[BOUQUINS] Hervé Commère – Sauf

AU MENU DU JOUR

H. Commère - Sauf

Titre : Sauf
Auteur : Hervé Commère
Éditeur : Fleuve Editions
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Mat a six ans quand ses parents décèdent dans l’incendie qui a totalement ravagé leur manoir en Bretagne. C’est son oncle et tante qui l’élèveront avec amour.

A 48 ans Mat est brocanteur dans la région parisienne, il vit en couple avec Anna. Un matin, un album photo fait voler en éclat ses certitudes et son quotidien. L’album en question contient des photos de lui enfant, de ses parents et du manoir. Comment a-t-il pu échapper aux flammes alors qu’il ne restait quasiment rien du manoir ? Qui est la femme qui l’a déposé dans sa boutique ? Et dans quel but ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Hervé Commère et que ses deux précédents romans, Imagine Le Reste et Ce Qu’Il Nous Faut C’Est Un Mort, m’avaient littéralement bluffé. Il me tardait donc de découvrir son dernier « bébé »…

Ma chronique

Je n’ai découvert Hervé Commère que récemment (je n’ai lu que ses deux derniers romans), mais j’ai été à chaque fois bluffé autant par ses intrigues que par son style. Deux bouquins radicalement différents et deux totales réussites ! Autant dire que c’est plutôt confiant que je me suis lancé dans la lecture de son dernier roman, Sauf.

D’entrée de jeu l’auteur impose sa griffe en nous proposant un bouquin (et une intrigue) qui ne ressemble à aucun autre. Et d’entrée de jeu on se demande où cela va nous mener… Une question qui ne cessera de revenir vous tarauder au fil des pages et des découvertes qui attendent Mat. J’ai rapidement renoncé à essayer de comprendre, préférant me laisser guider par le maître de cérémonie, il tient bon la barre et il assure un max ! De toute façon c’était ça ou devenir dingue.

On va donc suivre Mat au fil de son enquête sur ce mystérieux album photo qui le renvoie à un passé qu’il a partiellement oublié (occulté ?), pour trouver les réponses à ses questions il devra justement remonter le fil de son passé. Un personnage auquel on s’identifie facilement et que l’on prend rapidement en sympathie ; il faut dire que c’est l’archétype de l’individu ordinaire confronté à un enchaînement de situations extraordinaires.

Mat pourra compter sur l’aide quelques alliés indéfectibles dans sa quête de la vérité. A commencer par Anna, sa compagne et accessoirement Laurie, la fille de cette dernière. Non seulement elles ne manquent pas de ressources, mais leur joie de vivre communicative saura rebooster Mat dans les moments de doutes.

Gary et Mylène, ses deux employés à la brocante, viendront aussi en renfort et se révéleront plein de surprises et de précieux alliés. Sans oublier l’oncle et la tante de Mat, parents de substitution, qui pourraient bien apporter quelques réponses aux multiples questions qu’il sera amené à se poser.

Une sympathique galerie de personnages au service d’une intrigue au mécanisme réglé comme une horloge suisse. Hervé Commère maîtrise le moindre rouage de sa mécanique, il sait où il veut aller (et c’est bien le seul) et nous y amène avec brio.

Un roman relativement court (moins de 300 pages), mais d’une rare intensité, que ce soit au niveau de l’action (on ne s’ennuie pas une seconde) ou des émotions (parfaitement dosées et équilibrées). Les chapitres sont courts, se terminant presque systématiquement par une révélation qui nous incite à remettre le tout en perspective. Un phrasé simple et efficace qui va droit au but. Rien n’est laissé de côté, tout est fait pour nous plonger au coeur de l’intrigue et nous maintenir en haleine jusqu’au clap de fin.

Une fois de plus Hervé Commère réussit à nous bluffer avec un roman unique en son genre, une fois de plus il nous confirme son incroyable talent de conteur. A l’occasion de ma chronique de Ce Qu’Il Nous Faut C’Est Un Mort, j’avais qualifié le roman d’Hervé Commère de « vivant », j’ai eu exactement le même ressenti à la lecture de Sauf, l’impression de vivre l’intrigue en compagnie de Mat, partager ses questionnements et ses émotions. On parle souvent de magie de l’écriture, avec cet auteur l’expression est plus que jamais appropriée.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Le Manuscrit Inachevé

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F. Thilliez - Le Manuscrit inachevé

Titre : Le Manuscrit Inachevé
Auteur : Franck Thilliez
Éditeur : Fleuve
Parution : 2018
Origine : France
528 pages

De quoi ça cause ?

Caleb Traskman, écrivain à succès, est décédé avant d’avoir pu écrire la fin de son dernier roman au titre prédestiné, Le Manuscrit Inachevé. Encouragé par la maison d’édition de Traskman, c’est à son fils que reviendra la lourde tâche d’achever ce roman posthume…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Franck Thilliez, même si je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur ses personnages récurrents Sharko et Hennebelle, je suis, depuis quelques années déjà, fidèle à ses one-shot. Et à ce jour je n’ai jamais été déçu par ses romans.

Ma chronique

Si vous êtes cinéphile et particulièrement friand de films d’horreur vous connaissez certainement les films de type found footage (littéralement « enregistrement trouvé« , concrètement un (faux) film dans le (vrai) film), un genre qui a été popularisé par Le Projet Blair Witch et largement repris depuis (je citerai par exemple les films REC, Cloverfield ou encore la série des Paranormal Activity...). Avec ce roman Franck Thilliez nous propose une sorte de found book, le roman de l’auteur étant celui de Caleb Traskman finalisé par son fils…

Et pour couronner le tout, l’héroïne du roman du Caleb Traskman (qui est aussi celui de Franck Thilliez) est elle-même auteure de thriller. Vous aurez donc entre les mains le roman (bien réel) d’un romancier (FT), qui est en fait le roman (fictif) d’un autre romancier (CT) ayant pour héroïne une romancière (Léane / Enaël). Et si je vous disais que le personnage central du dernier roman de notre chère romancière est elle même romancière… Vous me suivez toujours ? Rassurez-vous j’embrouille volontairement les choses, en fait il suffit de lire ce bouquin comme vous lirez n’importe quel autre thriller et la magie devrait opérer.

