Jim Thompson – Pottsville, 1280 Habitants

J. Thompson - Pottsville, 1280 habitantsCa fait un bail que je connais, de nom et de réputation, le roman Pop. 1280 (titre en VO) de Jim Thompson et ça fait certainement tout aussi longtemps qu’il me fait de l’oeil. Seulement voilà le public français devait jusqu’à présent se contenter d’une traduction tronquée (pour être poli) disponible dans la collection Série Noire sous le titre 1275 Âmes. Il aura fallu attendre 2016 (soit 50 ans après la traduction SN) pour bénéficier enfin d’une traduction intégrale de ce titre considéré comme un chef d’oeuvre du roman noir, c’est Rivages qui a repris le flambeau et nous le propose sous le titre Pottsville, 1280 Habitants.
Nick Corey, shérif du comté de Pottsville, est un gars plutôt effacé et passif, ne surtout pas faire de vague semble être sa devise. Seulement voila, à force de se la couler douce sa réélection au poste de shérif pourrait bien être compromise. Comme il ne sait rien faire d’autre Nick décide de prendre les choses en main et de faire le grand ménage…
Alors là le moins que je puisse dire c’est que ce bouquin aura su me surprendre, je m’attendais à du noir certes mais pas à la sauce humour noir. Une surprise d’autant plus agréable qu’elle est totalement maîtrisée et assumée. Jim Thompson nous fait sourire, et même rire, avec un récit délicieusement amoral, une farce aussi cruelle que drôle.
Nick Corey est la parfaite illustration du dicton « Il faut se méfier de l’eau qui dort« . Sous ses airs de benêt inoffensif dont la sempiternelle rengaine semble être « Ce que je devais faire, j’ai décidé que j’en savais rien.« , se cache un redoutable calculateur… même si parfois la situation lui échappe, il ne tarde pas à trouver un moyen de retomber sur ses pattes.
A sa décharge Nick vit avec une épouse acariâtre qui lui a mis la corde au cou de la façon la plus déloyale qui soit. Cerise sur le gâteau il doit aussi supporter son beau frère, un espèce de dégénéré consanguin qui profite de ses escapades nocturnes pour jouer les voyeurs. Avec une telle paire de branques à la maison on comprend qu’il ressente le besoin d’aller trouver le réconfort entre d’autres paires de bras… et de cuisses. Même si courir plusieurs lièvres à la fois peut parfois s’avérer casse gueule : « Depuis toujours, je me montre aussi aimable et aussi poli qu’on peut l’être. Ce que je crois, c’est que si un type est gentil avec tout le monde, eh bien, les gens seront gentils avec lui aussi. Mais ça ne marche pas comme ça à tous les coups. La plupart du temps, apparemment, je me retrouve dans le pétrin, comme en ce moment. Et je ne sais vraiment pas comment en sortir. »
Bien qu’écrit en 1964, l’auteur situe son intrigue au début des années 20, hormis quelques détails techniques le récit est totalement intemporel ; il pourrait parfaitement se dérouler de nos jours au fin fond de la cambrousse. Sur ce point je tire mon chapeau à Jean-Paul Gratias qui a complètement remanié la traduction du roman, le bouquin (270 pages dans sa version papier) se lit quasiment d’une traite avec la même jubilation.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

A propos de la traduction.

D’autres ont déjà abordé le sujet avec pertinence, je ne m’aventurerai donc pas sur ce terrain. Pour ceux et celles que ça intéresse je vous indique deux liens très instructifs :
– Le blog de Cannibal Lecteur et un article fort bien construit sur le sujet.
– Un article paru dans L’Express en octobre 2012

Si après ça vous avez encore des doutes voici deux exemples concrets extraits des versions 1966 et 2016 du roman de Jim Thompson.

Chapitre 1 – Texte remanié

Traduction 1966 – Marcel Duhamel
Eh ben, mes enfants, je devrais l’avoir belle. Être peinard, ce qui s’appelle. Tel que vous me voyez, je suis le shérif en chef du canton de Potts, et je me fais pas loin de deux mille dollars par an — sans compter les petits à-côtés. En plus, je suis logé à l’œil au premier étage de l’immeuble du tribunal, et il faudrait être bougrement difficile pour pas se contenter de ça: il y a même une salle de bains, ce qui fait que j’ai pas à me laver dans une lessiveuse ni à patauger jusqu’au fond du jardin pour aller aux cabinets, ce qui est le cas de la plupart des habitants de ce pays. Moi, mon paradis, je peux dire que je l’ai sur terre. Un vrai filon, que je tiens là, et pourquoi je continuerais pas à faire ma pelote, du moment que je m’occupe de mes oignons et que je prends bien garde de n’arrêter personne, à moins que je puisse pas faire autrement — et encore, à condition que ça ne mène pas loin !

