[BOUQUINS] Aidan Truhen – Allez Tous Vous Faire Foutre

AU MENU DU JOUR

A. Truhen - Allez tous vous faire foutre

Titre : Allez Tous Vous Faire Foutre
Auteur : Aidan Truhen
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Royaume-Uni
288 pages

De quoi ça cause ?

Jack Price est à la tête d’un fructueux et très organisé trafic de cocaïne, un job qui a de quoi rendre un tantinet parano. Aussi quand sa voisine du dessous se fait liquider, Jack pose des questions et cherche à comprendre.

Que des gros bras le tabassent copieusement passe encore, mais qu’on lui mette au cul une bande de tueurs de (sinistre) renommée internationale, faut pas pousser mémé dans les orties.

L’heure de la riposte a sonné pour Jack…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Il suffit de regarder la couv’ pour avoir la réponse à cette question : le titre et le visuel qui va avec ; impossible d’y résister. La quatrième de couv’ n’a fait que jeter de l’huile sur le feu de ma curiosité;

Sonatine et NetGalley ayant répondu favorablement à ma demande, je saute sur l’opportunité de découvrir ce bouquin en avant-première (parution le 8 novembre).

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si comme moi le nom d’Aidan Truhen ne vous dit rien, c’est parfaitement normal. C’est le nom de plume choisi par un écrivain britannique pour s’essayer au thriller. Mais alors qui est Aidan Truhen me demanderez-vous des étoiles dans les yeux et la bave aux lèvres. Au risque de vos décevoir je n’en sais foutre rien, mais je dois avouer que je n’ai pas beaucoup cherché non plus…

La première approche est plutôt déstabilisante par le style imposé par l’auteur, ou plutôt par une apparente absence totale de style. Rédigé à la première personne et au présent, on plonge directement dans la tête de Jack Prise et il nous assène ses pensées comme elles lui viennent. Brut de décoffrage, ponctuation et mise en page minimaliste en option.

Surprenant au départ, mais au fil des pages on réalise que ça fonctionne plutôt bien, à vrai dire cela s’impose même comme étant le seul choix possible pour que l’auteur ressente un minimum d’empathie pour Jack Price.

Appelons un chat un chat, Jack Price est l’archétype du parfait salaud. Amoral, asocial, égoïste, cynique… et fier de l’être ! Quand il vous expose ses théories, souvent malsaines, voire nocives, ça vous apparaît comme une évidence. Sans aller jusqu’à adhérer au propos, vous comprenez la façon dont Jack fonctionne.

Mais Jack Price est aussi redoutablement intelligent, il ne manque pas de ressources (au propre comme au figuré) quand il s’agit de sauver sa peau et de nuire à ses adversaires… Il compense l’absence de muscles par une activité neuronale en surchauffe.

Comme tout amateur de thriller, j’ai croisé, au fil de mes lectures, bien des façons de mourir, je n’irai pas jusqu’à parler de raffinement quant aux méthodes employées par Jack Price, mais force est de reconnaître qu’il fait montre de beaucoup d’originalité quand il s’agit de ses débarrasser des nuisibles.

Allez Tous Vous Faire Foutre est résolument un thriller qui ne se prend pas au sérieux et qui ne veut pas être pris au sérieux ; en ce sens le côté hautement improbable de certaines situations est assumé et l’aspect quasiment indestructible de Jack Price fait parfois penser à un univers très cartoon. C’est complètement barré, hautement déjanté et profondément amoral, mais qu’est-ce que c’est bon !

Une lecture hautement jouissive qui n’est pas sans me rappeler la saga du Bourbon Kid, l’aspect fantastique en moins. L’intrigue est tellement second degré que le déchaînement de violence passe comme une lettre à la poste.

Un scénario que ne renierait pas Quentin Tarantino et je dois dire que j’imagine sans mal une adaptation au cinéma de ce bouquin ; le résultat serait pour le moins décoiffant… âmes sensibles s’abstenir toutefois.

MON NOM EST JACK. FAITES CE QUE JE DIS, OU JE SERAI LE PRIX À PAYER !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Tim Willocks – La Mort Selon Turner

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T. Willocks - La mort selon Turner

Titre : La Mort Selon Turner
Auteur : Tim Willocks
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Angleterre
384 pages

De quoi ça cause ?

Au terme d’une soirée trop arrosée, Dirk Le Roux, un jeune et riche Afrikaner percute violemment une jeune SDF des townships. Ses amis et lui reprennent la route, la laissant agoniser sur le bas côté jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Margot Le Roux, la mère de Dirk, une puissante femme d’affaires de Cap-Nord, est convaincue que l’affaire peut être étouffée en graissant les bonnes pattes.

Sauf que l’adjudant Turner, en charge de l’enquête, ne voit pas les choses sous cet angle-là. Un crime a été commis, justice doit être rendue, qu’importent les origines et classes sociales de la victime et du coupable.

En se rendant au Cap-Nord, Turner sait qu’il sera seul contre tous, mais il faut bien plus que ça pour le dissuader de mener son combat jusqu’au bout…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait quelque temps que j’ai envie de découvrir l’univers de Tim Willocks. J’aurai pu piocher dans mon Stock à Lire Numérique un de ses récents romans historiques, j’ai préféré rester dans ma zone de confort avec un thriller pur et dur.

Parce que Sonatine, via la plateforme Net Galley, a accepté de répondre favorablement à ma sollicitation, me permettant ainsi de découvrir ce titre en avant-première (parution le 11 octobre).

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avais beau savoir que Tim Willocks n’en était pas à son coup d’essai en matière de thriller, je ne m’attendais pas à me prendre un tel uppercut dans la tronche en attaquant ce bouquin.

D’entrée de jeu l’auteur annonce la couleur, le prologue commence en effet quelques heures avant le dénouement de l’histoire ; Turner est déjà au cœur de l’action et on devine aisément que son séjour à Cap Nord n’a pas dû être de tout repos…

Vous l’aurez compris ce bouquin vous emmène visiter l’Afrique du Sud, mais oubliez les décors de cartes postales pour touristes en goguette. Ici vous découvrirez l’envers du décor, le côté obscur de l’Afrique du Sud en quelque sorte.

