[BOUQUINS] Éric Genetet – Un Bonheur Sans Pitié

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E. Genetet - Un bonheur sans pitié
Titre : Un Bonheur Sans Pitié
Auteur : Éric Genetet
Éditeur : Héloïse d’Ormesson
Parution : 2019
Origine : France
160 pages

De quoi ça cause ?

Marina pense avoir enfin trouvé le bonheur avec Torsten. Mais après six mois d’une passion idyllique, le voile des apparences tombe, Torsten révèle peu à peu sa véritable nature perverse et manipulatrice.

Emportée par ses sentiments, Marina pardonne inlassablement et s’habitue à l’inacceptable, jusqu’à se perdre et sombrer.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est avant tout la critique enthousiaste d’Aude (Aude bouquine) qui m’a poussé vers ce roman.

Il est vrai que le pervers narcissique est un cas d’école qui m’intéresse ; j’ai d’ailleurs plusieurs romans (et un essai) sur la question dans mon Stock à Lire Numérique, mais je ne savais pas trop par lequel commencer. Et pourquoi pas par un titre que je possède pas encore (cherchez pas… parfois ma logique obéit à des règles qui défient l’entendement) ?

Ma Chronique

Compte tenu de sa personnalité hautement dérangée (et plus encore dérangeante), il n’est pas étonnant que le pervers narcissique soit source d’inspiration pour de nombreux auteurs. Pour ma part c’est avec le roman Entraves d’Alexandra Coin que j’ai fait la connaissance littéraire de ces individus aussi nocifs que nuisibles (je connaissais le spécimen, mais n’avais jamais rien lu sur la question).

Au début du récit Marina quitte le mec avec qui elle vit une relation dans laquelle elle ne s’épanouit pas. Suivront quelques semaines de questionnements et de doutes avant qu’elle ne croise le chemin (d’abord sur fesse de bouc puis dans la vraie vie) de Torsten. Durant six mois on partagera leur passion idyllique, pleine de cœurs roses, de guimauve fondante, de nuages floconneux et tutti quanti… Une mise en scène soigneusement préparée par Torsten afin que Marina soit totalement raide dingue de lui.

Puis Torsten tombe le masque et révèle sa véritable nature. On s’enfonce alors crescendo dans le monde vicié du pervers narcissique, il déploie alors tout un arsenal pour détruire et rabaisser l’autre jusqu’à lui faire perdre tous ses moyens et surtout toute confiance en soi et toute estime de soi. Éric Genetet décrit parfaitement cette inexorable descente aux enfers jalonnée de multiples formes de violences psychologiques (humiliations, insultes, dénigrement systématique, jalousie maladive, isolement…).

L’auteur construit son roman en alternant entre les passages où il donne la parole à ses personnages (Marina, Torsten et d’autres) écrits à la première personne, et ceux où il porte un regard extérieur sur la vie du couple, écrit à la troisième personne, exposant les faits sans véritablement prendre parti.

Éric Genetet maîtrise totalement le profil psychologique de ses personnages, il nous implique pleinement, en spectateur impuissant, dans la vie (et la longue agonie) du couple. Même si l’ambiance du récit est résolument glauque et sombre, l’écriture de l’auteur reste malgré tout lumineuse et poétique.

Un roman court, mais nerveusement éprouvant. Évidemment face à Torsten le lecteur aura souvent des envies de meurtre, surtout quand il se fait passer pour une victime incomprise, ou qu’il se réfugie derrière son enfance difficile. Mais l’apathie de Marina sera toute aussi exaspérante, vous aurez plus d’une fois envie de la secouer, de lui gueuler de se sortir les doigts du cul et de quitter ce connard.

Une lecture coup-de-poing qui pointe du doigt une intolérable réalité pour les nombreuses femmes victimes de pervers narcissiques. Pour le coup on aimerait croire que tout ceci n’est que fiction, mais ce serait se voiler la face ou pratiquer la politique de l’autruche.

J’en ai connu des Marina qui ont vécu pendant des années sous la coupe d’un homme manipulateur et/ou violent. D’abord dans le déni (Mais non il est pas comme ça… c’est un A-MOUR. Mais il a beaucoup de boulot en ce moment, il est un peu à cran, c’est compréhensible non ?), puis à s’inventer tout un tas de mauvaises raisons pour ne pas quitter leur mec (la plus pathétique étant de loin le larmoyant « Mais je l’êêêmeuuuh » qui ferait passer Lara Fabian pour une aphone), jusqu’à endosser la responsabilité de leurs tourments (Oui bon, j’ai pris une claque, mais je l’avais bien cherché aussi). On commence par prêter l’oreille, puis on tend la main avant de renoncer face à l’obstination de la nana à accepter l’inacceptable (je ne saurai dire combien de fois j’ai entendu prononcer, avec un sourire de façade qui ne trompe qu’elle, une phrase du genre : « Je me suis pris une porte en allant me coucher, quelle gourde ! » pour justifier un bleu).

Les Marina que j’ai connues ont fini par rompre avec leur bourreau (du cœur, de l’âme et du corps), parfois après des années de soumission aveugle… souvent après le coup de trop, celui qui l’a conduit à l’hôpital (au mieux pour une cure de repos, au pire pour réparer les dégâts). Toutes n’ont malheureusement pas cette chance.

Morceaux choisis :

Pendant six mois, Torsten a injecté dans le corps de Marina des shoots de bonheur puissants avant de tarir sciemment la source. Le cerveau de mon amie n’est pas équipé pour pallier ce manque-là, il rame, cherche le programme qui l’a enchanté, mais ce programme est dans la petite poubelle en bas à droite de l’écran.

