Ca faisait quelque temps déjà que je ne m’étais pas penché sur la collection La Bête Noire de Robert Laffont, direction la Norvège pour ma chronique de leur dernier opus en date, Les Adeptes signé Ingar Johnsrud.
L’inspecteur Fredrik Beier est chargé d’enquêter sur la disparition d’Anette Wetre et son fils. Selon sa mère, Kari Lise Wetre, une femme politique d’influence en pleine campagne électorale, ils auraient été embrigadés par une secte de fondamentalistes chrétiens : la Lumière de Dieu. L’affaire prend une toute autre tournure quand l’un des sites de la Lumière de Dieu fait l’objet d’une attaque à l’arme lourde. Sur place tout semble privilégier la piste islamiste…
Premier opus d’une trilogie annoncée, Les Adeptes peut d’ores et déjà revendiquer le statut de thriller haut de gamme. Ne serait-ce que par la richesse et la complexité de son intrigue qui n’en finira pas de nous surprendre. Une lecture qui demandera un gros investissement neuronal, les personnages et les lieux sont nombreux et portent souvent des noms à coucher dehors. Gare à ne pas perdre le fil sinon vous devrez revenir quelques pages en arrière pour recadrer le contexte. Une intrigue construite et menée avec beaucoup d’intelligence et de talent.
Pour ma part j’ai plutôt bien accroché au personnage de Fredrik Beier, un flic comme seul les auteurs nordiques savent les faire. Bon enquêteur mais pas pour autant infaillible. Une personnalité d’apparence bourrue qui doit composer avec un passé tragique. Je peux comprendre que sa misogynie puisse déranger le lectorat féminin, surtout quant à la façon dont il traite sa compagne, Bettina.
Son collègue, Andreas Figueras, est encore plus asocial que lui. Pas franchement adepte de la finesse, son humour est plutôt gras et basique. Mais le duo fonctionne plutôt bien, c’est l’essentiel.
Sauf que les besoins de l’enquête le duo va se voir imposer une troisième personne. Kafa Iqbal, une enquêtrice du renseignement intérieur. Et oui, une femme… et une musulmane qui plus est ! Mais la nana ne manquera pas de surprendre nos deux machos de service, elle ne manque en effet ni de ressources, ni de répartie.
Pour les besoins de son intrigue Ingar Johnsrud n’hésite pas à appuyer là où ça fait mal, notamment dans le passé peu glorieux de la Norvège au cours de la seconde guerre mondiale, en l’occurrence concernant la question de la politique de l’hygiène raciale chère à l’Allemagne nazie.
Difficile de parler des différents aspects de l’intrigue sans prendre le risque d’en dire trop, et franchement ce serait dommage de gâcher les effets d’un bouquin qui mettra vos neurones à rude épreuve. Pour les nerfs ça va, le rythme est relativement posé, sauf quand la situation exige une brusque montée en puissance. Là encore l’auteur fait montre d’une totale maîtrise dans les changements de régime.
A la fermeture du roman des questions restent en suspens, c’est toujours un peu frustrant ce genre de situation mais je me console en me disant qu’il y a encore deux volumes de prévu… peut être que les réponses viendront en temps et en heure. En tout cas avec ce premier roman l’auteur place la barre haut.
Au final un titre qui fait honneur à la collection La Bête Noire. A ce jour avec six titres lus la bestiole peut se targuer d’une jolie moyenne de 4/5. Avec Les Adeptes la moyenne ne devrait pas changer, il me reste Baad de Cédric Bannel à lire mais avant il faut que je passe par L’Homme De Kaboul (la première affaire mettant en scène le Commandant Kandar). Bref je confirme mon attachement à cette collection, j’ai hâte de découvrir les prochains titres.
Étiquette : Thriller
[BOUQUINS] Kenneth Cook – A Toute Berzingue
Kenneth Cook fait partie de ces auteurs que je souhaitais découvrir, je ne saurai dire exactement pourquoi, sans doute parce qu’il est originaire d’Australie, notre grand voisin. Restait à trouver LE roman par lequel j’allais commencer mon immersion dans son univers. la réflexion fut de courte durée, j’ai opté pour le dernier sorti en France : A Toute Berzingue.
