits de l’individu des plus contradictoires… On passe du tout noir au tout blanc sans transition ! Heureusement pour nous aider à y voir plus clair dans cet écheveau nous avons aussi la confession de la victime… mais est-elle totalement fiable dans ses propos ? Le résultat est plutôt original, un polar qui n’en est pas vraiment un, un polar social en quelque sorte. Un exercice de style pas évident, il s’agit en effet de donner à chaque témoin une personnalité distincte, à ce titre l’auteur tire plutôt bien son épingle du jeu.
Pour ma part je me suis laissé mener à la baguette par l’auteur plutôt que de chercher à démêler le vrai du faux, il faudra d’ailleurs attendre les derniers chapitres pour avoir le fin mot de l’histoire. Toutes les réponses arriveront dans les dernières pages. Pour être tout à fait franc j’avais deviné (ou plutôt supposé) la fin quelques pages avant qu’elle ne nous soit révélée.
Au niveau de l’intrigue à proprement parler j’ai trouvé l’ensemble plutôt convaincant, toutefois il y a un point précis sur lequel j’ai tiqué. Mais je n’en dirai pas plus ici afin de laisser entier le plaisir des révélations des dessous du cas Albert Lapins..
Une lecture qui me sort des sentiers battus, intéressante malgré quelques lourdeurs de style ; ça n’engage que moi mais je ne suis pas franchement adepte des phrases trop alambiquées, je préfère quand ça reste « naturel ». Merci à Jean-Baptiste Veber pour cette belle découverte.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Céline Barré – Péril Au Fournil !

C. Barré - Péril au FournilNouvelle chronique dédiée à un(e) auteur(e) indépendant(e) mais cette fois je suis en terrain connu puisqu’il s’agit du second roman de Céline Barré (après Quel Pétrin !) mais surtout que l’on retrouve, Jocelyne, notre boulangère apprentie révolutionnaire de Tresvilles et son entourage pour le moins animé. Direction le Cotentin (mais pas que) pour ce second opus intitulé Péril Au Fournil !.
Jocelyne ne digère pas la décision du président Ollanzi visant à fusionner les communes de Tresvilles et Grogneul. La boulangère espère mobiliser un maximum de monde afin d’organiser une grande manifestation à Paris, et pourquoi pas renverser Ollanzi ? Son arme ultime pour y parvenir : les réseaux sociaux…
Le hasard de ma PàL a voulu que j’entame ce roman le 14 juillet, soit 24 heures avant que la barbarie et la connerie ne s’abattent sur Nice (84 morts et plus de 200 blessés) et 36 heures avant la tentative de putsch militaire en Turquie et sa répression toute aussi violente (265 morts et pas loin de 1500 blessés). Autant dire que le moment était bien choisi pour une touche de légèreté et une bonne dose de feel good ! Ayant lu et apprécié Quel Pétrin ! je savais que le roman de Céline Barré me ferait oublier pour un temps l’actualité du moment.
Bien que ce second opus puisse être lu indépendamment de son aîné, je vous recommande vivement de commencer par Quel Pétrin ! afin de découvrir de façon plus approfondie les personnages et les événements survenus précédemment. Si toutefois vous passez outre, vous ne serez aucunement largué en prenant le train en route, l’auteure rappelle régulièrement les éléments permettant d’intégrer le récit dans son contexte.
Péril Au Fournil ! gagne en densité (on passe de 184 à 304 pages) ça permet à Céline de pouvoir se concentrer davantage sur les personnages secondaires et de développer autour de chacun une histoire plutôt que de se concentrer exclusivement sur Jocelyne. Et sur ce point le moins que l’on puisse dire c’est que nous serons servis. Bien entendu vous pourrez aussi compter sur de nouvelles rencontres, dont certaines joueront un rôle essentiel pour la suite des événements.
Vous connaissez certainement l’avertissement « Toute ressemblance avec des personnes réelles…« , il est bien entendu de rigueur ici, surtout concernant Ollanzi et sa clique ; il serait en effet tentant de faire le rapprochement avec certains de nos dirigeants. Je pense bien entendu à Ollanzi, même s’il est quand même un cran au dessus de notre Flan national niveau incompétence crasse ; mais celle qui m’aura le plus fait sourire reste la ministre de l’Education Nationale, issue des minorités, choisie pour ses formes plus que pour ses compétences et jamais en manque d’inspiration pour proposer des réformes absurdes… NVB si tu me lis, je ne m’excuse pas !
De nouveau l’auteure joue avec plusieurs leviers de l’humour avec brio, je savais que la sauce prendrait, je n’ai pas été déçu, sourires et rires ont bien été au rendez-vous tout au long de ma lecture. Mission accomplie pour l’apport de bonne humeur. Mais ne vous laissez pas berner par cette apparente légèreté, l’humour peut aussi être un bon moyen d’amener le lecteur un tantinet curieux à approfondir certains thèmes abordés.
Ne comptez pas sur moi pour vous livrer l’issue du duel opposant la boulangère au président. Ce que je peux vous dire en tout cas c’est que la situation de nombreux personnages prendra un virage à 180°. Pour le meilleur… ou pour le pire.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Frédéric Clémentz – Le Serment Du Passeur

