[BOUQUINS] Dominique Forma – Coups De Vieux

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D. Forma - Coups De Vieux

Titre : Coups De Vieux
Auteur : Dominique Forma
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

André Milke et Clovis Martinez ont tous les deux la soixantaine bien tassée et de fortes personnalités, mais c’est bien tout ce qu’ils partagent. Le premier est un ancien gros bras de la Gauche prolétarienne alors que le second est un ex membre de l’OAS qui a activement combattu pour l’Algérie Française. Entre le gaucho et le facho ce n’est pas vraiment le grand amour.

Au cours d’une balade nocturne (en tenue d’Adam) sur les plages naturistes du Cap d’Agde, André tombe sur le corps sans vie de Emma Paretto, la fiancée de son ami Luc Dallier. Quand il réalise que l’enquête de police s’enlise et qu’il ferait un parfait suspect, contre toute attente c’est à Clovis qu’il demande de l’aide…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu et très souvent agréablement surpris.

L’idée de voir enquêter ces deux vieux réacs que tout semble opposer a sérieusement titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire de ce roman policier est qu’il ne ressemble à nul autre, ne serait-ce que pour cette originalité il a toute légitimité à figurer au répertoire de La Bête Noire. Il faut bien reconnaître toutefois que si vous cherchez un thriller qui vous mette les nerfs à rude épreuve le bouquin de Dominique Forma n’est pas vraiment le choix idéal.

Si dans l’ensemble l’intrigue tient plutôt bien la route, et pourrait même vous réserver quelques surprises, il ne faut s’attendre à de brusques montée d’adrénaline. A l’image de l’improbable duo qui porte le bouquin, on est davantage en mode diesel qu’en turbo… Il faut dire que André et Clovis doivent composer avec les petits tracas liés à leur âge (réflexes élimés, arthrose…) ; dans de telles conditions, il vaut mieux ménager la mécanique afin d’éviter toute mauvaise surprise.

Clairement le roman est porté par ce duo atypique d’enquêteurs presque septuagénaires, si l’esprit est encore vif, il en va autrement pour le corps… comme ils pourront s’en rendre compte à plusieurs reprises au cours de leur enquête.

C’est surtout leur antagonisme quasi permanent qui donne toute sa saveur au récit. Deux vieux réacs aux idéologies radicalement opposées. Mais cela ne les empêche toutefois pas de s’apprécier… avec modération ! Même s’ils préféreraient sans doute mourir dans les plus atroces souffrances que de reconnaître un semblant d’affection l’un pour l’autre.

Une enquête que les amènera à côtoyer des individus plus ou moins fréquentables et à se perdre dans les méandres d’un complexe montage immobilier et financier permettant de blanchir l’argent sale d’un caïd du milieu… mais là encore ces questions ne sont abordées qu’en surface.

La touche de charme est apportée par le personnage d’Alexe, la jeune et très délurée voisine de Clovis qui affiche ouvertement une sexualité libérée et sans tabous, profitant de l’été pour s’envoyer en l’air dans les dunes.

Dominique Forma semble s’être beaucoup amusé à écrire ce roman et parvient à nous communiquer cette bonne humeur, grâce notamment à un style épuré et direct. On en arrive à apprécier la compagnie de ces deux vieux grincheux qui passent leur temps à se chamailler (à l’image des deux vieux du Muppets Show… une comparaison qui ne parlera sans doute qu’aux vieux de la vieille).

Une lecture sympathique qui ne se prend pas au sérieux mais qui assure pleinement par son côté divertissant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Collectif – London Calling – 19+1 Histoires Rock Et Noires

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Collectif - London Calling

Titre : London Calling – 19+1 Histoires Rock Et Noires
Auteur : Collectif
Éditeur : Buchet Chastel
Parution : 2009, réédition 2019
Origine : France
240 pages

De quoi ça cause ?

Un recueil initialement publié en 2009, réédité à l’occasion du quarantième anniversaire de l’album London Calling des Clash.

19 nouvelles, autant que l’album a de pistes musicales. Plus une nouvelle inédite à l’occasion de cette réédition.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je considère que l’album London Calling restera à jamais gravé dans l’histoire de la culture punk rock contemporaine. J’étais donc curieux comment ces auteurs allaient lui rendre hommage à travers leurs courts récits.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Buchet Chastel et Net Galley pour leur confiance qui me permet de découvrir cette réédition en avant-première (sortie le 19 septembre).

Le bouquin s’ouvre sur une préface d’Antoine de Caunes qui nous livre une anecdote très rock’n roll sur les Clash. Et vous parle de l’album London Calling mieux que je pourrai le faire, c’est donc bien volontiers que je lui cède la place :

« London Calling » est mon album préféré des Clash. C’est vraiment un classique, qui résiste à 12000 écoutes, quand beaucoup d’albums de la même période ont pris un sérieux coup de vieux. La production, la composition, la cohérence du disque par-delà les nombreuses variations et les styles explorés, de la country au jazz en passant par le punk, la rage qui sous-tend l’ensemble : tout est vraiment magnifique.

Il va sans dire que j’ai découvert les Clash et ce mythique London Calling bien après sa sortie. En 1979 j’avais 12 ans, un peu jeune pour savourer pleinement le son des Clash. C’est surtout entre 1984 et 1989 qui j’ai écouté en boucle leur album. Et aujourd’hui encore je peux l’écouter et l’apprécier autant qu’à la première écoute.

