[BOUQUINS] Harper Lee & Fred Fordham – Ne Tirez Pas Sur L’Oiseau Moqueur

AU MENU DU JOUR

H. Lee - Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Titre : Ne Tirez Pas Sur L’Oiseau Moqueur
Auteur : Harper Lee
Dessin : Fred Fordham
Éditeur : Grasset
Parution : 2018
Origine : USA
288 pages

De quoi ça cause ?

1933, Maycomb (Alabama). Atticus Finch, avocat, élève seul ses deux enfants Jeremy (Jem) et Jean Louise (Scout). Quand il accepte de défendre Tom Robinson, un Noir accusé d’avoir violé une Blanche, la vie de la famille Finch bascule.

Scout, la narratrice, découvre alors que l’âme humaine peut être salement pervertie, loin des valeurs qu’Atticus s’efforce d’inculquer à ses enfants.

Ma Chronique

Ne Tirez Pas Sur L’Oiseau Moqueur fait partie de ces classiques incontournables que je me promettais de lire chaque fois que je le croisais en explorant les méandres de mon Stock à Lire Numérique… avant de passer à autre chose !

Grâce à la générosité du Père Noël, je peux enfin découvrir ce texte sous la forme d’un roman graphique. Le texte français est celui de l’édition de 2005, il s’agit de la traduction d’Isabelle Stoïanov révisée par Isabelle Hausser.

Paru en 1960, alors que le mouvement pour les droits civiques est au coeur de l’actualité américaine, ce premier roman de Harper Lee fait office de pavé dans la mare, ce qui ne l’empêchera pas de connaître un succès jamais démenti depuis (il a été récompensé par le prix Pulitzer en 1961).

Pour l’anecdote, il faudra attendre 2015 pour découvrir un second roman de l’auteure, Va Et Poste Une Sentinelle, qui peut être considéré comme une suite de celui-ci, l’intrigue suivant la famille Finch en 1955. C’est pourtant ce dernier roman que Harper Lee a proposé à son éditeur en 1960, il lui conseillera plutôt d’écrire un récit à la première personne sur la jeunesse de son héroïne, Scout Finch.

Et donc voilà la jeune Scout qui nous raconte son histoire. Retour en 1933 alors que les USA sont dans le marasme de la Grande Dépression (la crise économique majeure qui a suivi le krach boursier de 1929). Dans les États du Sud le racisme est fortement ancré dans les mentalités de certains, on flirte même avec la tare congénitale.

Heureusement tous ne sont pas comme ça, Atticus Finch inculque à ses enfants des valeurs telles que le respect et la tolérance. Quelle cruelle désillusion pour la jeune Scout et son frère quand ils réalisent que ces bons sentiments ne sont pas partagés par tous. Quand ils voient le voisin qui hier saluait cordialement Atticus, lui cracher à la gueule et le menacer…

Si les thèmes abordés sont graves (inégalités sociales et raciales, respect et tolérance, rôle de la femme, apprentissage de la vie, fin de l’innocence…) Ils sont traités sans sombrer dans le pathos, on dénote même une certaine légèreté liée au regard que porte une enfant sur les événements et les gens.

Pour souligner son propos, l’auteure nous fait partager le quotidien insouciant de Jem, Scout et Dill (leur voisin le temps des vacances d’été et ami) dans la première partie du récit. Peu à peu elle les confronte à la noirceur de l’âme de certains de leurs voisins et supposés amis.

Le trait de Fred Fordham est fin et précis, on est instantanément en totale immersion dans le récit. Un récit intemporel qui, malheureusement, pourrait encore de nos jours trouver des échos bien réels dans l’actualité (et pas que de l’autre côté de l’Atlantique).

Ce n’est pas parce qu’on est battu d’avance qu’il ne faut pas essayer de gagner.

Au risque de faire convulser les puristes, j’ai trouvé que le format roman graphique offrait une excellente approche du récit de Harper Lee. Sincèrement je ne pense pas que lire le roman m’apportera beaucoup plus que ce que j’ai déjà retiré de cette lecture.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Neal Shusterman – Le Glas

AU MENU DU JOUR

N. Shusterman - Le Glas

Titre : Le Glas
Série : La Faucheuse – Tome 3
Auteur : Neal Shusterman
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : USA
720 pages

De quoi ça cause ?

Maître Goddard est enfin arrivé à ses fins, plus rien ni personne ne peut faire obstacle à sa soif de pouvoir et à l’expansion de son Nouvel Ordre.

Des Faucheurs de la Vieille Garde refusent encore de lui prêter allégeance mais ils sont de moins en moins nombreux, et surtout il leur manque une figure de proue pour les fédérer.

A l’inverse les Tonistes se sont réunis derrière un mystérieux prophète qui se fait appeler Le Glas ; et si c’était lui la réponse à la menace que représente Maître Goddard. D’autant que Le Glas est le seul humain avec qui le Thunderhead accepte de communiquer.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il s’agit de l’ultime opus de la trilogie La Faucheuse et qu’il me tarde de connaître le fin mot de l’histoire… surtout après le final explosif du tome précédent.

