« Oh mon Dieu, Oh mon Dieu, je suis en retard ! » pourrais-je sans mentir affirmer en paraphrasant un célèbre lapin blanc (cf Alice Au Pays Des Merveilles), sauf que pour ma part il ne s’agit pas d’un quelconque rendez-vous imaginaire, mais de la lutte inégale qui m’oppose à mon Stock à Lire Numérique. De nombreux auteurs et romans font les frais de ce retard, ce qui explique pourquoi j’ai attendu trois longs mois avant de me lancer dans le septième opus du Département V de Jussi Adler-Olsen, Selfies.
Alors que le Département V est menacé de fermeture pour d’obscures raisons statistiques et budgétaires (raisons que Carl Morck conteste vertement), le comportement de Rose est de plus en plus chaotique et imprévisible. Carl et Assad vont donc devoir enquêter seuls sur un possible lien entre un crime commis douze ans plus tôt et un crime survenu il y a trois semaines et encore en cours d’investigation…
Le tome précédent, Promesse, ne m’avait pas totalement convaincu, j’attendais donc beaucoup de cette septième enquête du Département V. Le résultat fut-il à la hauteur de mes attentes ? La réponse est malheureusement non, sans la moindre hésitation.
Je ne dis pas que le roman est nul, loin s’en faut ; c’est même un bon polar, efficace et parfaitement maîtrisé, mais je ne retrouve pas l’éclat qui faisait des cinq premières enquêtes de véritables coups de coeur.
Il faut bien reconnaître que l’enquête sur laquelle planche le Département V manque cruellement de profondeur par rapport aux précédentes. Sans doute aussi parce que Carl, Assad et Gordon passent beaucoup (trop ?) de temps à enquêter sur le passé de Rose afin de comprendre les raisons de son pétage de plombs.
Ah Rose, cette chère Rose ! On peut dire que plus d’une fois, dans les tomes précédents, j’ai eu envie de lui coller des claques face à ses sautes d’humeur imprévisibles. Il faudra attendre le sixième opus pour avoir un début de réponse permettant d’expliquer le pourquoi du comment de son comportement pour le moins imprévisible, de fait elle était remontée d’un cran dans mon estime. Mais ce n’était que la partie visible de l’iceberg, dans ce tome nous découvrons ce qu’elle a dû subir dans son enfance et sa jeunesse. Et surtout nous plonger au coeur même de l’esprit tourmenté de Rose. Je ne dirai rien de plus mais sachez que j’ai revu mon jugement la concernant, j’en suis même venu à me faire du souci pour elle.
Mais voilà, à force de centrer l’essentiel du roman sur le cas d’un seul personnage les autres en pâtissent forcément un peu (beaucoup ?). A commencer par l’enquête sur l’affaire du pistolet à clous qui est totalement oubliée alors que les choses tendaient à se décanter. J’ai trouvé Carl nettement moins cynique que par le passé, même s’il a encore le don de taper sur les nerfs de sa hiérarchie. Quant à Assad, il a miraculeusement fait des progrès en danois (même si parfois il y a quelques ratés) sans que l’on sache le pourquoi du comment de la chose.
Parallèlement à l’enquête du Département V, une assistante sociale se lance dans une croisade contre les parasites sociaux, déterminée à les éliminer une bonne fois pour toutes. Le lien entre les deux affaires apparaît rapidement aussi visible que le nez au milieu de la figure, mais ça ne suffit pas à donner au roman un second souffle qui lui aurait fait le plus grand bien.
Avant de poursuivre permettez-moi de m’étendre sur cette notion de parasite social. Ne sont pas visés les honnêtes gens qui bénéficient d’aides sociales et se démènent pour essayer d’améliorer leur sort. En l’occurrence il s’agit de nanas superficielles qui usent et abusent des aides sociales pour se pomponner, acheter des fringues et autres conneries du genre… sans faire le moindre effort en vue de réintégrer le système. Dans le cas du présent roman, je dois avouer que plus d’une fois j’ai eu des envies de meurtres concernant les trois greluches visées par Anne-Line Svendsen (l’assistance sociale psychopathe) ; je n’irai pas jusqu’à lui donner raison, mais il s’en faut de peu…
Un septième tome en demi-teinte (comme le précédent) mais cela ne m’empêchera pas d’être fidèle au poste pour les suivants. D’une part parce que ça reste tout de même du polar haut de gamme, et d’autre part parce que l’équipe du Département V fait pleinement partie de ma famille littéraire, du coup je ne compte pas les abandonner avant d’avoir le fin mot de l’histoire.
Étiquette : Thriller
[BOUQUINS] Roger Smith – Au Milieu De Nulle Part
Direction l’Afrique du Sud pour cette chronique, sachant que c’est Roger Smith qui nous servira de guide au cours de cette escapade, autant vous attendre à un voyage mouvementé dans les recoins les plus obscurs de l’âme humaine. Au Milieu De Nulle Part, son dernier roman, est venu perturber mon programme de lecture en grillant la priorité à ses congénères qui faisaient déjà la queue.