Un recueil qui a vu le jour à l’initiative de Jean-Noël Levavasseur, les auteurs ayant répondu présent sont, par ordre d’apparition : Jean-Hugues Oppel, Thierry Crifo, Pierre Mikaïloff, Max Obione, Olivier Mau, Annelise Roux, Jan Thirion, Marc Villard, José-Louis Bocquet, Mouloud Akkouche, Michel Leydier, Jean-Noël Levavasseur, Thierry Gatinet, Sylvie Rouch, Jean-Bernard Pouy, Frédéric Prilleux, Christian Roux, Caryl Férey, Jean-Luc Manet et Jean-Philippe Blondel.

Chacune des 19 nouvelles porte le nom d’une des chansons de l’album, elles sont présentées dans le même ordre que sur le double CD. Toutes débutent par une illustration en noir et blanc de Serge Clerc (toutes extraites de sa BD, The Clash, le dernier gang dans la ville) ; un bonus visuel certes, mais pas non plus de quoi s’extasier devant les prouesses graphiques du dessinateur.

La couv’ du bouquin promet des histoires rock et noires. Rock elles le sont sur le fond, car toutes sont plus ou moins liées aux Clash et à la chanson-titre de la nouvelle ; sur la forme toutes ne dégagent pas l’esprit rock’n roll, loin s’en faut…

Le noir non plus n’est pas systématiquement au rendez-vous, même quand il est de la partie ça ressemble plus à du gris foncé qu’à du noir anthracite. Pire, certaines nouvelles donnent l’impression de poser le décor pour une suite qui ne vient jamais ; frustrant ? Vous avez dit frustrant ?

Je mentirai en disant que je me suis ennuyé à la lecture de ces nouvelles, la preuve en est que je suis envoyé le recueil en deux jours. J’ai passé un sympathique moment de lecture sans jamais avoir été totalement emballé.

Deux nouvelles tirent plutôt bien leur épingle du jeu « Lover’s Rock » de Jean-Bernard Pouy, pour la qualité de l’écriture, et « Four Horsemen » de Frédéric Prilleux, pour son humour et son quatuor de supporters de Guingamp.

Mention spéciale à Caryl Fèrey et son titre « Revolution Rock« , plutôt que d’opter pour la fiction, il nous raconte ses souvenirs autour de l’album London Calling et l’impact qu’il a eu sur sa façon de voir la vie.

Jean-Luc Manet avec « Train in Vain » opte aussi pour le souvenir. Un souvenir certes plus douloureux, mais tout aussi décisif quant à son avenir.

Je referme toutefois le bouquin avec un sentiment mitigé, l’hommage manque cruellement d’éclat pour faire honneur à un album pourtant éblouissant.

Pour l’anecdote, je terminerai en précisant que si j’adore la musique des Clash (et tout particulièrement l’album London Calling), je ne partage aucunement leur engagement politique (mon cœur bat depuis toujours et définitivement à droite).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Royer – Lésions Intimes

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C. Royer - Lésions Intimes
Titre : Lésions Intimes
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
393 pages

De quoi ça cause ?

Nathalie Lesage est capitaine à la Brigade de Répression du Proxénétisme (BRP) au fameux 36 Quai des Orfèvres. Elle et son équipe vont tout mettre en oeuvre pour démanteler l’organisation criminelle Gorgona qui a monté un important réseau de prostitution et autres déviances et perversions sexuelles…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Joël des éditions Taurnada m’a gentiment proposé de découvrir en avant-première (parution le 12 septembre) leur nouveau bébé ; c’est tout naturellement que j’ai accepté.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Joël pour sa confiance renouvelée.

Une fois de plus les éditions Taurnada frappent fort et juste avec un thriller original, totalement maîtrisé et addictif au possible. La richesse et la qualité de leur catalogue n’en finissent pas de me surprendre.

Une fois de plus un thriller porté par une héroïne doté d’une forte personnalité. Nathalie Lesage a effectivement un caractère bien trempé, parfois même un tantinet impulsif. Outre son enquête visant à démanteler Gorgona, elle va aussi devoir comprendre le pourquoi du comment d’une voix qui lui parle dans sa tête. Oui, vous avez bien lu, notre héroïne entend une voix (qui s’appelle Stephy… pas Jésus, c’était déjà pris) et pourtant elle est loin d’être folle à lier…

Pour ma part j’avais deviné quasiment d’entrée de jeu la raison d’être de cette voix ; restait à savoir ce qui se cachait exactement derrière. On pouvait légitimement s’attendre à quelque chose de bien glauque et on va être servi en la matière.

Il faut dire que Christophe Royer s’attaque à du lourd en se penchant sur le large éventail de perversions sexuelles qu’une organisation criminelle pourrait mettre à profit pour s’enrichir. Et il ne ménage pas ses lecteurs ! Âmes sensibles s’abstenir, âmes prudes prendre vos jambes à votre cou !

J’ai eu de sérieux soupçons sur l’identité du cadre de Gorgona que Nathalie et son équipe traque avant que l’auteur ne lève le voile sur ce mystère. Et du coup le lien entre Gorgona et Stephy s’est précisé au fur et à mesure que mon soupçon se confirmait.

Même si les différentes pièces du puzzle s’agençaient dans ma caboche avant que Nathalie ne fasse l’amalgame des indices en sa possession, j’ai pris énormément de plaisir à suivre cette enquête, et il me restait tout de même certaines zones d’ombre à éclaircir.