Shaw et Katie se rencontrent par hasard dans un bar paumé au milieu de désert australien, ils sympathisent puis leur chemin se séparent. Deux jours plus tard, alors que Shaw roule sur une piste au coeur de l’outback, Katie surgit devant la voiture, effrayée ; elle affirme être poursuivi par un homme qui cherche à la tuer. S’engage alors une impitoyable course poursuite entre les deux jeunes gens et le tueur…
Vous connaissez sûrement le film Duel de Steven Spielberg. Non ? Et bin tant pis pour vous, je poursuis mon raisonnement… fallait réviser vos classiques avant de venir ! Dans ce film, sorti en 1971, un représentant de commerce est traqué par un routier qui cherche à le tuer à tout prix. On ne sait rien des personnages, ni des motivations du routier, de lui nous ne verrons d’ailleurs qu’une paire de jambes et un bras. Prenez les mêmes ingrédients (à peu de choses près) et transposez tout ça au fin fond de l’outback australien, vous obtiendrez A Toute Berzingue.
Un roman publié en 2016 à titre posthume (Kenneth Cook est décédé en 1987) à l’initiative de la fille de l’auteur ; initiative dont on ne peut que la remercier chaleureusement. Comme je le disais plus haut, en référence au film Duel, nous apprendrons le strict minimum sur Katie et Shaw, et encore moins sur leur poursuivant (si ce n’est qu’il est entouré d’un remugle de pourriture, de mort et de crasse… sympa comme parfum). De fait l’auteur nous plonge directement au coeur de l’intrigue, oubliez les préliminaires. Et une fois engagé sur les chapeaux de roues dans le roman le rythme ne faiblit jamais, heureusement que le bouquin est relativement court (230 pages dans sa version papier) sinon j’aurai fini sous perfusion !
Si l’on ne sait pas grand chose des personnages, l’auteur ne manque pas de nous rappeler à tout moment à quel point l’outback australien est un milieu hostile, ainsi à l’entrée de la piste d’Obiri, où se concentrera l’essentiel de l’intrigue, peut on lire l’avertissement suivant : « Piste d’Obiri. Danger. D’ici à Obiri, la chaleur, les sables mouvants, soaks et autres dangers rendent la traversée extrêmement périlleuse. En cas de panne, n’abandonnez jamais votre voiture. Avant de partir, signalez-vous au poste de police de Yogabilla. Ni eau potable ni essence avant 600 kilomètres. »
Dans sa préface Douglas Kennedy, qui connait bien l’outback, confirme la dangerosité du coin, mentionnant en plus de sympathiques bestioles tels que les crocodiles ou les serpents venimeux qui vous font passer de vie à trépas en moins de deux heures. Le terrain de jeu idéal pour deux jeunes citadins poursuivis par un psychopathe ! Pour définir le roman en quelques mots, voilà ce que Douglas Kennedy en dit : « A toute berzingue est un roman d’action pur et dur. Une action effrénée qui tient en haleine du début à la fin : un page-turner torride au sens noble du terme. »
Je ne voudrai pas faire dans la surenchère mais voilà ce qu’indique l’auteur dans une note rédigée en 1982 : « Selon la police, plus de trois cents personnes sont portées disparues en Australie chaque année, et ne sont jamais retrouvées. » Et l’éditeur d’enfoncer le clou en actualisant ce chiffre : « En 2015, ce nombre s’élève désormais à mille six cents portés disparus annuels. »
Un récit cru, brut de décoffrage certes mais totalement addictif, une fois que vous serez lancé vous ne pourrez plus décrocher avant de connaître le fin mot de l’histoire. Une récit écrit en un seul bloc (aucun chapitrage, jusque des sauts de ligne çà et là) qui se lit certes en quelques heures, mais ne manquera pas de soumettre vos nerfs à rude épreuve.
Inutile de préciser qu’après cette première lecture de Kenneth Cook il me tarde de plonger plus avant dans son univers littéraire, d’autant que celui-ci semble revêtir de multiples facettes si j’en crois la note de la traductrice en fin d’ouvrage.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Boyd Morrison – La Vague
Ca faisait déjà un moment que cet auteur me faisait de l’oeil avec sa tétralogie Tyler Locke mais j’ai pensé qu’un one-shot serait un bon moyen de faire connaissance, le hasard (et la carte bleue) faisant bien les choses, La Vague vient tout juste de sortir chez Bragelonne.