Ma Chronique

Et dire que j’ai bien failli ne jamais lire cette trilogie, je serai passé à côté de quelque chose qui mérite vraiment le détour ; comme quoi il ne faut pas toujours se fier aux étiquettes. Dans le cas présent c’est l’étiquette young adult qui me rebutait, je fais un blocage sur la littérature jeunesse. Heureusement qu’un Book Club est passé par là pour me convaincre de surmonter mes a priori.

Afin d’éviter tout spoiler je vais volontairement faire court et rester, autant que faire se peut dans le vague.

Au commencement était le Verbe… Ah non, merde ! Ça c’est une autre histoire…

Dés le début du récit l’intrigue part dans plusieurs directions. Les Tonistes se rassemblent autour de leur nouveau prophète, Le Glas (The Toll en anglais… ça devrait vous donner un indice quant à son identité). Une mission de récupération des reliques d’Endura est conduite par Maître Possuelo, Faucheur de la région d’Amazonie. Maître Faraday et sa complice Munira savent désormais où se situe l’angle mort du Thunderhead et espèrent trouver l’ultime recours prévu par les Maîtres Fondateurs.

Les choses se mettent en place lentement mais sûrement avant de s’assembler. Neal Shusterman donne le ton d’entrée de jeu en installant une ambiance aussi sombre que tendue. Et ça va aller crescendo au fil des coups de sang de Maître Goddard, plus imprévisible et plus incontrôlable que jamais.

Une intrigue menée de main de maître qui nous réserve bien des surprises et quelques brusques poussées d’adrénaline. On voulait du lourd pour clore cette trilogie en beauté, l’auteur va au-delà de nos espérances !

Bien entendu on retrouve avec plaisir un bon nombre de personnages déjà croisés dans les deux précédents tomes. Si vous vous inquiétez du devenir de Citra et Rowan, je dirai simplement que l’illustration de Kevin Tong en couverture répond à la question même si les apparences peuvent parfois être trompeuses…

Neal Shusterman introduit aussi de nouveaux venus, dont certains, tels le/la capitaine de navire Jerico Soberanis et l’ex agent Nimbus Loriana Barchok, seront appelés à jouer un rôle majeur dans le déroulé de l’intrigue.

Le roman le plus dense et le plus intense de la trilogie, il fallait bien ça pour conclure en apothéose une trilogie qui flirte avec l’excellence.

Une adaptation pour le cinéma est en chantier mais pour le moment on sait que c’est Universal qui a les droits, ni date de sortie, ni casting… Pas pour tout de suite donc, mais je suis curieux de voir ce que ça pourrait donner.

MON VERDICT

[BOUQUINS] JP Delaney – Mensonge

AU MENU DU JOUR

JP Delaney - Mensonge
Titre : Mensonge
Auteur : JP Delaney
Éditeur : Fayard
Parution : 2019
Origine : Etats-Unis (2018)
432 pages

De quoi ça cause ?

Extrait de la quatrième de couv’

Étudiante en art dramatique à New York, Claire finance ses cours de théâtre en jouant un rôle peu conventionnel : elle flirte, pour le compte d’un cabinet d’avocats spécialisé dans les divorces, avec des hommes mariés suspectés d’infidélité.

Sa couverture fonctionne parfaitement, jusqu’à ce que l’une de ses « proies » soit soupçonnée de meurtre… La police exige alors de Claire qu’elle utilise ses talents d’actrice pour pousser Patrick Fogler à confesser son crime.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais apprécié le précédent roman de JP Delaney, La Fille D’Avant, tout en lui reprochant un évident manque de profondeur au niveau des personnages. J’espérais donc une intrigue aussi bien construite et maîtrisée avec des personnages nettement plus étoffés.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée qui m’a permis de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 18 septembre).

Dans ses remerciements l’auteur nous apprend que ce roman est la réécriture complète d’un de ses précédents bouquins publié dix-sept ans plus tôt. Il ne m’a pas fallu longtemps pour identifier le titre en question (merci Google), publié en français sous le titre L’Appât et signé Tony Strong (Anthony Capella de son vrai nom).

Si le précédent roman de JP Delaney (le premier signé sous ce pseudonyme), La Fille D’Avant, m’avait séduit par la qualité de son intrigue, j’étais nettement plus mitigé quant à la profondeur des personnages qui étaient soit creux, soit trop stéréotypés. Autant dire que j’attendais beaucoup de ce second roman, ni plus ni moins qu’un sans-faute aussi bien au niveau de l’intrigue que des personnages. Et bien entendu j’espérais aussi quelque chose de complètement différent du précédent roman.

Je n’aurai jamais imaginé que l’on puisse construire l’intrigue d’un thriller autour de Charles Baudelaire et de son recueil Les Fleurs Du Mal ; un challenge d’autant plus grand quand l’auteur est britannique. Et bin si ! Et ça fonctionne même rudement bien. Donc niveau surprise et originalité le deal est rempli.