Au niveau de l’équipe de flics, j’ai beaucoup aimé le personnage du brigadier-chef Félix Lopin, qui ne manquera pas une occasion de couvrir sa capitaine préférée. Et comme le reste de la brigade, j’ai trouvé que le lieutenant Stocovitch était un subtil mélange entre un trou du cul et une tête à claques.

Pour une première incursion dans le thriller, Christophe Royer sort honorablement son épingle du jeu. J’ai d’ailleurs été agréablement surpris, à la lecture des remerciements, de découvrir que l’auteur nous donne rendez-vous « très bientôt » pour une nouvelle aventure en compagnie de Nathalie. Nul doute que je serai au rendez-vous.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Isabelle Desesquelles – UnPur

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I. Desesquelles - UnPur
Titre : UnPur
Auteur : Isabelle Desesquelles
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Été 1976, alors qu’il est en vacances à Venise avec son frère jumeau, Julien, et leur mère, Clarice, Benjamin, 8 ans, est enlevé.

C’est trente ans plus tard que Benjamin refera surface, sur le banc des accusés, alors que s’ouvre son procès, mais aussi, et surtout celui de son ravisseur.

Il lui faudra huit années de plus avant qu’il accepte de reparler, pour la première fois depuis son enlèvement, à son frère, Julien. Déterminé à tout lui raconter, même ce qu’il n’a pas dit au tribunal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au fil de mes errances sur Net Galley, j’ai d’abord été intrigué par le titre et la couverture du roman, un coup d’oeil à la quatrième de couv’ a achevé de mettre en alerte ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée. L’occasion de découvrir ce roman en avant-première ; j’ai attendu la parution (format papier) du bouquin avant de publier ma chronique, car tel était le souhait exprimé par l’éditeur (sachant que le roman a fait l’objet d’une masse critique sur Babelio et avait donc déjà de nombreux retours en ligne avant qu’il ne soit publié).

Si Isabelle Desesquelles n’en est pas à son coup d’essai, j’avoue sans aucun complexe que je ne connaissais pas l’auteure. Pour une découverte le moins que l’on puisse dire c’est que je commence avec du lourd, du très lourd…

Le jeu de mots ambigu sur le titre ne vous aura certainement pas échappé, faut-il l’interpréter comme Un Pur ou Impur ? C’est la question qui viendra tarauder le lecteur au fur et à mesure qu’il découvrira le témoignage de Benjamin. Nul ne contestera le fait que Benjamin ait été avant tout une victime qui a perdu son enfance et son innocence entre les griffes d’un prédateur sexuel ; c’est la suite des événements qui interrogera et tourmentera le lecteur.

Isabelle Desesquelles aborde un sujet à la fois glauque, délicat et sérieux, dire qu’elle s’aventure en terrain glissant serait une litote tant une mauvaise approche de la question pourrait transformer le bourbier en véritable merdier. Un sacré challenge que de trouver à la fois la forme et le ton les plus adaptés au traitement d’un tel sujet.

Mais avant de vous parler du contenu, j’aimerai aborder le contenant, à savoir la couverture du roman. Rien de franchement transcendant me direz-vous ; et bien détrompez-vous, elle prend tout son sens une fois que vous aurez refermé le bouquin.

Sur la forme l’auteure opte pour le témoignage et donc un récit à la première personne (presque exclusivement consacré à la confession de Benjamin). Je serai tenté de dire que c’est encore la meilleure façon d’aborder de front le parcours de Benjamin.

Je conçois volontiers que de prime abord le ton choisi puisse paraître impersonnel et détaché des événements et que cela puisse déconcerter certains lecteurs. Mais il faut aller au-delà des mots et des phrases pour apprécier le récit dans toute sa ténébreuse singularité.

Isabelle Desesquelles nous raconte l’insoutenable sans sombrer dans les descriptions outrancières ou le sentimentalisme exacerbé, mais sans chercher à se voiler la face ou à nous cacher la vérité dans toute sa noirceur. Elle joue sur les tournures de phrases avec des images courtes, mais percutantes, telles que « On n’est pas ravi d’être enlevé« , ou encore « Et j’apprends qu’en comblant un trou, on enterre un enfant » sans oublier le « sang blanc » qui vient souiller Benjamin chaque fois que le « fusil » se décharge en lui. Des images qui nous renvoient les faits bruts de décoffrage en pleine gueule !

Un roman court, mais dont se dégage une rare intensité, à la fois d’une absolue noirceur, mais pas totalement désespéré. Une lecture éprouvante et parfois même dérangeante, mais dont vous aurez un mal fou à vous détacher, non par voyeurisme malsain, juste pour connaître le fin mot de l’histoire.

J’ai en effet mentionné précédemment une interrogation qui n’aura de cesse de turlupiner le lecteur, ne comptez pas sur moi pour vous apporter des éléments de réponse ; je dirai simplement que le choix de l’auteure est plutôt judicieux sur ce point.

Un roman qui ne devrait laisser personne indifférent, tant sur le fond que sur la forme.

Pour l’anecdote le fichier numérique reçu via Net Galley porte la mention « Épreuves non corrigées » ; si je n’ai relevé aucune coquille rédhibitoire à la lecture du roman, j’ai toutefois retravaillé l’epub afin d’en améliorer la lisibilité (ne serait-ce que par un redécoupage de certains fichiers constituant le roman et l’intégration d’une table des matières). Vous me connaissez, je suis un tantinet maniaque !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Mireille Calmel – La Prisonnière Du Diable

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M. Calmel - La Prisonnière du Diable

Titre : La Prisonnière Du Diable
Auteur : Mireille Calmel
Éditeur : XO
Parution : 2019
Origine : France
416 pages

De quoi ça cause ?

