[BRD] Les Tuche 2 – Le Rêve Américain

Les Tuche 2Pause cinéphile sous le signe de la comédie avec Les Tuche 2 – Le Rêve Américain, réalisé par Olivier Barroux.
Donald Tuche (Theo Fernandez) poursuit un stage de perfectionnement aux Etats-Unis, amoureux, il s’invente une vie et une famille afin de plaire à sa belle-famille. Sauf que ses parents (Jean-Paul Rouve et Isabelle Nanty), sa soeur (Sarah Stern), son frère (Pierre Lottin) et mamie Tuche (Claire Nadeau) décident de lui rendre une visite surprise pour son anniversaire. Ca pour une surprise, ça va être une sacrée surprise…
On pouvait craindre une resucée de gags déjà testés et éprouvés dans le premier volet avec une simple transposition aux States, mais je vous rassure il n’en est rien. Quant il s’agit d’être à côté de la plaque les Tuche ne manquent pas d’imagination, pour notre plus grand plaisir.
Une comédie bourrée de bonne humeur et de gags qui assume pleinement son côté grand guignol à tendance burlesque. Evidemment que les situations sont des plus improbables, les clichés ne manquent pas mais d’un autre côté nous ne sommes pas face à un film d’auteur visant à décortiquer les us et coutumes des Etats-Unis. Je me fais fort de respecter les avis de tout à chacun mais en parcourant certaines critiques j’me dis qu’il y en a qui auraient bien besoin de péter un bon coup pour expulser le manche à balai qu’ils ont dans le cul.
S’agissant d’une suite l’effet de surprise n’est plus au rendez-vous, on connait les personnages, on sait plus ou moins à quoi s’attendre de leur part… même si je suis convaincu qu’ils ne manqueront pas de surprendre et d’amuser ceux qui choisissent ce film pour se dérider les zygomatiques sans prise de tête.
C’est peut être moi qui suis bon public, peut être que j’ai regardé ce film à un moment où j’avais justement besoin d’une tranche de rigolade facile. Le fait est que j’ai passé un bon moment avec la famille Tuche, ils m’ont fait sourire et même rire, le contrat est rempli.

♥♥♥½

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Le Coma Des Mortels

EUROBUTDifficile de faire un choix quand, à quelques jours d’intervalle, débarquent dans mon Stock à Lire Numérique le dernier roman de Franck Thilliez, Rêver, talonné par celui de Maxime Chattam, Le Coma Des Mortels. Comme bien souvent mon choix aura été instinctif, compulsif, impulsif… et guidé par ma curiosité. Place donc à ma chronique du Coma Des Mortels.
4ème de couv’ : Qui est Pierre ? Et d’ailleurs, se nomme-t-il vraiment Pierre ? Un rêveur ? Un affabulateur ? Un assassin ? Une chose est certaine, on meurt beaucoup autour de lui. Et rarement de mort naturelle.
Pourquoi pas de présentation personnalisée ? Juste parce que je trouve cette quatrième de couv’ géniale, elle suscite l’intérêt du lecteur sans rien dévoiler du contenu du roman.
Vous êtes incollable sur Maxime Chattam, sa vie, son oeuvre. Oubliez tout ! Avec Que Ta Volonté Soit Faite l’auteur avait déjà délaissé le thriller pur et dur pour une incursion dans le roman noir ; ça avait surpris certains de ses inconditionnels et totalement convaincus d’autres. Je me classe sans hésitation dans la deuxième catégorie. Avec Le Coma Des Mortels l’auteur va encore plus loin dans le roman noir et surtout y ajoute une bonne dose d’humour (noir forcément) et de cynisme.
Le récit est à la première personne, c’est Pierre qui vous raconte son histoire. En commençant par la fin mais pas en allant complètement à rebours, disons que la chronologie est un peu décousue. Comme le chapitrage qui est inversé (on commence par le chapitre 39 pour terminer par le premier chapitre). A la lecture on constate rapidement que le chaos apparent est parfaitement organisé, à aucun moment le lecteur n’est largué, tout s’imbrique à la perfection.
Comme narrateur, et comme individu, Pierre est un personnage hors norme. Son regard sur la société, l’amour, l’humanité et la vie en général est au mieux désabusé ou ironique, au pire franchement cynique. L’occasion d’ailleurs pour l’auteur d’aborder des thèmes multiples et variés de façon pour le moins décalée. Un florilège de bons mots, parfois je me demandais si le fantôme de Raymond Devos ne dictait son texte à Maxime Chattam.
Décalé. C’est d’ailleurs le mot qui définirait le mieux ce roman tant il sort des sentiers battus. Je peux comprendre que ça puisse passer ou casser, pour moi c’est passé haut la main. J’ai adoré, tout simplement ! J’espère que nous serons nombreux à faire remonter sa note sur Babelio (2,94 sur 17 notes), il faut dire que les premières critiques étaient impitoyables.
J’ai aimé la lecture à plusieurs niveaux du récit de Pierre. On peut soit se contenter du premier degré, considérer qu’il relate les faits bruts de décoffrage. Soit creusez plus avant, et Pierre lui même donne une piste allant en ce sens. Une piste parmi d’autres serai-je tenté de dire. D’un autre côté on ne pourra pas reprocher à Pierre / Maxime de ne pas nous avoir prévenu.
Dès le préambule il annonce la couleur : « La vérité est bien là, elle glissera sous vos yeux par moments, mais je ne vous la servirai pas sur un plateau. Je ne peux pas. »
Plus tard quand il parle à la police : « Vous devez d’abord entendre toute l’histoire, pour comprendre. »
Et enfin, ultime pied de nez : « Peut-on réellement faire confiance à ce qui sort de l’ordinateur d’un romancier ? »
Et de fait même après avoir refermé le bouquin je ne serai pas surpris qu’il vou prenne l’envie de revenir en arrière vérifier/confirmer certains doutes. Rares sont les bouquins qui font encore mouliner les neurones à plein régime après leur lecture, Le Coma Des Mortels est de ceux-là. On s’interroge, on dépèce, on triture, on tourne et retourne le récit pour essayer de découvrir tous les non-dits.
Vous constaterez que je n’ai pas abordé l’intrigue du roman dans cette chronique, c’est là un choix délibéré de ma part afin de laisser intacte la surprise et la découverte de ce bouquin hors norme.
Un pari courageux de la part de Maxime Chattam de se remettre ainsi en question et de nous proposer des romans qui sortent des sentiers battus. Ceux qui comme moi ont pris un pied d’enfer en lisant ce bouquin seront ravis d’apprendre qu’une suite est en projet (annonce faite par l’auteur sur l’excellent fan-site Les Chattamistes)… mais il faudra se montrer patient, d’autres chantiers sont déjà engagés (dont la suite et fin de la saga Autre-Monde).
Merci Monsieur Chattam pour ce moment de lecture égal à nul autre, les mots me manquent pour définir exactement mon ressenti : génial, jouissif, excellent, un orgasme littéraire ! Bref j’ai adoré, et j’en redemande !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[CHALLENGE] Coupe d’Europe des Livres

