[BOUQUINS] Paul Clément – Les Décarnés – Tome 2 – Sans Futur

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Titre : Les Décharnés – Tome 2 – Sans Futur
Auteur : Paul Clément
Éditeur : Auto-édition
Parution : 2022
Origine : France
418 pages

De quoi ça cause ?

Déjà dix ans que l’apocalypse zombie a imposé de nouvelles règles de survie aux rescapés. Parmi elles, ne faire confiance à personne en dehors de sa communauté, est une des clés essentielles de la survie.

C’est pour aider sa « Famille », réfugiée dans le Fort de Tournoux que Emma va quitter sa communauté pour tenter de retrouver Colombus, son ami parti quelques jours plus tôt, et trouver un médecin pour soigner un blessé et aider une jeune femme à accoucher.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Paul Clément, un jeune auteur auto-édité que je suis depuis ses débuts. Et justement ce tome 2 est la suite de son premier roman, Les Décharnés – Une Lueur Au Crépuscule.

Ma Chronique

Pouvoir lire ce roman sur mon PC et ma liseuse Kobo a été un parcours du combattant. En effet Paul Clément ne propose pas de version epub de son bouquin, il faut soit passer par une version papier, soit opter pour une version Amazon Kindle. C’est cette seconde option que j’ai choisie mais comme première étape de mon périple et non comme une fin en soi. La seconde étape aura été de convertir, via Calibre, le fichier azw (le format propriétaire d’Amazon) en epub. Enfin, histoire de finaliser le travail, de retoucher le code via Sigil afin de le rendre plus cohérent (ça c’est ma maniaquerie qui reprend le dessus).

J’ai enfin pu reprendre le chemin de la Provence version zombie afin de découvrir la suite des aventures de la jeune Emma

J’ai lu Les Décharnés – Une Lueur Au Crépuscule en juillet 2016, beaucoup d’eau et de lectures ont coulé depuis ces temps lointains. Et force est de reconnaître que j’avais oublié de nombreux détails du périple d’Emma. Un rapide résumé en ouverture du roman aurait été un plus appréciable.

Emma est désormais une adolescente rompue à la survie. Une adolescente qui s’inquiète du sort de son ami Colombus, parti quelques jours plus tôt et dont ils sont sans nouvelle depuis. C’est justement l’espoir d’avoir des nouvelles qui va pousser les réfugiés du Fort de Tournoux à faire une erreur qui coûtera la vie à l’un des leurs et laissera un autre grièvement blessé.

Se sentant responsable Emma va fausser compagnie à sa « Famille » du Fort pour essayer de retrouver Colombus et, à défaut, poursuivre sa mission : trouver un médecin. Outre le blessé, l’une des leurs est sur le point d’accoucher, sans médecin la survie des deux réfugiés est fortement compromise.

Emma ne sera pas seule pour parcourir les routes de Provence et suivre le parcours de Colombus. Futur, un jeune garçon d’une dizaine d’années, se joindra à elle. Ils seront plus tard rejoints par un troisième larron.

On retrouve dans ce roman les grands axes de la plupart des intrigues à la sauce zombie, à commencer par les morts-vivants pas très futés mais à l’appétit insatiable, des survivants plus ou moins bien intentionnés vis-à-vis de leurs semblables… certains pouvant même se révéler être les pires ordures (des retrouvailles pour le moins inattendues guettent le lecteur et Emma… pour son plus grand malheur).

Au fil des chapitres nous aurons le droit à quelques retours en arrière permettant de découvrir ce qu’il est advenu de Colombus et en apprendre davantage sur le mystérieux intrus qui a fait irruption au Fort au début du roman.

Paul Clément ne ménage pas ses personnages, tout particulièrement Emma qui va devoir affronter bien des tourments et frôlera la mort plus d’une fois. Il n’en reste pas moins que ce roman met en avant l’aventure humaine de notre jeune trio de réfugiés.

L’intrigue est rondement menée, aucune fausse note à l’horizon même si j’ai trouvé le final à Porquerolles un tantinet too much… à noter qu’il reste toutefois dans l’esprit de ce que laissait présager la fin du premier tome.

Si on reste dans l’esprit du premier opus, force est de constater qu’avec le temps – et les romans – le style de Paul Clément a gagné en assurance et s’est enrichi. Il n’a pas à rougir face à ses pairs et peut même inscrire son nom en lettres dorées parmi les auteurs francophones de littérature horrifique.

Et maintenant ? Est-ce qu’un tome 3 va venir compléter le récit ? Seul l’auteur serait en mesure de répondre à cette question. Il y a encore beaucoup à raconter, surtout avec la menace que laisse planer cette horde dont les rangs ne cessent de grossir et bien plus organisée que les autres groupes de morts-vivants. Si un tome 3 devait voir le jour je me jetterai dessus avec plaisir pour le dévorer sans retenue (plus encore s’il devait être disponible directement au format epub).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Amélie Antoine – Aux Quatre Vents

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Titre : Aux Quatre Vents
Auteur : Amélie Antoine
Éditeur : XO
Parution : 2022
Origine : France
439 pages

De quoi ça cause ?

1985. Sabran-sur-la-Lys est un petit village du Nord de la France où tout le monde se connaît. Un village paisible jusqu’à ce qu’un mystérieux inconnu achète le château qui surplombe le village et fait sa fierté… sans toutefois le rouvrir au public.