F. Clémentz - Le Serment du PasseurUne lecture à la demande de son auteur, Frédéric Clémentz, que je remercie pour sa grande patience (j’ai son roman dans les bacs depuis le mois de mai) et sa confiance. Pour son premier roman il se lance dans le thriller psychologique avec Le Serment Du Passeur.
A l’âge de 15 ans Antoine Dévraille est traumatisé par une violente agression dont il est la victime. Sa vie ne sera plus jamais la même. Dix neuf ans plus tard Antoine écrit une lettre à son agresseur mais il va apprendre une nouvelle qui va bouleverser ses plans… et sa destinée.
La première chose qui frappe dans ce roman est son écriture, un style qui vous prend direct au coeur, à l’âme et aux tripes. Une plume trempée dans du vitriol, sans concession mais aussi riche et imagée. Un vrai bonheur pour les yeux. Une phrase d’Antoine pourrait s’adresser directement à son créateur, Frédéric : « Tu voulais que cette chose qui gueulait en toi fasse sa vie sans artifices ni souci du beau. Tu voulais de la matière brute, noble. Tu voulais du sauvage, du vivant. Des mots avec encore de la terre dessus. Des mots pas lavés, pas préparés. Des mots pas éduqués. Libres. »
Quant à moi Frédéric je souhaite que la fin de cette citation s’applique au présent Serment : « Rappelle-toi comme les gens se foutaient de toi quand tu leur disais ça. Et rappelle-toi comme ils te couraient tous après quand tu as été publié. »
Le récit nous place directement dans la peau et l’esprit d’Antoine Drévaille, le moins que l’on puisse c’est que sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. On ne ressort pas indemne d’une telle immersion psychologique. Dérouté, troublé… certes, mais aussi charmé ! Sous le charme de l’intrigue malgré (ou grâce à) une noirceur absolue, mais aussi, je le répète et ne me lasserai de le dire encore et encore, de cette plume d’une redoutable efficacité.
Alors, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ? Si je laisse (encore une fois) la parole à Antoine, la réponse ne laisse aucune place au doute : « Finalement, il avait peut-être raison mon éditeur et ami : le genre humain, ce n’est que du sang et des larmes. Et Simon rajoutait toujours en soupirant : « Du sang, des larmes… et de la merde. » Là-dessus, invariablement et sur un ton à se coltiner deux cents jours de brouillard d’affilée au fin fond de la Bretagne, il balançait cette hilarante citation du philosophe roumain Emil Cioran : « L’homme va disparaître, c’était jusqu’à présent ma ferme conviction. Entre-temps j’ai changé d’avis : il doit disparaître. » »
Mais bon je ne voudrais que Frédéric me reproche d’avoir pondu une critique en lui piquant les répliques d’Antoine ; je vais donc y apporter une petite touche personnelle. Chers lecteurs et lectrices que ces quelques lignes auraient rebuté (même si telles n’étaient pas mon intention première) ayez foi en la sagesse populaire qui affirme que les apparences sont parfois trompeuses. Frédéric Clémentz n’est pas breton (nul n’est parfait) mais il doit faire de sacré bonnes crêpes ; en un peu plus de 200 pages il va offrir deux retournement de situation parfaitement maîtrisés et totalement inattendus. Que du bonheur !
Avec ce premier roman Frédéric Clémentz place la barre très très haut, je ne voudrai pas lui mettre la pression mais on va attendre le suivant avec impatience…