Si certains aspects de l’intrigue s’avèrent parfois prévisibles, nul doute que bien des retournements de situation vous laisseront sur le cul. Je reconnais volontiers m’être laissé berner plus d’une fois… et j’ai adoré ça. Rien à redire l’auteur mène sa barque d’un main de maître et je peux vous assurer que la traversée sera tout sauf un long fleuve tranquille !

JP Delaney nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé et je ne vous apprendrais pas que pour que la sauce prenne dans ce genre de roman, il faut apporter un soin tout particulier aux personnages.

L’accroche en couverture annonce la couleur avec le très prometteur : « Aime-moi. Confie-toi. Mais ne me crois pas. » Et je vous garantis que ce n’est pas une simple accroche marketing. Au fil des pages nous n’aurons de cesse de comprendre qui manipule qui, qui dit la vérité, qui ment… Qu’il s’agisse de Claire (l’apprenti comédienne), de Patrick (le présumé coupable qu’elle doit démasquer) ou de la police (tout particulièrement via le personnage de Kathryn Latham, profiler de son état).

Impossible de lâcher le bouquin une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Et tout est mis en oeuvre pour rendre l’appât irrésistible dès les premières pages. Je l’ai dévoré en deux jours, les obligations professionnelles imposant une pause forcée ; sans ça nul doute que je l’aurai lu d’une traite.

J’aimerai tempérer mon enthousiasme en soulevant un bémol (même minime) mais rien ne me vient à l’esprit après avoir refermé ce roman. Si je voulais pinailler, limite user de mauvaise foi, je pourrai toujours dire que ce bouquin ne révolutionnera pas le genre mais force est de reconnaître que les révolutions sont rares dans un genre si souvent décliné à toutes les sauces possibles et imaginables.

Ce sera donc un coup de cœur amplement mérité.

Un troisième titre signé JP Delaney est d’ores et déjà disponible en VO et un quatrième est annoncé pour 2020. Je frétille déjà d’impatience dans l’attente de leur parution en français ; en espérant retrouver la même qualité, voire plus encore.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Anonyme – Que Le Diable L’Emporte

AU MENU DU JOUR

Anonyme - Que Le Diable L'>Emporte

Titre : Que Le Diable L’Emporte
Auteur : Anonyme
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA
400 pages

De quoi ça cause ?

JD, surtout connu comme étant le Bourbon Kid, et Beth essayent au mieux de mener une vie aussi normale que faire se peut. Pas évident quand on a le FBI aux trousses, mais aussi et surtout Scratch, le diable, qui n’a pas vraiment apprécié que le Kid la lui fasse à l’envers…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

La question ne se pose même pas. C’est le retour du Bourbon Kid, la saga la plus déjantée et la plus jouissive qu’il m’ait été donné de lire. Dès la première apparition du Bourbon Kid (Le Livre Sans Nom) j’ai été emballé par cet univers complètement barré, depuis je suis accro et je n’ai jamais été déçu…

Ma Chronique

Une fois n’est pas coutume, je vais faire mien l’avertissement qui figure en quatrième de couv’ : Vous êtes bien-pensant ? Conformiste ? Poli, honnête et respectable ? Vous voulez le rester ? N’ouvrez jamais ce livre.

Force est de reconnaître que notre anonyme préféré revient au top de la forme ! Plus barré que jamais. Plus trash que jamais. Plus irrespectueux que jamais ! Bref, c’est tout ce qu’on aime en version XXL.

Outre le Kid et Beth, les Dead Hunters (Rodeo Rex, Elvis et Jasmine) seront aussi de la partie, ainsi que l’inénarrable Sanchez et sa petite amie, Flake. Bien entendu il faudra aussi compter avec le diabolique Scratch, déterminé à faire payer le prix fort au Kid qui l’a roulé dans la farine en se faisant passer pour mort.

Bien entendu il faudra aussi compter avec de nouveaux personnages, vous croiserez notamment un certain comte Dracula qui en verra de toutes les couleurs (mais aussi et surtout de toutes les odeurs).

Tout ce beau monde vous invite à les rejoindre dans un voyage en absurdie où tous les coups sont permis, et ils ne se refusent rien quand il s’agit de mettre de l’ambiance ! Est-il besoin de préciser que l’intrigue du présent roman est totalement déjantée ? Les amateurs du Bourbon Kid se régaleront et n’en finiront pas de se marrer… Et les autres ? Quels autres ? Ils n’existent pas…

Je ne résiste pas à l’envie de partager un de ces moments de poésie en prose fleurie dont le roman foisonne :

Sentant que son cul commençait à transpirer sérieusement sous la pression de l’interrogatoire de Flake, Sanchez porta sa main à son slip pour l’extraire de sa raie, et se sentit immédiatement soulagé.

C’est beau, non ?