Traduction 2016 – Jean-Paul Gratias
Tout compte fait, voyez-vous, je devrais m’estimer heureux, pratiquement aussi heureux qu’on peut l’être. Rendez-vous compte : en tant que shérif en chef du Comté de Potts, je touche presque deux mille dollars par an – sans parler des à-côtés que je peux récolter par-ci par-là. En plus, j’ai droit à un logement gratuit dans le bâtiment du tribunal, à l’étage, et dans le genre on ne peut pas rêver mieux ; il y a même une salle de bains, si bien que je ne suis pas obligé de me laver dans un baquet à lessive ni de sortir de chez moi pour aller aux cabinets, comme la plupart des gens de la ville. On pourrait dire, je crois bien, que pour ma part j’ai déjà gagné mon paradis sur terre. J’ai décroché la timbale, et je devrais pouvoir la garder – en tant que shérif du Comté de Potts – aussi longtemps que je m’occuperai de mes affaires, et que j’éviterai d’arrêter qui que ce soit, sauf si je ne peux pas faire autrement et qu’il s’agit de gens sans importance.

Chapitre 2 – Texte coupé

Traduction 1966 – Marcel Duhamel
Je finis de manger et je vais à la toilette des hommes. Comme elle est occupée, je vais à celle du wagon suivant. Là, je me lave les mains et la figure à l’évier, après quoi je retourne à ma place. Et voilà qu’en retraversant le wagon, je repère Amy Mason.

Traduction 2016 – Jean-Paul Gratias
Je finis de manger et je me rends aux toilettes pour hommes. Je me lave les mains et le visage au lavabo, et je salue d’un signe de tête le type qui est assis sur la banquette recouverte de cuir.
(S’en suit un échange entre Nick et le type en question, jusqu’à ce que Nick, tiraillé par son envie de pisser ne prenne la tangente. Un passage qui permet de comprendre à quel point Nick ne veut surtout pas faire de vague)
Je m’engouffre dans l’autre wagon pour me soulager – et croyez-moi, c’est un sacré soulagement. C’est en reprenant le couloir dans l’autre sens, à la recherche d’une place libre pour ne pas retomber sur le type en costume à carreaux, que je repère Amy Mason.

[BOUQUINS] Jean-Christophe Grangé – Congo Requiem

JC Grangé - Congo RequiemEnfin le voilà ! Qui ça ? Non, plutôt, quoi ça ? Le dernier Jean-Christophe Grangé, Congo Requiem, la suite de Lontano et des aventures tumultueuses du clan Morvan.
Grégoire et Erwan sont tous les deux au Congo, direction Lontano. Erwan, pour enquêter sur l’Homme-Clou et percer les secrets du patriarche. Grégoire, pour s’assurer du bon fonctionnement de ses gisements et garder un oeil sur son fils trop curieux à son goût. A Paris, Gaëlle découvre des éléments pour le moins troublants relatifs à son psy, Eric Katz. De son côté Loïc signe une trêve avec son ex, Sofia, le temps des funérailles du père de cette dernière, assassiné à la sauce africaine.
Congo Requiem c’est un peu un distributeur de claques. Au fil des chapitres, des révélations et des rebondissements vous allez en prendre plein la gueule. Au fur et à mesure que les secrets de Grégoire Morvan feront surface vous serez amené à réviser votre jugement sur le personnage. Certes ce n’est pas un saint, mais l’on découvrira peu à peu le pourquoi du comment de son comportement. Et là encore attendez vous à de belles et puissantes claques dans la tronche.
Au départ l’intrigue se divise en trois, voire quatre (si l’on distincte les parcours de Grégoire et d’Erwan), pistes distinctes. On se doute bien qu’il y a un lien, l’Homme-Clou, mais difficile d’imaginer comment tout cela va finir par s’imbriquer. Il faut dire que jusqu’à la fin du bouquin l’auteur prend un malin plaisir à embrouiller les pistes, effaçant nos certitudes, soulevant de nouveaux questionnements… et quand un début de réponse apparaît, un nouvel élément vient semer le doute. Même quand les différentes lignes d’enquêtes finissent par s’imbriquer, le doute reste entier ; et ça n’en finit pas de rebondir, encore et encore. Sadique mais tellement jouissif !
Les personnages de Gaëlle et de Loïc, jusque là confinés à des rôles secondaires s’étoffent et occupent même le devant de la scène, menant chacun leur propre enquête. Et Maggie dans tout ça ? Même si elle reste en arrière plan attendez vous quand même à un choc la concernant.
Fidèle à ses habitudes JC Grangé aborde de nombreux thèmes dans son roman, on sent bien qu’il a longuement potassé ses sujets, mais les explications scientifiques ou techniques s’intégrent tout naturellement au récit, sans jamais nuire au rythme. Et niveau rythme vous serez aux commandes d’une Lamborghini lancée à plein régime.
Il y a de nombreux aspects du bouquin que j’aimerai aborder dans cette chronique mais impossible sans prendre le risque de trop en dire… et ce serait vraiment dommage de gâcher l’effet de surprise. Alors plutôt que de risquer le spoiler, je préfère opter pour la chronique frustrante qui n’en dit pas assez.
Ayant crédité Lontano de 4 Jack je ne peux qu’en accorder 5 à Congo Requiem, avec un coup double en option : coup de coeur / coup de poing.