L’archipel d’Hawaï est menacé par un méga-tsunami. Kai Tanaka, directeur du Centre d’Alerte Tsunami du Pacifique basé à Honolulu dispose de peu de temps pour donner l’alerte et sauver un maximum de vies. L’Île Christmas ne répond plus, sans doute rasée par une vague que rien ne semble pouvoir arrêter. En plus de la population de l’archipel, Tanaka doit aussi s’assurer que sa famille est hors de danger…
Pfft j’suis trop vieux pour ces conneries ! Non mais c’est vrai quoi, mon palpitant n’est plus de première fraîcheur. Et je ne vous parle même pas de ma tension. Et l’autre là, le Boyd Morrison, se permet de malmener tout ce petit monde sur plus de 400 pages sans jamais leur accorder le moindre répit. Histoire d’enfoncer le clou, ce petit saligaud ne nous fait même pas grâce d’un happy end… Sadique !
J’ai abordé ce bouquin comme un divertissement rythmé mais hautement improbable, quelle erreur ! On est dans le même registre que Extinction de Matthew Matter (chez Bragelonne aussi, chroniqué ici), à savoir un scénario catastrophe certes extrême mais malgré tout possible. Le tout servi par une intrigue richement documentée (sans jamais sombrer dans le didactique soporifique) menée à un rythme ahurissant. Il faut dire que l’action se joue en moins de 4 heures, pas le temps de souffler entre deux chapitres, ni même entre deux pages. Quand j’vous dis qu’il vous mettra les nerfs en pelote, ce n’est pas du bluff.
Avec le personnage de Kai Tanaka on trouve un personnage ordinaire confronté à une situation extraordinaire, et pour couronner le tout il va se retrouver déchiré entre sa conscience professionnelle (dont dépend la vie des habitants de l’archipel) et ses sentiments personnels (sa femme et sa fille sont directement exposées au tsunami), déchirement qui s’achèvera sur un choix cornélien des plus déchirant.
Au cours de son périple au milieu d’un Honololu dévasté par la nature en furie, il croisera des alliés, des victimes dépassées par les événements, mais aussi des connards de première qui ne pensent qu’à sauver leur petite gueule de minable et des inconscients qui se fichent éperdument de l’alerte. Des rencontres qui malheureusement ne que trop vraies dans ce genre de situation, il y en a toujours qui vont se persuadés d’être plus important que les autres ou pire, invulnérables face aux éléments déchaînés.
Je ne sais pas si tout est scientifiquement rigoureusement exact, ni si tout est humainement réalisable mais honnêtement je m’en fous, l’essentiel étant que l’ensemble passe comme une lettre à la poste et sur ce point le challenge est relevé haut la main.
Pas étonnant qu’un bouquin basant son intrigue sur un tsunami face souvent référence à celui qui a frappé l’Asie du Sud Est en 2004, avec 225 000 victimes il s’agit du phénomène le plus meurtrier de tous les temps. Par contre j’ai été surpris que celui de 2011, au Japon (18 000 victimes mais aussi et surtout à l’origine d’un accident nucléaire de niveau 7) ne soit jamais mentionné. Un coup d’oeil à la page du copyright répond à la question, le roman a été publié en version originale en 2009, puis réédité en 2010 (c’est le second roman de l’auteur, le premier étant encore inédit en français) ; il aura fallu attendre 2016 et le succès de la série Tyler Locke (du même auteur, chez Bragelonne) pour qu’une version française voit enfin le jour.
J’adore ces bouquins qui vous laissent groggy une fois la dernière page tournée, à ce titre La Vague fait vraiment très fort, tellement addictif que je l’ai dévoré d’une traite. Il ne me reste plus qu’à dépoussiérer mon Stock à Lire Numérique afin de me pencher sur le cas Tyler Locke.
MON VERDICT


[BOUQUINS] Frédéric Ernotte – C’est Dans La Boîte
Direction la Belgique pour la prochaine étape de mon périple « auto-édition et petits éditeurs » en compagnie de Frédéric Ernotte et son premier roman, C’Est Dans La Boîte.
Jeff Marnier est inspecteur à la Crim’ de Bruxelles. Sa brigade est tenue en échec par un tueur en série particulièrement retors. Pour se mettre au vert il va participer à la Ronde des Boîtes, un huis-clos réunissant huit inspecteurs d’horizons divers et variés. Chacun viendra avec une boîte à chaussures contenant cinq indices relatifs à une affaire criminelle, les autres devront deviner de quoi il retourne…
Pour son premier roman Frédéric Ernotte se lance donc dans le thriller, un pari risqué tant le choix est vaste et propose un échantillon de qualité (aussi bien concernant les auteurs que les romans). Un pari audacieux qui s’avérera payant au final tant l’auteur parviendra à bousculer nos certitudes au fil des pages, pour nous laisser sur le cul avec un revirement final qui devrait prendre même les plus aguerris des thrillers-addict par surprise !