À commencer par la région dans laquelle se déroule l’intrigue, des terres arides aux portes du Kalahari. Une région qui doit une prospérité inespérée à l’exploitation minière de Margot Le Roux et de fait elle règne sur les lieux en maîtresse absolue, les autorités sont à sa botte.

On découvre aussi un pays en proie à une criminalité galopante où la corruption est une activité aussi courante que lucrative. Tout se paye quand on y met le prix, si ce n’est avec du cash, il suffit de trouver ce qui fera vibrer la bonne corde sensible.

Heureusement tout le monde ne se complaît pas dans cette fange nauséabonde et malsaine. Turner est un modèle d’intégrité qui, à défaut de croire en la police, croit encore en la loi et entend bien la faire respecter à tout prix. Adepte du tai-chi, il est la zénitude incarnée, mais ne vous avisez pas à venir piétiner ses plates-bandes, il peut se transformer en une véritable machine de guerre quand la situation l’impose.

Vous l’aurez compris pas d’entente possible entre Margot, prête à tout pour soustraire son fils à la justice, et Turner, bien déterminé à le ramener au Cap afin qu’il y soit jugé. Aucun des deux ne courbera l’échine devant l’autre, la confrontation est inévitable et elle s’annonce explosive.

Une intrigue menée à un train d’enfer qui saura vous prendre d’emblée aux tripes et ne vous lâchera pas avant le clap de fin ; et autant vous prévenir de suite, entre-temps vous n’aurez guère l’occasion de reprendre votre souffle.

Forcément c’est violent (souvent) et trash (parfois), mais ce n’est jamais gratuit. L’action est mise au service de l’intrigue et souvent analysée par les personnages qui n’agissent parfois plus par nécessité que de gaieté de cœur. Vous aurez notamment le droit à une inoubliable leçon de survie au cœur du désert… à éviter le ventre plein !

Évidemment on ne peut qu’éprouver un profond respect pour le personnage de Turner, mais l’auteur apporte le même soin à l’ensemble de ses personnages. Même les méchants ne sont pas des brutes épaisses décérébrées, ils ont leur raison d’agir de la sorte (amour d’une mère pour son fils, amour d’un homme pour sa femme, loyauté, amitié, appât du gain…) ; on n’est pas obligé d’adhérer, mais ça leur confère malgré tout une certaine humanité.

Et puis il y a les autres, ceux qui se retrouvent le cul entre deux chaises, mais ne peuvent guère réagir soit parce que trop impliqués par ailleurs (Winston), ou par peur de se dresser contre la Reine-Mère Margot (Iminathi) ou encore parce qu’ils ignorent tout de ce qui est train de se tramer à l’insu de leur plein gré (Dirk).

Un thriller noir à souhait, mais quelle claque ! Un magistral coup double (coup de cœur et coup de poing) amplement mérité, et bien sûr Five Jack !

Si vous voulez un thriller qui dépote grave, La Mort Selon Turner est fait pour vous. En refermant le roman, je sais d’ores et déjà que je ne suis pas près d’oublier cette rencontre avec Turner.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Alexandra Coin & Erik Kwapinski – Kiaï

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A. Coin & E. Kwapinski - Kiaï

Titre : Kiaï
Auteur : Alexandra Coin & Erik Kwapinski
Éditeur : Lucien Souny
Parution : 2018
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

En riposte aux attentats islamistes, des groupes intégristes chrétiens multiplient les actions terroristes de plus en plus violentes sur le sol français.

Quand l’un de ces groupuscules menace Peter Wolff, son ami depuis qu’il s’est exilé dans les profondeurs de l’Aude, Fabrice, ancien légionnaire au passé trouble, décide de lui venir en aide. Il pourra compter sur l’aide de ses fidèles compagnons d’armes, Taisho et Zoé pour l’épauler face à cette nouvelle menace.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’Alexandra m’avait bluffé avec son premier roman, Entraves.

Parce qu’Alexandra et Erik ont remis le couvert avec La Voie Du Talion et, pour leur première incursion dans le thriller, ont été une fois de plus bluffants par leur maîtrise des ficelles du genre.

Dans ces conditions, comment résister à la tentation de découvrir Kiaï, leur nouveau bébé ?

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier Alexandra et Eric, ainsi que les éditions Lucien Souny, pour leur confiance (renouvelée pour les auteurs, nouvelle pour l’éditeur) en me faisant parvenir leur roman.

Pour la petite histoire, Kiaï fait suite (sans vraiment être une suite) à La Voie Du Talion ; même si cela ne s’impose pas pour comprendre le présent roman, je ne peux que vous recommander chaudement la lecture du précédent avant de vous lancer dans celui-ci.

Après ses mésaventures dans les Alpes, Fabrice s’est réfugié dans l’Aude afin de profiter pleinement d’un nouveau départ bien mérité. C’est là qu’il fera la connaissance de Peter Wolff, un ancien prêtre qui s’est reconverti dans l’écriture de thrillers ; au fil du temps les deux hommes seront liés par une amitié sincère et solide. Aussi, quand son ami, qui a des idées bien arrêtées et n’a pas la langue dans sa poche, s’attire les foudres d’un groupuscule d’intégristes chrétiens, Fabrice se fait un devoir de lui venir en aide.

Si vous me lisez depuis déjà quelque temps, vous savez sans doute que les grenouilles de bénitier et moi ne sommes pas forcément faits pour nous entendre. En effet face à ces spécimens je me sens plus inspiré par l’envie de m’en faire une fricassée à la persillade plutôt que de leur offrir un bassin où elles pourront s’ébattre à leur guise.

Je vous rassure (ou pas) mon mépris ne s’arrête pas à la seule religion catholique, je serai plutôt du genre à foutre toutes les religions dans le même sac et le balancer à la flotte, après l’avoir lesté, le plus loin possible du rivage !

Je vous laisse imaginer tout le bien que je peux penser de ces mêmes grenouilles de bénitier (ou de couscoussier) quand elles se déclinent en versions intégristes. L’intégrisme chrétien en réponse à l’intégrisme islamiste… très peu pour moi, si la connerie se combattait par la connerie ça se saurait (quoiqu’à écouter certains de nos politiques on pourrait avoir des doutes sur la question).