Elle est tétanisée par la crainte de mal faire, mais elle l’aime, c’est indiscutable, alors elle lui donne du plaisir. Et puis, une gifle, une fenêtre ouverte en hiver, c’est aussi ça la vie à deux, non ? Le reproche d’un sourire, d’un geste, d’un mot de trop ou en moins, des mots qui lacèrent, la crainte qu’il la trompe avec une autre plus belle, plus à l’écoute, à la hauteur de ses attentes, c’est aussi ça la vie de couple, non ? Et ses pleurs silencieux alors qu’il poursuit ses courses effervescentes aux orgasmes, allongé de tout son poids sur elle, brutal. Ce n’est rien à côté du bonheur de partager sa vie. Elle serre les dents. Elle va bien, il l’aime.

Je n’aurais jamais imaginé devenir cette fille-là. Personne ne peut comprendre pourquoi je ne quitte pas Torsten parce que je l’ignore moi-même.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras Le Roi

AU MENU DU JOUR

S. Dazieri - Tu tueras le Roi
Titre : Tu Tueras Le Roi
Série : Dante & Colomba – Tome 3
Auteur : Sandrone Dazieri
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Italie (2018)
640 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait quinze mois que Dante Torre a été enlevé. Quinze mois que Colomba Caselli vit coupée du monde dans la région des Marches.

Un soir, en pleine tempête de neige, Colomba découvre Tommy, un adolescent autiste, dans la remise de son jardin ; visiblement très agité et couvert de sang. En le raccompagnant chez lui elle apprend que ses parents ont été assassinés, pour la police Tommy serait le coupable idéal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’ultime opus de la trilogie consacrée à Dante Torre et Colomba Caselli. Le second tome laissait beaucoup de questions en suspens, il me tardait de découvrir les réponses. Et accessoirement la vérité sur Dante Torre.

Ma Chronique

Comme bon nombre d’amateurs de thrillers, je suis fidèle à la collection La Bête Noire, lancée par Robert Laffont en 2015. Et c’est justement le premier opus de cette trilogie, Tu Tueras Le Père, qui inaugurait cette nouvelle collection. Un lancement prometteur avec ce roman coup de cœur et coup de poing !

Quatre ans plus tard, il est temps de baisser le rideau sur les aventures mouvementées de Dante Torre et Colomba Caselli. Concernant La Bête Noire, je suis absolument convaincu qu’elle continuera de nous étonner avec des romans top niveau… et ce pendant encore de longues années !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il est absolument indispensable d’avoir lu les deux précédents opus pour comprendre et apprécier pleinement ce dernier tome. Celui-ci commence quasiment là où s’arrêtait le précédent, même si dans les faits quinze mois se sont écoulés entre l’enlèvement de Dante et le début du présent roman.

Un roman que j’attendais avec impatience, mais dans lequel j’ai eu un peu de mal à rentrer, peut-être était-ce lié à l’absence de Dante ou au sentiment de renoncement (bien compréhensible, je le reconnais volontiers) qui assommait Colomba dans les premiers chapitres ; sans doute un peu des deux. Il manquait une roue au binôme (et quelle roue !) et la seconde était à plat… pas facile d’avancer dans ces conditions.

Je vous rassure tout de suite les choses évoluent rapidement, il ne faudra que quelques chapitres avant que Colomba ne s’implique à fond dans le mystère qui entoure Tommy et le meurtre de ses parents. Une enquête qui s’avérera rapidement captivante et pleine de rebondissements.

Et dès la seconde partie du roman, Dante fait un retour en fanfare ; il lui faudra quand même quelque temps de convalescence avant de retrouver toute sa verve et sa redoutable logique aussi personnelle qu’implacable. Les choses sérieuses peuvent commencer (même si elles n’avaient pas attendu Dante pour se mettre en branle).

Sandrone Dazieri confirme qu’il maîtrise son intrigue sur le bout des doigts, il a un incroyable talent pour brouiller les pistes sans jamais embrouiller le lecteur. On finit, comme Dante et Colomba, par douter de tout et tout le monde. À qui peut-on faire confiance ? De qui doit-on se méfier ? Qui est ce mystérieux Roi qui leur donnera bien du fil à retordre et sème la mort sur son chemin ?

Histoire de finir en beauté, l’auteur nous assène un véritable coup de massue avec un revirement totalement inattendu et pas du tout tiré par les cheveux. Du grand art pour un auteur qui peut d’ores et déjà inscrire son nom en lettre d’or dans le grand livre de la littérature policière (et pas qu’au niveau national ou européen, soyons fou et voyons grand, il le mérite amplement !).

Un ultime opus qui vient clore avec beauté et brio la trilogie Dante & Colomba. Une sacrée belle découverte et un énorme coup de cœur pour l’ensemble de la trilogie. Cerise sur le gâteau, ce chapitre final m’a laissé littéralement KO debout en fin de lecture.

Il reste des questions sans réponse, mais ce n’est en rien une négligence de l’auteur, il s’agit bel et bien d’un choix délibéré. Choix qui ne nuit nullement à l’intrigue.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Lorraine Letournel Laloue – HS 7244

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L. Letournel - HS 7244
Titre : HS 7244
Auteur : Lorraine Letournel Laloue
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

Marius espérait faire le voyage de ses rêves avec ce séjour en Russie en compagnie de sa moitié, l’amour de sa vie, Camille. Sauf qu’un matin, Marius va se réveiller dans une cellule crasseuse, prisonnier dans un camp qui va se révéler être une véritable antichambre de l’Enfer.