MON VERDICT
jd5Coup double

N’allez surtout pas croire que je chronique les Fred en priorité, c’est une pure coïncidence si les auteurs F. Gynsterblom et F. Clémentz se suivent dans mes posts. Et faites gaffe, j’en ai encore un (F. Ernotte) en stock…

[BOUQUINS] Jacques Expert – Hortense

J. Expert - HortenseJacques Expert a le don de transformer un faits divers sordide en un roman captivant. C’est ce qu’il fait à nouveau dans son dernier roman, Hortense.
La vie de Sophie Delalande bascule en 1993, quand sa fillette de 2 ans, Hortense, est enlevée par son père qui avait quitté le domicile familial quand il a appris que Sophie était enceinte. Vingt deux ans plus tard, Sophie croise Emmanuelle, une jeune femme qui travaille comme serveuse. Elle a alors l’absolue certitude qu’il s’agit de Hortense, elle va alors apprendre à la connaître avant de lui révéler la vérité…
Les chapitres, entrecoupés par les dépositions des différents intervenants, nous placent dans la peau de Sophie, puis de « Hortense » (à partir du chapitre 21). Pourquoi les guillemets à Hortense ? Parce que justement c’est là toute la question, Emmanuelle est-elle vraiment Hortense ? Ou est-ce que Sophie est victime de son obsession ?
Difficile d’imaginer la douleur d’une mère confrontée au même drame que Sophie. Il n’en reste pas moins que plus d’une fois j’ai trouvé le personnage quelque peu troublant, voire même dérangeant. Il faut dire que tout le roman repose sur ces deux femmes, Sophie et Emmanuelle/Hortense, avec en toile de fond le père d’Emmanuelle. L’auteur nous offre une plongée vertigineuse dans la psychologie de ses personnages. Résultat une ambiance souvent oppressante avec beaucoup de questions et de doutes.
Avec peu d’action Jacques Expert crée une véritable tension qui va rapidement ferrer le lecteur pour ne plus le lâcher jusqu’au final. Et quel final ! Totalement inattendu dans le genre renversement de situation. J’ai été sur le cul, tout simplement. Et pourtant, au fil des dépositions on devine assez rapidement un dénouement dramatique, mais la surprise fait quand même l’effet d’une bombe.
C’est le quatrième roman de l’auteur que je lis, et comme à chaque fois je suis bluffé par sa maîtrise et son sens du récit. Les chapitres sont courts, percutants parfois, le bouquin devient rapidement hautement addictif (j’ai lu la seconde partie d’une traite tant j’avais besoin d’avoir des réponses). Jacques Expert confirme qu’il fait partie des incontournables pour moi, pas question de rater ses prochains titres (et éventuellement trouver le temps de lire les précédents).

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Didier Van Cauwelaert – Jules