J’aurai pu vous parler de l’intrigue du roman de Caleb Traskman, mais je ne le ferai point, je préfère rester dans le flou et vous laisser découvrir les multiples facettes de ce Manuscrit Inachevé. Si le roman de Caleb Traskman est effectivement inachevé à l’origine, celui de Franck Thilliez est parfaitement abouti (et quelle fin ! Fallait oser… Un vrai coup de maître !). Sachez simplement que c’est le parfait exemple de livre gigogne, tout s’emboîte avec un naturel presque troublant, il suffit juste de savoir où et comment disposer les différentes pièces du puzzle.

L’auteur (Franck Thilliez, rendons à César…) vous livre une intrigue que je qualifierai sans la moindre hésitation de machiavélique. Vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux à essayer de démêler l’écheveau de son embrouille, et quand vous penserez enfin approcher de LA vérité, un nouveau rebondissement viendra exploser votre belle théorie. Franck Thilliez s’impose ici comme le seul et unique maître du jeu, il vous baladera au fil des chapitres tandis qu’il déplacera ses pions au gré d’une stratégie dont il est le seul à connaître les tenants et les aboutissants. Un jeu du chat et de la souris à sens unique, dans lequel le chat (l’auteur) prend un malin plaisir à faire tourner ses pauvres souris (nous lecteurs) en bourrique.

Une intrigue maîtrisée se doit d’être sublimée par des personnages forts, faute de quoi toute la mécanique pourrait s’enrayer au pire moment et transformer un top en flop ; Franck Thilliez nous comble aussi de ce point de vue, un sans-faute que j’vous dis ! Etant volontairement resté dans le vague concernant l’intrigue, je ferai de même pour les personnages, ce roman doit se déguster l’esprit vierge de toute pensée parasite pour en apprécier pleinement toutes les saveurs.

Un roman parsemé de clins d’oeil à Stephen King (essentiellement en référence à son inoubliable et glaçant Misery), mais aussi à Sir Arthur Conan Doyle, les personnages récurrents des aventures de Sherlock Holmes devenant les pièces maîtresses d’une mise en scène aussi implacable que morbide. Mais il sera aussi question de mémoire (l’amnésie et son contraire l’hypermnésie), de logique, d’équations, de parties d’échecs… le tout sur fond d’enlèvement et de meurtre. Du grand art et un Franck Thilliez qui s’impose, pour ceux qui en doutaient encore, comme un incontournable du thriller francophone (et plus si affinités).

Je n’ai pas encore eu l’occasion de me frotter à sa série Sharko & Hennebelle, mais concernant ses romans one-shot je dois avouer que je suis impressionné par leur variété et leur originalité. Pas un qui ne ressemble aux autres, mais avec celui-ci je pense qu’il culmine dans l’expression de son talent.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Didier Fossey – Artifices

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D. Fossey - Artifices

Titre : Artifices
Série : Boris Le Guenn – Tome 4
Auteur : Didier Fossey
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
390 pages

De quoi ça cause ?

Boris Le Guenn est appelé sur une scène de crime plutôt atypique, un homme, attaché à un arbre, a été tué à l’explosif. Une technique expéditive qui suggère une forte haine envers la victime, mais aussi une bonne connaissance des engins explosifs.

Quand une seconde victime est découverte, elle aussi exécutée à l’aide d’engins explosifs savamment mis en scène, Boris Le Guenn décide de se faire épauler par une experte en explosifs.

Parallèlement Boris est harcelé par un mystérieux inconnu qui semble au courant de ses moindres faits et gestes…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

D’abord parce que c’est la quatrième enquête de Boris Le Guenn, j’ai beaucoup aimé les précédentes et j’attendais avec impatience ce nouvel opus.

Ensuite parce que c’est Flamant Noir et que Nathalie, l’éditrice, m’a proposé de découvrir ce roman en avant-première.

Ma chronique

Avant tout je tiens à remercier chaleureusement les éditions Flamant Noir, et tout particulièrement Nathalie, pour leur confiance renouvelée et surtout pour me donner l’occasion de découvrir ce nouvel opus des enquêtes de Boris Le Guenn en avant-première.

Un opus fort attendu compte tenu de la fin du précédent, Burn-Out, il me tardait de savoir qui était l’auteur du coup fil anonyme reçu par Boris. Qui plus est Boris va devoir composer avec une équipe quasiment neuve (seul Antoine est resté au côté de son patron), mais aussi avec une nouvelle hiérarchie (avec notamment un boss arrivé à son poste grâce à ses diplômes et non au mérite). Cerise sur le gâteau, la vie personnelle de Boris est elle aussi en pleine tempête ; Soizic (l’épouse de Boris) veut faire un break pour se donner le temps de réfléchir à leur situation, sans surprise les enfants (et le chien) suivent leur mère…

Peut-être vous demandez-vous si ce roman peut se lire individuellement ou s’il est impératif de prendre la série dans l’ordre ; je vous répondrai qu’il peut se lire en one-shot, mais qu’il serait dommage de passer à côté des précédents. Non seulement il est fait référence à des événements qui se sont produits dans le précédent tome, mais il est surtout fortement rattaché à Ad-Unum, le second roman de la série. Enfin, il serait dommage de passer à côté d’excellents polars, écrits avec la touche inimitable propre aux flics écrivains.

Didier Fossey ne fait dans la simplicité, genre « on prend les mêmes et on recommence« , aucun de ses romans ne ressemble aux autres, tout en restant proche du quotidien de ses personnages, l’auteur aborde des thématiques différentes, pas forcément inhérentes au métier de policier soit dit en passant. C’est aussi ça la touche Fossey, des intrigues fortement ancrées dans le réel avec des acteurs empreints d’humanité (et parfois d’inhumanité).

