[BOUQUINS] Mo Malo – Bienvenue Chez Les Corrigan !

AU MENU DU JOUR


Titre : Bienvenue Chez Les Corrigan !
Série : La Breizh Brigade – Livre 1
Auteur : Mo Malo
Éditeur : Les Escales
Parution : 2023
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Le Manoir des Corrigan est une maison d’hôtes de Saint Malo tenue par trois générations de femmes au caractère bien trempée. Sur le papier c’est Maggie, la pétillante doyenne, qui gère le domaine, mais elle peut heureusement compter sur l’aide de sa fille et de sa petite-fille, Louise et Enora.

Quand le corps sans vie d’un joueur de cornemuse est retrouvé dans la maison d’hôte voisine (et concurrente), les Corrigan vont reformer la Breizh Brigade afin de mener leur propre enquête sur ce meurtre.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Mo Malo qui prend les rênes de cette nouvelle invitation au voyage. Bye bye le Groenland et bienvenue en Bretagne, à Saint Malo plus précisément.

C’est aussi pour moi une façon comme une autre de faire honneur mes lointaines origines bretonnes.

Ma Chronique

J’avoue avoir été quelque peu surpris que ce soit sous le pseudo de Mo Malo que l’auteur se lançai dans l’aventure bretonne avec sa Breizh Brigade. D’un autre côté, le choix du pseudo étant un hommage à ses origines bretonnes, ceci explique sans doute cela.

Une aventure qui l’entraîne bien loin du Groenland où il nous avait habitué à suivre les tumultueuses enquêtes de Qaanaaq Adriensen et son équipe.

Les côtes bretonnes offrent un paysage plus apaisé, de fait l’auteur abandonne les côtes escarpées du thriller pur et dur pour les chemins champêtres du cosy crime (ou cosy mystery). Des enquêtes plus légères qui laissent une belle place à l’humour et généralement portées par des personnages haut en couleurs.

Nul doute que le trio féminin intergénérationnel constitué par les Corrigan entre parfaitement dans le cadre. La doyenne, Maggie, à l’aube de ses 70 ans, n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Son âge ne l’empêche nullement de consommer sans modération les amants et les verres de whiskey irlandais. Louise, la fille, institutrice de profession, est certes plus effacée mais rien n’échappe à son œil de lynx. Enora, la petite fille, suit des études vétérinaires, la rousse flamboyante déborde d’énergie et vit dans l’ombre sa propre histoire secrète.

Quand un macchabée est retrouvé dans une position pour le moins inattendue dans une chambre de la maison d’hôtes voisines, les Corrigan décident de reformer la Breizh Brigade pour mener leur propre enquête. N’allez surtout pas croire que les Corrigan veulent protéger la réputation de leur voisin et néanmoins rival… une vieille et tenace animosité sépare les deux familles. En fait les Corrigan espèrent surtout protéger leurs arrières en s’octroyant un droit de regard sur l’enquête officielle.

Pour cette première immersion dans le cosy crime, Mo Malo tire parfaitement son épingle du jeu, grandement aidé par son trio d’enquêtrices qui ne devrait laisser personne indifférent, mais aussi à grand renforts de personnages secondaires mitonnés aux petits oignons.

Si l’intrigue à proprement parler ne devrait pas provoquer de brusques poussées d’adrénaline, elle n’en reste pas moins bien menée. Pas de grosse surprise, ni de brusque revirement de situation au menu des festivités, mais cela ne devrait pas empêcher le lecteur de suivre l’affaire avec un intérêt amusé.

Comme beaucoup si on me demandait de citer une auteure d’outre-Manche considérée comme une « Reine du Crime », c’est le nom d’Agatha Christie qui me viendrait à l’esprit. Chez les Corrigan toutefois on ne jure que par L.T. Meade, une prolifique auteure irlandaise qui put prétendre à la couronne bien avant sa cadette britannique.

Un second opus devrait être publié dans les prochaines semaines, je serai bien entendu fidèle au poste pour découvrir la suite des aventures de la Breizh Brigade. Et après ? Seul Mo Malo est en mesure de répondre à cette question. Pour ma part je ne désespère pas de le voir chausser à nouveau les raquettes pour un retour au Groenland, en attendant laissons Qaanaaq profiter d’un repos bien mérité.

Ce n’est sans doute pas totalement un hasard si le nom de famille Corrigan est proche des Korrigan, terme qui, dans la culture traditionnelle bretonne (et celte), désigne des lutins capables du meilleur comme du pire.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Michaël Mention – Les Gentils

AU MENU DU JOUR


Titre : Les Gentils
Auteur : Michaël Mention
Éditeur : Belfond
Parution : 2023
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Franck Lombard avait tout pour être heureux, un métier qui est aussi une passion, une femme qu’il adore et une petite fille dont il est raide dingue.

Tout bascule un jour de juin 1977. Un braquage minable qui tourne mal, la gamine est mortellement blessée alors que le braqueur prend la fuite. Face au drame, le couple se délite.

Un an plus tard, l’enquête de police est au point mort. Les policiers ont une description sommaire du braqueur, seul réel signe distinctif : le A d’anarchie tatoué sur une épaule.