MON VERDICT
jd5Coup double

[BOUQUINS] Paola Barbato – Le Fil Rouge

P. Barbato - Le fil rougeC’est sur les conseils avisés d’une lectrice ayant des goûts proches des miens que je me suis lancé dans le roman Le Fil Rouge de Paola Babarto. Sensations fortes assurées m’a-t-elle garanti, il n’en fallait pas plus pour me convaincre.
Antonio Lavezzi n’est plus que l’ombre de lui même depuis que sa fille de 13 ans a été violée et tuée, le meurtrier n’a jamais été identifié. Un matin il est appelé sur un des chantiers qu’il supervise, un corps y a été retrouvé. Antonio est convaincu que ce nouveau meurtre est lié à son affaire. Un mystérieux interlocuteur le contacte alors et lui propose un marché avec à la clé sa propre vengeance…
Si devais résumer mon ressenti en un seul mot c’est sans hésitation le terme uppercut qui me vient à l’esprit. Le genre de bouquin qui vous laisse KO debout après avoir refermé la dernière page. Le truc qui vous prend aux tripes et vous les vrille encore et encore, sans vous laisser le moindre répit. Et putain ce que c’est bon ! Bon mais éprouvant…
L’idée de base peut paraître simple : en échange de quelques menus services pas toujours très légaux mais qui ne vous salissent pas les mains (juste l’esprit), un inconnu vous propose d’éliminer le salopard qui a ruiné votre vie en vous enlevant l’être aimé ; vous acceptez ou vous refusez ? Certes la vengeance reste un thème redondant du thriller mais sous la plume de Paola Barbato le récit prend une toute autre dimension.
Déjà l’auteure prend son temps en imposant un rythme qui est tout sauf effréné. Et pourtant aucune longueur, aucun ennui, juste l’impatience qui vous met les nerfs à vif en attendant la prochaine étape. Tout ce temps on le passe dans la tête d’Antonio, on partage son désir de vengeance, ses doutes, ses questionnements mais aussi et surtout sa douleur (c’est elle le fameux fil rouge dont il est question dans le titre). Une histoire noire et glauque mais dans laquelle les dimensions humaine et psychologique occupent l’espace.
Au départ le style peut surprendre, le récit est en effet entrecoupé par les pensées d’Antonio, mais au final il permet une totale immersion dans le personnage et dans l’intrigue. Le pari n’était pas gagné d’avance, au début Antonio s’est reconstruit une vie réglée comme du papier à musique dans le déni du drame qui a bousillé ce qu’il était avant. Mais au fur et à mesure qu’il s’investit dans les missions que lui confie l’Assassin, son caractère et sa personnalité évoluent.
Pour nous lecteurs la grande question n’est pas tant de savoir jusqu’où Antonio est prêt à aller, mais plutôt qui est le meurtrier de sa fille, et quels sont ses mobiles (pour peu qu’il en ait). L’auteure sait faire durer le suspense avant de vous asséner la vérité, une vérité que l’on prend comme une magistrale claque dans la gueule. A peine le temps de digérer la révélation que les uppercuts se succèdent en rafale ! Plus de répit jusqu’à l’épilogue et son ultime botte secrète.
En plein déferlement d’uppercuts j’ai quand même réussi à sourire en lisant le dernier chapitre et notamment les « pensées » de Danko…
Ce bouquin fut une véritable découverte pour moi, presque une révélation, il ne me reste plus qu’à me ruer sur A Mains Nues, le premier roman de Paola Barbato. Mais pas tout de suite, j’ai d’abord besoin de reprendre mes esprits…

MON VERDICT
jd5Coup double

Devinette :
Quel est le point commun entre ces trois photos ?
Ceux et celles qui ont lu le bouquin trouveront sans même lire l’indice.

Danko

Indice :
— Pourquoi il s’appelle Danko ?
— Parce qu’il avait un maître stupide. Qui lui a donné le nom stupide d’un personnage stupide.

Réponse :
Danko est le nom du personnage interprété par Arnold Schwarzenegger dans le film Double Détente.
Danko est le nom du dogue argentin appartenant à l’un des protaganistes du roman.
Danko est le nom d’un cheval d’un autre protagoniste du roman.