Ce n’est pas un hasard si les auteurs ont situé leur intrigue dans l’Aude, au coeur du pays cathare. Les cathares ayant eu à subir les affres de l’Inquisition avec son lot de tortures et autres persécutions diverses et variées, sous l’égide du fort mal nommé pape Innocent III (Salopard III eut été plus adapté au personnage, mais j’admets volontiers que c’est moins vendeur).

Les instruments de torture décrits et utilisés dans le roman par les adeptes du CLOU ont bel et bien existés et faisaient partie de l’arsenal de conversion à la foi chrétienne cher à ces agents de l’Inquisition. Si vous n’avez pas la possibilité de visiter le Musée de l’Inquisition de Carcassonne, vous trouverez sans mal maintes références à ces engins sur le Net.

Outre Fabrice, déjà croisé dans La Voie Du Talion, cette suite qui n’en est pas une est aussi l’occasion de retrouver Taisho et Zoé qui ne se feront pas prier pour venir prêter main-forte à leur ami ; pour notre plus grand plaisir.

Je ne vous surprendrai guère en vous disant que je me suis régalé avec le personnage de Peter Wolff. Sans forcément adhérer à l’intégralité de son discours, c’est un caractère entier qui ne pouvait que me plaire. Et puis il a un côté ours mal léché (un peu comme Fabrice) qui facilite grandement l’identification au bonhomme.

Je ne dirai rien des autres personnages qui croiseront votre chemin au fil des pages, non par manque d’inspiration, mais plutôt pour laisser entier et intact le plaisir de la découverte.

De nouveau je ne peux que m’incliner devant la maîtrise d’Alexandra et Erik, non seulement leur intrigue tient parfaitement la route et n’a pas à rougir face à des auteurs confirmés du genre, mais elle est hautement addictive ! Une fois embarqué dans l’histoire, il vous sera difficile de lâcher le bouquin.

Une intrigue qui fait la part belle à l’action et jouera avec vos nerfs. L’absence de dimension psychologique (par rapport à La Voie Du Talion, je m’entends) ne nuit en rien à l’ambiance qui se dégage du roman. Les auteurs ont osé passer à autre chose, se penchant davantage sur les faits de société, et force est de reconnaître que le résultat est des plus efficaces.

Mention spéciale pour le twist final qui remet radicalement les choses en perspective et offre une genèse du diptyque aussi inattendue que surprenante. Chapeau bas pour ce tour de passe-passe qui m’a laissé sur le cul.

Je ne voudrais pas mettre la pression à Alexandra et Erik, mais après deux romans de cet acabit on est en droit d’attendre beaucoup de votre prochain opus. Dans tous les cas, vous pouvez compter sur moi pour être fidèle au poste.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] David Joy – Le Poids Du Monde

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D. Joy - Le Poids du Monde

Titre : Le Poids Du Monde
Auteur : David Joy
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
320 pages

De quoi ça cause ?

Little Canada, un bien joli nom pour un patelin paumé au pied des Appalaches. C’est là que Aiden McCall et Thad Broom, deux types blessés par la vie et amis depuis toujours, sont frères de galère. Ils vivotent tant bien que mal entre petits boulots et petits trafics.

Le jour où leur dealer se fait accidentellement sauter le caisson devant eux, les deux potes font main basse sur sa came, son fric et ses flingues. Un premier pas vers un nouveau départ ou vers une inexorable descente aux enfers ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que l’éditeur et Net Galley ont accepté de me faire découvrir ce titre en avant-première (parution le 30 août).

Pour la petite histoire j’ai sollicité simultanément, et en avant-première, La Disparition D’Adèle Bedeau et Le Poids Du Monde, dans l’espoir que l’une de mes demandes soit acceptée ; à ma grande surprise, et pour mon plus grand plaisir, mes deux demandes ont reçu une suite favorable.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour cette nouvelle marque de confiance me permettant de découvrir ce roman en avant-première.

C’est ma première incursion dans l’univers littéraire de David Joy (à ma décharge, il n’a écrit, à ce jour, que deux romans et le premier est dans mon Stock à Lire Numérique) et le moins que l’on puisse dire c’est que ça secoue ; comme dirait notre regretté Johnny H. : « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir« .

Bienvenue au cœur de l’Amérique profonde, par contre oubliez le fameux american dream en ouvrant les pages de ce bouquin ; la crise économique est passée par là et continue à tisser sa toile dévastatrice. En lisant ce roman je n’ai pu m’empêcher de penser au recueil Chiennes De Vies de Frank Bill qui m’avait déjà bien remué les tripes. Le cadre change, on abandonne l’Indiana du Sud pour la Caroline du Nord, mais la situation est plus ou moins la même avec le meth en toile de fond, histoire d’oublier les coups de pute de la vie de tous les jours !

Dès le prologue David Joy donne le ton : « Aiden McCall avait douze ans la seule fois où il entendit les mots « Je t’aime ». » ; c’est son père qui lui adressera ces mots du bout des lèvres. Que c’est bôôô ! Ça aurait pu l’être, sauf que le gars vient de flinguer sa femme sous les yeux de leur fils (Aiden) et va ensuite se faire exploser le caisson… y’a mieux pour démarrer dans la vie ! Mais hélas, comme dirait ce cher Francis C. : « Et ça continue, encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord« .

Du côté de chez Thad les choses ne sont guère plus brillantes, il est revenu d’Afghanistan affligé d’un sévère syndrome de stress post-traumatique. Depuis il vit entre le passé et le présent, entre là-bas et ici, semblant se foutre du tout, surnageant vaguement entre les vapeurs d’alcool et les nuages de meth.

On pourrait simplement se dire que c’est l’histoire de deux gars que la vie n’a pas vraiment gâtée et du coup éprouver une réelle empathie pour eux. Sauf que nos gusses vont enchaîner les mauvais choix sans vraiment en mesurer les conséquences. Une cata en entraînant une autre, la situation va rapidement échapper à tout contrôle. Là encore il serait aisé de leur jeter la pierre et pourtant à aucun moment je n’ai eu envie de les juger (sans pour autant excuser leurs dérives).

Entre nos deux losers défoncés, on trouve April, la mère de Thad et l’amante d’Aiden. Elle non plus n’a pas été vernie par la vie et n’a guère d’illusion quant à l’avenir ; mais contrairement à Thad et Aiden elle essaye de garder la tête sur les épaules.