Cette cuvée 2019 du Bourbon Kid est incontestablement un grand cru qui régalera les amateurs (oui je sais, je l’ai déjà dit).

Le roman peut sans doute se lire indépendamment des autres mais pour l’apprécier pleinement je pense qu’il vaut mieux connaître la saga depuis ses débuts ; et puis ce serait dommage de se priver de ces romans purement et simplement jouissifs.

L’auteur, étonnamment toujours aussi anonyme qu’à ses débuts, fidèle à son habitude, termine son roman par un énigmatique et prometteur FIN (peut-être…). Pour ma part je ne serai pas surpris de retrouver prochainement le Kid pour une ultime (?) mission ; d’une part parce qu’il en fait la promesse à la fin du présent roman, d’autre part parce que les cartes ont été redistribuées afin d’équilibrer la partie…

Pour l’anecdote j’avais sollicité ce bouquin via Net Galley, mais pour une raison X ou Y qui m’échappe, depuis le mois dernier Sonatine rejette toutes mes demandes alors qu’auparavant ils avaient plutôt tendance à les accepter systématiquement. Je vais voir si cela se confirme à l’avenir, au cas où je les contacterais afin d’avoir une explication (ça ne me traumatise pas outre mesure, mais j’aime comprendre le pourquoi du comment des choses).

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Son Vrai Visage

AU MENU DU JOUR

K. Slaughter - Son Vrai Visage
Titre : Son Vrai Visage
Auteur : Karin Slaughter
Éditeur : Harper Collins
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
576 pages

De quoi ça cause ?

Laura Oliver est une orthophoniste renommée dans le quartier chic de Belle Isle, une femme sans histoire qui mène une vie ordinaire.

Un midi, alors qu’elle déjeune avec sa fille, Andrea, un jeune homme débarque dans le snack et commence à ouvrir le feu sur les clients. Laura s’interpose entre le tireur et sa fille, quand l’homme cherche à lui porter un coup de poignard, elle détourne son geste et le tue.

Légitime défense ou meurtre de sang-froid ? Andrea ne peut s’empêcher de se poser la question, mais elle n’aura guère l’occasion d’y réfléchir avant de s’engager, bien malgré elle, dans un road trip à haut risque sur les traces du passé de sa mère…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karin Slaughter, une auteure que je connais surtout pour ses romans consacrés à Sara Linton et Will Trent. C’est le premier thriller one shot de l’auteure que je lis (j’avais lu et apprécié sa nouvelle comico-policière Pas De Pitié Pour Martin). Je pars donc curieux, mais confiant.

Ma Chronique

Karin Slaughter plonge le lecteur au cœur de l’action dès le premier chapitre. On comprend rapidement le fossé qui sépare la mère et la fille. D’un côté Laura, quinquagénaire dynamique à qui tout semble réussir, vie professionnelle brillante, connue et respectée de tous. De l’autre Andrea, une trentenaire indécise, en proie au doute quant à sa vie personnelle et son avenir. Des personnalités opposées que l’on sent toutefois liées par un lien indéfectible qui va bien au-delà de la relation classique mère-fille ; un lien qui a beaucoup à voir avec une période difficile que Laura a traversée avec le soutien sans faille de sa fille.

Justement ce déjeuner mère/fille était l’occasion d’aborder la question de l’avenir d’Andrea ; sauf qu’il a fallu qu’un petit con vienne tout foutre en l’air en faisant irruption dans le snack, tirant sur tout ce qui bouge. La tranquille Laura se transforme alors en louve pour protéger sa fille et game over pour le petit con flingueur (aucun lien de parenté avec les célèbres Tontons Flingueurs). Je vous laisse imaginer la surprise pour Andrea…

Mais la pauvre Andrea n’est pas au bout de ses surprises, le soir même elle va se retrouver confrontée à un nouveau danger. Ce sera pour elle, suivant les consignes de Laura, le début d’une cavale mouvementée… Et encore plus de questions concernant le passé de sa mère.

Vous l’aurez compris, avec Son Vrai Visage l’auteure joue à fond la carte du thriller au féminin. Les hommes n’en sont pas absents, mais sont plutôt relégués au second plan, à part celui qui sert de fil rouge à l’ensemble de l’intrigue.

Pour nous aider à y voir plus clair dans cet embrouillamini, les chapitres alternent entre l’intrigue présente (en 2018) et des flashbacks qui nous renvoient en 1986. Dès le premier flashback on devine qui était la femme aujourd’hui connue comme étant Laura Oliver, à la fin du suivant j’ai compris qu’il ne fallait sans doute pas se fier aux apparences et un début d’explication alternative a fait son bonhomme de chemin dans mon esprit (raisonnement qui s’avérera exact par la suite).

Karin Slaughter, fidèle à son habitude, maîtrise son intrigue sur le bout des doigts et sait y faire pour nous rendre accro. Les personnages sont mitonnés aux petits oignons, le rythme est bien dosé… tout est fait pour que l’on ait du mal à lâcher le bouquin une fois que l’on a mordu à l’hameçon.