D. Van Cauwelaert - JulesCa faisait déjà un long moment que Jules, le roman de Didier Van Cauwelaert, me faisait de l’oeil des tréfonds de mon Stock à Lire Numérique, mais à chaque fois j’ai reporté à plus tard, priorisant d’autres lectures. Comme tout vient à point à qui sait attendre parait-il, ce « plus tard » est enfin devenu maintenant.
Quatrième de couv’ : À trente ans, Alice recouvre la vue. Pour Jules, son chien guide, c’est une catastrophe. Et en plus on les sépare. Alors, il se raccroche à moi. En moins de vingt-quatre heures, ce labrador en déroute me fait perdre mon emploi, mon logement, tous mes repères. Il ne me reste plus qu’une obsession – la sienne : retrouver la jeune femme qui nous a brisé le cœur.
Jules fait partie de ces romans qui font du bien par où ils passent, c’est un véritable concentré de bonne humeur qui réchauffe le coeur et l’âme. Qui plus est pour moi ça tombe pile poil quand j’avais justement besoin de ça. Je me suis régalé en compagnie de Jules, un chien qui ne manque pas de ressources, ni de roublardise.
Les chapitres alternent entre les points de vue de Zibal et d’Alice avec bien entendu l’omniprésence du labrador (même quand il n’est pas physiquement présent, il reste au coeur du récit). Deux personnages attachants même si de prime abord j’ai eu un peu de mal à trouver Alice sympathique, je l’ai trouvé quelque peu hautaine avant de réaliser que le rempart qu’elle dresse autour d’elle était sa façon de se protéger. Un récit plein de légèreté certes, mais aussi profondément humain, qui se lit quasiment d’une traite (288 pages dans sa version papier), un sourire béat aux lèvres.
Pour le suspense on repassera, on se doute bien vite de ce qu’il va advenir de Zibal et Alice, la romance tendance fleur bleue est de toutes façon accessoire dans ce bouquin ; sous cette apparente légèreté l’auteur rend un brillant hommage aux chiens guides d’aveugle. Du coup on pardonne tout à Jules, même la totale improbabilité de certaines de ses réactions. On s’en fout, on est là pour faire le plein de bonne humeur et à ce titre le contrat est rempli.
Au risque d’enfoncer des portes ouvertes je tiens à signaler que c’est bien Jules le véritable héros de cette histoire, sans lui le bouquin ne vaudrait pas tripette. Grâce à lui ce qui pourrait n’être qu’une comédie romantique un peu mièvre gagne en profondeur (et en bonne humeur). Au final j’ai trouvé en ce bouquin un agréable divertissement ; entre deux thrillers ça fait parfois du bien de faire un break plus léger.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Franck Thilliez – Rêver

F. Thilliez - RêverSans surprise j’ai jeté mon dévolu sur le dernier roman de Franck Thilliez, à peine celui de Maxime Chattam refermé (après une petite journée de transition, le temps de faire le vide dans mon esprit). Place donc à mes impressions de lectures après avoir refermé Rêver.
Entre l’accident de voiture qui a coûté la vie à son père et à sa fille, et une enquête d’enlèvements d’enfants qui piétine, la psycho-criminologue Abigaël Durnan est au bord du gouffre. Victimes de cataplexie, les crises se multiplient ; au point qu’elle même en vient à s’embrouiller entre le monde réel et le monde des rêves…
D’entrée de jeu Franck Thilliez nous prévient qu’il va nous proposer un récit déstructuré, chronologiquement parlant ; l’essentiel de l’intrigue va se dérouler entre le 6 décembre 2014 (l’accident) et le 23 juin 2015 (le lavoir en feu), mais les chapitres ne seront pas présentés dans l’ordre chronologique. Une échelle temporelle vous permettra toutefois de vous situer au fil de la lecture. Ah oui j’oubliais, cerise sur le gâteau, il manque volontairement un chapitre (explication à la fin du roman).
Je sais, vues comme ça les choses peuvent paraître un peu embrouillées mais je vous rassure d’entrée de jeu, tout est parfaitement limpide ; il faut juste ne pas perdre de vue cette fameuse échelle temporelle. Libre à vous par la suite, comme le suggère l’auteur, de reprendre le bouquin dans l’ordre chronologique réel, histoire de voir si la pêche aux indices est plus aisée.
Fidèle à ses habitudes Franck Thilliez nous offre une intrigue parfaitement maîtrisée, riche en rebondissements et autres surprises. Plus d’une fois Abigaël sera amenée à se demander où se trouve la vérité : dans la réalité ou dans les rêves, sachant que sa perception de la réalité peut être altérée par ses rêves et par son traitement contre la cataplexie. Pour nous aussi, lecteur, les questions ne manqueront pas, il va falloir être vigilant pour ne laisser échapper aucun indice. Mais je suis convaincu que même le plus perspicace des lecteurs ne découvrira pas le fin mot de l’histoire avant qu’il ne nous soit révélé.
Pour ma part j’ai rapidement soupçonné certaines de ces vérités mais sans réussir à découvrir le pourquoi du comment de la chose, de simples intuitions, sans l’ombre d’une preuve. Et la vérité s’est révélée encore plus machiavélique que tout ce que j’avais pu imaginer. Il y a toutefois une question que je me suis instantanément posée, avant même que l’accident ne se produise, il faudra toutefois attendre le chapitre 37 pour que Abigaël se la pose à son tour (je n’en dirai pas plus à ce stade de l’enquête).
Pour Abigaël (et nous autres, lecteurs) il va falloir pister deux lièvres à la fois. D’une part la piste de Freddy, le kidnappeur qui détient quatre jeunes victimes et a toujours une longueur d’avance sur les enquêteurs. D’autre part celle du père d’Abigaël qui semble lui avoir caché bien des secrets. Deux pistes qui finiront par se croiser… presque par hasard.
Un récit totalement addictif, impossible de lâcher le bouquin une fois que vous aurez mordu à l’hameçon (et en la matière Franck Thilliez est un maître de l’art quant il s’agit de ferrer ses lecteurs). Du fait de la déstructuration chronologique le rythme est saccadé, mais ça participe justement à l’ambiance unique que se bouquin va distiller dans votre esprit. Dans les derniers chapitres attendez vous toutefois à une brusque montée d’adrénaline.
Bon alors quid du chapitre manquant ? Un gadget plus qu’autre chose, à lire uniquement si vous avez l’impression d’être passé à côté de quelque chose. Pour ma part j’avais compris l’essentiel et deviné le reste, si le chapitre avait intégré au récit il n’aurait fait que confirmer ce que bon nombre de lecteurs thriller-addicts supposaient depuis un moment déjà… c’eut été dommage pour les autres. De la même manière je ne me relancerai pas une lecture chronologique du récit, je referme en effet le bouquin sans que la moindre question n’ait été laissée sans réponse.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Maxime Chattam – Le Coma Des Mortels

