[BOUQUINS] David Coulon – Trouble Passager

AU MENU DU JOUR


Titre : Trouble Passager
Auteur : David Coulon
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

Il y a cinq ans, Mélissa, la fille de Remi et Lucie Hutchinson disparaissait. L’enquête n’a jamais permis de retrouver la petite fille ; depuis le couple se délite lentement mais sûrement.

Une rencontre fortuite au cours d’une soirée. Un échange littéraire dans un monde virtuel. Un rendez-vous qu’il n’aurait jamais dû accepter… Remi Hutchinson va se retrouver pris au piège d’une mécanique aussi implacable qu’infernale…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est la critique enthousiaste d’Aude qui m’a donné envie de découvrir ce roman.

Je connais l’auteur de nom, mais n’ai jamais rien lu de lui… c’est un peu mon rendez-vous en terre inconnue.

Ma Chronique

Tout le monde est innocent.
Crois-moi.
Tout le monde.
Pas de coupables.
Pas de gentils et de méchants.
Seulement des victimes et des bourreaux.
Des victimes et des bourreaux. Seulement cela.
Souviens-toi de n’importe quel moment de ta vie. Un moment gai. Un moment triste. Une situation de travail. Une rencontre amoureuse.
Tu as toujours été victime. Ou bourreau.
Rien d’autre. Tu as souffert, ou fait souffrir.
L’un ou l’autre.
Réfléchis bien.
Toi, être humain. Moi, être humain. Nous ne savons rien faire d’autre.
Les actes désintéressés ? Laisse-moi rire. Les chanteurs qui beuglent au profit de telle ou telle association caritative ne le font que parce qu’il y a des victimes. Grâce aux victimes. Tu veux qu’on s’occupe de toi ? Sois une victime. Tu veux obtenir quelque chose de quelqu’un ? Sois son bourreau.

Ainsi commence Trouble Passager, le ton est donné d’entrée de jeu sans que l’on sache vraiment de quoi il retourne. Dans la mesure du possible j’espère vous donner envie de découvrir ce roman tout en maintenant un relatif flou artistique autour de son intrigue.

Troublant le bouquin l’est par son style, à l’image de son ouverture. Des phrases courtes, faut aller à l’essentiel et faut que ça claque comme un coup de fouet. Beaucoup de répétitions, comme pour ancrer les idées au plus profond de l’esprit du lecteur.

Troublant par les thèmes abordés aussi. Il est en effet beaucoup question de pédophilie. Un thème difficile et glauque à souhait, traité ici sans fausse pudeur, mais sans voyeurisme non plus. Il sera aussi question de vengeance, dans sa forme la plus brute, façon Loi du Talion. Victimes qui deviennent bourreaux, bourreaux qui deviennent victimes…

Ami lecteur, amie lectrice, si d’aventure tu plonges en ces pages attends-toi à te faire malmener par un auteur d’une redoutable perversité. Au fil des pages, tu n’as pas fini de te poser des questions ; coupable ou innocent ? Victime ou bourreaux ? Les deux ? Quand tu penseras avoir la réponse, un nouvel élément fera vaciller tes certitudes… retour à la case départ.

Pervers, mais aussi redoutablement efficace. David Coulon saura vous prendre rapidement aux tripes et ne vous lâchera qu’après les avoir vrillées dans tous les sens, encore et encore. Angoissant, oppressant, mais aussi terriblement addictif. Une fois pris par la mécanique mise en place par l’auteur vous ne pourrez plus lâcher le bouquin. Pour finalement refermer ce roman KO debout, désorienté. Troublé… mais heureusement ce n’est que passager (à en croire le titre).

C’est volontairement que je n’aborde pas la question des acteurs de cette intrigue. À vous de les découvrir, de découvrir leur rôle et leur degré d’implication. À vous de vous triturer les neurones pour démêler la toile que tisse David Coulon.

Il m’a fallu un petit temps d’adaptation pour me faire au style de l’auteur, ensuite j’ai eu l’impression d’être enfermé dans le tambour d’une machine à laver, essorage à plein régime. Une lecture qui remue, au propre comme au figuré. Il me manque un petit je ne sais quoi pour le coup de cœur, mais incontestablement un coup de poing. Un putain d’uppercut qui fait mouche !

Une chronique volontairement courte, non qu’il n’y ait rien à dire (au contraire !), c’est une intrigue tellement intense qu’elle mérite d’être découverte l’esprit vierge de toute information parasite.

Pour un premier rendez-vous avec David Coulon, le moins que l’on puisse dire c’est que la rencontre fut aussi éprouvante que jouissive ; des comme ça j’en redemande !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Roy Braverman – Crow

AU MENU DU JOUR

R. Braverman - Crow
Titre : Crow
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2019
Origine : France
364 pages

De quoi ça cause ?

Étant bien incapable de proposer l’esquisse d’un pitch, je vais me contenter de faire un copier-coller de la quatrième de couverture :

Des déserts arides du Mojave jusqu’aux Brooks Mountains dans le nord de l’Alaska, du pays des crotales au territoire des ours et des loups, une chasse à l’homme haletante et sans pitié. Traqueur ou traqué, homme ou femme, prédateur ou victime, peu importe : le système ne pardonne jamais. Surtout pas aux innocents !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite de Hunter, j’avais adoré l’ambiance générale du roman (très noire, un peu barrée, mais totalement assumée) et les personnages.

Ma Chronique

C’est avec grand plaisir que je me replonge dans les profondeurs sauvages de l’Alaska afin de retrouver Hunter et Crow… et quelques autres personnages déjà croisés dans le précédent opus.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je répondrai à la question que les lecteurs potentiels peuvent se poser en découvrant ce titre : faut-il avoir lu Hunter avant de lire Crow ? Sans hésitation ma réponse est OUI, cet opus étant quasiment la suite directe du précédent. Qui plus est Hunter vous garanti un grand moment de lecture si vous aimez les histoires qui dépotent et envoient du lourd.