À chaud on aurait tendance à maudire Andrea qui prend parfois (souvent) de mauvaises décisions, mais rétrospectivement difficile, pour ne pas dire impossible, d’affirmer à 100% que l’on n’aurait pas fait les mêmes erreurs, voire même pire encore ! Ces faux pas contribuent grandement à donner une dimension humaine à une jeune femme ordinaire qui se retrouve confrontée à une situation qui la dépasse totalement (on le serait à moins).

Pour ma part j’ai tendance à préférer les bouquins avec des chapitres courts (pas par flemme, juste parce que c’est plus facile de m’y retrouver quand je passe du PC à la liseuse, ou inversement). Ceci dit (et c’est dit juste histoire de chercher la petite bête… non merci, cette fois je fous la paix aux postérieurs des mouches) force est de reconnaître que l’ensemble tient parfaitement la route, sans longueurs ni temps morts.

À l’avenir je pense que j’alternerai entre les enquêtes de Sara Linton et Will Trent et les romans one shot (voire one and a half) de l’auteure.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bryan Reardon – Le Vrai Michael Swann

AU MENU DU JOUR

B. Reardon - Le vrai Michael Swann
Titre : Le Vrai Michael Swann
Auteur : Bryan Reardon
Éditeur : Gallimard
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
432 pages

De quoi ça cause ?

Julia et Michael Swann vivent paisiblement dans leur maison de la banlieue de Philadelphie avec leurs deux enfants.

Un soir, alors que Michael est au téléphone avec Julia depuis New York, la liaison est brusquement interrompue. Une bombe a explosé à Penn Station, où se trouvait justement Michael…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Bryan Reardon m’avait bluffé avec son précédent et premier roman, Jake. J’espérais retrouver la même intensité et la même humanité dans ce second roman ; mais aussi quelque chose de différent.

Ma Chronique

La lecture du roman Jake de Bryan Reardon fut incontestablement une révélation de l’année 2018, un véritable tsunami émotionnel d’où se dégageaient une humanité et une empathie phénoménales ; c’est ce que j’espérais retrouver en ouvrant Le Vrai Michael Swann, le second roman de l’auteur. La même intensité, mais servie par une intrigue complètement différente de celle de Jake.

Incontestablement Bryan Reardon sait mettre des mots sur la détresse humaine et nous faire ressentir des émotions fortes. De nouveau il confronte ses personnages (Julia Swann en l’occurrence) aux pires situations et pour y faire face ils devront puiser dans une force qu’ils ignoraient posséder. Le premier deal est donc rempli haut la main, on retrouve des émotions brutes et un récit profondément humain.

L’intrigue est plutôt bien construite et devient rapidement addictive, mais je l’ai trouvée trop proche de celle de Jake ; les deux récits n’ont bien évidemment rien en commun sur le fond, mais c’est dans la forme et plus particulièrement dans la façon de les traiter que les similitudes sont flagrantes. J’espérais une approche totalement nouvelle, donc un peu déçu sur ce coup.

Au fil des chapitres l’on découvre les grandes étapes qui ont marqué la vie de Julia et Michael, leur rencontre, la naissance des enfants, le déménagement… Une famille de la classe moyenne parmi tant d’autres, avec des hauts et des bas comme tout le monde. Des gens ordinaires en somme dont on partage le quotidien dans une Amérique en proie à la crise ; en pleine campagne électorale qui se soldera par la victoire de Donald Trump.

Bryan Reardon nous mitonne une intrigue qui tient plutôt bien la route malgré quelques détails qui manquent de vraisemblance, pas de quoi gâcher le plaisir, ni de quoi nous couper l’envie de connaître le fin mot de l’histoire.

C’est volontairement que je ne m’épanche ni sur l’intrigue ni sur les personnages. C’est un roman qui gagne à être découvert au fil des pages.

Je referme le bouquin plutôt satisfait, mais pas totalement conquis. J’espère que le troisième roman de l’auteur, déjà disponible outre-Atlantique, me surprendra par une approche différente de l’intrigue et une construction inédite du récit.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Steve Hamilton – La Deuxième Vie De Nick Mason

AU MENU DU JOUR

S. Hamilton - La deuxième vie de Nick Mason
Titre : La Deuxième Vie De Nick Mason
Auteur : Steve Hamilton
Éditeur : Clamann-Lévy
Parution : USA (2016)
Origine : France
310 pages

De quoi ça cause ?

Nick Mason sort de prison après cinq ans de détention alors qu’il devait purger une peine de vingt-cinq ans. Il doit sa libération a un deal passé avec Darius Cole, un puissant caïd e Chicago condamné à perpét.

