David Coulon – Le Murmure Des Victimes

Une maison isolée.
Emma, huit ans, a trouvé refuge dans une chaleureuse famille d’accueil, loin de ses parents toxiques. Mais, la nuit, elle entend un monstre rôder derrière les murs, un murmure étouffé que les adultes mettent sur le compte de son imagination.

Une nuit, un drame éclate non loin : un homme assassine sa compagne dans un accès de violence atroce. Poursuivi et acculé par les forces de l’ordre, il se réfugie dans la maison où vit la petite fille, à l’insu de ses occupants. Traqué, il s’y cache, devenant prisonnier invisible de la bâtisse.

Comment ne pas sombrer dans la folie alors qu’il croit peu à peu percevoir des râles et des griffures la nuit ? Emma a-t-elle raison ? Une bête est-elle tapie dans l’ombre ? Mais pourquoi seule la petite fille et lui semblent-ils l’entendre ?

Les monstres existent-ils ?
Vivent-ils chez nous ?
Dans nos maisons ?

Il n’aura fallu que deux romans (Trouble Passager et Demain Disparue) à David Coulon pour que je considère comme une plume majeure de la littérature noire francophone. De fait, il m’était impossible de passer à côté de ce bouquin.

D’entrée de jeu, on fait connaissance avec le trio 100 % féminin qui portera une grande partie de ce récit. Emma est une fillette de huit ans victime des abus de ses parents, aujourd’hui emprisonnés. Elle est confiée à ses tutrices, Audrey et Naïma, un couple installé dans une maison isolée, au cœur des forêts du Morvan. Tout pourrait aller pour le mieux si la petite n’était pas intimement convaincue qu’un « monstre » hante le grenier situé juste au-dessus de sa chambre.

La touche masculine du récit est apportée par Joachim, le frère d’Audrey. Après avoir tué sa compagne, il est activement recherché par la police. Sans autre solution, il décide de se réfugier – à l’insu de leur plein gré – chez sa sœur et Naïma. Une décision d’autant plus risquée qu’il sait parfaitement que les deux femmes nourrissent une haine farouche envers les hommes coupables de violences conjugales. C’est à travers son regard, ses pensées et ses interrogations que le lecteur vivra une large partie de l’intrigue.

Il y a pourtant un quatrième acteur qui viendra compléter ce tableau… même s’il se serait volontiers passé du rôle qu’il est appelé à jouer. Une vérité glaçante que Joachim découvrira avec effroi.

Tous les ingrédients sont désormais réunis pour que David Coulon prenne les commandes d’un thriller psychologique en quasi huis clos dont il devient très difficile de décrocher une fois les premières pages tournées.

La maison d’Audrey et Naïma, dans laquelle se déroule l’essentiel de l’intrigue, devient presque un personnage à part entière. Isolée au milieu de la forêt, elle dégage d’abord une impression de refuge, de cocon protecteur. Pour les deux femmes, ce n’est pas seulement leur nid d’amour : c’est aussi le lieu où elles ont tenté de se reconstruire après des drames personnels directement liés aux violences faites aux femmes. Accueillir Emma apparaît alors comme une évidence, une manière d’offrir à cette enfant meurtrie la possibilité de retrouver un semblant d’innocence.

Mais derrière cette façade rassurante se cache une réalité beaucoup plus sombre. La reconstruction d’Audrey et Naïma a emprunté un chemin bien moins avouable, et la maison finit par révéler une facette aussi inquiétante que fascinante.

Psychologue de profession, David Coulon place naturellement l’humain au cœur de son intrigue. Plus qu’une simple mécanique de thriller, Le Murmure Des Victimes est avant tout une plongée dans les traumatismes, la culpabilité et les mécanismes psychologiques qui façonnent les personnages. Il oppose avec beaucoup de justesse l’innocence d’Emma à la culpabilité de Joachim, une culpabilité constamment atténuée par le déni dans lequel celui-ci tente de se réfugier.

À travers Emma, l’auteur dénonce la maltraitance infantile et les cicatrices invisibles qu’elle laisse derrière elle. Avec Joachim, mais aussi Audrey et Naïma, il s’attaque à un autre fléau : les violences faites aux femmes et les féminicides, tout en pointant du doigt les limites, voire les défaillances, des institutions censées protéger les victimes.

Le roman pousse également le lecteur à s’interroger sur sa propre perception de la monstruosité. Qu’est-ce qu’un véritable monstre ? À partir de quel moment bascule-t-on de l’humain vers l’inhumain ? Si condamner les actes des parents d’Emma ou ceux de Joachim ne souffre d’aucune hésitation, David Coulon introduit un autre cas de figure, bien plus dérangeant moralement. Et je dois reconnaître qu’une fois le livre refermé, je n’ai pas été capable de me prononcer aussi catégoriquement. Une preuve supplémentaire que le roman dépasse largement le simple thriller pour explorer des zones grises où les certitudes vacillent.