Roy Braverman (aka Ian Manook, ou encore Patrick Manoukian pour l’état civil) nous plonge d’entrée de jeu au cœur de son intrigue et au cœur de l’action. Au fil des chapitres on fait connaissance avec de nouveaux personnages, notamment ceux qui gravitent autour de la ville de Fairbanks (dont la sherif Sarah Malkovich et la ranger Sally Longhorn) et on retrouve certains personnages déjà croisés dans Hunter (dont Delesteros et Collins, virés du FBI après le fiasco de Pilgrim’s Rest). J’avoue avoir eu un faible pour le personnage de Mardiros, un chasseur de prime collecteur de dettes arménien qui ne manque ni de ressources, ni d’obstination.

Les chapitres défilent ainsi sans que l’on croise Hunter ou Crow, le premier se manifeste de façon certaine à la fin du chapitre 17 et le second au cours du chapitre 26 (sur un total de 60 chapitres). Rassurez-vous, leur absence n’empêche nullement l’intrigue de se mettre en place et de se développer.

Je ne m’attarderai pas davantage sur les personnages, il faut juste savoir que Fairbanks est un véritable nid à rednecks, de bons vieux péquenots de base amoureux de leurs flingues plus que de leur femme. Roy Braverman force volontairement le trait pour pointer du doigt cette Amérique profonde qui a fait de Donald Trump son président…

Ceux qui ont aimé Hunter retrouveront avec plaisir les mêmes ingrédients, un max d’action, une galerie de personnages qui vaut vraiment le détour, beaucoup de second degré et les inévitables touches d’humour noir. N’allez surtout pas croire que ce second opus n’est pas qu’une resucée du précédent, ça défouraille toujours autant, mais le récit s’articule autour d’axes radicalement différents, donnant par la même plus d’importance et plus de profondeur aux personnages.

Dans ce roman la nature est partie prenante à part entière, que ce soit par les décors, une beauté qui peut cacher bien des pièges mortels, les aléas climatiques (et plus si affinités) ou par sa faune omniprésente.

Un pur moment de divertissement servi par une écriture toujours aussi visuelle, au fil de la lecture on a le sentiment de visualiser le déroulé des événements ; et une fois de plus on en prend plein les mirettes… et on redemande ! Avec Crow, l’auteur confirme son formidable talent de conteur.

Roy Braverman nous avait promis une trilogie, l’ultime opus étant annoncé pour 2020, je suis franchement curieux (et tout aussi impatient) de découvrir quelles surprises il nous réserve…

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

Extraits du chapitre 10

Malkovich prend son téléphone et appelle le légiste.
— Moore ? Malkovich ! Des résultats pour l’autopsie ?
— Vous ne passez pas me voir ?
— Attention Moore, cette insistance pourrait passer pour du harcèlement. Tu as l’intention de me harceler, Moore ?
— Non, non, bien sûr que non, shérif…
— Dommage pour toi, Moore, tu ne sais pas ce que tu perds.
— Shérif, je voulais juste vous montrer mon…
— Ton quoi, Moore ? Tu voulais me montrer ton quoi ? Attention à ce que tu vas dire, mon garçon.
— Mon rapport, bredouille le jeune légiste, juste un rapport !
— Un rapport, Moore, tu me proposes un rapport, maintenant ? Décidément !
— …
— Moore ?

 

— Ce pauvre gamin a peur de se faire bouffer par une cougar, c’est sûr, même si officiellement l’espèce vient d’être déclarée éteinte.
— Tu plaisantes !
— Le mercredi 23 novembre 2016, par un communiqué de l’US Fish and Wildlife Service. Aucune apparition depuis 1930. Out, le cougar !
— Mais comment va-t-on appeler les femmes comme moi alors ? plaisante Malkovich.
— Des vieilles ? propose Amber.

[BOUQUINS] Niklas Natt och Dag – 1793

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N. Natt och Dag - 1793
Titre : 1793
Auteur : Niklas Natt och Dag
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Suède (2017)
448 pages

De quoi ça cause ?

Automne 1793. Mickel Cardell, vétéran de guerre revenu du front avec un bras en moins, extrait des eaux boueuses d’un lac de Stockholm un cadavre atrocement mutilé.

L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi réputé pour sa droiture atteint d’une tuberculose au stade terminal. Pour espérer mener à bien son enquête, il va devoir convaincre Mickel Cardell de lui prêter main-forte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Est-ce encore besoin de poser cette question quand l’éditeur est Sonatine ? Tout simplement parce qu’il le vaut bien comme dirait l’autre…

Parce que ce roman illustre parfaitement la richesse et la diversité du catalogue de l’éditeur. Certes c’est un polar, genre de prédilection de Sonatine, mais un polar qui vous invite à découvrir la Suède en cette fin de XVIIIe siècle…

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si vous me dites « littérature nordique », je pense instinctivement littérature policière (incluant les romans noirs et les thrillers) ; je sais que c’est plutôt réducteur, d’autant que j’ai lu des auteurs scandinaves qui ne font dans le polar (je pense notamment à Jonas Jonasson et Fredrik Backman, qui sont plus habitués à jouer avec nos zygomatiques qu’avec nos nerfs)… mais c’est comme ça, on va dire que c’est l’effet Millénium (loin de moi l’idée de prétendre que Stieg Larson a été un précurseur du polar nordique).

Je ne sais pas vous, mais personnellement j’aurai été bien incapable de vous faire un topo, même sommaire, sur le contexte historique de la Suède en 1793. Un choix qui ne doit pourtant rien au hasard comme nous l’explique Niklas Natt och Dag dans sa postface (et comme nous le constaterons à la lecture du roman).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je ne peux que m’incliner devant le monumental travail de documentation que doit demander la rédaction d’un roman historique, il faut à la fois rester fidèle à l’Histoire et accepter de prendre quelques libertés avec la réalité afin de coller aux besoins de la fiction. A ce titre l’auteur tire formidablement son épingle du jeu, en combinant des personnages et des faits ayant existé et d’autres, issus de son imagination ; dès les premières pages, on est en totale immersion dans le Stockholm au crépuscule du XVIIIe siècle.

Malgré la présence d’une carte (très belle, soit dit en passant) de Stockholm au début du roman, il faut un peu de temps pour prendre ses marques (il faut dire que les différents quartiers de la ville portent des noms à coucher dehors pour le lecteur non scandinave). Cela ne nuit en rien au plaisir de la lecture, il n’est d’ailleurs pas indispensable de chercher à se repérer pour apprécier pleinement ce bouquin.