Par la suite l’homme achète maison sur maison dans le village avant de faire démonter portes et fenêtres et de les laisser, ainsi défigurées, à l’abandon. Qu’est-ce qui pousse cet inconnu à s’acharner ainsi sur ce village ?

C’est ce que va tenter de découvrir Léa, une jeune femme revenue vivre dans le village qui l’a vu grandir depuis quelques années. Pour cela elle va devoir déterrer des secrets du passé que personne de voudrait voir remonter à la surface. Des secrets qui remontent aux heures sombres de la seconde guerre mondiale…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Bien que généralement peu friands de romans ayant pour toile de fond la seconde guerre mondiale, celui-ci a tout de suite titillé ma curiosité. Sans doute parce que l’idée que les évènements du passé puissent venir expliquer ceux du présent me « parlait »…

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

La genèse de ce roman est plutôt originale : c’est en effet Jack Koch – dessinateur & illustrateur – qui a soufflé à Amélie Antoine les grandes lignes d’une histoire qu’il a imaginé (un homme achète les maisons d’un village avant de faire retirer portes et fenêtres et de les abandonner à leur triste sort). L’auteure a été séduite par cette histoire, à charge pour elle de se l’approprier et de l’étoffer pour la transformer en roman.

Pour l’anecdote les deux artistes se connaissent bien puisqu’ils ont déjà collaboré à un album jeunesse en 2019, Ernest et Moi, publié chez Michel Lafon.

Ce n’est que le second roman d’Amélie Antoine que je lis, même si le précédent, Raisons Obscures, m’avait fait forte impression. La faute au temps… ou plus exactement au manque de temps.

Pour construire son intrigue Amélie Antoine va nous faire voyager des années 80 aux années de la France occupée. Un voyage dans le temps nécessaire pour comprendre le parcours de Léa, de Ludmilla et de Clément. Mais aussi pour découvrir les sombres secrets enfouis dans les mémoires de Sabran-sur-la-Lys.

Je reconnais volontiers que les années d’Occupation allemande ont dû être traumatisantes pour beaucoup français (et pas seulement les Juifs, obligés de vivre cachés pour espérer échapper aux idées nauséabondes de la doctrine nazie). Mais je ne ferai pas non plus la politique de l’autruche en passant sous silence les dérives de la Libération (délations pas toujours justifiées, exactions en tout genre, basses vengeances…).

N’ayant pas vécu ces sombres années je ne vais pas pérorer à grand renfort de « moi je » qui aurait fait ci ou pas fait ça… Ceux qui tiennent ce genre de discours me donnent envie de leur rabattre le caquet à coup de lattes dans les gencives. Ne disposant d’un permis de latter illimité, je me contente en général de faire référence à la chanson de Jean-Jacques Goldman, Né en 17 à Leidenstadt. Si ça ne suffit pas je fais appel à Audiard : « J’parle pas aux cons, ça les instruit. » Un tantinet prétentieux certes, mais efficace.

Difficile toutefois de rester de marbre face au parcours de Charlotte, à l’autoritarisme borné de son père et au silence soumis de sa mère… c’est quasiment tout un village qui va se liguer contre elle parce qu’elle est tombée amoureuse de la « mauvaise » personne. Malgré les rumeurs et l’hostilité grandissante, elle restera fidèle à ses idéaux et à ses sentiments.

À travers ses nombreux personnages, Amélie Antoine, explore les multiples facettes de l’âme humaine, dans ce qu’elle a de plus répugnant, mais aussi dans ce qu’elle a de plus beau. Un roman qui vous prendra aux tripes plus d’une fois et jonglera avec vos émotions à la manière d’un clown épileptique et parkinsonien.

Le talent de conteur d’Amélie Antoine et la justesse de son propos font que cette alchimie entre Histoire et fiction fonctionne à la perfection. Difficile de trancher entre les voies choisies par Léa et Clément, leurs parcours sont à la fois proches et pourtant radicalement différents, et leur choix est totalement compréhensif quand on se place dans la peau du personnage qui défend son point de vue.

Comme tente de l’expliquer Léa à Clément, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc dans l’absolu :

La vérité est bien plus complexe que vous voulez bien le croire : ceux que vous haïssez du plus profond de votre cœur parce qu’ils sont responsables de la mort de votre mère sont aussi ceux qui ont sauvé la vie d’une gamine juive. Ce sont les mêmes personnes, les mêmes…

Je nuancerai le propos en disant que les villageois ont sauvé la vie de Léa simplement en se taisant alors qu’ils ont participé – activement ou passivement – à la perte de Charlotte.

Je terminerai cette chronique par quelques mots de remerciements qui pourraient surprendre, mais ceux qui ont lu ce roman comprendront : Merci le chien !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Rémy D’Aversa – Géronimo

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Titre : Géronimo
Auteur : Rémy D’Aversa
Éditeur : Alter Real
Parution : 2022
Origine : France
237 pages

De quoi ça cause ?

Le capitaine Roccasecca de la PJ lyonnaise est appelé sur une scène de crime. Une jeune femme a été tuée, le crâne fracassé. Aucun indice sur la scène de crime, les deux seuls témoins sont le fils de la victime âgé de 2 ans et le chat Geronimo.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est via Facebook que j’ai entendu parler de ce roman et bien entendu c’est la couv’ qui a en premier lieu attiré mon regard. Non seulement le chat est splendide mais en plus il ne risque pas de passer inaperçu avec ce rose prédominant.