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – Quand La Neige Danse

S. Delzongle - Quand la neige danseSonja Delzongle m’avait forte impression avec Dust et son escapade kényane pour le moins originale, il me tardait de la retrouver afin de voir si mon enthousiasme resterait le même. C’est désormais chose faite après avoir lu Quand La Neige Danse, son dernier roman avec, cerise sur le gâteau, le retour de Hanah Baxter, sa très atypique profileuse.
Crystal Lake, en un mois quatre enfants ont déjà mystérieusement disparu et l’enquête n’avance pas. Un matin les parents recoivent un colis anonyme contenant chacun une poupée de porcelaine, copie conforme de leur fille. Joe Lasko, le père d’une fillette disparue, est contacté par Eva Sportis, la jeune femme du pays, devenue détective, souhaite aider à faire avancer l’enquête. Face au manque total d’indices, la jeune détective va faire appelle à son ancienne mentor, Hanah Baxter…
Le moins que l’on puisse c’est que pour son nouveau roman, Sonja Delzongle change totalement de registre. A la poussière et aux fortes chaleurs du Kenya, succèdent la neige et le soufle glacial de l’hiver de l’Illinois. Rassurez vous, il faut plus que quelques flocons pour figer la plume de l’auteure !
Plus encore que dans Dust, le climat et les conditions météo jouent un rôle primordial dans le déroulé de l’intrigue ; Sonja Delzongle réussit quasiment à faire de l’hiver un personnage à part entière de ce roman.
Au niveau des personnages (les vrais humains cette fois), l’auteure laisse aux habitants de Crystal Lake (Joe Lasko, Eva Sportis, les policiers chargés de l’affaire, les autres intervenants) le devant de la scène, Hanah Baxter reste en retrait sans jamais tirer la couverture à elle, mais sans jamais s’éclipser totalement non plus. De fait l’intrigue obéit à une dynamique propre à Crystal Lake, adaptée à la fois au contexte et à ses acteurs.
Une intrigue menée d’une main de maître avec un rythme qui monte crescendo et des révélations qui s’enchaînent. Le palpitant s’affole, les nerfs remontent à fleur de peau et les neurones carburent à tout va. Une fois que Sonja Delzongle vous aura ferré (et ça arrivera très vite), vous ne pourrez plus échapper à ses lignes, écrites sans concession certes, mais sans surenchère non plus.
Au final non seulement mon enthousiasme pour l’univers littéraire de l’auteure s’est confirmé, mais il est même monté de plusieurs crans. J’ai hâte de retrouver Hanah Baxter, car il ne fait aucun doute qu’elle est appelée à revenir sur le devant de la scène… du crime !
De fait je ne peux que renouveler mon doublé : coup de coeur, coup de poing ! Merci madame Delzongle.

MON VERDICT
jd5Coup double

[BOUQUINS] Hervé Commère – Ce Qu’Il Nous Faut C’est Un Mort

H. Commère - Ce qu'il nous faut c'est un mortJe continue tant bien que mal d’endiguer le flot des sorties littéraires de ces derniers mois, mais difficile de résister face à un tel tsunami de titres, tous plus tentants les uns que les autres. Pire encore, comment choisir l’heureux élu qui quittera mon Stock Numérique à Lire ? Plutôt que chercher à bâtir un algorithme complexe on va faire comme d’hab, y aller au feeling. Et c’est ainsi que Ce Qu’Il Nous Faut C’est Un Mort de Hervé Commère a pu éviter la noyade dans les tréfonds des livres oubliés…
12 juillet 1998. La France est championne du monde (youpi) et la fête bat son plein dans tout le pays. Cette soirée là le destin de plusieurs personnes va basculer et se trouver lié. Toutes se retrouveront à Vrainville, un petit village normand, dix-huit ans plus tard. La crise menace les Ateliers Cybelle qui font vivre le village, leur fermeture serait catastrophique pour Vrainville…
Avec son précédent roman, Imagine Le Reste, Hervé Commère m’avait fait forte impression pour de multiples raisons, la principale étant la qualité de son écriture. C’est un régal pour les yeux et l’esprit de lire une plume aussi talentueuse.
Oubliez toute idée de comparer ce roman avec le précédent, ça reviendrait à comparer une clé à molette avec un scalpel (une appendicite opérée à la clé à la molette ça ne doit pas être beau à voir). Si Imagine Le Reste était déjà inclassable, celui-ci l’est encore davantage ; c’est définitivement un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié).
Un roman noir paradoxalement porteur d’un message d’espoir même quand la situation semble désespérée, un roman social qui jette un oeil sans concession sur une génération désabusée de n’avoir connu que la Crise, sur d’autres prêts à tout pour leur profit personnel, quitte à écraser et couler les autres. Si seulement ce contexte relevait de la fiction… C’est malheureusement le triste reflet de notre société actuelle. Un roman engagé certes mais porteur d’aucun message politique. Quoi qu’il en soit c’est un roman qui vous prend tout de suite au coeur et aux tripes et ne vous lâchera plus.
Si j’ai parlé plus haut de l’écriture de Hervé Commère ce n’est pas totalement anodin. Dans ce roman sa plume et son style semblent sublimés, une écriture pleine d’humanité qui va droit au coeur des lecteurs. On a souvent l’impression d’être autour d’une table avec l’auteur qui nous raconterait une histoire en s’adressant à nous directement… rien qu’à nous, en tête à tête. J’ai lu de nombreux auteurs ayant un incroyable talent narratif mais Hervé Commère à ce petit truc en plus qui fait la différence. même sans le connaître, même sans l’écouter, on a l’impression d’écouter un pote.
Les personnages principaux (ceux de 1998 que l’on retrouve en 2016) sont nombreux mais à aucun moment on ne s’y perd, on commence par faire leur connaissance dans leur contexte personnel, puis peu à peu les destins se croisent avec plus ou moins d’affinités. Des relations se tissent, d’autres s’éffilochent inéxorablement. Vous en aimerez certains, vous en détesterez certainement d’autres ; une chose est sûre vous apprendrez à les connaître… pour le meilleur et pour le pire !
Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, l’auteur les travaille avec le même soin et ne les cantonne pas à jouer les seconds couteaux ; souvent l’intrigue avancera (parfois de façon inattendue) sous leur impulsion (volontaire ou non).
Si vous vous demandez ce que signifie le titre, soyez patient, là encore rien n’est laissé au hasard. Vous aurez votre réponse en temps et en heure.
C’est peut être la première fois que j’ai entre les mains un roman aussi « vivant », au sens propre du terme. Ca peut paraître complètement con comme ressenti mais pendant quelques jours j’ai eu l’impression de vivre à Vrainville, de partager les craintes des villageois et de me battre avec eux.
Merci Monsieur Commère, merci pour cette lecture qui restera longtemps présente dans mon coeur. Et vivement le prochain (non mais, faut pas non plus se reposer sur ses lauriers) !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Olivier Norek – Surtensions