Un roman noir puissant qui vous prendra aux tripes dès les premières pages et ne cessera de les vriller en tout sens jusqu’au clap de fin ; et pourtant même en pleine tourmente il vous sera impossible de le lâcher. Une sacrée claque dans la gueule que vous ne refermerez qu’à regret.

David Joy ne s’égare pas en figures de style inutiles, il opte pour une écriture percutante qui va à l’essentiel pour toucher le lecteur en plein cœur.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Denis Zott – Maudite !

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D. Zott - Maudite !

Titre : Maudite !
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2018
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Marseille, le soir du classico OM-PSG. Un incendie ravage un appartement au dixième étage d’un immeuble qui fait face au Vélodrome. Quand les pompiers arrivent, ils sauvent des flammes une gamine, Luce, 16 ans, enceinte jusqu’aux yeux et pissant le sang.

Luce est agrippée à un sac rouge auquel elle semble tenir autant qu’à la prunelle de ses yeux. Dans le sac, la came de son mec, Tony, un supporter de l’OM de la pire engeance, interdit de stade, qui vient de la tabasser pour un penalty raté. Au passage c’est elle qui a foutu le feu à l’appart.

La came disparue va attiser bien des convoitises et foutre le feu à la cité phocéenne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà un moment qu’il titille ma curiosité, pourquoi ? Au départ c’est la couv’ qui avait attiré mon attention ; ensuite l’auteur, Denis Zott, est très actif sur FB, surtout quand il s’agit d’assurer la promotion de son bouquin. Faut croire qu’il est plutôt convaincant !

Ma chronique

Après un mois de Coupe du Monde et sans avoir regardé un seul match ni une seule émission consacrée à la chose, je frôlais l’overdose footbalistique. Ras le foot ! Rien à foot ! Respiiire, zeeen, voilà c’est fini.

Apaisé, je me saisis de Maudite !, le roman de Denis Zott, rien de tel qu’un bon thriller pour se changer les idées. Aaargh… Rhâââ !!! (cri d’effroi mêlé d’un long râle apoplectique). Le bouquin en question s’ouvre sur un match de foot, et un match de l’OM en plus… Nooon !!! Il a fallu que je prenne sur moi pour ne pas renvoyer cette lecture aux calendes grecques (et accessoirement sauter à pieds joints sur la liseuse). Et grand bien m’en a pris, car ce fut un moment hautement jouissif.

Vous êtes-vous déjà posé cette question : est-il possible d’adorer un bouquin tout en détestant quasiment tous ses personnages ? Vous avez 4 heures… Pour ma part c’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de Maudite !. Un sacré concentré de têtes à claques (et plus si affinités).

Commençons par Luce puisqu’elle est le personnage central de l’histoire. Compliquée la fille… Parfois on se prend d’empathie pour elle et quelques pages plus tard elle fait une connerie énooorme qui nous donne envie de la baffer.

Au moins avec son mec, Tony, c’est plus facile : un connard fini ! C’est simple le gars n’a rien qui plaide en sa faveur ; je n’avais qu’une envie : le voir crever… et de préférence de mort lente et douloureuse. Mais c’est qu’il est coriace ce sale cafard. Ai-je obtenu satisfaction ? Vous le saurez en lisant le bouquin, pas de raison qu’il n’y ait que moi à m’arracher les cheveux et me ronger les sangs dans l’attente de l’éventuel instant T.

Et puis il y a Canari, un flic de la BAC, tellement ripoux, amoral et pervers qu’il en deviendrait presque sympathique… presque ! Ça reste une sacrée enflure.

J’arrête là, mais vous croiserez plein d’autres personnages tout aussi sympathiques. Pour tout vous dire le seul que j’ai vraiment apprécié est Costa. Et pourtant ce n’est pas vraiment un ange (même si Luce l’appelle « mon ange »), un caïd du milieu, assassin et trafiquant de drogue… le gendre idéal ! Bon allez on va aussi donner un bon point à Yasmina, l’infirmière qui s’occupera de Luce, même si elle ne brille pas franchement par son intelligence.

Âmes sensibles s’abstenir… Ça défouraille grave et ça envoie du lourd de la première à la dernière page. Pas le temps de souffler, le rythme imposé est digne d’une Kalachnikov entre les mains d’un Spetsnaz. C’est violent, c’est glauque, mais surtout c’est écrit dans un style très visuel. On en prend plein les mirettes et même plein la gueule. À ce niveau ce n’est pas une claque ni un coup de poing, même pas un uppercut, plutôt une rafale d’uppercuts qui nous arrive dans la tronche.

Difficile de lâcher ce bouquin une fois qu’il vous a pris dans ses mailles, et ça va très vite ! À peine les premières pages tournées que l’on est déjà accro.

Je ne connais pas Marseille, mais je peux vous assurer que même si la ville est mise en avant dans ce bouquin, ce n’est pas franchement la version Guide du Routard qui est de mise. Même le 9-3 ressemble à un petit coin de paradis à côté de la cité phocéenne de Denis Zott (j’ai bien conscience que le trait est volontairement forcé, c’est aussi ce qui fait le charme du roman). Suivez le guide… mais préparez à un parcours du combattant plutôt qu’à un parcours de santé.

En conclusion j’ai adoré, non seulement je ne peux pas faire autrement que de lui attribuer la note maximale, mais impossible de ne pas lui accorder un coup double (coup de coeur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Roy Braverman – Hunter

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R. Braverman - Hunter

Titre : Hunter
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2018
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Hunter, condamné à mort pour les meurtres de cinq hommes et l’enlèvement de cinq femmes qui n’ont jamais été retrouvées, s’évade et retourne à Pilgrim’s Rest, là où ces crimes ont été commis douze ans plus tôt. Plus que jamais déterminé à prouver son innocence et à démasquer le(s) vrai(s) coupable(s).

Il n’est pas seul sur le chemin de Pilgrim’s Rest, Freeman, le père d’une victime disparue, le suit de près. Une fois qu’il lui aura mis la main dessus, il compte bien lui faire avouer où est sa fille et venger les victimes.