EUROBUTDifficile de faire un choix quand, à quelques jours d’intervalle, débarquent dans mon Stock à Lire Numérique le dernier roman de Franck Thilliez, Rêver, talonné par celui de Maxime Chattam, Le Coma Des Mortels. Comme bien souvent mon choix aura été instinctif, compulsif, impulsif… et guidé par ma curiosité. Place donc à ma chronique du Coma Des Mortels.
4ème de couv’ : Qui est Pierre ? Et d’ailleurs, se nomme-t-il vraiment Pierre ? Un rêveur ? Un affabulateur ? Un assassin ? Une chose est certaine, on meurt beaucoup autour de lui. Et rarement de mort naturelle.
Pourquoi pas de présentation personnalisée ? Juste parce que je trouve cette quatrième de couv’ géniale, elle suscite l’intérêt du lecteur sans rien dévoiler du contenu du roman.
Vous êtes incollable sur Maxime Chattam, sa vie, son oeuvre. Oubliez tout ! Avec Que Ta Volonté Soit Faite l’auteur avait déjà délaissé le thriller pur et dur pour une incursion dans le roman noir ; ça avait surpris certains de ses inconditionnels et totalement convaincus d’autres. Je me classe sans hésitation dans la deuxième catégorie. Avec Le Coma Des Mortels l’auteur va encore plus loin dans le roman noir et surtout y ajoute une bonne dose d’humour (noir forcément) et de cynisme.
Le récit est à la première personne, c’est Pierre qui vous raconte son histoire. En commençant par la fin mais pas en allant complètement à rebours, disons que la chronologie est un peu décousue. Comme le chapitrage qui est inversé (on commence par le chapitre 39 pour terminer par le premier chapitre). A la lecture on constate rapidement que le chaos apparent est parfaitement organisé, à aucun moment le lecteur n’est largué, tout s’imbrique à la perfection.
Comme narrateur, et comme individu, Pierre est un personnage hors norme. Son regard sur la société, l’amour, l’humanité et la vie en général est au mieux désabusé ou ironique, au pire franchement cynique. L’occasion d’ailleurs pour l’auteur d’aborder des thèmes multiples et variés de façon pour le moins décalée. Un florilège de bons mots, parfois je me demandais si le fantôme de Raymond Devos ne dictait son texte à Maxime Chattam.
Décalé. C’est d’ailleurs le mot qui définirait le mieux ce roman tant il sort des sentiers battus. Je peux comprendre que ça puisse passer ou casser, pour moi c’est passé haut la main. J’ai adoré, tout simplement ! J’espère que nous serons nombreux à faire remonter sa note sur Babelio (2,94 sur 17 notes), il faut dire que les premières critiques étaient impitoyables.
J’ai aimé la lecture à plusieurs niveaux du récit de Pierre. On peut soit se contenter du premier degré, considérer qu’il relate les faits bruts de décoffrage. Soit creusez plus avant, et Pierre lui même donne une piste allant en ce sens. Une piste parmi d’autres serai-je tenté de dire. D’un autre côté on ne pourra pas reprocher à Pierre / Maxime de ne pas nous avoir prévenu.
Dès le préambule il annonce la couleur : « La vérité est bien là, elle glissera sous vos yeux par moments, mais je ne vous la servirai pas sur un plateau. Je ne peux pas. »
Plus tard quand il parle à la police : « Vous devez d’abord entendre toute l’histoire, pour comprendre. »
Et enfin, ultime pied de nez : « Peut-on réellement faire confiance à ce qui sort de l’ordinateur d’un romancier ? »
Et de fait même après avoir refermé le bouquin je ne serai pas surpris qu’il vou prenne l’envie de revenir en arrière vérifier/confirmer certains doutes. Rares sont les bouquins qui font encore mouliner les neurones à plein régime après leur lecture, Le Coma Des Mortels est de ceux-là. On s’interroge, on dépèce, on triture, on tourne et retourne le récit pour essayer de découvrir tous les non-dits.
Vous constaterez que je n’ai pas abordé l’intrigue du roman dans cette chronique, c’est là un choix délibéré de ma part afin de laisser intacte la surprise et la découverte de ce bouquin hors norme.
Un pari courageux de la part de Maxime Chattam de se remettre ainsi en question et de nous proposer des romans qui sortent des sentiers battus. Ceux qui comme moi ont pris un pied d’enfer en lisant ce bouquin seront ravis d’apprendre qu’une suite est en projet (annonce faite par l’auteur sur l’excellent fan-site Les Chattamistes)… mais il faudra se montrer patient, d’autres chantiers sont déjà engagés (dont la suite et fin de la saga Autre-Monde).
Merci Monsieur Chattam pour ce moment de lecture égal à nul autre, les mots me manquent pour définir exactement mon ressenti : génial, jouissif, excellent, un orgasme littéraire ! Bref j’ai adoré, et j’en redemande !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Jean-Christophe Grangé – Congo Requiem

