[BOUQUINS] Samuel Sutra – Coupable[s]

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S. Sutra - Coupable[s]

Titre : Coupable[s]
Auteur : Samuel Sutra
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Jean-Raphaël Deschanel, agent du renseignement, est appelé en renfort par la Crim’ de Paris. La brigade du commandant Blay sèche en effet sur une série de crimes faisant jusqu’alors l’objet d’enquêtes distinctes. Or, le dernier corps retrouvé semble faire un lien entre les différentes victimes et orienter l’enquête vers un assassin originaire d’Haïti.

Jean-Raph’ étant lui aussi d’origine haïtienne, il est apparu que son concours pouvait être un atout pour Blay et son équipe…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et que Nathalie m’a généreusement proposé de lire le roman en avant-première (parution le 5 mars 2018). Une offre pareille, ça ne se refuse pas !

Ayant pris beaucoup de plaisir à lire Kind Of Black, j’étais curieux de retrouver l’auteur dans le même registre (polar noir).

Ma chronique

Je tiens avant tout à remercier les éditions Flamant Noir et tout particulièrement Nathalie pour sa confiance renouvelée (ça me va droit au coeur, sincèrement). Et bien entendu aussi pour l’occasion qui m’est donnée de découvrir le dernier roman de Samuel Sutra, Coupable[s], en avant-première.

Même si généralement je m’efforce d’éviter tout spoiler en rédigeant mes chroniques (parfois il vaut mieux rester concis plutôt que de prendre le risque trop en dire), c’est un impératif encore plus présent quand je dois parler d’un bouquin lu en avant-première.

Nous voilà donc en présence d’un agent du renseignement natif d’Haïti, mais adopté dès son plus jeune âge par un couple français et ayant quasiment tout le temps vécu en France. Quand une série de crimes semblant avoir pour fil rouge Haïti met la Crim’ dans l’impasse, c’est donc à lui que l’on fait appel pour venir leur prêter main-forte.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais moi personnellement quand on me dit Haïti, je pense immédiatement au tremblement de terre de 2010 qui a frappé l’île, détruisant quasiment sa capitale, Port-au-Prince, et faisant plus de 300 000 morts et autant de blessés. Je reconnais volontiers que c’est un peu réducteur comme vision d’un pays et d’un peuple, mais ça n’en reste pas moins vrai.

Du séisme il sera justement question dans ce roman, ou plus exactement de l’aide humanitaire internationale, notamment en matière de reconstruction. Je n’en dirai pas plus, mais on comprend rapidement ce que cache le fameux « Kenscoff ». J’aimerai pouvoir affirmer que ce n’est que fiction, mais ça ne m’étonnerait pas que certaines ordures peu scrupuleuses aient eu recours aux mêmes procédés pour s’en mettre plein les fouilles.

Si Haïti fait office de fil rouge entre les différentes scènes de crime, toute l’intrigue se déroule quant à elle sur le sol français, à Paris et alentours pour être exact. Quatre scènes de crimes qui se distinguent par l’extrême violence des mises à mort. Et une enquête qui va lancer la Crim’ sur la piste d’un cinquième homme, reste à découvrir s’il est la prochaine victime ou l’assassin…

L’essentiel du récit (hormis quelques apartés, un pour chaque victime) est rédigé à la première personne, on vit l’intrigue par le biais de Jean-Raph’, un « administratif » qui va, pour la première fois de sa carrière, se frotter à une enquête de terrain. Forcément ça va le changer et il ne sera pas toujours à l’aise avec les méthodes de ses nouveaux coéquipiers.

Samuel Sutra apporte un soin tout particulier à ses personnages, un exercice de style pas toujours évident dans un récit à la première personne, la personnalité des autres n’est alors que le reflet de ce que le narrateur perçoit. Heureusement pour nous Jean-Raph’ est plutôt perspicace quand il s’agit de cerner ses interlocuteurs.

Je ne vous ferai pas l’affront de dresser un rapide portrait de chacun, autant laisser entier le plaisir de la découverte. Disons que j’ai eu un faible pour le commandant Blay, le flic bourru par excellence, revenu de tout, mais toujours aussi professionnel, un chef respecté (vénéré ?) par ses hommes. Ce serait manquer de galanterie que de ne pas mentionner Vanessa Dubreuil, psychocriminologue qui fera office de « profileuse » sur cette enquête ; la touche de charme de l’équipe, mais elle prouvera rapidement qu’elle n’est pas là pour se contenter de jouer les potiches.

Pour ma part j’ai rapidement des soupçons quant à l’identité du tueur, puis la présomption est devenue certitude. Par contre je tiens à préciser qu’à aucun moment ça n’a gâché mon plaisir de lecture, j’ai même pris beaucoup de plaisir à suivre la progression de l’enquête, à voir comment l’auteur amènerait ses enquêteurs à la même conclusion.

Avec Kind Of Black, Samuel Sutra avait déjà démontré que le polar noir ne lui faisait pas peur, qu’il maîtrisait les règles du genre. Avec Coupable[s] c’est désormais une certitude, l’auteur est une brillante plume de la scène littéraire noire francophone.

Je terminerai cette chronique par un aspect qui peut sembler plus futile, mais qui a toutefois un rôle non négligeable dans la « vie » d’un livre : sa couverture. Je l’avais découverte sur la page Facebook de Flamant Noir et ça a tout de suite fait tilt, je la trouve tout simplement magnifique.

C’est le dixième roman des éditions Flamant Noir que je lis et je ne peux que m’incliner devant la qualité de leur catalogue, non seulement je n’ai jamais été déçu, mais j’ai même eu le droit à quelques belles claques dans la gueule. De quoi m’inciter à suivre leurs prochaines publications, mais aussi, à condition de trouver le temps, de me pencher sur les titres que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire (j’en ai déjà trois en stock, c’est un bon début).

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – La Chance Du Perdant

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C. Guillaumot - La chance du perdant

Titre : La Chance Du Perdant
Série : Le Kanak – Tome 2
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditeur : Liana Levi
Parution : 2017
Origine : France
333 pages

De quoi ça cause ?