O. Norek - SurtensionsDepuis que j’ai acheté Surtensions, le dernier roman d’Olivier Norek et troisième enquête littéraire du Groupe Coste, j’ai le palpitant qui s’affole ; rarement j’aurai autant brûlé d’impatience et d’excitation dans l’attente de lire un bouquin, je crois que même Stephen King (excusez du peu Monsieur Norek) ne m’a jamais fait un tel effet.
Tandis que le Groupe Coste enquête sur un enlèvement avec demande de rançon ; un groupe de braqueurs met tout en oeuvre pour faire sortir, légalement, l’un des leurs, incarcéré au centre pénitentiaire de Marveil. Les deux affaires vont se télescoper et ne laisseront personne indemne…
Dès le prologue Olivier Norek nous colle une pression monstre :
La psy faisait nerveusement tournoyer son stylo entre ses doigts. Il était évident que l’homme en face d’elle l’intimidait.
– Vous savez au moins pourquoi vous êtes là ?
– Parce que j’ai tué deux personnes. Vous craignez que ça devienne une habitude ?
– Vous n’en avez tué qu’une. En légitime défense qui plus est. Pour le second cas…
Sec et impatient, l’homme ne la laissa pas terminer.
– Un membre de mon équipe est mort. C’est ma responsabilité. Ça revient au même.
Ceux qui connaissent la série auront compris sans l’ombre d’un doute que c’est Victor Coste qui s’adresse à un psy… les autres le découvriront quelques lignes plus tard. Donc à peine la première page lue on sait que Victor Coste va dézinguer un méchant mais aussi et surtout que le Groupe Coste va payer le prix fort dans cette enquête.
Et les choses se confirment au fur et à mesure que l’intrigue se déroule, le Groupe Coste va être malmené de toutes parts, l’équipe va devoir rester plus soudée que jamais pour traverser la tempête qui s’abat sur le SDPJ 93. Mais malheureusement ils ne pourront empêcher l’inévitable, et nous on reste sur le cul, une larmiche à l’oeil et le palpitant au bord de l’explosion !
On retrouve une intrigue ancrée dans la dure réalité du 9-3 et dans la dure réalité de la vie de flic dans ce merdier qui n’attend qu’une étincelle pour s’embraser. Plus encore que dans les deux précédents opus l’aspect humain est mis en avant. Et pas seulement au sein du Groupe Coste.
Ici pas de flics sauce série TV, pas de flics infaillibles, pas de solutions miracles, pas de réponse à tout… les enquêtes ne se résolvent pas qu’à grand renfort de fusillades, des flics profondément humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs doutes aussi… et leurs erreurs parfois.
La grande force d’Olivier Norek est de ne pas sombrer dans la facilité manichéenne, en face du Groupe Coste il n’y a pas que des méchants tout en noirceur, perversité et autres défauts rédhibitoires ; eux aussi sont empreints d’humanité. Parfois même les pires fils de pute ne se trouvent pas toujours là où on pense les trouver.
Au fil des pages Olivier Norek en profite pour pointer du doigts les travers de la société française. Qu’il s’agisse d’un système carcéral qui apporte plus de problèmes que de solutions : « Un centre pénitentiaire n’est efficace que s’il reconstitue une société carcérale juste, avait-il dit. Sans prédateurs, sans proies, dans une parfaite équité, sans privilèges ni passe-droits, sans nécessité de violence, sans jalousie de ce que l’autre pourrait avoir de plus ou de mieux. La force devenant inutile, il ne reste plus qu’à vivre ensemble, en bonne société. Malheureusement, il n’existe pas d’endroit plus dangereux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressortir équilibré ou cadré, les détenus en sortent plus violents, désabusés, perdus et agressifs, sans aucun projet de réinsertion. Plus venimeux en sorte. La prison comme une école du crime. » Ou des vicissitudes du système judiciaire : « Si un avocat découvre une preuve qui accuse son client, il n’a aucune obligation de la fournir aux policiers. Pour toute autre personne, ce serait de la complicité, mais pour eux, c’est le fameux droit à la défense. » Mais il faut faire avec les défauts et les failles du système, accepter que parfois une affaire considérée comme résolue ne le soit pas les conditions les plus justes pour les victimes… pour la Justice, en tant qu’entité et non en tant que système perverti.
De nouveau Olivier Norek nous file un magistral uppercut en pleine poire, on reste KO debout mais on en redemande, encore et encore. Inutile de préciser que dans ces conditions j’attends avec impatience son prochain roman ; les paris sont ouverts : retour du Groupe Coste ou nouveau départ ? Dans les deux cas je suis preneur, même si j’espère bien retrouver Victor Coste et son équipe de choc.