EURO2016

A l’occasion de l’Euro 2016, qui démarre le 10 juin, Cajou lance le challenge Coupe d’Europe des Livres (elle était déjà à l’initiative du Challenge Coupe du Monde des Livres). Les règles sont simples, je cède ma place à Cajou pour vous les exposer.

Ils sont 11 joueurs par équipe alors ce « challenge-qui-n’en-est-pas-vraiment-un » consiste tout simplement à créer votre équipe parfaite de 11 livres pour ce mois de Coupe d’Europe :

  • Le gardien de but : THE roman que vous voulez à tout prix lire, celui qui n’a pas le droit de passer à travers les mailles du filet des profondeurs de votre PAL.
  • Les attaquants : les 4 romans de votre PAL que vous voulez ABSOLUMENT lire.
  • Les milieux de terrain : les 3 romans de votre PAL qu’il serait temps de sortir de là.
  • Les défenseurs : les 3 romans que vous n’avez pas encore dans votre PAL mais que vous voudriez vous offrir -sans attendre le Mercato- pour parfaire votre équipe.
  • Les réservistes : pour celles/ceux qui pensent que 11 ce ne sera pas assez (coucou Mylène), voici encore 4 places sur le banc, pour porter votre équipe à 15.

Remarque : les livres, du monde entier (pas seulement d’Europe) peuvent intégrer votre équipe. Je sais que c’est la Coupe d’Europe, mais puisque le monde du foot importe/exporte/achète/naturalise à tour de bras, nous allons nous aussi garder toutes les frontières bien ouvertes.

Equipe Lord Arsenik

Le gardien de but
EUROBUT

Les attaquants
EUROATT

Les milieux de terrain
EUROMT

Les défenseurs
EURODEF

Les réservistes
EURORES

Je doute fort d’avoir le temps de lire tout ça d’ici la finale de l’Euro (le 10 juillet), je vais plutôt miser avec certitude sur le triangle Gardien / Attaquants. Si le temps me le permet, et histoire de donner puiser dans chaque groupe on va ajouter un milieu de terrain (je privilégie Jules) et un défenseur (mon coeur balance entre Hortense et Runner).