Dans cet opus il sera notamment question de pédophilie (certainement l’une des pires situations à laquelle puisse être confronté un policier, sans parler des horreurs subies par les victimes), de vengeance, de prise en charge psychiatrique des criminels, mais aussi de la difficulté de concilier vie privée et vie professionnelle quand on est flic de terrain.

D’entrée de jeu, en guise de prologue, l’auteur nous renvoie en 2013 en nous plaçant dans la peau de celui que l’on devine être à l’origine de l’appel anonyme reçu par Boris. Au fil des chapitres nous croiserons son chemin, et partagerons son parcours d’août 2013 à avril 2015 (date de la présente intrigue). Vous comprendrez aisément que je ne m’attarderai pas sur l’individu bien qu’il y aurait beaucoup à dire le concernant, je vous laisse découvrir tout ça par vous même.

On enchaîne ensuite avec le premier chapitre qui nous permet de faire un point rapide sur la situation professionnelle et privée de Boris (piqûre de rappel, au cas où). Le chapitre suivant nous plonge au coeur de l’action, on y croise notre vengeresse qui exécute sa première victime.

L’on devine sans peine ce qui motive cette soif de vengeance, là encore nous aurons le droit à quelques flashbacks qui nous permettront de réaliser à quel point les « victimes » étaient de sinistres pourritures. Difficile d’éprouver la moindre pitié pour ce genre de salopards, sans aller jusqu’à cautionner les actes de la vengeresse, j’ai beaucoup de mal à la blâmer…

Si j’ai retrouvé Boris avec beaucoup de plaisir, j’avoue que certains membres de son ancienne équipe m’ont manqué. Heureusement les nouveaux venus, notamment son adjointe, Nathalie, sont pleins de ressources. Et puis ça donne à l’auteur une bonne raison de poursuivre son chemin avec Boris Le Guenn, au moins jusqu’à ce que le groupe se soude et fonctionne en totale cohésion…

S’agissant d’auteurs que je connais et apprécie, je ne prête guère d’attention à la couverture des bouquins, force m’est pourtant de reconnaître que celle-ci est impeccable. Idéale pour attirer un public plus large à la découverte de l’univers de Boris Le Guenn (et pourquoi pas de l’éditeur Flamant Noir).

Vous l’aurez compris j’ai été sous le charme du début à la fin. Lu le temps d’un weekend (et encore, j’ai quasiment dû me contraindre à aller me coucher samedi soir). Le Flamant inscrit une nouvelle perle à son catalogue déjà bien garni.

Je terminerai cette chronique en citant un passage qui m’a fait sourire, une private joke de l’auteur, clin d’oeil à Sébastien Teissier, ami de Didier Fossey (cf les remerciements) et écrivain lui aussi (je ne désespère d’ailleurs pas de lire la suite de X, même si je sais que le délai n’est pas de son fait) et résident à Singapour :

« C’était un homme seul, pas d’enfants, pas de femme. Quand il est parti en maison de retraite, la maison a été vendue pour payer les frais. C’est un écrivain qui l’a acheté, un gars qui écrit des polars. Monsieur Teissier qu’il s’appelle, mais il ne vient pas souvent. Il habite en chine, à Singapour qu’on m’a dit. »

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Jean-Christophe Grangé – La Terre Des Morts

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JC Grangé - Le Terre des Morts

Titre : La Terre Des Morts
Auteur : Jean-Christophe Grangé
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
560 pages

De quoi ça cause ?

Quand le commandant Corso hérite de l’enquête sur la mort d’une strip-teaseuse, il est loin d’imaginer à quel point l’affaire est complexe. D’autant qu’un second corps est retrouvé, une autre strip-teaseuse, tuée selon le même mode opératoire aussi sordide que sophistiqué. Et toujours pas l’ombre d’un indice, et encore moins d’un suspect…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jean-Christophe Grangé, je lui suis fidèle depuis toujours et compte bien le rester. Même si ces romans ne sont pas tous au top, je n’en ai refermé aucun totalement déçu.

Ces derniers temps JCG semble avoir retrouvé la niaque, je suis donc confiant…

Ma chronique

Le chiffre 13 porterait-il bonheur à Jean-Christophe Grangé ? Une chose est certaine, son dernier roman, le treizième, vous l’aurez compris, est une totale réussite. L’auteur nous offre un thriller d’une redoutable efficacité, bourré de revirements de situation totalement inattendus, et hautement addictif.

Si vous êtes un habitué de l’auteur, vous aurez sans doute remarqué qu’il est particulièrement à l’aise avec des personnages complexes et torturés. Stéphane Corso ne fait pas exception à la règle, certes un flic brillant, mais souvent borderline, un chef respecté par son équipe (et quelle équipe !), mais pas franchement sociable, ni empathique, mais aussi un père aimant en plein divorce pour le moins tumultueux qui doit se battre pour pouvoir garder son fils.

En face de lui, son suspect, Philippe Sobieski, assassin et pervers sexuel devenu peintre de renom à sa sortie de prison. Si le gars semble cumuler tous les vices possibles et imaginables, il est aussi redoutablement intelligent. Coupable ou innocent ? Pour Corso ça ne fait aucun doute, coupable !

Si le récit est à la troisième personne, on suit l’affaire à travers le personnage de Corso, son point de vue, ses doutes, ses questionnements. Et du coup nous aussi, lecteurs, nous mettons à douter et à se poser des questions. Doutes et questions qui ne nous lâcheront pas avant le clap de fin. Et quelle fin !

Une intrigue qui va nous entrainer dans les travers les plus sombres de l’âme humaine et de la sexualité la plus crasse. SM, bondage, shibari (l’art de nouer les cordes au Japon), gonzo porn… C’est cru, brut de décoffrage, trash et violent, âmes sensibles s’abstenir !

Même si le contexte peut sembler dérangeant, n’allez surtout pas croire que JCG joue la carte de la surenchère dans la violence et le trash, ce n’est là qu’une infime facette de l’intrigue. C’est surtout la confrontation entre Corso et Sobieski qui fait la force de ce roman.