MON VERDICT
jd5Coup double

Aparté n° 1
Cerise sur le gâteau, dans ses remerciements l’auteur cite de nombreux blogs, ça m’a fait plaisir de me trouver ainsi nommé mais aussi d’y retrouver certains blog-potes et groupes FB que je fréquente.

Aparté n°2
Comme dans tout bon roman policier il faut bien un mystère à résoudre. J’invite tous les lecteurs de l’édition numérique (je ne sais pas de quoi il retourne avec l’édition papier) à se pencher sur l’énigme du chapitre 72. Si vous regardez bien la mise en page on passe du chapitre 71 au chapitre 73, et pourtant il ne semble manquer aucun morceau…

[BOUQUINS] Caryl Férey – Condor

C. Férey - CondorDécidément ce mois de mars est riche en sorties littéraires, difficile de suivre de rythme et, à défaut, de choisir quel titre privilégier par rapport aux autres. J’ai opté pour une excursion exotique en compagnie de Caryl Férey et son dernier roman, Condor. Nul doute que cette escapade chilienne ne sera pas de tout repos…
Des enfants meurent dans l’indifférence générale à La Victoria, faubourg très pauvre de la banlieue de Santiago. Gabriela Wenchwn, une jeune Mapuche, vidéaste amateure, contacte Esteban Roz-Tagle, avocat spécialisé dans les causes désespérées, afin qu’il vienne en aide aux familles endeuillées. Au cours de leur enquête ils vont rapidement s’apercevoir que leurs recherches et questions dérangent en haut lieu…
Quatre ans après Mapuche, Caryl Férey reste en Amérique du Sud, mais direction le Chili pour sa nouvelle intrigue. Un pays encore lourdement marqué par les années Pinochet, une dictature hyper répressive qui s’est faite au détriment du peuple chilien mais avec la bénédiction (voire la collaboration) des Etats Unis et de l’Europe. Un régime totalitaire en grande partie amnistié dans un simulacre de pardon national… Un terrain propice pour l’auteur qui ne manquera pas de rappeler les grandes lignes (et certains détails oubliés) de l’histoire contemporaine du Chili.
Difficile de trouver un duo plus atypique que celui formé par Gabriela et Esteban. Une jeune Mapuche qui a décidé de couper les liens avec ses racines pour tenter sa chance en ville et se retrouve dans l’un des faubourgs les plus miséreux de Santiago. Un avocat issu d’une richissime famille, révolté contre son milieu et ses origines dont l’aisance lui parait injustement acquise. Deux personnages aux personnalités bien marquées et une rencontre qui ne manquera pas de faire des étincelles.
Les autres personnages ne sont pas pour autant négligés, tous sont travaillés en profondeur. Il faut dire que le contexte permet à l’auteur de puiser dans des origines diverses et variées parmi les plus contrastées, notamment entre anciens opposants/victimes du régime Pinochet et anciens chefs de file/tortionnaires de la dictature.
Fidèle à son habitude l’auteur propose une intrigue richement documentée, intense et pleine de rebondissements. Une intrigue qui carbure à l’adrénaline et ne vous laissera pas un moment de répit. Une fois que vous aurez plongé le nez dans le bouquin, vous ne le lâcherez qu’à regrets.
La plume de Caryl Férey fait mouche sans jamais faillir, acérée, avec une pointe de vitriol en option, elle n’hésite pas à taper là où ça fait mal, sans concession, aucune. Une plume engagée certes, mais pour la bonne cause, ou plutôt contre la mauvaise cause, voire la pire des causes.
El Condor pasa… et ne devrait laisser personne indifférent. L’intrigue vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher jusqu’au clap de fin, et quelle fin ! Redoutablement efficace, on en redemande, encore et encore ; même (surtout) si ce n’est pas de tout repos nerveusement parlant.

MON VERDICT
jd5Coup double

Morceaux choisis

Extermination d’opposants politiques sans jugements ni procès : le concept avait été mis au point par les militaires français en Algérie avant que Washington ne généralise la méthode en Amérique du Sud. Avec l’aide d’agents de la CIA, Pinochet et ses généraux avaient, sous le nom de Plan Condor, étendu l’opération criminelle et secrète non seulement au Chili mais dans les dictatures voisines – Uruguay, Brésil, Argentine, Paraguay, Bolivie –, puis ils avaient poursuivi la traque dans le monde entier.
Soixante mille morts : une hécatombe intercontinentale, silencieuse. On retrouvait des opposants réfugiés en Europe empoisonnés, suicidés, accidentés de la route ou froidement abattus lors d’attentats jamais revendiqués ou alors par des organisations fantoches.

