Ce n’est pas moi qui le dit, je ne suis ni en pleine crise mystique, ni en plein délire schizophrène divin. J’ai acheté ce bouquin en espérant retrouver l’esprit de Dieu Est Un Pote A Moi de Cyril Massarotto, en attendant que sa « suite » Le Petit Mensonge De Dieu ne débarque dans les librairies de la place. Et voilà comment Mon Nom Est Dieu, de Pia Petersen, est arrivé dans mon Stock à Lire Numérique et se retrouve dans ces colonnes.
Morgane Latour, pigiste au Los Angeles Examiner, est abordée par un SDF qui affirme être Dieu et exige d’elle qu’elle écrive son histoire. D’abord réticente, Morgane se prend peu à peu de sympathie pour ce mystérieux inconnu et accepte de l’écouter, sans pour autant être convaincue par son récit. C’est un Dieu désabusé qui se confie à la jeune journaliste…
Je ne sais pas ce qu’il en est de la version papier mais en numérique le bouquin est du genre minimaliste au niveau de la mise en page, notamment les dialogues ne sont signalés ni par des guillemets, ni par des tirets ; pas de chapitrage non plus, juste des sauts de page çà et là. Au final la mise en page est suffocante, ça manque furieusement d’air et de formes… Mais je suis bien décidé à ne pas me laisser rebuter par ce genre de détail technique ; je suppose qu’on peut être éditeur sans avoir la moindre notion de typographie et de mise en page.
Pour couper court à toute tentative de comparaison je tiens à préciser que les approches de Cyril Massarotto et de Pia Petersen sont radicalement différentes. Alors déçu ou non ? Pour le savoir il vous suffit de lire les quelques lignes suivantes…
On a à faire à un Dieu totalement désabusé, voire déprimé (et un tantinet bougon), face au comportement des hommes, il faut dire qu’entre ceux qui ne croient pas en lui, ceux qui le détestent pour X raison et ceux déforment son message pour inciter à la haine, il a de quoi se faire des cheveux blancs notre divin héros. L’athée désigne l’humain qui ne croit pas en Dieu mais comment appelle-t-on un Dieu qui ne croit plus en l’humain ? Je doute que ce cas de figure ait été envisagé par nos distingués linguistes… Du coup on se retrouve face à un Dieu terriblement humain, aussi bien dans ses doutes que dans son comportement mais pas toujours attachant (vachement imbu de lui même le gars).
L’autre personnage central est Morgane, résolument athée elle se prend toutefois d’affection pour celui qu’elle considère comme un doux dingue, malgré quelques signes évidents elle campe sur ses positions. Face au coup de mou de Dieu c’est elle qui va devoir l’initier au monde des humains et le protéger de ceux qui pourraient abuser de son état.
L’occasion de vous présenter le côté obscur du roman avec le personnage de Jansen, un espèce de gourou New Age qui ne manque d’ambition et voit en ce Dieu dépressif l’occasion de booster son Église (le juste mot serait sa secte). Sous des dehors avenants on devine tous les travers sectaires, il ne faut pas longtemps pour faire de lui la parfaite tête à claques (en tant qu’athée je me borne à ne pas croire en Dieu, en tant qu’individu je voue une haine totale à tout ce qui est secte et autres pièges à gogos du genre).
Si vous espérez découvrir la biographie de Dieu vous pouvez passer votre chemin, vous aurez d’avantage les pensées de Dieu sur le genre humain. Via le personnage de Dieu l’auteur porte regard désabusé que celui de Dieu sur la société contemporaine et ses dérives, sur les dérives des religions aussi. Pas question toutefois d’affirmer que le salut du genre humain est dans la foi, l’auteure ne transmet aucun message, elle ne cherche pas à nous fourguer une religion plutôt qu’une autre.
C’est bien écrit mais clairement desservi par les manquements de la mise en page, heureusement le roman est plutôt court (300 pages) du coup on parvient tout de même à maintenir une lecture relativement fluide. Petit bémol au niveau de la fin, la dernière partie du roman part un peu en sucette, à tel point qu’elle semble échapper à l’auteure, du coup on a le droit à un final un peu bâclé. Toutefois on passe un moment agréable en compagnie ce bouquin, moment qui aurait pu être sublimé par un effort de présentation, même si on reste quelque peu sur notre faim.