Sauf qu’à Pilgrim’s Rest rien ne se déroulera comme prévu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Roy Braverman est le nouveau pseudo de Ian Manook (Patrick Manoukian de son vrai nom), le sieur Manook m’ayant emballé avec sa trilogie mongole autour de Yeruldelgger, il me tardait de rejoindre le sieur Braverman et le mystérieux Hunter dans les Appalaches pour découvrir cette nouvelle série.

Ma chronique

Exit Ian Manook, exit Yeruldegger, exit les steppes mongoles et exit Albin Michel. Welcome Roy Braverman, welcome Hunter, welcome USA et welcome Hugo. Dans le genre nouveau départ, on peut difficilement faire plus radical.

Honnêtement si je n’avais pas su que Manook et Braverman étaient une seule et même personne jamais je n’aurai pu le deviner en lisant ce roman (sans sa préface dans laquelle l’auteur explique son choix). Le genre, le style, la construction, tout est tellement éloigné de ce que j’ai découvert avec la trilogie Yeruldelgger. On frôle la parfaite schizophrénie littéraire ! Et c’est un compliment, il faut un sacré talent pour réussir un pareil grand écart sans se vautrer.

Hunter est un concentré d’action et de testostérone, mais aussi et surtout un divertissement assumé (voire même revendiqué) par l’auteur. Ça castagne, ça flingue, ça étripe, ça baise aussi, et le tout dans la bonne humeur serais-je tenté de dire vu l’humour (parfois noir) omniprésent quasiment du début à la fin… Même dans les situations les plus désespérées ! Tout simplement jubilatoire !!!

J’ai ressenti le même plaisir quasiment jouissif qu’en suivant les folles aventures du Bourbon Kid, l’aspect fantastique en moins. Tous les excès sont permis et quand ça pourrait casser par manque de crédibilité, finalement ça passe au nom du second degré. J’ai pris un pied monstre à lire ce bouquin, la totale éclate !

Si je devais définir ce roman en un mot (autre que « jubilatoire » ou « jouissif »), je dirais « visuel ». Non seulement parce qu’on en prend plein les mirettes, mais surtout parce qu’au fil de la lecture on visualise littéralement l’intrigue en surimpression. C’est simple en refermant ce bouquin j’ai eu l’impression de sortir d’une séance de ciné… et d’y avoir vu un sacré bon film.

Des chapitres courts, une écriture au cordeau et un rythme imposé boosté à l’adrénaline, tout est fait pour que le lecteur n’ait pas une minute de répit. Ajoutez à cela une galerie de personnages mitonnée aux petits oignons (mais dont je ne vous parlerai pas) et vous avez entre les mains tous les ingrédients qui font un foutrement bon roman.

J’ai eu un mal de chien à lâcher le bouquin tant j’avais envie d’en savoir davantage, chapitre après chapitre.

Pilgrim’s Rest (le repos du pèlerin en français) ferait un joli nom pour une sympathique auberge, ou une paisible bourgade, mais que nenni ; l’origine du nom est nettement moins charmante :

« Vous savez d’où vient le nom Pilgrim’s Rest ? Rien à voir avec le repos d’une bande de pèlerins de passage. Une troupe de culs bénis chassés de France par des culs encore plus bénis qu’eux ont voulu évangéliser au passage les natifs du coin. Ils les ont tellement convaincus de leur supériorité chrétienne que leurs bons élèves les ont tués et ont bouffé leur cœur et leur foie pour s’approprier leur force d’âme. C’est vous dire où vous mettez les pieds ! »

Concrètement c’est un bled paumé au fin fond des Appalaches qui ne tient debout que par la bonne grâce de sa vingtaine d’habitants, des gars du cru, du redneck en puissance… Vous en voulez encore ? OK, placez le tout au coeur d’hiver avec la neige qui tombe dru et vous aurez une bonne idée du cadre.

Le moins que l’on puisse dire c’est que Roy Braverman ouvre le bal en beauté avec ce premier opus de sa nouvelle série. Inutile de préciser que je suis partant pour la suite, plutôt deux fois qu’une !

PS : j’ai pris un sacré coup de jeune en redécouvrant la musique des CCR (Creedence Clearwater Revival).

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Hervé Commère – Sauf

AU MENU DU JOUR

H. Commère - Sauf

Titre : Sauf
Auteur : Hervé Commère
Éditeur : Fleuve Editions
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Mat a six ans quand ses parents décèdent dans l’incendie qui a totalement ravagé leur manoir en Bretagne. C’est son oncle et tante qui l’élèveront avec amour.

A 48 ans Mat est brocanteur dans la région parisienne, il vit en couple avec Anna. Un matin, un album photo fait voler en éclat ses certitudes et son quotidien. L’album en question contient des photos de lui enfant, de ses parents et du manoir. Comment a-t-il pu échapper aux flammes alors qu’il ne restait quasiment rien du manoir ? Qui est la femme qui l’a déposé dans sa boutique ? Et dans quel but ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Hervé Commère et que ses deux précédents romans, Imagine Le Reste et Ce Qu’Il Nous Faut C’Est Un Mort, m’avaient littéralement bluffé. Il me tardait donc de découvrir son dernier « bébé »…

Ma chronique

Je n’ai découvert Hervé Commère que récemment (je n’ai lu que ses deux derniers romans), mais j’ai été à chaque fois bluffé autant par ses intrigues que par son style. Deux bouquins radicalement différents et deux totales réussites ! Autant dire que c’est plutôt confiant que je me suis lancé dans la lecture de son dernier roman, Sauf.

D’entrée de jeu l’auteur impose sa griffe en nous proposant un bouquin (et une intrigue) qui ne ressemble à aucun autre. Et d’entrée de jeu on se demande où cela va nous mener… Une question qui ne cessera de revenir vous tarauder au fil des pages et des découvertes qui attendent Mat. J’ai rapidement renoncé à essayer de comprendre, préférant me laisser guider par le maître de cérémonie, il tient bon la barre et il assure un max ! De toute façon c’était ça ou devenir dingue.

On va donc suivre Mat au fil de son enquête sur ce mystérieux album photo qui le renvoie à un passé qu’il a partiellement oublié (occulté ?), pour trouver les réponses à ses questions il devra justement remonter le fil de son passé. Un personnage auquel on s’identifie facilement et que l’on prend rapidement en sympathie ; il faut dire que c’est l’archétype de l’individu ordinaire confronté à un enchaînement de situations extraordinaires.