Nouvellement mutés à la section « courses et jeux », Jérôme ‘Six’ Cussac et Renato ‘Le Kanak’ Donatelli, prennent tant bien que mal leurs marques. Outre les réseaux légaux, Toulouse abrite aussi un réseau de jeu clandestin sur lequel un homme semble régner en maître absolu : Samuel Gotthi.

Dans le même temps, le capitaine Marc Trichet enquête en solo sur la mort d’un homme broyé dans compacteur à ordures. Tout semble désigner un suicide, mais le capitaine souhaite explorer toutes les pistes avant de clore son affaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais adoré Abattez Les Grands Arbres, il me tardait de retrouver Le Kanak et Six dans une nouvelle enquête.

Mais aussi parce que je devais rencontrer Christophe Guillaumot à l’occasion de son passage en NC, tant qu’à faire autant avoir des munitions pour discuter avec lui de ses romans et de ses personnages.

Ma chronique

C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé Renato Donatelli et Jérôme Cussac, gentiment placardés à la section des courses et jeux après leur coup d’éclat, au mépris de toute procédure et de toute voie hiérarchique, dans l’affaire des homicides rwandais.

Cette nouvelle affectation permet à l’auteur d’étoffer ses personnages. D’un côté Renato doit gérer les cas de Mama Loma, tiraillé entre la nécessité de la faire soigner en maison de retraite et la promesse de garder le manoir, deux options non cumulables financièrement parlant.

Du côté de chez Jérôme Cussac, les choses vont de mal en pis. Il accepte mal cette mise au placard, lui qui se voyait déjà parmi les têtes d’affiche de la Crim’. Quand il apprend que Juliette, l’agent de la DGSE qui s’est joué de lui (sur ordre) lors de leur précédente rencontre, a été assassinée par des djihadistes alors qu’elle opérait sous couverture en Syrie, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, il craque totalement et glisse inexorablement sur une pente qui pourrait bien être sans retour…

Le Kanak et Six profitent de visites sur le terrain pour étoffer leur équipe de deux nouvelles recrues, recrues forcément atypiques, cela va de soi.

Ainsi le premier adjoint à rejoindre leurs rangs est Jules Letocart, un jeune en formation à l’école de police qui utilise ses talents de magicien (notamment en matière de manipulation de cartes) pour arrondir ses fins de mois en trichant au casino.

Il sera bientôt rejoint par Serge Nicolo, professeur de mathématiques à la retraite passionné de statistiques et de probabilités, son pêché mignon est de truquer les matchs de foot amateurs pour le compte d’un employeur dont il ignore tout.

Et voilà une section courses et jeux en ordre de marche, reste à trouver de quoi l’occuper…

Si l’auteur enrichit ses personnages en nous faisant partager leurs doutes et interrogations, cela ne se fait pas au détriment de l’enquête. Une enquête que mènera l’équipe dans le monde obscur du jeu clandestin, et tout particulièrement des paris clandestins, des paris dont les enjeux ne semblent pas connaître de limites…

Sous la plume de Christophe Guillaumot, la ville de Toulouse devient quasiment un personnage à part entière. Même sans jamais y avoir mis les pieds, j’ai eu l’impression de me balader en terrain connu tant l’auteur parvient à nous faire partager son amour pour « sa » ville.

On y retrouve des personnages déjà rencontrés lors de la lecture du précédent roman (notamment Marc Trichet et l’équipe des stups du Gros Georges) avec toutefois une grande absente, la légiste, Avril Amandier. Au grand dam de Renato ! Bien entendu ce roman nous fera aussi découvrir de nouveaux personnages, des rencontres plus ou moins agréables selon les circonstances.

En nous plongeant dans le monde du jeu, Christophe Guillaumot sait de quoi il parle, étant lui même à la section courses et jeux de la SRPJ de Toulouse. Et sans surprise cela se ressent dans l’écriture, les romans policiers écrits par des auteurs exerçant ou ayant exercé le métier de policier, ont un petit quelque chose en plus qui est inimitable.

Si en plus vous y ajoutez une intrigue totalement maîtrisée, des personnages profondément humains et attachants (ou méprisables, selon l’effet recherché), avec un subtil mélange de sérieux et d’humour, vous obtenez un polar haut de gamme et un auteur qui confirme, voire sublime, son talent narratif.

On retrouve quelques confusions entre les cultures wallisiennes et mélanésiennes, nul doute que le séjour de Christophe Guillaumot en Nouvelle-Calédonie lui fournira plus de matière visant à ancrer son personnage dans la culture canaque. Ceci dit ces erreurs d’aiguillage restent mineures et passeront même totalement inaperçues pour les lecteurs ne connaissant pas la Nouvelle-Calédonie.

J’ai notamment trouvé amusant un passage dans lequel l’auteur mentionne le kava, boisson bien présente dans les rituels coutumiers wallisiens et ailleurs en Océanie, mais aucunement chez les Mélanésiens de Nouvelle-Calédonie. Si sa consommation sur le territoire s’est développée c’est en dehors de tout contexte coutumier ou traditionnel. Les nakamals (bars à kava) ont ouvert en masse, les curieux ont suivi et sont devenus habitués des lieux, que ce soit pour le kava ou pour l’ambiance feutrée et détendue des nakamals.

Que la mère de Renato prépare du kava est déjà en soi un anachronisme, mais que son gamin (Renato) piaille d’impatience pour en goûter me paraît hautement improbable ; ce n’est pas un breuvage totalement anodin, je doute fort que les enfants soient invités à en consommer, même dans un cadre coutumier (qui, je le rappelle, est inexistant en NC).

Tout comme je doute que le kava puisse avoir un quelconque effet réparateur en cas de gueule de bois… surtout pas le matin ! Le kava, hors cérémonie coutumière, se consomme de préférence à la tombée du jour.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Christophe Guillaumot à l’occasion d’une séance de dédicace à la librairie l’As de Trèfle ; étant lecteur exclusivement numérique je n’avais rien à me faire dédicacer, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à échanger quelques mots avec lui. J’espère bien avoir l’occasion de le croiser de nouveau avant son départ, le temps d’un apéro dinatoire (c’est prévu, reste à espérer que ce sera réalisable).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Couleurs De L’Incendie

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P. Lemaitre - Couleurs de l'incendie

Titre : Couleurs De L’Incendie
Série : Les Enfants Du Désastre – Tome 2
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
544 pages

De quoi ça cause ?