Ma Chronique

Avec Géronimo, Rémy D’Aversa signe son premier roman mais il aimerait que son capitaine Roccasecca soit à la ville de Lyon ce que Montalbano est à la Sicile ou Brunetti à Venise… ma fois, c’est tout le mal que je lui souhaite.

Il faut bien reconnaitre que même s’il ne révolutionne pas les règles du genre, l’auteur tire son épingle du jeu en nous livrant un polar bien ficelé et agréable à lire. Une enquête certes relativement classique mais avec son lot de fausses pistes et de rebondissements.

J’aurai juste un petit bémol sur l’aspect inachevé du « cas Verdon ». Je n’entrerai pas dans le détail afin d’éviter tout risque de spoiler mais c’est vrai que je suis un peu resté sur ma faim sur ce coup.

Si l’équipe de la PJ en charge de l’enquête est effectivement basée à Lyon, le crime a eu lieu sur la commune de Larajasse, un milieu nettement plus rural que la mégapole lyonnaise ; l’occasion pour nos policiers citadins de se mettre au vert lorsqu’il s’agira d’enquêter sur le terrain.

Mentionner l’équipe en question est la transition idéale pour aborder les personnages. À commencer par Santonino Roccasecca, flic d’origine italienne (au cas où vous auriez des doutes) qui aime la bonne chère (certains des petits plats qu’il mijote m’ont fait saliver d’envie)… et consomme sans modération – trop ? – la gent féminine. Le gars ne refuse jamais une partie de jambes en l’air… quelle que soit sa partenaire.

Sa collègue, Amira, est de loin le personnage ayant l’histoire personnelle la plus intéressante ; là encore je vous laisse découvrir de quoi il retourne. Les autres membres de l’équipe ne sont abordés que de façon succincte.

Un premier roman plutôt réussi, on referme le bouquin avec l’envie de retrouver Roccasecca et son équipe pour d’autres enquêtes. Ce sera aussi l’occasion de développer les autres membres du groupe.

Je terminerai par un questionnement concernant le titre du roman. Que vient faire ce e accentué dans le nom Géronimo ? Geronimo étant un nom anglais (celui que les blancs ont donné au chef apache, son nom de naissance est Go Khla Yeh, parfois surnommé Guu Ji Ya), ce e accentué n’est clairement pas approprié. C’est d’autant plus curieux que dans le roman le nom du chat est bien orthographié Geronimo…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Laurent Gaudé – Chien 51

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Titre : Chien 51
Auteur : Laurent Gaudé
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2022
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

Zem Sparak a fui la Grèce peu avant son effondrement et son rachat par la puissante multinationale GoldTex. Trente ans plus tard, il officie comme chien – flic de terrain – dans la zone 3, le secteur le plus glauque de Magnapole.

Appelé sur une scène de crime, il découvre qu’il va devoir enquêter avec, et sous les ordres de, Salia Malberg, une jeune inspectrice en poste dans la zone 2 (une zone intermédiaire / chic). Une collaboration forcée qui n’enchante aucun des deux partenaires, mais tous les deux sont mû par la même envie de découvrir la vérité sur ce crime.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

En toute franchise j’ai d’abord flashé sur la couv’ qui est tout simplement magnifique. Une création de l’artiste chinois Xiaohui Hu (vous pouvez consulter sa page sur le site artstation pour découvrir son travail).

Ensuite l’idée de découvrir une dystopie made in France, écrite par un auteur qui fait sa première incursion dans la science-fiction, a sérieusement titillé ma curiosité. Le pitch a fait le reste.

Ma Chronique

Avant de découvrir ce roman je ne connaissais pas du tout Laurent Gaudé, bien que l’auteur n’en soit pas vraiment à son coup d’essai : avec Chien 51, il signe son douzième roman et est aussi l’auteur de dix-sept pièces de théâtre. Ce roman est toutefois sa première incursion dans le vaste monde des littératures de l’imaginaire (ou encore SFFF pour science-fiction, fantastique et fantasy).

Chien 51 s’inscrit clairement dans le registre de la science-fiction et plus précisément dans la dystopie en proposant une vision plutôt pessimiste de notre avenir. Pessimiste certes, mais pas pour autant totalement inconcevable… Après tout l’auteur ne fait que pousser à l’extrême des maux déjà présents aujourd’hui (tensions sociales, crise économique, conflits divers et variés mais aussi dérèglement climatique entre autres).

Dans le monde imaginé par Laurent Gaudé ce sont de puissantes multinationales qui contrôlent les États et détiennent les rênes du pouvoir. L’intrigue nous roman nous plonge au cœur de Magnapole, une mégapole contrôlée par la société GoldTex. Une ville divisée en trois zones : la 1 est réservée à l’élite, la 2 peut être considérée comme intermédiaire / chic et la 3 est la plus pauvre. Des inégalités existent certes entre les zones 1 et 2 mais elles sont encore plus flagrantes entre la zone 3 et les autres.

Un équilibre fragile qui s’est construit à force de violentes répressions face à la protestation des citoyens de la zone 3. Un équilibre qui pourrait bien être remis en cause à l’approche des élections. Élections qui verront s’affronter deux candidats et deux visions d’avenir que tout oppose.

Le roman s’ouvre sur l’effondrement de la Grèce à la suite d’une OPA de GoldTex, Zem Sparak a eu la chance d’embarquer à bord d’un navire peu avant qu’une série de violentes explosions ne sèment un peu plus de chaos et la mort. On retrouve Sparak trente ans plus tard, alors qu’il est appelé sur une scène de crime.