Pour la petite histoire l’auteure, Pia Petersen, est danoise (née à Copenhague en 1966), installée en France (entre Marseille et Paris) elle a fait le choix d’écrire en français et compte, depuis 2000, une dizaine de romans publiés chez divers éditeurs.
Catégorie : Coups de coeur
[BOUQUINS] Laurent Ladouari – Cosplay
Et hop un invité surprise qui vient se taper l’incruste dans mon challenge SF, ce bouquin m’a fait de l’oeil et je n’ai pu résister à ses appels de pied qui frôlaient l’indécence. La chose s’appelle Cosplay et est signée Laurent Ladouari.
Zoran Adamas, puissant milliardaire aussi mystérieux que cynique; rachète la société 1T, une entreprise d’électronique au bord de la faillite. Son but avoué est de détruire 1T. Le même jour Katie Dûma parvient à se faire embaucher chez 1T. A ce titre, comme tout le reste du personnel, elle est invitée à participer au COSPLAY, un jeu de rôle virtuel dans lequel tout est permis sous couvert d’anonymat. COSPLAY est l’outil imaginé par Adamas pour anéantir 1T…
Ce n’est pas le nom de l’auteur qui m’a fait flashé (c’est son premier roman et je n’avais jamais entendu parler du bonhomme). Le premier choc fut purement visuel, j’ai flashé sur la couverture du bouquin. Après l’avoir examinée de près, j’ai pris la peine de me pencher sur le pitch et voilà comment ce bouquin est venu enrichir mon Stock à Lire Numérique. Ajoutez à cela que je suis un inconditionnel du jeu de rôle (j’ai eu ma période plateau, maintenant je suis plus orienté sur le jeu video) et vous comprendrez que je ne pouvais que craquer pour ce bouquin ; par contre le COSPLAY (COStume PLAYing) ne m’a jamais attiré (je n’dois pas être suffisamment schizophrène).
Et hop une nouvelle dystopie à ajouter à mon tableau de chasse, même si l’auteur ne donne aucune information permettant de situer son intrigue dans le temps et dans l’espace ; on peut tout juste supposer que les personnages sont francophones, certains prononcent 1T à la française (Un Té) et d’autres à l’anglaise (One Ti) et comme l’auteur est français, donc un minimum chauvin on peut supputer que la plus « belle ville du monde » soit Paris.
Ceci dit on s’en fout un peu, l’originalité et l’intérêt principal du roman est ce fameux Cosplay, inutile de préciser que dans un monde virtuel où toutes les règles sont abolies, tous les coups sont permis, idéal pour faire rejaillir les plus bas instincts primaires des joueurs. Pour notre plus grand plaisir de lecteur sadique… Mais il y a plus que ça, sauf que je n’en dirais pas plus sur la question !
Non seulement l’intrigue tient la route et nous accroche rapidement mais en plus les personnages sont bien travaillés. doublement travaillés même puisqu’on a le personnage réel et son avatar dans le Cosplay ; on se prend d’ailleurs vite au jeu d’essayer de deviner qui se cache derrière certains avatar (au départ on ne connait que la paire Katie/Athos). Et je peux vous assurer que l’auteur sait s’y prendre pour nous induire en erreur, pour ma part je n’en avais découvert qu’un avec certitude et de forts soupçons sur un autre (je ne vous dirai pas lesquels).
Bien entendu il y aussi Adamas, invisible mais omniprésent, on se demande qui se cache derrière autant de mystères, doit on l’apprécier ou le détester ? Et quelles sont ses véritables intentions à l’encontre de 1T (la réponse s’impose peu à peu, avant qu’elle ne soit révélée). Il en va de même pour ses sbires, ils sont plutôt farfelus et attachants mais difficile à cerner avec précision.
Si j’ajoute que le style de l’auteur est très agréable et que la lecture est d’une fluidité exemplaire, vous aurez compris que pour son premier roman Laurent Ladouari réussi un coup de maître. Petit (minuscule) bémol toutefois, je trouve complétement stupide de censurer les insultes proférées par certains personnages (m… pour merde par exemple), faut assumer mon gars, on en a plein le cul du politiquement correct !