1927. A la mort de son père, Marcel Péricourt, c’est sa fille unique, Madeleine, qui va hériter de son empire financier. Le jour des obsèques, son jeune fils, Paul, se jette par la fenêtre du second étage et vient s’écraser sur le cercueil de son grand-père.

Paul survivra à sa chute, mais restera paraplégique. Totalement accaparée par la santé de son fils, Madeleine ne se rend pas compte de ce qui se trame dans son dos. Au bord de la ruine, elle sera contrainte de vendre la demeure familiale et de s’installer en ville dans un modeste logement.

Quand elle réalise qu’elle a été trahie et manipulée par ceux et celles en qui elle avait placé sa confiance, Madeleine met en branle un plan de bataille aussi intelligent que machiavélique…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Pierre Lemaitre, un extraordinaire conteur qui, sortant de sa zone de confort, nous compose une trilogie consacrée à la période de l’Entre-Deux-Guerres.

Parce qu’il me tardait justement de renouer avec ce cycle initié en 2013 avec l’excellentissime et goncourisé Au Revoir là-Haut.

Ma chronique

En 2013, Pierre Lemaitre, qui jusqu’alors était connu pour ses thrillers (avec notamment la trilogie Verhoeven), crée la surprise avec son roman Au Revoir Là-Haut, une fiction historique ayant pour cadre la Première Guerre mondiale et l’après-guerre.

Un pari risqué, mais qui s’avérera payant grâce aux formidables talents de conteur de l’auteur ; pour ma part j’ai adoré suivre les mésaventures d’Albert Maillard et Edouard Péricourt. Et je ne suis pas le seul, le roman récoltant de nombreux prix littéraires, dont le prestigieux prix Goncourt. Pas mal pour un premier essai !

Quatre ans c’est long, autant vous prévenir de suite Monsieur Lemaitre, vos lecteurs exigent que cette attente soit récompensée dignement. Et l’on est rassuré dès les premières pages avec une mise en bouche surprenante, mais savoureuse. Mais surtout on retrouve le style narratif qui nous avait tant enchanté à la lecture de Au Revoir Là-Haut, l’auteur s’adressant parfois directement au lecteur.

Au niveau des personnages l’intrigue se construit autour de Madeleine et de son fils, Paul. Deux personnages bien travaillés, l’auteur parvient à nous les rendre rapidement sympathiques. Alors même si les plans de Madeleine impliquent de faire quelques écarts avec la loi et la morale, on ferme les yeux en se disant que c’est pour la bonne cause.

Pour se reconstruire Madeleine va devoir déstabiliser, voire détruire, les responsables de sa déchéance. A commencer par Gustave Joubert, l’ancien adjoint et homme de confiance de son père, un individu à la fois aigri et imbu de lui même. Puis il y a Charles Péricourt, son oncle, un politicien véreux qui a toujours jalousé la réussite de son frère. Enfin il y a André Delcourt, un journaliste arriviste, qui, sous ses faux airs de gendre idéal, cache de bien sombres travers.

Si Pierre Lemaitre réussit à vous faire aimer certains personnages, il est tout aussi doué quand il s’agit de vous en faire détester d’autres. Il l’avait déjà brillamment prouvé dans Au Revoir Là-Haut avec Henri d’Aulnay-Pradelle, vous allez adorer détester ces trois sinistres sires.

L’auteur apporte le même soin à ses personnages plus secondaires. Vous découvrirez ainsi Solange Gallinato, une cantatrice au talent incommensurable mais un tantinet fantasque et exubérante. Pour ma part j’ai eu un faible pour le personnage de M. Dupré, qui deviendra en quelque sorte le bras armé de Madeleine. Je ne peux pas tous les citer mais je m’en voudrais de ne pas mentionner Léonce et son amant Robert ou encore Vladi, la nurse polonaise de Paul…

Au risque de me répéter (tant pis, j’assume), la plume de Pierre Lemaitre vous mettra du baume au coeur tant elle est agréable à lire, riche tout en restant parfaitement fluide et naturelle, tout amoureux de la langue française succombera inévitablement aux charmes narratifs de l’auteur.

Il est des livres très « visuels », au cours de la lecture on visualise littéralement l’action, comme si on regardait un film. Avec ce cycle de l’entre-deux-guerres, Pierre Lemaitre nous propose des livres « audiovisuels », non seulement on visualise l’action, mais en plus on la vit comme si l’auteur nous la racontait en personne.

Les thèmes abordés dans le roman sont graves, non seulement à cause du contexte (la seconde partie du récit se déroule à partir de 1933, Hitler est tout juste élu Chancelier du Reich, mais on devine rapidement les ravages de la propagande nazie), mais aussi du fait même de l’intrigue. Tout en restant sérieux dans son traitement, Pierre Lemaitre n’hésite pas à apporter çà et là quelques touches de légèreté et d’humour.

Il me tarde de découvrir l’ultime opus de cette trilogie. L’auteur se veut rassurant pour ceux et celles qui, comme moi, trépignent déjà d’impatience, il nous assure que cet ultime opus sera publié dans 18 mois (soit à la mi 2020).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Nils Barrellon – La Lettre Et Le Peigne

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Titre : La Lettre Et Le Peigne
Auteur : Nils Barrellon
Editeur : Jigal
Parution : 2016
Origine : France
296 pages

De quoi ça cause ?

Jacob Schmidt, un modeste bassiste dans un groupe de jazz, est violemment agressé alors qu’il rentre chez lui. Deux hommes cagoulés se jettent sur lui et tentent de l’enlever, les kidnappeurs sont mis en fuite par l’approche d’une patrouille de police.