[BOUQUINS] Tom Cooper – Les Maraudeurs

T. Cooper - Les MaraudeursBorn on the Bayou chantait John Fogerty (oublions la très quelconque reprise de Francis Cabrel, Né dans le Bayou) ; une mélodie plutôt joyeuse emplie de nostalgie. Tout le contraire du Bayou qui sert de toile de fond au roman de Tom Cooper, Les Maraudeurs. L’hymne du Bayou ressemblerait davantage à Noir c’est noir. A la décharge de ses habitants notre bayou s’est pris de plein fouet l’ouragan Katrina en aôut 2005, une catastrophe naturelle qui a laissé des cicatrices indélébiles dans le décor mais aussi dans les coeurs et les âmes (1 577 morts en Louisiane). En avril 2010, la Lousiane est le premier état américain touché par la marée noire suite à l’explosion de Deepwater Horizon, la plate-forme pétrolière exploitée par BP ; une catastrophe économique sans précédent pour le premier état producteur de crevettes aux USA (sans parler des conséquences écologiques et environnementales).
À Jeanette, en Louisiane, on survit tant bien que mal grâce à la pêche, de génération en génération, mais depuis le passage de l’ouragan Katrina rien n’est plus pareil. Et quand la marée noire vient polluer les côtes, les habitants sont de nouveau confrontés au pire…
Le bouquin est construit selon le principe des PoV (Point of View) popularisé par Le Trône De Fer ; chaque chapitre se concentre sur un personnage phare de l’intrigue. Par ordre d’apparition, nous ferons connaissance avec :
– Les frères Toup, des jumeaux, charmants agriculteurs, un tantinet psychopathes qui vivent de la culture à grande échelle de cannabis qu’ils font pousser dans les marais.
– Lindquist, un pêcheur manchot qui passe le peu de temps libre dont il dispose à courir après le supposé trésor du flibustier Jean Lafitte ; quand il n’est pas défoncé par l’alcool et les médocs.
– Wes Trench, un ado résigné à vivoter de la pêche à la crevettes, mais déterminé à prendre ses distances avec son père acariâtre.
– Cosgrove & Hanson, deux losers bien déterminés à devenir riches, de préférence en faisant le minimum d’efforts… Et tant pis si leur business n’est pas franchement légal.
– Grimes, mandaté par la BP suite à la marée noire afin de convaincre les habitants d’accepter un règlement à l’amiable via une indemnisation minable.
C’est quasiment par hasard que ces personnages vont se croiser, se lier d’amitié, se détester ou même se traquer. La tension monte crescendo dans la moiteur hostile du Bayou.
Pour un premier roman, Tom Cooper signe une oeuvre magistrale, une fois que vous aurez plongé dans le Bayou en compagnie de ses personnages, déglingués et malmenés, vous ne pourrez plus lâcher le bouquin. Non que ce soit un condensé d’action, mais juste par vous serez possédé par le Bayou et ses habitants ; vous aurez de partager ses tranches de vie, que vous aimiez ou que vous détestiez le personnage auquel le chapitre est dédié. Les lecteurs du Trône De Fer comprendront sans mal ce que je veux dire par là, pour les autres je vous invite à vous lancer dans cette expérience.
Un roman qui par son ambiance n’est pas sans me rappeler la recueil Chiennes De Vie de Frank Bill, un bouquin qui m’avait bien pris aux tripes lors de sa lecture. Si ces tranches de vie, qu’elles se déroulent dans l’Indiana ou en Louisiane, sont pour nous des histoires fictives, il ne faut pas perdre de vue que pour certains elles sont le reflet de leur triste réalité. C’est sans doute cet ancrage dans le monde réel qui rend ce type de bouquin particulièrement percutant. Un régal à lire mais on garde un arrière goût de bile dans la gorge. Bravo et merci monsieur Cooper.