Les chapitres sont cours, l’écriture incisive, tout est fait pour nous plonger au coeur de l’intrigue et surtout nous rendre accro. Et ça fonctionne ! Impossible de lâcher le bouquin une fois qu’il vous aura pris dans ses mailles.

Autre marque de fabrique de JCG : le gros travail de documentation préalable que ‘on devine à la lecture du roman. J’aime bien fouiner de mon côté sur Internet, non pour vérifier les sources de l’auteur, mais pour avoir une idée plus précise de l’objet de ma convoitise. En l’occurrence je ne comprenais pas pourquoi je faisais systématiquement chou blanc, quelle que soit la source sollicitée, lors de mes recherches sur un des éléments clé de l’intrigue… maintenant je sais !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Guillaume Musso – La Jeune Fille Et La Nuit

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G. Musso - La jeune fille et la nuit

Titre : La Jeune Fille Et La Nuit
Auteur : Guillaume Musso
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2018
Origine : France
440 pages

De quoi ça cause ?

Si Thomas Degalais, écrivain à succès résidant à Manhattan, revient sur la Côte d’Azur pour les 50 ans de Saint Ex, l’établissement scolaire élitiste où il a suivi sa scolarité, ce n’est pas par nostalgie. La destruction annoncée de l’ancien gymnase, au profit d’un complexe plus moderne, pourrait bien faire remonter un terrible secret lié à la disparition, 25 ans plus tôt, de Vinca Rockwell, une étudiante charismatique, et d’Alexis Clément, un jeune prof de philo.

Un secret qui pourrait bien les conduire, lui et Maxime, son fidèle ami qui vise un poste de député, directement un prison. D’autant que quelqu’un semble être au courant de leur secret et réclame vengeance…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Guillaume Musso et que j’assume à 200% le fait d’aimer cet auteur. Et j’emmerde ses détracteurs systématiques (avec une pensée particulière pour ceux qui dénigrent sans jamais avoir ouvert un bouquin de l’auteur), oui, je sais, c’est gratuit comme remarque…

Ma chronique

Avec ce nouveau roman Guillaume Musso quitte son éditeur historique (XO Edirions) au profit de Calmann-Lévy, officiellement c’est une volonté de plus grande liberté éditoriale qui est évoquée, officieusement il s’agirait d’une affaire de gros sous plus qu’autre chose… Comme dirait l’autre : « cela ne nous regarde pas« .

En refermant ce bouquin, je me dis que finalement Guillaume Musso n’a pas vraiment changé son fusil d’épaule par rapport à ses précédents romans. Il nous propose un polar grand public (bin oui, on ne va pas demander à Musso de nous pondre du Chatttam, du Thilliez ou du Grangé), plutôt bien ficelé, avec juste ce qu’il faut de rebondissements (pas forcément totalement imprévisibles) et surtout un page-turner efficace et addictif.

Point de renouveau avec ce roman, d’un autre côté pourquoi l’auteur sortirait-il de sa zone de confort ? Ce qu’il fait, il le fait bien et le public répond présent systématiquement. N’empêche que je garde espoir, qu’au détour d’un prochain roman, Guillaume Musso parvienne à me surprendre.

Je ne qualifierai pas l’intrigue de bateau, mais il est vrai qu’elle est relativement linéaire, ce qui ne l’empêche de nous réserver quelques surprises. Par contre, contrairement à ces précédents romans, celui-ci se déroule intégralement en France. Hormis cette particularité géographique, la mécanique est bien rodée…

Le récit, à la première personne, est porté par Thomas, navigant entre ses souvenirs et le présent il va essayer de résoudre deux énigmes : identifier leur adversaire avant qu’il ne s’en prenne à lui et découvrir la vérité sur la disparition de Vinca Rockwell. Lui et Maxime sont en effet bien placé pour savoir que la thèse officielle, qui affirme que l’étudiante et le jeune prof de philo étaient amants et ont pris la fuite ensemble, ne tient pas la route.

Il est loin de se douter qu’en remuant ainsi le passé, de nombreux autres secrets, pas toujours agréables à entendre, vont refaire surface.

Comme d’hab Guillaume Musso mise beaucoup sur l’empathie du lecteur à l’encontre de ses personnages. Ce n’était pas forcément gagné d’avance avec Thomas, mais on finit par tout lui pardonner et espérer qu’il sortira indemne de ce merdier.

Les autres personnages ne sont pas laissés sur le bas-côté, il y a bien entendu Maxime, l’ami de toujours, étoile montante de la vie politique locale sous l’étiquette LREM, mais aussi Fanny, une autre amie devenue cardiologue, et Stéphane un journaliste fouille-merde militant de la France Insoumise (vous comprendrez sans doute que j’ai eu beaucoup de mal à trouver le gusse sympathique… d’ailleurs je n’y suis pas arrivé).

Et bien entendu il y a Vinca, absente, mais omniprésente, un peu à l’image de Sean Lorentz dans son précédent roman, Un Appartement A Paris.

Un page-turner efficace bouclé en deux jours (il faut dire que je suis en congés, ça aide), pas de quoi faire virer de bord les détracteurs de Guillaume Musso, mais qui saura séduire les lecteurs déjà acquis à sa cause.

Comme tous les ans, j’attends maintenant la sortie du dernier Marc Lévy, Une Fille Comme Elle, dans quelques jours afin de désigner le vainqueur du classico littéraire 2018.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alexandra Coin – Entraves

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A. Coin - Entraves

Titre : Entraves
Auteur : Alexandra Coin
Éditeur : Aconitum (2016) / Autoédité en 2018
Parution : 2016
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Emma, professeur de français au lycée, vit dans un mas retiré avec son mari, Illario, qui élève de cochons truffiers dans l’espoir de faire fortune dans la truffe. Ils ont une fille, Louise. Vue de l’extérieur c’est une famille sans histoire.