Une intrigue portée par deux enquêteurs que tout oppose, mais qui s’avéreront complémentaires (une recette qui a maintes fois prouvé son efficacité) ; Mickel Cardell se laisse guider par la force et l’instinct alors que chez Cecil Winge est plutôt commandé par l’esprit et la réflexion. Deux fortes personnalités qui se dévoileront et s’affirmeront au fil des chapitres.

D’autres personnages sont appelés à jouer un rôle essentiel dans la résolution de l’énigme à laquelle sont confrontés Winge et Cardell ; toutefois je préfère ne pas approfondir ce sujet. Le plaisir de la découverte n’en sera que plus grand (même si parfois éprouvant).

L’intrigue est parfaitement maîtrisée par l’auteur, il mène le lecteur là où il veut le mener et au rythme qu’il a choisi de lui imposer. Le roman s’articule en quatre parties, la dernière étant la suite directe de la première ; les deux autres étant des flashbacks dont le rapport avec l’enquête ne saute pas tout de suite aux yeux… Laissez vous guider par Niklas Natt och Dag, la traversée sera parfois houleuse, mais rien n’est laissé au hasard.

Un voyage dans le temps et dans l’espace fortement teinté de noir (pour l’ambiance générale du récit) et de rouge (pour le sang versé). Forcément on n’en sort pas totalement indemne, ça secoue un peu, mais il faut bien se l’avouer, c’est ce que nous recherchons avec ce genre de roman.

Pour l’auteur le challenge (loin d’être gagné d’avance pour un lecteur un tantinet hermétique à l’Histoire comme moi) est remporté haut la main. Immersion totale dans l’intrigue, j’ai rarement autant regretté de ne pas avoir plus de temps libre à consacrer à une lecture.

Un coup double (coup de cœur et coup de poing) amplement mérité !

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Brian Panowich – Comme Les Lions

AU MENU DU JOUR

B. Panowich - Comme Les Lions
Titre : Comme Les Lions
Auteur : Brian Panowich
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Extrait de la 4ème de couv’ :

Clayton Burroughs est le shérif d’une petite ville de Géorgie, un jeune papa et, contre toute attente, l’héritier présomptif du clan criminel le plus célèbre de Bull Mountain. Entre la paternité, son boulot et les séquelles d’un long conflit qui a coûté la vie à ses deux frères hors-la-loi, il fait ce qu’il peut pour survivre. Mais après avoir marché droit pendant des années, sur le fil ténu qui sépare le maintien de l’ordre et les agissements de sa famille, il doit finalement choisir.

Lorsqu’un clan rival fait une première incursion dans le territoire Burroughs, laissant dans son sillage une série de cadavres et un parfum de peur, Clayton est de nouveau entraîné dans la vie qu’il voulait à tout prix quitter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’avec Bull Mountain, l’auteur nous proposait un premier roman d’une rare intensité. Impossible de résister à l’appel d’un nouveau séjour sur la montagne la plus mal famée de Géorgie !

Ma Chronique

Dans ses remerciements Brian Panowich nous explique que la rédaction d’un second roman est un exercice particulièrement difficile ; je suppose que c’est d’autant plus vrai quand le roman précédent a bénéficié d’un accueil critique et public des plus enthousiastes. Non seulement l’auteur est passé de l’ombre à la lumière, mais il est surtout attendu au tournant, et il le sait ; du coup ça lui fout une pression supplémentaire.

Avec Bull Mountain la barre était haute, très haute ! Mais pas totalement infranchissable du fait de quelques erreurs de jeunesse. Comme Les Lions parvient-il à égaler, voire à dépasser son aîné ?

Difficile de répondre de façon catégorique tant les deux romans sont différents dans le traitement de l’intrigue. S’il est encore question d’héritage familial (et de famille au sens étendu du terme), la famille n’est plus au cœur de l’intrigue, en tout cas pas avec la même intensité dramatique que ce fut le cas à la lecture de Bull Mountain (il faut dire que la confrontation entre Clayton et son frère prenait une dimension quasiment biblique).

Même si l’intrigue de ce second roman peut sembler plus classique, la plume de l’auteur n’a pas perdu en efficacité quand il s’agit d’exposer la noirceur de l’âme humaine. En la matière le clan Viner n’a pas grand-chose à envier aux Burroughs…

Le roman s’ouvre et se ferme sur un flashback, un final brillant qui permet de voir toute l’intrigue sous un jour nouveau (et totalement inattendu pour ma part). Dès les premières pages l’auteur annonce la couleur, noir c’est noir. Au fil des chapitres il n’apportera que de rares touches de clarté au milieu des ténèbres ambiantes ; et encore, faut-il vraiment se fier aux apparences ?

Un second opus donne la part belle (le terme n’est pas forcément très judicieux au vu de ce qu’elles subissent) aux personnages féminins. Après tout, c’est bien connu que chez les lions ce sont les femelles qui se tapent tout le sale boulot !

Une fois de plus le roman est porté par ses personnages, qu’il s’agisse de ceux que l’on connaît déjà et que l’on redécouvre sous un autre jour, ou des nouveaux venus qui veulent imposer leur griffe au récit. Un poker menteur où le moindre faux pas se paye au prix fort !

Brian Panowich ne vous laissera pas le temps de profiter des paysages, le rythme imposé est soutenu, sans le moindre temps mort ; il se passe toujours quelque chose sur cette maudite colline. Pour cette seconde excursion, vous avez intérêt à avoir le cœur bien accroché, la balade ne sera pas un long fleuve tranquille.

Voilà pourquoi je vous disais plus haut que j’étais incapable de trancher par une réponse catégorique ; si Comme Les Lions n’a sans doute pas la même intensité dramatique que son aîné, il vous propose toutefois une intrigue parfaitement maîtrisée, réglée comme du papier à musique. Une mélodie noire sans la moindre fausse note qui a tout pour séduire, même les plus exigeants.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Anthony Neil Smith – Lune Noire

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A. Neil Smith - Lune Noire
Titre : Lune Noire
Auteur : Anthony Neil Smith
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA (2008)
304 pages

De quoi ça cause ?