Et oui, parce que Chien 51 est aussi un roman policier avec une enquête qui deviendra la clé de l’intrigue.

Les choses vont se compliquer pour Zem Sparak quand il va découvrir que pour cette enquête il est « verrouillé » à un enquêteur de la zone 2. Non seulement il va devoir collaborer avec un binôme mais aussi être placé sous ses ordres.

Le binôme en question est Salia Malberg, jeune et ambitieuse inspectrice de la zone 2. Dans le genre duo dépareillé, ils font la paire ! Et cette collaboration forcée n’enchante aucune des deux parties.

Vous allez faire ce que je vous dis de faire. Et dès maintenant. Que cela vous plaise ou non. Vous allez marcher à mes côtés, comme un bon chien, et renifler où je vous dirai de renifler. Si vous ne voulez pas que je fasse sauter votre accréditation, vous allez apprendre à faire ce que je vous demande et même à me lécher la main.

Le ton est donné dès leur seconde rencontre. Il faut dire que demander à Zem Sparak de filer droit c’est un peu comme demander à un végan de manger un steak tartare sans son accompagnement… et avec le sourire !

Le roman est ponctué de flashbacks permettant de découvrir le parcours de Zem Sparak et comment le jeune homme engagé et militant est devenu un flic bourru et désabusé de la zone 3. Un rappel du passé pas complètement innocent comme nous le découvrirons par la suite.

Rien n’est laissé au hasard dans ce roman : le contexte est mûrement réfléchi, l’intrigue totalement maîtrisée, les personnages bien travaillés… Un roman aussi audacieux qu’intelligent, Laurent Gaudé se sert de la science-fiction pour emmener le lecteur à s’interroger sur le présent… parce qu’il n’est – peut-être –  pas encore trop tard pour inverser la tendance.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Bocquet & Anlor – Ladies With Guns – Tome 2

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Titre : Ladies With Guns – Tome 2
Scénario : Olivier Bocquet
Dessin : Anlor
Éditeur : Dargaud
Parution : 2022
Origine : France
64 pages

De quoi ça cause ?

Après avoir échappé à leurs assaillants, les cinq Ladies sont en cavale… Et en galère ! Blessées, désarmées, fauchées… et leur tête est désormais mise à prix. Seules contre des hordes de chasseurs de primes appâtés par la promesse d’argent facile, elles vont devoir redoubler d’imagination pour se tirer de ce merdier.

Et le temps presse, Daisy est blessée. Il faut la soigner rapidement… avec les moyens du bord.

Ma Chronique

— T’es là pour les cinq folles, c’est ça ?
— Ouais.
— Cinq gonzesses, mille dollars par tête.
— Ça ne se refuse pas.
— Argent facile !

C’est sur cet échange entre deux chasseurs de primes que s’ouvre le second tome la trilogie Ladies With Guns ; les deux mâles – un brin machistes – ne vont pas tarder à découvrir que les gonzesses en question sont déterminées à vendre chèrement leur peau.

Le cadre étant posé les auteurs peuvent entrer directement dans le vif du sujet. De fait ce second opus est boosté à l’adrénaline, nos cinq Ladies en cavale ne nous laisseront guère le temps de souffler entre deux virées en ville… des virées qui n’ont rien à voir avec une journée shopping entre filles !

C’est toujours aussi déjanté (il faut bien reconnaître que l’organisation et la planification ne sont pas les qualités premières de ces cinq drôles de dames), bourré d’action et d’humour. On retrouve avec plaisir la Tarantino touch dans le scénario imaginé par Olivier Bocquet. Une intrigue servie et sublimée par le dessin d’Anlor, aussi bien dans les décors que dans le rendu des personnages (le côté cartoon de certaines expressions est justement dosé).

Quelques flashbacks permettent d’en apprendre davantage sur le parcours personnel de certaines de nos ladies… tandis que d’autres gardent leur part de mystère.

Une fois de plus le « sexe fort » va en prendre pour son grade dans ce western qui revendique haut et fort son engagement féministe.

Le cliffhanger qui clôt ce second tome va rendre l’attente de la suite (et fin ?) interminable ! Ce qui m’amène à exprimer le même bémol qu’à la lecture du précédent opus : c’est court, très court… trop court ! On est clairement en présence d’une histoire qui aurait gagné à se décliner sous forme d’un roman graphique one-shot… Un format moins rentable pour les éditeurs, ceci explique sans doute cela.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Diagonale Des Reines

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Titre : La Diagonale Des Reines
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2022
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Nicole O’Connor vit en Australie avec son père, un riche homme d’affaire. Fidèle à la devise familiale, elle ne jure que par la force du groupe.

Monica Mac Intyre vit aux Etats-Unis avec sa mère au cœur d’un foyer modeste. Son crédo est la réussite individuelle.

C’est en 1972 que les deux adolescentes se rencontrent et s’affrontent à l’occasion d’un tournoi d’échecs. Une confrontation qui va s’étaler sur plusieurs années, bien au-delà du jeu d’échecs. Leur plateau de jeu sera le monde, les règles sont simples : tous les coups sont permis.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, je l’ai découvert avec la trilogie des Fourmis et j’ai tout de suite été happé par son univers littéraire. Même si j’ai raté quelques rendez-vous, ces dernières années j’essaye d’être fidèle au poste. Un auteur qui ne m’a jamais déçu malgré une œuvre inégale.