Pourquoi a-t-il été fait prisonnier ? Qui sont ses geôliers / tortionnaires ? Où est Camille ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est un peu par hasard, en panne d’inspiration en visitant Net Galley, que j’ai découvert ce roman. Le titre m’a intrigué, puis la couv’ à la fois sobre et sombre m’a tapé dans l’œil, enfin la quatrième de couv’ a enfoncé le clou de la curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je dirai simplement : âmes sensibles s’abstenir. Le bouquin est terriblement violent, glauque et désespéré ; Lorraine Letournel Laloue n’épargne ni ses personnages ni ses lecteurs. Cette violence n’est toutefois pas gratuite, elle est mise au service d’une cause juste, pour pointer du doigt et dénoncer une situation amorale et abjecte.

Pour son premier roman, l’auteure ose un choix audacieux, engagé et assumé. Si son roman reste une oeuvre de fiction, elle s’inspire toutefois de faits réels (attention à ne pas confondre s’inspirer de faits réels et relater des faits réels). Si l’auteure révèle assez tard dans son récit le pourquoi de ces persécutions en tout genre (violences physiques et psychologiques, humiliations et privations en tout genre), il n’est toutefois pas difficile de se faire une idée de la chose quand on sait que l’intrigue se déroule en Tchétchénie de nos jours.

Alors : noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ? Oui et non.

Oui, parce que l’auteure nous propulse au cœur de l’horreur dans ce que l’humanité peut avoir de plus odieux et abominable ; incontestablement un roman d’une absolue noirceur qui vous broiera le cœur et vous vrillera les tripes.

Non, parce que même plongé dans le pire des cauchemars les victimes se serrent les coudes et se soutiennent mutuellement. Autant les bourreaux sont dépeints comme des monstres déshumanisés, autant les victimes dégagent une formidable humanité, dans ce qu’elle a de meilleur cette fois.

Une lecture coup-de-poing qui nous fait relativiser nos petits tracas du quotidien et apprécier de vivre dans le pays des droits de l’homme (même si tout n’est pas parfait, loin s’en faut). Un roman qui, dans toute son horreur, est aussi une ode à la liberté et à la tolérance.

Un premier roman osé, mais redoutablement efficace. Au risque de me répéter, je conclurai ma présente chronique en vous invitant à le lire, même si l’exercice se révélera parfois éprouvant moralement et nerveusement, mais c’est pour la bonne cause.

Je tire mon chapeau (que je ne porte pas) à Lorraine Letournel Laloue qui s’impose d’entrée de jeu dans la cour des grands du roman noir francophone.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Emily Koch – Il Était Une Fois Mon Meurtre

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E. Koch - Il était une fois mon meurtre

Titre : Il Était Une Fois Mon Meurtre
Auteur : Emily Koch
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2018)
416 pages

De quoi ça cause ?

Alex Jackson est dans un profond coma suite à un accident d’escalade. C’est du moins le verdict sans appel énoncé par les médecins, mais si le corps d’Alex ne lui obéit plus, son esprit fonctionne à plein régime.

Prisonnier d’un corps inerte, Alex va réaliser, au fil des visites de ses proches et à partir des bribes de ses souvenirs, que sa chute pourrait bien ne pas avoir été accidentelle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pari un peu fou de proposer un thriller ayant pour héros victime d’un locked-in syndrom avait de quoi titiller ma curiosité.

Parce que malheureusement la question de la fin de vie est plus que jamais d’actualité avec l’affaire Vincent Lambert, entre les parents qui souhaitent la poursuite de son hospitalisation et son épouse qui voudrait lui accorder le droit de mourir dans la dignité.

Ma Chronique

Je ne voudrais pas paraître fanfaronner en disant que la mort ne me fait pas peur, mais elle est de toute façon inéluctable, alors autant se faire une raison et ne plus y penser. Cette acceptation ne signifie pas pour autant que je sois pressé de passer de vie à trépas, j’aime la vie et j’entends bien continuer à la croquer à pleine de dents… et parfois même brûler la chandelle par les deux bouts. Par contre j’avoue sans fard que la dépendance et la souffrance me terrifient ; à ce titre le locked-in syndrom serait de loin mon pire cauchemar.

Et c’est justement ce qui arrive au héros du roman d’Emily Koch, Alex Jackson, bien que parfaitement conscient, il se retrouve prisonnier d’un corps qui ne lui obéit plus. Le moins que l’on puisse dire c’est que le choix du thème est plutôt audacieux pour un premier roman. Plus audacieux encore le choix de placer au centre d’un thriller un héros cloué dans son lit d’hôpital, incapable du moindre mouvement. Et pour couronner le tout, l’auteure nous propose un récit à la première personne, nous plaçant dans la peau et surtout l’esprit d’Alex.

Non seulement Emily Koch ose, mais en plus elle s’en tire d’une façon tout simplement magistrale, le résultat est tout simplement bluffant. Un tel degré de maîtrise a de quoi nous laisser sur le cul, et c’est quasiment KO debout (mais un sourire béat aux lèvres) que l’on referme ce bouquin.

L’auteure nous offre un huis clos époustouflant, d’autant que vous en aurez deux pour le prix d’un. D’une part quasiment tout le récit se déroule dans la chambre d’hôpital d’Alex, d’autre part Alex est enfermé dans son propre corps (d’où le nom français de syndrome d’enfermement parfois utilisé en lieu en place de l’anglicisme locked-in syndrom).

Alex dont seul l’esprit semble encore fonctionner normalement, qui ressent de fait non seulement les émotions, mais aussi les douleurs physiques liées à son état. Qui voudrait forcer son corps à répondre alors que celui-ci s’obstine dans son inertie. C’est depuis son lit d’hôpital qu’il essayera de comprendre ce qui lui est arrivé, aussi bien à partir des visites qu’il reçoit, qu’à partir des bribes de souvenirs qui se remettent peu à peu en place. Au fil des pages, on devient Alex, on lutte avec lui, on souffre avec lui, on doute avec lui.