Pour mieux captiver son lecteur, David Coulon adopte un style volontairement épuré, précis et efficace. Les chapitres sont courts, les phrases vont à l’essentiel et l’introspection occupe une place importante sans jamais alourdir le récit. Ce rythme particulièrement maîtrisé entretient une tension constante qui ne cesse de monter en puissance jusqu’à un dénouement aussi surprenant que percutant.

Avec Le Murmure Des Victimes, David Coulon signe un thriller psychologique sombre, oppressant et profondément humain. En abordant des sujets particulièrement sensibles sans jamais tomber dans le sensationnalisme, il confirme une nouvelle fois son talent pour explorer les parts les plus obscures de l’âme humaine. Une lecture aussi prenante que dérangeante, qui pousse autant à tourner les pages qu’à réfléchir longtemps après les avoir refermées.

[BOUQUINS] David Coulon – Demain Disparue

Pourquoi Lif et Romuald ont-ils accepté cette invitation à dîner ?
Leur couple bat de l’aile, le village dans lequel ils doivent aller est complètement isolé et une effroyable tempête menace.
Mais une promesse est une promesse, il faut sauver les apparences.

Cependant, à peine arrivés, les événements étranges se succèdent : Qu’arrive-t-il à Marie, l’amie de toujours de Lif ? Elle ne la reconnaît plus. Qui sont ces deux adolescents également présents au dîner ? Et pour quelles raisons leurs amis ont tant insisté pour les voir ce soir ? Ce soir en particulier…

Très vite, Lif n’a plus qu’un seul objectif : fuir cette maison où la peur règne en maître.
D’autant qu’elle n’est pas seule, elle doit également protéger l’enfant qu’elle porte dans son ventre.

Parce que David Coulon m’avait agréablement surpris et déconcerté avec son roman Trouble Passager.

Force est de reconnaître que le pitch du présent roman avait tout pour titiller ma curiosité.

Je remercie les éditions Fayard et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si le bouquin commence de façon assez classique (un couple en instance de séparation accepte une invitation à diner chez des amis qui habite un village tranquille), David Coulon donne rapidement à son récit une tournure pour le moins inattendue.

Dès les premières pages l’auteur parvient à imposer une ambiance oppressante alors que le cœur de l’intrigue n’est pas encore réellement enclenché, par sa narration même des événements anodins deviennent de potentielles sources d’angoisse. Les choses iront crescendo jusqu’à devenir franchement anxiogène une fois que David Coulon aura entraîné Lif dans les méandres de son scénario machiavélique.

Bien qu’il soit question de dérèglement climatique dans ce roman, je ne le qualifierai pas pour autant d’engagé… pour le bien de la cause écologiste. En effet l’auteur fait des défenseurs de la planète de véritables psychopathes qui défendent un écoterrorisme extrême et destructeur.

En toute franchise je dois avouer que David Coulon m’a scotché avec ce roman, je ne m’attendais pas du tout à ce que le récit prenne une telle tournure. Le bougre sait y faire pour jouer avec les nerfs et les certitudes de ses lecteurs – ce qui implique de malmener ses personnages – mais aussi et surtout pour rendre son roman totalement addictif. On est sur le fil du rasoir quasiment de la première à la dernière page… et on en redemande.

Le récit est certes porté par le personnage de Lif, mais ce sont Joris, Ludmilla et leurs pairs qui rendent le roman franchement anxiogène. Un pari aussi osé que casse-gueule que de miser sur des adolescents comme vecteurs du cauchemar qui attend Lif. David Coulon relève haut la main le défi.

Si je devais chercher le petit bémol (genre caillou dans la chaussure du marathonien) du roman, je signalerais quelques redondances qui deviennent parfois pénibles quand elles ne sont pas franchement inutiles (franchement, on s’en bat les couilles de la façon dont il faut prononcer Roro).

Certains pointeront sans doute du doigt l’invraisemblance du scénario imaginé par l’auteur, pour ma part j’ai envie de dire que cela fait partie de la magie de la fiction : accepter l’improbable et finir par y croire. Là encore je tire mon chapeau à l’auteur… même si certains passages sont peut-être un tantinet too much.

Un sans-faute absolu jusqu’à la dernière partie du récit, celle qui doit essayer d’expliquer l’inexplicable. On avait déjà plus ou moins compris le pourquoi du comment des motivations de Joris et Ludmilla, ceux-ci n’étant pas avares d’explications. Le problème tient surtout dans la chute soudaine de tension, alors que l’on était tenu hors d’haleine – à la limite même de l’asphyxie –, l’appel d’air est un peu trop brutal.

Demain Disparue est incontestablement un roman qui ne rentre pas dans une case prédéfinie, au vu de la dimension humaine omniprésente on pourrait parler de thriller psychologique, mais difficile toutefois de laisser de côté l’aspect anticipation, voire post-apocalyptique. Pour ma part je me contenterai de dire que c’est un roman audacieux maîtrisé de bout en bout, l’auteur nous mène à la baguette et on le suit presque malgré nous quitte à être parfois quelque peu déstabilisé et souvent fortement bousculé.