Quand le président sud-africain tue son épouse alors qu’il est complètement ivre, il sait qu’il peut compter sur Steve Bungu, son éminence grise, pour livrer une autre « vérité » au public et aux médias. Pour appuyer sa version des faits, Bungu persuade Joe Louw, un ancien policier connu et apprécié aussi bien par ses pairs que par l’opinion publique, de se livrer à une contre-enquête bidon. Dans le même temps, l’inspecteur Disaster Zondi est envoyé au fin fond du Kalahari afin d’interpeller Magnus Kruger, un vieux suprématiste blanc qui règne sur une communauté de nostalgiques de l’apartheid.
C’est le troisième roman de Roger Smith que je lis, incontestablement son style direct est toujours aussi efficace pour plonger le lecteur au coeur de l’intrigue, mais je n’ai pas retrouvé la niaque et l’absolue noirceur de Blondie Et La Mort, ou plus récemment d’Un Homme A Terre. Le roman vous réserve bien quelques morts brutales, mais j’ai trouvé que l’ensemble manquait de liant, comme si le récit servait de prétexte à un réquisitoire à charge (et toujours sans la moindre concession) contre l’omniprésence de la corruption qui règne en Afrique du Sud et semble n’épargner aucun secteur (justice, police, gouvernement… tous pourris !).
Un pays qui semble avoir bien du mal à panser les plaies béantes laissées par des années d’apartheid, d’autant que certains nostalgiques attisent les dernières braises dans l’espoir (vain, espérons-le) de voir renaître la suprématie de la race blanche. Le racisme aussi est de fait omniprésent et n’épargne personne, pas seulement Blancs contre Noirs et vice-versa, mais aussi à l’encontre des métis et mêmes entre Noirs selon leurs origines et/ou leur position sociale.
Une fois de plus Roger Smith ne perd à son temps à nous vendre du rêve, il nous plonge au coeur de la réalité sud-africaine, et cette réalité n’est pas toujours belle à voir ! Mais ce n’est certainement pas en se voilant la face que les autorités pourront espérer changer les choses.
Une fois de plus Roger Smith peut se reposer sur des personnages au caractère bien trempé, ni tout noir, ni tout blanc. Dans le coin droit, Joe Louw, une ancienne gloire de la police qui a démissionné après avoir accidentellement abattu une jeune femme tandis qu’il poursuivait un braqueur en fuite. Dans le coin gauche, Disaster Zondi, un flic un peu trop épris de justice, qui, à force de dénoncer le système, se retrouve plus ou moins mis au placard par sa hiérarchie. Au centre, l’arbitre, ou plutôt le marionnettiste, l’intriguant (dans tous les sens du terme) Steve Bungu.
Les personnages plus secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, ils bénéficient du même traitement en profondeur ; c’est pour laisser intact le plaisir de la découverte que je ne m’épanche pas davantage sur leur cas.
Comprenons-nous bien, Au Milieu De Nulle Part reste un polar haut de gamme, brillamment construit, mais je n’ai simplement pas retrouvé l’effet WAOW que m’avait procuré la lecture des deux autres titres de l’auteur. Je me suis régalé, mais je n’en pas pris plein la gueule.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras L’Ange
Ah que voilà un roman que j’attendais avec une réelle impatience ! Tu Tueras L’Ange de Sandrone Dazieri est en effet la suite directe de Tu Tueras Le Père, l’une des mes lectures les plus marquantes de l’année 2015 mais aussi et surtout le titre inaugural de la collection La Bête Noire de Robert Laffont.
Un train parti de Milan arrive en gare de Rome de nuit, aucun mouvement de passagers en provenance de la classe affaire. Et pour cause, ils sont tous morts, empoisonnés par un gaz neurotoxique. L’attentat est rapidement revendiqué par Daesh, mais pour la commissaire Colomba Caselli, intégrée à l’équipe en charge de l’enquête, il reste des zones d’ombres qui contredisent la thèse officielle. Pour confirmer ses doutes, elle fait appel à Dante Torre qui ne tarde pas à repérer des incohérences. Colomba et Dante vont devoir mener leur propre enquête, avec leurs propres moyens, aucun officiel ne souhaitant contredire la thèse de l’attentat…
Avant d’aller plus loin je tiens à préciser qu’il est impératif d’avoir lu Tu Tueras Le Père avant de se lancer dans ce second opus, qui plus est c’est un excellent bouquin, ce serait dommage de s’en priver ! Au niveau des personnages nous sommes donc en terrain connu, c’est un plaisir de retrouver Colomba et Dante (plus phobique que jamais), un duo d’enquêteurs pour le moins atypique.
Des retrouvailles un tant soit peu plombées par des non-dits et des tensions entre nos deux héros, je reconnais volontiers que Colomba fait parfois preuve d’une arrogance à la limite du supportable, mais il faut aussi reconnaître que partager le quotidien de Dante ne doit pas être du tout repos. De nouveau l’auteur donne une forte dimension psychologique à son roman, qu’il s’agisse de l’évolution du relationnel entre nos deux héros, du rapport de Colomba à sa hiérarchie (il faut dire qu’à ce niveau elle doit faire face à du lourd en matière d’immobilisme et d’obstination aveugle), et plus encore quand il s’agit de comprendre leur adversaire.
