Comme vous le savez sans doute mon Stock à Lire Numérique à tendance à connaître une croissance exponentielle, du coup quand vient l’heure de choisir sa prochaine lecture c’est toujours un déchirement, et forcément on oublie certains titres et certains éditeurs. Comme ça faisait un moment que je ne m’étais pas penché sur le catalogue de Sonatine j’ai décidé de rectifier le tir avec Cet Eté-Là de Lee Martin.
Trente ans plus tôt, dans une petite bourgade de l’Indiana. La jeune Katie Mackey, 9 ans, disparaît alors qu’elle était sortie faire une course à vélo. Même si la police a rapidement interpellé un suspect, la disparition de Katie reste un mystère. Aujourd’hui, en recoupant les faits et divers témoignages, la vérité va peut être enfin éclater…
Un faits divers, des témoignages, des faits (connus ou reconstitués) et de fil en aiguille la vérité qui refait surface. J’aime beaucoup ce concept de roman choral qui permet au lecteur de jouer les apprentis journalistes (ou apprentis détectives selon ses ambitions). Une forme (et un fond) qui n’est pas sans me rappeler le roman Qui ? de Jacques Expert, construit sur le même principe et déjà publié par Sonatine.
La principale difficulté, pour l’auteur qui veut se lancer dans ce genre de roman, consiste à affecter un style distinct à chacun des intervenants afin que l’on puisse les identifier sans forcément avoir besoin de se référer au nom du chapitre. C’est malheureusement là que le bât blesse avec Cet Eté-Là, et ce sera certainement mon seul reproche, le style (efficace et concis) est trop uniforme, on a du mal à s’identifier aux personnages, un peu comme si c’était une seule et même personne qui nous relatait les événements…
Bon ça c’est fait. Une fois n’est pas coutume j’ai commencé par souligner le point négatif, sans doute parce que je tiens à tempérer mon reproche. En effet l’attribution d’un style propre à chaque intervenant eut été un plus plutôt qu’un point réellement négatif. Cela ne m’a nullement empêché de prendre beaucoup de plaisir à lire ce bouquin et de me sentir en totale immersion dans l’intrigue.
Les principaux intervenants sont au nombre de trois : M. Dees, un enseignant solitaire qui donnait des cours d’été à Katie, Gilley, le frère aîné de Katie et Clare, une veuve qui a par la suite épousé le principal suspect du crime. Chacun se livre au lecteur, s’adressant directement à lui, comme s’il était dans votre salon, évoquant non seulement ses souvenirs mais aussi ses états d’âmes. A ce titre on peut souligner un gros travail de l’auteur sur la psychologie de ses personnages, ce qui vient en partie contrebalancer l’absence de style personnalisé.
L’intrigue est bien construite même si l’on ne peut pas vraiment dire que l’on ait le droit à d’énormes surprises au fil des révélations ; on supposait beaucoup sans toutefois avoir une idée précise du déroulement des événements. Ca n’en reste pas moins un récit addictif qui se lit quasiment d’une traite (malheureusement les obligations professionnelles et personnelles ne permettent pas toujours ce genre d’immersion intégrale). Nul doute qu’au fil des pages vous serez projeté à Tower Hills dans les années 70, nul doute que vous aussi aurez envie de comprendre ce qui est arrivé à Katie…
Étiquette : Thriller
[BOUQUINS] Ingrid Desjours – La Prunelle De Ses Yeux
J’ai pris pas mal de retard dans la collection La Bête Noire de Robert Laffont, La Prunelle De Ses Yeux signé Ingrid Desjours me donne l’occasion de me replonger avec plaisir au coeur de cette collection.
2003. Région parisienne. Victor, 17 ans, est assassiné dans des circonstances encore troubles même si tout semble désigner Maya Torres comme coupable ; Maya est quant à elle supposée avoir trouvé la mort dans un attentat survenu le lendemain du meurtre. 2016. Irlande. Gabriel Imbramovic’, aveugle, demande à Maya de lui servir d’accompagnatrice le temps d’un séjour en France, un service généreusement rémunéré que la jeune femme acceptera malgré son appréhension à revenir sur le sol français…
Je suis novice dans l’univers littéraire d’Ingrid Desjours mais son précédent roman, Les Fauves, m’avait fait forte impression ; impression renforcée par le fait que son intrigue était étroitement liée à la tragique actualité du moment (j’étais en train de lire que Paris a été la cible d’attaques terroristes, dont celle du Bataclan).
Certes ce roman est moins ancré dans l’actualité du moment et de fait l’impact émotionnel est moindre. Il n’en reste pas moins que l’on retrouve la même profondeur psychologique dans l’intrigue ; l’auteure sais s’y prendre pour nous plonger dans les méandres de l’esprit humain (il faut dire qu’elle est psycho-criminologue de formation, ça aide).
Au fil des chapitres on retourne en 2003 en compagnie de Victor qui vient d’intégrer Métis, une institution qui forme les élites de demain, et cherche plus particulièrement à se rapprocher d’un groupe d’élèves qui est la crème de la crème de l’établissement. On découvre peu à peu les réelles motivations de Victor et les circonstances de sa mort.