Mais Illario est en fait un pervers narcissique, dominateur et manipulateur. Il fait vivre à Emma un véritable enfer fait de brimades, reproches et autres humiliations psychologiques.

Exténuée, vidée de toute volonté, Emma tente de mettre fin à ses jours. Quand elle reprend connaissance, elle apprend qu’elle est internée en hôpital psychiatrique…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ca faisait un moment que j’avais ce roman dans mon Stock à Lire Numérique, Alexandra, l’auteure, m’ayant proposé une lecture en SP j’ai sauté sur l’occasion pour lui faire gagner quelques échelons dans la (looongue) liste d’attente.

Ma chronique

Tout d’abord je tiens à remercier Alexandra Coin pour sa confiance.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais signaler que le visuel de la version autoéditée est beaucoup plus réussi que celui des éditions Aconitum. Je vous laisse juge en vous proposant les deux couvertures ci-dessous.

A en croire la locution latine « Verba volant, scripta manent« , les mots s’envolent, les écrits restent. Il faut croire que nos ancêtres, latinistes distingués, n’ont jamais été confrontés à des cas de perversion narcissique et autres formes de harcèlement moral. De fait aujourd’hui le Dr Marie-France Hirigoyen, psychiatre spécialisée dans les questions de harcèlement moral et d’aide aux victimes, pourrait leur rétorquer : « Il est possible de détruire quelqu’un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme violence perverse ou harcèlement moral. »

Pour un premier roman le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteure, ne choisit pas de jouer la carte de la facilité. Le sujet (la perversion narcissique au sein du couple) est aussi glauque que sérieux (et malheureusement trop réel), du coup son roman est empreint de noirceur et de détresse.

Un roman où la dimension psychologique est primordiale et Alexandra excelle dans ce domaine, le processus de destruction est décrit avec un réalisme glaçant. On a vraiment l’impression de lire le témoignage d’Emma, un appel au secours qu’elle ne parvient pas à hurler, condamné à rester sans réponse…

La première partie, qui occupe plus des 2/3 du roman, alterne entre les flashbacks (rédigés à la troisième personne, mais centrés sur Emma) qui décrivent la descente aux enfers d’Emma et son quotidien à St John’s (écrits à la première personne), l’HP où elle a été internée et tente de se reconstruire. Une alternance de vues et de styles qui permet de suivre l’évolution (même si le terme évolution tendrait à faire penser à une situation qui va en s’améliorant, ce n’est pas le cas présentement) de la jeune femme.

Je ne vous parlerai pas des secondes et troisièmes parties du récit, non qu’elles soient sans intérêt, tant s’en faut, mais pour éviter tout spoiler qui nuirait à la découverte du récit. Je dirai simplement que le tunnel sera long et sombre pour Emma… Avec un espoir de voir la lumière au bout du chemin ? A vous de le découvrir !

Je ne vais pas vous décrire les différentes étapes du comportement d’Illario (et donc des pervers narcissiques en général), Alexandra le fait très bien dans son roman. Les plus curieux trouveront matière à méditer sur Internet (ne serait-ce que la page Wikipedia consacrée au sujet).

Une lecture éprouvante (dans le bon sens du terme), mais que je qualifierai presque d’utilité publique. Peut-être une passerelle pour permettre aux victimes de s’extraire de l’emprise des salopards qui font de leur quotidien un enfer. Peut-être aussi un moyen pour les autres d’identifier ses victimes silencieuses d’un mal invisible et insidieux, de leur tendre une main secourable et d’accorder une écoute bienveillante à leur détresse. Je sais que ça fait beaucoup de peut-être, mais j’ai quand même envie d’y croire…

Certains chapitres se terminent par un renvoi, sous forme d’un QR Code à scanner, vers un article sur le site de l’auteure. Si comme moi vos n’êtes pas un adepte de ces QR Codes (simplement parce que je n’utilise quasiment jamais mon smartphone pour aller sur Internet), je vous invite toutefois à vous rendre sur la page d’Alexandra Coin afin d’y lire les articles en question, ils sont en effet très bien documentés et apportent un vrai plus à la seule lecture du roman.

Le roman est préfacé par Dominique Barbier, un psychiatre qui a fait de l’aide aux victimes des pervers narcissiques son cheval de bataille. Son ouvrage, La Fabrique De L’Homme Pervers (Odile Jacob – 2013), semble avoir été le support de référence d’Alexandra pour la rédaction de son roman. Il a rejoint mon Stock à Lire Numérique à peine la lecture d’Entraves achevée.

Un petit bémol de rien du tout, presque du pinaillage, voire de l’enculage de mouches, pour terminer cette chronique. Un bémol purement typographique (j’vous avais prévenu… tant pis pour les mouches), l’utilisation intempestive des points de suspension n’apporte rien à la lecture.

Vous le savez je suis un tantinet maniaque en matière de code dans le fichier epub (viens-là saleté de mouche… j’en ai pas fini avec toi !), j’ai donc été fouiné dans les entrailles du fichier. Au final j’ai ajouté quelques insécables oubliés et fait le ménage dans les styles doublonnés (deux noms de classe distincts pour une même typographie).

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Jacques-Olivier Bosco – Coupable

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JOB - Coupable

Titre : Coupable
Série : Lise Lartéguy – Tome 2
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Quand Pierre Boifeuras, le chef de la PJ, mais aussi le parrain et protecteur de Lise Lartéguy, est sauvagement assassiné, la jeune femme Este dévastée. D’autant que certains indices lui laissent penser qu’elle pourrait être impliquée dans ce crime ; sauf qu’elle n’a que de très vagues souvenirs de la nuit précédente. Une nuit au cours de laquelle elle a laissé libre cours à la Bête qui sommeille en elle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé Brutale, la première enquête de Lise Lartéguy. Il me tardait de retrouver cette fliquette borderline et d’en apprendre davantage sur elle.

Parce que c’est La Bête Noire et que je commence à avoir un sacré retard dans l’exploration de leur catalogue.