Mai 1494, en Égypte.
Une roue de pierre tourne, gardée par un ordre secret.
Lorsqu’elle s’arrête, le nom de celui qui doit mourir apparaît sur la tranche.
Celui dont le diable s’est emparé et qui sera exécuté par l’Ordre.
La volonté de Dieu…

Juin 1494, à Utelle, sur les hauteurs de Nice.
Hersande règne sur le sanctuaire de Notre-Dame.
Elle reçoit enfin le billet délivré par la roue.
Mais lorsqu’elle lit le message, elle vacille.
Jamais ce nom n’aurait dû apparaître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Par curiosité et pour sortir de ma zone de confort. Un roman historique qui se décline sous forme d’un thriller médiéval mâtiné d’une pointe de fantastique ; pourquoi pas ?

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bien que n’étant pas très porté sur les romans historiques, je connaissais de nom Mireille Calmel et, au vu de sa réputation, je me disais pourquoi ne pas tenter le coup un jour. Il fallait juste que je trouve le titre qui m’inspire ; le déclic s’est fait presque instantanément avec son dernier roman, La Prisonnière Du Diable.

Direction la fin du XVe siècle, l’histoire débute en Égypte et donne d’entrée de jeu le ton (on ne plaisante pas avec le Diable), mais c’est à Utelle, un petit bourg situé sur les hauteurs de Nice que se jouera ensuite l’intrigue.

Si le fond est bel et bien historique, sur la forme le roman se lit véritablement comme un thriller en nous proposant une intrigue dont on n’aura beaucoup de mal à se détacher et plus encore à percer les petits et gros secrets des différents personnages. Mireille Calmel sait y faire pour brouiller les pistes sans toutefois embrouiller le lecteur.

L’auteure apporte énormément de soins à ses personnages, les dotant de personnalités bien affirmées et ne révélant les desseins (plus ou moins avouables) de certain(e)s qu’avec parcimonie. Sans entrer dans les détails, soyez assuré que votre première impression sur certains personnages ne sera pas forcément la plus juste.

Une intrigue portée presque exclusivement par des personnages féminins, qu’il s’agisse de Myriam, une villageoise qui a bien du mal à joindre les deux bouts depuis le décès brutal de son époux, mais qui est prête à tout donner pour ses enfants (deux et un troisième à venir incessamment sous peu). Mais aussi les sœurs du sanctuaire de Notre-Dame, à commencer par la mère supérieure, Hersande qui appartient aussi, ainsi que Camilla une autre nonne dont elle est très proche, à l’Ordre.

Les hommes ne sont toutefois pas cantonnés à des rôles secondaires, Benoit, Jacquot (et ses filles) ou encore le baron seront appelés à jouer un rôle majeur dans le déroulé des événements.

Le fantastique s’installe petit à petit dans le récit, sur fond de sorcellerie et de magie noire. Ça pourrait sembler déroutant dans ce type de roman, mais en l’occurrence cela s’intègre parfaitement à l’intrigue.

Puisqu’il est question du Diable, il sera aussi question de Dieu ; j’avoue que je redoutais un côté trop manichéen ou trop religieux (c’eut été pire pour moi), mais là encore j’ai été agréablement surpris. Même si nous sommes au XVe siècle dans un bourg qui vous un culte à la vierge Marie, l’auteure ne verse pas dans le prosélytisme (vous pouvez faire confiance à l’athée anticlérical que je suis sur ce point).

À la lecture du roman on devine que Mireille Calmel a dû se livrer à un gros travail de documentation et le résultat est on ne peu plus convaincant, on est en totale immersion dans le Moyen Âge (une époque où l’Église était, ne l’oublions pas, toute puissante).

Les chapitres sont courts, le style ne s’encombre pas de tournures alambiquées inutiles et va à l’essentiel, ce qui colle parfaitement au rythme de l’intrigue (qui se déroule pour l’essentiel sur 4 jours). Tout est fait pour que vous ne puissiez plus lâcher le bouquin une fois qu’il vous aura ferré… et c’est fichtrement bien fait !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sara Greem – La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar

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S. Greem - La Mal&diction de l'Anneau des Niflungar
Titre : La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar
Auteur : Sara Greem
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Sigurdr, le fils adoptif du roi du Danmark, rêve de rebâtir la cité de ses ancêtres, Xanten. Mais avant cela son beau-père lui confie une mission, se rendre en Island afin de convaincre la reine de s’allier au royaume du Danmark en épousant Hjörvarr, son fidèle second.

Sigurdr embarque donc pour l’Island en compagnie de Thórrmund, son demi-frère et Reginn, son précepteur, qu’il considère comme un second père. Le vaillant prince guerrier ignore encore que sa rencontre avec Brynhildr, la reine d’Island, va sceller son destin et celui de ses amis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Sara m’a proposé de découvrir en avant-première (sortie le 1er septembre) son nouveau roman ; impossible de refuser une telle marque de confiance.

Après une incursion plus que réussie dans le monde celte avec ses Épopées Avaloniennes, c’est en terre viking que se situe son nouveau roman ; à la (re)découverte d’une légende phare de la mythologie nordique / germanique.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Sara pour sa confiance renouvelée et son amitié.