MON VERDICT
jd5Coup double

[TV News] American Horror Story – Hostel

American Horror Story S05En avant pour la cinquième saison d’American Horror Story, intitulée Hostel. La série TV de Brad Falchuk et Ryan Murphy nous a pour le moment offert un sans faute sur quatre saisons, quatre environnements et quatre ambiances, sans cesse renouvelés. Autant dire nous étions confiants en pénétrant de ce fameux hôtel.
L’intrigue est centrée autour de l’énigmatique Hôtel Cortez à Los Angeles, en Californie, lequel attire l’attention d’un enquêteur intrépide, John Lowe (Wes Bentley). L’hôtel abrite notamment sa propriétaire, la Comtesse (Lady Gaga), une vampire assoiffée de sang et de sexe ; et James Patrick Marsh (Evan Peters), concepteur de l’hôtel et tueur en série devenu fantôme.
Ouverture sur l’habituel générique, la bande son reste la même mais les images changent, une mise en bouche plutôt prometteuse.
Le premier changement notable vient du casting, Jessica Lange quitte le programme pour céder sa place à Lady Gaga. Je craignais le pire mais finalement elle est plus que convaincante de le rôle de cette mystérieuse et sanguinaire Comtesse. Une agréable surprise.
Une Comtesse plutôt bien entourée. Fidèles à l’esprit de la série, on retrouve de nombreux acteurs récurrents, qu’ils soient présents depuis la première saison, ou qu’ils aient rejoint la série en route. Parmi eux on peut citer notamment : Evan Peters, Sarah Paulson, Denis O’Hare, Kathy Bates, Angela Bassett, ou encore Lily Rabe…
Dans le même esprit d’alternance entre fantastique et réalisme, cette cinquième saison joue à fond la carte de l’imaginaire. On revisite les thèmes du vampirisme et de la maison hantée dans une ambiance glauque à souhait. Le quatrième épisode, La Nuit du Diable, est à ce titre un régal d’humour noir (et rouge sang).
Dès les premières images l’ambiance est posée, même si bien des surprises vous attendent encore au fil des épisodes, notamment quant au rôles de certains personnages et leur évolution. On est entrés confiants, nous en sommes ressortis convaincus (et en un seul morceau). Une fois de plus la série a su se renouveler, le sans faute se poursuit, pour notre plus grand plaisir.
Un petit bémol toutefois, trois fois rien, je regrette que l’on pas pu voir à quoi ressemblait la progéniture de la Comtesse, tout comme on ignore ce qu’il advient d’elle.
Cette cinquième saison se décline en douze épisodes de 42 minutes, c’est toujours FX qui assure la diffusion en VO et Ciné+ Frissons qui a l’exclusivité de la version française.
Une sixième saison est en chantier, aucune info n’a fuité quant à l’environnement choisi, ni sur l’intrigue. On sait juste que Lady Gaga rejoint le casting récurrent (il faut dire que son interprétation de la Comtesse a été récompensée d’un Golden Globe Award).

[BOUQUINS] Gillian Anderson & Jeff Rovin – Visions De Feu

G. Anderson & J. Rovin - Earthend 1C’est curieux mais pas franchement convaincu que je me suis lancé dans Visions De Feu, premier opus de la trilogie Earthend, signé à quatre mains par Gillian Anderson et Jeff Rovin.
Alors que la tension monte dangereusement entre l’Inde et le Pakistan autour du Cachemire, le Dr Caitlin O’Hara est appelé au chevet de la fille de l’ambassadeur Pawar, Maanik. Témoin d’une tentative d’assassinat contre son père, la jeune fille a des absences de plus en plus fréquentes. Caitlin O’Hara réfute rapidement le stress post traumatique, mais pour aider Maanik elle va devoir renoncer à toutes ses certitudes…
Au final la surprise fut plutôt bonne même si ce n’est certainement LE livre de l’année, l’intrigue est maîtrisée, ça commence en douceur (mais sans longueurs) pour gagner progressivement en intensité et en rythme. Mes doutes initiaux ont été rapidement balayés et j’ai pu profiter pleinement du roman.
Un thriller ésotérique fortement imprégné de fantastique (les tomes suivants devraient l’être encore davantage), laissez au vestiaire la part cartésienne de votre esprit et laissez vous guider par les auteurs. La ballade vaut le détour.
J’ai bien aimé le personnage de Caitlin, une femme ordinaire confrontée à une situation extraordinaire, une scientifique confrontée à une réalité qui défie toute logique et rigueur scientifique. Docteur en psychologie spécialisée dans les enfants et adolescents en difficulté, elle s’investit pleinement dans un boulot au service des autres. Idem dans sa vie personnelle, séparée de son ex, elle élève seule un petit garçon sourd ; une relation fusionnelle unit la mère et son fils.
Dommage que les autres personnages paraissent un peu fades au vu de l’attention portée à Caitlin. Je pense notamment à Ben, ami et complice de Caitlin, qui va se retrouver impliqué jusqu’au cou dans ce dossier. Il aurait mérité une personnalité un peu moins floue.
Puisque j’en suis aux bémols autant continuer sur ma lancée. J’ai trouvé que plusieurs dialogues manquaient de naturel ; mais c’est peut être juste une question de ressenti personnel. En tout état de cause ce n’est pas comme ça que je réagirai face à la même situation.
Ceci dit, et je le répète, le bouquin mérite que l’on s’y attarde. Le style sans fioritures permet de plonger en totale immersion dans le récit. De par sa construction l’intrigue transforme vite le roman en un véritable page-turner tant l’envie de connaître la suite se fait pressante.
Une mise en bouche réussie qui me donne envie de découvrir le second opus, Rêves De Glace. Beaucoup de questions restent en effet en suspend ; notamment concernant le mystérieux Groupe. J’espère juste que le troisième et dernier tome ne tardera pas trop à sortir et à être traduit.
Pour conclure, et faire taire les mauvaises langues, Gillian Anderson n’a pas fait office de prête nom dans la conception de la trilogie, elle s’y est investie à fond et a activement participé à sa rédaction. Une collaboration efficace et réussie.