Billy Laffite est adjoint au shérif du comté de Yellow Medicine. Il a une vision très personnelle de la loi et n’hésite pas à franchir la ligne jaune pour arriver à ses fins.

Quand son amie, Drew, lui demande d’aider son petit copain, une petite frappe notoire qui s’est une fois de plus mis dans la merde, il n’hésite pas avant de prendre les choses en mains, bien décidé à gérer la question à sa manière.

Billy Laffite ne le sait pas encore, mais il vient de mettre les pieds dans une mécanique qui le dépasse largement. Quand les premiers cadavres font leur apparition, il est déjà trop tard pour faire machine arrière…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, comme d’hab.

Avant même la parution du bouquin, j’avais flashé sur sa couv’.

Parce que j’adore les flics borderline (et plus si affinités).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre… oups on rembobine, me suis trompé de bande !

Au commencement (comprendre au début du présent bouquin), on fait connaissance avec Billy Laffite alors qu’il est détenu par le FBI. On apprend assez rapidement que Laffite n’est pas franchement du genre incorruptible, loin s’en faut ! Du coup on a envie de comprendre comment il est arrivé là…

Vous vous demandez peut-être si je ne suis pas en train de vous faire un bis repetita de ma chronique de Corruption, le roman de Don Winslow, qui fut mon coup de cœur 2018. Que nenni ! Je reconnais volontiers que les deux romans débutent de façon assez similaire, mais Anthony Neil Smith s’engage rapidement sur une voie radicalement différente de celle empruntée par Don Winslow.

Si vous aimez les romans noirs bien noirs (humour compris) ? Vous en avez marre de ces héros qui pensent et lavent plus blanc que blanc ? Vous voulez un héros bad ass pur jus ? Alors incontestablement Lune Noire est le bouquin qu’il vous faut !

Histoire de vous plonger au cœur de l’action Anthony Neil Smith opte pour un récit à la première personne, vous voilà dans la peau de Billy Laffite. Un costume qui peut parfois piquer aux entournures, plus encore que l’horrible pull en laine miteux offert par mamie à Noël dernier !

Passe encore que Billy soit roublard, menteur, fonceur, magouilleur, queutard, un poil alcoolo, un brin suicidaire… j’en passe et des meilleurs ! Il est aussi et surtout doté d’un tempérament sanguin qui va systématiquement privilégier l’instinct à la réflexion ; pour le meilleur (parfois) ou pour le pire (souvent)…

Le genre de gars que l’on serait tenté de prendre en grippe d’entrée de jeu ; eh bien non ! Je n’irai pas jusqu’à dire qu’à force de voir les choses à sa manière ou fini par adopter sa façon de faire et de penser, mais il n’en reste pas moins que l’auteur sait y faire pour nous rendre son antihéros sympathique et attachant (même si parfois on a envie de lui foutre des baffes).

Tout comme je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est foncièrement bon dans le fond (ou alors il faut creuser longtemps) mais il n’en reste pas moins qu’il a un grand cœur. La preuve ? C’est en voulant aider une amie (avec, il est vrai, une arrière-pensée lubrique) qu’il se retrouve impliqué dans une affaire de sûreté nationale et de terrorisme.

Face à lui, l’agent fédéral Franklin Rome, convaincu plus que de raison (à ce stade c’est même maniaco-obsessionnel) que Laffite est en lien direct avec ce réseau terroriste. Sûr de son bon droit Rome va tout mettre en oeuvre pour obtenir des aveux.

Le bouquin ne se limite pas une confrontation entre Laffite et Rome, il est bien plus dense que cela et fait intervenir de nombreux autres acteurs. C’est volontairement que je passe sous silence le cœur même de l’intrigue et le rôle de ces autres personnages. C’est un roman qui mérite d’être effeuillé progressivement afin d’en savourer chaque instant… laissons au seul lecteur la seule jouissance de le déflorer à son rythme.

Quand je suis arrivé à la fin du roman mon premier réflexe a été de me dire : « Ah bin merde alors, c’est déjà fini« . Il faut dire que ce final sonne un peu comme le top départ d’un second round. Et second round il y aura bel et bien puisque Sonatine va nous proposer de retrouver Billy Laffite en septembre avec le roman Bête Noire. Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, un troisième tome est déjà disponible en VO ; on peut légitimement espérer le voir figurer dans le prochain catalogue de l’éditeur.

Avec ce roman Sonatine ose, une fois de plus, proposer un titre qui sort des sentiers battus, et c’est justement pour ça que l’on aime cette maison d’édition.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Amélie Antoine – Raisons Obscures

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A. Antoine - Raisons Obscures
Titre : Raisons Obscures
Auteur : Amélie Antoine
Éditeur : XO Éditions
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Juin 2017. Un coup de téléphone de la police va voir le quotidien des familles Kessler et Mariani s’effondrer.

Quelques mois plus tôt, à l’occasion de la rentrée des classes. C’est pour la famille Kessler l’occasion de prendre un nouveau départ après leur récent déménagement. Jusqu’à ce que Laetitia, la mère, croise par hasard son premier amour de jeunesse.

Dans la famille Mariani c’est Frédéric, le père qui doit composer avec une mise au placard professionnelle et Claire, la mère, avec les aboiements incessants du chien du voisin.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour me sortir de ma zone de confort (polars et thrillers) et parce que ça faisait déjà quelque temps que j’avais envie de découvrir l’univers, très éclectique, d’Amélie Antoine.

Parce que les éditions Xo et Net Galley ont répondu favorablement à ma demande.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Une histoire de familles en apparence ordinaires qui n’avait, de prime abord, pas grand-chose pour me séduire. D’un côté madame cède au démon de midi en retombant dans les bras de celui qui fut son premier amour. De l’autre monsieur essaye de donner le change face à une mise au placard professionnelle qui le mine bien plus qu’il ne voudrait se l’avouer.

C’est ce à quoi laisse penser toute la première partie de ce bouquin. Des histoires sommes toutes assez banales, mais heureusement fort bien écrites. Sous la plume d’Amélie Antoine, ses personnages prennent véritablement vie, on partage leurs moments de questionnements et de doutes comme s’ils étaient nos voisins (sauf que je suis un tantinet ours asocial et que je limite à la stricte courtoise mes contacts avec mes voisins).