Puis il y a l’intrigue présente qui confronte Gabriel (le père de Victor) à Maya (sa supposée meurtrière), persuadé de connaître toute la vérité sur la jeune femme et donc d’avoir pris les bonnes décisions. Là encore les surprises ne manqueront de vous ébranler au fil des révélations.
Des personnages attachants (même si au départ je voyais en Victor un gros con pourri gâté), profondément marqués par la vie mais encore plein d’humanité. Et puis il y a le côté obscur, Tancrède Sinclair, nul doute que vous allez adorer le détester, encore et encore, de plus en plus…
Une intrigue totalement maîtrisée qui a su me tenir en haleine quasiment de la première à la dernière page, l’occasion aussi, à plusieurs reprises, de voir voler en éclat mes certitudes sur tel ou tel aspect du récit.
L’occasion aussi de découvrir les troubles de conversion ; un handicap apparaît chez la « victime » sans la moindre explication pathologique ou physiologique, juste parce que votre cerveau a décidé qu’il en était ainsi… Et le pire c’est que la chose est quasiment incurable ! Chez Gabriel c’est la cécité de conversion qui a frappé. Il faut dire que le choc psychologique subit a été énorme le concernant.
Ingrid Desjours ne nous ménage pas, la violence est aussi bien physique que psychologique, sur ce dernier point l’auteure nous fait découvrir deux expériences scientifiques en rapport avec la soumission et la domination (j’ai dit scientifique, pas pornographique ! N’allez pas vous imaginer des trucs). Une écriture qui nous prend aux tripes mais aussi au coeur. Totalement addictif et sans le moinde temps mort. Un roman qui vous en mettra plein les mirettes… et accessoirement plein la gueule !
Une fois encore La Bête Noire a été fidèle à sa réputation et a frappé un grand coup en nous proposant un thriller très haut de gamme.
MON VERDICT


[BOUQUINS] Roger Smith – Un Homme A Terre
Il est des auteurs dont on sait, avant même d’ouvrir leur bouquin, que l’on va en prendre plein la gueule. Roger Smith est incontestablement de ceux-là. Quand on m’a offert son dernier roman en date Un Homme A Terre en numérique je ne lui ai guère laissé le temps de prendre la poussière dans mon Stock à Lire Numérique.
Alors que John et Tanya Turner s’engueulent pour une énième fois, trois individus, cagoulés et armés, font irruption dans leur villa. La résidence des Turner va rapidement se transformer en antichambre de l’Enfer…
Après avoir lu Blondie Et La Mort j’ai pensé avoir atteint des sommets dans le glauque, la violence et le noir de chez noir ; et pourtant, face à Un Homme A Terre ça ferait presque office de conte pour enfants (j’exagère à peine).
Si l’action présente se déroule aux Etats-Unis, elle puise sa source en Afrique du Sud, dix ans plus tôt. De fait les chapitres alternent entre présent et flashbacks, les choses se mettent en place et se relient progressivement.
Fidèle à son habitude Roger Smith adopte une écriture sans concession, profondément ancrée dans le réel, brutale, crue… presque désespérante par sa noirceur. Elle nous prend aux tripes, les vrille impitoyablement sans relâche pour nous laisser KO debout, lessivé.
L’auteur prend un malin plaisir à nous malmener mais le charme opère quand même, on en viendrait presque à trouver une part de poésie au coeur des ténèbres de l’âme humaine. Impossible de lâcher ce bouquin une fois que vous serez happé par l’histoire, et ça démarre sur les chapeaux de roue ! Les chapitres sont courts histoire d’assurer un rythme soutenu tout au long du récit.
Permettez moi un rapide survol des personnages en commençant par la famille Turner. De prime abord on pourrait avoir une certaine empathie pour le John d’aujourd’hui, sauf que ce serait faire l’impasse sur son passé et ça c’est quasiment impossible. Concernant son épouse, Tanya, la question est encore plus vite expédiée, d’un bout à l’autre elle m’a donné envie de vomir. Par contre il faut bien reconnaître que, contrairement à son mec, elle ne manque pas de cran et de caractère. Seule l’innocente Lucy, leur fille de neuf ans, fera office de la blanche colombe ; mais sera-t-elle épargnée pour autant ?
Je ne m’épancherai pas sur les autres personnages, non pas parce qu’il n’y a rien à dire (loin s’en faut), c’est plutôt pour laisser entier le plaisir de la découverte (les deux acolytes du meneur valent vraiment le détour). Quand je dis que Roger Smith malmène ses lecteurs, sachez que ce n’est que la partie visible de l’iceberg rapport à ce qu’il réserve à ses personnages, d’autant que la situation dégénère rapidement à grand renfort de rebondissements.
J’en ai pris plein la gueule et j’ai adoré ça. Maintenant que quasiment tous les titres disponibles en français existent en numérique (exception faite de son premier roman, Mélange De Sangs, allez savoir pourquoi), il va falloir que je trouve le temps de les caser dans mon programme de lecture. Mais pas tout de suite… après une telle expérience, il faut du léger histoire de digérer.
MON VERDICT


[BOUQUINS] Ghislain Gilberti – Le Festin Du Serpent
Dégustation tardive au menu du jour, je vous propose en effet de découvrir ma chronique du roman de Ghislain Gilberti, Le Festin Du Serpent, sorti en 2013 aux éditions Anne Carrière.