Ma Chronique

Pour son nouveau roman Bernard Werber s’inspire de la notion de Némésis, en opposition de l’âme sœur, elle est l’âme damnée – l’ennemie ultime – de son alter ego. Pour construire son intrigue il va s’appuyer sur deux femmes que tout oppose mais qui – paradoxalement – se ressemblent. Une partie d’échecs qui va se jouer à grandeur nature sur fond d’opposition entre les deux blocs Ouest (avec les Etats-Unis aux commandes) et Est (dirigé par l’URSS, puis la Russie).

Le bloc de l’Ouest sera incarné par Monica Mac Intyre, anthropophobe (personne qui fuit les relations interpersonnelles) revendiquée qui ne jure donc que par la réussite individuelle.

Le bloc de l’Est sera représenté par Nicole O’Connor, autophobe (individu qui redoute la solitude) pleinement assumée pour qui le succès ne peut venir que de la force du groupe.

Dans les premiers chapitres nous sommes encore loin de cette confrontation aux enjeux planétaires. En 1972, de sont deux adolescentes d’une douzaine d’année qui se rencontrent pour la première fois à l’occasion de la finale d’un tournoi d’échecs. Une défaite qui se soldera par une première agression physique. Six ans plus tard, nouvelle confrontation sur un plateau d’échecs. L’heure de la revanche a sonné… mais ce sera aussi le déclencheur du premier sang versé.

Deux héroïnes brillantes qui vont cultiver une haine grandissante l’une pour l’autre, et se livrer, au fil des années, à un affrontement sans merci dans lequel tous les coups – surtout les coups bas – sont permis.

Avec ce roman Bernard Werber s’offre une rétrospective des grands événements survenu aux XXe et XXIe siècles. Rétrospective doublée d’une relecture afin de les faire coller à son intrigue. Un exercice qui pourrait facilement s’avérer casse-gueule mais dans lequel l’auteur tire parfaitement son épingle du jeu. On en viendrait presque à se demander si tous ces grands bouleversements (souvent dramatiques) ne pourraient pas être les conséquences – et accessoirement les dommages collatéraux – d’une lutte qui se joue dans l’ombre entre les éminences grises des puissants de ce monde.

Fidèle son habitude Bernard Werber émaille ses chapitres de nombreux extraits de son Encyclopédie Du Savoir Relatif Et Absolu, qu’il s’agisse de rappels historiques, d’anecdotes ou de simples faits constatés, ils sont toujours forts appréciables et souvent instructifs.

Est-il besoin de préciser que pour porter une telle intrigue il faut que l’auteur apporte un soin tout particulier à ses personnages, surtout à ses deux « reines » rivales ? Bernard Werber ne laisse rien au hasard en nous faisant découvrir le parcours personnel et professionnel de ces deux héroïnes au caractère bien trempé. Deux personnalités radicalement différentes mais mues par la même volonté de s’imposer.

Le lecteur pourra choisir son camp selon ses propres idéaux et / ou le personnage dont il se sentira le plus proche.  Pour ma part je serai tenté d’enfoncer une porte ouverte en disant que la solution idéale ne se trouve certainement pas dans les extrêmes. Si toutefois je devais choisir je pencherai plutôt pour Monica, d’une part parce que Staline, Mao et consorts ne sont pas vraiment ma tasse de thé, d’autre part parce que Nicole, pour arriver à ses fins, va nouer des alliances avec des engeances de la pire espèce.

En toute franchise avec ce roman je retrouve Bernard Werber au summum de son talent, incontestablement un très grand cru. Sur ces dix dernières années et les onze romans publiés entre 2012 et 2022 (je sais ça fait 11 ans mais je ne voulais pas amputer le cycle Troisième Humanité), c’est la première fois que j’attribue la note maximale, doublée d’un coup de cœur à un roman de l’auteur.

J’ai adoré tout simplement, même en creusant je ne lui trouve aucun défaut, tout au plus une étrangeté dont je ne peux parler au risque de spoiler gravement l’intrigue. Pour ceux et celles qui se poseraient la question de savoir s’il faut connaître et aimer le jeu d’échecs pour apprécier pleinement ce bouquin, je suis la preuve vivante que non. Je connais les règles de base du jeu (déplacements des pièces) mais je n’ai jamais éprouvé le moindre plaisir à y jouer.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sandrine Collette – On Était Des Loups

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Titre : On Était Des Loups
Auteur : Sandrine Collette
Éditeur : JC Lattès
Parution : 2022
Origine : France
208 pages

De quoi ça cause ?

Liam vit avec sa femme et leur fils de 5 ans au cœur des montagnes, loin du monde et des gens. Un jour, en rentrant d’une partie de chasse, il découvre le corps sans vie de son épouse, tuée par un ours. Avant de mourir elle a fait rempart de son corps pour protéger l’enfant.

Pour Liam c’est le déclic, cette vie sauvage n’est pas faite pour un enfant de cinq ans. Il prend son fils et ses chevaux, bien décidé à confier l’enfant à des proches…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Sandrine Collette. Je profite de la sortie de son nouveau roman pour me lancer.

Ma Chronique

Commençons par quelques mots sur la forme. Sandrine Collette donne la parole à Liam pour nous faire vivre son histoire. Liam est un bon gars mais un peu rustre, un peu sauvage, du brut de décoffrage en quelque sorte. Il ne s’est pas trop attardé à l’école, préférant la vie au grand air. Sa narration est à son image, directe, franche, brute… parfois maladroite. Un bel exercice de style que l’auteure maîtrise à la perfection.