Franck décide alors de mener sa propre enquête pour trouver et éliminer l’assassin de sa fille…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Michaël Mention. Je reconnais volontiers ne pas avoir tout lu de l’auteur (loin de là), parfois par choix, parfois – souvent – par manque de temps, mais les titres que j’ai lus ne m’ont jamais laissé indifférent, certains m’ont même fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Perdre son enfant est sans aucun doute l’épreuve la plus terrible qui puisse arriver à un couple, plus encore quand la mort de l’enfant est provoquée par un tiers. Et encore plus encore (pas très français tout ça), quand le tiers en question n’est pas identifié par la police.

Deuil impossible, soif de vengeance, jusqu’à l’obsession… jusqu’à la folie. Ainsi pourrait se résumer la quête de Franck, mais ce serait trop réducteur pour le roman de Michaël Mention.

L’auteur situe son intrigue en 1978, un choix qui ne doit rien au hasard pour que la fiction rejoigne l’Histoire dans les derniers chapitres du bouquin. C’est aussi l’occasion pour Michaël Mention de crier haut et fort son amour de la musique, et plus particulièrement du rock, tout comme son héros tourmenté. Au fil des chapitres, Franck se laissera porter par le son de The Doors, Lynyrd Skynyrd, The Who ou encore AC/DC (période Bon Scott), mais aussi par les mélodies de Serge Gainsbourg, Barbara ou Brassens.

La traque obsessionnelle de Franck le mènera de Paris à Marseille, avant de décoller pour la Guyane et enfin rejoindre le Guyana. L’association Guyana et 1978 a immédiatement fait passer tous mes signaux au rouge et m’a orienté vers un final quasi inévitable (la suite me donnera raison).

Si au cours de son périple Franck fera quelques belles rencontres, force est de constater qu’il est un véritable aimant à emmerdes et attire à lui bien des individus peu recommandables. Plus d’une fois il risquera sa vie, mais jamais il ne renoncera. Pour se motiver, il s’accroche à des échanges imaginaires avec sa fille.

Sans forcément adhérer à la traque de Franck (d’autant que l’on a aucune certitude qu’il en a après la bonne personne), son parcours nous vrille les tripes. Et même quand l’intrigue flirte avec l’improbable, on a envie d’y croire. À croire que l’obsession de Franck est contagieuse…

Pour construire son roman, Michaël Mention opte pour des chapitres courts, taillés à la machette, tout comme le phrasé qu’il emploie. On prend les mots comme autant de baffes dans la tronche. Le talent narratif de l’auteur nous fait rapidement oublier d’éventuels bémols.

Avec ce roman, le quatorzième depuis 2008, Michaël Mention confirme qu’il a une plume unique en son genre, capable de transformer en or tout ce qu’il touche (avec Jeudi Noir il a même réussi à me faire lire un bouquin dont l’intrigue tourne autour du foot).

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Jean-Laurent Del Socorro – Je Suis Fille De Rage

AU MENU DU JOUR


Titre : Je Suis Fille De Rage
Auteur : Jean-Laurent Del Socorro
Éditeur : ActuSF
Parution : 2019
Origine : France
350 pages

De quoi ça cause ?

1861. La guerre civile déchire les Etats-Unis à la suite de la Sécession de certains états du sud. Les deux camps se préparent à ce conflit inédit, chacun étant persuadé de sortir en grand vainqueur de cette guerre.

Tout au long du conflit, Lincoln s’entretiendra en tête à tête avec La Mort dans le bureau présidentiel de la Maison Blanche.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que ce bouquin me fait de l’œil depuis les tréfonds de mon Stock à Lire Numérique. Un Book Club sur le thème de la fantasy désignera ce roman comme heureux élu, c’est l’occasion rêvée pour succomber à la tentation.

Ma Chronique

D’entrée je tiens à préciser que le côté fantasy est quasiment inexistant, un président qui cause avec La mort lorgne plus vers le registre fantastique si vous voulez mon avis. Mais ce bouquin est avant tout un roman choral historique pour lequel Jean-Laurent Del Socorro a produit un énorme travail de documentation (comme l’atteste la bibliographie sélective en fin d’ouvrage) afin de rester aussi fidèle que possible à l’Histoire de la Guerre de Sécession.

J’avoue très humblement que ma connaissance de la guerre civile américaine se limite à ce que j’ai pu voir au cinéma et à la télévision… et la lecture de la série BD Les Tuniques Bleues. Autant dire que je suis franchement profane sur le sujet.

Dans le roman de Jean-Laurent Del Socorro les personnages historiques (Lincoln en tête, mais aussi les généraux Grant – Nord – et Lee – Sud – et d’autres encore plus ou moins connus) côtoient les personnages inventés par l’auteur qui prendront une part plus ou moins active au conflit.

Dans le même ordre d’idée, le lecteur va alterner entre les documents historiques (extrait de presse, échanges officiels ou personnels des acteurs du conflit) et le récit à proprement parler.

L’auteur aide le lecteur profane à y voir plus clair grâce à un guide de lecture et une carte qui s’avéreront de précieux alliés.