Je ne saurai dire exactement à quand remonte mon intérêt pour les Vikings, mais ça se compte en dizaines d’années. Enfant et adolescent c’est le côté guerrier qui m’attirait, force est de reconnaître que c’est bien LA civilisation guerrière par excellence. Non seulement c’est assumé dans leurs traditions et leur mythologie, mais c’est même revendiqué.

Si je devais trouver un élément déclencheur je rejetterais la faute sur Marvel et le personnage de Thor (bien avant le MCU et son interprétation par Chris Hemsworth). Au-delà des comics j’ai eu envie d’en apprendre davantage sur le personnage et son univers. Et c’est à l’ancienne (sans accès à Internet) que j’ai satisfait ma curiosité : en allant à la bibliothèque et en feuilletant des bouquins (si, si, j’ai connu ces temps anciens !).

Sans être un inconditionnel de l’opéra (loin s’en faut) c’est pourtant par ce biais que j’ai été amené à m’intéresser à la légende de Siegfried. C’est en effet après avoir écouté et apprécié La Chevauchée Des Walkyries de Richard Wagner que je me suis penché sur son opéra L’Anneau Du Nibelung. Ne parlant pas allemand je n’ai rien compris à l’histoire, mais la musique, elle, m’a parlé ; poussé par la curiosité j’ai donc de nouveau creusé la question (toujours à l’ancienne).

Sara Greem nous invite à (re)découvrir la légende de Siegfried en optant pour la transcription nordique (et non germanique) des noms et lieux dans un souci de cohérence. Ainsi Siegfried devient Sigurdr, le Nibelung (Nibelungen en allemand) devient le Niflungar… ceux qui, comme moi, connaissent la version germanique retrouveront rapidement leurs marques.

Pour donner corps à son roman, l’auteure intègre des éléments et des personnages issus de son imaginaire tout en respectant les grandes lignes de l’épopée de Sigurdr. Même en connaissant les tenants et les aboutissants de la légende, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette revisite romancée. Un récit captivant de bout en bout.

Comme elle l’avait fait avec ses Épopées Avalonniennes, Sara intègre à son récit de nombreuses références à la mythologie viking. Qu’il s’agisse d’étayer l’intrigue ou simplement d’y ajouter un bonus culturel et didactique à l’ensemble, les clins d’œil mythologiques trouvent naturellement leur place dans le récit sans jamais casser le rythme.

Et niveau rythme on va être généreusement servis, l’épopée de Sigurdr n’est pas vraiment une promenade de santé. Entre un dragon à terrasser et une horde de Huns à mettre en déroute, il n’aura pas vraiment le temps de souffler. Mais le roman ne se contente pas d’aligner les scènes de bataille, même dans les périodes d’accalmie, l’intérêt reste en éveil sans jamais faiblir.

Bien entendu j’ai aimé retrouver les personnages de la légende (avec un faible particulier pour Sigurdr et Brynhildr), j’ai trouvé que ceux imaginés par Sara apportaient un réel plus à l’intrigue. A commencer par le demi-frère de Sigurdr, mais aussi et surtout Knut le berseker au grand cœur.

Si d’aventure vous seriez appâté par l’or du Rhin, sachez que vous ne serez pas les premiers et sans doute pas les derniers à tenter votre chance. Si la sagesse populaire affirme qu’il y a une part de vérité dans toute légende, j’ajouterai simplement qu’il ne faut non plus tout prendre au pied de la lettre.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Cédric Cham – Broyé

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C. Cham - Broyé
Titre : Broyé
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2019
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Christo vit reclus, renfermé sur lui-même, en lutte permanente contre la colère qui bouillonne en lui depuis qu’il a quitté une enfance faite de coups et maltraitances en tout genre. Son seul ami est son chien, Ringo, un amstaff qui porte lui aussi les traces d’un passé douloureux.

Mathias, un jeune garçon, a fugué dans la nuit pour fuir les coups de ses parents. Kidnappé, il reprend connaissance, enfermé nu dans une cage trop petite pour lui. Son geôlier l’informe qu’il va le dresser afin de faire de lui un homme… un soldat.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham et que les deux précédents romans j’ai lus de cet auteur ont été à la fois de belles découvertes que des claques dans la gueule. Que ce soit par l’intensité de ses intrigues, ou la profondeur de ses personnages, l’auteur sait y faire pour nous plonger en totale immersion dans ses romans. Et on n’en ressort pas indemne.

Ma Chronique

Fidèle à son habitude Cédric Cham nous en met plein la tronche avec son dernier roman. On ne pourra pas lui reprocher de nous avoir pris par surprise, le titre et la couv’ annonçaient en effet la couleur. N’empêche qu’on referme le bouquin en étant au bord du KO.

Le gars n’a aucune pitié, dès le premier round il monte à l’assaut ; à peine le temps de comprendre ce qui nous arrive et nous voilà plongés dans un océan de noirceur. Du noir bien épais et visqueux, qui vous colle à la peau, au cœur et aux tripes, vous vrille les nerfs et vous fout des bleus à l’âme.

En moins de 300 pages Cédric Cham nous livre une intrigue parfaitement aboutie, maîtrisée jusque dans le moindre détail. Pour que la sauce prenne, l’auteur se transforme en sniper littéraire, s’il économise les mots et les tournures de phrases, il fait implacablement mouche à tous les coups. Il nous touche directement là où ça fait mal, là où ça nous parle. Une plume d’une redoutable efficacité qui brille par un minimalisme savamment dosé.