C’est qu’il est malin le Fred, dès le début il va jouer avec l’innocent lecteur qui tombera dans les mailles de son filet. Ca commence comme une « banale » affaire de tueur en série, certes ledit tueur est particulièrement vicieux mais il faut plus que ça pour nous déstabiliser. Oh shit ! un deuxième tueur en série apparait alors que le premier n’est toujours pas identifié. Oh fucking shit ! v’là notre inspecteur qui file se mettre au vert en laissant tout en plan… OK, il va falloir s’accrocher, on passe en mode hors piste !
On découvre alors les sept autres participants de cette fameuse ronde, quatre hommes et trois femmes. Au fil des pages des relations se tissent mais surtout on découvre les fameuses « affaires » qu’ils proposent à leur auditoire. Une approche certes originale est très sympathique à lire mais est-on encore vraiment dans le thriller ? Et bin oui, la partie ne fait que commencer, l’auteur a encore de nombreux atouts en sa possession. Belote, rebelote et dix de der !
Non seulement l’auteur s’offre le luxe de maîtriser à la perfection son intrigue et donc de mener ses lecteurs par le bout du nez mais en plus il y met les formes ! Le style permet en effet unne grand fluidité de lecture, et l’on retrouve çà et là quelques touches d’humour (noir) bienvenues.
Avec ce premier roman Frédéric Ernotte place la barre haut, très haut même, nul doute que les lecteurs attendront de pied ferme le prochain. Et ça tombe plutôt bien puisqu’il devrait justement sortir courant août sous le titre Ne Sautez Pas ; et comment que je lui sauterai dessus !
MON VERDICT


[BOUQUINS] Frédéric Gynsterblom – Nema
Mes prochaines lectures seront consacrées à des romans écrits par des contacts Facebook, que ce soit à leur demande ou de ma propre initiative. C’est Frédéric Gynsterblom qui ouvre le bal avec Nema, son dernier opus. Une lecture dont je suis le seul initiateur.
Marc Labaume est passionné de magie noire, son but ultime : percer les secrets de la magie du sang afin de parvenir à l’immortalité. Pour y parvenir il n’hésitera pas s’enfoncer toujours plus loin dans les rituels les plus obscurs. Il y trouvera des réponses, mais pas celles qu’il cherchait…
J’ai découvert cet auteur avec Help Me, et celui-ci m’avait déjà fait forte impression avec son habile mélange entre thriller et fantastique sur un fond très glauque. Inutile de préciser que, compte tenu de la toile de fond proposée par Nema, l’auteur peut aller encore plus loin. Et il y va ,sans peur et sans reproches !
L’intrigue intègre certaines bases bien réelles, qu’il s’agisse de références citées (j’ai, il y a fort fort fort longtemps, lu quelques essais de l’écrivain Jean-Paul Bourre ayant trait aux sciences occultes… par simple curiosité) ou par des ordres et organisations mentionnés dans le roman (les plus curieux pourront faire quelques recherches via Internet). Bref l’auteur ne s’est pas lancé tête baissée en donnant libre cours à son imagination, il y a eu un vrai travail de recherche autour de l’occultisme et du satanisme. Ceci dit Frédéric Gynsterblom a aussi une imagination débridée qui fera le régal du lecteur à la recherche de sensations fortes…
Bin oui autant vous le dire de suite ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Non seulement les thèmes qu’il aborde pourront rebuter les curieux les plus cartésiens, mais en plus l’intrigue est à la fois cash et trash. Âmes sensibles s’abstenir !
Contrairement à ce que l’on pourrait penser à la lecture des premiers chapitres, l’intrigue ne consiste pas uniquement à une descente de plus en plus loin dans l’horreur. D’une part il existe un vrai scénario, qui vous réservera quelques surprises de taille (perso il m’a laissé sur le cul plus d’une fois). D’autre part les personnages bénéficient d’un traitement soigné (dans leur personnalité pas forcément dans leur destinée) qui évite les clichés trop faciles du satanisme. Enfin l’auteur ne se complaît pas dans des descriptions outrancières, juste pour le plaisir de faire plus trash que trash, il y a ce qu’il faut où il faut.
J’ai retrouvé ce qui m’avait plu dans Help Me, notamment un style agréable à lire, sans fioriture mais soigné. Si Help Me aurait pu être plus étoffé sur certains aspects de l’intrigue, ici l’ensemble est très bien dosé, on referme le bouquin sans questions restées sans réponse. Pour tout vous dire je l’ai commencé ce matin et je ne l’ai plus lâché avant le clap de fin.