Le roman est divisé en cinq parties (une par année de guerre, de 1861 à 1865), elles-mêmes découpées en chapitre donnant voix à un point de vue (c’est le principe du roman choral, que les anglo-saxons appellent tout simplement point of view – PoV pour les intimes). On passe ainsi du point de vue Nordiste à celui Sudiste sans que l’auteur ne cherche à faire pencher la balance dans un sens ou un autre.

La construction s’avère d’une redoutable efficacité, l’immersion est totale, en quelques heures vous vivez les cinq années de guerre civile qui ont déchiré les Etats-Unis. On découvre ainsi que l’esclavage n’a pas immédiatement une motivation pour Lincoln qui visait avant tout à réunifier le pays, ce n’est qu’en 1863 qu’il fera de l’esclavage un de ses chevaux de bataille (par conviction ou par stratégie ? à chacun de se faire sa propre opinion sur le sujet).

L’image que l’on peut se faire de certain héros de la guerre de Sécession tels que Grant ou Sherman prend du plomb dans l’aile quand on songe au nombre de vies qu’ils ont sacrifié… était-ce vraiment le prix à payer pour remporter la victoire ?

Dans le camps Sudiste le général Lee apparaît comme un fin stratège qui doit gérer des ressources moindres que ses adversaires du Nord mais donnera bien du fil à retordre à ses ennemis avant de se rendre… bien conscient que prolonger le combat reviendrait à sacrifier inutilement des soldats déjà lourdement éprouvés.

À l’opposé Nathan Forrest est un illuminé mystique qui trouve dans la Bible la justification de sa haine contre le Nord et de son racisme. J’avoue que je connaissais pas du tout ce personnage, mais, comme vous pourrez le constater, chez certains la haine fait partie intégrante de leur personne. Ce n’est pas une fin de conflit ou une défaite qui les changera.

Certains personnages apportent heureusement un peu de légèreté au milieu de la boue, des larmes et du sang. Je pense notamment à ces amoureux qui ridiculisent gentiment le couple mythique d’Autant En Emporte Le Vent.

J’ai particulièrement aimé suivre les parcours de Caroline (la Fille qui n’a plus de père), Kate (l’Affranchie qui n’est pas libérée), Jenny (la Capitaine qui force le destin) ou encore Minuit et son Bleu. D’autres ne feront que des passages éclairs dans le conflit (tels que Sue, Soldate confédérée et Nolan, Soldat de l’Union).

Ce roman fut une belle surprise et une belle découverte, captivant de bout en bout.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Collectif – 22 V’là Les Flics !

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Titre :  22 V’là Les Flics !
Auteur : Collectif
Éditeur : Lajouanie
Parution : 2022
Origine : France
444 pages

De quoi ça cause ?

21 auteurs qui ont été ou sont encore flics se livrent à l’exercice de la nouvelle pour mettre en avant leur métier. Mais pas que… le fil rouge de ces nouvelles est l’enfance.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Comment résister à un recueil de nouvelles policières écrites par ceux qui peuvent en parler le mieux ?

Pour la beauté du geste : pour chaque exemplaire acheté, 1.50 € seront reversés aux orphelins de la police.

Ma Chronique

Ils sont venus ils sont tous là… Non Charles, ils ne sont pas tous là mais ils sont quand même 21. Si l’on ajoute la brillante et touchante préface signée Oliver Marchal, ce sont 22 auteurs, flics ou ex-flics, qui ont répondu à l’invitation des éditions Lajouanie.

En faisant cohabiter enfance et police deux schémas se dessinent, soit l’enfant est victime, soit notre chère petite tête blonde n’est pas si innocente que ça. Un raccourci un peu rapide je le reconnais volontiers, ce serait sans compter sur le talent et l’imagination des auteurs pour nous surprendre. Après tout la collection polar des éditions Lajouanie s’appelle bien Romans policiers mais pas que…

Parmi les auteurs qui ont participé à ce recueil il y en a que je connais pour avoir lu un ou plusieurs de leurs romans (Sacha Erbel, Didier Fossey et Christophe Guillaumot), d’autres que je connais uniquement de nom (Christophe Gavat, Jean-François Pasque, Pierre Pouchairet, Jean-Marc Souvira, Danielle Thiéry et Ivan Zinberg), et les derniers que j’aurai le plaisir de découvrir.

Des nouvelles qui flirtent allégrement avec le noir, survolant les multiples abjections dont l’être (in)humain peut être capable. Selon les auteurs l’aspect strictement policier sera plus ou moins (voire pas du tout) présent, mais le thème de l’enfance demeurera le fil rouge. De nombreuses thématiques d’actualité seront abordées de façon plus ou moins approfondies mais toujours parfaitement intégrées au récit.

Des nouvelles qui sont aussi l’occasion d’aborder les nombreuses problématiques avec lesquelles les policiers doivent composer tant bien que mal : lourdeurs des procédures administratives, budgets toujours revus à la baisse qui engendrent à la fois sous-effectif et surcharge de travail… avec les conséquences, parfois dramatiques, qui peuvent en découler.