Ma chronique

J’ai découvert le personnage de Lise Lartéguy l’année dernière avec le précédent roman de Jacques-Olivier Bosco (aka JOB), Brutale ; une entrée sur la scène littéraire policière plutôt fracassante, mais j’ai été séduit par cette nana hors norme. J’avoue que j’ai un faible pour les flics borderline, et Lise Lartéguy ne se contente pas de flirter avec la ligne jaune, elle la piétine allègrement !

Afin de laisser libre cours à ses bouffées de violence en épargnant, autant que possible, les innocents, Lise Lartèguy s’efforce d’appliquer La Méthode que lui a inculquée son père ; sur le principe c’est on ne peut plus simple :

« Le bien, on n’y touche pas. Le mal, on peut. Le mal, on le combat.
Les gens comme nous sont des gens bien. Tu souffres, tu as besoin de faire le mal, de transmettre ta souffrance.
Le mal doit combattre le mal. »

Sauf que cette chère Lise aimerait bien faire taire la Bête qui est en elle, plus facile à dire qu’à faire, surtout quand son passé refait surface.

Le bouquin alterne justement entre l’intrigue actuelle et les flashbacks qui permettent de découvrir aussi bien le passé de Lise que celui de son père et de son parrain. On comprend mieux (sans pour autant tout pardonner) les excès de Lise, et du coup le personnage gagne en profondeur (profondeur qui faisait parfois défaut dans Brutale) et notre empathie pour elle ne peut que se renforcer au fil des pages.

JOB apporte beaucoup de soins à ses personnages… même s’il n’hésite pas à les malmener. Outre une (encore plus) forte sympathie pour Lise, j’avoue aussi avoir eu un faible pour le personnage de Linda malgré ses travers.
L’intrigue policière est elle aussi soignée et rondement menée ; à ce titre j’ai été scié en découvrant la vérité sur la mort de Boisfeuras. Encore un petit bémol (je n’irai pas jusqu’à employer le mot défaut) de Brutale corrigé dans ce second opus, à croire que les enquêtes de Lise Lartéguy sont comme le bon vin et se bonifient avec le temps.

Il faut dire qu’en plus de son enquête, Lise va devoir faire face à l’acharnement du substitut du procureur Martignon qui semble très près de découvrir son terrible secret et ainsi briser sa carrière. Celui-ci trouvera d’ailleurs un allié inattendu en la personne d’Eric Boisfeuras, le fils de Pierre.

Enfin la plume incisive et percutante de l’auteur, associée à des chapitres courts, assure une lecture d’une grande fluidité. Difficile de lâcher ce bouquin une fois qu’il vous aura pris dans ses mailles.

Faut-il avoir lu Brutale avant de se lancer dans Coupable ? Je serai tenté de répondre oui même si cela n’est pas franchement impératif, ne serait-ce que pour suivre l’évolution de Lise Lartéguy et garder intacte l’intrigue du précédent roman.

En refermant le roman, j’ai eu un petit pincement au cœur à l’idée de ne peut-être plus croiser la route de Lise Lartéguy ; j’espère me tromper sur ce point, seul JOB serait en mesure d’apporter une réponse claire à ce questionnement.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Karine Giebel – Toutes Blessent, La Dernière Tue

AU MENU DU JOUR

K. Giebel - Toutes blessent, la dernière tue

Titre : Toutes Blessent, La Dernière Tue
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Belfond
Parution : 2018
Origine : France
744 pages

De quoi ça cause ?

Tama a huit ans quand son père la vend à une riche famille française. Il espère ainsi lui offrir un avenir meilleur en France, mais en réalité il la condamne à une vie d’esclavage, de violences et d’humiliations.

Gabriel est un tueur implacable. Il vit reclus dans un corps de ferme perdu au milieu de nulle part, hanté par un drame survenu des années plus tôt.

Un matin Gabriel se retrouve face à une jeune femme blessée qui tente de le braquer avant de perdre connaissance. À son réveil, elle est amnésique, mais ses nombreuses cicatrices témoignent d’un passé douloureux…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel, une auteure qui réussit à me surprendre encore et encore au fil de ses romans.
Face à l’engouement suscité sur le net, impossible de différer plus longtemps la découverte de ce roman.

Ma chronique

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (26 août 1789)

Article 1er
Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Décret d’abolition de l’esclavage (27 avril 1848)

Le Gouvernement provisoire,
Considérant que l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine ;
Qu’en détruisant le libre arbitre de l’homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir; Qu’il est une violation flagrante du dogme républicain : « Liberté – Egalité – Fraternité » ;
Considérant que si des mesures effectives ne suivaient pas de très près la proclamation déjà faite du principe de l’abolition, il en pourrait résulter dans les colonies les plus déplorables désordres ;

Décrète :

Article 1er
L’esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d’elles. À partir de la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres, seront interdits.

Déclaration universelle des droits de l’homme (10 décembre 1948)

Article 1er
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
(…)
Article 3
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Article 4
Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
Article 5
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Rassurez-vous je n’ai pas subitement pété une durite, le rappel de ces textes fondamentaux sont en lien direct avec le dernier roman de Karine Giebel. Entre la théorie et la réalité il y un pas (voire un gouffre), qui peut nier qu’aujourd’hui encore la torture et l’esclavage ont encore cours… et pas seulement dans les pays qui ont l’habitude de n’accorder aucune considération aux droits de l’homme.

L’intrigue de Toutes Blessent, La Dernière Tue se déroule en effet de nos jours, en France.

Ami(e)s lecteurs et lectrices, autant vous mettre en garde d’entrée de jeu, en ouvrant ce roman vous pénétrez dans les neufs cercles de l’enfer, en immersion totale du côté obscur de l’humanité dans tout ce qu’elle peut avoir de plus abject.

Sachez enfin que si Karine Giebel ne ménage pas ses personnages, elle le fait avec une redoutable efficacité. Impossible de rester de marbre face au calvaire de Tama ! Des envies de meurtres, plus d’une fois vous aurez comme dirait un vénérable sage verdâtre aux longues oreilles.