En face d’eux, Giltiné (du nom de l’ange de la mort lituanien), une jeune femme à la personnalité tourmentée (au vu de son passé, on peut le comprendre) mais aussi implacable que machiavélique dans l’exécution de son plan. J’aurai apprécié une plongée plus approfondie dans la personnalité de Giltiné. Certes on peut comprendre son désir de vengeance, on pourrait même être tenté d’y adhérer, mais il y a un peu trop de dommages collatéraux pour que l’empathie prenne vraiment.
Une intrigue certes un peu plus conventionnelle que celle du Père (qui était presque exclusivement centré sur le personnage de Dante) mais rondement menée et hautement addictive. Sandrone Dazieri intègre des éléments et des faits bien réels à son récit, vous serez sans doute surpris de découvrir que le plus impensable n’est peut être pas 100% issu de l’imaginaire de l’auteur (même si un peu romancé, fiction oblige).
A la fin de notre lecture beaucoup de questions restent encore sans réponse concernant le passé et l’identité de Dante ; le troisième et dernier opus n’en sera que plus attendu. D’autant que celui-ci s’achève sur un cliffhanger final de la mort qui tue… Viiite Monsieur Dazieri, la suite (vite mais pas bâclé, nous serons intraitables sur ce point).
MON VERDICT


[BOUQUINS] Armelle Carbonel – Majestic Murder
Ami(e)s lecteurs et lectrices, vous le savez, j’aime aller fouiner de temps à autre en dehors des offres des ténors de l’édition (Fleuve, Albin Michel, Robert Laffont…), il y a tant de pépites offertes par des éditeurs plus modestes et injustement méconnus (et je ne vous parle pas de l’auto-édition encore trop souvent mésestimée). C’est donc chez Fleur Sauvage que j’ai cueilli le bouquin que je viens d’achever, l’objet du délit s’appelle Majestic Murder et est signé Armelle Carbonel.
Lillian rêve de devenir actrice, mais en attendant elle vit une vie à la dérive entre les squats pourris et la drogue. Sa rencontre avec Seamus, qui vient d’intégrer le squat dans lequel elle végète, pourrait bien lui offrir une opportunité d’un nouveau départ ; surtout quand celui-ci lui parle d’une troupe itinérante qui recrute des comédiens. Direction le Majestic Theater pour un nouveau départ…
En matière de thriller (mais je suppose que cela est vrai aussi pour les autres genres littéraires), il y a les auteur(e)s qui suivent « simplement » les règles du genre (ce qui n’empêche pas d’arriver à un excellent bouquin au final), ceux et celles qui jouent avec ces règles et brouillent les cartes, et, enfin, ceux et celles qui réinterprètent totalement le genre. Armelle Carbonel appartient incontestablement à cette dernière catégorie.
J’avoue qu’en choisissant ce bouquin je ne m’aventurais pas en terrain totalement inconnu (du moins le pensais-je avant de le lire), avec son précédent roman, Criminal Loft, l’auteure m’avait fait forte impression malgré quelques imperfections mineures. Il me tardait donc de voir si l’essai serait transformé ou non…
Dès les premières pages force est de s’incliner devant l’audace d’Armelle Carbonel, une fois de plus elle prend ses lecteurs à contre-pied en restructurant le thriller à la façon d’une pièce de théâtre. Audacieux mais efficace, redoutablement efficace !
Comme dans Criminal Loft l’auteure situe son action en un lieu bien réel, le Majestic Theater de Saint-Louis (Missouri) est en effet un théâtre désaffecté depuis les années 60, inscrit depuis 1985 au registre des sites historiques nationaux (traduction littérale du National Register of Historic Places). De même le personnage de Peg Entwistle, que doit interpréter Lillian a lui aussi existé (un court passage dans le monde des vivants, elle se suicida à 24 ans). Mais n’oublions que nous sommes dans une fiction, l’auteure peut donc se permettre de prendre certaine liberté avec la réalité…
Si le bouquin peut surprendre par sa construction, ne vous y trompez pas, c’est bel et bien un thriller que vous tenez entre les mains ; l’intrigue se met en place lentement mais sûrement, tissant un écheveau que le lecteur aura bien du mal à démêler afin de comprendre qui manipule qui et à quelles fins.
Les personnages sont soignés, chacun ayant sa part d’ombre (et parfois de lumière, mais c’est plus rare). Outre Lillian et Seamus vous découvrirez rapidement que le Majestic renferme une faune pour le moins atypique.
Oh j’oubliais un détail qui a son importance, vous connaissez sans doute la chanson Hotel California des Eagles, peut être vous souvenez-vous alors des dernières phrases : « We are programmed to receive. You can check out any time you like, but you can never leave !« . Il en va de même au Majestic, une fois les portes refermées, elles ne se rouvriront que lors du baisser de rideau final. Et il s’en passe des vertes et des pas mûres derrière les murs du Majestic.