Ajoutez à cela des chapitres courts qui alternent entre une numérotation classique (chapitre 1, 2, 3…) quand il s’agit de suivre Christo et une numérotation chronologique (jour 0, 1, 2…) quand c’est Mathias qui occupe le devant de la scène. Tout est fait pour aller à l’essentiel avec un maximum d’efficacité. Résultat des courses j’ai dévoré le bouquin quasiment d’une traite.

Une fois de plus l’auteur apporte énormément de soins à ses personnages, en fonction des besoins de l’intrigue il sublimera l’humanité de certains, comme un contrepoids à la noirceur absolue d’autres.

Ainsi Christo essaye tant bien que mal de composer avec les blessures de son enfance ; s’il se tient à l’écart des autres, ce n’est pas par indifférence, mais au contraire parce qu’il est tellement à fleur de peau que sa violence contenue peut rejaillir face à la moindre injustice.

De son côté Mathias a été complètement formaté et déshumanisé par des années de dressage intensif. N’ayant appris à vivre et à s’exprimer que par la violence, il est socialement inadapté.

J’ai assez vite subodoré le lien entre Christo et Mathias, toutefois il m’aura fallu attendre le chapitre 13 pour la présomption devienne une certitude (la suite me donnera raison).

Salomé de son côté est l’atout charme du roman (mais loin d’être cantonnée à un rôle de godiche ou de faire-valoir), elle aussi a connu un parcours plutôt chaotique et n’est pas encore au bout de ses peines. Elle aimerait réussir à percer la carapace dont s’entoure Christo… sans savoir ce à quoi elle s’exposerait alors.

Si chez eux on discerne encore un soupçon d’espoir et plus ou moins d’humanité, comme une loupiote vacillante dans l’obscurité ambiante, chez d’autres c’est le noir absolu qui règne. La quintessence du mal étant en sans aucun doute Vadine, le geôlier/dresseur de Mathias.

Puis il y a Ringo, le fidèle compagnon de Christo. Certes c’est un chien, mais il n’en reste pas moins un personnage à part entière du roman. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette grande complicité entre l’homme et l’animal ; deux âmes (et j’emmerde bien profond ceux qui prétendent que les animaux n’ont pas d’âme) brisées qui se sont trouvées au bon moment.

Une fois de plus Cédric Cham a su viser juste me concernant, impossible de ne pas attribuer un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman. Une fois de plus j’en ai pris plein la gueule… et j’en redemande !

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Laurent Binet – Civilizations

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L. Binet - Civilizations

Titre : Civilizations
Auteur : Laurent Binet
Éditeur : Grasset
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Et si les Vikings avaient apporté le fer, des chevaux et leurs précieux anticorps aux Indiens.
Et si Christophe Colomb n’était jamais arrivé en Amérique.
Et si les Incas avaient décidé de partir à la conquête de l’Europe…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je n’ai jamais rien de Laurent Binet, même si son roman HHhH, qui semble faire l’unanimité autour de lui, figure dans mon Stock à lire Numérique depuis déjà un certain temps (voire un temps certain). La perspective de cette revisite de l’Histoire a titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Grasset et Net Galley qui m’ont permis de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 14 août).

Avec Civilizations Laurent Binet se propose donc de réécrire l’Histoire, à partir de trois hypothèses pas totalement aberrantes, il imagine ce qui aurait pu en découler.

Et si les Vikings avaient apporté le fer, des chevaux et leurs précieux anticorps aux Indiens, c’est la première partie du roman, La saga de Freydis Eriksdottir, une mise en bouche pas vraiment appétissante desservie par une écriture fade et impersonnelle qui se borne à énoncer les faits. Heureusement cette entrée en la matière est plutôt courte.

Et si Christophe Colomb n’était jamais arrivé en Amérique, la seconde partie est en fait constituée de fragments du Journal de Christophe Colomb. Dans la continuité de la première hypothèse, les choses commencent à se mettre en place et l’intérêt du lecteur est soudain en éveil.

Et si les Incas avaient décidé de partir à la conquête de l’Europe, troisième partie du roman, Les chroniques d’Atahualpa, de loin la plus intéressante, pour ne pas dire captivante est aussi, heureusement, la plus longue puisqu’elle occupe plus de la moitié du roman.

C’est donc en 1531 qu’une armée inca, menée par le chef de guerre Atahualpa, débarque à Lisbonne alors que la ville vient d’être frappée par un violent séisme. Le seigneur inca et son état-major ne tardent pas à comprendre que l’Europe est en pleine débandade. D’un côté la foi chrétienne veut s’imposer comme religion unique à grands coups de représailles musclées menées par l’Inquisition. De l’autre une partie de la population doit subir les affres de la misère et de la faim alors que les nobles se vautrent dans le luxe et le stupre. Un terrain de prédilection pour servir les ambitions d’Atahualpa.

Suivra une longue période de conquêtes émaillées de réformes qui nous feront regretter que tout ceci ne soit que fiction tant le portrait de cette Europe semble idéalement utopiste. Une utopie qui ne se fera pas sans avoir à guerroyer et à déjouer maints complots… et c’est justement ce qui fait tout l’intérêt du récit.

À tel point d’ailleurs que l’on peut alors légitimement se demander si cette quatrième et dernière partie, Les aventures de Cervantés, s’imposait. Si le récit n’est pas désagréable à lire, force est de reconnaître qu’il n’apporte strictement aucune plus-value au reste de l’intrigue.

Un roman atypique qui vous permettra de croiser de nombreux personnages historiques de milieux divers et variés (politique, religieux, arts…) tout en revisitant sans ménagement, mais avec habileté l’Histoire. Quelques longueurs viennent toutefois gâcher le plaisir.