Face à l’incrédulité de sa petite amie et de la police, il décide de mener sa propre enquête afin de comprendre le pourquoi du comment de cette agression…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Nils Barrellon.

Je cherchais un one-shot, j’avais deux titres à ma disposition, les deux m’attiraient autant l’un que l’autre. C’est le hasard qui a désigné l’heureux élu.

Ma chronique

Ah que voilà un bouquin difficile à présenter en quelques mots ! Il faut dire, à ma décharge, que l’intrigue nous fait voyager dans le temps (entre 1945 et 2012) en faisant fi de toute chronologie. L’intrigue se déroule en grande partie en Allemagne, mais aussi en France, avec quelques détours par la Suisse.

Ca pourrait sembler un tantinet chaotique vu comme ça, mais, même si les liens entre les différents pans de l’intrigue ne se mettent pas tout de suite en place, Nils Barrellon reste maître de son récit et parvient rapidement à ferrer le lecteur. Et une fois l’hameçon mordu il devient rapidement impossible de lâcher prise.

Un roman qui propose un habile mélange des genres même si le fond reste assurément thriller (surtout que le rythme va crescendo au fur et à mesure que les différentes pièces du puzzle s’assemblent). Vous aurez aussi le droit à un voyage à travers l’Histoire allemande (du point de vue de personnages allemands) essentiellement de 1945 (et la « libération » de Berlin par les forces russes) à nos jours ; en passant bien entendu par l’explosion du pays entre RDA et RFA et sa capitale séparée, d’abord seulement administrativement (et idéologiquement) puis par le Mur de Berlin, l’effondrement du bloc de l’Est suivi par celui du mur en question… pas franchement les heures les plus glorieuses du XXe siècle !

Une intrigue intergénérationnelle puisque l’on suivra tour à tour, Anna, Josef (fils d’Anna) et Jacob (fils de Josef). Des personnages forts et attachants ; tous trois sont non seulement liés par les liens du sang, mais aussi par une mystérieuse lettre, objet de bien des convoitises.

Et le peigne alors, me direz-vous ? Il est volé au Musée Historique allemand, les voleurs ont tué un gardien de nuit pour accéder à ce fameux peigne. Buter un mec pour un peigne, faut être un peu con, non ? Bon déjà à la base pour buter un mec (hors situation de défense) il faut être un peu beaucoup très con. Le fait est que, en l’occurrence, il ne s’agit pas de n’importe quel peigne, la chose aurait appartenu à un certain AH.

Aaaah, OK… mais quel rapport entre cette lettre et ce peigne ? Heu… tu veux pas non plus que je te raconte tout le bouquin, non ? Si tu veux le savoir tu prends le livre et tu le lis, tu verras tu ne le regretteras pas…

Force est de reconnaître que Nils Barrellon est un excellent conteur. Non seulement il maîtrise à la perfection une intrigue qui pourrait rapidement partir dans tous les sens, mais en plus il ne ménage pas ses lecteurs, proposant de nombreux revirements de situation (parfois assez prévisibles, mais toujours bien amenés).

Un premier bémol sur les personnages de Gottfried et Mickaël, les tueurs qui traquent Jacob. J’ai eu beaucoup de mal à les trouver crédibles tant ils accumulaient les clichés. Par moments j’avais l’impression de voir les deux vieux du Muppet’s Show.

Mon second bémol sera pour la fin (après la découverte de la lettre), que j’ai trouvée un peu abrupte. Peut-être est-ce aussi dû au regret de quitter des personnages que j’ai pris plaisir à découvrir et à suivre au fil des pages.

Une belle découverte (lue quasiment d’une traite) qui m’incite à me pencher davantage sur l’univers de Nils Barrellon. Ca tombe bien j’ai encore quelques titres en stock…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – Abattez Les Grands Arbres

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C. Guillaumot - Abattez les grands arbres
Titre : Abattez Les Grands Arbres
Série : Le Kanak – Tome 1
Auteur : Christophe Guillaumot
Editeur : Cairn Editions
Parution : 2015
Origine : France
360 pages

De quoi ça cause ?

Renato Donatelli, surnommé le Kanak, est gardien de la paix à la SRPJ de Toulouse, foncièrement honnête et gentil il souffre d’être affecté à une unité corrompue de la Brigade des Stups. Et du manque de son île d’origine : la Nouvelle-Calédonie.

Pendant que ses collègues opèrent une perquisition douteuse, Renato découvre, dans un appartement voisin, une scène de crime particulièrement morbide. Toute une famille, à l’exception d’une petite fille, a été massacrée à la machette.
Poussé par son instinct de policier, Renato va mener, à l’insu de ses coéquipiers et de sa hiérarchie, sa propre enquête sur ces meurtres. Une enquête qui risque fort de ne pas plaire à tout le monde…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Sans la chronique enthousiaste de Lau Lo (Evadez-moi), il est plus que probable que je serai passé à côté de ce bouquin. Et c’eut été franchement dommage !

Renato Donatelli, le Kanak, est originaire de Nouvelle-Calédonie (même si son nom n’a pas vraiment de consonance mélanésienne). Une bonne raison de plus de me laisser tenter.

Christophe Guillaumot est lui même flic au SRPJ de Toulouse. Un polar écrit par un flic, la concurrence est rude (je pense notamment à Olivier Norek et Didier Fossey), mais ça reste prometteur.

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterai revenir sur la genèse du personnage de Renato Donatelli. L’auteur s’est largement inspiré d’un collègue et ami, Renato Talatini, pas un Kanak, mais un Wallisien. Une force de la nature (qualifier un Wallisien de force de la nature tiendrait presque du pléonasme), qui appelait effectivement ses potes gros chameaux et promettait des gifles amicales à ceux qui lui cherchaient des noises. Le « vrai » Renato est décédé en 2009 suite à un AVC, le roman lui est dédié, mais le plus bel hommage que pouvait lui rendre Christophe Guillaumot reste son héros : Renato Donatelli.