Mat pourra compter sur l’aide quelques alliés indéfectibles dans sa quête de la vérité. A commencer par Anna, sa compagne et accessoirement Laurie, la fille de cette dernière. Non seulement elles ne manquent pas de ressources, mais leur joie de vivre communicative saura rebooster Mat dans les moments de doutes.

Gary et Mylène, ses deux employés à la brocante, viendront aussi en renfort et se révéleront plein de surprises et de précieux alliés. Sans oublier l’oncle et la tante de Mat, parents de substitution, qui pourraient bien apporter quelques réponses aux multiples questions qu’il sera amené à se poser.

Une sympathique galerie de personnages au service d’une intrigue au mécanisme réglé comme une horloge suisse. Hervé Commère maîtrise le moindre rouage de sa mécanique, il sait où il veut aller (et c’est bien le seul) et nous y amène avec brio.

Un roman relativement court (moins de 300 pages), mais d’une rare intensité, que ce soit au niveau de l’action (on ne s’ennuie pas une seconde) ou des émotions (parfaitement dosées et équilibrées). Les chapitres sont courts, se terminant presque systématiquement par une révélation qui nous incite à remettre le tout en perspective. Un phrasé simple et efficace qui va droit au but. Rien n’est laissé de côté, tout est fait pour nous plonger au coeur de l’intrigue et nous maintenir en haleine jusqu’au clap de fin.

Une fois de plus Hervé Commère réussit à nous bluffer avec un roman unique en son genre, une fois de plus il nous confirme son incroyable talent de conteur. A l’occasion de ma chronique de Ce Qu’Il Nous Faut C’Est Un Mort, j’avais qualifié le roman d’Hervé Commère de « vivant », j’ai eu exactement le même ressenti à la lecture de Sauf, l’impression de vivre l’intrigue en compagnie de Mat, partager ses questionnements et ses émotions. On parle souvent de magie de l’écriture, avec cet auteur l’expression est plus que jamais appropriée.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Le Manuscrit Inachevé

AU MENU DU JOUR

F. Thilliez - Le Manuscrit inachevé

Titre : Le Manuscrit Inachevé
Auteur : Franck Thilliez
Éditeur : Fleuve
Parution : 2018
Origine : France
528 pages

De quoi ça cause ?

Caleb Traskman, écrivain à succès, est décédé avant d’avoir pu écrire la fin de son dernier roman au titre prédestiné, Le Manuscrit Inachevé. Encouragé par la maison d’édition de Traskman, c’est à son fils que reviendra la lourde tâche d’achever ce roman posthume…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Franck Thilliez, même si je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur ses personnages récurrents Sharko et Hennebelle, je suis, depuis quelques années déjà, fidèle à ses one-shot. Et à ce jour je n’ai jamais été déçu par ses romans.

Ma chronique

Si vous êtes cinéphile et particulièrement friand de films d’horreur vous connaissez certainement les films de type found footage (littéralement « enregistrement trouvé« , concrètement un (faux) film dans le (vrai) film), un genre qui a été popularisé par Le Projet Blair Witch et largement repris depuis (je citerai par exemple les films REC, Cloverfield ou encore la série des Paranormal Activity...). Avec ce roman Franck Thilliez nous propose une sorte de found book, le roman de l’auteur étant celui de Caleb Traskman finalisé par son fils…

Et pour couronner le tout, l’héroïne du roman du Caleb Traskman (qui est aussi celui de Franck Thilliez) est elle-même auteure de thriller. Vous aurez donc entre les mains le roman (bien réel) d’un romancier (FT), qui est en fait le roman (fictif) d’un autre romancier (CT) ayant pour héroïne une romancière (Léane / Enaël). Et si je vous disais que le personnage central du dernier roman de notre chère romancière est elle même romancière… Vous me suivez toujours ? Rassurez-vous j’embrouille volontairement les choses, en fait il suffit de lire ce bouquin comme vous lirez n’importe quel autre thriller et la magie devrait opérer.

J’aurai pu vous parler de l’intrigue du roman de Caleb Traskman, mais je ne le ferai point, je préfère rester dans le flou et vous laisser découvrir les multiples facettes de ce Manuscrit Inachevé. Si le roman de Caleb Traskman est effectivement inachevé à l’origine, celui de Franck Thilliez est parfaitement abouti (et quelle fin ! Fallait oser… Un vrai coup de maître !). Sachez simplement que c’est le parfait exemple de livre gigogne, tout s’emboîte avec un naturel presque troublant, il suffit juste de savoir où et comment disposer les différentes pièces du puzzle.

L’auteur (Franck Thilliez, rendons à César…) vous livre une intrigue que je qualifierai sans la moindre hésitation de machiavélique. Vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux à essayer de démêler l’écheveau de son embrouille, et quand vous penserez enfin approcher de LA vérité, un nouveau rebondissement viendra exploser votre belle théorie. Franck Thilliez s’impose ici comme le seul et unique maître du jeu, il vous baladera au fil des chapitres tandis qu’il déplacera ses pions au gré d’une stratégie dont il est le seul à connaître les tenants et les aboutissants. Un jeu du chat et de la souris à sens unique, dans lequel le chat (l’auteur) prend un malin plaisir à faire tourner ses pauvres souris (nous lecteurs) en bourrique.

Une intrigue maîtrisée se doit d’être sublimée par des personnages forts, faute de quoi toute la mécanique pourrait s’enrayer au pire moment et transformer un top en flop ; Franck Thilliez nous comble aussi de ce point de vue, un sans-faute que j’vous dis ! Etant volontairement resté dans le vague concernant l’intrigue, je ferai de même pour les personnages, ce roman doit se déguster l’esprit vierge de toute pensée parasite pour en apprécier pleinement toutes les saveurs.

Un roman parsemé de clins d’oeil à Stephen King (essentiellement en référence à son inoubliable et glaçant Misery), mais aussi à Sir Arthur Conan Doyle, les personnages récurrents des aventures de Sherlock Holmes devenant les pièces maîtresses d’une mise en scène aussi implacable que morbide. Mais il sera aussi question de mémoire (l’amnésie et son contraire l’hypermnésie), de logique, d’équations, de parties d’échecs… le tout sur fond d’enlèvement et de meurtre. Du grand art et un Franck Thilliez qui s’impose, pour ceux qui en doutaient encore, comme un incontournable du thriller francophone (et plus si affinités).