L’épilogue laisse présager une suite, reste à savoir quels seront les nouveaux projets d’Adamas pour arriver à ses fins. Une chose est certaine, je suis d’ores et déjà converti, je me jetterai avec avidité sur la, ou les, suites que l’auteur nous réserve…
[BOUQUINS] Daniel Friedman – Ne Deviens Jamais Vieux
A contrario il est des livres pour lesquels je craque sans me poser la moindre question, Ne Deviens Jamais Vieux de Daniel Friedman fait partie de cette catégorie. Rien que le titre est une invitation à la lecture, la couverture est tout aussi craquante et la quatrième de couv’ plutôt alléchante. Ajoutez à cela que c’est Sonatine l’éditeur et voilà la cerise sur le gâteau (ou le gâteux en l’occurrence).
A quelques jours de ses 88 ans Buck Schatz est une ancienne gloire de la police de Memphis à la retraite. Son quotidien plus ou moins paisible et routinier est chamboulé quand il apprend que son tortionnaire pendant la Seconde Guerre Mondiale, Heinrich Ziegler serait vivant et aurait fui avec un trésor de guerre conséquent. Le hic c’est qu’il n’est pas le seul à le savoir et que l’or nazi semble susciter bien des convoitises, pas toujours bien intentionnées…
Une fois de plus Sonatine a su me surprendre et me séduire. Le personnage de Buck Schatz est des plus pittoresques, un vieux grincheux qui n’a pas sa langue dans sa poche et encore toute sa tête (même si parfois il semble en douter). Comme le bouquin est écrit à la première personne c’est lui qui nous guide tout au long de l’intrigue. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la ballade ne sera pas de tout repos et parsemée de morts brutales. Buck est le plus souvent taciturne et bourru mais il lui arrive aussi d’être touchant (dans la complicité et la tendresse qu’il partage avec Rose, sa femme qui le supporte depuis 64 ans) et souvent drôle dans ses analyses (même si parfois c’est malgré lui). Un flic à l’ancienne complétement dépassé par la technologie actuelle. Mais il n’est pas facile de vouloir jouer les durs à cuire quand le corps ne suit plus. C’est ce mélange de force et de fragilité qui rend le personnage de Buck aussi attachant.
Daniel Friedman nous propose un polar qui révise avec intelligence et brio les règles du genre. On a tout de même droit à une intrigue pleine de rebondissements, on se prend vite au jeu à essayer de trouver les réponses avant Buck. Si au départ Buck semble se lancer dans l’affaire simplement pour égayer une routine un peu trop paisible pour l’homme d’action qu’il a été, il va rapidement ses réflexes (façon de parler) d’enquêteur pour démêler ce sac d’embrouilles. Un dernier baroud d’honneur avant de tirer sa révérence…
Pour un premier roman l’auteur réussi un véritable coup de maître, c’est plutôt prometteur pour la suite, en espérant que suite (ou plus exactement autres romans) il y ait. J’ai été scotché dès les premières phrases et je n’ai pas décroché avant le clap de fin et quelle fin ! Même si j’avais identifié l’assassin avec une quasi certitude mais plus au feeling qu’autre chose.
[BOUQUINS] Paul Colize – Back Up
Il est des bouquins à côté desquels je serai passé sans mes errances sur le Net, un roman qui semble n’inspirer que des critiques béates d’admiration c’est pas net ça. La tentatrice première a été Zofia, puis d’autres ont enfoncé le clou, encore et encore ! Il m’était donc impossible de passer à côté de ce Back Up de Paul Colize, et d’y apporter mon grain de sel…
Je ne vous gratifierai pas d’un pitch maison vu que c’est quasiment impossible à présenter en quelques mots, du coup vous aurez le droit à un simple copier-coller de la quatrième de couv’. Quel rapport entre la mort en 1967 des musiciens du groupe de rock Pearl Harbor et un SDF renversé par une voiture à Bruxelles en 2010 ? Lorsque l’homme se réveille sur un lit d’hôpital, il est victime du Locked-in Syndrome, incapable de bouger et de communiquer. Pour comprendre ce qui lui est arrivé, il tente de reconstituer le puzzle de sa vie…
Une mise en bouche plutôt appétissante non ? D’autant que la couverture du bouquin est elle aussi à la hauteur. Alors pourquoi serai-je passé à côté crévindiou ? Un auteur inconnu au bataillon (à mon bataillon en tout cas) et un titre qui ne m’inspire pas plus que ça, comme quoi ça tient à pas grand chose… Aujourd’hui je peux vous assurer que je ne regrette de m’être laisser tenter, ce bouquin vous offre une expérience de lecture assez unique en son genre. Rien que la playlist qui ouvre le bouquin vous fera saliver et suer des tympans !