Il faut dire que Renato Donatelli a de quoi marquer les esprits, physiquement déjà il mesure pas loin de deux mètres, tout en muscles. Mais surtout Renato Donatelli est foncièrement gentil et intègre, toujours prêt à aider son prochain. Son rêve : revenir en Nouvelle-Calédonie ; mais les places sont chères et certains n’hésitent pas à truquer les cartes pour lui griller la priorité.

Affecté comme gardien de la paix à la brigade des Stups, il bosse au sein d’une équipe corrompue jusqu’à la moelle. S’il ne participe pas à leurs magouilles, il ne les balance pas non plus à ses supérieurs ; c’est pas son genre. Un statu quo pas totalement satisfaisant pour Renato, mais il accepte de faire avec.

Si Renato a le coeur sur la main et se plait à jouer la carte du gentil sauvage un tantinet candide, il n’hésite toutefois pas à jouer des poings quand la situation l’impose. Avec son physique et sa force, il n’a pas besoin de s’encombrer de son arme de service.

Au fil de son enquête, il croisera un jeune lieutenant de la Crim’, Jérôme Cussac, surnommé numéro Six par ses collègues et souvent relégué à des tâches peu reluisantes. Mais aussi Avril amandier, une jeune et jolie médecin légiste.

L’enquête de Renato va le plonger dans les heures les plus sombres et les plus sanglantes de l’histoire du Rwanda. Avril 1994, l’avion du président rwandais est abattu par un tir de missile. Le Front Patriotique Rwandais (FPR) désigne les Tutsis comme responsables et appellent les Hutus à passer à l’acte. Entre avril et juillet 1994, ce conflit fera plus de 800 000 victimes (essentiellement des Tutsis). Le génocide rwandais sera reconnu comme tel par l’ONU en juin 1994.

Je n’ai aucune honte à avouer que j’ai suivi de très loin le déroulement des faits qui ont conduit au génocide rwandais ; j’en ai naturellement entendu parler, mais hormis le fait que les Tutsis se faisaient massacrer par les Hutus, je n’ai pas cherché à voir plus loin que la surface. A la lecture du roman on devine aisément que Christophe Guillaumot a dû se livrer à un impressionnant travail d’investigation sur le sujet, notamment sur l’implication (et la non-intervention, voire la complicité) de la communauté internationale et plus particulièrement de la France dans le dossier rwandais.

Bref en enquêtant sur ce double meurtre, non seulement Renato sort clairement de son périmètre d’action, mais il risque fort de remuer une merde que certains préféreraient continuer à laisser reposer au fond des chiottes de l’oubli. Tout ça pour vous dire qu’il devra faire face à bien des obstacles…

L’auteur nous livre un polar haut de gamme, avec une intrigue riche en rebondissements et autres retournements de situation, mais aussi et surtout avec des personnages diablement attachants.

A ma connaissance je n’ai jamais mis les pieds à Toulouse, mais en lisant ce bouquin j’avais l’impression de connaître la ville. On sent que l’auteur aime sa ville et prend plaisir à nous la faire découvrir (quitte à s’écarter des sentiers touristiques et plonger dans les bas-fonds de la ville rose).

Pour sa première apparition, on peut dire que le Kanak frappe haut et juste, et dire que d’après Lau Lo le second est encore meilleur, il me tarde de le découvrir. Une chose est sûre, j’aurai plaisir à suivre cet auteur et ses personnages.

MON VERDICT
Coup double

Aparté technique

Comme vous le savez peut être je suis curieux et maniaque en matière de codage des fichiers epub. En ouvrant celui-ci j’ai été surpris de découvrir que tout le corps du bouquin était constitué d’un fichier unique.

Le genre de truc dont tout le monde (ou presque) se fout, mais je n’ai pu m’empêcher de diviser ce fichier unique en plusieurs fichiers (un par chapitre). Je ne suis pas sûr que cela change grand chose à la lecture mais je trouve ce découpage plus logique.

C’est grave docteur ?

[BOUQUINS] Bernard Werber – Depuis L’Au-Delà

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B. Werber - Depuis l'au-delà

Titre : Depuis L’Au-Delà
Auteur : Bernard Werber
Editeur : Albin Michel
Parution : 2017
Origine : France
448 pages

De quoi ça cause ?

Pour Gabriel Wells, un écrivain à succès, cette nouvelle journée s’annonce plutôt bien ; jusqu’à ce qu’une médium, Lucy Filipini, rencontrée par hasard chez son médecin, lui annonce qu’il est mort.

Gabriel découvre rapidement qu’il a été assassiné, il parvient difficilement à convaincre Lucy de l’aider à identifier son meurtrier…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, mais si sa production est inégale en terme de qualité, je n’ai jamais été réellement déçu par ses bouquins.

Qui plus est le pitch me paraissait prometteur…

Ma chronique

Avec son précédent roman, Demain Les Chats, j’ai trouvé que Bernard Werber s’était contenté du minimum syndical (tout en proposant une histoire bien ficelée), j’espérais donc beaucoup de ce nouvel opus. Et je n’ai pas été déçu !

J’ai bien aimé l’idée de cette enquête menée à la fois dans le monde des vivants et dans celui des morts (plus particulièrement celui des âmes errantes, ces morts qui refusent d’être réincarnés). Pour être exact, je devrais plutôt parler d’enquêtes au pluriel, pour convaincre Lucy de l’aider, Gabriel s’engage à lui rendre à son tour un précieux service.

Gabriel étant un écrivain de science-fiction et de romans policiers, l’auteur en profite pour pointer du doigt (en stigmatisant à l’extrême j’espère) l’opposition entre les auteurs de la « grande » littérature autoproclamée et ceux de la littérature de l’imaginaire. Comme ces prétendus « grands » auteurs sont aussi, bien souvent, critiques littéraires, on peut douter de la qualité de l’impartialité de leur jugement quand ils parlent de la littérature de l’imaginaire.

Les lecteurs assidus de Bernard Werber retrouveront avec plaisir un récit entrecoupé par des articles issus de l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu d’Edmond Wells. Compte tenu des thèmes abordés dans le roman, bon nombre de ces articles sont en lien avec le spiritisme et la mort, mais aussi avec le monde du livre et de divers autres sujets en lien avec l’intrigue.