Je n’ai pas encore eu l’occasion de me frotter à sa série Sharko & Hennebelle, mais concernant ses romans one-shot je dois avouer que je suis impressionné par leur variété et leur originalité. Pas un qui ne ressemble aux autres, mais avec celui-ci je pense qu’il culmine dans l’expression de son talent.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Didier Fossey – Artifices

AU MENU DU JOUR

D. Fossey - Artifices

Titre : Artifices
Série : Boris Le Guenn – Tome 4
Auteur : Didier Fossey
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
390 pages

De quoi ça cause ?

Boris Le Guenn est appelé sur une scène de crime plutôt atypique, un homme, attaché à un arbre, a été tué à l’explosif. Une technique expéditive qui suggère une forte haine envers la victime, mais aussi une bonne connaissance des engins explosifs.

Quand une seconde victime est découverte, elle aussi exécutée à l’aide d’engins explosifs savamment mis en scène, Boris Le Guenn décide de se faire épauler par une experte en explosifs.

Parallèlement Boris est harcelé par un mystérieux inconnu qui semble au courant de ses moindres faits et gestes…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

D’abord parce que c’est la quatrième enquête de Boris Le Guenn, j’ai beaucoup aimé les précédentes et j’attendais avec impatience ce nouvel opus.

Ensuite parce que c’est Flamant Noir et que Nathalie, l’éditrice, m’a proposé de découvrir ce roman en avant-première.

Ma chronique

Avant tout je tiens à remercier chaleureusement les éditions Flamant Noir, et tout particulièrement Nathalie, pour leur confiance renouvelée et surtout pour me donner l’occasion de découvrir ce nouvel opus des enquêtes de Boris Le Guenn en avant-première.

Un opus fort attendu compte tenu de la fin du précédent, Burn-Out, il me tardait de savoir qui était l’auteur du coup fil anonyme reçu par Boris. Qui plus est Boris va devoir composer avec une équipe quasiment neuve (seul Antoine est resté au côté de son patron), mais aussi avec une nouvelle hiérarchie (avec notamment un boss arrivé à son poste grâce à ses diplômes et non au mérite). Cerise sur le gâteau, la vie personnelle de Boris est elle aussi en pleine tempête ; Soizic (l’épouse de Boris) veut faire un break pour se donner le temps de réfléchir à leur situation, sans surprise les enfants (et le chien) suivent leur mère…

Peut-être vous demandez-vous si ce roman peut se lire individuellement ou s’il est impératif de prendre la série dans l’ordre ; je vous répondrai qu’il peut se lire en one-shot, mais qu’il serait dommage de passer à côté des précédents. Non seulement il est fait référence à des événements qui se sont produits dans le précédent tome, mais il est surtout fortement rattaché à Ad-Unum, le second roman de la série. Enfin, il serait dommage de passer à côté d’excellents polars, écrits avec la touche inimitable propre aux flics écrivains.

Didier Fossey ne fait dans la simplicité, genre « on prend les mêmes et on recommence« , aucun de ses romans ne ressemble aux autres, tout en restant proche du quotidien de ses personnages, l’auteur aborde des thématiques différentes, pas forcément inhérentes au métier de policier soit dit en passant. C’est aussi ça la touche Fossey, des intrigues fortement ancrées dans le réel avec des acteurs empreints d’humanité (et parfois d’inhumanité).

Dans cet opus il sera notamment question de pédophilie (certainement l’une des pires situations à laquelle puisse être confronté un policier, sans parler des horreurs subies par les victimes), de vengeance, de prise en charge psychiatrique des criminels, mais aussi de la difficulté de concilier vie privée et vie professionnelle quand on est flic de terrain.

D’entrée de jeu, en guise de prologue, l’auteur nous renvoie en 2013 en nous plaçant dans la peau de celui que l’on devine être à l’origine de l’appel anonyme reçu par Boris. Au fil des chapitres nous croiserons son chemin, et partagerons son parcours d’août 2013 à avril 2015 (date de la présente intrigue). Vous comprendrez aisément que je ne m’attarderai pas sur l’individu bien qu’il y aurait beaucoup à dire le concernant, je vous laisse découvrir tout ça par vous même.

On enchaîne ensuite avec le premier chapitre qui nous permet de faire un point rapide sur la situation professionnelle et privée de Boris (piqûre de rappel, au cas où). Le chapitre suivant nous plonge au coeur de l’action, on y croise notre vengeresse qui exécute sa première victime.

L’on devine sans peine ce qui motive cette soif de vengeance, là encore nous aurons le droit à quelques flashbacks qui nous permettront de réaliser à quel point les « victimes » étaient de sinistres pourritures. Difficile d’éprouver la moindre pitié pour ce genre de salopards, sans aller jusqu’à cautionner les actes de la vengeresse, j’ai beaucoup de mal à la blâmer…

Si j’ai retrouvé Boris avec beaucoup de plaisir, j’avoue que certains membres de son ancienne équipe m’ont manqué. Heureusement les nouveaux venus, notamment son adjointe, Nathalie, sont pleins de ressources. Et puis ça donne à l’auteur une bonne raison de poursuivre son chemin avec Boris Le Guenn, au moins jusqu’à ce que le groupe se soude et fonctionne en totale cohésion…

S’agissant d’auteurs que je connais et apprécie, je ne prête guère d’attention à la couverture des bouquins, force m’est pourtant de reconnaître que celle-ci est impeccable. Idéale pour attirer un public plus large à la découverte de l’univers de Boris Le Guenn (et pourquoi pas de l’éditeur Flamant Noir).

Vous l’aurez compris j’ai été sous le charme du début à la fin. Lu le temps d’un weekend (et encore, j’ai quasiment dû me contraindre à aller me coucher samedi soir). Le Flamant inscrit une nouvelle perle à son catalogue déjà bien garni.