MON VERDICT
jd4

[BOUQUINS] Chuck Palahniuk – Orgasme

X-rated

C. Palahniuk - OrgasmeEt hop nouvelle escapade dans le sulfureux monde de la littérature érotique, et plutôt bien accompagné sur ce coup puisque l’auteur n’est autre que Chuck Palahniuk et son dernier roman, Orgasme. Tout un programme !
Penny Harrigan est stagiaire dans un cabinet d’avocats quand elle rencontre, dans des circonstances peu flatteuses pour elle, Linus Maxwell, un milliardaire qui vient de rompre avec sa dernière conquête. Contre toute attente il l’invite à dîner, de fil en aiguille leur relation se transforme en liaison. Avec lui elle va découvrir l’extase sexuelle, l’orgasme, sous ses multiples facettes…
Le moins que l’on puisse dire c’est que ce bouquin est pour le moins déconcertant, certes ça ne manque pas d’orgasmes mais ils sont traités comme des expériences scientifiques avec une rigueur totalement déshumanisée. Pas de place pour les sentiments, Penny devient la femme objet par excellence, un terrain d’expérimentation de sex-toys divers et variés. Pas franchement excitant tout ça. Et encore moins romantique.
A titre d’exemple voilà le genre de discours que peut tenir Maxwell : « Ne le prends pas mal, reprit-il à voix basse. Mais regarde-moi un peu ça. Tu as un vagin de compétition. Tes grandes lèvres sont parfaitement symétriques. Ton raphé est sublime. Le frein de ton clitoris et celui des petites lèvres… » Il semblait à court de mots. Il avait la main sur le cœur et poussait de longs soupirs. « D’un point de vue biologique, les hommes raffolent d’une telle homogénéité. Les proportions de tes parties génitales sont idéales. » Pour le commun des mortels ça se résumerait à un laconique : « J’adore ta chatte« …
De part son découpage aussi le bouquin est surprenant, mise en page minimaliste, aucun chapitrage, juste des sauts de lignes çà et là pour séparer les paragraphes. A force de passer de coq à l’âne on a parfois l’impression d’avoir sauté des pages, mais non. Les premières lignes vous mettront tout de suite dans le bain, Penny se fait violer en pleine audience au tribunal, dans l’indifférence générale. Ensuite flashback, on va peut être comprendre ce qui peut expliquer ce type de situation… ou pas.
A noter qu’en VO le titre est moins racoleur qu’en français, Beautiful You, tout simplement, en référence à la gamme de jouets sexuels que va diffuser Maxwell. De même la couverture est moins criarde… mais bon, le résultat est le même.
Il faut aborder le bouquin avec une bonne dose de second degré et le considérer comme une parodie poussée à l’extrême de la déferlante soft-porn spécial ménagère de moins de 50 ans qui fait la joie de ces dames, des libraires et des éditeurs. Franchement le sex-toy comme arme de domination massive ça le fait pas trop niveau crédibilité…
Grosso modo le bouquin se divise en trois parties. On commence par l’initiation de Penny, phase qui implique des expérimentations de plus en plus poussées en vue d’obtenir des orgasmes de plus en plus intenses. Puis il y a la commercialisation des produits Beautiful You et ses conséquences (un peu beaucoup too much). Enfin on assiste à la riposte de Penny qui va affronter son mentor sur son terrain de prédilection (déçu par cette dernière partie et la fin).
A travers son récit abracabrant Chuck Palahniuk nous livre aussi une satire au vitriol de la société de consommation dans laquelle la course au plaisir semble être l’unique raison d’être de certains. Une société qui rend les produits obsolètes prématurément à grand renfort de nouvelles versions, toujours plus performantes… et toujours plus chères que les précédentes.
Exciter la libido masculine a toujours été une stratégie marketing, et ce quel que soit le produit à promouvoir : « Pour vendre telle marque de bière, les médias n’avaient besoin que de montrer des corps féminins idéalisés, et les acheteurs masculins mordaient à l’hameçon. Si cette tactique vieille comme le monde donnait l’impression d’exploiter les femmes et de flatter bassement les appétits masculins, des observateurs avisés avaient vu combien l’esprit des hommes intelligents – leurs idées, leur capacité de concentration, de compréhension – était constamment anéanti par la simple vue d’une poitrine attirante ou de cuisses fermes et lisses. »
J’attendais beaucoup de cette incursion de Chuck Palahniuk dans la littérature érotique (ça reste un bouquin réservé à un public averti), si le style et bel et bien là, l’intrigue vire trop vite à la farce burlesque. Je n’ai que moyennement adhéré, l’orgasme littéraire ne fut pas au rendez-vous.