Alors, oserez-vous pousser les portes du Majestic ? Je ne saurai que trop vous encourager à le faire ; non seulement le bouquin le mérite largement, mais il est primordial de soutenir ces petites maisons d’édition qui essayent de percer loin des diktats imposés par leurs illustres aînés.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Guillaume Musso – Un Appartement A Paris
En cette année 2017, c’est Guillaume Musso qui ouvre le classico annuel l’opposant à Marc Lévy (opposition que les deux auteurs ont toujours clairement réfutée) ; inconditionnel de ce rdv incontournable je vous livre donc ma chronique de son dernier roman, Un Appartement A Paris.
Suite à un cafouillage informatique, Gaspard Coutances – dramaturge taciturne et aigri – et Madeline Greene – ex-flic en pleine phase de questionnements et de doutes –, se retrouvent contraints de partager le même appartement à Paris. Tout les oppose, la situation aurait rapidement pu devenir explosive. Jusqu’à ce qu’ils partagent la même passion pour l’ancien propriétaire des lieux, Sean Lorentz, un célèbre peintre décédé un an plus tôt. Au fil de leurs recherches, ils vont unir leurs forces pour se lancer dans une quête de prime abord insensée…
Avant de partager avec vous mon ressenti, je tiens à préciser que le délai de lecture (pas loin de 15 jours) n’est en rien dû à la qualité du bouquin, mais à un gros manque de disponibilités personnelles. Et je crains que les choses n’aillent pas en s’arrangeant dans les semaines (et plus si affinités) à venir !
Avec ce nouveau roman Guillaume Musso nous offre un habile mélange de rudesse et de tendresse, de noirceur et de lumière, de désespoir et d’espoir… Plus que jamais les contraires s’attirent et se complètent, un récit tout en contrastes parfaitement maîtrisé et assumé (ce n’est pas avec ce roman qui Guillaume Musso fera taire ses détracteurs les plus véhéments, mais il saura séduire un public déjà acquis à sa cause, et pourquoi pas, attirer quelques curieux qui hésitent encore à franchir le cap).
Un récit qui repose sur deux personnages (Gaspard et Madeline) à forte personnalité, chacun à leur façon. Mais aussi deux personnages qui luttent contre leurs propres démons intérieurs, la force extérieure affichée apparaît alors comme un écran de fumée permettant de dissimuler leurs faiblesses… aux autres, mais aussi à eux-mêmes.
Mais le véritable personnage central, celui autour de qui s’articule toute l’intrigue, est bel et bien Sean Lorentz. Malgré son décès, il est omniprésent de la première à la dernière page. C’est d’ailleurs lui qui sera le ciment entre Gaspard et Madeline… ce qui n’empêchera certains clashs et échanges animés ! Un personnage fascinant à plus d’un titre, mais je vous laisse découvrir cela par vous même.
Si l’intrigue est maîtrisée, autant par les thèmes abordés que par la modulation du rythme, ne comptez toutefois pas sur de brusques poussées d’adrénaline. Pour être totalement honnête avec vous, je suis convaincu que bon nombre de lecteurs devineront ou à tout le moins soupçonneront, certaines vérités avant même que l’idée n’effleure Gaspard et Madeline. Il n’en reste pas moins que j’ai passé un excellent moment en compagnie de ce bouquin, plus d’une fois j’ai regretté le manque de temps à lui consacrer…
Si vous cherchez un thriller qui jouera avec vos nerfs, passez votre chemin, Guillaume Musso nous propose davantage une enquête autour d’un personnage hors du commun.
J’espère bientôt pouvoir me lancer dans le nouveau cru de Marc Levy (La Dernière Des Stanfield), comme d’hab je ne manquerai pas de vous indiquer celui qui remportera (selon mes propres critères) ce classico 2017.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques-Olivier Bosco – Brutale
Je poursuis ma remontée à contre-courant des titres de collection La Bête Noire (Robert Laffont), au menu du jour Brutale de Jacques-Olivier Bosco (JOB). Mon premier JOB, je l’aborde donc sans aucun élément de comparaison, vierge de tout préjugé.
Lise Lartéguy est flic à la BRB, efficace mais souvent borderline (et plus si affinités). Pour refréner ses accès de violence, le soir, elle rend visite à ceux que la justice n’a pas réussi à coincer et leur fait passer l’envie de déconner. Avec un tempérament pareil, inutile de préciser que si l’on touche à ses proches, Lise en fera rapidement une affaire personnelle…
Brutale, un titre qui sied à merveille aussi bien aux personnages de JOB qu’à son intrigue en général. Ca envoie du lourd ! Le lecteur est entraîné dans un tourbillon de violence, une violence brute de décoffrage mais une violence sublimée par le style de JOB.
Lire Brutale c’est un peu comme regarder (ou revoir) un film de John Woo dans sa période hongkongaise (avant qu’il ne succombe aux diktats hollywoodiens). Plusieurs titres me viennent en tête mais si je devais n’en citer qu’un alors c’est The Killer (avec, dans le rôle principal, son acteur fétiche, Chow Yun-Fat) qui aurait ma préférence. Vous voyez ce que je veux dire ? Une succession de scènes d’action (poursuites, fusillades, explosions…) parfaitement chorégraphiées et visuellement époustouflantes. On en prend plein les mirettes sans toutefois que les neurones ne passent en surchauffe. Du divertissement pur et dur (surtout dur il faut bien le reconnaître).
