[BOUQUINS] Luc Brahy & Matz – Surface

Ici, personne ne veut plus de cette capitaine de police.
Là-bas, personne ne veut de son enquête.

J’avoue qu’en découvrant cette adaptation en roman graphique, j’ai d’abord été quelque peu dubitatif. À sa sortie en 2019, le roman Surface d’Olivier Norek m’avait profondément marqué. Adapter un récit de plus de 400 pages en un roman graphique d’à peine une centaine de planches pouvait sembler, au mieux, ambitieux, au pire, voué à perdre une grande partie de sa substance. D’autant que Surface repose largement sur sa dimension humaine, portée notamment par les réflexions – voire les introspections – de Noémie sur sa condition, son corps et son avenir.

Entrons dans le vif du sujet. Dès les premières pages, le ton est donné : la scène d’ouverture, qui montre l’intervention traumatisante plongeant la capitaine Noémie Chastain dans le coma et la laissant défigurée, impressionne par sa puissance visuelle. Le choc est frontal, brutal, presque viscéral. Mais au-delà des séquelles physiques et psychologiques, c’est surtout le retour à la réalité qui s’avère cruel. Son mec l’a quittée – et a récupéré son poste de chef de groupe – et, jugée inadaptée à l’image que la police souhaite renvoyer, elle est placardisée dans un bled paumé au fin fond de l’Aveyron. Une mise à l’écart qui résonne comme une double peine.

Les dessins de Luc Brahy traduisent efficacement le mal-être de Noémie. Les regards, les silences, les cadrages participent à rendre palpable son isolement et sa lutte intérieure. Néanmoins, cette dimension reste plus superficielle que dans le roman original. Là où Surface prenait le temps d’explorer en profondeur les failles de son héroïne, le format graphique impose une certaine concision qui réduit inévitablement l’épaisseur psychologique. Cela dit, malgré cette compression, l’essentiel est là, et l’émotion fonctionne.

L’enquête autour de ce cold case – la disparition de trois enfants – qui dérange les habitants et menace de raviver des tensions enfouies, demeure fidèle à celle imaginée par Olivier Norek. Certes, le récit est resserré, certains éléments sont simplifiés ou accélérés, mais la structure narrative et les enjeux restent cohérents et efficaces. Le lecteur retrouve ainsi l’atmosphère lourde et les non-dits qui faisaient la force du roman.

Visuellement, en revanche, l’album est une réussite indéniable. Le trait précis et expressif, associé à une mise en couleurs soignée, donne vie aussi bien aux personnages qu’aux décors. Les paysages de l’Aveyron, à la fois magnifiques et oppressants, sont particulièrement bien rendus. Ce contraste entre la beauté du cadre et la noirceur de l’intrigue est d’ailleurs l’un des aspects les plus marquants de cette adaptation.

Autre point fort du roman original : la mise en avant de la brigade fluviale, notamment à travers une scène de plongée aussi technique qu’intense. En quelques planches seulement, Luc Brahy et Antoine Kompf parviennent à restituer cette tension avec une grande efficacité. Le découpage, le rythme et la lisibilité de l’action témoignent d’un vrai savoir-faire narratif.

Il serait toutefois réducteur de considérer ce roman graphique comme une simple version condensée du texte original. Il s’agit plutôt d’une véritable réinterprétation, qui fait le choix assumé de privilégier la narration visuelle au détriment de l’introspection. Les deux formats ne s’opposent pas : ils se complètent. Les lecteurs ayant apprécié le roman y trouveront un prolongement intéressant, tandis que les nouveaux venus découvriront une œuvre accessible, immersive et visuellement marquante.

[BOUQUINS] Olivier Norek – Surface

AU MENU DU JOUR

O. Norek - Surface
Titre : Surface
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2019
Origine : France
424 pages

De quoi ça cause ?

Noémie Chastain est chef de groupe à la brigade des Stups du Bastion. Au cours d’une opération, elle essuie un coup de feu qui lui emporte la moitié du visage. Elle survivra, mais les blessures physiques ne seront peut-être pas les plus difficiles à soigner, les dégâts psychiques sont énormes.

Au terme de sa convalescence, sa hiérarchie décide de la « mettre au vert » en l’envoyant dans un commissariat de campagne paumé au fin fond de l’Aveyron…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Olivier Norek, une raison qui se suffit à elle-même…

Ma Chronique

Olivier Norek a conquis ses lecteurs avec son groupe Costes, trois excellents romans mettant en scène un groupe de flics de SDPJ 9-3 (service dans lequel l’auteur a lui-même officié) et que, et je ne pense pas être le seul dans ce cas, je ne désespère pas de croiser à nouveau. Puis il a surpris tout le monde avec le magistral Entre Deux Mondes, roman social et sociétal d’une noirceur insondable, mais brillant aussi d’une profonde humanité. Avec Surface il change de nouveau son fusil d’épaule tout en restant fidèle au polar.

Surface c’est avant tout l’histoire de Noémie Chastain, ou plus exactement de No comme elle se surnomme depuis la fusillade, histoire de bien souligner qu’une grande partie de son ancien moi a aussi été balayée par ce tir.

L’histoire d’une femme qui doit apprendre à vivre avec ces blessures au corps et à l’âme, à accepter le regard des autres, mais aussi et surtout à s’accepter elle-même. Et il faut bien avouer que Olivier Norek ne va pas lui simplifier la tâche. Dévisagée par le tir, plaquée par son mec, placardiser par sa hiérarchie… la totale !

Un parcours difficile décrit avec beaucoup de justesse par l’auteur. Une fois de plus il donne à son récit une dimension profondément humaine qui va droit au cœur. On a envie de voir Noémie se redresser, tel un phénix renaissant de ses cendres.

Un vibrant (et brillant) hommage à ces hommes et femmes de l’ombre qui réparent les gueules cassées et les âmes brisées de nos soldats et de nos flics blessés en opération. Un hommage bienvenu dans une période où la tendance (nauséabonde) du moment serait plus de cracher à la gueule des flics.

On retrouve cette même humanité bienveillante (mais sans une once de niaiserie) dans la relation que Noémie essaye de mettre en place avec sa nouvelle équipe. Pas évident quand on sait que son but, inavoué, est de faire fermer ce commissariat avant de rentrer à Paris et retrouver son groupe.

Une humanité que l’on retrouve aussi dans le contexte rural du récit, tous les habitants du village se connaissent, les relations avec la police ne sont pas aussi impersonnelles qu’elles peuvent l’être dans une grande ville.

Mais Surface c’est aussi un roman policier. N’allez surtout pas imaginer que Olivier Norek néglige cet aspect de son récit ; il nous propose une intrigue soignée, maîtrisée de bout en bout et riche en surprises jusqu’à une ultime révélation totalement inattendue.

Une intrigue surgie d’un passé que beaucoup auraient préféré laisser dormir dans les profondeurs de l’oubli. Où les secrets du passé auront des répercussions dans le présent.

Une intrigue qui permet à l’auteur de mettre en avant une unité méconnue de la police, la brigade fluviale, basée à Paris, mais ayant une compétence nationale. Brigade d’élite qui a pourtant été pointée du doigt l’an dernier suite au décès d’une de ses plongeuses, Amandine Giraud, au cours d’un entrainement.

Dans le roman c’est surtout l’occasion pour l’auteur de nous offrir une séance de plongée d’une incroyable intensité.

Une fois de plus Olivier Norek signe un polar qui fera date et qui ne ressemble à nul autre. Un polar avec une héroïne hors du commun que l’on a envie de retrouver dans d’autres aventures.

MON VERDICT
Coup double