Je ne m’étendrai pas sur chacune des nouvelles composant le présent recueil, en lieu et place je vais les lister en leur attribuant une note (basée sur un ressenti purement personnel) sur 5.

  • Jean-Marc Bloch – La Mouette : 3
  • Olivier Damien – Ruben : 5
  • Eric Dupuis – Une Si Belle Journée : 3.5
  • Sacha Erbel – La Petite : 4
  • Didier Fossey – Zippo : 5
  • Christophe Gavat – Entre Deux Tours : 5
  • Christophe Guillaumot – En Lettres Dorées : 3.5
  • Frank Klarczyk – V.I.F. : 5
  • François Lange – Sur Un Air De Guitare : 3
  • Rémy Lasource – L’Obscurité Dans Nos Cœurs : 3
  • Paul Merault – Nous Pensons, Donc Nous Sommes : 5
  • Patrick Nieto – Si J’Avais Su : 5
  • Eric Oliva – Briser Les Verrous De Ma Mémoire : 5
  • Lionel Olivier – La Nuit Porte Conseil : 5
  • Jean-François Pasques – Qu’Est-Ce Que Je Vais Bien Pouvoir Dire Aux Enfants ? : 4
  • Pierre Pouchairet – Devenir Une Tueuse : 3
  • Jean-Marc Souvira – Men-Tensel : 2.5
  • Danielle Thiéry – Le Poids Des Mots : 3.5
  • Emmanuel Varle – Engrenage : 3
  • Luc Watteau – Cosette Au Coin Du Feu : 4
  • Ivan Zinberg – Quand Je Serai Grand : 5

Comme vous pouvez le constater les nouvelles sont classées par tri alphabétique sur le nom de leur auteur. Un ressenti inégal – comme souvent dans ce genre de recueil – qui, je le répète, n’engage que moi. Il n’en reste pas moins que le recueil s’en tire avec la très honorable moyenne de 4. Que j’augmente avec plaisir d’un demi-point pour saluer l’initiative de ce recueil et le reversement de 1,5 € aux orphelins de la police.

Je terminerai cette chronique avec un extrait de la préface d’Olivier Marchal, tout simplement parce que j’aurai été bien incapable de trouver des mots plus justes pour dire merci à ces flics… ceux qui ont contribué à ce recueil bien sûr, mais aussi à tous les autres, qui ont servi ou servent encore au sein des forces de police :

« Pour rendre hommage à tous ces flics tombés dans la rue pour « servir et protéger ». Tous ces flics oubliés, morts dans l’indifférence générale.
Un discours vite envoyé.
Une cérémonie bidon.
Les larmes sincères des collègues.
Et des enfants qui restent sans papa ou maman.
Les héros ne meurent que sur les champs de bataille. Les héros, ce sont eux. Des flics anonymes morts en faisant leur devoir.
Avec des enfants qui restent en retenant leur colère et leurs larmes…
Merci à tous ces flics qui font ce métier difficile et incompris. »

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gérard Saryan – Sur Un Arbre Perché

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Titre : Sur Un Arbre Perché
Auteur : Gérard Saryan
Éditeur : Taurnada
Parution : 2023
Origine : France
378 pages

De quoi ça cause ?

Une seule seconde d’inattention et la vie d’Alice bascule : Dimitri, 4 ans, le fils de son compagnon, échappe à sa vigilance.

En panique, la jeune femme part à sa recherche, mais elle est victime d’un grave accident. À son réveil, elle doit se rendre à l’évidence : l’enfant a été kidnappé.

Alice n’a désormais qu’une obsession : retrouver Dimitri, coûte que coûte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le nouveau bébé des éditions Taurnada et qu’il me donne l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Seuls ceux et celles ayant plus d’un certain âge – avancé mais pas trop –, comprendront le clin d’œil qui va suivre. Le présent roman n’a strictement rien à voir avec le film de Serge Krober (Sur Un Arbre Perché, 1971) avec Louis de Funés et Geraldine Chaplin. Une homonymie purement fortuite donc.

Tout commence avec un jeune couple qui ressemble à tant d’autres. Alice est styliste installée à son compte, occasionnellement elle est aussi membre d’une petite troupe de théâtre. Au début du roman elle est enceinte. L’heureux papa est le compagnon de la jeune femme, Guillaume, brillant avocat issu d’une grande famille française. Il est divorcé et père de deux enfants (Dimitri, 4 ans et Barbara, 13 ans).

Un matin Alice récupère les enfants chez l’ex-femme de Guillaume pour un voyage en train Lyon-paris, où ils doivent rejoindre Guillaume. Gare de Lyon (à Paris, donc… cherchez pas une quelconque logique là-dedans), le week-end de rêve vire au cauchemar. Dimitri disparaît. Alors qu’elle se lance à sa recherche, Alice est victime d’un accident.

Après un court coma deux terribles nouvelles lui éclatent à la gueule : Dimitri, toujours porté disparu, a vraisemblablement été victime d’un enlèvement ; le bébé n’a pas survécu à l’accident.