MON VERDICT
jd2d

Jim Thompson – Pottsville, 1280 Habitants

J. Thompson - Pottsville, 1280 habitantsCa fait un bail que je connais, de nom et de réputation, le roman Pop. 1280 (titre en VO) de Jim Thompson et ça fait certainement tout aussi longtemps qu’il me fait de l’oeil. Seulement voilà le public français devait jusqu’à présent se contenter d’une traduction tronquée (pour être poli) disponible dans la collection Série Noire sous le titre 1275 Âmes. Il aura fallu attendre 2016 (soit 50 ans après la traduction SN) pour bénéficier enfin d’une traduction intégrale de ce titre considéré comme un chef d’oeuvre du roman noir, c’est Rivages qui a repris le flambeau et nous le propose sous le titre Pottsville, 1280 Habitants.
Nick Corey, shérif du comté de Pottsville, est un gars plutôt effacé et passif, ne surtout pas faire de vague semble être sa devise. Seulement voila, à force de se la couler douce sa réélection au poste de shérif pourrait bien être compromise. Comme il ne sait rien faire d’autre Nick décide de prendre les choses en main et de faire le grand ménage…
Alors là le moins que je puisse dire c’est que ce bouquin aura su me surprendre, je m’attendais à du noir certes mais pas à la sauce humour noir. Une surprise d’autant plus agréable qu’elle est totalement maîtrisée et assumée. Jim Thompson nous fait sourire, et même rire, avec un récit délicieusement amoral, une farce aussi cruelle que drôle.
Nick Corey est la parfaite illustration du dicton « Il faut se méfier de l’eau qui dort« . Sous ses airs de benêt inoffensif dont la sempiternelle rengaine semble être « Ce que je devais faire, j’ai décidé que j’en savais rien.« , se cache un redoutable calculateur… même si parfois la situation lui échappe, il ne tarde pas à trouver un moyen de retomber sur ses pattes.
A sa décharge Nick vit avec une épouse acariâtre qui lui a mis la corde au cou de la façon la plus déloyale qui soit. Cerise sur le gâteau il doit aussi supporter son beau frère, un espèce de dégénéré consanguin qui profite de ses escapades nocturnes pour jouer les voyeurs. Avec une telle paire de branques à la maison on comprend qu’il ressente le besoin d’aller trouver le réconfort entre d’autres paires de bras… et de cuisses. Même si courir plusieurs lièvres à la fois peut parfois s’avérer casse gueule : « Depuis toujours, je me montre aussi aimable et aussi poli qu’on peut l’être. Ce que je crois, c’est que si un type est gentil avec tout le monde, eh bien, les gens seront gentils avec lui aussi. Mais ça ne marche pas comme ça à tous les coups. La plupart du temps, apparemment, je me retrouve dans le pétrin, comme en ce moment. Et je ne sais vraiment pas comment en sortir. »
Bien qu’écrit en 1964, l’auteur situe son intrigue au début des années 20, hormis quelques détails techniques le récit est totalement intemporel ; il pourrait parfaitement se dérouler de nos jours au fin fond de la cambrousse. Sur ce point je tire mon chapeau à Jean-Paul Gratias qui a complètement remanié la traduction du roman, le bouquin (270 pages dans sa version papier) se lit quasiment d’une traite avec la même jubilation.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

A propos de la traduction.

D’autres ont déjà abordé le sujet avec pertinence, je ne m’aventurerai donc pas sur ce terrain. Pour ceux et celles que ça intéresse je vous indique deux liens très instructifs :
– Le blog de Cannibal Lecteur et un article fort bien construit sur le sujet.
– Un article paru dans L’Express en octobre 2012

Si après ça vous avez encore des doutes voici deux exemples concrets extraits des versions 1966 et 2016 du roman de Jim Thompson.

Chapitre 1 – Texte remanié

Traduction 1966 – Marcel Duhamel
Eh ben, mes enfants, je devrais l’avoir belle. Être peinard, ce qui s’appelle. Tel que vous me voyez, je suis le shérif en chef du canton de Potts, et je me fais pas loin de deux mille dollars par an — sans compter les petits à-côtés. En plus, je suis logé à l’œil au premier étage de l’immeuble du tribunal, et il faudrait être bougrement difficile pour pas se contenter de ça: il y a même une salle de bains, ce qui fait que j’ai pas à me laver dans une lessiveuse ni à patauger jusqu’au fond du jardin pour aller aux cabinets, ce qui est le cas de la plupart des habitants de ce pays. Moi, mon paradis, je peux dire que je l’ai sur terre. Un vrai filon, que je tiens là, et pourquoi je continuerais pas à faire ma pelote, du moment que je m’occupe de mes oignons et que je prends bien garde de n’arrêter personne, à moins que je puisse pas faire autrement — et encore, à condition que ça ne mène pas loin !