Un récit qui n’est situé ni dans le temps, ni dans l’espace. On peut juste supposer qu’il se déroule de nos jours (ou pas loin, avant ou après), dans un pays ayant de vastes étendues sauvage (Etats-Unis ? Canada ? France ? Tout est possible… et plus encore).

Bien que radicalement différent ce bouquin m’a un peu fait penser à La Route de Cormac McCarthy, sans doute pour sa narration brute, et aussi parce qu’il est question d’un père et de son fils. Quant à la relation de parentalité proprement dite, c’est plutôt Sukkwan Island de David Vann qui m’est venu à l’esprit. Je vous rassure tout de suite, Sandrine Collette donne à son roman une identité qui lui est propre.

Outre la relation père fils, il sera aussi question de deuil (un deuil que Liam essaye de noyer sous une colère aussi sourde qu’injuste quand elle se retourne contre le môme) et du rapport de l’homme à la nature (une nature qui peut parfois s’avérer hostile au genre humain… je serai tenté de dire que c’est un juste retour des choses).

Le fait que le roman soit court ne l’empêche nullement d’être chargé en émotions, plus d’une fois il vous prendra aux tripes. On a envie de se poser sur chaque chapitre afin de les vivre intensément avec Liam et Aru. Ajoutez à cela le « non-style » narratif, et vous comprendrez pourquoi j’ai pris mon temps pour déguster ces pages. Il est vrai que j’use souvent de cette formule, mais elle est en parfaite adéquation avec le bouquin : court mais intense.

Au fil des chapitres vous suivrez Liam et son fils partis dans un road trip plus ou moins improvisé à dos de cheval, un périple qui sera lourd en désillusions et en moments forts (qu’ils soient bons ou mauvais). Un périple qui, contre toute attente, va rapprocher le père et le fils.

Même si la nature n’est pas toujours clémente envers le genre humain – surtout à l’encontre de ceux qui ne connaissent pas ses pièges –, le roman démontre, s’il en était encore besoin, que les instincts les plus primaires et les plus abjects sont bel et bien endémiques à l’Homme (au sens large du terme, d’où le H majuscule).

C’est le premier roman de Sandrine Collette que je lis, je peux d’ores et déjà affirmer que ce ne sera pas le dernier !

MON VERDICT

Coup de poing

Morceau choisi

J’ai creusé dehors pendant trois heures dans un sens puis dans l’autre pour faire un trou puis enterrer ma femme et j’ai les nerfs qui vibrionnent, je ne pourrai pas, je ne suis pas prêt pour le repos. C’est pour ça que je regarde le môme qui dort, je fais des réserves parce que tout le temps que je pelletais j’ai bien réfléchi et même si je l’aime ce gosse je sais que je ne peux pas le garder avec moi. Si je veux être méchant, je dirai que je ne l’aime pas au point de foutre ma vie en l’air et c’est ça qui me pend au nez parce que je ne peux pas traîner Aru dans la montagne avec moi, c’est trop dur ce que je lui demande. En fait je ne suis pas capable de changer de vie alors c’est lui qui va en changer et c’est comme ça, j’ai choisi pour lui je pense qu’il vaut mieux que je l’emmène ailleurs. Je sais que c’est dégueulasse pourquoi c’est lui qui devrait changer quelque chose et pas moi – je n’ai pas de réponse seulement c’est moi qui décide et je ne peux pas revenir à une existence normale comme ces gens dans les villes trouver un métier normal où je vais me castagner au bout d’une semaine. Ce bout du monde j’ai mis des années à le construire je n’ai pas envie de le laisser et ce n’est pas juste de l’égoïsme : je peux le quitter c’est sûr. Et après je deviendrai dingue dans la ville, je ferai du mal aux autres et je repartirai autant gagner une étape. Ce n’est pas facile de réfléchir avec la pensée d’Ava qui me tourne autour, ce n’est pas facile de ne pas chialer en regardant le môme dans son petit lit et ce qu’elle aurait dit Ava je sais qu’elle n’aurait jamais voulu ça, mais c’est comme ça c’est moi qui suis là maintenant.

[BOUQUINS] Christophe Ferré – Les Amants Du Mont-Blanc

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Titre : Les Amants Du Mont-Blanc
Auteur : Christophe Ferré
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2022
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Au pied du Mont-Blanc, deux couples de randonneurs qui ne se connaissaient pas sont abattus par un motard. Deux jours plus tard, pour endiguer la pandémie de COVID-19, la France est confinée.

Trois ans plus tard, la journaliste Léa Grange, spécialiste des affaires criminelles non résolues, se rend à Chamonix pour essayer d’élucider l’affaire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ça fait déjà quelques temps que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Christophe Ferré, j’ai profité que le titre soit proposé par Net Galley pour sauter le pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions L’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman Christophe Ferré s’inspire – très librement – de la tuerie de Chevaline (en septembre 2012, trois membres d’une même famille et un cycliste sont abattus de plusieurs balles. Malgré plusieurs enquêtes en cours, ce quadruple meurtre demeure non élucidé).

Plus loin dans le roman vous découvrirez que l’auteur ne revisite pas seulement l’affaire de la tuerie de Chevaline, il imagine une sortie de crise sanitaire beaucoup plus optimiste que ne l’est la réalité (en admettant qu’on en soit définitivement sortis). Une liberté scénaristique que l’on lui pardonne bien volontiers, d’autant plus que c’est dans l’intérêt de l’intrigue.