MON VERDICT

Aparté en forme de digression…

Le titre du roman avec un z à la place du s de civilisation m’a fait penser au jeu vidéo Civilization. Un jeu de stratégie développé par Sid Meier et distribué par Microprose sorti en 1991.

Je sais : je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître…

Le joueur devait alors mener son peuple (civilisation) de l’âge de pierre à la conquête spatiale en gérant de multiples facteurs (exploitation des ressources, diplomatie, guerre…).

Le jeu connaîtra de nombreuses suites qui feront évoluer le concept initial.

[BOUQUINS] Grégoire Lacroix – Il Suffit D’Une Balle

AU MENU DU JOUR

G. Lacroix - Il suffit d'une balle

Titre : Il Suffit D’Une Balle
Auteur : Grégoire Lacroix
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2019
Origine : France
144 pages

De quoi ça cause ?

Grégoire, le narrateur, se découvre un Q.I. exceptionnel après un test fait sur internet. Dès lors il va s’octroyer le droit de donner son avis, forcément éclairé, sur tout et n’importe quoi. Avis qu’il partage avec le lecteur, mais aussi avec son voisin, Édouard Flandrin de Padirac…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir, une maison d’édition à laquelle je suis d’une fidélité sans faille.

Pour retrouver l’incroyable talent de jongleur de mots de Grégoire Lacroix. Jeux de mots, calembours, contrepèteries, contresens… il excelle dans tous les domaines dès qu’il s’agit de jouer avec les mots.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Flamant Noir, tout particulièrement Nathalie, et Net Galley qui me permettent de découvrir ce roman en avant première (parution le 29 juillet).

Le hasard des parutions (et de mes envies) a fait que mes dernières lectures ont été des romans courts, heureusement que la qualité ne se compte pas au nombre de pages ! C’est le troisième roman de moins de 200 pages que j’enchaîne, trois univers radicalement différents et trois belles surprises.

De Grégoire Lacroix j’avais déjà lu Jazz Band – Eros Héros Sept, qui m’avait déjà régalé avec ses bons mots tout en me laissant sur ma faim par le manque de profondeur de son intrigue. Ce nouveau roman est surtout prétexte pour l’auteur de faire ce qu’il fait de mieux, jouer avec les mots, les détourner, les associer ou les dissocier au gré de ses envies. Un pur régal à lire pour tout amoureux de la langue française.

L’intrigue tient davantage lieu de fil rouge que de réelle enquête policière (même s’il y a bien un mort, tué par la fameuse balle du titre) ; permettant au narrateur de partager son point de vue sur divers sujets selon l’inspiration du moment. Je vous rassure de suite, si le terme polar philosophique vous rebute, on est bien plus proche de la philosophie de comptoir que de Socrate et consorts.

Grégoire (le narrateur, pas l’auteur) se découvre du jour au lendemain un Q.I. exceptionnel qui le propulse dans le cercle restreint des surdoués. Une révélation qu’il obtient à l’issue d’un test fait sur internet ; et tout le monde sait pertinemment que si c’est sur internet alors ce ne peut qu’être la vérité vraie ! Et l’ami Grégoire ne cultive pas vraiment la modestie quand il s’agit de partager son incommensurable savoir, ainsi il conclut systématiquement ses grandes démonstrations par l’incontournable : Nous les Surdoués… Prétentieux, vous avez dit prétentieux ?

Un court roman qui se déguste d’une traite, ce qui ne nous empêche pas d’en savourer la substantifique moelle. Un roman qui vous booste le moral par sa bonne humeur et vous offre une séance intense de gymnastique zygomatique.

Morceaux choisis

Par paresse mentale, le consensus populaire a divisé le temps en trois tranches faciles à retenir : le passé, le présent et l’avenir. Campé sur son présent l’Homme passe alors sa vie à regretter le passé et à craindre l’avenir.

Dans notre langue, le sire est toujours triste et le drille joyeux alors que le luron, toujours gai, n’est pas forcément homosexuel. Quand même, quelle belle langue que la nôtre !

Indiscutablement, il sait, comme certains politiciens et avec un réel talent faire passer son incompétence pour une approche originale d’un problème auquel il n’a rien compris.

Le meilleur moyen de parvenir quelque part c’est encore d’y aller…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Éric Genetet – Un Bonheur Sans Pitié

AU MENU DU JOUR

E. Genetet - Un bonheur sans pitié
Titre : Un Bonheur Sans Pitié
Auteur : Éric Genetet
Éditeur : Héloïse d’Ormesson
Parution : 2019
Origine : France
160 pages

De quoi ça cause ?

Marina pense avoir enfin trouvé le bonheur avec Torsten. Mais après six mois d’une passion idyllique, le voile des apparences tombe, Torsten révèle peu à peu sa véritable nature perverse et manipulatrice.

Emportée par ses sentiments, Marina pardonne inlassablement et s’habitue à l’inacceptable, jusqu’à se perdre et sombrer.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est avant tout la critique enthousiaste d’Aude (Aude bouquine) qui m’a poussé vers ce roman.

Il est vrai que le pervers narcissique est un cas d’école qui m’intéresse ; j’ai d’ailleurs plusieurs romans (et un essai) sur la question dans mon Stock à Lire Numérique, mais je ne savais pas trop par lequel commencer. Et pourquoi pas par un titre que je possède pas encore (cherchez pas… parfois ma logique obéit à des règles qui défient l’entendement) ?