Et d’ailleurs puisqu’on parle de genre bien malin celui ou celle qui pourra classer ce roman dans un genre ou un autre, la collection Folio Policier fait inévitablement penser à un polar, la mention roman noir sur la couverture parle d’elle même ; sauf que oui mais non, c’est à la fois un peu de tout ça et beaucoup plus que ça. Par contre une chose est certaine, l’auteur sait y mettre les formes, selon la partie du récit qu’il aborde il modifie son style en fonction de ses personnages, mais l’écriture est toujours superbement maîtrisée.
L’intrigue est construite autour de trois axes. D’une part en 1967, avec les derniers jours de Pearl Harbor (à ne pas confondre avec Les prochains jours de Pearl Harbor, chanson qui figure au répertoire de Michel Sardou) et l’enquête du journaliste Michael Stern en vue de comprendre ce qui s’est réellement passé. Les deux autres axes du récit se déroulent simultanément en 2010. Avec d’abord le parcours médical de la victime non identifiée et pas vraiment déterminée à collaborer avec le staff médical. Ensuite avec les souvenirs (parfois peu glorieux) de notre mystérieux inconnu, des souvenirs sur fond des sixties rebelles et du rock n roll, des souvenirs plein de grands noms qui ont laissé une empreinte indélébile dans l’Histoire de la musique (Elvis, les Beatles, les Stones, Pink Floyd, Clapton, Hendrix, les Who… et bien d’autres). Ca pourrait être confus mais que nenni, une fois encore l’auteur prouve qu’il tient les rênes de son bouquin, à aucun moment il ne nous embrouille l’esprit.
Paul Colize impose à son récit un rythme lent, presque lancinant, mais jamais ennuyant, on contraire il nous scotche à sa plume et on plane avec lui (sans absorber aucune des saloperies qu’il fait ingurgiter à ses personnages). On se laisse embarquer en gardant dans un coin de la tête LA question du bouquin : quel est le rapport entre les événements de 1967 et ceux de 2010 ? Il va falloir vous armer de patience pour commencer à envisager le début d’une piste probable et même une fois ce rapport établi je vous promets que vous n’êtes pas au bout de vos surprises ! Jusqu’à la dernière ligne de la dernière page l’auteur vous surprendra.
L’auteur réussit habilement à combiner littérature et rock n roll, mais il n’est pas nécessaire d’être un passionné de rock pour apprécier son roman, disons que c’est un peu la cerise sur le gâteau. Pour ma part je suis du genre à préférer le silence quand je lis, afin de pouvoir plonger pleinement dans le bouquin, sans aucun élément parasite pour me distraire, tout au plus je veux bien un léger fond sonore à base de musique classique (sauf l’Opéra, d’une part je ne suis pas fan et d’autre part les voix perturberont mon immersion). La lecture de ce bouquin n’aura pas fait exception à la règle, j’adore le rock des années 60 et 70 mais pas pendant que je lis, par contre pendant mes pauses je m’offrais un petit échantillon rock histoire de prolonger la magie…
[BOUQUINS] Dan Simmons – Flashback
J’ai profité de mon challenge SF pour faire connaissance avec l’univers littéraire de Dan Simmons en inscrivant deux titres de l’auteur au programme, l’incontournable (parait-il) Echiquier Du Mal et un titre plus récent, Flashback. C’est sur ce dernier que j’ai jeté mon dévolu en premier.