Ah si j’en ai une petite, pour la route : pourquoi Nema ? C’est pas que ça va m’empêcher de dormir mais je n’ai pas compris (en admettant qu’il y ait quelque chose à comprendre) ce titre.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Samuel Bjork – Je Voyage Seule
Direction la Norvège pour l’ultime étape de mon challenge Coupe d’Europe des Livres, en compagnie de Samuel Bjork et son roman Je Voyage Seule.
Quand une fillette de six ans est trouvée pendue à un arbre avec autour du cou l’inscription « Je voyage seule » c’est tout le pays qui est en émoi. L’inspecteur Holger Munch décide de faire appelle à son ancienne partenaire, Mia Krüger afin qu’elle l’aide à résoudre l’enquête. Rapidement pour Mia il ne fait aucun doute que d’autres victimes suivront. Pour Holger et son équipe, une macabre course contre la montre s’engage…
Malgré le bandeau alléchant qui présente ce bouquin comme un « best-seller partout en Europe », il est plus que probable que je serai passé à côté sans lui accorder un regard. Auteur inconnu (et pour cause c’est le premier roman qu’il publie sous ce nom), une couv’ pas franchement évocatrice et un pitch plutôt classique. Pas de quoi m’appâter et moins encore me ferrer… Mais voilà ce titre m’ayant été chaudement recommandé par une lectrice exigeante adepte de thrillers, la donne a changé, ma curiosité a été titillée et mon intérêt éveillé…
D’entrée de jeu Samuel Bjork impose un duo de flics pour le moins atypique, Holger et Mia n’ont pas franchement le profil du héros façon inspecteur Harry. Lui obèse, fume comme un pompier. Elle, dépressive tendance suicidaire, se défonce avec un cocktail à base de médocs et d’alcool. On s’attache tout de suite à ces deux anti-héros.
Puis on découvre le reste de l’équipe de cette brigade. Le gratin de la police criminelle, des enquêteurs de terrain connus et reconnus pour leur efficacité. Et Gabriel, le petit nouveau, un hacker de génie qui accepte de bosser pour la police. Une équipe complémentaire et soudée. Pour une enquête qui s’annonce des plus complexe.
Complexe, l’intrigue l’est aussi par sa densité. On a parfois l’impression que ça part dans tous les sens, sans queue ni tête mais que nenni. L’auteur ne perd pas son fil, tout s’imbrique progressivement avec une redoutable efficacité et surtout sans jamais embrouiller le lecteur, ni l’enfumer pas des raccourcis trop faciles. Les neurones seront rapidement en surchauffe pour démêler le vrai du faux…
Dense mais aussi intense. Si au départ le rythme imposé est plutôt lent (normal il faut que les indices deviennent des pistes… bonnes ou mauvaises), au fur et à mesure que les éléments du puzzle s’imbrique l’intrigue s’accélère. Je peux vous assurer que la seconde moitié du roman vous mettra les nerfs en pelote (et je vous parle même pas des derniers chapitres).
Au final ce roman (et cet auteur) fut une belle découverte, nul doute que je n’attendrais pas aussi longtemps pour me plonger dans le prochain titre de Samuel Bjork, Le Hibou (pour le uniquement en avant-première France Loisirs).
MON VERDICT

La finale de l’Euro 2016 ayant eu lieu ce matin (heure locale), c’est l’heure des comptes pour découvrir le bilan de mon challenge Coupe d’Europe des Livres : 7 buts (7 des 11 titres proposés ont été lus entre le coup d’envoi et le coup de sifflet final).
[BOUQUINS] Michèle Rowe – Les Enfants Du Cap
Direction l’Afrique du Sud pour la prochaine étape de ma Coupe d’Europe des Livres ; avec Les Enfants Du Cap Michèle Rowe signe son premier roman et opte pour un thriller ancré dans la sombre réalité de l’omniprésence de l’insécurité et de la violence dans les grandes métropoles sud africaines.