JC Grangé - Congo RequiemEnfin le voilà ! Qui ça ? Non, plutôt, quoi ça ? Le dernier Jean-Christophe Grangé, Congo Requiem, la suite de Lontano et des aventures tumultueuses du clan Morvan.
Grégoire et Erwan sont tous les deux au Congo, direction Lontano. Erwan, pour enquêter sur l’Homme-Clou et percer les secrets du patriarche. Grégoire, pour s’assurer du bon fonctionnement de ses gisements et garder un oeil sur son fils trop curieux à son goût. A Paris, Gaëlle découvre des éléments pour le moins troublants relatifs à son psy, Eric Katz. De son côté Loïc signe une trêve avec son ex, Sofia, le temps des funérailles du père de cette dernière, assassiné à la sauce africaine.
Congo Requiem c’est un peu un distributeur de claques. Au fil des chapitres, des révélations et des rebondissements vous allez en prendre plein la gueule. Au fur et à mesure que les secrets de Grégoire Morvan feront surface vous serez amené à réviser votre jugement sur le personnage. Certes ce n’est pas un saint, mais l’on découvrira peu à peu le pourquoi du comment de son comportement. Et là encore attendez vous à de belles et puissantes claques dans la tronche.
Au départ l’intrigue se divise en trois, voire quatre (si l’on distincte les parcours de Grégoire et d’Erwan), pistes distinctes. On se doute bien qu’il y a un lien, l’Homme-Clou, mais difficile d’imaginer comment tout cela va finir par s’imbriquer. Il faut dire que jusqu’à la fin du bouquin l’auteur prend un malin plaisir à embrouiller les pistes, effaçant nos certitudes, soulevant de nouveaux questionnements… et quand un début de réponse apparaît, un nouvel élément vient semer le doute. Même quand les différentes lignes d’enquêtes finissent par s’imbriquer, le doute reste entier ; et ça n’en finit pas de rebondir, encore et encore. Sadique mais tellement jouissif !
Les personnages de Gaëlle et de Loïc, jusque là confinés à des rôles secondaires s’étoffent et occupent même le devant de la scène, menant chacun leur propre enquête. Et Maggie dans tout ça ? Même si elle reste en arrière plan attendez vous quand même à un choc la concernant.
Fidèle à ses habitudes JC Grangé aborde de nombreux thèmes dans son roman, on sent bien qu’il a longuement potassé ses sujets, mais les explications scientifiques ou techniques s’intégrent tout naturellement au récit, sans jamais nuire au rythme. Et niveau rythme vous serez aux commandes d’une Lamborghini lancée à plein régime.
Il y a de nombreux aspects du bouquin que j’aimerai aborder dans cette chronique mais impossible sans prendre le risque de trop en dire… et ce serait vraiment dommage de gâcher l’effet de surprise. Alors plutôt que de risquer le spoiler, je préfère opter pour la chronique frustrante qui n’en dit pas assez.
Ayant crédité Lontano de 4 Jack je ne peux qu’en accorder 5 à Congo Requiem, avec un coup double en option : coup de coeur / coup de poing.