2035. Dans une Amérique ravagée (à plus d’un titre), Nick Bottom, un ex-flic, détective minable et accro au flashback, cette drogue qui permet de revivre les souvenirs de son choix, est embauché par M. Nakamura, un milliardaire japonais très puissant. Sa mission : retrouver celui qui a assassiné Keigo, le fils de M. Nakamura, six ans plus tôt. Pour y parvenir il va devoir reprendre toute l’enquête à zéro, à la fois dans le présent mais aussi dans le passé, à l’aide du flashback…
Avant d’aller plus loin dans cette chronique je vais revenir sur la polémique qui a entouré ce bouquin lors de sa sortie, non pas que ce soit un sujet captivant mais il semblerait que ce soit plus ou moins un passage obligé. Pour faire simple on va se résumer à « je me fous des opinions politiques de Dan Simmons ». L’Amérique qu’il nous décrit dans ce roman et les idées soulevées ou émises par certains personnages ne sont pour moi que le décorum d’une oeuvre de fiction de type distopyque, le reste je m’en bats les coucougnettes, « cela ne nous regarde pas » comme diraient les autres.
De prime abord le personnage de Nick Bottom apparait comme un minable drogué sans le moindre sens de l’honneur, égoïste tendance nombriliste, champion du monde de l’auto-apitoiement. Le gendre idéal, non ? J’aurai pu le prendre illico en grippe mais le gars est aussi un fin cinéphile, de nombreuses références cinématographiques égayent ses sombres pensées. Du coup j’ai décidé de lui donner sa chance. Une seconde chance méritée puisque le flic (toujours tourmenté) va peu à peu reprendre le dessus.
A vrai dire il n’y a pas que Nick Bottom qui soit tourmenté, le monde de Flashback, et notamment les Etats-Unis, ne tourne plus très rond. Quand ce ne sont pas les guerres entre nations qui déciment les survivants, les guerres civiles prennent le relai, puis éventuellement les guerres des gangs ou toute autre forme de violence devenue ordinaire. Un monde où il ne fait clairement pas bon de vivre.
Je n’ai aucun élément de comparaison me permettant de situer ce titre par rapport aux autres romans de Dan Simmons mais indéniablement l’auteur a un talent narratif assez exceptionnel, servi par un style extrêmement riche, on est presque instantanément scotché à son récit et on ne lâche plus le morceau avant d’avoir parcouru, en totale immersion, une intrigue rondement menée. Pour tout vous dire j’ai été tellement absorbé par ce bouquin que je serai tenté de le qualifier de thriller d’anticipation ; le cadre et la technologie sont résolument futuristes mais le rythme imposé et les rebondissements sont dignes d’un thriller.
Au début du roman l’intrigue est divisée en deux parties, à Denver on suit l’enquête de Nick Bottom tandis que dans un Los Angeles aux portes de la guerre civile on découvre les errances pseudo-rebelles de son propre fils, Val, conneries dans lesquels il finira par attirer son grand père maternel, Leonard. De fait le chapitrage permet d’identifier le personnage central du chapitre, ceux qui commencent par 1 (les plus nombreux) sont vus sous l’angle de Nick, le 2 identifie le point de vue de Val et le 3 celui de Leonard. Pendant la plus grande partie du roman les deux intrigues sont parfaitement distinctes, elles ne fusionneront que dans les derniers chapitres.
Inutile de préciser que je compte bien poursuivre mon exploration de l’univers littéraire de Dan Simmons, d’abord avec L’Echiquier Du Mal puis avec d’autres titres isolés avant de me lancer dans Les Cantos D’Hyperion (9 tomes).
[BOUQUINS] Jonathan Maberry – Apocalypse Zombie
Retour parmi les morts-vivants pour ma prochaine chronique avec Apocalypse Zombie de Jonathan Maberry. Second et dernier titre estampillé young adult inscrit au programme de mon challenge zombies, une dernière douceur avant d’attaquer du brut de décoffrage.
A son quinzième anniversaire Benny se doit de trouver un travail pour contribuer à la survie de leur communauté, une ville fortifiée peuplée de survivants à l’apocalypse zombie. C’est à contrecoeur qu’il finit par rejoindre son frère ainé, Tom, afin que ce dernier lui enseigne les rudiments du métier de chasseur de zombies. Une occasion pour les deux frères de combler le fossé qui les sépare et pour Benny d’apprendre beaucoup plus qu’un travail…
Si je m’inquiétais de trouver une certaine redondance dans les histoires de zombies force est de reconnaître que je faisais fausse route, les titres que j’ai lu pour le moment proposent tous une approche et une intrigue totalement différente (toujours sur fond d’épidémie d’origine virale de source incertaine). Et tant que je suis au rayon des préjugés je confirme que parfois la littérature young adult peut réserver de bonnes surprises.