Une lecture éprouvante aussi bien pour les nerfs que pour le coeur et l’âme, mais aussi une lecture hautement addictive. On en prend plein la gueule avec Tama, mais on a envie d’en savoir plus, on espère dur comme fer qu’elle verra enfin le bout du tunnel, que son cauchemar cessera, d’une façon ou d’une autre.

L’autre personnage central de l’intrigue est Gabriel, il faudra du temps pour que le voile se lève autour de ses secrets. Rongé par un drame qui l’a anéanti bien des années plus tôt, aujourd’hui c’est en donnant la mort qu’il semble apaiser son âme. Sa vie rangée à l’écart du monde semble lui convenir… mais alors pourquoi ne peut-il se résoudre à tuer cette inconnue débarque dans sa vie et fait vaciller ses certitudes ?

Une fois de plus Karine Giebel mise beaucoup sur la dimension psychologique de son intrigue. Elle apporte donc un soin particulier à ses personnages. Pas seulement à Tama et Gabriel, tous bénéficient de la même rigueur. Qu’ils soient blancs comme neige, noirs comme la plus sombre des nuits sans lune ou plutôt en nuances de gris…

C’est volontairement que je me cantonne aux personnages de Tama et Gabriel, aborder les autres m’obligerait à en dire trop sur le déroulé du récit.

Les chapitres sont courts, le style minimaliste rend l’écriture encore plus percutante, l’auteure sait y faire pour aller droit au but et droit au coeur des lecteurs, pas de chemins détournés pour nous balancer les faits en pleine tronche.

Et ça marche ! Plus d’une fois, vous aurez envie de faire une pause pour reprendre votre souffle et quitter ce cauchemar. Mais à chaque fois vous y reviendrez avec un peu plus d’avidité ; il vous faut votre dose, il vous faut des réponses…

J’ai refermé ce bouquin à bout de souffle, presque KO debout, mais avec un sourire béat aux lèvres. Un énorme coup de coeur malgré sa noirceur absolue et une méga claque dans la gueule. Une fois de plus Karine Giebel m’a bluffé et malmené… merci à vous Madame Giebel !

Vulnerant omnes, ultima necat.
At eae quas ad vos consumpsi me delectaverunt.

Toutes les heures blessent, la dernière tue.
Mais j’ai aimé celles passées auprès de vous.

Je ne suis pas pressé de voir arriver ma dernière heure, mais incontestablement j’ai aimé celles passées en compagnie de ce bouquin…

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Sara Greem – Hérodias & Le Porteur De Lumière

AU MENU DU JOUR

Hérodias & Le Porteur De Lumière

Titre : Hérodias & Le Porteur De Lumière
Série : Epopées Avaloniennes – Tome 2
Auteur : Sara Greem
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2018
Origine : France
404 pages

De quoi ça cause ?

Afin de sauver Avalon, Hérodias (accompagnée de son fidèle Hermès), Adalrik, Goulven et le moine Cadoc doivent rejoindre la cité d’Ys afin de convaincre la princesse Dahud de leur ouvrir la porte du royaume des fées.

Pour Hérodias, accéder au royaume des fées est aussi l’unique moyen de retrouver et de sauver son aimé, le seigneur Kai, prisonnier de la magie d’Azgor, mais, elle est en convaincue, vivant.

Un voyage périlleux compte tenu des hordes de chrétiens belliqueux qui envahissent le continent. Mais d’autres dangers, encore insoupçonnés, guettent nos quatre (et demi avec le corbeau) aventuriers…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai beaucoup aimé le premier opus de ces Epopées Avaloniennes proposées par Sara Greem. Il est donc tout à fait normal que je sois impatient de retrouver Hérodias et ses compagnons.

Ma chronique

Si le premier volume de ces Epopées Avaloniennes se déroulait exclusivement sur l’ile d’Avalon et ses environs, il en va autrement avec sa suite. En effet, dès le premier chapitre Hérodias et ses compagnons vont devoir quitter l’ile pour un périple qui les mènera plus loin dans le continent (sur les terres du Seigneur Mordred) afin de gagner une autre île mythique de la tradition celtique (surtout bretonne), Ys.

La première étape de leur va donc mener notre fine équipe sur les terres de Mordred, le jumeau maudit de Goulven, celui dont Avalon se défend de prononcer le nom depuis qu’il a tué le roi Arthur, son père. L’occasion pour Sara Greem de nous proposer une version alternative du mythe afin de coller à son propre récit. Après tout quel mal y’a-t-il à détourner une fiction au bénéfice d’une autre fiction ?

De là, embarquement immédiat (ou presque, leur bref séjour chez Mordred ne fut pas de tout repos) pour la cité d’Ys où se déroulera la majeure partie du récit. Une île sur laquelle règne le roi Gradlon, bien que converti à la religion du Dieu unique, il n’impose pas sa foi à son peuple. Ce qui permet à sa fille, la princesse Dahud, de perpétuer les croyances d’Avalon… en apparence du moins.

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Hérodias, Adalrik, Goulven et même Cadoc… Pardon ? Côa ? Ah oui, bon sang, mais c’est bien sûr ! J’allais oublier ce brave Hermès. Sorry l’emplumé, l’injustice est réparée. Si ton ramage se rapporte à ton plumage… Côa encore ? Ah, Ok, on ne te la fait pas. Au temps pour moi.

Mais il n’y a pas que de belles retrouvailles au menu, Hérodias et ses compagnons auront la désagréable surprise de découvrir que non surement l’abject Gwénolé les a précédés sur Ys, mais qu’il a en plus su gagner la confiance du roi Gradlon.

Si dans le précédent opus tous les chrétiens semblaient se réunir sous la bannière de Gwenolé, on découvre ici qu’il y en a qui n’apprécient guère ses méthodes, mais le craignent trop pour oser s’opposer à lui. Certains moines pourraient même s’avérer fort sympathiques, si, si c’est possible !