Rassurez-vous je n’ai pas l’intention de poursuivre cette chronique en vous proposant un résumé intégral du bouquin. Il fallait poser à minima le décor pour comprendre à quel point retrouver Dimitri va devenir une obsession pour Alice.

La jeune femme est loin d’imaginer jusqu’où son enquête va la mener. De nombreuses surprises et autres retournements de situation l’attendent (et nous aussi par la même occasion). On serait parfois tenté de dire que c’est too much mais finalement on se laisse guider par Gérard Saryan qui mène sa barque avec beaucoup de conviction.

Je vous passe les détails mais au fil de ses pérégrinations, Alice va découvrir un ignoble trafic d’enfants, une vengeance personnelle mûrement réfléchie pour faire le plus de mal possible et bien plus encore. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle va payer de sa personne pour mettre à jour la vérité (ou plutôt les vérités).

Une intrigue complexe, machiavélique et tordue à souhait… tout ce qu’on aime !

Des flashbacks dont on ne saisit pas vraiment le sens viennent s’insérer çà et là dans le déroulé de l’intrigue. Il faut attendre les ultimes révélations pour comprendre comment les événements se sont enchaînés pour arriver à la situation présente du récit.

Heureusement Alice ne sera pas toujours seule face à l’adversité, certaines mains tendues seront des plus inattendues, d’autres cacheront peut-être des intentions moins louables… Au fil des chapitres vous en viendrez, comme Alice, à douter de tout et de tout le monde, son incroyable obstination lui fera repousser toutes les limites.

L’auteur fait sien le slogan publicitaire adopté par Paic Citron à la fin des années 80 (bin oui, c’est une chronique pour les « anciens ») : quand y’en a plus, y’en a encore ! En effet, alors que l’on pouvait supposer que tout allait enfin rentrer dans l’ordre, Alice balance un ultime pavé dans la mare, une révélation, et non des moindres, qui va remettre beaucoup de choses en question.

Même si parfois Gérard Saryan se laisse emporter par son enthousiasme, il réussit à nous scotcher de la première à la dernière page avec une intrigue qui fait voler en éclats nos certitudes.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Chattam – La Constance Du Prédateur

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Titre : La Constance Du Prédateur
Série : Ludivine Vancker – Tome 4
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2022
Origine : France
448 pages

De quoi ça cause ?

Une page se tourne pour Ludivine Vancker qui va intégrer le Département des Sciences du Comportement (DSC) de la gendarmerie et ses équipes de profilers.

À peine arrivée, elle est plongée dans le feu de l’action. Un charnier a été découvert dans le puit désaffecté d’une mine en Alsace. De prime abord toutes les victimes ont été tuées suivant un même mode opératoire entre les années 70 et 90.

L’affaire, déjà complexe, se corse lorsque l’ADN du tueur présumé est retrouvé sur deux nouvelles victimes… tuées au cours de ces dernières semaines.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam et parce qu’il nous offre l’occasion de retrouver Ludivine Vancker dans une nouvelle enquête.

Ma Chronique

Avec ce roman, Maxime Chattam fête ses 20 ans d’écriture (aventure débutée en 2002 avec L’Ame Du Mal, le premier opus de La Trilogie Du Mal). C’est le vingt-huitième roman de l’auteur (sans parler des nombreuses nouvelles qu’il a publié en parallèle à sa carrière romanesque).

C’est avec un réel enthousiasme que je retrouve Ludivine Vancker et ses collègues de la SR (Section de Recherches) de Paris. Mais au bout de quelques pages je découvre que Ludivine va être mutée au Département des Sciences du Comportement (DSC). Adieu les collègues de la SR, et let’s go pour de nouvelles aventures !

Oui… et non. Si Ludivine intègre bel bien le DSC (à sa demande), l’affaire à laquelle ils vont se frotter s’annonce tellement énorme que la SR de Paris va être appelée en renforts. Une sorte de transition en douceur, plutôt qu’une rupture nette. Bien joué Maxou !

Le DSC de la Gendarmerie Nationale a été créé en 2001 (mais n’est opérationnel qu’à partir de 2002), son rôle est de dresser le « profil » d’un criminel au vu de la scène de crime. Pour cela des experts en psychocriminologie travaillent de pair avec des enquêteurs de terrain. Pour faire simple, nos gendarmes du DSC sont plus ou moins l’équivalent des fameux profilers américains. Dans les faits les méthodes du DSC s’apparentent davantage aux techniques d’analyses comportementales développées par la Gendarmerie royale canadienne et la police sud-africaine.

Si Ludivine va retrouver ses anciens collègues (Segnon, Guilhem, Magali et Franck), elle va aussi et surtout devoir travailler de concert avec sa supérieure hiérarchique, la chef d’escadron Lucie Torrens et s’adapter aux méthodes d’investigations du DSC.

J’ai apprécié de retrouver le personnage de Ludivine Vancker débarrassée (plus ou moins) de ses anciens démons, le couple qu’elle forme avec Marc semble avoir un effet positif et apaisant sur sa personnalité.