Et oui je reconnais avoir passé un bon moment en compagnie de ce bouquin, ce n’était pourtant pas gagné d’avance, dans les premières pages Benny est franchement du genre tête à claques (le genre ado de 15 ans en quelque sorte, rebelle de pacotille et convaincu de tout savoir sur tout), heureusement qu’il change rapidement et murit confronté aux réalités de la vie.
La grande originalité de ce bouquin tient surtout au fait qu’ici les zombies sont presque accessoires, l’intrigue principale est ailleurs, qui plus est le zombie n’est pas présenté comme une créature foncièrement mauvaise mais d’avantage comme une victime, on ne tardera pas à découvrir que certains humains sont bien pire que les morts-vivants. Cela donne un caractère particulier à l’intrigue, ajoutez à cela qu’elle devient rapidement addictive et vous surprendra plus d’une fois et vous tenez entre les mains un bouquin dans lequel vous aurez plaisir à vous plonger.
L’autre force du roman réside dans ses personnages, tous sont bien travaillés et ont une véritable profondeur. Il y a bien entendu Benny et Tom, deux frères que tout semble opposer, mais aussi les copains de Benny : Chong, Morgie et Nix, la fille du groupe. Et de l’autre côté de la frontière entre le Bien et le Mal une poignée de chasseurs de primes pourris jusqu’à la moelle. Entre les deux une mystérieuse Fille Perdue…
Jonathan Maberry a écrit plus d’une vingtaine de bouquins dans différents genre (plus quelques BD pour Marvel), à ce jour seuls deux titres sont disponibles en français ; reste à espérer que le second volet de cette saga, annoncé pour 2014 en VO, fasse l’objet d’une future traduction. pour ma part je retrouverai avec plaisir cet univers post-apocalyptique qui nous réserve certainement encore bien des surprises.
[BOUQUINS] Cyril Massarotto – Dieu est Un Pote A Moi
Malgré mon aversion pour la religion j’ai été irrésistiblement attiré par le titre de ce bouquin, Dieu Est Un Pote A Moi, ça m’inspirait sans que je puisse vraiment me l’expliquer (non non ne mettez pas ça sur le compte d’une soudaine crise de foi, je suis toujours aussi athée) ; du coup je me suis laissé tenter quand il est apparu au catalogue de France Loisirs, j’ai acheté les yeux fermés sans rien savoir ni de son contenu, ni de son auteur, Cyril Massarotto.
Le narrateur, un trentenaire des plus ordinaire, vendeur de nuit dans un sex-shop, est, du jour au lendemain, choisit par Dieu pour tailler un brin de bavette avec lui. Ensemble ils parleront de tout et de rien, Dieu n’hésitera pas à lui filer un coup de main pour l’aider à conclure avec Alice, une étudiante en psychologie croisée au magasin. Deux rencontres qui bouleverseront sa vie…
Un pitch plutôt plaisant à condition que les causeries divines ne tournent pas autour de la religion et sur ce point je n’ai pas été déçu, au contraire le Dieu en question ne semble pas très porté sur les églises et leurs dogmes. Son message est universel et peut séduire tout croyant, quelle que soit sa religion, et même les athées les plus irréductibles. Amour, amitié, famille, deuil, souffrance… les thèmes abordés sont divers et variés, bien traités sans jamais sombrer dans un didactisme ou un moralisme soûlant.
On suit le quotidien du narrateur sur plusieurs années, on partage avec lui une large palette d’émotions, du rire (souvent) aux larmes (quelques moments forts en réserve). On partage ses moments de bonheur mais aussi ses peines et ses colères. Le véritable coup de force de l’auteur, outre une écriture très agréable à parcourir, est de nous proposer un héros auquel n’importe quel quidam peut s’identifier (il n’est d’ailleurs jamais nommé), hormis sa rencontre avec Dieu on peut vivre sa vie, avec ses hauts et ses bas. Du coup forcément on vit aussi plus intensément ses émotions.
Tout au long du roman il est question d’une question divine que Dieu pose aux hommes et aux femmes juste après leur mort ; je peux juste vous dire que votre curiosité à ce sujet sera satisfaite. Par contre ne comptez pas sur moi pour vous dire dans quelles circonstances et encore moins vous révéler ladite question (un indice d’importance toutefois : la réponse n’est pas 42).