Une fois de temps en temps ça ne fait pas de mal de se vider la tête devant ce genre de film, mais j’avoue avoir davantage d’affinités avec le cinéma de Quentin Tarantino ; de l’action oui, mais au service d’une intrigue solide. Si on peut avoir en même temps la forme et le fond, autant en profiter !
Bon OK j’arrête mes digressions cinématographiques. Tout ça pour dire que l’intrigue de Brutale manque parfois de profondeur et de crédibilité, mais n’allez surtout pas jeter la pierre à JOB. On sent très clairement (et très rapidement) que c’est un choix parfaitement assumé.
Brutale repose presque entièrement sur les épaules de son personnage principal, Lise Lartéguy. Vous pensez avoir tout vu, tout lu, en matière de flic borderline ? Pas certain que Lise Lartéguy n’ébranle pas sérieusement vos convictions ; à côté d’elle l’Inspecteur Harry ferait presque figure d’enfant de choeur !
Il faut dire que Lise Lartéguy est à elle seule une arme de destruction massive, que ce soit à mains nues (elle pratique le krav maga) ou avec une arme entre les mains (et ça tombe bien puisqu’au fil des pages elle aura l’occasion de mettre la main sur une grande variété d’outils de dézinguage).
Mais Lise n’est pas qu’un animal enragé qui se contient jusqu’à l’explosion, elle a aussi une réelle sensibilité en elle… mais il est vrai qu’elle semble avoir plus de facilité à laisser parler son côté animal que son humanité. Et du coup elle n’est pas toujours facile à appréhender, et moins encore à comprendre.
C’est justement cette humanité retenue (et non refoulée) qui fait que le lecteur ne pourra s’empêcher de ressentir une certaine empathie pour cette nana hors du commun. Quelques instants plus tard ce même lecteur aura envie de lui mettre des claques dans la tronche, mais comme c’est un coup à se retrouver la main dans le plâtre on s’abstiendra.
Pour ma part je ne peux qu’avoir des affinités pour un personnage qui aime les Pink Floyd, System of a Down, AC/DC, Metallica, The Clash, Billy Idol… Une musique à l’image de son caractère, une musique qui s’écoute à fond !
J’ai apprécié le divertissement musclé proposé par JOB, j’aurai certainement eu un coup de coeur si l’intrigue avait été davantage peaufinée, je m’incline devant cette approche audacieuse qui trouvera son public (au risque d’en déconcerter certains). Je peux d’ores et déjà affirmer que je poursuivrai le chemin en compagnie de JOB, ne serait-ce que pour retrouver Le Cramé…
MON VERDICT


[BOUQUINS] Noël Boudou – Elijah
Une lecture à la demande d’un éditeur que j’apprécie grandement (Flamant Noir en l’occurrence) est toujours un plaisir. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à bousculer mon programme afin de permettre à Elijah, le premier roman de Noël Boudou, de griller la priorité à ses nombreux concurrents présents dans mon Stock à Lire Numérique.
A 18 ans, le narrateur tue son père afin de les libérer, lui et sa mère, de ses accès de violence incontrôlables et répétés. Peu de temps après il apprend que sa mère n’a pas survécu à la dernière raclée que lui a infligé son mari. Par contre ils ont pu sauver l’enfant qu’elle portait, mais il est lourdement handicapé. Désormais le narrateur va tout faire pour assurer le bonheur d’Elijah, son petit frère. Ne vous moquez jamais d’Elijah… surtout pas si son frère peut vous entendre.
Je n’ai jamais été déçu par les titres de Flamant Noir, aussi ai-je pris l’habitude de placer la barre de mes attentes quelques crans au-dessus de mon niveau moyen d’exigence. Le moins que l’on puisse c’est qu’avec ce bouquin on a le droit à du lourd, du très lourd ! Dans le bon sens du terme, cela va de soi.
Autant vous prévenir de suite ce livre est ultra-violent, Noël Boudou ne manque pas d’imagination et ne nous épargne pas les détails quand il s’agit de laisser parler le Mal qui habite ses personnages (âmes sensibles s’abstenir). Bin oui, « le frère d’Elijah » (on n’apprend son prénom que dans les derniers chapitres du roman) n’est pas un enfant de choeur… mais ses victimes non plus, loin s’en faut.
Un personnage tout en contraste, avec d’un côté cette violence inouïe qu’il déchaîne pour punir ses victimes, et de l’autre l’amour incommensurable qu’il éprouve pour son petit frère. Et qui sait, peut-être que dans son coeur il reste une place pour l’Amour, un Amour rédempteur. Là est la clé de ce héros et de roman, la violence n’est jamais gratuite, elle finit même par devenir l’unique solution pour sauver l’amour et l’innocence. Au milieu de ce tourbillon de haine et de sang, brille une lueur d’espoir, comme phare qui indiquerait la direction à suivre pour un nouveau départ.