Si le roman peut bel et bien revendiquer le titre de polar, l’enquête que l’on suit n’est pas menée par la police ou la gendarmerie mais par une journaliste indépendante spécialisée dans les affaires criminelles non résolues (les fameux cold cases).

D’emblée je dois avouer n’avoir eu que peu d’empathie pour le personnage de Léa Grange, certes la nana s’investit corps et âme dans son enquête mais parfois je l’ai trouvé agaçante (pour ne pas dire franchement casse-couilles) à force d’insister et de répéter toujours les mêmes questions à ses interlocuteurs. Si encore ça faisait avancer le schmilblick j’aurai pu passer l’éponge, mais même pas !

Au fil de son enquête la journaliste va se lancer sur diverses pistes qui semblent n’aboutir nulle part… sauf une qui pourrait être la clé du mystère. Et compte tenu des conséquences de la découverte cela pourrait aussi expliquer les tentatives d’intimidation dont Léa va être victime. Tant et si bien qu’elle va finir par douter de tout et de tout le monde, ce que l’on peut comprendre ; n’empêche que parfois elle part en vrille en mode totale paranoïa.

Concernant le déroulé de l’intrigue, l’ensemble est plutôt bien ficelé malgré quelques redondances. Au fil des chapitres on a vraiment envie d’en apprendre davantage et de découvrir le fin mot de l’affaire.

Heureusement d’ailleurs que Christophe Ferré garde le contrôle de son intrigue car l’écriture manque un peu de peps (un peu comme un narrateur qui débiterait son histoire d’un ton monocorde). De plus j’ai relevé certains choix de vocabulaire plutôt déconcertants, tel que l’emploie intempestif du verbe s’écrier, à croire que les personnages passent leur temps à gueuler plutôt qu’à parler sereinement.

C’est donc mitigé que je referme ce roman. Malgré quelques faiblesses narratives l’intrigue reste accrocheuse du début à la fin. Une lecture sympathique sans être transcendante, mais pas de quoi me décourager de lire cet auteur (j’ai vu qu’un de ses romans s’inspirait de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnés… pourquoi pas ?).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Carpentier – Carnum

AU MENU DU JOUR


Titre : Carnum
Auteur : Christophe Carpentier
Éditeur : Au Diable Vauvert
Parution : 2022
Origine : France
192 pages

De quoi ça cause ?

Certains qu’il y a une place en 2022 pour un cannibalisme librement consenti, une chirurgienne et un entrepreneur de renom décident de commercialiser de la viande humaine.

Denrée fort addictive, sa consommation va rapidement menacer l’équilibre d’une humanité déjà vacillante.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour le pitch qui m’a semblé – sans mauvais jeu de mot – des plus alléchant. Une idée de départ assez proche de celle du film Barbaque mais avec une approche radicalement différente.

Ma Chronique

Avant de discuter du fond, j’aimerai commencer par quelques mots sur la forme. Le présent roman est en effet rédigé comme une pièce de théâtre. Les acteurs se donnent la réplique, le contexte, leurs faits et gestes sont brièvement décrits afin que le lecteur visualise la scène.

Adeptes de la bien-pensance et du politiquement correct passez votre chemin, ce court roman (moins de 200 pages), qui fait l’apologie d’un cannibalisme consensuel et commercial, n’est pas adaptés à vos chastes et prudes neurones… C’est au contraire délicieusement amoral et subversif, nul besoin d’adhérer au propos pour se régaler avec ce bouquin.

Je tiens d’entrée de jeu à préciser – de nouveau – que je respecte les choix alimentaires des uns et des autres… du moment que les autres en question respectent mes propres choix et ne viennent pas me faire chier avec leurs leçons de morale à deux balles. Carnivore parfaitement assumé et revendiqué, ma consommation de barbaque n’est limitée que par les prix du marché (que ce soit en boucheries ou en grandes surfaces, la viande – y compris les morceaux de consommation courante – tendrait malheureusement à devenir un luxe).

Je vous rassure tout de suite sur mon état mental : la consommation de viande humaine ne m’attire nullement. Je vais me contenter de ce qui existe déjà dans nos étals, que ce soit classique (bœuf, veau, porc, volaille et lapin) ou plus exotique (cerf, cochon sauvage, autruche, bison…).

Revenons à nos moutons et au roman de Christophe Carpentier.

Sans entrer dans les détails, le cœur de la « petite affaire » imaginée par Jérôme et Edwige repose sur le consentement, aussi bien au niveau des Donneurs que des Mangeurs. L’autre paramètre clé de l’intrigue est le côté addictif de la consommation de viande humaine. Et comme toute addiction, elle peut être lourde de conséquences et sources de dérives.

C’est en poussant à l’extrême, parfois même jusqu’aux portes de l’absurde, que Christophe Carpentier déroule sa mise en scène. S’affranchissant de tout sens moral il nous expose les débuts difficiles du marché de la viande humaine, puis son succès fulgurant malgré un prix des plus prohibitifs. Enfin il termine par les effets secondaires et les dérives autour de ce marché des plus lucratifs.

Contre toute attente le format court et le côté théâtral du bouquin sont parfaitement adaptés au récit. Un choix qui permet d’aller à l’essentiel tout en optant pour une mise en scène très visuelle (à mon avis ce n’est pas demain la veille que France Télévision diffusera une telle pièce de théâtre…).