Mais cette apparente normalité tranquille n’est que la partie visible de l’iceberg. Les parents Kessler et Mariani ne voient pas (et nous non plus du coup) qu’un véritable drame est en train de couver sous les non-dits et les mensonges pour continuer de donner le change.

Dans la seconde partie de son roman, l’auteure donne la parole aux enfants, Sarah Mariani et Orlane Kessler. Et le voile se lève sur la partie immergée de l’iceberg, le lecteur assiste impuissant (et un tantinet énervé il faut bien se l’avouer) à un drame dont on devine (en partie seulement) les conséquences tragiques.

Un drame malheureusement tout aussi ordinaire de nos jours puisqu’il est question de harcèlement scolaire. Brimade après brimade, humiliation après humiliation, on sent l’issue fatale pointer le bout de son nez sans rien pouvoir faire pour renverser la vapeur et changer le cours des choses. Rarement j’ai autant espéré me tromper sur la fin d’un roman… sans ce foutu coup de fil qui ouvre le bouquin, et qui clôt la première partie, on aurait presque pu y croire.

Là encore la plume d’Amélie Antoine est implacable. Elle nous plonge dans les pensées d’une persécutrice qui ne se rend pas vraiment compte du mal qu’elle fait, et d’une persécutée qui s’enfonce inexorablement sur un chemin sans retour. Une expérience nerveusement éprouvante, mais un formidable talent de conteur devant lequel je ne peux que m’incliner.

Il serait tentant de jeter la pierre aux parents en les accusant d’être tellement focalisés sur leurs « petits » tracas qu’ils n’ont pas vu ce qui se jouait quasiment sous leurs yeux ; mais bien malin(e) celui ou celle qui peut affirmer, en toute honnêteté, que ça n’aurait jamais pu arriver à ses propres enfants. Surtout quand, comme c’est le cas ici, l’enfant victime prend sur lui.

Amélie Antoine le dit fort justement dans son interview sur le site de l’éditeur :

La question à laquelle j’avais envie – besoin – de réfléchir, c’était celle de savoir (sans aucun jugement) comment il est possible de passer complètement à côté de la souffrance de son enfant, comment on peut penser le connaître et se rendre compte – trop tard – qu’il n’en est rien…

Et un peu plus tard dans le même entretien :

Certes, les parents Kessler et Mariani sont pris par d’autres choses, comme n’importe quels êtres humains, mais ils n’en sont pas moins aimants ou attentifs… De l’autre côté, il y a des enfants qui se taisent, qui se murent dans le silence, qui ne veulent pas déranger, pas trahir, pas se montrer faibles…

Un roman qui, contre toute attente, m’a pris aux tripes. Mais comme je suis aussi un tantinet maso sur les bords, il m’a aussi donné l’envie d’aller plus avant dans la découverte des romans d’Amélie Antoine.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Stephen King – L’Outsider

AU MENU DU JOUR

S. King - L'Outsider
Titre : L’Outsider
Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
576 pages

De quoi ça cause ?

Le viol et le meurtre sauvage du petit Frank Peterson secouent la petite ville de Flint City (Oklahoma). Toutes les preuves scientifiques accusent Terry Maitland, le populaire coach sportif ; il n’en faut pas davantage à la police et aux services du procureur pour décider de procéder à une arrestation spectaculaire.

Alors qu’ils pensaient que l’affaire serait rapidement bouclée, Terry Maitland réfute l’accusation ; non seulement il a un alibi en béton, mais de nombreux témoignages confirment sa version des faits…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Stephen King et que je suis un fan inconditionnel depuis des années.

Pour oublier la déception causée par son dernier roman, Sleeping Beauties, et retrouver un KING au sommet de son art.

Ma Chronique

Je n’ai jamais perdu foi dans le talent de Stephen King, je vais donc considérer que Sleeping Beauties aura été un accident de parcours. Un accident presque effacé par le très bon roman court, Gwendy Et La Boîte A Boutons, mais j’espérais beaucoup de son nouveau vrai roman.

Alors, verdict ? Est-ce que L’Outsider a fini de balayer mes doutes ? Sans hésitation la réponse est un grand OUI franc et massif. Avec ce roman on retrouve un Stephen King au summum de son art. La quintessence du King ! Et j’exagère à peine…

Histoire de donner le ton d’entrée de jeu, Stephen King ne vous fera pas passer par le pédiluve ; non, il vous balancera direct dans le grand bassin ! L’Outsider s’ouvre en effet sur un crime particulièrement sordide, sordide par son mode opératoire, mais aussi et surtout par sa victime qui est un gamin de onze ans.

Nous voilà donc en présence d’une enquête de police qui s’annonce plutôt conventionnelle pour les amateurs du genre… mais il ne faut pas se fier aux apparences, surtout quand le Maître du Jeu se nomme Stephen King. En fait d’office les choses paraissent trop évidentes pour être uniquement ce qu’elles paraissent être. Et la suite des événements ne tardera pas à nous donner raison.

Nous voilà en présence d’un accusé que tout accuse de façon irréfutable, et ce même accusé qui a un alibi tout aussi indiscutable… Exit le polar classique, bienvenue dans l’univers du King !

Même si le bouquin continue alors à ressembler à un polar pur et dur, il ne faut pas sortir de Normale Sup’ pour comprendre que l’explication ne peut être rationnelle. La vérité est ailleurs comme diraient les agents Mulder et Scully (X-Files).

Avant de nous plonger dans cet ailleurs, fortement teinté de fantastique, Stephen King va nous offrir une douche froide. Un rebondissement certes pas totalement imprévisible, mais auquel subsistait un mince espoir d’échapper… Décidément l’auteur semble plus déterminé que jamais à n’accorder aucun répit à ses lecteurs (et le pire c’est qu’on en redemande).

Je ne m’épancherai pas davantage sur l’intrigue, sachez simplement que l’auteur la mène de bout en bout d’une main de maître sans le moindre temps mort. Soyez assuré qu’il n’a pas fini de malmener ses personnages, et nous avec accessoirement.