Suite à un attentat meurtrier survenu dans le quartier du Marais à Parais, le commissaire Marie-Ange Barthélémy de l’anti-terrorisme se voit confier l’enquête. Pour lui il ne fait aucun doute que les coupables sont An-Naziate, un groupuscule islamiste nomade qui a multiplié les frappes en Europe. Parallèlement, suite à la découverte de deux corps atrocement mutilés, le commissaire Cécile Sanchez se met en chasse d’un tueur en série insaisissable…
Cela faisait déjà quelques temps que j’avais l’intention de découvrir l’univers littéraire de Ghislain Gilberti, au départ je pouvais me trouver une excuse pour différer : sa maison d’édition, Anne Carrière, semble hermétique au numérique… donc je serai hermétique à ses titres (par principe je boycotte les éditeurs qui n’offrent pas d’alternative numérique), na ! Mais en 2015 l’éditeur 12-21 (le pendant numérique de Fleuve Editions) intègre Le Festin Du Serpent à son catalogue (il sera rejoint courant 2016 par Le Bal Des Ardentes, entre les deux Le Baptême Des Ténèbres reste à ce jour sans offre numérique). Récemment l’auteur a rejoint les éditions Ring… un autre éditeur qui ferme ses portes au numérique.
Donc Le Festin Du Serpent ayant rejoint mon Stock à Lire Numérique il ne me restait plus qu’à lui trouver une place parmi mes futures lectures. Les aléas de l’actualité et surtout la connerie de certains lui feront gagner une palanquée de marches d’un coup ! Déjà menacé de mort par certains intégristes décérébrés et dégénérés, Ghislain Gilberti sera violemment passé à tabac par quatre de ces spécimens début septembre. Non contents de leur lâcheté évidente (à quatre contre un je ne vois pas d’autre qualificatif possible), ces sombres crétins frapperont même son fils de 12 ans et menaceront sa fille de 11 ans.
Trêve de tergiversations, place à mes impressions gustatives après ce Festin littéraire.
Nous nous trouvons donc embringués dans deux enquêtes que, de prime abord, rien ne relie (même si on se doute bien qu’un fil rouge existe). Histoire de pimenter le tout à la tête de chacune de ses enquêtes deux personnages au caractère bien trempé. D’un côté Cécile Sanchez, profileuse hors pair pour l’OCRVP; une enquêtrice de haut vol mais un peu trop « carrée » (respect des procédures) à mon goût. De l’autre Marie-Ange Barthélémy, dit l’Archange, un cador du SDAT bien décidé à faire tomber An-Naziate, quitte à recourir à des méthodes un tantinet borderline ; lui il m’a tout de suite plu comme bonhomme.
Rassurez vous les autres personnages ne sont pas pour autant laissés pour compte, qu’il s’agisse des équipes respectives de nos deux flics, des membres de An-Naziate ou du redoutable Serpent, tous bénéficient d’un traitement en profondeur et d’une personnalité soignée. On voit que l’auteur a fait un gros travail sur la psychologie de chacun afin de les humaniser au maximum (sans pour autant les rendre forcément sympathiques).
Le coeur d’un thriller réussi reste son intrigue, là encore il n’y a rien à redire, l’auteur nous ferre dès les premières pages (il faut dire que ça commence très fort) pour ne plus nous lâcher, entre temps il aura pris le temps de jouer avec nos nerfs (les rebondissements sont nombreux, le rythme est soutenu du début à la fin). Le pire étant certainement que son intrigue est parfaitement ancrée dans la réalité, qu’il s’agisse du contexte (plus encore qu’au moment de la sortie du roman, la menace islamiste reste réelle) ou du déroulé des procédures / interventions des forces de police.
Je voulais me faire ma propre opinion vis à vis de ce bouquin. Non seulement j’ai pris un plaisir immense à lire un thriller haut de gamme, mais je n’ai vu aucun propos justifiant une quelconque polémique. Au contraire l’auteur dénonce à plusieurs reprises le racisme et surtout ne fait aucun amalgame entre les musulmans (qui vivent leur foi dans le respect des autres et la paix) et les islamistes (qui déforment et interprètent le Coran afin de répandre la haine et la mort).
Inutile de préciser que je compte pas attendre aussi longtemps avant de me lancer dans Le Bal Des Ardentes, d’autant qu’il réunit de nouveau les commissaires Sanchez et Barthélémy. J’ai bon espoir qu’un jour Le Baptême Des Ténèbres connaîtra à son tour une édition numérique. Quant aux prochains titres de Ghislain Gilberti, le suspense reste entier, qui sait, peut être que Ring finira pour s’ouvrir au numérique… ou, à défaut, permettra à 12-21 de poursuivre la diffusion numérique des romans de l’auteur.
MON VERDICT


Ayant lu la version numérique du roman c’est la couv’ de 12-21 que j’ai choisi pour illustrer ma chronique.
Je vous propose en bonus celle d’Anne Carrière… nettement plus jolie à mon goût.

[BOUQUINS] David S. Khara – Atomes Crochus
Au menu du jour, Atomes Crochus, le dernier roman de David S. Khara qui est sorti directement en poche et numérique chez J’ai Lu.