Alors qu’elle promène son chien, la psychologue et ex criminologue Marge Labuschagne découvre un cadavre, le crâne fracassé. C’est le sergent Persy Jonas, une jeune flic métisse qui ne demande qu’à faire ses preuves, qui est dépêchée sur les lieux. Entre les deux femmes, que tout oppose, la tension est palpable. Et pourtant elles vont devoir unir leurs efforts pour résoudre cette affaire…
Je ne sais pas si l’Afrique du Sud vous fait rêver mais pour ma part c’est un des rares pays du continent africain qu’il me plairait de visiter. Quoique, après avoir lu le roman de Michèle Rowe, mes élans touristiques ont été quelque peu douchés. On y découvre un pays qui peine à panser les cicatrices laissées par des années d’apartheid, un pays où la fracture sociale (et ethnique) semble impossible à réduire. Résultat des courses la délinquance y trouve un terrain propice à son expansion, violences en tout genre, trafics de drogues… Mais aussi corruption à tous les niveaux, expansionnisme immobilier au détriment de l’environnement. Bref pas vraiment un décor de carte postale.
Mais le récit et l’intrigue sont surtout portés par le duo Persy / Marge. Persy, jeune inspectrice qui doit encore faire ses preuves, métisse issue des township, elle galère pour joindre les deux bouts. Marge, psychologue (et criminologue) reconnue, la cinquantaine, une femme blanche qui vit dans les quartiers chics du Cap. Le jour et la nuit. Et pourtant toutes les deux ont bien plus en commun qu’il n’y paraît, à commencer par leur solitude et leur asociabilité chronique, mais aussi et surtout un passé douloureux refoulé (Marge) ou oublié (Persy). On comprend bien avant qu’elles ne le découvrent que ce passé est justement ce qui va les réunir.
Le bouquin nous plonge aussi au coeur d’un commissariat de quartier. Une cahute dans la quelle un effectif réduit s’efforce de faire leur boulot au mieux malgré les moyens de misère mis à leur disposition. Pas étonnant que certains se laissent tenter par l’appât de la corruption et son argent facile (ce qui ne rend pas pour autant le personnage plus sympathique, ça demeure une pourriture finie). Pas étonnant non plus que face à un tel manque de moyens, la racaille s’en donne à coeur joie.
Pour un premier roman, Michèle Rowe tire bien son épingle du jeu avec une intrigue rondement menée et rapidement addictive (et quelques surprises à la clé) et une belle galerie de personnages bien travaillés. En refermant ce bouquin je n’ai pu m’empêcher de penser que j’aimerai bien retrouver le duo Marge/Persy dans de nouvelles enquêtes ; vérification faite sur le site de l’auteure, un second roman est d’ores et déjà disponible en VO, reste à espérer que Albin Michel se penchera sérieusement sur la question.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Marc Elsberg – Zero
Ce titre va s’inscrire comme défenseur de dernière minute (en remplacement du bouquin de Donato Carrisi qui ne sortira que fin août) dans le cadre de mon challenge Coupe d’Europe des Livres, il m’est en effet tombé entre les mains par le plus grand des hasards, alors que j’avais fini par renoncer à croiser son chemin. So, is Big Brother watching you ? Réponse dans ma chronique de Zero de Marc Elsberg.
Alors qu’elle enquête sur Zero, un groupe d’activiste du Net qui milite pour la protection des données individuelles, Cynthia Bonsant est amenée, après la mort d’un ami de sa fille, à s’intéresser aux activités de la société Freeme, spécialisée justement dans la valorisation et le partage de ces mêmes données. A force de creuser elle va s’attirer les foudres de puissants et dangereux adversaires…
En guise de préambule à son roman, Marc Elsberg rappelle que ce texte est une fiction qui peut se lire comme une dystopie, sachant toutefois que certains outils et certaines procédures, décrits dans le roman existent bel et bien. Pour ma part c’est surtout un bouquin que j’ai lu comme un thriller, une intrigue menée tambour battant, bourrée de suspense et totalement addictive.
Ca fait du bien de lire un roman qui soit à la fois un divertissement (parfois nerveusement éprouvant), une source d’information (on sent que l’auteur s’est richement documenté sur le sujet) et quelque part un appel à la réflexion (pour ne pas dire une mise en garde). Fiction certes, mais pour combien de temps ?
J’ai beaucoup aimé le personnage de Cynthia Bonsant, pas franchement branchée technologie et soudainement confrontée à un monde qu’elle ne connaît pas (heureusement elle pourra compter sur le soutien de sa fille), mais déterminée à découvrir, et révéler, la vérité.
Les nombreux personnages secondaires, aux intérêts divers et variés, ne sont pas laissés pour compte. J’aurai toutefois aimé une présence plus active de Zero, toujours au centre du récit mais finalement assez peu présent. J’ai aimé détester le personnage de Carl Montik, le développeur de Freeme, un mec abject, incapable de la moindre empathie ; pour lui le monde extérieur se résume à des lignes de code qu’il peut manipuler selon son bon vouloir.