Une bonne intrigue ne suffit pas toujours à faire un bon roman, il faut aussi que les personnages soient mitonnés aux petits oignons pour lier la sauce. Et en l’occurrence ils viennent littéralement sublimer l’intrigue, tant par leur profonde que par l’évolution (parfois contrainte et forcée… mais c’est pour la bonne cause) de leurs relations.

Fidèle à son habitude, Stephen King place au fil de son récit quelques références à ses précédents romans. Il va même un peu plus loin cette fois en faisant directement intervenir Holly Gibney dans le déroulé de son intrigue. Si vous avez lu la trilogie Bill Hodges, nul doute que vous vous souviendrez de son inénarrable acolyte (si vous ne l’avez pas encore lue, je vous suggère de vous ruer dessus, vous ne le regretterez pas).

Bien que Stephen King se revendique fan de Stanley Kubrick, il a toujours affirmé haut et fort qu’il détestait le film Shining, qui, selon lui, ne respecte pas l’esprit de son roman. Monsieur King aurait-il la rancune tenace ? Une remarque de Holly, en forme de pique, pourrait en effet le laisser supposer :

J’ai déjà vu Les Sentiers de la gloire une dizaine de fois, au moins. Un des meilleurs films de Kubrick. Bien meilleur que Shining et Barry Lyndon, si vous voulez mon avis.

Pour rester dans la catégorie des clins d’œil, j’ai du mal à croire que le panneau de signalisation « MARYSVILLE 1280 HABITANTS » soit une pure coïncidence ; la référence au roman de Jim Thompson, Pottsville, 1280 habitants, est un peu trop flagrante pour n’être que le fruit du hasard.

Chaque fois que j’ai dû me détacher de ce bouquin, je l’ai fait à regret tant il me tardait de découvrir la suite. Résultat des courses, il m’a fallu à peine plus de deux jours pour dévorer les presque 600 pages ; et encore, je suis convaincu que si je l’avais entamé en période de congés je me le serai avalé d’une traite.

Avec ce roman l’auteur s’offre une forme de retour aux sources tout en proposant une oeuvre totalement nouvelle et originale. De quoi définitivement rassurer son public, ses muses (quelles qu’elles soient) n’ont pas fini de lui inspirer de belles et terrifiantes histoires. Mais aussi et surtout des histoires d’une redoutable efficacité.

Même en voulant pinailler je ne parviens pas à trouver de reproches à adresser à ce roman ; comme je vous le disais au début de cette chronique, c’est la quintessence du King. Une totale réussite sans la moindre fausse note.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Antoine Renand – L’Empathie

AU MENU DU JOUR

A. Renand - L'Empathie
Titre : L’Empathie
Auteur : Antoine Renand
Éditeur : Robert Laffont
Parution : France
Origine : 2019
464 pages

De quoi ça cause ?

Anthony et Marion sont enquêteurs au sein du 2ème district de la police judiciaire de Paris, plus communément appelé « Brigade du viol », en charge des affaires de crimes sexuels et viols en série.

Et justement un violeur en série sévit actuellement dans les rues de Paris. Le lézard, comme l’ont surnommé les policiers, pénètre la nuit chez ses victimes avant de les agresser. Des agressions d’une extrême violence que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la Bête Noire et que je n’ai jamais été déçu par les titres de cette collection proposée par Robert Laffont. Même si je reconnais volontiers avoir accumulé beaucoup de retard dans l’exploration de leur catalogue.

Ma Chronique

Un titre sollicité depuis le 11 janvier auprès de l’éditeur via Net Galley ; faute de retour de leur part, j’ai décidé de prendre les devants et de me lancer dans la lecture de ce roman qui me faisait vraiment envie.

Une fois n’est pas coutume, commençons par parler de statistiques (déformation professionnelle ?), avec des chiffres qui font froid dans le dos :

(…) en France, 75 000 viols avaient lieu chaque année, soit 206 par jour ; 1 femme sur 6 serait victime d’un viol au cours de sa vie, ou d’une tentative de viol ; 80 % des victimes étaient bien entendu des femmes.
La moitié de ces victimes l’était de façon répétée avec, dans 8 cas sur 10, un agresseur qu’elles connaissaient bien : un ami, ami de la famille, membre de la famille… Et tous les milieux étaient touchés, prolos comme bourgeois, anonymes comme grands de ce monde….
Enfin et surtout, 90 % des femmes violées ne portaient pas plainte.

Et un constat tout aussi glaçant :

Si tous les agressés ne deviennent pas agresseurs, il est extrêmement rare qu’un tueur ou un violeur en série n’ait pas été lui-même victime de sévices pendant son enfance. Le Mal se copie, se reproduit.

Sans avoir la prétention d’être représentatif de quoi que ce soit, j’avoue avoir lu relativement peu de thrillers ayant pour thème le viol. C’est peut être uniquement dû à un manque d’opportunités (je n’en ai croisé que quelques-uns qui m’aient donné envie de les lire) ou alors parce que je considère le violeur comme un être profondément abject ne méritant ni respect ni clémence. Non que j’éprouve une quelconque empathie pour les assassins, disons que ce que je ressens à l’encontre des violeurs est plus viscéral.

L’accroche en couverture promet qu’après avoir lu le bouquin nous ne dormirons plus jamais la fenêtre ouverte… OK, mais quand ton appart n’est pas climatisé et qu’il fait plus de 30° la nuit, tu fais comment pour éviter de mariner dans ta sueur toute la nuit ? J’ai bien l’intention de continuer à dormir la fenêtre ouverte et à poil qui plus est (voilà vous savez tout sur mes habitudes nocturnes).

Au fil des chapitres vous ne croiserez pas un violeur, mais deux ; et tous les deux ont un sinistre palmarès de plusieurs victimes. Le premier est rapidement arrêté, une ordure de moins en circulation, mais à côté du second, le fameux lézard (ou plutôt alpha comme il se surnomme lui-même), il ferait presque office de petit joueur. Alpha ne s’exprime que dans la violence et l’humiliation, chaque scène de crime repoussant toujours plus loin les limites de l’horreur.