Globalement j’apprécie ces apartés didactiques, mais là je dois reconnaître qu’ils étaient un peu trop présents dans la dernière partie du roman, ça cassait un peu le rythme (à des moments cruciaux de l’intrigue qui plus est). Un petit bémol donc sur ce point.

Bernard Werber soigne son duo de choc, difficile de ne pas s’attacher à Gabriel et Lucy. Les personnages secondaires ne sont pas laissés en plan, qu’ils nous soient sympathiques ou antipathiques. Il faut dire aussi que, du côté des âmes errantes, Gabriel croisera du beau monde ; un auteur cher à une certaine Belette Cannibale Belge d’origine certifiée viendra même prêter main-forte à notre héros au cours de son enquête.

Si j’ai été surpris pas la conclusion de l’enquête sur la mort de Gabriel (j’étais parti sur une tout autre piste), j’ai trouvé la partie consacrée à Samy Daoudi très prévisible. Il n’en reste pas moins que l’ensemble du récit est très bien ficelé.

Ceux qui connaissent l’oeuvre de Bernard Werber, ne manqueront pas de trouver quelques similitudes entre Gabriel et lui même. Je vous laisse le plaisir de découvrir ces références en forme de caméos.

L’intrigue devient rapidement addictive, du coup on a bien du mal à lâcher le bouquin ; la « griffe Werber » y est pour beaucoup. Une écriture à la fois riche et abordable qui assure une grande fluidité dans la lecture du bouquin.

Du Werber 100% werberien mais qui tendrait à se situer sur le haut du panier.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Julien Capron – Mise A Jour

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J. Capron - Mise à Jour

Titre : Mise A Jour
Auteur : Julien Capron
Editeur : Seuil
Parution : 2017
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Léandre Batz est journaliste d’investigation en mal d’inspiration. Quand l’actrice Olivia Muller lui confie que sa demande d’adoption a été rejetée parce que sa nOte est mauvaise il sent qu’il tient quelque chose. Pourquoi une actrice comme Olivia ne bénéficie pas d’une meilleure évaluation ? Qu’est-ce qui se cache derrière ces nOtes et le tout-puissant réseau social eVal ?

Une enquête qui va pousser Léandre à se confronter à son frère, Robin, le créateur et PDG d’eVal.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est clairement la couv’ qui a attiré mon attention, cet oeil qui semble vous fixer avait quelque chose d’intrigant. Le pitch m’a semblé prometteur, comme 1+1 font 2, il était évident que je craquerais.

Ma chronique

D’entrée de jeu vous pouvez ignorer la mention Thriller sur la couv’, ce n’est ni un thriller, ni même un roman policier. Certes il y a enquête, mais uniquement journalistique et sans scène de crime sordide.

Bon alors kezaco Mise A Jour ? Une arnaque ? Un mensonge ? Si le terme thriller est effectivement usurpé, tout n’est pas non plus à jeter ; pour tout vous dire je me suis rapidement pris au jeu et j’ai avalé le bouquin quasiment d’une traite.

J’ai adhéré à la construction plutôt originale du roman. Un chapitrage très sommaire, au fil des pages les divers intervenants semblent s’adresser directement aux lecteurs, comme si c’était nous qui menions cette investigation autour d’eVal et de la nOte.

Un choix narratif qui fait mouche, mais qui a aussi son revers. Les personnages paraissent superficiels, leur personnalité n’étant que peu travaillée. Concrètement c’est peu comme dans la vraie vie, tu ne sais d’eux que ce qu’ils veulent bien te dire, ou ce que les autres te disent… à toi de te démerder avec ça pour te faire une idée.

Le principe de la nOte est on ne peut plus sommaire, tu notes un individu, un spectacle, un établissement, un article… par un code couleur basique (Vert : Bon – Orange : Moyen – Rouge : Mauvais), l’appli eVal calcule ensuite une moyenne en nuançant la couleur (de très clair à très foncé). Aucun commentaire justifiant ton évaluation, un simple clic est le tour est joué.

Je rappelle la hiérarchie sur eVal ? La plupart des gens sont orangeclairs ou vertclairs. Au-dessus de vertclair, on est une star ; au-dessous d’orangeclair, on entre dans les premiers cercles de l’enfer. Je dirai : orange pour un type qui empêche son voisinage de dormir depuis deux mois ; orangefoncé pour un P-DG qui vient de déménager son usine pendant la nuit en laissant quatre cents ouvriers sur le carreau ; rouge pour un politique qui vient de tomber pour corruption ; rougeclair pour un serial killer ; rougefoncé pour un serial killer djihadiste qui fait collection d’artefacts nazis.

Une investigation qui permet à l’auteur d’aborder les dérives du numérique et le rapport de l’individu au monde virtuel (en pointant du doigt les réseaux sociaux, cela va de soi). Les analyses et points de vue s’intègrent parfaitement au récit.

Par contre j’ai été moins absorbé par les digressions sur le théâtre et le métier de comédien. Pour tout vous dire, j’y ai même trouvé quelques longueurs (ce milieu ne m’attirant pas du tout, je partage là un ressenti 100% personnel).

Mise A Jour est annoncé comme le premier tome « d’une série aux marges de l’anticipation », je serai au rendez-vous pour la suite. Le roman n’est pas parfait mais suffisamment réussi pour me donner l’envie de retrouver Léandre, Sixt et les autres.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Julie Armen – Opération Borodine

AU MENU DU JOUR

J. Armen - Opération Borodine
Titre : Opération Borodine – La 23e République
Auteur : Julie Armen
Editeur : Le Clot Perret (auto-édition)
Parution : 2017
Origine : France
356 pages

De quoi ça cause ?

Face à une vague d’attentats sans précédent, les autorités françaises accordent de plus en plus de place à l’Islam dans les instituions et le quotidien des Français. Suite à un énorme mensonge d’État, le président nomme un islamiste soi-disant modéré comme Premier ministre et ministre de l’Intérieur, celui par qui la paix entre les communautés doit arriver.