J’ai déjà eu l’occasion de mentionner quelques nouveaux acteurs majeurs de ce second opus, difficile de passer sous silence le fameux « Porteur de Lumière » dont il est question dans le titre, le comte Luigi Siferio. Inutile d’être un latiniste distingué ou théologien avisé pour deviner la véritable identité de celui qui se cache sous ce titre et ce nom.

Au fil de son récit, l’auteure intègre des explications sur la mythologie celte, que ce soit à travers ses personnages ou ses traditions. Explications qui se fondent naturellement dans le récit sans jamais nuire au rythme de l’intrigue (il faut dire aussi que c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup… sans doute mes lointaines origines bretonnes qui se rappellent à moi). Pour ma part je trouve que le mélange des genres (fiction 100% imaginaire et mythologie) fonctionne impeccablement.

Il faut dire aussi que niveau rythme on est servi. Ca bastonne dur au fil des pages, quand les personnages ne croisent pas le fer, c’est la magie qui prend le relai et, soyons fous, parfois nous avons même le droit à des combats mêlant les armes et la magie. On en prend plein les mirettes, et on en redemande !

Est-il besoin de vous dire que j’attends avec impatience le troisième et dernier (?) tome de ces Epopées Avaloniennes ? L’occasion de découvrir enfin le mystérieux royaume des fées et de lever le voile sur toutes les questions demeurant encore sans réponse (nous n’en apprenons guère plus sur les mages d’Azgor dans ce second opus, il faut dire que nos héros ont d’autres chats à fouetter et que certains seront parmi les plus coriaces).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maud Mayeras – Lux

AU MENU DU JOUR

M. Mayeras - Lux

Titre : Lux
Auteur : Maud Mayeras
Éditeur : Anne Carrière / Fleuve Editions
Parution : 2016 (broché) / 2017 (numérique)
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

2016. Antoine Harelde revient à Ceduna, en Australie, pour la première fois depuis 20 ans. Un retour motivé par une idée fixe, presque une obsession : la vengeance.

1996. Antoine, 14 ans, débarque à Ceduna avec sa mère. Antoine y fera la connaissance de Hunter, un garçon un peu plus âgé que lui. Le temps d’un été, grande complicité et une solide amitié va lier les deux jeunes gens. Avant que le rêve ne vire au cauchemar…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il a fallu poireauter plus d’un avant avant qu’une édition numérique du roman ne voie le jour. À tel point que j’avais renoncé à le lire, c’est par hasard que j’ai découvert qu’il était désormais disponible au format epub (merci à 12-21, la branche numérique de Fleuve Editions).

Ma chronique

Il est des bouquins qui savent se faire désirer, incontestablement Lux est de ceux-ci. Fidèle à ma décision de ne pas engraisser les éditeurs qui ne jouent pas le jeu du numérique, j’avais fini par me résigner à ne jamais lire Lux, le troisième roman de Maud Mayeras, et ce malgré la très forte impression que m’avait faite son précédent opus, Reflex. Et v’là t’y pas qu’en début d’année je découvre, totalement par hasard, que le bouquin est disponible au format epub depuis quelques mois. Résultat des courses : mon précieuuuux !

De prime abord on a entre les mains une intrigue plutôt classique sur fond de vengeance, mais n’allez surtout pas croire que Maud Mayeras est du genre à se contenter du minimum syndical ; nul doute que ce roman vous réservera bien des surprises.

Dans la première partie du roman, on alterne entre les événements de 2016 et ceux de 1996 ; de prime abord les raisons qui poussent Antoine à vouloir se venger sont aussi flagrantes que le nez au milieu de la figure. Fin du premier acte, baisser de rideau, on applaudit bien fort.

Quoi ?! Déjà ! Mais c’est du foutage de gueule votre truc !

J’ai dit fin du premier acte, pas fin de l’histoire. Je vous avais pourtant prévenu, l’amie Maud peut se montrer particulièrement retorse quand il s’agit de malmener ses lecteurs (et accessoirement ses personnages). Cette première partie représente un petit tiers du roman, il y en deux autres qui vous inviteront cette fois à voyager en aveugle. Suivez le guide… mais accrochez-vous, car la balade promet d’être mouvementée !

Je ne m’attarderai pas sur la suite du roman afin de laisser entier le plaisir de la découverte, je peux juste vous assurer que l’auteure ne manquera pas de vous surprendre avec certains rebondissements totalement inattendus.

Pour la même raison, je ne peux pas aborder la question des personnages. Antoine est tout sauf un héros made in Hollywood, plutôt le mec lambda sûr d’être dans son bon droit, mais pas convaincu de pouvoir aller jusqu’au bout de ses intentions premières.

Au fil de son périple australien, que ce soit en 1996 ou en 2016, Antoine fera des rencontres qui le changeront à jamais. Pour ma part j’ai eu un faible pour le personnage de Cockie, un aborigène SDF croisé à Ceduna, qui sera amené à jouer un rôle essentiel dans la destinée d’Antoine.

Par contre je peux vous dire que ce roman vous fera voyager, direction l’Australie, mais dans un décor bien loin des paysages de cartes postales pour touristes en goguette. Si comme Antoine vous considérez que Ceduna est le trou du cul du monde, soyez assuré qu’en comparaison à certains patelins de l’outback australien c’est le paradis sur terre !

Maud Mayeras maîtrise sur le bout des doigts son intrigue, difficile de lâcher le morceau une fois que vous y aurez goûté. Même si je me suis régalé j’ai trouvé Lux moins percutant que Reflex, à la décharge de l’auteure il faut reconnaître qu’elle avait placé la barre haut, très haut. D’autre part ces deux romans n’ont aucun point commun, à part bien entendu la plume implacable de Maud, si Reflex pouvait clairement revendiquer son appartenance au thriller, Lux joue davantage dans la catégorie des inclassables, thriller, oui mais pas que…

MON VERDICT