Un banal accrochage sur le parking de l’aéroport de Dallas fait que Janet Livingstone-Pierce et Enzo Meazza ratent leur avion pour Paris. Et leur sauve ainsi la vie. En effet à peine l’avion a-t-il décollé qu’il explose en plein vol. Un peu plus tard, alors qu’ils quittent l’hôpital, on tente de les abattre, cette fois plus de doute possible, ce sont bien eux qui sont visés. Pas le temps de se poser de questions, ils doivent se mettre à l’abri…
Un thriller fort sympathique et extrêmement addictif, une fois que vous y aurez goûté vous ne pourrez plus le lâcher avant d’avoir le fin mot de l’histoire. L’intrigue est rondement menée sur un rythme soutenu, si les nombreux rebondissements ne sont pas tous surprenants ils sauront toutefois tenir le lecteur en haleine.
Un thriller qui doit beaucoup à ses personnages et leurs relations. D’une part grâce au duo improbable formé par Janet (agent de l’AIEA qui rentre de mission) et Enzo (un escroc tout juste sorti de prison), leur rencontre est avant tout due au hasard et le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas vraiment le grand amour entre eux… mais ils vont rapidement se retrouver contraints de faire équipe, et apprendre à se connaître, si leurs poursuivants leur en laisse le temps.
D’autre part les personnages secondaires ne sont pas là uniquement pour faire joli, ils sont traités avec le même soin. A commencer par Andrew Bryniarsky, l’agent du FBI à qui Enzo s’est livré et confessé, persuadé que celui qui fut autrefois son ami lui cache encore bien des choses. Sans oublier le truculent Jeb Cates, l’archétype du flic texan tel qu’on l’imagine. Et Stéphanie Shark, jeune agent du FBI qui va se retrouver, presque malgré elle, embringuée dans sa première enquête sur le terrain.
Même le duo de tueur en deviendrait presque sympathique s’il n’était pas aussi impitoyable. Quant au méchant de service, il fait partie de ceux que l’on adorera détester, il faut dire qu’à aucun moment l’auteur ne cherche à nous le rendre sympathique… bien au contraire, à chaque apparition on a envie de lui coller une bastos dans le bide et le regarder agoniser jusqu’à son dernier souffle.
Un roman qui a pour toile de fond le monde l’argent et du pouvoir, mais aussi de la corruption, qu’il s’agisse de placements financiers ou de sécurité nucléaire, tous les coups sont permis, même les plus bas, surtout les plus bas !
Un roman efficace, même s’il ne révolutionne en rien les règles du genre, il n’en reste pas moins une sympathique découverte. Un regret ? Oui, le fait de ne pouvoir en parler plus longuement au risque de gâcher le plaisir de la découverte.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Ian Manook – La Mort Nomade
Direction la Mongolie en compagnie de Ian Manook et son dernier opus en date, La Mort Nomade, ultimes (?) retrouvailles avec Yeruldelgger.
Depuis son éviction de la police, Yeruldelgger s’est retiré dans le désert de Gobi pour une retraite spirituelle. Après quatre mois de solitude et de méditation sa retraite va prendre un tour inattendu, au fil des rencontres inattendues et de scènes de crimes, Yeruldelgger va se retrouver, bien malgré lui, au centre de toutes les attentions…
Pour ce troisième rendez-vous avec Yeruldelgger, Ian Manook change le ton de son roman, ce qui semble un choix logique étant donné que son héros n’appartient plus aux forces de police et n’a donc aucune légitimité à mener une enquête… Un fait qu’il ne manque pas de souligner au fil des pages : « Je n’en sais rien, Guerleï, tu peux me croire. Je me fous de leur révolte comme je me fous de tes enquêtes. Je suis juste un vieil ex-flic qui cherche à se ressourcer en s’isolant dans une retraite spirituelle, putain de bordel de merde, c’est quand même pas si difficile à comprendre, ça !« .
Une retraite spirituelle qui sera d’abord perturbée par Tsetseg, une fière amazone venue lui demander de l’aider à retrouver sa fille disparue. Puis par Odval, une jeune femme dont l’amant vient d’être assassiné et dont la yourte à été incendiée. Cerise sur le gâteau, un intrépide gamin, Ganbold, lui annonce qu’il a découvert un charnier !
Quand enfin la petite troupe se met en route, ils croiseront une première scène de crime et le lieutenant Guerleï, une fliquette qui essaye tant bien que mal d’éviter que la situation ne dérape. Pour Yeruldelgger ce n’est que le début des emmerdes, au fil de la route il croisera d’autres scènes de crimes, et sa troupe grandira… jusqu’à ce qu’il se retrouve promu, à l’insu de son plein gré, au titre Delgger Khan, chef de file de la révolte nomade contre les compagnies minières. Pas de bol pour un type qui aspirait à un paisible et méditative retraite spirituelle ! Une situation que Guerleï résume plutôt bien : « Tu n’es pas un mauvais homme, Yeruldelgger, bien au contraire, mais tu es le plus productif, le plus créatif, le plus prolifique fouteur de bordel que je connaisse ! ».