Afin de coller à l’actualité et d’ouvrir leur marché à l’international, nos deux commerciaux de choc vont même aller jusqu’à démarcher un certain Vladimir Poutine. Telle qu’ils décrivent la rencontre à leur retour, ce n’est pas cet interlude gastronomique qui va améliorer l’image de Vlad le Rouge.

Je me suis régalé avec cette intrigue aussi cynique que morbide, une pépite d’humour noir qui ne plaira sans doute pas à tout le monde. Si le politiquement correct ambiant vous saoule, que vous savez apprécié le second degré et êtes doté d’une large ouverture d’esprit, je vous invite à tenter l’expérience et à vous mettre à table. Pour ma part j’avoue sans le moindre complexe l’avoir dévoré d’une traite.

Si un jour un metteur en scène est assez couillu pour faire jouer la pièce, j’espère avoir l’occasion de la voir. En live ça devrait être une tuerie (oups… encore un mauvais jeu de mot).

MON VERDICT

Aparté esthétique

La mise en page du bouquin me piquait les yeux, du coup j’ai décidé d’y apporter quelques retouches. Voilà ce que ça donne, à gauche la version originale, à droite la version retravaillée :

[BOUQUINS] Magali Collet – Comme Une Image

AU MENU DU JOUR


Titre : Comme Une Image
Auteur : Magali Collet
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Eulalie (que tout le monde appelle Lalie) va bientôt fêter ses 10 ans. Mignonne, intelligente et attentionnée, elle a tout de la petite fille modèle. Mais c’est un rôle qu’elle joue, ce que tout le monde ignore c’est qu’elle est plus qu’intelligente, c’est une enfant à haut potentiel qui cache son jeu. Mais surtout elle est hermétique à toute forme d’empathie, seule la colère semble trouver grâce à ses yeux…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que le précédent roman de Magali Collet, Les Yeux D’Iris, m’avait fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

Commençons par le commencement et le visuel du bouquin. La couv’ illustre parfaitement le propos du roman avec ce gamine au regard intriguant, presque malaisant.

Suis allé courir à l’îlot / Cueillir un lilas, / Un lilas pour Eulalie, / Eulalie pour un lilas… merci Yves pour cet interlude musical mais vous n’aurez pas vraiment envie d’offrir des fleurs à la petite Eulalie imaginée par Magali Collet. Plutôt de la mort aux rats dans son chocolat chaud, voir un tir de .357 à bout portant au milieu du front.

En psychologie la notion de psychopathe ne peut s’appliquer qu’à un adulte… comme si le changement survenait pile poil à 18 ans. Avouez que c’est complétement con comme raisonnement ! C’est ce postulat qui a donné naissance à ce roman, Magali Collet prenant le contrepied de cette assertion psychologique.

Quel pari audacieux de transformer une gamine de 10 ans en une psychopathe égocentrique et alexithymique (incapable de ressentir ou d’exprimer ses sentiments) et d’imaginer une intrigue autour de cette enfant. Audacieux mais parfaitement géré tout au long de ce court roman.

En fait, le plus souvent, je ne ressens rien. Absolument rien. Je ne suis jamais heureuse, déçue ou triste. Je ne suis pas vraiment envieuse, parce que, lorsque je veux quelque chose, je me débrouille toujours pour l’avoir. Mais cela ne me rend pas heureuse, jamais. Au mieux, cela me satisfait. Je n’éprouve rien d’autre que de la satisfaction.

Dans ce bouquin Magali Collet se livre à un double exercice de style, alternant la narration à la troisième personne (l’intrigue et les personnages sont vus par une tierce personne) et un récit à la première personne qui donne la parole à Lalie. Ces passages sont de loin les plus glaçants, on prend alors toute la mesure de son état psychologique perturbé.

Je connaissais la colère, la vague qui m’engloutissait, mais pas la haine. C’est un sentiment nouveau. (…) Ressentir la haine est quelque chose de vraiment puissant.

Vous allez adorer détester Lalie, à moins que vous ne tombiez sous son charme venimeux. Il faut bien reconnaître qu’elle sait y faire pour duper et manipuler son monde, qu’il s’agisse de ses parents, de son institutrice ou de ses camarades de classe. Nul ne se doute des sombres pensées qui secouent le bocal de la gamine… des pensées qui vont rapidement se transformer en actes.

Nul doute que les apprentis psychologues chercheront à rejeter la faute du comportement de Lalie sur son entourage. Des parents divorcés, une rupture que la mère de Lalie n’arrive pas à intégrer alors que son ex a refait sa vie avec une nouvelle compagne avec qui il a eu un enfant. Pour ma part je ne lui trouve aucune circonstance atténuante, tout la condamne purement et simplement.

Magali Collet fait monter la pression au fil des chapitres… heureusement que le bouquin ne faisait pas 100 pages de plus, mon palpitant n’aurait pas tenu le choc ! Une intrigue délicieusement sombre, malsaine et amorale. Tout ce que j’aime !

Je ne m’étalerai pas davantage pour ne rien spoiler malencontreusement. L’auteure réussit le tour de force de me faire aimer un roman dont j’ai détesté le personnage principal. Une fois le livre ouvert je n’ai plus pu le lâcher avant le clap de fin (un final à l’image du reste du roman). Un excellent thriller psychologique maîtrisé de bout en bout.

 MON VERDICT

Coup de poing