[BOUQUINS] David Coulon – Trouble Passager

AU MENU DU JOUR


Titre : Trouble Passager
Auteur : David Coulon
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

Il y a cinq ans, Mélissa, la fille de Remi et Lucie Hutchinson disparaissait. L’enquête n’a jamais permis de retrouver la petite fille ; depuis le couple se délite lentement mais sûrement.

Une rencontre fortuite au cours d’une soirée. Un échange littéraire dans un monde virtuel. Un rendez-vous qu’il n’aurait jamais dû accepter… Remi Hutchinson va se retrouver pris au piège d’une mécanique aussi implacable qu’infernale…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est la critique enthousiaste d’Aude qui m’a donné envie de découvrir ce roman.

Je connais l’auteur de nom, mais n’ai jamais rien lu de lui… c’est un peu mon rendez-vous en terre inconnue.

Ma Chronique

Tout le monde est innocent.
Crois-moi.
Tout le monde.
Pas de coupables.
Pas de gentils et de méchants.
Seulement des victimes et des bourreaux.
Des victimes et des bourreaux. Seulement cela.
Souviens-toi de n’importe quel moment de ta vie. Un moment gai. Un moment triste. Une situation de travail. Une rencontre amoureuse.
Tu as toujours été victime. Ou bourreau.
Rien d’autre. Tu as souffert, ou fait souffrir.
L’un ou l’autre.
Réfléchis bien.
Toi, être humain. Moi, être humain. Nous ne savons rien faire d’autre.
Les actes désintéressés ? Laisse-moi rire. Les chanteurs qui beuglent au profit de telle ou telle association caritative ne le font que parce qu’il y a des victimes. Grâce aux victimes. Tu veux qu’on s’occupe de toi ? Sois une victime. Tu veux obtenir quelque chose de quelqu’un ? Sois son bourreau.

Ainsi commence Trouble Passager, le ton est donné d’entrée de jeu sans que l’on sache vraiment de quoi il retourne. Dans la mesure du possible j’espère vous donner envie de découvrir ce roman tout en maintenant un relatif flou artistique autour de son intrigue.

Troublant le bouquin l’est par son style, à l’image de son ouverture. Des phrases courtes, faut aller à l’essentiel et faut que ça claque comme un coup de fouet. Beaucoup de répétitions, comme pour ancrer les idées au plus profond de l’esprit du lecteur.

Troublant par les thèmes abordés aussi. Il est en effet beaucoup question de pédophilie. Un thème difficile et glauque à souhait, traité ici sans fausse pudeur, mais sans voyeurisme non plus. Il sera aussi question de vengeance, dans sa forme la plus brute, façon Loi du Talion. Victimes qui deviennent bourreaux, bourreaux qui deviennent victimes…

Ami lecteur, amie lectrice, si d’aventure tu plonges en ces pages attends-toi à te faire malmener par un auteur d’une redoutable perversité. Au fil des pages, tu n’as pas fini de te poser des questions ; coupable ou innocent ? Victime ou bourreaux ? Les deux ? Quand tu penseras avoir la réponse, un nouvel élément fera vaciller tes certitudes… retour à la case départ.

Pervers, mais aussi redoutablement efficace. David Coulon saura vous prendre rapidement aux tripes et ne vous lâchera qu’après les avoir vrillées dans tous les sens, encore et encore. Angoissant, oppressant, mais aussi terriblement addictif. Une fois pris par la mécanique mise en place par l’auteur vous ne pourrez plus lâcher le bouquin. Pour finalement refermer ce roman KO debout, désorienté. Troublé… mais heureusement ce n’est que passager (à en croire le titre).

C’est volontairement que je n’aborde pas la question des acteurs de cette intrigue. À vous de les découvrir, de découvrir leur rôle et leur degré d’implication. À vous de vous triturer les neurones pour démêler la toile que tisse David Coulon.

Il m’a fallu un petit temps d’adaptation pour me faire au style de l’auteur, ensuite j’ai eu l’impression d’être enfermé dans le tambour d’une machine à laver, essorage à plein régime. Une lecture qui remue, au propre comme au figuré. Il me manque un petit je ne sais quoi pour le coup de cœur, mais incontestablement un coup de poing. Un putain d’uppercut qui fait mouche !

Une chronique volontairement courte, non qu’il n’y ait rien à dire (au contraire !), c’est une intrigue tellement intense qu’elle mérite d’être découverte l’esprit vierge de toute information parasite.

Pour un premier rendez-vous avec David Coulon, le moins que l’on puisse dire c’est que la rencontre fut aussi éprouvante que jouissive ; des comme ça j’en redemande !

MON VERDICT
Coup de poing