Beaucoup de nouvelles rencontres donc au programme, avec, comme toujours, des personnages bien travaillés. Dans la petite troupe qui accompagne Yeruldelgger j’ai eu un faible pour Tsetesg, une femme pleine de ressources qui ne reculera devant rien pour retrouver sa fille. J’ai aussi beaucoup aimé les échanges entre Yeruldelgger et Guerleï.
L’aspect policier stricto sensu est géré directement à Oulan Bator par les Affaires Spéciales, plus précisément par son chef Bektet et son adjointe, Fifty. Confrontés à la corruption des uns et au silence complaisant ou effrayé des autres, ils auront bien du fil à retordre face à un ennemi aussi puissant qu’impitoyable (j’ai pris un réel plaisir à la détester dès sa première apparition).
Même si au final elle n’est qu’un pion utilisé pour asseoir le pouvoir du véritable ennemi des terres mongoles, les multinationales minières qui ravagent et empoisonnent le sol mongol en totale impunité, achetant, d’une façon ou d’une autre, le silence des autorités. Le portrait que dresse l’auteur de l’exploitation minière fait froid dans le dos, un pillage sans nom que l’auteur qualifie fort justement de viol écologique.
De fait l’intrigue nous fait voyager hors des frontières mongoles, il faut dire que l’ennemi en question est du genre tentaculaire. Nous aurons le droit à des détours par New-York (avec un duo de flics excellent), le Québec, l’Australie et la France (l’occasion de retrouver avec plaisir Zarzavadjian).
Alors clap de fin pour Yeruldelgger ? Tout laisse à supposer que oui, par contre ne comptez pas sur moi pour vous dire s’il aura enfin pu profiter de sa retraite spirituelle… Je quitte cette trilogie à regrets mais avec toutefois la certitude que le nom de Yeruldelgger mérite sa place au panthéon de la littérature policière française.
Que lui souhaiter de plus ? Partir à la conquête d’un public international, pourquoi pas ?
MON VERDICT


Morceau choisi :
Les dessous de la traditions.
Comment des filles des steppes se retrouvent mères des steppes et finalement prostituées ?
Explication par Solongo.
La cause, c’est généralement un jeune idiot. Il peut avoir douze ans comme il peut en avoir vingt. Il voit cette gamine grandir pas loin de lui et quand son corps s’y prête, petit à petit, il la désire. Son corps la réclame, c’est ce que lui murmurent les vieux. Dans le campement, tout le monde le remarque et en rit sous cape, jusqu’à la nuit où il relève le feutre de la yourte pour se rouler à l’intérieur. Dans le silence et l’obscurité il se glisse sous la couverture de la gamine qui n’ose rien dire de peur de faire honte à ses parents. Alors elle se laisse faire sans rien comprendre et il la prend maladroitement, comme dans un jeu interdit qui le surprend. Quelquefois la gamine se surprend à aimer. Souvent elle a mal et pleure en silence. Puis il remballe son attirail, sans adieu, sans un mot, et roule sous le feutre pour rejoindre dehors dans la nuit des aînés qui l’attendent, le congratulent et l’emmènent boire à l’écart. À l’intérieur, la gamine ne dort plus et les parents non plus, mais personne ne parle. Par honte. Parce que si c’est douloureux pour le corps de la gamine comme pour le cœur des parents, c’est toléré par la tradition pour la fierté des garçons. Et quand par hasard un enfant naît, la honte est toujours là et la tradition veut que la gamine, devenue femme malgré elle et à cause des autres, aille vivre dans sa propre yourte un peu isolée du campement. Au plus loin du point d’eau, sur les pentes les plus pierreuses, à regarder son gamin grandir en espérant qu’il ne se glissera pas sous le feutre d’une yourte lui aussi. Ou en l’encourageant à le faire, au contraire. Par vengeance. Mais si l’enfant est une fille, malheur à celui qui essayera de se glisser dans la yourte. Les mères des steppes ne dorment jamais, pour ne pas laisser leurs filles en pleurs.
[BOUQUINS] Gilles Legardinier – le Premier Miracle
Depuis que j’ai « découvert » Gilles Legardinier avec Demain J’Arrête (en 2011), j’attends, tout les ans avec la même impatience, son nouveau roman… un rendez-vous feel good incontournable ! Enfin, la chose vient grossir les rangs de mon Stock à Lire Numérique, son titre : Le Premier Miracle. Avant même de l’ouvrir on a le droit à de nombreuses surprises ; d’une part point de chat sur la couv’ (à force c’est devenu la marque de fabrique du feel good façon Legardinier), normal en fait puisque point non plus de feel good au menu, le roman se présente comme « un miracle de suspense et d’humour » (je suis confiant, j’avais été conquis par Nous Etions Les Hommes, son dernier thriller en date), enfin l’auteur a quitté Fleuve pour rejoindre Flammarion (pour pouvoir bénéficier davantage plus de liberté nous explique-t-il à la fin du roman, dans son habituel mot aux lecteurs). Et puisque nous sommes (presque) en aparté Gilles, je vais commencer par répondre à votre question : « Accepterez-vous de me prendre la main les yeux fermés pour que je vous emmène ?« . OUI !!! Sans la moindre hésitation.