Mais Nick Mason n’est pas pour autant totalement libre. Le deal est simple : quand le téléphone sonne, il répond et il fait ce qu’on lui demande sans discuter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est le hasard qui m’a poussé à me pencher sur ce bouquin, le pitch m’a plu alors pourquoi pas ? Le fait que des auteurs comme Don Winslow, Michael Connelly, Lee Child, Harlan Coben ou encore Stephen King l’encensent m’a un peu aidé, j’avoue.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Malgré une quatrième de couv’ des plus attrayante (à mon goût en tout cas) et un accueil outre-Atlantique dithyrambique (aussi bien par la critique que par ses pairs… et non des moindres), il restait un frein susceptible de freiner mes ardeurs.

Ce roman est en effet le premier tome d’une trilogie, du coup l’idée de devoir patienter pendant un temps indéterminé avant de découvrir la suite a jeté un froid sur mon enthousiasme initial (chat échaudé craint l’eau froide… suivez mon regard vers un certain GRRM qui nous fait languir depuis des années avec la suite du Trône de Fer). Une rapide recherche sur le Net a suffi à dissiper mes doutes, les deux autres opus sont d’ores et déjà disponibles en VO, on peut donc légitimement espérer une traduction française dans des délais raisonnables.

Si Steve Hamilton a déjà plusieurs romans à son actif, dont quelques-uns traduits en français, j’avoue humblement que je ne connaissais pas du tout l’auteur avant de croiser ce titre dans le calendrier « à paraître » de Babelio. Tant qu’à découvrir un nouvel auteur, autant commencer par le début d’un nouveau cycle (sa précédente série, Alex McKnight, compte déjà onze titres, dont seulement trois dispo en VF chez Seuil).

La première phrase du roman donne le ton d’emblée :

La liberté de Nick Mason dura moins d’une minute.

Plus tard, Darius Cole lui exposera la condition sine qua non à sa remise de peine :

Pendant ces vingt ans-là, ta vie m’appartiendra, oui, à moi.

Enfin, à sa sortie de prison, Marcos Quintero, l’homme de confiance de Cole, enfoncera le clou en lui fixant une seule et unique règle qui régira ses prochaines années :

Je vais te donner un portable. Tu réponds quand je t’appelle. Où que ce soit. Jour et nuit. Pas question d’être occupé. Pas question d’être indisponible. Il n’y a que toi qui réponds. Et tu fais exactement ce que je te dis de faire.

Pas simple dans ces conditions pour Nick Mason de renouer le contact avec son ex et surtout avec sa fille ; d’autant que le téléphone ne tardera pas à sonner. Et Nick de comprendre dans quel merdier il s’est fourré !

La construction du roman permet non seulement de suivre le déroulé de l’intrigue, mais aussi d’en apprendre davantage sur le passé de Nick Mason, notamment sur les raisons de sa condamnation et, de fait, sa rencontre avec Darius Cole. Des flashbacks parfaitement intégrés au récit présent sans rompre le rythme (soutenu) de croisière imposé par l’auteur.

Une intrigue que Steve Hamilton mène à la baguette sans le moindre faux pas. Pas véritablement de revirements inattendus de situation, mais il n’empêche que vous aurez du mal à lâcher ce bouquin une fois qu’il vous aura pris dans ses mailles. Un premier tome qui remplit parfaitement le contrat en somme : planter le décor et les personnages, et nous donner envie de découvrir la suite…

Sans surprise, ce premier tome ne nous livre pas toutes les clés permettant de discerner l’avenir de Nick Mason, de nombreuses questions restent sans réponse, il a toutefois le mérite d’apporter une conclusion cohérente à tout un pan de l’intrigue.

J’ai beaucoup aimé le soin apporté aux personnages, notamment l’absence de manichéisme, il n’y a pas du tout blanc ou du noir, juste une large palette de nuances de gris. J’aurais beaucoup de plaisir à retrouver Mason, Cole et Quintero ; mais aussi Sandoval, un inspecteur qui s’est juré de renvoyer Mason en taule.

Vous l’aurez compris j’ai succombé aux charmes de cette découverte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Stephen King – Élévation

AU MENU DU JOUR

S. King - Elévation
Titre : Élévation
Auteur : Stephen King
Éditeur : Le Livre de Poche
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
160 pages

De quoi ça cause ?

Scott Carey perd inexorablement du poids sans que cela n’affecte son apparence physique. Il se confie à son ami Bob Ellis, médecin à la retraite, qui ne peut que constater l’impossible vérité.

Dans le même temps, Scott décide de partir en croisade contre les préjugés dont sont victimes ses voisines, un couple de lesbiennes qui vient d’ouvrir un restaurant. Préjugés qui menacent gravement l’avenir du restaurant.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Stephen King, what else ?

Ma Chronique

Ce n’est pas la première fois que Stephen King confronte ses lecteurs à une perte de poids inexplicable ; c’est en effet en 1987 que le public français découvre le roman La Peau Sur Les Os signé Richard Bachman. Plus de trente ans plus tard, il remet ça avec Élévation ; un thème central identique, mais deux intrigues et deux approches radicalement différentes.