Fiction ou prémonition ? On est en droit de se poser la question dans notre société hyper-connectée. Certes les Act Apps de Freeme n’existent pas encore mais quand on voit le succès des applis d’aide au développement personnel ou à la prise de décision (à croire que certains ne sont pas foutus d’aller pisser si leur appli ne leur signale pas que c’est l’heure de la pause pipi), on y arrive lentement mais sûrement.
Et je ne vous parle même pas des accros à FB qui jugent intéressant de renseigner leur profil 796 fois par jour (« je me cure le nez », « je me gratte les couilles », « je mange », « je vais me coucher »… comme si on en avait quelque chose à foutre). La même logique s’applique aussi à Twitter, Instagram, YouTube…
Qui peut dire : « pas moi, pas moi », parmi vous ? Personne, la preuve vous êtes en ce moment même connecté à Internet. Mais ne sombrons pas non plus dans la paranoïa (n’est-ce pas Cynthia ?), inutile de vous vêtir de votre toute nouvelle combi intégrale 100% aluminium ; il y a connecté et cyber-dépendant. Je pense qu’avec un minimum de bon sens et un soupçon d’intelligence on peut limiter au strict minimum notre empreinte numérique.
Je découvre Marc Elsberg avec ce second roman, inutile de préciser qu’il me tarde de lire son premier opus (disponible en français devrai(je préciser) Black Out – Demain Il Sera Trop Tard (tout un programme) ; ça tombe bien il est justement dans mon Stock à Lire Numérique depuis un temps certain.
So, is Big Brother watching you ? Yes, indeed.But…
MON VERDICT

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Rêver
Sans surprise j’ai jeté mon dévolu sur le dernier roman de Franck Thilliez, à peine celui de Maxime Chattam refermé (après une petite journée de transition, le temps de faire le vide dans mon esprit). Place donc à mes impressions de lectures après avoir refermé Rêver.
Entre l’accident de voiture qui a coûté la vie à son père et à sa fille, et une enquête d’enlèvements d’enfants qui piétine, la psycho-criminologue Abigaël Durnan est au bord du gouffre. Victimes de cataplexie, les crises se multiplient ; au point qu’elle même en vient à s’embrouiller entre le monde réel et le monde des rêves…
D’entrée de jeu Franck Thilliez nous prévient qu’il va nous proposer un récit déstructuré, chronologiquement parlant ; l’essentiel de l’intrigue va se dérouler entre le 6 décembre 2014 (l’accident) et le 23 juin 2015 (le lavoir en feu), mais les chapitres ne seront pas présentés dans l’ordre chronologique. Une échelle temporelle vous permettra toutefois de vous situer au fil de la lecture. Ah oui j’oubliais, cerise sur le gâteau, il manque volontairement un chapitre (explication à la fin du roman).
Je sais, vues comme ça les choses peuvent paraître un peu embrouillées mais je vous rassure d’entrée de jeu, tout est parfaitement limpide ; il faut juste ne pas perdre de vue cette fameuse échelle temporelle. Libre à vous par la suite, comme le suggère l’auteur, de reprendre le bouquin dans l’ordre chronologique réel, histoire de voir si la pêche aux indices est plus aisée.
Fidèle à ses habitudes Franck Thilliez nous offre une intrigue parfaitement maîtrisée, riche en rebondissements et autres surprises. Plus d’une fois Abigaël sera amenée à se demander où se trouve la vérité : dans la réalité ou dans les rêves, sachant que sa perception de la réalité peut être altérée par ses rêves et par son traitement contre la cataplexie. Pour nous aussi, lecteur, les questions ne manqueront pas, il va falloir être vigilant pour ne laisser échapper aucun indice. Mais je suis convaincu que même le plus perspicace des lecteurs ne découvrira pas le fin mot de l’histoire avant qu’il ne nous soit révélé.
Pour ma part j’ai rapidement soupçonné certaines de ces vérités mais sans réussir à découvrir le pourquoi du comment de la chose, de simples intuitions, sans l’ombre d’une preuve. Et la vérité s’est révélée encore plus machiavélique que tout ce que j’avais pu imaginer. Il y a toutefois une question que je me suis instantanément posée, avant même que l’accident ne se produise, il faudra toutefois attendre le chapitre 37 pour que Abigaël se la pose à son tour (je n’en dirai pas plus à ce stade de l’enquête).