Ben Horwood, un historien au British Museum est brusquement tiré de ses vacances en France par Karen Holt, agent secret d’une agence encore plus secrète. C’est presque à l’insu de son plein gré qu’il se retrouve enrôlé dans une enquête sur une série de vols ayant pour objet soit des artefacts plus ou moins à vocation ésotérique, soit du matériel scientifique très haut de gamme. En essayant de découvrir le fil rouge qui relie ces différents vols, Ben et Karen sont loin de se douter qu’ils s’engagent dans une affaire qui dépassera de loin tout ce qu’ils pouvaient imaginer…
Après cette longue introduction et une présentation bavarde mais pas trop, il est temps pour moi d’entrer dans le vif du sujet. Avec ce roman Gilles Legardinier s’essaye au thriller ésotérique, le résultat est un mix entre la tétralogie Robert Langdon de Dan Brown et le diptyque Le Premier Jour / La Première Nuit de Marc Levy. Ca mérite quelques explications, n’est-il pas ?
Pour être crédible c’est un genre qui nécessite un énorme travail de documentation et de recherche, mais pas que… Il faut aussi savoir faire en sorte que les faits avérés, les théories non démontrées et les éléments purement fictionnels, s’imbriquent pour donner un tout cohérent. Ca c’est pour le côté Dan Brown (j’aurai sans doute pu citer un autre auteur spécialisé dans ce genre mais il s’avère que c’est le seul dont j’ai lu plus d’un roman). Sur ce coup Gilles Legardinier remporte haut la main son challenge, son intrigue est bien ficelée et ne manquera pas de vous surprendre. Avec en prime quelques moments de tension propres au genre.
Et Marc Levy alors ? Deux éléments essentiels que l’on retrouve aussi chez Gilles Legardinier. D’une part la place primordiale de l’humain dans son intrigue, pour se faire rien de tel qu’un duo improbable, dans le genre on peut difficilement trouver plus dissemblables que Ben et Karen. D’autre part, malgré une intrigue des plus périlleuses, l’humour reste omniprésent durant tout le récit (les joutes verbales opposant, gentiment, Ben et Karen sont excellentes).
Ces deux aspects sont parfaitement dosés, ajoutez-y un soupçon de romance et vous obtiendrez un roman captivant à plus d’un titre… et instructif. J’aime ces romans qui donnent envie d’aller fouiner sur Internet pour aller plus loin dans le contexte, quel qu’il soit : historique, géographique, artistique, symbolique…
Avec ce Premier Miracle Gilles Legardinier démontre qu’il peut encore surprendre ses lecteurs, ceux qui le connaissaient pour ses thrillers retrouveront avec plaisir une intrigue rythmée à souhait, quant aux amateurs de feel good, nul doute qu’ils suivront avec plaisir cette aventure pleine d’humanité et d’humour. Cerise sur le gâteau, ce récit vous fera voyager aux quatre coins du monde, avec à la clé des découvertes pour le moins étonnantes. Pour ma part ce fut une belle surprise, je partais confiant, je suis arrivé conquis ! Et donc un coup coeur aussi légitime que mérité.
MON VERDICT


PS : il y aurait beaucoup à dire sur ce roman mais je reste volontairement dans le vague afin de laisser intact le plaisir des nombreuses découvertes qui vous attendent au fil des pages.
[BOUQUINS] Frédéric Clémentz – Le 13e Cantique
Avec Le Serment Du Passeur, son premier roman, Frédéric Clémentz m’avait déjà fait forte impression, autant vous dire que je guettais avec impatience son second roman. Au point d’ailleurs de chambouler mon programme de lecture dès que l’auteur (que je remercie chaleureusement) me l’ait parvenir, me précisant que pour Le 13e Cantique il s’était vraiment donné à fond.
Cela fait deux mois que Maria et Lone attendent et espèrent le soir de L’Evénement, plus qu’une journée à patienter, demain elles pourront peut être enfin quitter PN1. Mais pour aller où ? Souvent on sait ce qu’on perd, mais l’incertitude plane sur ce qu’on gagne…
Vous proposer un pitch rapide de ce roman n’est pas un exercice facile, soit on prend le risque d’en dire trop et casser l’effet de surprise, soit on s’égare sur différentes pistes au risque de se montrer plus qu’évasif. Dans ces cas là je laisse la place au feeling, ne pas trop réfléchir, écrire comme ça me passe par la tête.
Pour un jeune auteur, auto-édité qui plus est, le cap du deuxième roman est bien souvent décisif pour la suite de sa carrière littéraire. Les plus frileux joueront la carte de la prudence en conservant un style proche de celui du premier roman (surtout si celui-ci a plutôt fait forte impression auprès de ses lecteurs), les plus audacieux n’hésiteront pas à se remettre en question ; c’est incontestablement à cette seconde catégorie qu’appartient Frédéric Clémentz. Le 13e Cantique n’a strictement rien à voir avec Le Serment, il explore une autre facette du thriller, ose une autre approche, et pimente même son intrigue d’un soupçon de fantastique.
L’auteur vous propose un thriller totalement original, tant par son intrigue à proprement parler que son approche de ladite intrigue. C’est un véritable roman gigogne que vous aurez entre les mains, un puzzle dont les pièces semblent sorties de boites différentes, sans rapport les unes avec les autres. Cà et là pourtant, au fil des pages, certaines pièces finissent par s’assembler tout naturellement mais il reste des zones d’ombre que l’on a du mal à combler. Frédéric ne laisse rien au hasard, toutes les questions trouveront leur réponse, tout finira par s’imbriquer comme une évidence.