Traduction 2016 – Jean-Paul Gratias
Tout compte fait, voyez-vous, je devrais m’estimer heureux, pratiquement aussi heureux qu’on peut l’être. Rendez-vous compte : en tant que shérif en chef du Comté de Potts, je touche presque deux mille dollars par an – sans parler des à-côtés que je peux récolter par-ci par-là. En plus, j’ai droit à un logement gratuit dans le bâtiment du tribunal, à l’étage, et dans le genre on ne peut pas rêver mieux ; il y a même une salle de bains, si bien que je ne suis pas obligé de me laver dans un baquet à lessive ni de sortir de chez moi pour aller aux cabinets, comme la plupart des gens de la ville. On pourrait dire, je crois bien, que pour ma part j’ai déjà gagné mon paradis sur terre. J’ai décroché la timbale, et je devrais pouvoir la garder – en tant que shérif du Comté de Potts – aussi longtemps que je m’occuperai de mes affaires, et que j’éviterai d’arrêter qui que ce soit, sauf si je ne peux pas faire autrement et qu’il s’agit de gens sans importance.

Chapitre 2 – Texte coupé

Traduction 1966 – Marcel Duhamel
Je finis de manger et je vais à la toilette des hommes. Comme elle est occupée, je vais à celle du wagon suivant. Là, je me lave les mains et la figure à l’évier, après quoi je retourne à ma place. Et voilà qu’en retraversant le wagon, je repère Amy Mason.

Traduction 2016 – Jean-Paul Gratias
Je finis de manger et je me rends aux toilettes pour hommes. Je me lave les mains et le visage au lavabo, et je salue d’un signe de tête le type qui est assis sur la banquette recouverte de cuir.
(S’en suit un échange entre Nick et le type en question, jusqu’à ce que Nick, tiraillé par son envie de pisser ne prenne la tangente. Un passage qui permet de comprendre à quel point Nick ne veut surtout pas faire de vague)
Je m’engouffre dans l’autre wagon pour me soulager – et croyez-moi, c’est un sacré soulagement. C’est en reprenant le couloir dans l’autre sens, à la recherche d’une place libre pour ne pas retomber sur le type en costume à carreaux, que je repère Amy Mason.

[BOUQUINS] Jean-Christophe Grangé – Congo Requiem

JC Grangé - Congo RequiemEnfin le voilà ! Qui ça ? Non, plutôt, quoi ça ? Le dernier Jean-Christophe Grangé, Congo Requiem, la suite de Lontano et des aventures tumultueuses du clan Morvan.
Grégoire et Erwan sont tous les deux au Congo, direction Lontano. Erwan, pour enquêter sur l’Homme-Clou et percer les secrets du patriarche. Grégoire, pour s’assurer du bon fonctionnement de ses gisements et garder un oeil sur son fils trop curieux à son goût. A Paris, Gaëlle découvre des éléments pour le moins troublants relatifs à son psy, Eric Katz. De son côté Loïc signe une trêve avec son ex, Sofia, le temps des funérailles du père de cette dernière, assassiné à la sauce africaine.
Congo Requiem c’est un peu un distributeur de claques. Au fil des chapitres, des révélations et des rebondissements vous allez en prendre plein la gueule. Au fur et à mesure que les secrets de Grégoire Morvan feront surface vous serez amené à réviser votre jugement sur le personnage. Certes ce n’est pas un saint, mais l’on découvrira peu à peu le pourquoi du comment de son comportement. Et là encore attendez vous à de belles et puissantes claques dans la tronche.
Au départ l’intrigue se divise en trois, voire quatre (si l’on distincte les parcours de Grégoire et d’Erwan), pistes distinctes. On se doute bien qu’il y a un lien, l’Homme-Clou, mais difficile d’imaginer comment tout cela va finir par s’imbriquer. Il faut dire que jusqu’à la fin du bouquin l’auteur prend un malin plaisir à embrouiller les pistes, effaçant nos certitudes, soulevant de nouveaux questionnements… et quand un début de réponse apparaît, un nouvel élément vient semer le doute. Même quand les différentes lignes d’enquêtes finissent par s’imbriquer, le doute reste entier ; et ça n’en finit pas de rebondir, encore et encore. Sadique mais tellement jouissif !
Les personnages de Gaëlle et de Loïc, jusque là confinés à des rôles secondaires s’étoffent et occupent même le devant de la scène, menant chacun leur propre enquête. Et Maggie dans tout ça ? Même si elle reste en arrière plan attendez vous quand même à un choc la concernant.
Fidèle à ses habitudes JC Grangé aborde de nombreux thèmes dans son roman, on sent bien qu’il a longuement potassé ses sujets, mais les explications scientifiques ou techniques s’intégrent tout naturellement au récit, sans jamais nuire au rythme. Et niveau rythme vous serez aux commandes d’une Lamborghini lancée à plein régime.
Il y a de nombreux aspects du bouquin que j’aimerai aborder dans cette chronique mais impossible sans prendre le risque de trop en dire… et ce serait vraiment dommage de gâcher l’effet de surprise. Alors plutôt que de risquer le spoiler, je préfère opter pour la chronique frustrante qui n’en dit pas assez.
Ayant crédité Lontano de 4 Jack je ne peux qu’en accorder 5 à Congo Requiem, avec un coup double en option : coup de coeur / coup de poing.