Je terminerai cette chronique en citant un passage qui m’a fait sourire, une private joke de l’auteur, clin d’oeil à Sébastien Teissier, ami de Didier Fossey (cf les remerciements) et écrivain lui aussi (je ne désespère d’ailleurs pas de lire la suite de X, même si je sais que le délai n’est pas de son fait) et résident à Singapour :

« C’était un homme seul, pas d’enfants, pas de femme. Quand il est parti en maison de retraite, la maison a été vendue pour payer les frais. C’est un écrivain qui l’a acheté, un gars qui écrit des polars. Monsieur Teissier qu’il s’appelle, mais il ne vient pas souvent. Il habite en chine, à Singapour qu’on m’a dit. »

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Alexandra Coin – Entraves

AU MENU DU JOUR

A. Coin - Entraves

Titre : Entraves
Auteur : Alexandra Coin
Éditeur : Aconitum (2016) / Autoédité en 2018
Parution : 2016
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Emma, professeur de français au lycée, vit dans un mas retiré avec son mari, Illario, qui élève de cochons truffiers dans l’espoir de faire fortune dans la truffe. Ils ont une fille, Louise. Vue de l’extérieur c’est une famille sans histoire.

Mais Illario est en fait un pervers narcissique, dominateur et manipulateur. Il fait vivre à Emma un véritable enfer fait de brimades, reproches et autres humiliations psychologiques.

Exténuée, vidée de toute volonté, Emma tente de mettre fin à ses jours. Quand elle reprend connaissance, elle apprend qu’elle est internée en hôpital psychiatrique…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ca faisait un moment que j’avais ce roman dans mon Stock à Lire Numérique, Alexandra, l’auteure, m’ayant proposé une lecture en SP j’ai sauté sur l’occasion pour lui faire gagner quelques échelons dans la (looongue) liste d’attente.

Ma chronique

Tout d’abord je tiens à remercier Alexandra Coin pour sa confiance.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais signaler que le visuel de la version autoéditée est beaucoup plus réussi que celui des éditions Aconitum. Je vous laisse juge en vous proposant les deux couvertures ci-dessous.

A en croire la locution latine « Verba volant, scripta manent« , les mots s’envolent, les écrits restent. Il faut croire que nos ancêtres, latinistes distingués, n’ont jamais été confrontés à des cas de perversion narcissique et autres formes de harcèlement moral. De fait aujourd’hui le Dr Marie-France Hirigoyen, psychiatre spécialisée dans les questions de harcèlement moral et d’aide aux victimes, pourrait leur rétorquer : « Il est possible de détruire quelqu’un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme violence perverse ou harcèlement moral. »

Pour un premier roman le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteure, ne choisit pas de jouer la carte de la facilité. Le sujet (la perversion narcissique au sein du couple) est aussi glauque que sérieux (et malheureusement trop réel), du coup son roman est empreint de noirceur et de détresse.

Un roman où la dimension psychologique est primordiale et Alexandra excelle dans ce domaine, le processus de destruction est décrit avec un réalisme glaçant. On a vraiment l’impression de lire le témoignage d’Emma, un appel au secours qu’elle ne parvient pas à hurler, condamné à rester sans réponse…

La première partie, qui occupe plus des 2/3 du roman, alterne entre les flashbacks (rédigés à la troisième personne, mais centrés sur Emma) qui décrivent la descente aux enfers d’Emma et son quotidien à St John’s (écrits à la première personne), l’HP où elle a été internée et tente de se reconstruire. Une alternance de vues et de styles qui permet de suivre l’évolution (même si le terme évolution tendrait à faire penser à une situation qui va en s’améliorant, ce n’est pas le cas présentement) de la jeune femme.

Je ne vous parlerai pas des secondes et troisièmes parties du récit, non qu’elles soient sans intérêt, tant s’en faut, mais pour éviter tout spoiler qui nuirait à la découverte du récit. Je dirai simplement que le tunnel sera long et sombre pour Emma… Avec un espoir de voir la lumière au bout du chemin ? A vous de le découvrir !

Je ne vais pas vous décrire les différentes étapes du comportement d’Illario (et donc des pervers narcissiques en général), Alexandra le fait très bien dans son roman. Les plus curieux trouveront matière à méditer sur Internet (ne serait-ce que la page Wikipedia consacrée au sujet).

Une lecture éprouvante (dans le bon sens du terme), mais que je qualifierai presque d’utilité publique. Peut-être une passerelle pour permettre aux victimes de s’extraire de l’emprise des salopards qui font de leur quotidien un enfer. Peut-être aussi un moyen pour les autres d’identifier ses victimes silencieuses d’un mal invisible et insidieux, de leur tendre une main secourable et d’accorder une écoute bienveillante à leur détresse. Je sais que ça fait beaucoup de peut-être, mais j’ai quand même envie d’y croire…

Certains chapitres se terminent par un renvoi, sous forme d’un QR Code à scanner, vers un article sur le site de l’auteure. Si comme moi vos n’êtes pas un adepte de ces QR Codes (simplement parce que je n’utilise quasiment jamais mon smartphone pour aller sur Internet), je vous invite toutefois à vous rendre sur la page d’Alexandra Coin afin d’y lire les articles en question, ils sont en effet très bien documentés et apportent un vrai plus à la seule lecture du roman.

Le roman est préfacé par Dominique Barbier, un psychiatre qui a fait de l’aide aux victimes des pervers narcissiques son cheval de bataille. Son ouvrage, La Fabrique De L’Homme Pervers (Odile Jacob – 2013), semble avoir été le support de référence d’Alexandra pour la rédaction de son roman. Il a rejoint mon Stock à Lire Numérique à peine la lecture d’Entraves achevée.

Un petit bémol de rien du tout, presque du pinaillage, voire de l’enculage de mouches, pour terminer cette chronique. Un bémol purement typographique (j’vous avais prévenu… tant pis pour les mouches), l’utilisation intempestive des points de suspension n’apporte rien à la lecture.

Vous le savez je suis un tantinet maniaque en matière de code dans le fichier epub (viens-là saleté de mouche… j’en ai pas fini avec toi !), j’ai donc été fouiné dans les entrailles du fichier. Au final j’ai ajouté quelques insécables oubliés et fait le ménage dans les styles doublonnés (deux noms de classe distincts pour une même typographie).

MON VERDICT
Coup de poing