Contre toute attente cette enquête semblable à nulle autre est captivante de bout en bout. Les différentes pièces du puzzle s’imbriquent à la perfection au fur et à mesure qu’Alex approche de la vérité sur les circonstances de sa chute.

Une des autres grandes forces de ce roman est de réussir à donner corps aux autres personnages uniquement par la perception qu’Alex a d’eux. Ça pourrait sembler un peu léger, mais là encore l’auteure tire parfaitement son épingle du jeu, tous prennent véritablement part au déroulé de l’intrigue.

Plus le dénouement approchait plus se posait la question de la fin, il eut vraiment été dommage que le charme soit rompu par un mauvais choix final ; un écueil adroitement contourné qui nous offre une fin en totale cohésion avec l’ensemble du récit (vous comprendrez aisément que je ne m’attarde pas sur la question).

Un thriller psychologique d’une rare intensité, mais aussi profondément humain. Encore une fois je tire mon chapeau à Emily Koch et lui décerne avec plaisir un doublé coup de cœur / coup de poing amplement mérité.

À la décharge des médecins, d’un point de vue strictement médical il n’est pas évident de différencier un locked-in syndrom comme celui d’Alex (le corps n’a aucune réaction, mais l’esprit fonctionne) d’un état de coma végétatif (dans lequel l’esprit est supposé être aussi inerte que le corps). Les ondes cérébrales échappent encore aux IRM, à moins de répondre à des schémas que le corps médical est en mesure d’interpréter.

Sur la question des soins en fin de vie (il en sera forcément question dans le roman) ma position est dans la logique de ce que j’ai écrit en ouverture de cette chronique ; si je ne veux ni souffrance ni dépendance, je ne peux donc qu’être farouchement opposé à toute forme d’acharnement thérapeutique.

La loi française étant encore frileuse sur la question, seules les directives anticipées permettent au patient de faire connaître ses choix (ça peut paraître macabre d’y penser alors que l’on est encore en pleine santé, mais c’est justement avant qu’il ne soit trop tard qu’il faut accomplir les démarches). Mon choix est fait, ma décision est irrévocable et c’est mon dernier mot Jean-Pierre.

Pour être totalement honnête, si j’en avais la possibilité et les moyens j’irais même beaucoup plus loin dans le baisser de rideau, un ultime voyage vers des contrées pratiquant l’euthanasie ou le suicide assisté avant d’aller boire un verre avec la Faucheuse.

MON VERDICT
Coup double

 

[BOUQUINS] R.J. Ellory – Le Chant De L’Assassin

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R.J. Ellory - Le chant de l'assassin

Titre : Le Chant De L’Assassin
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2015)
496 pages

De quoi ça cause ?

1972. Tout juste libéré de prison Henry Quinn entend bien tenir la promesse qu’il a faite à son ami et codétenu, Evan Riggs, condamné à perpétuité pour meurtre. Il doit se rendre à Calvary et remettre à la fille d’Evan, Sarah, une lettre.

Arrivé à Calvary, Henry Quinn se heurte à l’hostilité de Carson Riggs, le frère aîné d’Evan et shérif de la ville. Mais il faudra bien plus que ça pour que Henry renonce à la promesse faite à son ami…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est R.J. Ellory, un duo gagnant qui ne m’a jamais déçu (même si je suis loin d’avoir lu tous les romans de l’auteur).

Ma Chronique

Une fois de plus je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour la confiance qu’ils me témoignent en acceptant de répondre favorablement à ma sollicitation.

C’est le cinquième roman de R.J. Ellory que je lis et à chaque fois je suis surpris par la capacité qu’a cet auteur à se renouveler ; aucun de ses titres ne ressemble aux précédents, ce dernier opus se démarque une fois de plus du lot tout en portant la griffe inimitable de l’auteur.

Une griffe qui impose l’humain au premier plan de ses intrigues, c’est encore le cas avec non pas un, ni même deux, mais trois personnages principaux et une flopée de personnages secondaires, secondaires, mais non cantonnés à des rôles de potiches, loin s’en faut !

R.J. Ellory nous livre une intrigue qui s’articule autour de deux axes, aussi bien personnels que temporels, qui se chevaucheront au fil des chapitres. Un premier arc narratif nous place dans le présent (enfin tout est relatif, le présent de l’intrigue étant l’année 1972) et suivra Henry Quinn tandis qu’il s’efforcera, contre vents et marées, à tenir la promesse faite à son ami. Le second arc narratif s’intéresse à la famille Riggs, notamment au parcours des deux frères, Carson et Evan.

Henry Quinn se retrouve en prison par la faute à pas de chance, une connerie qui tourne mal et le voilà emprisonné. C’est là qu’il fera la connaissance d’Evan Riggs qui lui sauvera la vie et rendra sa peine plus supportable. Voilà pourquoi, une fois libre, il tient tant à honorer la promesse faite à son ami.

Evan Riggs de son côté avait tout pour réussir, quelques mauvais choix et beaucoup d’alcool plus tard, le voilà condamné à perpétuité pour meurtre. Certes ce n’est pas un ange, mais l’on ne peut que ressentir une profonde empathie pour le personnage.

Empathie qu’on ne peut éprouver pour son frère, Carson Riggs, l’archétype du fils de pute irrécupérable quasiment du début à la fin du bouquin. Il n’en reste pas moins que j’ai adoré le détester.