Avec ce court roman Stephen King nous livre un plaidoyer pour la tolérance et le respect des autres. Le leitmotiv, un peu illusoire malheureusement, pourrait être de faire de nos différences une richesse en balayant définitivement les préjugés et en s’ouvrant aux autres. Incontestablement Élévation il y a donc par la grandeur d’âme du message porté.

Stephen King aurait pu jouer sur la dimension dramatique de son intrigue en mettant l’accent sur la peur de son personnage face à un phénomène inexplicable et dont l’issue semble inévitable (plus il perd du poids, moins la gravité a de prise sur lui) ; trop facile ! C’est bien plus audacieux de faire fi de cet aspect dramatique en dotant Scott d’un optimisme à toute épreuve, il ne se résigne pas às son sort, il l’accepte et décide d’en tirer le meilleur.

Un pari osé qui fonctionne impeccablement, le lecteur obéit à la même dynamique et en vient aussi à faire abstraction du côté dramatique, on se laisse porter par l’optimisme contagieux de Scott.

Le King soigne autant ses personnages que son intrigue. Il nous offre quelques pages d’une incroyable richesse, un condensé d’émotions 100% positives.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Brian Panowich – Comme Les Lions

AU MENU DU JOUR

B. Panowich - Comme Les Lions
Titre : Comme Les Lions
Auteur : Brian Panowich
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Extrait de la 4ème de couv’ :

Clayton Burroughs est le shérif d’une petite ville de Géorgie, un jeune papa et, contre toute attente, l’héritier présomptif du clan criminel le plus célèbre de Bull Mountain. Entre la paternité, son boulot et les séquelles d’un long conflit qui a coûté la vie à ses deux frères hors-la-loi, il fait ce qu’il peut pour survivre. Mais après avoir marché droit pendant des années, sur le fil ténu qui sépare le maintien de l’ordre et les agissements de sa famille, il doit finalement choisir.

Lorsqu’un clan rival fait une première incursion dans le territoire Burroughs, laissant dans son sillage une série de cadavres et un parfum de peur, Clayton est de nouveau entraîné dans la vie qu’il voulait à tout prix quitter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’avec Bull Mountain, l’auteur nous proposait un premier roman d’une rare intensité. Impossible de résister à l’appel d’un nouveau séjour sur la montagne la plus mal famée de Géorgie !

Ma Chronique

Dans ses remerciements Brian Panowich nous explique que la rédaction d’un second roman est un exercice particulièrement difficile ; je suppose que c’est d’autant plus vrai quand le roman précédent a bénéficié d’un accueil critique et public des plus enthousiastes. Non seulement l’auteur est passé de l’ombre à la lumière, mais il est surtout attendu au tournant, et il le sait ; du coup ça lui fout une pression supplémentaire.

Avec Bull Mountain la barre était haute, très haute ! Mais pas totalement infranchissable du fait de quelques erreurs de jeunesse. Comme Les Lions parvient-il à égaler, voire à dépasser son aîné ?

Difficile de répondre de façon catégorique tant les deux romans sont différents dans le traitement de l’intrigue. S’il est encore question d’héritage familial (et de famille au sens étendu du terme), la famille n’est plus au cœur de l’intrigue, en tout cas pas avec la même intensité dramatique que ce fut le cas à la lecture de Bull Mountain (il faut dire que la confrontation entre Clayton et son frère prenait une dimension quasiment biblique).

Même si l’intrigue de ce second roman peut sembler plus classique, la plume de l’auteur n’a pas perdu en efficacité quand il s’agit d’exposer la noirceur de l’âme humaine. En la matière le clan Viner n’a pas grand-chose à envier aux Burroughs…

Le roman s’ouvre et se ferme sur un flashback, un final brillant qui permet de voir toute l’intrigue sous un jour nouveau (et totalement inattendu pour ma part). Dès les premières pages l’auteur annonce la couleur, noir c’est noir. Au fil des chapitres il n’apportera que de rares touches de clarté au milieu des ténèbres ambiantes ; et encore, faut-il vraiment se fier aux apparences ?

Un second opus donne la part belle (le terme n’est pas forcément très judicieux au vu de ce qu’elles subissent) aux personnages féminins. Après tout, c’est bien connu que chez les lions ce sont les femelles qui se tapent tout le sale boulot !

Une fois de plus le roman est porté par ses personnages, qu’il s’agisse de ceux que l’on connaît déjà et que l’on redécouvre sous un autre jour, ou des nouveaux venus qui veulent imposer leur griffe au récit. Un poker menteur où le moindre faux pas se paye au prix fort !

Brian Panowich ne vous laissera pas le temps de profiter des paysages, le rythme imposé est soutenu, sans le moindre temps mort ; il se passe toujours quelque chose sur cette maudite colline. Pour cette seconde excursion, vous avez intérêt à avoir le cœur bien accroché, la balade ne sera pas un long fleuve tranquille.