MON VERDICT
jd5Coup double

[BRD] The Revenant

The RevenantNouvelle escapade cinéphile mais cette fois changement radical de contexte et de décor, direction le grand nord américain au début du XIXème siècle, avec The Revenant signé Alejandro G. Iñarritu.
Hugh Glass (Leonardo DiCaprio), un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Armé de sa seule volonté et porté par un désir de vengeance, il va puiser la force de survivre au coeur d’un environnement hostile et traquer John Fitzgerald (Tom Hardy), l’homme qui a tué son fils…
Le film est librement adapté du roman homonyme de Michael Punke, lui même inspiré de faits réels. Un détour via Wikipedia vous apprendra que Hugh Glass a bel et bien existé et qu’il a effectivement été abandonné par ses équipiers… ensuite entre le film et la réalité il y a effectivement pas mal de différences. Il ne me reste plus qu’à trouver le temps de lire le bouquin afin de mesurer les écarts entre la réalité et le roman puis entre le roman et le film. Ou simplement me contenter de les apprécier tels qu’ils sont.
La première chose qui frappe dans le film est le soin apporté au visuel. Certes les paysages sont sublimes, le tournage s’est déroulé entre le nord des Etats-Unis, le Canada… et la Terre de Feu, du fait d’un printemps nord américain trop précoce. Mais le visuel ne s’arrête pas aux décors naturels, les gros plans sur les visages des protagonistes capturent leur humanité, leurs émotions et… leur douleur.
La séquence d’ouverture vous plonge directement dans le grand bain, une bande de trappeurs est attaquée par des indiens, le combat fait rage, les séquences sont d’un réalisme frappant (et pourtant aucun humain n’a été tué pendant le tournage). Entre les survivants la tension monte. Puis vient la séquence de l’ours, un combat de toute beauté / cruauté entre l’homme et l’animal (et pourtant aucun animal n’a été tué pendant le tournage).
Du beau et du grand western. Oui, mais pas que ça. Le rapport de l’homme à la nature est un élément dominant du film, pas besoin de discours écolo à deux balles pour nous faire comprendre que notre planète est belle et mérite d’être protégée. Les rapports humains sont aussi au coeur de l’intrigue, pour le meilleur (l’amitié, la relation père / fils, la loyauté…) et pour le pire (la trahison, le mensonge, la haine…).
Le réalisateur comme les acteurs évoquent tous un tournage éprouvant, par souci de réalisme pas question de recourir abusivement aux effets numériques. Compte tenu des caprices de la météo les prises de vue devaient être souvent interrompues. Les acteurs ont été confronté à un froid extrême, pour mériter son Oscar DiCaprio a eu le droit à quelques bains en eaux glacées, à une cure de sommeil dans la carcasse d’un cheval et à une dégustation de foie de bison cru… tout un programme !
Un Oscar amplement mérité et pas uniquement pour les raisons évoquées précédemment, l’acteur endosse à fond son rôle. Les longues séquences sans le moindre dialogue sont tout aussi expressives qu’un long discours ; la posture, le jeu et les mimiques vous filent droit au coeur, pas besoin de mots pour comprendre ce qu’endure Hugh Glass.
Dans le rôle de Fitzgerald, l’ordure de service, Tom Hardy est tout aussi convaincant. Un manque total d’empathie et de sens moral, tant et si bien qu’il finit par se convaincre qu’il a fait les bons choix… Deux rôles de composition pour un duo / duel fait des étincelles à l’écran.
Avec treize récompenses on peut dire que Alejandro Iñarritu et son équipe ont réussi leur pari, d’autant qu’ils peuvent compter à leur palmarès trois Oscars (meilleur acteur, meilleur réalisateur et meilleure photographie) et trois Golden Globe (meilleur film dramatique, meilleur acteur et meilleur réalisateur).

♥♥♥♥