Avec la bénédiction du pouvoir en place et la soumission des Français (au nom du « vivre ensemble »), l’Islam s’impose peu à peu. D’abord modéré puis de plus en plus radical. Plus rien ne semble pouvoir empêcher la France de devenir un Califat régi par la charia.

La résistance s’organise, mais la répression est brutale. Un groupe de résistants pacifistes prépare pourtant une opération d’envergure avec l’aide d’un allié inattendu : la Russie…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il a été numérisé par ChrisEbouquin et qu’elle m’a fort aimablement demandé si j’étais intéressé par la découverte. Le pitch ayant immédiatement fait mouche j’ai accepté sans hésitation.

Parce que c’est un roman autoédité et que force est de constater que cette année je n’ai accordé que peu de place à l’auto-édition dans mon blog. Les journées ne faisant que 24 heures, et parce qu’il faut bien dormir (et malheureusement bosser), il faut faire avec… et faire des choix.

Ma chronique

Après L’Appel Du Néant je reste donc en immersion dans l’islamisme, sauf que, quand Maxime Chattam ancre son roman dans la réalité et l’actualité, Julie Armen, avec son Opération Borodine, nous propose une dystopie des plus cauchemardesque. Une vison d’avenir improbable, mais qui n’en reste pas moins glaçante.

Une lecture qui m’a rappelé Guerilla de Laurent Obertone, certes les scénarios sont radicalement différents, mais il est intéressant de voir que dans les deux romans l’État est complice (plus encore chez Julie Armen, le pouvoir collaborant directement à cette islamisation de la nation), mais aussi que les auteurs insistent lourdement sur la soumission du peuple de France (au nom du fameux « vivre ensemble »).

Julie Armen nous plonge, dès les premières pages de son roman, dans une France qui va mal et qui a déjà fait de nombreuses concessions à l’islam. Une France en proie au terrorisme islamiste avec des attentats quasiment quotidiens. Bref, il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume de France ! On serait tenté de se dire que ça pourrait difficilement aller plus mal, en réalité ce ne sont là que les prémices de la descente aux enfers que nous a concoctée l’auteure.

Au milieu du chaos, on va suivre trois femmes (Claire, Pauline, et Viane) et leur entourage, voisines et amies, qui organiseront plus ou moins activement un réseau de résistance pacifique sur fond de rapprochement avec la Russie qui fait figure de terre d’asile pour les « vrais » Français.

Et une quatrième, Fatima, qui va mener ses propres actions. Une façon pour l’auteure d’éviter les amalgames en soulignant bien la différence entre Islam et islamisme. Tous les musulmans ne sont (heureusement) pas des islamistes.

Si un tel scénario devait se produire en France je reste très sceptique sur une intervention russe en notre faveur, en tout cas pas avec quelqu’un comme Vladimir Poutine à la tête du pays… J’espère surtout qu’en de pareilles circonstances les Français seront nettement plus réactifs que dans le roman de Julie Armen. C’est quand même aux Français de défendre leur identité et leur pays.

Je craignais que l’aspect très russophile du roman ne me dérange, mais finalement ça s’intègre parfaitement à l’intrigue et du coup ça passe comme une lettre à la poste (même si je demeure sceptique sur un tel élan de générosité de la part de la Russie).

Une agréable découverte qui se lit quasiment d’une traite, la plume de Julie Armen assure une grande fluidité dans la lecture.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Chattam – L’Appel Du Néant

AU MENU DU JOUR

M. Chattam - L'appel du néant

Titre : L’Appel Du Néant
Série : Ludivine Vancker – Tome 3
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2017
Origine : France
516 pages

De quoi ça cause ?

Pour Ludivine Vancker, lieutenant à la SR de Paris, les choses pourraient difficilement être pire. Elle reprend connaissance dans une petite cellule souterraine, poignets et chevilles entravées par des liens serflex. Pour elle il ne fait aucun doute qu’elle est à son tour victime d’un tueur que son équipe, appuyée par la DGSI, traque depuis plusieurs semaines…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam, une valeur sûre du thriller français, mais pas que…

C’est aussi l’occasion de retrouver Ludivine Vancker et l’équipe de la SR Paris ; après un premier tome mitigé (La Conjuration Primitive) et un second nettement plus abouti (La Patience Du Diable), j’étais curieux de découvrir cette troisième enquête.

Ma chronique

Maxime Chattam est un auteur qui n’hésite pas à sortir de sa zone de confort, avec ce roman il confirme une fois de plus cette audace littéraire. Ce qui démarre comme un thriller relativement classique (un mort, une enquête, un autre mort…), débouche au final sur un technothriller (la DGSI dispose de moyens de surveillance électronique autrement plus évolués que ceux de la gendarmerie) visant à déjouer un complot terroriste d’envergure.

Avant d’aller plus avant dans cette chronique, je souhaiterai pousser une gueulante contre ceux et celles qui reprochent à Maxime Chattam d’avoir choisi la facilité en ciblant le terrorisme islamiste. Enlevez vos œillères et débouchez vous les esgourdes, aujourd’hui encore le terrorisme islamiste est une menace bien réelle, sans doute même la plus réelle qui soit (sinon la seule) et pas que pour la France. Donc non, choisir la piste de terrorisme islamiste n’est pas une facilité, c’est simplement accepter la réalité plutôt que de vivre dans le déni.

S’aventurant sur un terrain nouveau, l’auteur, fidèle à ses habitudes s’est documenté à fond sur le sujet. Et ça sent dans son roman, les habitués du genre ne seront sans doute pas rebutés par les nombreux aspects techniques abordés dans le bouquin, mais je peux comprendre que pour les autres ça représente un paquet d’information à intégrer. D’un autre côté ça contribue aussi à placer le lecteur dans la peau de Ludivine, qui est, elle aussi, novice en matière de lutte antiterroriste.