Trois hommes dont le destin sera étroitement lié à deux femmes. Henry pourra en effet compter sur le soutien indéfectible (et plus si affinités) de Evie Chandler, une jeune femme qu’il rencontrera lors de son passage à Calvary. Chez les frères Riggs c’est Rebecca Wyatt qui sera, bien malgré elle, la pomme de discorde.

D’autres individus viendront enrichir le récit et donner corps à l’intrigue, R.J. Ellory apporte le même soin à tous ses personnages, quel que soit leur importance dans le déroulé du récit. Vous découvrirez que la petite ville de Calvary cache bien des secrets, secrets enterrés que ses habitants n’ont pas envie de voir remonter à la surface.

Un récit bourré d’émotions, du rire aux larmes, de l’amour à la haine, que vous prendrez en pleine gueule au fil des pages ; l’auteur sait y faire pour vous faire vivre intensément son intrigue.

Dans le roman Evan Riggs sort un album intitulé The Whiskey Poet, un clin d’œil au groupe The Whiskey Poets dans lequel il officie comme chanteur et guitariste. Soit dit en passant, il faudrait que je vous en reparle, j’aime beaucoup ce qu’ils font.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Olivier Norek – Surface

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O. Norek - Surface
Titre : Surface
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2019
Origine : France
424 pages

De quoi ça cause ?

Noémie Chastain est chef de groupe à la brigade des Stups du Bastion. Au cours d’une opération, elle essuie un coup de feu qui lui emporte la moitié du visage. Elle survivra, mais les blessures physiques ne seront peut-être pas les plus difficiles à soigner, les dégâts psychiques sont énormes.

Au terme de sa convalescence, sa hiérarchie décide de la « mettre au vert » en l’envoyant dans un commissariat de campagne paumé au fin fond de l’Aveyron…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Olivier Norek, une raison qui se suffit à elle-même…

Ma Chronique

Olivier Norek a conquis ses lecteurs avec son groupe Costes, trois excellents romans mettant en scène un groupe de flics de SDPJ 9-3 (service dans lequel l’auteur a lui-même officié) et que, et je ne pense pas être le seul dans ce cas, je ne désespère pas de croiser à nouveau. Puis il a surpris tout le monde avec le magistral Entre Deux Mondes, roman social et sociétal d’une noirceur insondable, mais brillant aussi d’une profonde humanité. Avec Surface il change de nouveau son fusil d’épaule tout en restant fidèle au polar.

Surface c’est avant tout l’histoire de Noémie Chastain, ou plus exactement de No comme elle se surnomme depuis la fusillade, histoire de bien souligner qu’une grande partie de son ancien moi a aussi été balayée par ce tir.

L’histoire d’une femme qui doit apprendre à vivre avec ces blessures au corps et à l’âme, à accepter le regard des autres, mais aussi et surtout à s’accepter elle-même. Et il faut bien avouer que Olivier Norek ne va pas lui simplifier la tâche. Dévisagée par le tir, plaquée par son mec, placardiser par sa hiérarchie… la totale !

Un parcours difficile décrit avec beaucoup de justesse par l’auteur. Une fois de plus il donne à son récit une dimension profondément humaine qui va droit au cœur. On a envie de voir Noémie se redresser, tel un phénix renaissant de ses cendres.

Un vibrant (et brillant) hommage à ces hommes et femmes de l’ombre qui réparent les gueules cassées et les âmes brisées de nos soldats et de nos flics blessés en opération. Un hommage bienvenu dans une période où la tendance (nauséabonde) du moment serait plus de cracher à la gueule des flics.

On retrouve cette même humanité bienveillante (mais sans une once de niaiserie) dans la relation que Noémie essaye de mettre en place avec sa nouvelle équipe. Pas évident quand on sait que son but, inavoué, est de faire fermer ce commissariat avant de rentrer à Paris et retrouver son groupe.

Une humanité que l’on retrouve aussi dans le contexte rural du récit, tous les habitants du village se connaissent, les relations avec la police ne sont pas aussi impersonnelles qu’elles peuvent l’être dans une grande ville.

Mais Surface c’est aussi un roman policier. N’allez surtout pas imaginer que Olivier Norek néglige cet aspect de son récit ; il nous propose une intrigue soignée, maîtrisée de bout en bout et riche en surprises jusqu’à une ultime révélation totalement inattendue.

Une intrigue surgie d’un passé que beaucoup auraient préféré laisser dormir dans les profondeurs de l’oubli. Où les secrets du passé auront des répercussions dans le présent.

Une intrigue qui permet à l’auteur de mettre en avant une unité méconnue de la police, la brigade fluviale, basée à Paris, mais ayant une compétence nationale. Brigade d’élite qui a pourtant été pointée du doigt l’an dernier suite au décès d’une de ses plongeuses, Amandine Giraud, au cours d’un entrainement.

Dans le roman c’est surtout l’occasion pour l’auteur de nous offrir une séance de plongée d’une incroyable intensité.

Une fois de plus Olivier Norek signe un polar qui fera date et qui ne ressemble à nul autre. Un polar avec une héroïne hors du commun que l’on a envie de retrouver dans d’autres aventures.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Xavier Massé – L’Inconnue De L’Equation

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X. Massé - l'inconnue de l'équation

Titre : L’Inconnue De L’Équation
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
260 pages

De quoi ça cause ?

Une dispute familiale qui tourne mal, des tirs sont échangés, la maison est incendiée, le couple est mort, leur fils est en soins intensifs, entre la vie et la mort.

Deux témoins des faits, Mireille, la grand-mère de l’enfant (la mère du mari) et l’inspecteur Binger, une enquêtrice présente sur place, blessée lors de la fusillade.

Les inspecteurs Migue et Dida vont interroger les témoins pour tenter de faire la lumière sur ce drame.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Joël des éditions Taurnada m’a proposé de découvrir ce titre en avant-première (parution le 16 mai).