Sans forcément approuver les actions du narrateur, je n’ai à aucun moment ressenti l’envie de le blâmer. Sans doute parce que j’exècre au plus haut point les ordures qui tabassent leurs femmes et leurs gosses. Ce ne sont pas de soins dont ces pourritures ont besoin, mais plutôt d’une balle dans la nuque, ça coûterait moins cher à la société et le risque de récidive est nul avec cette option. Mais ceci est une autre histoire (même si j’assume pleinement mes propos).
Outre le récit du narrateur (à la première personne, cela va de soi), certains chapitres vous permettront de suivre les pensées d’Elijah grâce à un journal qu’il tient dans sa tête faute de pouvoir faire autrement, de même nous aurons le droit à quelques extraits de journal d’Aline, une jeune femme que les deux frères rencontrent lors d’une de leur sortie au parc. Deux personnages au charisme lumineux, deux points de lumière au milieu des ténèbres (je sais j’insiste).
Je ne m’attarderai pas davantage sur l’intrigue et les personnages, je préfère laisser aux futurs lecteurs le plaisir et les frissons de la découverte. Tout ce que je peux vous dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos (mais ça je pense que vous l’aurez déjà compris).
Par contre il serait injuste de terminer cette chronique sans vous parler de l’écriture de l’auteur. Un style direct et percutant qui vous prend aux tripes dès les premières lignes du récit… et ne vous lâchera plus jusqu’au clap de fin. Les phrases et les chapitres sont courts, percutants, privilégiant ainsi le rythme, sans la moindre lourdeur qui permettrait au lecteur de reprendre son souffle (ce qui explique sans doute pourquoi j’ai lu le roman d’une traite).
Pour un premier roman Noël Boudou place la barre très haut, inutile de préciser (sans vouloir lui mettre la pression) que son prochain titre est d’ores et déjà attendu de pieds fermes… et que l’on espère avoir le droit à la même qualité, voire même encore mieux !
Encore un excellent choix éditorial pour Flamant Noir, définitivement un petit éditeur (sans rien de péjoratif dans ces termes, bien au contraire) qui mérite une place de premier choix dans le coeur des amateurs de thrillers exigeants.
Enfin je tiens à remercier Nathalie (c’est elle qui se cache sous le masque du Flamant Noir) pour sa confiance. Je vous ai promis une chronique sans concession et je peux vous assurer que c’est le cas ici, quand un roman me prend aux tripes et au coeur alors je me plais à le crier haut et fort !
MON VERDICT


PS : Noël, si votre chemin vous mène par Nouméa c’est avec plaisir que je partagerai avec vous quelques verres de Jack Daniel’s (sans glace).
Un auteur adepte du Jack sec ne peut être qu’un mec bien 🙂
[BOUQUINS] Donato Carrisi – La Fille Dans Le Brouillard
Une fois n’est pas coutume j’ai été dans les profondeurs de mon Stock à Lire Numérique afin de dénicher ma lecture du moment, l’heureux élu fut Donato Carrisi et son dernier roman, La Fille Dans Le Brouillard, paru l’année dernière (bon OK dans le genre profondeurs on peut mieux faire… et ce n’est pas la matière qui manque !).
Avechot est un paisible village des Alpes du moins jusqu’à ce qu’une jeune fille disparaisse mystérieusement quelques jours avant Noël. C’est le commandant Vogel qui est chargé de l’affaire, un homme connu pour son amour média. Et justement il a bien des raisons de vouloir redorer son image médiatique et publique ; pas question d’échouer, il lui faut un coupable, et le plus tôt sera le mieux…
Je vois déjà certains lecteurs blasés soupirer : « pfff… encore une histoire de disparition » ; c’est vrai que niveau originalité on peut trouver mieux comme idée de base pour un thriller. Je puis pourtant vous assurer que ce roman mérite que l’on s’y attarde, vous pouvez compter sur le talent de Donato Carrisi pour revisiter un thème en apparence classique.
Si vous connaissez les autres romans de l’auteur vous serez surpris par le changement de registre, s’il reste bel et bien fidèle au thriller, il opte en effet pour une approche beaucoup moins abrupte, et surtout beaucoup plus humaine et sociale.
Humaine par l’approche psychologique de l’intrigue, on la vit au travers le regard et les émotions des personnages que Donato Carrisi met en scène. Outre les points de vue de Vogel et de Martini (le fameux coupable idéal), nous aurons aussi le droit à ceux de Borghi, l’adjoint de Vogel, et du Dr Flores, le psychiatre chargé d’auditionner Vogel. Chacun aborde les événements selon sa situation personnelle et son degré d’implication.
Sociale par le poids des médias dans une enquête de police, qu’il s’agisse des médias traditionnels (presse, radio et télévision) ou d’internet (sites web et réseaux sociaux). La question de leur impact est clairement soulevé par ce roman, sous leur pression les enquêteurs peuvent être tentés de leur jeter en pâture un coupable idéal plutôt que de chercher la vérité sur les faits. Il en va de même pour le public de ces médias, prêt à tout prendre pour argent comptant sans vraiment chercher à se forger une réelle opinion personnelle.
Si vous cherchez un thriller brutal, mené à un train d’enfer et bourré de rebondissements, alors passez votre chemin. Donato Carrisi donne à son roman une toute autre dimension, et c’est foutrement efficace ! Et, cerise sur le gâteau, c’est redoutablement crédible.