Les militaires ayant piétiné cent fois le droit international, Pinochet avait modifié la Constitution pour graver dans le marbre les rouages du système économique et politique (une Constitution en l’état immodifiable) et s’octroyer une amnistie en se réservant un poste à vie au Sénat, où les lois se faisaient. La mort du vieux Général au début des années 2000 n’y changea rien. Manque de courage civil, complicité passive, on parlait bien de mémoire mais tout participait à tordre les faits, à commencer par les manuels scolaires où le coup d’État contre Allende était dans le meilleur des cas traité en quelques pages, voire pas du tout…

La probité du vieux Général ? Possédant une simple voiture le jour du coup d’État, il avait vécu dans un bunker doré, détournant des millions de dollars sans jamais répondre d’aucun de ses crimes, du sang jusque sur les dents.

Les lits électrifiés où on attachait les gens comme elle, les électrodes dans le vagin et le rectum qui les convulsaient de douleur, leurs hurlements de terreur sous les yeux de leurs frères ou maris qu’on forçait à regarder, les baignoires où on les étouffait, les viols, les viols collectifs, les viols par des bergers allemands, ceux qu’on jetait des hélicoptères attachés à des rails de chemin de fer pour éviter qu’ils ne remontent à la surface, le cadavre d’un enfant retrouvé trente ans plus tard avec douze balles dans le corps, les sévices qu’il fallait « interpréter dans le contexte », tous ces mensonges avalés maelstrom, tourbillon, pourriture, Allende autopsiant les enfants le cœur brisé, le même acculé au suicide dans la Moneda en flammes, Víctor Jara supplicié, quarante ans et autant d’impacts de balles dans la peau, un massacre riant pour des bourreaux qui savaient à peine lire, Catalina la petite pute rouge qui avant de devenir une rose en avait pris pour son grade : les larmes qui avaient coulé ce jour-là à la Villa Grimaldi coulaient toujours.

[BOUQUINS] Robert Charles Wilson – Les Affinités

R.C. Wilson - Les AffinitésRobert Charles Wilson fait partie des auteurs dont je m’étais promis de découvrir leur univers littéraire. Au premier contact, avec la trilogie Spin, le courant n’est pas passé ; mais je compte bien donner une seconde change à cette saga encensée par bon nombre d’adeptes (ou pas) de SF. En attendant c’est avec son dernier roman, Les Affinités, que je tente une nouvelle immersion dans son monde livresque.
Les humains peuvent se classer en vingt deux groupes appelés Affinités, vingt trois si l’on compte ceux qui n’appartiennent à aucune Affinité. Les Affinités veulent révolutionner les relations entre individus d’un même groupe en les optimisant. Mais les révolutions ne se font pas sans violences. C’est ce que va découvrir Adam Fisk lorsqu’il intègre l’Affinité Tau, l’une des plus influentes Affinités…
Avant d’entrer dans le vif du sujet je voudrai juste préciser que la téléodynamique sociale, qui est le point de départ des Affinités, est un concept bien réel. Selon son créateur, Terrence W. Deacon, elle « pourrait nous aider un jour à comprendre les interactions sociales« . Partant de cette théorie Robert Charles Wilson s’est projeté quelques années dans le futur pour poser les bases de son roman.
Ce bouquin est un diesel, il lui faut un certains temps pour chauffer mais une fois lancé il enclenche le turbo. La première partie est lente, on découvre ce que Tau peut apporter à Adam et comment fonctionne une Affinité. Un rythme lent mais un contenu captivant, à aucun moment je ne me suis ennuyé, au contraire je brûlais d’envie d’en savoir plus. La seconde partie est la montée en régime, l’intrigue prend une autre dimension en se densifiant. Quant à la troisième partie c’est là où le turbo s’enclenche, impossible de lâcher l’affaire avant d’avoir le fin mot de l’histoire. Captivé de la première à la dernière page !
Vous l’aurez compris à la lecture du titre, l’intrigue repose essentiellement sur les relations sociales qui se tissent entre individus ; l’humain est donc le centre de gravité de tout le bouquin. L’auteur le rend parfaitement en nous offrant un récit plein d’humanité. Ecrit à la première personne on partage les souvenirs d’Adam Fisk avec la même intensité que si c’étaient nos propres souvenirs. Bref le bouquin se lit d’une traite (deux en l’occurrence, faute de disponibilité), tant par la qualité de son contenu que par celle de son écriture (malgré quelques lourdeurs de traduction).
N’allez pas croire que l’auteur se contente de nous pondre un futur idéal à la Bisounours où le genre humain se répartirait en vingt deux groupes sociaux. D’une part il y a ceux qui n’appartiennent à aucune Affinité, soit parce qu’ils n’ont pas été retenus au terme de leur évaluation, soit parce qu’ils ne se sont pas fait évaluer. D’autre part, l’humain étant ce qu’il est, il faut bien que certaines Affinités tentent de s’imposer en lorgnant vers toujours plus de pouvoir… ce que les autres n’acceptent pas forcément de gaieté de coeur, d’autant moins qu’elles ont la même idée.
Je ne sais ce que vous en pensez, mais personnellement, l’idée de vivre au sein d’un groupe qui partage la même vision des choses que moi ne m’enchante pas vraiment. Je pense que si un tel réseau social devait se mettre en place j’opterai pour la non évaluation.
S’il me fallait une motivation supplémentaire pour donner une seconde chance à Spin c’est désormais chose faite. Mais pas tout de suite, avant j’aimerai poursuivre mon exploration « Wilsonienne » avec Les Derniers Jours Du Paradis et Julian. Si vous avez d’autres suggestions Wilsoniennes…