Ma Chronique

Compte tenu de sa personnalité hautement dérangée (et plus encore dérangeante), il n’est pas étonnant que le pervers narcissique soit source d’inspiration pour de nombreux auteurs. Pour ma part c’est avec le roman Entraves d’Alexandra Coin que j’ai fait la connaissance littéraire de ces individus aussi nocifs que nuisibles (je connaissais le spécimen, mais n’avais jamais rien lu sur la question).

Au début du récit Marina quitte le mec avec qui elle vit une relation dans laquelle elle ne s’épanouit pas. Suivront quelques semaines de questionnements et de doutes avant qu’elle ne croise le chemin (d’abord sur fesse de bouc puis dans la vraie vie) de Torsten. Durant six mois on partagera leur passion idyllique, pleine de cœurs roses, de guimauve fondante, de nuages floconneux et tutti quanti… Une mise en scène soigneusement préparée par Torsten afin que Marina soit totalement raide dingue de lui.

Puis Torsten tombe le masque et révèle sa véritable nature. On s’enfonce alors crescendo dans le monde vicié du pervers narcissique, il déploie alors tout un arsenal pour détruire et rabaisser l’autre jusqu’à lui faire perdre tous ses moyens et surtout toute confiance en soi et toute estime de soi. Éric Genetet décrit parfaitement cette inexorable descente aux enfers jalonnée de multiples formes de violences psychologiques (humiliations, insultes, dénigrement systématique, jalousie maladive, isolement…).

L’auteur construit son roman en alternant entre les passages où il donne la parole à ses personnages (Marina, Torsten et d’autres) écrits à la première personne, et ceux où il porte un regard extérieur sur la vie du couple, écrit à la troisième personne, exposant les faits sans véritablement prendre parti.

Éric Genetet maîtrise totalement le profil psychologique de ses personnages, il nous implique pleinement, en spectateur impuissant, dans la vie (et la longue agonie) du couple. Même si l’ambiance du récit est résolument glauque et sombre, l’écriture de l’auteur reste malgré tout lumineuse et poétique.

Un roman court, mais nerveusement éprouvant. Évidemment face à Torsten le lecteur aura souvent des envies de meurtre, surtout quand il se fait passer pour une victime incomprise, ou qu’il se réfugie derrière son enfance difficile. Mais l’apathie de Marina sera toute aussi exaspérante, vous aurez plus d’une fois envie de la secouer, de lui gueuler de se sortir les doigts du cul et de quitter ce connard.

Une lecture coup-de-poing qui pointe du doigt une intolérable réalité pour les nombreuses femmes victimes de pervers narcissiques. Pour le coup on aimerait croire que tout ceci n’est que fiction, mais ce serait se voiler la face ou pratiquer la politique de l’autruche.

J’en ai connu des Marina qui ont vécu pendant des années sous la coupe d’un homme manipulateur et/ou violent. D’abord dans le déni (Mais non il est pas comme ça… c’est un A-MOUR. Mais il a beaucoup de boulot en ce moment, il est un peu à cran, c’est compréhensible non ?), puis à s’inventer tout un tas de mauvaises raisons pour ne pas quitter leur mec (la plus pathétique étant de loin le larmoyant « Mais je l’êêêmeuuuh » qui ferait passer Lara Fabian pour une aphone), jusqu’à endosser la responsabilité de leurs tourments (Oui bon, j’ai pris une claque, mais je l’avais bien cherché aussi). On commence par prêter l’oreille, puis on tend la main avant de renoncer face à l’obstination de la nana à accepter l’inacceptable (je ne saurai dire combien de fois j’ai entendu prononcer, avec un sourire de façade qui ne trompe qu’elle, une phrase du genre : « Je me suis pris une porte en allant me coucher, quelle gourde ! » pour justifier un bleu).

Les Marina que j’ai connues ont fini par rompre avec leur bourreau (du cœur, de l’âme et du corps), parfois après des années de soumission aveugle… souvent après le coup de trop, celui qui l’a conduit à l’hôpital (au mieux pour une cure de repos, au pire pour réparer les dégâts). Toutes n’ont malheureusement pas cette chance.

Morceaux choisis :

Pendant six mois, Torsten a injecté dans le corps de Marina des shoots de bonheur puissants avant de tarir sciemment la source. Le cerveau de mon amie n’est pas équipé pour pallier ce manque-là, il rame, cherche le programme qui l’a enchanté, mais ce programme est dans la petite poubelle en bas à droite de l’écran.

Elle est tétanisée par la crainte de mal faire, mais elle l’aime, c’est indiscutable, alors elle lui donne du plaisir. Et puis, une gifle, une fenêtre ouverte en hiver, c’est aussi ça la vie à deux, non ? Le reproche d’un sourire, d’un geste, d’un mot de trop ou en moins, des mots qui lacèrent, la crainte qu’il la trompe avec une autre plus belle, plus à l’écoute, à la hauteur de ses attentes, c’est aussi ça la vie de couple, non ? Et ses pleurs silencieux alors qu’il poursuit ses courses effervescentes aux orgasmes, allongé de tout son poids sur elle, brutal. Ce n’est rien à côté du bonheur de partager sa vie. Elle serre les dents. Elle va bien, il l’aime.

Je n’aurais jamais imaginé devenir cette fille-là. Personne ne peut comprendre pourquoi je ne quitte pas Torsten parce que je l’ignore moi-même.

MON VERDICT
Coup de poing