Au fil des chapitres vous découvrirez l’histoire de Lone et de Maria, chacune racontant son parcours avec ses mots… et ses silences. On n’en finira pas de se triturer les méninges pour essayer de combler les vides laissés par les non-dits. Si elles ont suivi chacune un parcours différent avant de se trouver au PN1, il n’en reste pas moins une certaine cohérence. Mais quel rapport ont-elles avec Ricardo Bocqueda ou encore Raymond Segrettin ? Quel est le lien entre Ricardo et Raymond ? Les neurones n’ont pas fini de chauffer pour essayer de répondre à toutes ces questions. Et quand on découvre les réponses on n’a envie de se frapper le front en braillant : « Bon sang, mais c’est bien sûr ! ».
Même si on ne sait pas toujours où on va mettre les pieds, on y va au triple galop. J’ai littéralement dévoré les chapitres, totalement embarqué par l’intrigue et les personnages, et surtout crevant d’impatience de découvrir les fins mots des histoires.
A la fin de son roman l’auteur remercie ses lecteurs en ces termes :
« J’espère que ce thriller vous a emmené loin, très loin le temps d’une histoire.
Cette histoire vous a sans doute bousculé, dérouté, dérangé peut-être.
Tant mieux.
Un livre, il faut aussi que ça cogne,que ça hurle, que ça se mette en danger.
Et bien sûr que ça caresse, que ça tutoie la beauté, que ça s’installe dans le cœur. »
Pour répondre à tes espoirs :
– Oh que oui, tu m’as emmené très très loin. Parfois si loin que je ne savais plus vraiment où j’étais, mais je t’ai suivi aveuglément. Et tu as répondu à toutes mes attentes, et bien au-delà.
– Oui tu as réussi à me bousculer et à me dérouter, plus d’une fois même ! Dérangé ? Jamais, je t’ai fait confiance, comme tu m’as fait confiance.
– Oui ton bouquin cogne, gueule et se met en danger. Tu écris avec les tripes, le coeur et l’âme et ça se ressent dans chacune des phrases que tu couches sur le papier. Et lecteur passionné ne peut qu’aimer lire un auteur passionné.
– Et oui ça nous chauffe le coeur… après coup, avec un peu de recul. Pendant on serait amené à penser que l’espoir n’a pas sa place dans ton intrigue, mais la fin laisse percer une lueur. Du moins c’est ce que j’ai envie de croire. Le second effet Kiss Cool !
Merci pour ce bouquin, tu as transformé l’essai haut la main. Je t’attends de pied ferme pour le prochain… En attendant c’est avec grand plaisir que je te décerne un nouveau coup double.
MON VERDICT


[BOUQUINS] Patrick Senécal – Faims
Ca faisait un moment que l’envie de me frotter à l’univers littéraire de Patrick Senécal me titillait, pour une fois j’ai décidé de commencer par la fin avec son dernier titre en date, Faims, publié en 2015 par l’éditeur québécois Alire. Tant qu’à lire un auteur Québécois autant le faire avec une édition locale et s’offrir ainsi une immersion 100% Made in Québec, ne manque que l’accent caribou.
Kadpidi est une bourgade paisible du Québec. L’arrivée d’une troupe de cirque, le Humanus Circus, qui propose un spectacle pour le moins inhabituel réservé aux adultes, risque de troubler la quiétude des lieux. D’autant que quelques jours après l’arrivée des forains, un habitant est retrouvé mort, assassiné. Etrange coïncidence ou pas ? C’est l’une des réponses que devra trouver Joël, un sergent-enquêteur de la Sûreté du Québec (SQ)…
Comme je l’ai mentionné en introduction de cette chronique c’est le premier roman de Patrick Sénécal que je lis, je n’ai donc aucun élément de comparaison avec ses titres précédents (tels que Le Vide ou Hell.Com, qui ont intégré le catalogue de Fleuve Editions respectivement en 2015 et 2016). C’est donc avec un regard complètement neutre que j’aborde cette chronique.
Inutile de vous ruer sur Google Maps pour tenter de localiser Kadpidi, l’auteur prévient d’entrée de jeu que c’est une bourgade fictive. Mais il la situe à une trentaine de kilomètres de Sorel-Tracy, sur les berges de la rivière Yamaska ; pour les curieux qui voudrait situer l’action dans la province de Québec. On ne rit pas, ça m’arrive souvent de me ruer sur Google Maps pour situer, même approximativement, l’intrigue d’un roman.
Je ne peux décemment pas commencer ma chronique par quelques mots sur l’écriture de Patrick Sénécal. Rien à redire sur son style que j’ai trouvé tout de suite accrocheur, simple, direct mais jamais simpliste. Et il faut bien avouer que cette écriture en québécois ajoute une touche d’authencité au récit, ça n’aurait pas eu le même rendu (ni le même charme) avec une écriture franco-française. Je reconnais toutefois que j’ai dû faire appel à Internet pour comprendre certains termes (plus par curiosité qu’autre chose, on pige facilement le sens général de la phrase).