Peut être (prés)sentirez vous la fin se profiler comme ce fut mon cas, mais je doute fort que vous ayez tout découvert avant que l’auteur ne vous le révèle. Même si j’avais deviné certains éléments je n’avais pas les tenants et les aboutissants, c’était davantage une présomption qu’une certitude. Cela ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement ce roman.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Laurent Obertone – Guerilla
Au menu du jour un bouquin dont la médiasphère bien pensante préfère éviter de parler… même en dire du mal serait lui faire trop d’honneur à en croire ces laquais du politiquement correct. C’est donc avec un plaisir redoublé que je me suis lancé dans la lecture de Guerilla, le roman de Laurent Obertone.
Une intervention de police de routine dans une cité de la Courneuve dégénère. Tandis que leur adjudant est roué de coups et que sa collègue est à son tour mencaée, le troisième policier sort son arme et tire, tuant les six agresseurs. La police est pointée du doigt, les médias dénoncent le fascisme policier, les cités s’embrasent, certains en profitent pour jeter de l’huile sur le feu, d’autres pour passer à l’offensive. Inexorablement la France bascule dans le chaos…
Jusqu’alors Laurent Obertone s’était plutôt illustré en tant qu’essayiste rejetant la langue de bois et n’hésitant pas à appuyer là où ça fait mal, quitte à caresser à rebrousse-poil le politiquement correct. Je ne me permettrai de juger ni l’homme, ni son travail, à chacun de se forger sa propre opinion (de préférence après avoir lu les bouquins de l’auteur plutôt qu’en suivant le mouvement). Pour ma part j’aurai tendance à dire que Guerilla, s’inscrit dans la suite logique de ses essais sur la France, qualifiée successivement d’Orange Mécanique et de Big Brother : une vision empirique de l’avenir.
Un bon essayiste ne fait pas forcément un bon écrivain. Sans doute bien conscient de cette réalité, Laurent Obertone opte pour un style minimaliste, ce qui n’empêche pas certaines maladresses et lourdeurs. Il n’en reste pas moins que globalement le bouquin se lit plutôt bien. Les chapitres sont courts et dynamiques, le rythme est assuré.
Alors crédible ou pas ? Pour ma part j’ai envie de croire que non, je ne peux envisager un tel niveau de renoncement et de culpabilisation chez le peuple français (voir aparté n°2). Outre ce point (qui n’est point de détail), l’enchaînement des événements, tel que le décrit Laurent Obertone, impliquerait un sacré concours de circonstances (et une bonne dose de pas de bol). Je considère donc Guerilla comme une fiction d’anticipation plus que comme une éventuelle mise en garde contre un réel danger potentiel.
Quoiqu’il en soit ce n’est pas forcément un roman à mettre entre toutes les mains. De nombreuses scènes de violence sont décrites sans concession, avec un réalisme cru qui risque de choquer plus d’un lecteur. Je ne reprocherai pas ce parti pris à l’auteur, au contraire rien de tel qu’un bon électrochoc pour nous ouvrir les yeux et nous faire réfléchir.
Les personnages sont nombreux, ils viennent d’horizons divers et variés et se retrouveront impliqués plus ou moins intensément dans le déroulement des événements. dans un premier temps on serait tenté de crier au cliché, voire au manichéisme, mais au fil des chapitres les nuances se précisent chez certains… tandis que d’autres, d’un côté comme de l’autre, restent des irrécupérables.
Laurent Obertone vous invite à suivre les trois journées qui verront la France trembler, vaciller puis s’effondrer. Une fois le chaos bel et bien installé, baisser de rideau ! Comme un pied de nez histoire de dire aux français, vous l’avez bien cherché, maintenant démerdez-vous. Ou, pour reprendre les mots de l’auteur : « La morale de cette histoire, c’est qu’une telle histoire n’a pas de morale. Les moralistes ont tué les réalistes, le réel tuera la morale. Et voilà. Il n’y a d’issue pour personne« .
Roman engagé ou non ? Très honnêtement il faudrait avoir des putains d’oeillères pour refuser de croire que certaines cités sont devenues de véritables zones de non droit, que ces mêmes cités sont un couvoir pour les apprentis djihadistes et autres radicalisations. Est-ce utile de rappeler que la menace du terrorisme islamiste est toujours bien réelle ? Enfin l’absence de sortie de crise clôt ce débat stérile, Laurent Obertone ne suggère aucune solution miracle et n’érige rien ni personne contre la montée du chaos ; difficile dans ce contexte de parler de prosélytisme…
MON VERDICT

Aparté n°1.
Je me suis promis de bannir de mes achats les éditeurs qui n’offrent pas d’alternative numérique, quitte à passer à côté de très bon titres. Ring fait malheureusement partie de ces éditeurs refusant de vivre avec leur temps. Et pourtant me voilà vous proposant une chronique d’un roman issu du catalogue de Ring. C’est à y perdre son latin ou son lapin, non ?