Maxime Chattam ne nous laisse guère le temps de souffler entre deux revirements de situation, un rythme qui va crescendo, surtout dans les derniers chapitres (le palpitant et l’adrénaline sont à leur niveau maximum). Même si au final cet Appel Du Néant est moins glauque et plus manichéen que ce à quoi l’auteur nous avait habitué. Après avoir lu les remerciements (ne surtout pas les lire avant d’avoir fini le bouquin) on comprend mieux le pourquoi du comment de ce choix, et finalement on ne peut qu’y adhérer.

J’ai apprécié de retrouver les équipes de la SR Paris, surtout après trois ans d’absence. On découvre une Ludivine plus apaisée, toujours aussi professionnelle, mais moins renfermée, plus ouverte à la vie et aux autres.

Le personnage de Marc Tallec, l’agent de la DGSI qui va participer à l’enquête de la SR, est un apport intéressant. Non seulement il donne à l’enquête une autre dimension (en faisant bénéficier la SR des moyens de la DGSI), mais aussi de par sa relation avec Ludivine (on voit venir le résultat comme le nez au milieu de la figure).

Et puis il y a le mystérieux « Djinn » (pas comme le célèbre futal, mais plutôt comme la créature du folklore moyen oriental), un surnom qui sied à merveille au personnage. Dès sa première apparition, on devine qu’il va jouer un rôle phare dans l’intrigue, mais de l’autre côté de la barrière.

Comme à chaque fois que l’auteur s’aventure hors de sa zone de confort (le thriller pur et dur), il y a ceux qui le suivent en totale confiance, et ceux qui se sentent trahis. Une fois de plus je fais partie du premier groupe, et une fois de plus je n’ai pas regretté mon choix.

Je reconnais volontiers que le roman n’est pas exempt de défauts, notamment par de nombreux aspects trop prévisibles (à se demander même comment les enquêteurs ont pu se laisser berner), mais je le referme avec une impression plutôt bonne. Ce n’est pas le meilleur de Maxime Chattam, il aurait sans doute pu être plus abouti, mais globalement le contrat est rempli.

Si vous vous demandez d’où vient ce titre, vous aurez l’explication à la fin du roman, avec une analogie plutôt bien trouvée.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Norek – Entre Deux Mondes

AU MENU DU JOUR

O. Norek - Entre Deux Mondes

Titre : Entre Deux Mondes
Auteur : Olivier Norek
Editeur : Michel Lafon
Parution : 2017
Origine : France
413 pages

De quoi ça cause ?

Adam, un ex-policier ayant rejoint les forces rebelles de l’Armée Syrienne Libre, fuit la Syrie pour se réfugier à Calais, dans la Jungle des migrants. Il espère y retrouver sa femme et sa fille, parties une semaine plus tôt.
Bastien est un flic nouvellement muté à Calais à la tête de la BSU. Il y découvre des collègues désabusés, notamment une équipe de la BAC avec qui il va sympathiser.
Les deux hommes n’auraient jamais dû se croiser, et pourtant le destin va les réunir…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Olivier Norek et que sa trilogie consacrée au Groupe Coste m’avait littéralement scotché.
J’espérais retrouver Victor Coste et son équipe ; mais comment rester de marbre face à une réception unanimement dithyrambique ? Surtout quand je vois mes blog-potes aussi enthousiastes !

Ma chronique

Force est de reconnaître que, vue de Nouméa, la question des migrants est très abstraite. Pour ma part je m’en tiens à ce les médias veulent bien nous dire, ça me suffit pour me convaincre qu’il est difficile d’avoir un avis tranché sur le sujet.

Écrire un roman sur le sujet peut rapidement s’avérer casse-gueule tant le nombre d’écueils à éviter est important. Et très franchement, il fallait un auteur en qui j’ai une confiance absolue pour me convaincre d’aller au-delà de mes appréhensions.

Le ton est donné dès les premières pages, on sait d’ores et déjà que Olivier Norek ne nous ménagera pas et qu’on va en prendre plein la gueule.

Il faut dire que Olivier Norek a payé de sa personne pour nous offrir un récit qui colle à la réalité du terrain. Un récit surtout sans parti pris ni raccourci facile, un récit où l’humain est mis en avant. Et vous le savez aussi bien que moi (sauf si vous pensez que le monde extérieur est le pays des Bisounours), l’humain est capable du pire (souvent), mais aussi du meilleur (parfois).

Plus que jamais l’auteur apporte un soin particulier à ses personnages, les principaux comme les secondaires. Et il faut bien ça si on veut les comprendre et comprendre le regard qu’ils portent sur les événements. Mais aussi et surtout si on veut vivre pleinement leurs émotions !

Il y a Adam et Bastien, les deux piliers de l’intrigue. Avec Adam on plonge au coeur de la Jungle, on va même directement se frotter à ce qu’elle abrite de plus immonde. Avec Bastien c’est un regard extérieur qui est porté sur la Jungle, un regard idéaliste qui va évoluer au contact de la réalité.

La réalité se sont ses collègues qui vont la lui faire découvrir, d’abord via Erika son adjointe, puis au contact de Passaro, le chef de la BAC et son équipe, qu’il accompagnera sur diverses opérations de terrain.

Au niveau des personnages, mon coup de coeur va incontestablement à Kilani, un gamin soudanais muet que Adam sauvera de l’enfer avant de le prendre sous sa protection. C’est avec Kilani que vous vivrez les émotions les plus intenses, nul doute que son parcours tirera des larmes mêmes aux lecteurs les plus coriaces (ou les plus blasés).

C’est pas une baffe dans la gueule que vous assène Olivier Norek avec ce roman, mais bel et bien des uppercuts en série qui vous laisseront KO debout après vous avoir vrillé les nerfs, les tripes et le coeur. Plus d’une fois, j’ai dû arrêter ma lecture pour laisser la tension et l’adrénaline retrouver un niveau acceptable.

Je peux d’ores et déjà affirmer que Entre Deux Mondes sera mon méga coup de coeur de l’année 2017. Les mots me manquent pour définir mon ressenti après avoir refermé ce bouquin, alors je dirai simplement le premier qui m’est venu à l’esprit : monumental !

Ceci dit Monsieur Norek, pas de conneries, on veut retrouver le Groupe Coste !

MON VERDICT
Coup double