J’avoue avoir eu un énorme coup de cœur pour le personnage de Lucie Torrens. Elle mériterait presque que Maxime Chattam lui consacre au moins au roman… mais bon, il fait ce qu’il veut, c’est un grand garçon (et vu les idées sombres qui lui passent par la tête, vaut mieux pas lui chercher des noises).

Superbe (la modestie ne m’étouffe pas) transition qui m’amène à dire quelques mots de l’intrigue. Sans mentir c’est peut-être l’une des plus machiavéliques parmi les nombreux thrillers que j’ai lu ces dernières années. Vous n’avez pas fini de vous triturer les méninges pour démêler pareil écheveau.

La violence est omniprésente mais au service de l’intrigue, et encore je trouve que l’auteur a été plutôt soft vu la perversité de Charon, le tueur en série qui va donner bien du fil à retordre au DSC et à la SR parisienne. Si violence il y a, c’est plutôt le contexte imaginé par l’auteur qui fait froid dans le dos ; dans le genre plongée au cœur de ce que l’humain a de plus pourri et pervers, on peut difficilement faire pire dans l’innommable…

En refermant ce roman vous réaliserez à quel point le titre colle parfaitement à l’intrigue.

Ce roman confirme ce que l’on avait déjà pressenti ces dernières années, Maxime Chattam excelle quand il fait du Chattam pur jus… pas quand il cherche à imiter les autres (je fais ici référence aux romans Le Signal et Illusion qui ne m’ont vraiment pas convaincu).

MON VERDICT

Coup de poing

Extrait – Prologue

Voici les premières phrases du roman :

Claire n’aimait pas sucer.
Elle détestait ça même. L’acharnement un peu vain, illusoire, de vouloir faire durer les choses. La perte de temps, d’efficacité. Et puis les sons que cela produisait ! Claire avait un vrai problème avec les clapotements de joues, les claquements humides de langue, les décollements successifs des lèvres moites ou les déglutitions à répétition.

Osez affirmer sans ciller que vous n’avez pas immédiatement pensé à la même chose que moi !

Alors, esprit mal tourné ou pas ? Vous le saurez en lisant la suite.

Une sacrée mise en bouche, si j’ose dire (ah oui, j’ai osé).

[BOUQUINS] Laurent Obertone – Guerilla – Le Dernier Combat

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Titre : Guerilla – Le Dernier Combat
Auteur : Laurent Obertone
Éditeur : Magnus
Parution : 2022
Origine : France
332 pages

De quoi ça cause ?

Après vingt-sept jour d’une crise sans précédent, l’ordre semble enfin rétabli. C’est en tout cas ce que voudrait faire croire Victor Escard, le nouveau président qui se pose en sauveur et en garant du très-bien-vivre-ensemble. Quitte à mentir ouvertement et manipuler les foules…

Mais Escard ne devrait pas réjouir trop vite de son succès, Vincent Gite, désormais ennemi public n°1 à la suite de l’attentat de Vincennes, est toujours à ses trousses. D’autre part, le capitaine Danjou et ses légionnaires ne sont pas décidés à déposer les armes.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Comme son nom le suggère fortement, c’est le dernier volet de la trilogie Guerilla. Impossible de faire l’impasse après deux tomes qui m’ont tenu en haleine…

Ma Chronique

Vous le savez sans doute je suis réfractaire aux maisons d’éditions ne proposant pas d’offre numérique, pas question pour moi de verser un centime à ces gens-là. Les éditions Magnus (co-fondée par Laurent Obertone) étant dans la même logique marketing que feues les éditions Ring, je n’achèterai aucun de leurs titres.

Ne pas acheter ne signifie pas pour autant ne pas lire… L’option cadeau permet de contourner la limite (merci au père Noël pour ce roman). Sans parler de l’offre alternative, par laquelle je suis passé pour me procurer une version numérique du bouquin.

D’emblée je dois vous avouer que ce dernier tome est celui qui m’a le moins convaincu. L’effondrement décrit dans les deux premiers tomes est la conséquence directe du laxisme et du renoncement porté par la politique du très-bien-vivre-ensemble ; le sauveur providentiel, Victor Escard, propose un retour à la normale dans la droite ligne de son prédécesseur… à la puissance 10 ! J’ai du mal à croire que le français moyen puisse accepter cette idée et se laisser berner à nouveau. J’espère ne pas me tromper…

Suite directe de ma remarque précédente, j’ai été franchement dérangé par les passages relatifs aux prétendus dédommagements dûs aux prétendues victimes d’exclusion (ethnique, religieuse ou sexuelle). À force de pousser le bouchon, ça devient franchement too much et pas du tout crédible.

Je tiens toutefois à souligner qu’il y a quelques bonnes idées qui évitent le naufrage, ainsi je n’ai eu aucun mal à croire en la manipulation des foules par les médias – d’autant que seuls les médias officiels ont le droit d’émettre – ; il en va de même pour les dérives des milices mises en place par Escard et ses sbires pour restaurer l’ordre et la confiance.

J’ai tout particulièrement apprécié de retrouver des personnages déjà croisés dans les précédents opus et de découvrir la suite de leur parcours (souvent chaotique).