Ma Chronique

Je remercie Joël et les éditions Taurnada pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman en SP..

Comme souvent chez Taurnada je trouve la couverture particulièrement soignée, même si, je dois bien avouer que je ne vois pas trop son rapport avec l’intrigue du roman. Il n’est en effet à aucun moment question de suicide dans ce bouquin.

La quasi-totalité de l’intrigue s’articule autour de l’interrogatoire des deux témoins des faits, chacun ignorant l’existence de l’autre. Interrogatoire qui va nous plonger dans une suite de flashbacks permettant de découvrir la vie de la famille Conut (les victimes) et l’enchaînement des faits ayant mené à cette issue tragique.

À ce niveau l’on notera que les enquêteurs n’auront que des témoignages indirects, essentiellement fondés sur les propos du père (c’est lui qui fera le récit des faits à sa mère puis à l’inspecteur Binger), pour se faire une idée de ce qu’était la vie de la famille Conut.

Xavier Massé concentre son récit sur les témoignages et les faits, les personnages étant simplement acteurs de son intrigue. L’absence de réelle personnalité des intervenants aurait pu être une faiblesse, mais elle n’empêche en rien l’instauration d’une réelle tension psychologique.

Comme les inspecteurs Migue et Dida, vous n’avez pas fini de vous poser des questions, voire même de vous triturer les méninges, à essayer de comprendre comment les Conut en sont arrivés là. Et bien malin celui ou celle qui découvrira le fin mot de l’histoire avant qu’il ne vous soit révélé.

L’intrigue est parfaitement maîtrisée, on se fait littéralement balader par les témoignages. Comme les enquêteurs, on sent bien qu’il y a une couille dans le manou mais à aucun moment on ne parvient à la pointer du doigt avec certitude.

Qui ment ? Pourquoi ? Qui manipule qui ? L’auteur répondra à toutes vos questions en temps et en heure, et je suis convaincu que vous serez bluffé par le machiavélisme de son scénario. En tout cas moi je l’ai été, et pas qu’un peu !

L’Inconnue De L’Équation est le second roman de Xavier Massé, cette lecture (dévorée d’une traite) m’a donné envie de découvrir son aîné, Répercussions ; ça tombe bien puisqu’il est justement dans mon Stock à Lire Numérique.

Dans ses remerciements Xavier Massé cite Lau Lo, une blogueuse pour qui j’ai beaucoup d’estime même si je ne suis pas toujours d’accord avec elle (heureusement, la vie serait triste à mourir si la blogosphère était une plateforme à pensée unique). Cette chronique, publiée avant la parution du roman, est un exemple de ces divergences de vues.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] David Coulon – Trouble Passager

AU MENU DU JOUR


Titre : Trouble Passager
Auteur : David Coulon
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

Il y a cinq ans, Mélissa, la fille de Remi et Lucie Hutchinson disparaissait. L’enquête n’a jamais permis de retrouver la petite fille ; depuis le couple se délite lentement mais sûrement.

Une rencontre fortuite au cours d’une soirée. Un échange littéraire dans un monde virtuel. Un rendez-vous qu’il n’aurait jamais dû accepter… Remi Hutchinson va se retrouver pris au piège d’une mécanique aussi implacable qu’infernale…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est la critique enthousiaste d’Aude qui m’a donné envie de découvrir ce roman.

Je connais l’auteur de nom, mais n’ai jamais rien lu de lui… c’est un peu mon rendez-vous en terre inconnue.

Ma Chronique

Tout le monde est innocent.
Crois-moi.
Tout le monde.
Pas de coupables.
Pas de gentils et de méchants.
Seulement des victimes et des bourreaux.
Des victimes et des bourreaux. Seulement cela.
Souviens-toi de n’importe quel moment de ta vie. Un moment gai. Un moment triste. Une situation de travail. Une rencontre amoureuse.
Tu as toujours été victime. Ou bourreau.
Rien d’autre. Tu as souffert, ou fait souffrir.
L’un ou l’autre.
Réfléchis bien.
Toi, être humain. Moi, être humain. Nous ne savons rien faire d’autre.
Les actes désintéressés ? Laisse-moi rire. Les chanteurs qui beuglent au profit de telle ou telle association caritative ne le font que parce qu’il y a des victimes. Grâce aux victimes. Tu veux qu’on s’occupe de toi ? Sois une victime. Tu veux obtenir quelque chose de quelqu’un ? Sois son bourreau.

Ainsi commence Trouble Passager, le ton est donné d’entrée de jeu sans que l’on sache vraiment de quoi il retourne. Dans la mesure du possible j’espère vous donner envie de découvrir ce roman tout en maintenant un relatif flou artistique autour de son intrigue.

Troublant le bouquin l’est par son style, à l’image de son ouverture. Des phrases courtes, faut aller à l’essentiel et faut que ça claque comme un coup de fouet. Beaucoup de répétitions, comme pour ancrer les idées au plus profond de l’esprit du lecteur.

Troublant par les thèmes abordés aussi. Il est en effet beaucoup question de pédophilie. Un thème difficile et glauque à souhait, traité ici sans fausse pudeur, mais sans voyeurisme non plus. Il sera aussi question de vengeance, dans sa forme la plus brute, façon Loi du Talion. Victimes qui deviennent bourreaux, bourreaux qui deviennent victimes…

Ami lecteur, amie lectrice, si d’aventure tu plonges en ces pages attends-toi à te faire malmener par un auteur d’une redoutable perversité. Au fil des pages, tu n’as pas fini de te poser des questions ; coupable ou innocent ? Victime ou bourreaux ? Les deux ? Quand tu penseras avoir la réponse, un nouvel élément fera vaciller tes certitudes… retour à la case départ.