Le roman est court (trop court, c’est à regret que l’on le referme), on plonge de suite au coeur de son histoire et une fois ferré, on ne le lâche plus avant la fin (lu en une journée). Une petite perle littéraire comme on n’en croise trop rarement. Un véritable coup de force de la part de l’auteur qui signe là son premier roman (paru en 2008 chez XO Editions) dont le succès sera international. Pas mal pour un coup d’essai ! Incontestablement ça donne envie de se plonger dans les romans suivants de l’auteur, à commencer par la « suite », Le Petit Mensonge De Dieu, publiée en début d’année.
[BOUQUINS] Collectif – Du Sang Sur Le Tour
Un court recueil de nouvelles au programme de cette chronique, cinq nouvelles policières ayant pour cadre Le Tour De France, cinq auteurs dont la réputation dans le genre n’est plus à faire (Gilles Legardinier, Jean-Bernard Pouy, Benoît Séverac, Jean-Marc Souvira et Franck Thilliez), la chose s’appelle Du Sang Sur Le Tour et est proposé en numérique par les éditions 12-21.
En quelques pages les auteurs n’auront guère l’occasion de nous faire vibrer au rythme d’une enquête de longue haleine, mais plutôt de nous faire partager une ambiance issue de leur imaginaire.
Gilles Legardinier – Un Sourire A Tomber. L’auteur relève le défi avec une approche originale, au coeur du peloton. Un dénouement un peu prévisible mais ça reste bien ficelé.
Jean-Bernard Pouy – Que Ma Blessure Soit Mortelle. Escale corse avec un spectateur pas comme les autres. Un vrai récit d’ambiance sur fond de maquis et de vendetta.
Benoît Séverac – Le Tour, de père en fils. Bain de sang sur une des épreuves mythiques du Tour : les Pyrénées ! Un plan stupide mené par quatre frères aussi stupides que leur idée, mention spéciale pour l’arme du crime. Un final grandiose.
Jean-Marc Souvira – Les rotules en os de mort. La plus longue des cinq nouvelles. Un récit dans lequel la fiction et la réalité cohabitent étroitement. L’auteur situe son récit en 1924, le Tour était encore une épreuve « propre », mais ça c’était avant.
Franck Thilliez – Un dernier tour. Un jeu de piste macabre pour un flic amnésique et un final magistral. De loin la meilleure surprise de ce recueil.
Une lecture agréable, rapide mais pas indispensable… J’espérais des nouvelles plus percutantes, seul Franck Thilliez a réussi à vraiment me faire vibrer.
[MUSIC] Within Temptation – Hydra
En courant d’année dernière le groupe Within Temptation nous avait offert une sympathique mise en bouche avec leur album de reprises The Q-Music Sessions mais l’annonce d’un nouvel album studio était dans tous les esprits des inconditionnels de Metal Symphonique. Leur sixième album studio, baptisé Hydra, débarque enfin dans les bacs. Bientôt disponible chez votre disquaire préféré !
Il faut dire que la chose avait de quoi faire saliver d’impatience, d’autant que le single Paradise (What About Us) proposait un duo vocal d’exception avec Sharon Den Adel, chanteuse de Within Temptation d’un côté, et Tarja Turunen, anciennement chanteuse du groupe Nightwish qui évolue en solo depuis 2005 de l’autre, était des plus prometteur. Deux voix mythiques du genre réunies le temps d’une chanson, et le résultat est à la hauteur de ce que l’on pouvait espérer. Un single qui place la barre très haut, restait à espérer que l’album (qui a su se faire attendre) serait à la hauteur…
Le premier titre, Let Us Burn, donne le ton, une mélodie rythmée, musclée même (après tout nous sommes bel et bien dans du Metal), sublimée par la voix de Sharon. Les titres se suivent mais ne se ressemblent pas, comme à son habitude le groupe néerlandais joue sur le mélange des genres, passant du symphonique au gothique mais ajoutant aussi quelques sonorités nouvelles.