Parmi les nouveaux venus j’ai bien aimé le personnage de Laurent Buvard, un enquêteur mandaté par Escard pour trouver et neutraliser Vincent Gite. Marcel et ses élans éthyliques apporteront quelques touches d’humour bienvenues pour détendre l’atmosphère.

Heureusement la bataille de Paris vient redistribuer les cartes et donne au roman un second souffle bienvenu. Dommage qu’il faille attendre le chapitre 38 pour voir jaillir l’étincelle qui va sortir la France moyenne de sa torpeur.

Pour la suite des évènements, Laurent Obertone ne se laisse pas emporter par l’euphorie et l’optimisme ambiant. Il porte un regard plutôt juste sur la nature humaine face au pouvoir. On aimerait y voir un certain cynisme mais ne nous berçons pas d’illusions, le Pays des Bisounours n’existe pas !

Si ce troisième opus m’a moins convaincu que les précédents, il n’en reste pas moins nécessaire pour clore une intrigue qui s’étalera qui nous fera découvrir sur sept jours (du vingt-huitième au trente-quatrième jours). Une trilogie qui mérite d’être découverte même si son propos heurtera la bien-pensance de certains lecteurs.

Avant de clore cette chronique, je vous invite à découvrir l’interview de Laurent Obertone sur Breizh Info (je ne cautionne pas ce média mais l’auteur tend à être blacklisté par les médias plus traditionnels)

MON VERDICT

[BOUQUINS] Marc Levy – Eteignez Tout Et La Vie S’Allume

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Titre : Éteignez Tout Et La Vie S’Allume
Auteur : Marc Levy
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
216 pages

De quoi ça cause ?

Adèle est une femme d’un certain âge qui se rend en bateau à l’enterrement de l’homme qui fut l’amour de sa vie. À bord elle fait la connaissance de Jérémy, un jeune homme énigmatique qui semble encore chercher sa voie.

Malgré leurs différences, ils vont faire ensemble un bout de chemin…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Marc Levy, j’étais curieux de voir comment il allait rebondir après son excellente trilogie autour du Groupe 9.

Ma Chronique

La première surprise concernant ce nouveau roman est sa longueur… ou plus exactement sa concision (un peu plus de 200 pages). Pas forcément de quoi s’inquiéter même si l’auteur nous a habitué à des romans plus étoffés.

Dès les premières pages, on retrouve Marc Levy dans un registre qu’il maîtrise à la perfection. Deux personnages que tout oppose vont apprendre à se connaître et… nul besoin de sortir de la cuisse de Jupiter pour savoir comment tout ça va se terminer.

À vrai dire rapidement on en vient à se réjouir de la brièveté du roman. Certes c’est agréable à lire, mais il faut bien reconnaître que l’histoire reste relativement linéaire et d’un intérêt très limité.

Les personnages d’Adèle et de Jérémy ne sont pas inintéressants, mais, l’un comme l’autre, sont en totale déconnexion avec la réalité de tout à chacun. Difficile dans ces conditions de se sentir proche des personnages.

Avec ce roman l’auteur se contente du strict minimum syndical, on le referme sans être franchement déçu, mais d’un autre côté on ne peut s’empêcher de penser que ce titre n’apporte rien à la bibliographie de Marc Levy.

C’est d’autant plus dommage qu’avec sa trilogie 9 l’auteur avait su convaincre tout en abandonnant sa zone de confort. Ce retour en terrain conquis laisse un arrière-goût d’inachevé. D’un autre côté il faut bien reconnaître que Marc Levy n’apporte pas beaucoup de matière permettant d’étoffer son récit (à ce niveau on ne peut même pas parler d’intrigue tant tout est téléphoné dès les premiers chapitres).

J’avais opté pour un format court pour ma précédente chronique (Le Dernier Hiver) afin d’éviter tout spoiler. Ici j’opte pour un format court simplement parce que je ne trouve rien d’autre à dire à propos de ce bouquin.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Müller – Le Dernier Hiver

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Dernier Hiver
Série : Erectus – Tome 3
Auteur : Xavier Müller
Éditeur : XO éditions
Parution : 2022
Origine : France
393 pages

De quoi ça cause ?

Après deux pandémies régressives, l’humanité pouvait espérer retrouver son cours normal. Le répit sera de courte durée, une nouvelle épidémie plonge ses victimes dans un état proche de l’hibernation. Et si ce n’était que le premier symptôme d’un mal qui dépasse l’imagination ?

Lucas Carvalho va rejoindre les équipes de Futurabio afin d’enrayer un fléau qui pourrait bien sonner le glas de l’humanité…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le troisième et dernier opus de la trilogie Erectus. Impossible de faire l’impasse sur la conclusion de cette série aussi improbable que crédible (paradoxe quand tu nous tiens).

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour l’ultime opus de sa trilogie régressive Xavier Müller repousse encore les limites de la régression et, une fois de plus, parvient à rendre crédible un scénario hautement improbable. Beaucoup de données scientifiques (vérifiées et vérifiables) viennent s’intégrer à l’intrigue sans jamais assommer le lecteur de théories à rallonge, soporifiques à souhait.