MON VERDICT
jd5Coup double

[BOUQUINS] Jérôme Kob – Le Pensionnat

AVERTISSEMENT
X-rated

J. Kob - Le PensionnatJe commence mon escapade érotique en douceur avec Le Pensionnat de Jérôme Kob.
Camille, 13 ans, est curieuse de tout ce qui a trait à la sexualité et au plaisir. Afin d’éviter un scandale l’adolescente est envoyée dans un strict pensionnat catholique pour la prochaine rentrée. Contre toute attente les dortoirs et couloirs de ce sinistre pensionnat réserveront bien des surprises à Camille…
Quand je dis que je commence en douceur il s’agit davantage du nombre de pages (moins de 150) que du contenu à proprement parler. Même si la frontière entre érotisme et pornographie est mince (et surtout vachement subjective), j’aurai toutefois tendance à classer ce roman dans la première catégorie.
Certes le contenu est relativement brut de décoffrage (d’un autre côté ce n’est pas Martine en Pension que vous avez entre les mains) mais sans vulgarité, ni descriptions trop anatomiques. Rien à voir avec Frotti-Frotta (chroniqué ici) d’Esparbec qui est plus ou moins construit sur la même idée de base et qui se revendique pornographique. Il n’y a pas photo c’est le jour et la nuit !
Globalement j’ai trouvé que Jérôme Kob restituait à merveille les pensées et les émotions d’une ado de 14 ans (le récit est écrit à la première personne) au fur et à mesure qu’elle découvre les joies et les jeux du sexe. Candide au départ, elle se dévergonde peu à peu jusqu’à prendre les choses en mains (sans mauvais jeux de mots… sinon j’aurai dis en bouche).
Pour être tout à fait franc j’ai même trouvé que cette candeur assumée apportait parfois quelques touches de bonne humeur bienvenues. A titre d’exemple je vous invite à vous reporter à l’extrait à la fin de ce post pour une turlutte d’anthologie apppréciée diversement (chapitre 2).
Certes on pourrait regretter l’absence d’un réel scénario (les onze chapitres décrivent chacun une étape dans le parcours sexuel de Camille), mais la longueur du bouquin joue plutôt en sa faveur sur ce point ; l’auteur évite la redondance et le lecteur n’a pas le temps de se lasser au fil des pages.
Une agréable surprise et une lecture plutôt rafraîchissante… A réserver à un public averti cela va de soi.