Voilà pourquoi je vous disais plus haut que j’étais incapable de trancher par une réponse catégorique ; si Comme Les Lions n’a sans doute pas la même intensité dramatique que son aîné, il vous propose toutefois une intrigue parfaitement maîtrisée, réglée comme du papier à musique. Une mélodie noire sans la moindre fausse note qui a tout pour séduire, même les plus exigeants.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Anthony Neil Smith – Lune Noire

AU MENU DU JOUR

A. Neil Smith - Lune Noire
Titre : Lune Noire
Auteur : Anthony Neil Smith
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA (2008)
304 pages

De quoi ça cause ?

Billy Laffite est adjoint au shérif du comté de Yellow Medicine. Il a une vision très personnelle de la loi et n’hésite pas à franchir la ligne jaune pour arriver à ses fins.

Quand son amie, Drew, lui demande d’aider son petit copain, une petite frappe notoire qui s’est une fois de plus mis dans la merde, il n’hésite pas avant de prendre les choses en mains, bien décidé à gérer la question à sa manière.

Billy Laffite ne le sait pas encore, mais il vient de mettre les pieds dans une mécanique qui le dépasse largement. Quand les premiers cadavres font leur apparition, il est déjà trop tard pour faire machine arrière…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, comme d’hab.

Avant même la parution du bouquin, j’avais flashé sur sa couv’.

Parce que j’adore les flics borderline (et plus si affinités).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre… oups on rembobine, me suis trompé de bande !

Au commencement (comprendre au début du présent bouquin), on fait connaissance avec Billy Laffite alors qu’il est détenu par le FBI. On apprend assez rapidement que Laffite n’est pas franchement du genre incorruptible, loin s’en faut ! Du coup on a envie de comprendre comment il est arrivé là…

Vous vous demandez peut-être si je ne suis pas en train de vous faire un bis repetita de ma chronique de Corruption, le roman de Don Winslow, qui fut mon coup de cœur 2018. Que nenni ! Je reconnais volontiers que les deux romans débutent de façon assez similaire, mais Anthony Neil Smith s’engage rapidement sur une voie radicalement différente de celle empruntée par Don Winslow.

Si vous aimez les romans noirs bien noirs (humour compris) ? Vous en avez marre de ces héros qui pensent et lavent plus blanc que blanc ? Vous voulez un héros bad ass pur jus ? Alors incontestablement Lune Noire est le bouquin qu’il vous faut !

Histoire de vous plonger au cœur de l’action Anthony Neil Smith opte pour un récit à la première personne, vous voilà dans la peau de Billy Laffite. Un costume qui peut parfois piquer aux entournures, plus encore que l’horrible pull en laine miteux offert par mamie à Noël dernier !

Passe encore que Billy soit roublard, menteur, fonceur, magouilleur, queutard, un poil alcoolo, un brin suicidaire… j’en passe et des meilleurs ! Il est aussi et surtout doté d’un tempérament sanguin qui va systématiquement privilégier l’instinct à la réflexion ; pour le meilleur (parfois) ou pour le pire (souvent)…

Le genre de gars que l’on serait tenté de prendre en grippe d’entrée de jeu ; eh bien non ! Je n’irai pas jusqu’à dire qu’à force de voir les choses à sa manière ou fini par adopter sa façon de faire et de penser, mais il n’en reste pas moins que l’auteur sait y faire pour nous rendre son antihéros sympathique et attachant (même si parfois on a envie de lui foutre des baffes).

Tout comme je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est foncièrement bon dans le fond (ou alors il faut creuser longtemps) mais il n’en reste pas moins qu’il a un grand cœur. La preuve ? C’est en voulant aider une amie (avec, il est vrai, une arrière-pensée lubrique) qu’il se retrouve impliqué dans une affaire de sûreté nationale et de terrorisme.

Face à lui, l’agent fédéral Franklin Rome, convaincu plus que de raison (à ce stade c’est même maniaco-obsessionnel) que Laffite est en lien direct avec ce réseau terroriste. Sûr de son bon droit Rome va tout mettre en oeuvre pour obtenir des aveux.

Le bouquin ne se limite pas une confrontation entre Laffite et Rome, il est bien plus dense que cela et fait intervenir de nombreux autres acteurs. C’est volontairement que je passe sous silence le cœur même de l’intrigue et le rôle de ces autres personnages. C’est un roman qui mérite d’être effeuillé progressivement afin d’en savourer chaque instant… laissons au seul lecteur la seule jouissance de le déflorer à son rythme.

Quand je suis arrivé à la fin du roman mon premier réflexe a été de me dire : « Ah bin merde alors, c’est déjà fini« . Il faut dire que ce final sonne un peu comme le top départ d’un second round. Et second round il y aura bel et bien puisque Sonatine va nous proposer de retrouver Billy Laffite en septembre avec le roman Bête Noire. Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, un troisième tome est déjà disponible en VO ; on peut légitimement espérer le voir figurer dans le prochain catalogue de l’éditeur.

Avec ce roman Sonatine ose, une fois de plus, proposer un titre qui sort des sentiers battus, et c’est justement pour ça que l’on aime cette maison d’édition.

MON VERDICT
Coup de poing