Les lecteurs des précédents opus retrouveront avec plaisir des personnages déjà croisés, tels que Lucas Carvalho, Anna Meunier ou encore Wuan. D’autres, comme Alice, la fille d’Anna, seront appelés à jouer un rôle plus actif dans le déroulé de l’intrigue. Enfin le lecteur découvrira aussi de nouveaux acteurs qui auront un impact direct sur le récit, certains ayant des intentions pas forcément des plus louables.

Une fois de plus Xavier Müller ne se contente pas de nous servir du réchauffé, il renouvelle son intrigue et apporte une dimension supplémentaire à son roman avec des nouveaux défis et enjeux pour ses héros et l’humanité.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette troisième régression tant elle est audacieuse, mais je préfère ne rien divulguer qui puisse gâcher le plaisir de la découverte des futurs lecteurs et lectrices. Sachez simplement que les surprises et autres retournements de situation seront légion au fil des chapitres.

Pour faire simple, je dirai que Xavier Müller nous offre un final en apothéose. La longueur de cette chronique est inversement proportionnelle à l’intérêt du bouquin, c’est juste que des fois il faut prendre sur soi et être concis… même si cela est un tantinet frustrant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Il Était Une Fois La Guerre

AU MENU DU JOUR


Titre : Il Était Une Fois La Guerre
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
250 pages

De quoi ça cause ?

Sébastien Braqui est soldat. Sa mission : assurer les convois logistiques. Au volant de son camion, il assiste aux mutations d’un pays et de sa guerre. Homme brisé par les horreurs vécues, il devra subir le rejet de ses compatriotes lorsque sonnera l’heure de la défaite. C’est sa descente aux enfers et celle de sa famille que décide de raconter un reporter de guerre devenu son frère d’âme après les tragédies traversées « là-bas ».

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une maison d’édition dont le catalogue regorge de pépites.

Parce que c’est Estelle Tharreau, ses quatre précédents romans m’ont tous fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je tiens à préciser que je place ceux – et celles – qui crachent à la gueule des soldats qui rentrent de campagne, au même niveau que les raclures qui aboient « Suicidez-vous ! » aux flics lors de manifestations. Libre à tout un chacun de condamner un conflit dans lequel notre armée est engagée, mais ce n’est pas une raison pour mépriser les militaires qui ont pris part à ce conflit ; ils n’ont fait que leur boulot et, ne serait-ce que pour ce qu’ils ont vu ou enduré, méritent le respect.

Autant vous le dire franco, avec ce bouquin Estelle Tharreau m’a pris aux tripes. Elle a su trouver les mots justes pour décrire l’inexorable dérive d’un soldat et d’une famille. Un soldat qui s’emmure dans le silence tout simplement parce qu’il ne trouve pas les mots pour expliquer à sa femme et à sa fille ce qu’il ressent, et encore moins ce qu’il a vécu. Une épouse et une fille qui ne comprennent pas ce silence qu’elles ne savent comment interpréter.

Au fil des campagnes auxquelles participe Sébastien, on voit le Shonga (un pays fictif situé quelque part en Afrique) s’enfoncer dans la déchéance et la misère ; les soldats français ont de plus en plus de mal à comprendre leurs missions… d’autant qu’elles vont parfois frôler l’absurdité (livraison d’armes et de vivres à ceux qui étaient les ennemis d’hier). Les soldats vont aussi devoir assister, avec interdiction formelle d’intervenir, aux massacres interethniques (toute ressemblance… n’est à priori pas le fruit du hasard).

Outre le stress post-traumatique engendré par ce que Sébastien a dû voir et parfois faire, il va aussi devoir composer avec la haine de la population civile à son retour en France, une armée qui ne veut plus de ces vétérans – perdants d’une guerre sale et impopulaire –, une administration fidèle à elle-même…

Au fil des chapitres on alterne entre une narration à la troisième personne (ou plus exactement une narration omnisciente puisqu’elle n’est pas centrée sur un unique personnage) et une narration à la première personne qui donne alors la parole à un reporter de guerre qui s’est lié d’amitié avec Sébastien.

Les différentes parties du roman se présentent sous forme d’un compte à rebours allant de 1095 jours avant explosion à Explosion. Un sinistre décompte qui laisse présager le pire. Un pire qui va commencer à prendre forme dans l’esprit de Sébastien jusqu’à planifier son ultime action dans les moindres détails.

La grande force du roman est de s’intéresser à l’épouse (Claire) et à la fille (Virginie) de Sébastien, on voit le fossé se creuser inexorablement à grand renfort de non-dits. Le traitement des personnages est un sans-faute qui participe grandement à la réussite du bouquin.

Un récit souvent dur, mais toujours empli d’humanité ; un thriller psychologique totalement maîtrisé qui est aussi un magnifique hommage à nos soldats.

PS : je suis très en retard dans la rédaction et la mise en ligne de ce post, comme beaucoup – j’aimerai dire tout le monde, mais malheureusement pour certains la fin de l’année n’a pas forcément un air de fête –, j’ai été quelque peu occupé avec les préparatifs de Noël.

MON VERDICT

Coup double