Pervers, mais aussi redoutablement efficace. David Coulon saura vous prendre rapidement aux tripes et ne vous lâchera qu’après les avoir vrillées dans tous les sens, encore et encore. Angoissant, oppressant, mais aussi terriblement addictif. Une fois pris par la mécanique mise en place par l’auteur vous ne pourrez plus lâcher le bouquin. Pour finalement refermer ce roman KO debout, désorienté. Troublé… mais heureusement ce n’est que passager (à en croire le titre).

C’est volontairement que je n’aborde pas la question des acteurs de cette intrigue. À vous de les découvrir, de découvrir leur rôle et leur degré d’implication. À vous de vous triturer les neurones pour démêler la toile que tisse David Coulon.

Il m’a fallu un petit temps d’adaptation pour me faire au style de l’auteur, ensuite j’ai eu l’impression d’être enfermé dans le tambour d’une machine à laver, essorage à plein régime. Une lecture qui remue, au propre comme au figuré. Il me manque un petit je ne sais quoi pour le coup de cœur, mais incontestablement un coup de poing. Un putain d’uppercut qui fait mouche !

Une chronique volontairement courte, non qu’il n’y ait rien à dire (au contraire !), c’est une intrigue tellement intense qu’elle mérite d’être découverte l’esprit vierge de toute information parasite.

Pour un premier rendez-vous avec David Coulon, le moins que l’on puisse dire c’est que la rencontre fut aussi éprouvante que jouissive ; des comme ça j’en redemande !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Roy Braverman – Crow

AU MENU DU JOUR

R. Braverman - Crow
Titre : Crow
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2019
Origine : France
364 pages

De quoi ça cause ?

Étant bien incapable de proposer l’esquisse d’un pitch, je vais me contenter de faire un copier-coller de la quatrième de couverture :

Des déserts arides du Mojave jusqu’aux Brooks Mountains dans le nord de l’Alaska, du pays des crotales au territoire des ours et des loups, une chasse à l’homme haletante et sans pitié. Traqueur ou traqué, homme ou femme, prédateur ou victime, peu importe : le système ne pardonne jamais. Surtout pas aux innocents !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite de Hunter, j’avais adoré l’ambiance générale du roman (très noire, un peu barrée, mais totalement assumée) et les personnages.

Ma Chronique

C’est avec grand plaisir que je me replonge dans les profondeurs sauvages de l’Alaska afin de retrouver Hunter et Crow… et quelques autres personnages déjà croisés dans le précédent opus.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je répondrai à la question que les lecteurs potentiels peuvent se poser en découvrant ce titre : faut-il avoir lu Hunter avant de lire Crow ? Sans hésitation ma réponse est OUI, cet opus étant quasiment la suite directe du précédent. Qui plus est Hunter vous garanti un grand moment de lecture si vous aimez les histoires qui dépotent et envoient du lourd.

Roy Braverman (aka Ian Manook, ou encore Patrick Manoukian pour l’état civil) nous plonge d’entrée de jeu au cœur de son intrigue et au cœur de l’action. Au fil des chapitres on fait connaissance avec de nouveaux personnages, notamment ceux qui gravitent autour de la ville de Fairbanks (dont la sherif Sarah Malkovich et la ranger Sally Longhorn) et on retrouve certains personnages déjà croisés dans Hunter (dont Delesteros et Collins, virés du FBI après le fiasco de Pilgrim’s Rest). J’avoue avoir eu un faible pour le personnage de Mardiros, un chasseur de prime collecteur de dettes arménien qui ne manque ni de ressources, ni d’obstination.

Les chapitres défilent ainsi sans que l’on croise Hunter ou Crow, le premier se manifeste de façon certaine à la fin du chapitre 17 et le second au cours du chapitre 26 (sur un total de 60 chapitres). Rassurez-vous, leur absence n’empêche nullement l’intrigue de se mettre en place et de se développer.

Je ne m’attarderai pas davantage sur les personnages, il faut juste savoir que Fairbanks est un véritable nid à rednecks, de bons vieux péquenots de base amoureux de leurs flingues plus que de leur femme. Roy Braverman force volontairement le trait pour pointer du doigt cette Amérique profonde qui a fait de Donald Trump son président…

Ceux qui ont aimé Hunter retrouveront avec plaisir les mêmes ingrédients, un max d’action, une galerie de personnages qui vaut vraiment le détour, beaucoup de second degré et les inévitables touches d’humour noir. N’allez surtout pas croire que ce second opus n’est pas qu’une resucée du précédent, ça défouraille toujours autant, mais le récit s’articule autour d’axes radicalement différents, donnant par la même plus d’importance et plus de profondeur aux personnages.

Dans ce roman la nature est partie prenante à part entière, que ce soit par les décors, une beauté qui peut cacher bien des pièges mortels, les aléas climatiques (et plus si affinités) ou par sa faune omniprésente.

Un pur moment de divertissement servi par une écriture toujours aussi visuelle, au fil de la lecture on a le sentiment de visualiser le déroulé des événements ; et une fois de plus on en prend plein les mirettes… et on redemande ! Avec Crow, l’auteur confirme son formidable talent de conteur.