Et bin non. Et ce pour deux raisons : primo, je n’ai interdit à personne de m’offrir des bouquins en provenance de ces éditeurs ; secundo, si de généreux artisans de l’ebook prennent les choses en mains afin de pallier les lacunes de ces éditeurs, j’aurai bien tort de bouder mon plaisir (pour info je me fous éperdument de l’aspect illégal de la démarche donc inutile de prendre la zone de comm pour le mur des lamentations).
En l’occurrence Guerilla répond aux deux critères, le Père Noël l’a déposé au pied du sapin et j’ai par la suite récupéré une version numérique alternative.
Aparté n° 2.
J’espère franchement ne jamais connaître cette France du très-bien-vivre-ensemble décrite par Laurent Obertone. Un état, un pouvoir et un peuple n’ayant plus la moindre fierté nationale, tout juste des rampants ayant adopté la pensée unique afin de faire le moins de vague possible. Un peuple ayant fait de la lâcheté et de l’hypocrisie un art de vivre.
Je ne veux pas d’une société où la tolérance passe par le renoncement et la culpabilisation, je n’ai pas honte de ce que je suis, je l’assume et le revendique. Ca ne m’empêche pas d’ouvrir mes bras aux autres, mais s’ils viennent chez moi c’est à eux de s’adapter à mon monde et non l’inverse !
J’ai heureusement encore suffisamment foi en la France et aux Français pour croire que ça ne peut pas arriver ; pour penser que face à une telle dérive, la mobilisation serait massive, dans un grand élan national(iste), pour crier haut et fort : NON ! Notre identité nationale est essentielle et ne constitue en rien un obstacle à la tolérance et au vivre-ensemble.
[BOUQUINS] Amy Gentry – Les Filles Des Autres
Bien déterminé à rattraper le retard accumulé avec les sorties de la collection La Bête Noire, je me lance à la découverte de leur dernier opus, Les Filles Des Autres, premier roman de l’américaine Amy Gentry.
Julie Whitaker, 13 ans, est kidnappée en pleine nuit dans la maison familiale, sous le regard impuissant et terrifié de sa jeune soeur, Jane. L’enquête de police s’enlise, la famille se résigne à accepter l’indicible. Huit ans plus tard, alors que les Whitaker préparent un repas en famille, une jeune fille se présente à leur porte. Pour eux il ne fait aucun doute qu’il s’agit de Julie. Sauf peut être pour Anna, la mère, qui relève quelques zones d’ombres dans le récit de Julie. Suffisamment pour que le doute s’installe…
Voilà clairement un bouquin, qui, s’il n’avait pas été estampillé Bête Noire, n’aurait sans pas retenu mon attention. Auteure inconnue (normal c’est son premier roman), un pitch intéressant mais somme toute assez classique mais surtout une couv’ très moyenne, pour ne pas dire franchement moche (mais qui prend tout son sens une fois que vous aurez refermé le bouquin).
J’en vois déjà (oui toi là-bas, au fond à droite) qui soupirent d’un air blasé en marmonnant : « pfft et vas-y pour une énième chronique de thriller psychologique ». Hé bin oui, encore un thriller psychologique, j’aime ça et j’assume, et pis merde c’est chez moi ici, j’fais c’que j’veux ! Plus sérieusement je vais tenter de vous convaincre qu’il est encore possible de surprendre les lecteurs dans un genre pourtant maintes fois exploité et remanié…
Comme je le disais l’intrigue ne brille pas vraiment par son originalité : « Julie disparaît, Julie réapparaît ; mais est-ce vraiment Julie ? » Et pourtant de part sa construction je peux vous assurer que vous allez être happé par ce bouquin, s’il parvient à vous ferrer vous ne lâcherez plus avant de connaître le fin mot de l’histoire. Et d’ici là vous n’en finirez pas de vous poser des questions, parfois vous aurez des certitudes, puis le doute reprendra ses droits. Et peu à peu les différentes pièces du puzzle se mettent en place.
Un récit construit à deux tons (qui vient d’imiter une sirène de police ? Dehors !). On suit l’intrigue présente, racontée à la première personne par Anna, la mère de famille en proie au doute quant à l’identité de sa « fille ». Un récit entrecoupé par des flashbacks présentés par ordre antéchronologique (du plus récent au plus ancien), des flashbacks dont Anna ignore tout et dont je ne dirai rien afin de laisser intact le plaisir de la découverte (un mot de trop et c’est tout l’effet de surprise qui s’effondre).
Amy Gentry excelle à fouiner dans les profondeurs de l’esprit d’Anna, en creusant le présent elle exhumera un passé qu’elle aurait peut être souhaité ne jamais connaître. Une femme pleine de détermination, quitte à se retrouver seule contre tous, à découvrir la vérité, même si celle-ci risque de détruire sa famille déjà fragilisée.
La couv’ annonce « un roman à suspense », rien à redire sur ce point, le suspense est bel et bien présent et entretenu quasiment jusqu’à la dernière page.
J’espère que ces quelques lignes vous donneront envie de découvrir ce bouquin, pour un premier roman l’auteure place la barre très haut. Certes pas totalement exempt de défaut (j’ai trouvé le manque d’implication de la police peu convaincant au vu de l’enchaînement des événements) mais il mérite amplement sa place au sein d’une collection telle que la Bête Noire.