Vous l’aurez compris ce roman nous réserve quelques scènes avec une forte dose de violence et de perversité, mais l’auteur ne donne pas pour autant dans la surenchère gratuite ; cette violence qui se déchaîne est mise au service de l’intrigue.

Une intrigue qui pourrait passer pour relativement classique avec une enquête de police qui piétine et un criminel qui se joue aussi bien de ses victimes que des policiers qui le traquent. Mais ce côté classique de l’intrigue n’est qu’un trompe-l’œil ; c’est quand le voile des apparences se dissipe que le roman exprime pleinement sa force et son originalité.

Une force qui repose pour beaucoup sur ses personnages et leurs secrets, des secrets qui nous seront révélés au compte-goutte via quelques flashbacks. Un roman presque intégralement porté par le personnage d’Anthony Rauch, un flic efficace, mais plutôt discret qui cache bien des secrets. Un personnage atypique pour lequel vous ne pourrez que ressentir une sincère empathie.

Mais l’auteur ne néglige pas pour autant ses autres personnages, tous bénéficient d’une attention particulière et sont traités avec beaucoup de soin. Certains vous apparaîtront sympathiques (je pense notamment à Marion, la collègue d’Anthony), d’autres plus mitigés (le personnage le plus complexe étant sans nul doute Louisa, la mère d’Anthony) et enfin il y aura ceux que vous ne pourrez que détester (à ce titre alpha occupe sans partage la plus haute marche du podium).

Pour un premier roman, Antoine Renand réussit un véritable coup de maître avec un thriller qui n’hésite pas à bousculer les règles du genre et qui, tout en assumant un côté résolument noir, brille l’humanité qui s’en dégage. Un thriller psychologique qui flirte avec l’excellence.

La Bête Noire ouvre le bal de l’année 2019 avec un titre parfaitement maîtrisé qui n’a pas à rougir face aux ténors du genre.

MON VERDICT
Coup de poing

– Edit du 12 février 2019 –

Merci aux éditions Robert Laffont et à la plate-forme Net Galley qui viennent de répondre favorablement à ma demande.

[BOUQUINS] Gabriel Tallent – My Absolute Darling

AU MENU DU JOUR

G. Tallent - My Absolute Darling
Titre : My Absolute Darling
Auteur : Gabriel Tallent
Éditeur : Gallmeister
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
453 pages

De quoi ça cause ?

Julia – Turtle – Alveston, 14 ans, vit seule avec son père Martin. Un père abusif qui ne sait ni l’aimer ni l’élever, comme devrait l’être une adolescente. Mais Turtle n’a connu que cette vie, et surtout elle n’a que lui à qui se rattacher…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Encore un oublié de la rentrée littéraire 2018… Ce bouquin semble tellement déchaîner les passions qu’il fallait bien que je me fasse ma propre idée sur la chose.

Ma Chronique

À en croire tout le battage autour de ce bouquin, il a été LE roman de l’année 2018, celui qu’il fallait avoir lu pour ne pas mourir idiot (j’exagère à peine). Je ne l’ai pas lu, je n’en suis pas mort (je ne me prononcerai pas sur mon niveau potentiel ou avéré d’idiotie) et pourtant j’ai voulu le faire maintes et maintes fois… avant de choisir un autre bouquin.

Forcément tout ce foin autour d’un bouquin ça intrigue, d’autant que globalement les retours de lecture sont très positifs ; alors voilà, à mon tour je me lance… et je partage mon ressenti.

Pour être tout à fait franc cette chronique a bien failli ne jamais voir le jour, en effet, en parcourant les premiers chapitres le bouquin me tombait presque des mains tant le style était lourd et indigeste ; même en se mettant (difficilement) dans la peau d’une gamine de 14 ans socialement inadaptée… J’ai résisté à l’envie d’envoyer valdinguer le truc (je tiens trop à ma liseuse) et j’ai persévéré… et j’ai eu foutrement raison !

Je ne saurai dire si le style évolue au fil des pages ou si on finit par l’accepter et le trouver raccord au récit, le fait est que finalement la sauce prend et par la même occase nous en fout plein la gueule. Pour être tout à fait franc, le bouquin finit même par devenir totalement addictif.

Un bouquin noir de chez noir qui aborde des thèmes difficiles (pour ne pas dire tabou rapport à la relation incestueuse entre le père et sa fille) et qui place au centre de son intrigue un personnage pour le moins atypique.

Face à l’attitude de Turtle, qui ne semble porter qu’un regard méprisant, voire indifférent, sur les autres, et surtout trouve toujours des excuses à son père, on serait tenté de se détourner d’elle et de fermer la porte à toute forme d’empathie ; « Puisque c’est ce que tu veux, bouffe ta merde et démerde-toi ». Mais l’auteur sait y faire pour que cette gamine nous soit malgré tout sympathique, et surtout il ne faut pas perdre de vue qu’elle n’a que 14 ans et se trouve confrontée à des situations extrêmes.

Il faut bien reconnaître que son père, Martin, est un sinistre con chez qui il n’y a strictement rien à récupérer, tout est à jeter et à brûler. Non qu’il soit un crétin congénital ou simplement un idiot, loin s’en faut, il serait même plutôt intelligent et cultivé. Sauf qu’il est incapable d’utiliser son savoir à bon escient, il use de sa culture pour inculquer à sa fille des préceptes déformés par sa propre vision des choses. Alors qu’un père devrait tirer son enfant vers le haut, Martin Alveston, prend un malin plaisir à rabaisser encore et encore sa fille. Et je ne vous parle pas des outrages divers et variés qu’il lui fait subir.

Le récit est dur, parfois à la limite du supportable, mais dans son écriture Gabriel Tallent ne fait preuve d’aucune complaisance envers cette noirceur qu’il distille, rien n’est gratuit, rien n’est laissé au hasard ; chaque mot, chaque phrase, est mis au service de son intrigue et de ses personnages.