Roy Braverman nous avait promis une trilogie, l’ultime opus étant annoncé pour 2020, je suis franchement curieux (et tout aussi impatient) de découvrir quelles surprises il nous réserve…

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

Extraits du chapitre 10

Malkovich prend son téléphone et appelle le légiste.
— Moore ? Malkovich ! Des résultats pour l’autopsie ?
— Vous ne passez pas me voir ?
— Attention Moore, cette insistance pourrait passer pour du harcèlement. Tu as l’intention de me harceler, Moore ?
— Non, non, bien sûr que non, shérif…
— Dommage pour toi, Moore, tu ne sais pas ce que tu perds.
— Shérif, je voulais juste vous montrer mon…
— Ton quoi, Moore ? Tu voulais me montrer ton quoi ? Attention à ce que tu vas dire, mon garçon.
— Mon rapport, bredouille le jeune légiste, juste un rapport !
— Un rapport, Moore, tu me proposes un rapport, maintenant ? Décidément !
— …
— Moore ?

 

— Ce pauvre gamin a peur de se faire bouffer par une cougar, c’est sûr, même si officiellement l’espèce vient d’être déclarée éteinte.
— Tu plaisantes !
— Le mercredi 23 novembre 2016, par un communiqué de l’US Fish and Wildlife Service. Aucune apparition depuis 1930. Out, le cougar !
— Mais comment va-t-on appeler les femmes comme moi alors ? plaisante Malkovich.
— Des vieilles ? propose Amber.

[BOUQUINS] Niklas Natt och Dag – 1793

AU MENU DU JOUR

N. Natt och Dag - 1793
Titre : 1793
Auteur : Niklas Natt och Dag
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Suède (2017)
448 pages

De quoi ça cause ?

Automne 1793. Mickel Cardell, vétéran de guerre revenu du front avec un bras en moins, extrait des eaux boueuses d’un lac de Stockholm un cadavre atrocement mutilé.

L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi réputé pour sa droiture atteint d’une tuberculose au stade terminal. Pour espérer mener à bien son enquête, il va devoir convaincre Mickel Cardell de lui prêter main-forte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Est-ce encore besoin de poser cette question quand l’éditeur est Sonatine ? Tout simplement parce qu’il le vaut bien comme dirait l’autre…

Parce que ce roman illustre parfaitement la richesse et la diversité du catalogue de l’éditeur. Certes c’est un polar, genre de prédilection de Sonatine, mais un polar qui vous invite à découvrir la Suède en cette fin de XVIIIe siècle…

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si vous me dites « littérature nordique », je pense instinctivement littérature policière (incluant les romans noirs et les thrillers) ; je sais que c’est plutôt réducteur, d’autant que j’ai lu des auteurs scandinaves qui ne font dans le polar (je pense notamment à Jonas Jonasson et Fredrik Backman, qui sont plus habitués à jouer avec nos zygomatiques qu’avec nos nerfs)… mais c’est comme ça, on va dire que c’est l’effet Millénium (loin de moi l’idée de prétendre que Stieg Larson a été un précurseur du polar nordique).

Je ne sais pas vous, mais personnellement j’aurai été bien incapable de vous faire un topo, même sommaire, sur le contexte historique de la Suède en 1793. Un choix qui ne doit pourtant rien au hasard comme nous l’explique Niklas Natt och Dag dans sa postface (et comme nous le constaterons à la lecture du roman).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je ne peux que m’incliner devant le monumental travail de documentation que doit demander la rédaction d’un roman historique, il faut à la fois rester fidèle à l’Histoire et accepter de prendre quelques libertés avec la réalité afin de coller aux besoins de la fiction. A ce titre l’auteur tire formidablement son épingle du jeu, en combinant des personnages et des faits ayant existé et d’autres, issus de son imagination ; dès les premières pages, on est en totale immersion dans le Stockholm au crépuscule du XVIIIe siècle.

Malgré la présence d’une carte (très belle, soit dit en passant) de Stockholm au début du roman, il faut un peu de temps pour prendre ses marques (il faut dire que les différents quartiers de la ville portent des noms à coucher dehors pour le lecteur non scandinave). Cela ne nuit en rien au plaisir de la lecture, il n’est d’ailleurs pas indispensable de chercher à se repérer pour apprécier pleinement ce bouquin.

Une intrigue portée par deux enquêteurs que tout oppose, mais qui s’avéreront complémentaires (une recette qui a maintes fois prouvé son efficacité) ; Mickel Cardell se laisse guider par la force et l’instinct alors que chez Cecil Winge est plutôt commandé par l’esprit et la réflexion. Deux fortes personnalités qui se dévoileront et s’affirmeront au fil des chapitres.

D’autres personnages sont appelés à jouer un rôle essentiel dans la résolution de l’énigme à laquelle sont confrontés Winge et Cardell ; toutefois je préfère ne pas approfondir ce sujet. Le plaisir de la découverte n’en sera que plus grand (même si parfois éprouvant).

L’intrigue est parfaitement maîtrisée par l’auteur, il mène le lecteur là où il veut le mener et au rythme qu’il a choisi de lui imposer. Le roman s’articule en quatre parties, la dernière étant la suite directe de la première ; les deux autres étant des flashbacks dont le rapport avec l’enquête ne saute pas tout de suite aux yeux… Laissez vous guider par Niklas Natt och Dag, la traversée sera parfois houleuse, mais rien n’est laissé au hasard.

Un voyage dans le temps et dans l’espace fortement teinté de noir (pour l’ambiance générale du récit) et de rouge (pour le sang versé). Forcément on n’en sort pas totalement indemne, ça secoue un peu, mais il faut bien se l’avouer, c’est ce que nous recherchons avec ce genre de roman.

Pour l’auteur le challenge (loin d’être gagné d’avance pour un lecteur un tantinet hermétique à l’Histoire comme moi) est remporté haut la main. Immersion totale dans l’intrigue, j’ai rarement autant regretté de ne pas avoir plus de temps libre à consacrer à une lecture.

Un coup double (coup de cœur et coup de poing) amplement mérité !

MON VERDICT
Coup double