Le bouquin est divisé en trois parties. La première plante le décor et les personnages, de l’arrivée du cirque au premier meurtre. La seconde constitue vraiment le coeur de l’intrigue (et de l’enquête de police), quelques apartés permettent aussi de découvrir le parcours des membres de la troupe du cirque. Alors qu’on pensait que plus rien ne pouvait arriver, la troisième partie nous en met plein la gueule jusqu’au final en apothéose.
L’intrigue comme les personnages sont particulièrement soignés. Il faut dire qu’avec la troupe du Humanus Circus l’auteur a de quoi se faire plaisir avec des personnages hauts en couleurs. Il en va de même pour l’équipe de la SQ, chacun a sa propre personnalité. Bien entendu la famille et l’entourage de Joël ne sont pas laissés pour compte. A vrai dire à la lecture de ce bouquin, rien ne semble avoir été laissé au hasard ; tout est sous contrôle.
J’ai lu çà et là que ce roman n’était pas le top du top de Patrick Senécal, pour ma part je dirai qu’il fait office de mise en bouche fort appétissante. De quoi me donner envie d’aller plus avant dans l’univers littéraire de l’auteur, à commencer par les trois titres qui suivent le parcours mouvementé de Michelle Robineau ,la Reine Rouge.
On a tous une fringale cachée, plus ou moins inavouable, faut il ou non chercher à la satisfaire ? A chacun de trouver sa réponse…
Si vous souhaitez vous familiariser avec le parler québécois (ou par simple curiosité) je vous invite à consulter le site suivant : du français au français.
MON VERDICT

Morceau choisi
Vous avez faim.
Vous avez une vie en apparence comblée, vous êtes l’image de l’homme honorable, mais une étrange faim s’est installée en vous. Depuis quand la ressentez-vous ? Difficile à dire. Au début, elle se manifestait sans prévenir, modeste et temporaire. Une petite fringale occasionnelle que vous réussissiez à satisfaire de manière convenable et raisonnable, rassuré par votre statut qui vous convainquait qu’au fond vous n’aviez besoin de rien. Mais depuis quelque temps, depuis quelques années, cette faim revient de plus en plus souvent. Elle a même tendance à demeurer en vous, à vous ronger. À tel point que parfois, vous êtes littéralement affamé. Parce que cette faim ne se contente plus de repas discrets et équilibrés. Elle en veut plus. Elle réclame des aliments nouveaux.
Comment la calmer, alors ? Peut-être que vous avez une idée du genre de nourriture qu’elle sollicite, mais vous n’osez pas. Car cela viendrait perturber un régime sain que vous suivez depuis si longtemps, depuis toujours… Un régime qui, pourtant, vous frustre de plus en plus…
Je vous vois dans plusieurs années, je vous vois vieillard… Vous aurez continué à suivre votre régime raisonnable durant toute votre vie, mais votre âme sera rachitique, presque morte d’inanition. Votre faim vous aura bouffé de l’intérieur. Vous serez vide. Vivant mais vide.
Et vous comprendrez que vous avez eu peur toute votre vie… Peur non pas de vous rassasier complètement, ce qui est impossible, mais de contrôler cette faim, de la satisfaire à l’occasion… Mais une fois vieux, il sera trop tard, car vous n’aurez plus accès à la nourriture nécessaire…
[BOUQUINS] Camille Bouchard – Cartel
Histoire de varier mes sources d’inspiration j’ai décidé de m’offrir un petit détour par le Québec, en compagnie de Camille Bouchard et son roman, Cartel. Roman ? Pas vraiment, il s’agit davantage de cinq nouvelles qui s’articulent autour d’un même thème.
El Turco est le chef d’un puissant cartel mexicain, entre les affaires internes à régler, les alliances, anciennes (à entretenir) et nouvelles (à consolider), et les guerres des gangs, son emploi du temps n’est pas de tout repos…
Cinq nouvelles et cinq styles narratifs distincts, c’est le principal (le seul ?) tour de force de ce recueil. Sur ce point en effet l’auteur tire plutôt bien son épingle du jeu, même si, sur le fond, lesdites nouvelles ne viennent pas révolutionner les règles du genre.
Camille Bouchard est donc un auteur québécois qui a décidé de situer son intrigue au Mexique, pourquoi pas me direz-vous ? Comme de juste l’intrigue étant mexicaine, on y croise de nombreux personnages Mexicains, qui ont donc comme langue natale l’espagnol. Jusque là ça semble plutôt logique comme situation, sauf que nos Mexicains multiplient les expressions 100% québécoises… Dépaysant, c’est le moins que l’on puisse dire.
Comme souvent avec les recueils de nouvelles, tous les récits ne se valent pas, il y a du bon et du moins bon mais globalement j’ai passé un bon moment avec ce bouquin, même si, je le répète, il reste relativement conventionnel (voire parfois simpliste) dans sa forme. N’espérez pas le grand frisson, vous seriez cruellement désabusé. Ce ne pas vraiment ce à quoi je m’attendais… Un divertissement moyen de gamme sauvé de l’oubli par la qualité du travail narratif.
MON VERDICT

Comme vous pouvez le constater si vous zieuter les vignettes de mes prochaines lectures je reste au Québec avec le même éditeur mais je change d’auteur pour m’offrir mon baptême de Patrick Sénécal !