Pour Abigaël (et nous autres, lecteurs) il va falloir pister deux lièvres à la fois. D’une part la piste de Freddy, le kidnappeur qui détient quatre jeunes victimes et a toujours une longueur d’avance sur les enquêteurs. D’autre part celle du père d’Abigaël qui semble lui avoir caché bien des secrets. Deux pistes qui finiront par se croiser… presque par hasard.
Un récit totalement addictif, impossible de lâcher le bouquin une fois que vous aurez mordu à l’hameçon (et en la matière Franck Thilliez est un maître de l’art quant il s’agit de ferrer ses lecteurs). Du fait de la déstructuration chronologique le rythme est saccadé, mais ça participe justement à l’ambiance unique que se bouquin va distiller dans votre esprit. Dans les derniers chapitres attendez vous toutefois à une brusque montée d’adrénaline.
Bon alors quid du chapitre manquant ? Un gadget plus qu’autre chose, à lire uniquement si vous avez l’impression d’être passé à côté de quelque chose. Pour ma part j’avais compris l’essentiel et deviné le reste, si le chapitre avait intégré au récit il n’aurait fait que confirmer ce que bon nombre de lecteurs thriller-addicts supposaient depuis un moment déjà… c’eut été dommage pour les autres. De la même manière je ne me relancerai pas une lecture chronologique du récit, je referme en effet le bouquin sans que la moindre question n’ait été laissée sans réponse.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Jean-Christophe Grangé – Congo Requiem
Enfin le voilà ! Qui ça ? Non, plutôt, quoi ça ? Le dernier Jean-Christophe Grangé, Congo Requiem, la suite de Lontano et des aventures tumultueuses du clan Morvan.
Grégoire et Erwan sont tous les deux au Congo, direction Lontano. Erwan, pour enquêter sur l’Homme-Clou et percer les secrets du patriarche. Grégoire, pour s’assurer du bon fonctionnement de ses gisements et garder un oeil sur son fils trop curieux à son goût. A Paris, Gaëlle découvre des éléments pour le moins troublants relatifs à son psy, Eric Katz. De son côté Loïc signe une trêve avec son ex, Sofia, le temps des funérailles du père de cette dernière, assassiné à la sauce africaine.
Congo Requiem c’est un peu un distributeur de claques. Au fil des chapitres, des révélations et des rebondissements vous allez en prendre plein la gueule. Au fur et à mesure que les secrets de Grégoire Morvan feront surface vous serez amené à réviser votre jugement sur le personnage. Certes ce n’est pas un saint, mais l’on découvrira peu à peu le pourquoi du comment de son comportement. Et là encore attendez vous à de belles et puissantes claques dans la tronche.
Au départ l’intrigue se divise en trois, voire quatre (si l’on distincte les parcours de Grégoire et d’Erwan), pistes distinctes. On se doute bien qu’il y a un lien, l’Homme-Clou, mais difficile d’imaginer comment tout cela va finir par s’imbriquer. Il faut dire que jusqu’à la fin du bouquin l’auteur prend un malin plaisir à embrouiller les pistes, effaçant nos certitudes, soulevant de nouveaux questionnements… et quand un début de réponse apparaît, un nouvel élément vient semer le doute. Même quand les différentes lignes d’enquêtes finissent par s’imbriquer, le doute reste entier ; et ça n’en finit pas de rebondir, encore et encore. Sadique mais tellement jouissif !
Les personnages de Gaëlle et de Loïc, jusque là confinés à des rôles secondaires s’étoffent et occupent même le devant de la scène, menant chacun leur propre enquête. Et Maggie dans tout ça ? Même si elle reste en arrière plan attendez vous quand même à un choc la concernant.
Fidèle à ses habitudes JC Grangé aborde de nombreux thèmes dans son roman, on sent bien qu’il a longuement potassé ses sujets, mais les explications scientifiques ou techniques s’intégrent tout naturellement au récit, sans jamais nuire au rythme. Et niveau rythme vous serez aux commandes d’une Lamborghini lancée à plein régime.
Il y a de nombreux aspects du bouquin que j’aimerai aborder dans cette chronique mais impossible sans prendre le risque de trop en dire… et ce serait vraiment dommage de gâcher l’effet de surprise. Alors plutôt que de risquer le spoiler, je préfère opter pour la chronique frustrante qui n’en dit pas assez.
Ayant crédité Lontano de 4 Jack je ne peux qu’en accorder 5 à Congo Requiem, avec un coup double en option : coup de coeur / coup de poing.