L’album se distingue des précédents par la présence de quelques duos (4 titres sur 10), le plus surprenant étant certainement And We Run dans lequel le rappeur Xzibit donne la réplique à Sharon sur un ton très rap ; un mix osé, mais porté par une mélodie efficace, la sauce prend plutôt bien. D’une sonorité plus « classique » (comprendre plus metal), le titre Dangerous, avec Howard Jones en guest star, est le second single de promotion de l’album. Un album nerveux mais pas que, on trouve aussi une petite touche de douceur avec le très mélodieux Edge Of The World dans lequel le timbre de Sharon nous bercera.
N’allez pas croire que tout l’album repose sur les seules épaules de Sharon, la guitare de Robert Westerholt vous donnera aussi des frissons de plaisir auditif. Within Tempation est une mécanique parfaitement huilée qui réussira, une fois de plus, à vous surprendre.
L’attente fut longue (annoncé pour septembre 2013 l’accouchement fut plus long que prévu) mais ça valait vraiment le coup de patienter, le groupe réussi l’exploit de rester fidèle à lui même tout en se renouvelant (Sharon a déclaré que le groupe avait fait le tour des possibilités en matière de metal symphonique, d’où cette volonté affichée d’apporter un son nouveau à l’album). L’accueil médiatique de l’album est des plus encourageant, nul doute que le public (fans de la première heure mais aussi futurs adeptes) suivra ; ce Hydra ne devrait laisser personne indifférent.
Pour info l’album sera proposé dans un format simple (10 pistes), en version collector (2CD et 18 pistes) et en coffret Deluxe (3 CD dont une version instrumentale de l’album).
[BOUQUINS] Jussi Adler-Olsen – Dossier 64
Il est des titres comme ça qui, du moment qu’ils débarquent dans mon Stock à Lire Numérique, se trouvent propulsés en tête des priorités de lectures futures. Ce fut le cas de ce fameux Dossier 64 signé Jussi Adler-Olsen, l’auteur danois nous livre là la quatrième enquête de son désormais fameux Département V.
Sous l’impulsion de Rose, la secrétaire du Département V, Carl Morck et son « équipe » se penchent sur la disparition mystérieuse, en 1987, de Rita Nielsen, tenancière d’un bordel supposée suicidée. Rapidement ils vont découvrir que trois autres disparitions non élucidées sont survenues à quelques jours d’intervalles. Carl, Assad et Rose vont devoir trouver le lien entre ces quatre dossiers s’ils veulent espérer résoudre l’affaire…
Comme dans les précédentes enquêtes du Département V on navigue entre le passé (les déboires de Nete Hermasen, le fameux dossier 64, et sa vengeance contre ceux qu’elle juge responsable) et le présent (non seulement l’enquête du département mais aussi de nouvelles révélations concernant l’affaire qui a coûté la vie à Anker et cloué au lit Hardy). L’auteur nous propose une intrigue dense et pleine de surprises (jusqu’au final en apothéose), une enquête qui mènera le Département V dans des milieux particulièrement nauséabonds.
Cette nouvelle affaire est aussi l’occasion pour l’auteur d’étoffer les personnalités de ses personnages, pour Carl l’évolution se fait essentiellement dans son quotidien tandis que sa relation avec Mona se fait plus « officielle », par contre concernant Assad et Rose on en apprend d’avantage sur eux au cours de cette enquête dans laquelle ils sont particulièrement impliqués.
Au niveau des seconds couteaux, on peut difficilement reprocher à Nete Hermasen son désir de vengeance, ce petit bout de femme est des plus attachantes du coup on aurait tendance à fermer les yeux sur ses actes. Il en va tout autrement de Curt Wad, personnage puant que l’on se plaira à détester tout au long du roman, on en viendrait même à lui souhaiter le pire, mais surtout que ça dure longtemps.
Ce quatrième opus ne dépare pas dans la série, outre son intrigue en béton il est parsemé de touches d’humour, souvent lors des échanges (parfois houleux) entre Carl et ses deux assistants pour le moins atypiques. Résultat des courses, on est, une fois de plus, conquis par Jussi Adler-Olsen, qui confirme, si des doutes persistaient, qu’il compte désormais parmi les grands noms du polar nordique.
Que les inconditionnels du Département V se rassurent l’auteur n’en a pas encore fini avec nos trois lascars, un cinquième roman est déjà paru au Danemark, on peut légitimement espérer voir une traduction française en courant d’année prochaine… Et c’est tant mieux parce qu’il reste encore bien des questions en suspens.