On a envie que Turtle se sorte de cet enfer, à chaque fois qu’elle baisse les bras ou pardonne à son père on a envie de lui venir en aide et de lui ouvrir les yeux (voire parfois de lui gueuler dessus). Ce n’est pas le lecteur qui fournira à Turtle l’électrochoc dont elle avait besoin, mais plutôt une succession d’événements, dont la rencontre avec deux ados un peu barrés mais fort sympathiques, qui lui ouvrira les yeux et lui laissera entrevoir la possibilité d’un ailleurs et surtout d’un autrement…

Au risque de me laisser aller à la facilité et surtout de reprendre une phrase tant de fois répétée qu’elle en devient éculée, je ne peux que rejoindre les rangs des lecteurs convaincus et affirmer que Gabriel Tallent a bel et bien un incroyable talent. Pour un premier roman, l’auteur a choisi de s’engager directement sur la piste noire, un pari osé, mais remporté haut la main.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Adeline Dieudonné – La Vraie Vie

AU MENU DU JOUR

A. Dieudonné - La vraie vie
Titre : La Vraie Vie
Auteur : Adeline Dieudonné
Éditeur : L’Iconoclaste
Parution : 2018
Origine : Belgique
265 pages

De quoi ça cause ?

Une adolescente (la narratrice) et son petit frère, Gilles, vivent une vie insouciante entre une mère qui semble avoir renoncé à tout et un père colérique et violent.

La vie des enfants va basculer suite à un tragique accident. Profondément marqué, Gilles se renferme sur lui même, renonçant ainsi à l’innocence et l’insouciance de l’enfance. Sa sœur va remuer ciel et terre pour sortir son petit frère des ténèbres dans lesquels il semble s’enfoncer chaque jour davantage…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il fait partie de ces titres injustement oubliés de la rentrée littéraire 2018 que je m’étais promis de lire… Dans les semaines à venir, il va y en avoir d’autres dans la même situation.

Ma Chronique

Au départ c’est la couv’ qui m’a attiré, non qu’elle soit particulièrement belle (ni particulièrement moche) ; elle m’a intrigué plus qu’autre chose. Il ne faut pas grand-chose pour déclencher l’envie d’ouvrir un bouquin…

Mais un visuel alléchant ne fait tout… Malgré les réactions quasi unanimement enthousiastes sur le web (Babelio et blog litt’), j’ai maintes fois remisé ce bouquin dans mon Stock à Lire Numérique avant d’en choisir un autre. Pourquoi donc me demanderez-vous (à moins que vous ne vous foutiez comme de l’an mil de ce que je vous raconte) ? Disons que le pitch ne m’attirait pas outre mesure et que j’ai tendance à me méfier des trucs qui font l’unanimité (en bien comme en mal) ; grosso modo je craignais un bouquin très bien écrit, mais dans lequel il ne se passe pas grand-chose…

Monumentale erreur comme dirait l’autre ; je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître… cherchez pas, Aznavour n’a jamais chanté Monumentale erreur ! C’est la réplique favorite de Jack Slater, incarné par Arnold Schwarzenegger, dans le film Last Action Hero (John McTiernan – 1993).

Mais revenons à nos moutonsse (référence cette fois à la pièce Topaze de Marcel Pagnol) et cessons sur le champ ces futiles digressions…

Les premières pages nous décrivent en effet le quotidien des enfants, une vie d’enfants dans un monde d’enfants, une vie normale quoi (pas facile à instaurer quand on doit subir des parents tels que les leurs). Et v’là t’y pas qu’un jour comme un autre, le frère et la sœur sont témoins d’un accident bête, tragique, explosif, sanglant… Réfléchissez bien la prochaine que vous commanderez une glace, un geste innocent et banal peut être lourd de conséquences ! J’dis ça, j’dis rien ; mais quand même…

Le pivot du roman est cette famille pas vraiment comme les autres (heureusement), deux enfants quasiment livrés à eux-mêmes ; entre une mère qui vit et subit dans son monde à elle sans jamais protester (une amibe comme se plait à la décrire la jeune narratrice), et un père froid, autoritaire, colérique et violent (et accessoirement chasseur/tueur et collectionneur de trophées de chasse).

Ah ce père… Comme j’ai adoré le détester, de la première à la dernière page du roman, ça a été littéralement viscéral, à chacune de ses apparitions j’ai eu des envies de meurtre ! Et de préférence avec une mise à mort lente et douloureuse ! Une pourriture abjecte et amorale, un pur concentré de jus de merde, avec la pulpe !

Pas vraiment de haine contre la mère, plutôt une colère sourde à l’encontre de ses renonciations et de sa résignation ; une méchante envie de la secouer et de lui gueuler de se sortir les doigts du cul !

J’avoue sans honte que parfois j’ai aussi eu envie de botter le cul du frangin. J’y peux rien, mais quand on touche aux animaux mes instincts les plus primaires remontent à la surface ; présentement le coup de pied au cul serait plutôt une entrée à la matière, juste avant de lui raclée qu’il ne sera pas prêt d’oublier.

Et puis il y a la fille ; qui ne s’appelle pas Frida, n’en déplaise à Jacques Brel… d’ailleurs on ne sait pas comment elle s’appelle et on s’en fout. Une gamine obligée de grandir trop vite pour survivre dans cette famille, une gamine qui ne renoncera jamais à sauver son frère. Une véritable force de la nature et un rayon de soleil au milieu des ténèbres et du désespoir. Et il lui en faudra de la volonté et de la force pour surmonter les nombreux obstacles qui se dresseront sur son chemin.

Bin oui, on en prend plein la gueule avec ce bouquin ! La faute à une narration parfaitement maîtrisée qui saura vibrer les bonnes cordes émotionnelles chez le lecteur et le prendra même parfois aux tripes. Je ne m’attendais pas à un tel tourbillon d’émotions, quelle claque !

Pour un premier roman, on ne peut que s’incliner devant le talent d’Adeline Dieudonné. Impossible de rester indifférent face à ce bouquin, impossible de ne pas craquer pour cette jeune narratrice ! Décidément cette jeune auteure belge vous laissera sur le cul, un sourire béat aux lèvres (oui je sais, on a l’air con dans cette position… mais c’est pour la bonne cause).

De là à qualifier cette lecture d’indispensable il n’y a qu’un pas… et je serai tenté de le faire. Vous avez des doutes ? Lisez-le et on en reparlera.

MON VERDICT
Coup double