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Shannon Kirk – Méthode 15-33

S. Kirk - Méthode 15-33Il est des bouquins pour lesquels j’ai un coup de foudre immédiat, une envie de les lire qui s’impose comme une évidence. Méthode 15-33 de Shannon Kirk appartient à cette catégorie, à peine le pitch parcouru que je me suis dit : « celui là il est pour moi ». Restait à savoir si la ramage serait à la hauteur du plumage…
Une jeune fille de 17 ans, enceinte de sept mois, est enlevée puis séquestrée par des hommes qui veulent lui prendre son bébé. Les ravisseurs ignorent que leur victime n’a aucunement l’intention de se laisser faire ; elle va traiter son enlèvement comme un problème scientifique et tout mettre en oeuvre pour les sauver, elle et son bébé…
Une énième histoire de kidnapping, c’est du lu et relu me direz vous, même du point de vue de la victime. Et bien non ! Shannon Kirk nous prouve avec brio que l’on peut encore faire du neuf avec du vieux, que les règles du genre peuvent être étirées, triturées et restructurées pour nous offrir une intrigue 100% originale.
Certes l’intrigue est narrée à la première personne, du point de vue de la victime. Sauf que ladite victime n’est pas une gamine terrorisée et soumise, mais une véritable surdouée dotée d’un brillant esprit scientifique et analytique. Et surtout capable de fermer les portes à toutes ses émotions afin de traiter sa situation avec juste ce qu’il faut de détachement pour préparer un plan implacable.
J’ai adoré ce manque total d’empathie du personnage principal ; la froideur de ses analyses et de ses réactions sont un véritable un régal à lire. Je brûlais d’impatience de découvrir le traitement (la fameuse méthode 15-33) qu’elle réservait à ses ravisseurs.
Cerise sur le gâteau, l’auteure nous offre un second axe narratif. Toujours écrit à la première personne mais cette fois à travers le personnage de Roger Liu, un agent du FBI qui enquête sur la disparition d’une adolescente avec sa partenaire, Lola. Un duo d’enquêteurs hors norme qui mérite aussi le détour.
Pour son premier roman, l’auteure propose une intrigue hautement addictive qui ne manquera pas de jouer avec vos nerfs (forcément les choses ne se passeront pas exactement comme prévu… sinon ça ne serait pas marrant). Un récit totalement maîtrisé, de la première à la dernière ligne. Je m’attendais à du lourd, j’ai eu du très lourd. Sans la moindre hésitation je lui attribue un coup de coeur.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Claire Favan – Serre-Moi Fort

C. Favan - Serre-moi fortJe poursuis mon petit bonhomme de chemin en compagnie de la Bête Noire, l’occasion pour moi de découvrir l’univers littéraire de Claire Favan, son dernier roman, Serre-Moi Fort est en effet le cinquième titre de la collection.
Août 1994. Nick Hoffman, un adolescent discret, est livré à lui même, complètement délaissé par ses parents depuis que sa soeur a mystérieusement disparu. Mai 2014. Un charnier a été découvert dans une grotte en Alabama, le lieutenant Adam Gibson est chargé de l’enquête…
Quel lien entre ces deux intrigues me direz-vous ? Et bien ne comptez pas sur moi pour répondre à cette question. Ce que je peux vous dire par contre c’est que le bouquin se divise en trois parties. La première partie se déroule donc en 1994, du point de vue de Nick Hoffman. La seconde partie nous plonge en 2014, du point de vue d’Adam Gibson. Et la troisième partie alors ? Elle se déroule en 2015 et fait le lien entre les deux précédentes.
Claire Favan nous offre un thriller qui vous prend aux tripes dès les premières pages, elle ne ménagera ni vos nerfs, ni votre palpitant au fil des chapitres. Une écriture sans concession mise au service d’une intrigue implacable, insoutenable parfois, mais c’est pour la bonne cause. Noir c’est noir… Il n’y a plus d’espoir !
Si le roman ne vous laisse guère le temps de souffler tant il est hautement addictif, l’auteure laisse aussi la part belle à la psychologie de ses personnages. La dernière partie est à ce titre un duel psychologique d’une rare intensité. Là encore cet aspect du récit est totalement maîtrisé.
Avec ce titre La Bête Noire renoue avec le thriller très haut de gamme, j’ai retrouvé les mêmes sensations malsaines que lorsque je lisais Tu Tueras Le Père de Sandrone Dazieri. Même punition : un doublé coup de coeur, coup de poing !
Vous l’aurez sans doute deviné au vu de mon enthousiasme, ce bouquin m’a aussi donné envie de prolonger ma découverte de l’univers littéraire de Claire Favan, si tous ces bouquins sont bons ça promet de longues heures de lecture… et de stress !

MON VERDICT
jd5Coup double