MON VERDICT
jd3d

Extrait du chapitre 2

Malgré ses efforts pour me détacher de lui, je refusais de lâcher ma prise. Ma propre jouissance m’avait rendue folle de désirs. Je pressais entre mes lèvres la verge ramollie sans me soucier de ses protestations geignardes. Je l’aspirais, je la tétais, je l’absorbais jusqu’aux couilles, bien décidée à en exprimer tout le jus.
(…)
En reposant ma joue sur les poils de son pubis, je constatai que sa queue, d’un rouge intense, ressemblait plus à un morceau de viande fraîchement découpé qu’à une verge conquérante. Le bel appendice en érection s’étalait comme un bout de chiffon déchiqueté et sanguinolent.
(…)
l ne le prit pas ainsi. Sans doute redoutait-il la reprise de ma succion. Réunissant ses dernières forces dans un bond prodigieux, il parvint à s’extraire de la ruelle en poussant un geignement lamentable. Il s’assit sur le lit, protégea son bas-ventre de ses deux mains, dans la position grotesque des footballeurs au moment où l’adversaire bénéficie d’un coup franc dans les abords immédiats de la surface de réparation. Alors seulement, il glapit d’une voix courroucée :
– Mais tu es complètement barge !
– C’était si merveilleux…
– Une cinglée et une nympho !
– Je suis si heureuse…
– Et dangereuse en plus !
– Tu m’as fait jouir à en mourir…
– Tu m’as écorché vif !
– Ô mon amour, c’était le paradis…
– Je suis blessé, estropié, bousillé !
– J’ai perdu la tête…
– Tu es une folle !
– Je t’aime.
Nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. Tandis que j’essayais d’exprimer à Arnaud toute la félicité que je lui devais, il remâchait la torture que je lui avais infligée.

[BOUQUINS] Sophie Hénaff – Rester Groupés

S. Hénaff - Rester groupésUne nouvelle rubrique placée sous le signe des retrouvailles puisqu’il s’agit de Rester Groupés, second roman de Sophie Hénaff. Et seconde enquête de sa très atypique Brigade Capestan.
Capestan et son équipe sont appelés sur une scène crime par le divisionnaire Buron. La victime : Serge Rufus, un cador de l’antigang et accessoirement père de l’ex-mari de Capestan. Sur place la BRI et la Crim’ prennent déjà leurs marques, la collaboration entre les trois équipes s’annonce compliqué ; mais il faut plus que ça pour décourager la Brigade Capestan…
On retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de Poulets Grillés, le premier roman de Sophie Hénaff. A commencer bien entendu par la fameuse brigade qui est sensée regrouper des flics tout juste bons pour une mise au placard. Leurs méthodes sont certes atypiques, voire excentriques, mais ensemble ils progressent sans qu’aucun obstacle ne leur paraisse infranchissable. Sauf que cette fois Anne Capestan va se retrouver impliquée personnellement, l’enquête exige en effet qu’elle reprenne contact avec son ex-mari. L’occasion de découvrir une nouvelle facette du personnage, une dimension plus sentimentale qui ne la rend que plus attachante.
Dans sa grande magnanimité, le divisionnaire Buron leur a même affecté un nouveau collègue, Henri Saint-Lô, tout juste sorti d’HP et toujours persuadé d’être un mousquetaire au service du roi. En plus de Pilote, le petit roquet d’Eva Rosière, la brigade animale se voit aussi renforcée d’un nouveau membre, Ratafia, un rat-policier dressé par Merlot.
Vous l’aurez compris Sophie Hénaff joue toujours à fond la carte de l’humour et de la dérision pour faire évoluer la brigade de flic la plus atypique de France… et plus si affinités ! Mais ce second degré parfaitement assumé ne se fait pas au détriment de l’intrigue, l’auteure nous prouve, une fois de plus, qu’elle maîtrise toutes les ficelles du genre.
Certes pas aussi éprouvant qu’un roman d’Olivier Norek ou de Maxime Chattam, Rester Groupés est un polar qui brille surtout par son ton décalé et pétillant ; l’enquête à proprement parler nous réserve bien quelques surprises mais ne vous attendez pas à avoir les nerfs en pelote… ici ce sont les zygomatiques qui sont sollicités.
J’aurai tendance à dire que Sophie Hénaff a inventé le polar feel good, une bouffée d’air frais bienvenue et appréciable entre deux thrillers purs et durs, sans couper totalement le cordon avec le milieu policier… Au vu de l’épilogue il ne fait aucun doute que la Brigade Capestan est appelée à revenir, je serai moi aussi fidèle au poste.

MON VERDICT
jd4

Explication sur ma note de 4/5.
Si je lui ai accordé un 4 et non un 5, comme pour Poulets Grillés, c’est uniquement parce que l’effet de surprise lié à la découverte de la Brigade Capestan n’est plus au rendez-vous.
Il n’en reste pas moins que j’ai beaucoup aimé ce second roman, je pense que ma chronique est là pour vous le prouver.